Le Naïf dans le Monde

23 février 2018

Peuplier et conditionnel : La Joconde à portée de toutes les bourses

 

Le plus difficile serait de trouver une planche de peuplier. Imaginez-vous, chez Leroy-Merlin, disant au préposé du rayon : je voudrais une planche de peuplier d’environ 60  par 80 ; vous ajouteriez : si elle est un peu fendue, ce n’est pas gênant.

Muni de votre précieuse planche, vous iriez trouver un de mes amis. Il est habile de ses mains et il a l’œil pour les couleurs : c’est un peintre. Il sait tout sur l’histoire de la peinture et il connait les pigments qu’utilisaient les peintres du temps jadis. Le sfumato n’a aucun secret pour lui et sa patience n’a d’égale que sa minutie.

Vous lui demanderiez de vous faire le portrait d’une jeune femme vêtue à l’ancienne, assise et regardant devant elle avec une promesse de sourire. Vous lui demanderiez un travail soigné, un peu à la manière de…

Comme on dit dans les émissions de télé : il peut le faire.

Il consacrerait à ce travail du temps, de la technique, du talent et il utiliserait les mêmes matières que les peintres que vous lui avez demandé de copier : « à la manière de » !

Il vous referait La Joconde.

Ce travail serait reconnu comme un faux par les experts car il serait sans doute facile de démontrer que votre planche de peuplier ne date pas de l’an de grâce 1600.

Peut-être et même certainement les experts mettraient en évidence que le vieillissement artificiel mis en œuvre par mon ami n’est pas semblable au vieillissement naturel du tableau original. Les craquelures ne seraient pas identiques et…

Mais, vous, moi et le chinois moyen qui visitons le Louvres ne verraient entre la copie et l’original aucune différence.

La Joconde a une longue histoire et de nombreuses autres « versions » ont été réalisés ; on en voit ici ou là. Aucune n’est une reproduction parfaite, comme celle qu’aurait faite mon ami. Les visages sont assez similaires mais les fonds sont différents et dans toutes, il manque ce petit je-ne-sais-quoi qui charme, à l’évidence, le touriste chinois. Ce ne sont pas des copies : ce sont des imitations.

Le travail de mon ami et les dépenses faites auraient  un coût ; imaginons qu’il ait travaillé un an et qu’il ait dépensé 50.000 Euros : le coût du tableau serait alors de 100.000 Euros.

C’est une grosse somme ; vous ne seriez pas disposé à faire cette opération.

Alors, vous découvririez qu’un tableau retrouvé récemment, le Salvator Mundi, attribué à Léonard a été vendu 450 millions de dollars. Il n’est même pas clairement établi que Léonard en soit l’auteur, mais peu importe, le marché décide que c’est forcément lui.

Alors, tout naturellement vous vous poseriez la question de la valeur de Votre Joconde.

Vous n’abandonneriez pas l’artiste et l’auteur à son destin d’artisan et vous raisonneriez en co-propriétaire et mécène.

Valeur matière : inutile de partir à la recherche du temps perdu et pas d’avantage d’envisager la récupération des pigments, huiles et vernis appliqués sur la planchette de peuplier. Reste uniquement celle-ci, autant dire pas grand-chose. Sur le Bon Coin, aucune demande pour des planches de peuplier.

Valeur sentimentale : vous sauriez, avec mon ami, que beaucoup d’efforts, de talent, d’ingénuité diraient les Anglais ont été littéralement déposés sur la planchette et vous trouveriez dommage que ces efforts et cette ingénuité vous échappent. De fait au-delà du morceau de bois, cette œuvre vous « appartient » et vous ne pourriez oublier les efforts et le talent de l’artiste. Ils viennent en parallèle des efforts de Léonard et ils n’en sont séparés que par le génie de l’inventeur et la merveille de l’invention, ce qui est beaucoup mais ne se voit pas.

Bref, vous aimeriez le tableau et pour vous, il « vaudrait » beaucoup, sans que toutefois vous puissiez lui attribuer une valeur marchande.

Oublions l’ami qui… et abandonnons cette fable et son encombrant conditionnel.

Valeur commerciale : On me dit que le Louvres reçoit 8 millions de visiteurs dans l’année et que la moitié de ceux-ci ne sont venus « que » pour voir La Joconde. Cela m’étonne grandement mais il doit y avoir une part de vérité dans cette assertion. Soyons modéré, appliquons un abattement de 50 % et admettons que seulement 2 millions de touristes viennent au Louvres dans le seul but de voir le tableau ; cela revient à dire que le tableau génère des profits au niveau du quart des revenus de billetterie du musée soit environ 20 millions d’Euros. Pour rester dans l’ordre de grandeur des placements boursiers classiques, on conclut que le tableau « vaut » 400 millions.

Bigre, bougre ! Avec cet abattement de 50 % sur le nombre de Jocondistes exclusifs !

On pourrait dire que, à la condition d’avoir en main un bazar comme le Musée du Louvres, La Joconde vaut entre un demi-milliard et un milliard.

Rebigre ! Un demi-milliard : C’est précisément le chiffre atteint par le Salvator Mundi vendu à un particulier particulièrement discret.

La Joconde ne vaut que ce que vaut un artéfact réalisé par Léonard et parce que c’est Léonard : la valeur de La Joconde est d’illustrer l’Histoire du 15ème siècle, ses rapports avec la France et la vision de l’artiste sur son monde. Si Léonard n’était pas vu à travers le reste de son œuvre, son tableau, pour « sympa » qu’il soit, serait resté anonyme, perdu dans la foule des œuvres comparables.

Il existe un marché de l’art :

Ce marché peut être un véritable marché au sens usuel du terme si vous disposez de la boutique pour vendre le produit après en avoir fait une longue et laborieuse promotion. Le propriétaire du musée du Louvres se réjouit de l’engouement du public pour La Joconde tout en s’interrogeant sur la signification de cette appétence et ce d’autant plus que la promo du tableau s’est faite naturellement sans que des galeristes avisés et retors n’aient construit « l’image du produit ». Bref, une pub qui s’est faite au fil du temps et sans calcul initial.

Il existe un grand nombre de ces boutiques où le produit peinture est exposé. Elles ne sont pas en concurrence car le public de l’une est public de l’autre. Tout client d’un musée est client d’un autre. C’est ça, la culture !

Elles peuvent même se développer et organiser, comme Carrouf des chaines de distribution : un Louvres ici, un Louvres là ! La chose est rendue possible par la taille du stock géré dans l’entrepôt de la maison mère.  À Paris la collection est de 560.000 pièces. De plus, à la différence de l’aspirateur ou du frigidaire, la consommation est locale, sans usure réelle du produit qui, s’il est bien vendu, se bonifie comme le vin avec le temps.

Bien sûr, la mode s’en mêle et il faut suivre les tendances de ce marché faute de pouvoir les orienter.

Car il existe un autre marché : celui des acheteurs discrets qui mettent un demi-milliard de dollars pour acquérir un possible « Vinci » ou 120 millions pour « Le Cri » de Munch.

Curieux mélange que cet autre marché : l’acheteur est-il un passionné de l’expression picturale pour qui l’argent ne compte pas et qui va jouir en solitaire de la contemplation du cauchemar de Munch. Ou n’est-il qu’un spéculateur, lassé du côté « grand public » du Bitcoin et qui espère plus-valoriser son emplette sans avoir les frais d’entretien qu’un achat immobilier lui occasionneraient. Ou bien encore n’est-il qu’un maniaque, collectionneur maladif qui consomme de la peinture comme il stockerait des bouteilles de vin de crus anciens et renommés…

Je crains que dans tout ce bouillon la peinture ne disparaisse et que, au bout du compte plus personne ne « voit » La Joconde.

Pour me réconcilier avec le Monde-Marché de l’Art, j’ajoute une image de ma Joconde-à-moi.

 

La Belle S

                                 

 

 

23 février 2018

 

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 17:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 février 2018

Le grand déni (par le Naïf et Z le Pétillant)

 

La nature a imaginé et décidé que les mammifères se reproduiraient par voie sexuée. Elle aurait pu imaginer qu’ils ne se reproduisent pas et personne ne tapoterait sur un clavier pour émettre le tissu d’évidences qui va suivre. Elle aurait pu choisir la parthénogénèse ou la scissiparité mais elle a repoussé ces méthodes qui convenaient mal à des machines biologiques complexes. (1)

Mais la Nature, Dieu le Père, Allah et son prophète ont d’un commun accord fixé cette règle du jeu du développement de la vie sur terre qui veut que, je répète, les mammifères se reproduisent par copulation d’un couple d’individus de l’espèce, l’un de sexe mâle, l’autre de sexe femelle.

Dans ce mécano de la reproduction, les mêmes instances supérieures ont introduit -savent-ils pourquoi ?- des différences entre les mâles et les femelles. Ces différences constituent ce qu’on appelle le dimorphisme sexuel.

Prosaïquement cela signifie que Monsieur et Madame ne sont pas semblables.

L’humanité, ces quelques derniers millions d’années, avait reconnu cette différence et faute de pouvoir y faire quelque chose, s’en accommodait comme elle le pouvait.

Il n’est pas utile d’établir une liste de ces différences. Nous les connaissons et comme nos ancêtres nous les acceptons. Retenons cependant la plus significative de ces différences : la femelle « porte » l’enfant, le « met bas » et le nourrit pendant les premières années de sa croissance. Lourde tâche qui demande de la femme des qualités, lesquelles heureusement sont inscrites dans ses gènes.

Cette spécificité et  cette fondamentale différence ont fait que, dans de nombreux schémas de société sinon dans tous, la femme a connu une position subordonnée à la position sociale de l’homme et disons-le, fréquemment un état de complète sujétion. (2)

1  Je n’arrive pas à imaginer la scène : assis dans mon bureau ou allongé sur le canapé du salon, avec ou sans télévision, je me scinderai(s) progressivement en deux nouveaux Moi(s) : l’un d’entre eux serait-il toujours Moi ou le résultat serait-il deux nouveaux Moi-plus-vraiment-Moi(s) ?

2  Je ne vais pas faire au lecteur le coup de l’Islam : la Soumission dans la Soumission, « comme qui dirait » la Soumission au carré.

Une très longue maturation sociale, culturelle et maintenant politique a conduit à considérer que les individus (dans nos Sociétés) devaient jouir de Droits Fondamentaux qu’on appelle encore, sans doute pour peu de temps, les Droits de l’Homme. Chacun connait ce long cheminement : c’est notre Histoire.

Chacun, dans notre pays, se réjouit que la reconnaissance de ces droits permette aux femmes d’échapper à des conditions de servitude indigne et dégradante. (3)

Et nul ne souhaite que le mari puisse battre sa femme !  (4)

Que la femme vote, conduise les automobiles, hérite de ses parents, devienne pilote de chasse ou ministre de la transition écologique (5) est, même pour un macho comme moi, un grand progrès de nos société.

3  J’entendais dans un documentaire récemment diffusé que le Paris de la Belle Époque comptait environ 150.000 femmes en maison close, indépendamment des grisettes, pierreuses et autres péripatéticiennes.

4  Enfin, nous souhaitons tous qu’il résiste à cette tentation.

5  Sur ce point, instruit par l’expérience, j’aurais quelques réserves.

Alors pour quelle raison souhaite-t-on voir le balancier de ce progrès continuer sa course jusqu’à l’absurde en soutenant l’idée nouvelle et folle que la femme est, en tout point, l’égal de l’homme ?

Suis-je moi-même en position de soutenir que je suis l’égal de la femme dont je partage la vie ?

Que non ! Elle a ses qualités et très peu de défauts. J’ai très peu de qualités et beaucoup de défauts.

Nous sommes tout à fait différents. D’abord et cela n’est en rien rédhibitoire, elle n’a pas de barbe !

Peut-on trouver une meilleure illustration de cette différence ?

 Je reviens au point de départ : chez les Sapiens les femelles et les mâles présentent des caractéristiques physiologiques et comportementales différentes.

Cela ne signifie nullement que la femelle ne puisse pas exercer les droits naturels (6) qui lui sont reconnus et plus précisément se comporter comme le mâle quand elle le souhaite et quand elle le peut.

Inversement, le mot est approprié, j’ai acquis le droit de faire la fille comme il me plairait si cela me plaisait. Je plaisante.

6  Pas si naturels, puisqu’il a fallu attendre notre époque pour qu’ils soient reconnus. De plus s’ils étaient réellement reconnus, ce papier n’aurait pas à être écrit.

Nos droits sont les mêmes. Cela entraine-t-il que nos talents soient rigoureusement identiques ?

Et plus encore, que gagnerait l’espèce à ce que les femmes ne soient que des mâles pourvus des organes génitaux de femelle, point de butée du balancier que je viens d’évoquer ?

 

J’abordais sereinement ce sujet à la mode, avant-hier 13 février, pour me clarifier les idées. Sujet tellement à la mode que les éditeurs parisiens ont publié à peu d’intervalle une réédition de « De l’éducation des femmes » de Choderlos de Laclos (1783) et un tout nouveau Peggy Sastre : « Comment l’amour empoisonne les femmes ». Zemmour le Pétillant qui écrit plus vite que son ombre lit les deux ouvrages et me renvoie dans les cordes en publiant, hier 15 février, un commentaire dans lequel il complète et termine mon propos. Je l’inclus ici, par paresse d’abord et puis aussi car il précise les références aux deux ouvrages que je viens de citer. Un autre approche…

 

L’éternel féminin, impossible à dépasser.

Eric Zemmour   Le figaro  15 février 2018

L'homme de l'année sera une femme. Ou plutôt: la femme. La femme adulée, la femme sacralisée, la femme déifiée. Tout assassinat d'une femme est désormais un «féminicide» (si les mots ont un sens, cela signifie qu'il équivaut à l'extermination des Juifs par les Allemands, des Arméniens par les Turcs ou des Tutsis par les Hutus). Une main virile sur un genou féminin est un «viol». Toute plaisanterie grivoise relève d'une «culture du viol». Tout homme est un porc à dénoncer et abattre. Toute femme à qui on refuse une augmentation ou une promotion subit une «discrimination genrée». Tout professeur de grammaire qui continue d'enseigner la règle «le masculin l'emporte sur le féminin» est un potentiel criminel, porc, violeur, nazi…

La révolution féminine est en marche. Et comme toute révolution, elle mangera ses enfants. Ce n'est pas Choderlos de Laclos qui nous démentira. En 1783, un an après avoir publié son chef-d'œuvre libertin, Les Liaisons dangereuses, il répond à la question de l'académie de Châlons sur le moyen de perfectionner l'éducation des femmes. Sa réponse est radicale: «Venez apprendre comment nées compagnes de l'homme, vous êtes devenues son esclave (…). Apprenez qu'on ne sort de l'esclavage que par une grande révolution (…). Parcourez l'univers connu, vous trouverez l'homme fort et tyran, la femme faible et esclave (…). Soit force, soit persuasion, la première qui céda, forgea les chaînes de tout un sexe.»

Laclos fait son Rousseau («l'homme est né libre, et partout il est dans les fers») comme Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe, fera son Marx, réinventant une lutte des classes à l'intérieur du foyer domestique. La cause des femmes paraît condamnée au recyclage d'idéologies de seconde main.

En opposant la «femme naturelle, libre, belle et forte», à la «femme pervertie par la société», Laclos se trompe, et son erreur préfigure celle de Beauvoir avec son célèbre: «On ne naît pas femme, on le devient.»

La réalité est qu'on devient femme parce qu'on est née femme. Autrement dit: «L'évolution biologique est l'assise de nos structures et de nos fonctionnements sociaux, qui sont eux-mêmes la source de nos représentations culturelles.» Le style de Peggy Sastre est bien moins élégant que celui de Laclos, mais le fond est bien plus pertinent. Notre auteur est docteur en philosophie des sciences. Cette spécialiste de Darwin avale goulûment des études statistiques de psychologie évolutionniste, comme d'autres se goinfrent de Nutella. Les résultats sont édifiants et aux antipodes des discours féministes. Ces études, multiples et fort sérieuses, nous dessinent une femme sentimentale en diable, «dépendante de l'amour» comme d'une drogue dure. Une étude américaine de la fin des années 1980 montre que les femmes de toutes les cultures attachent en moyenne plus d'importance que les hommes à un bon parti financier car c'est une garantie d'un meilleur potentiel d'investissement parental dans leurs futurs enfants. Et Peggy Sastre d'ajouter, moqueuse: «Le plus drôle, c'est d'observer que ce choix de partenaire gagne en conformisme à mesure que s'accroît le pouvoir féminin et non l'inverse (surtout chez les militantes de la cause des femmes). »

Les coupables? Nos hormones: dopamine, ocytocine et sérotonine. Et les règles darwiniennes de l'évolution: les femmes doivent procréer et s'occuper de leurs enfants ; elles ont donc besoin d'un protecteur, qu'elles sélectionnent au mieux. «Tous les couples deviennent traditionnels dès qu'ils ont des enfants (…). Les hommes vont travailler plus pour gagner plus et les femmes vont voir dans la famille une de leurs priorités existentielles aux dépens de leur travail rémunéré.» Les hommes ont l'impression de perdre leur temps quand ils s'occupent du bébé ; les femmes ont l'impression de perdre leur temps quand elles ne s'en occupent pas. La fameuse «charge mentale», dernière dénonciation à la mode, n'est donc en rien le fruit pourri de la domination patriarcale, mais celui de la volonté obstinée des femmes.

L'égalité indifférenciée est une utopie irréalisable parce que «si nos environnements ont beaucoup changé depuis trois cents ans, nos gènes sont quasiment identiques depuis trente mille».

Aussi, pas étonnant que 71,5 % des hommes acceptent de coucher avec une femme qui le leur demande de but en blanc, contre seulement 1,5 % des femmes quand cette même proposition sort de la bouche d'un homme. Tout ça pour ça!

Alors, pourquoi une telle opposition entre la réalité féminine et le discours féministe? Là aussi, notre auteur, après avoir endossé son armure d'études, ose transgresser un autre tabou: «Si environ 5,5 % de la population féminine générale n'est pas “exclusivement hétérosexuelle”, le pourcentage s'élève à près de 45 % chez les militantes féministes.»

Bien sûr, cette loi d'airain biologique ne signifie pas que chaque sexe soit enfermé dans son destin de toute éternité. On peut - et c'est le rôle de la civilisation depuis des millénaires - s'éloigner de la contrainte biologique. S'éloigner, se détacher, se libérer, mais pas s'opposer, pas s'arracher, pas la renier, pas la détruire. Car le contrecoup sera terrible. On le voit déjà, comme l'a très bien compris Peggy Sastre, avec cette contre-révolution sexuelle, produit d'un néopuritanisme féministe: «Le sexe féminin redevient un sanctuaire identitaire à protéger à tout prix puisqu'on nous raconte que la moindre intrusion - commençant pour certaines dès la parole, dès le regard - est susceptible de le ruiner. Et si nos sociétés désinvestissent symboliquement la perte de la virginité, c'est désormais le viol et l'agression sexuelle qui en deviennent les équivalents. Le rideau n'est pas près de tomber sur la tragédie de la dépendance féminine.»

Splendeurs et misères de la nature féminine. Même une spécialiste de Darwin ne peut s'empêcher de se révolter in fine contre la dictature des hormones et de l'évolution, sans comprendre - ou vouloir comprendre - que tout son livre démontre que sa révolte est vaine.

 

Un dernier grain de sel en forme de conclusion.

On nait femme, on est femme et femme on reste.

On nait homme, on est homme et homme on reste.

Les hommes et les femmes sont des Hommes.

Les Hommes construisent leurs Sociétés comme ils le peuvent.

La pression ou les idées « vagues » des excitées féministes ne changeront pas les structures fondamentales de l’humanité. (7)

7  Vague ici veut dire vide.

 

16 février 2018

Posté par Dufourmantelle à 17:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 février 2018

Des cailloux dans ma chaussure

 

Ces cailloux n’ont pas tous la même taille et ils ne me gênent pas tous de la même façon. Mais il m’empêche de me mettre « En Marche » et c’est bien dommage : j’aimerais tant être en agrément avec ce que nos responsables politiques se proposent de faire pour le Bien Commun.

Quelques foucades du Divin Enfant.

Avant le sacre, il y avait eu l’épisode de la repentance malvenue à Alger. Quels que soient les jugements qu’on puisse porter sur l’histoire de la colonisation en Algérie et ailleurs, je ne comprenais pas ce qui conduisait un candidat à la présidentielle à tenir ces propos dans l’Alger de l’enterré vivant, Alger dont le paysage nous échappe.

Puis plus récemment, nous avions eu droit à une piqure de rappel, à Ouagadougou, pour nous confirmer les « crimes de la colonisation ».

Je trouve curieux ce besoin de juger l’histoire, de moraliser le passé et de conduire ces exercices dans des audiences improbables. Si le Président souhaite faire travail d’historien (j’allais écrire d’hi-Stora-ien) qu’il le fasse dans le calme de son cabinet et qu’il ne s’en serve pas comme d’un maladroit préambule à un contact diplomatique.  Ref : Macron aborde bien légèrement…. Du 27 février 2017

Et puis je réfléchis : propos de notre temps qu’un vieillard ne peut entendre.

Petit caillou, gros caillou ? Caillou gênant, bien inutile et sans doute contre-productif : les interlocuteurs n’entendent dans ces propos qu’une marque de faiblesse.

 

Gros caillou et caillou qui ne quittera pas la chaussure, caillou irréparable.

Sur un dossier simplissime le refus d’assumer la responsabilité d’une action publique est incompréhensible, donc inexcusable. Je parle de NDDL.   Ref : Une tradition républicaine  et   Fantôme et inversion   des 17 et 23 janvier 2017.

Le mal est fait. L’ordre républicain est bafoué. La tribu des Assistés Zadistes triomphe et se prépare, renforcée à de nouvelles actions ; elle fait la fête sur des territoires conquis.

Reculer pour mieux sauter et perdre la face. NDDL est la Super-Léonarda de Macron ! 

 

Caillou qui partira de lui-même, promesse de campagne hâtive et irréfléchie, nous verrons bien.

Je parle de cette ânerie d’un retour « au » service militaire. La bêtise de la chose est tellement criante que l’objet-non-identifié, tel le caméléon, change de couleur au fil des évocations : militaire puis civil, obligatoire puis facultatif, un mois ou plus si affinité…

Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Si le propos est, au-delà de la famille, de former des Citoyens, c’est clairement et indiscutablement le job de l’ÉducNat. Libre à celle-ci de mettre dans son action le degré de rigueur et de civisme que le politique lui dictera. L’Armée n’a rien à voir dans cette démarche.

Si le propos est de former des soldats, c’est clairement et indiscutablement le job de l’Armée. Encore est-il nécessaire qu’elle recrute des Citoyens et qu’elle dispose de moyens en personnel pour remplir cette mission : en un mois ou peut-être deux ?

Oublions Azincourt et Crécy mais souvenons-nous de 1870, de 1914, de 1940, des enlisements viets et algériens et en cet instant du marais malien. Qui peut penser un instant qu’un camp de vacances d’un mois pourrait avoir la moindre influence sur le comportement d’un jeune français dans des combats dont on ne prévoit pas la nature et l’étendue ?

La réponse serait que l’ÉducNat inclue dans son regard sur l’élève le concept qu’il deviendra, s’il le faut et quand il le faudra, un soldat. Quand j’avance dette idée, je réalise que je ne suis plus dans la réalité mais dans un rêve. Le rêve d’une Éducation Nationale qui remplirait sa mission qui est précisément celle qu’on assigne à cette hypothétique tarte à la crème.

J’ose une formule : comment faire du vent et patauger dedans ! Caillou tout de même.

 

On parle volontiers au sujet des recrutements ministériels, puisant dans le vocabulaire du monde du cinéma, d’erreurs de casting. Je mets sans hésiter deux de ces erreurs dans ma collection de cailloux.

Après tout ce que j’ai déjà dit sur Hulot, personne ne sera surpris qu’il figure dans cette collection.

Ref : Espiègle et autiste   juillet 2017   Au royaume des aveugles   septembre 2017

Ma détestation du personnage grandit chaque jour et je continue à me demander par quel mécanisme ce pitre peut être « populaire » et sur quoi repose sa popularité. La réponse serait qu’il a été un bon Maître de Cérémonie lors de la très réussie COP 21 de Paris. Soit, j’en doute mais, pour reprendre l’expression, « Au royaume des aveugles… »

Un petit mot sur sa dernière prestation et la lecture que j’en fais : il y a vingt ans notre Espiègle a eu une aventure avec une demoiselle Mitterand. Cette dernière n’en garde pas un bon souvenir ; aussitôt passée la prescription et pour nuire à son partenaire d’un instant, elle dépose plainte pour viol. Nicolas n’est pas encore devenu l’idole qu’il deviendra. La justice ne juge pas l’acte prescrit et la presse ne s’empare pas de l’affaire. Mais aujourd’hui l’espiègle indispose et la presse (aidée par Marie M. ?) relance la balle qui, enfin, atteint sa cible. L’espiègle est un violeur prescrit. L’honneur de la bête est en cause. Il supporte difficilement cette atteinte. Puisse l’imposteur retourner à sa famille qu’il souhaite si fort protéger, à ses six autos-bateaux-motos-ciseaux et que Philippe nomme un véritable Ministre de l’Énergie qui ne soit pas analpha-bête.

J’ai craché mon venin et ça fait du bien.

Comparée à Hulot, la bavarde Marlène Schiappa est un caillou minuscule. Je m’interroge simplement sur la nécessité qu’elle éprouve à bavarder comme une sosotte, perchée sur elle-même, sur des sujets de faits divers, oubliant sa fonction ministérielle. Je me pose encore plus de questions sur la raison de sa présence au gouvernement : manquerions-nous de femmes d’esprit et de culture pour remplir ce poste ?

Comme je suis en mode question, une dernière : quelle est la mission de ce ministère ?

 

Je résiste à la tentation de revenir sur le dossier ISF.  Ref : Le crapaud, la cigale et la fourmi   juin 2016

Mais enfin, aussi clairement exonérer certains possédants en maintenant cette pression fiscale sur d’autres moins fortunés me semble, en restant modéré dans le propos, une injustice et une maladresse. « En même temps » bricoler la taxe d’habitation avec la certitude que les taxes foncières seront augmentées en retour relève de l’improvisation maladroite.

C’est un vieux caillou et beaucoup auraient préféré qu’il soit définitivement ôté.

 

Un énorme caillou qui ne fait pas encore mal, mais dont on peut prévoir qu’il deviendra dans un avenir proche un sérieux sujet d’inconfort : le fameux prélèvement à la source.

J’en parlerai peu ici, mais je pense qu’il s’agit d’une inexplicable bêtise à laquelle je n’arrive pas à trouver la moindre justification. Les promoteurs de cette « réforme » n’en ont d’ailleurs proposé aucune !

On a le sentiment qu’il s’agit d’un changement à opérer pour la satisfaction de pouvoir utiliser le vocable : « à la source », comme si, de cette source allait couler le progrès fiscal.

Dans de nombreux pays l’impôt sur le revenu est perçu sur le revenu de l’individu, sans considération de la famille du contribuable. L’impôt n’est alors qu’un prélèvement sur salaire exprimé en un pourcentage de celui-ci ; il s’apparente alors en terme de recouvrement aux contributions sociales qui « illustrent » par leur abondance la feuille de paie du salarié. Sa destination seule est différente : il rentre dans le budget de l’État alors que les contributions sociales pénètrent dans un autre labyrinthe. L’assiette et le recouvrement sont donc quasi-automatiques et le prélèvement s’effectue sans peine et sans frais par les entreprises.

Chez nous,  l’IR est un impôt familial ; l’assujetti est le foyer fiscal, reposant sur le mariage et sur le PACS : entrent dans son calcul une bonne dizaine de facteurs, qui sont tous totalement étrangers à la relation entreprise-employé : nombre d’enfants à charge par exemple ou encore la foule des exonérations, avantages et niches en tout genre. Bercy considère L’IR comme un outil pour piloter des actions gouvernementales aussi variées (et souvent bien injustifiées) que la transition énergétique ou tel autre patin-couffin sorti de l’imagination créatrice d’un Chef « de bureau »  des bords de Seine.

Le taux d’imposition résulte donc d’une cuisine dans laquelle le contribuable fournit des ingrédients et Bercy une recette ou plutôt un choix de recettes : dois-je réaliser tels travaux de rénovation ou est-il avantageux de placer tel épargne sur tel support… ?

Chef de bureau et Chef d’une cuisine fiscale.

N’exagérons pas : pour la plupart des contribuables, les choses ne sont pas si compliquées ; la preuve, j’y arrive ! Quant à ceux pour lesquels la déclaration est complexe, soyons sans inquiétude : ils ont l’habileté d’utiliser au mieux les recettes du Chef afin « d’optimiser » leur impôt.

Le montant de l’impôt sort de cette cuisine et le contribuable l’acquitte auprès du percepteur.

Ce montant est par construction éminemment variable : un enfant n’est plus à charge, tel placement exonéré a été effectué, tel travail donnant lieu à abattement a été réalisé…

Prélever à la source consiste à transférer à l’employeur la responsabilité de la perception de l’impôt par application d’un taux communiqué par le Chef.

Prélever à la source implique donc d’établir le montant de l’impôt avant qu’il ne soit dû, donc sur des bases antérieures qui sont possiblement et probablement erronées.

Il faudra donc, si j’ai bien compris : que le contribuable passe en cuisine pour un exercice fiscal donné (ou en temps réel ?) et que Bercy en déduise un taux d’imposition pour cet exercice fiscal. Les données seront donc nécessairement celles de l’exercice précédent sauf à prévoir l’avenir. Tout changement intervenant dans l’exercice devra donc être pris en compte rétroactivement et donné lieu çà une rectification communiquée ultérieurement à l’employeur-percepteur…qui doit rendre compte et…Bercy vérifiera que…

Je perds pied, le contribuable perd pied et je crains que Bercy ne se perde aussi.

Bercy déraisonne.

Je conclue fermement : le prélèvement à la source n’a de sens que si l’impôt est individuel et devient alors d’une extrême et séduisante simplicité.

Si nous souhaitons garder un impôt sur le revenu des foyers, il est clairement inutile d’y ajouter une boucle « employeur-percepteur » qui allonge et complique grandement le circuit administratif sans économie sur le fonctionnement du Ministère des Finances.

Pour quelles raisons cette Sapinade est-elle maintenue dans la nouvelle Loi de Finance ?

Dans un dossier de ce genre, je me dis parfois qu’il doit, comme on dit, me manquer une case.

D’autres cailloux ? Je crains que la liste ne s’allonge.

 

14 février 2018

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 14:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 février 2018

Retour sur le langage : un curieux artefact

 

 

L’homme, comme les autres organismes vivants est une merveilleuse et mystérieuse machine biologique. L’origine, l’évolution et le devenir de cette machine échappe à peu près complétement à l’entendement de cette insaisissable partie de lui-même qu’il appelle sa conscience. Cela est vrai des autres animaux.

Les êtres vivants (animés) subissent le milieu dans lequel ils se trouvent et agissent en retour sur lui : ils y trouvent l’énergie nécessaire à leur croissance et à leur fonctionnement.

Cette consommation de l’animal dans son environnement ne doit pas épuiser les ressources de celui-ci.

Il faut donc qu’il y ait un mouvement relatif du vivant et du milieu.

Le corail vit dans une eau en constant renouvellement et la lionne court à la poursuite de l’antilope.

Les êtres vivants statiques acquièrent leur nourriture en prélevant des éléments dans  le sol où ils sont plantés, en filtrant l’eau qui les baigne, en absorbant les rayons du soleil et en récupérant le gaz carbonique de l’atmosphère.

Les êtres vivants mobiles vont brouter des végétaux ou projettent leur corps sur les proies qu’ils veulent saisir et manger.

Il convient de s’arrêter sur le mot : projeter. Il s’applique d’abord au chasseur qui bondit sur le gibier mais aussi à l’herbivore qui étend son cou vers le sommet de l’acacia.

Bien des êtres vivants connaissent cette jouissance du mouvement et possèdent cette capacité à explorer le monde pour y trouver leur pitance. Les arbres migrent, lentement, il est vrai. Les herbivores recherchent les prairies d’herbe abondante ; les rapaces et les carnassiers les suivent et les prélèvent.

L’homme accomplit ces actes et en vérité bien d’autres. Il court inlassablement, il gratte le sol à toute profondeur, il atteint la cime de l’arbre là où la girafe n’atteint pas et déniche sa nourriture en des lieux inaccessibles…avant qu’il ne les atteigne.

L’homme dans cette quête se dote de moyens supplémentaires : outils, instruments, procédés de toute nature.

La lecture qu’il fait de son environnement le conduit à en utiliser des éléments bruts ou fabriqués pour mener à bien sa recherche et sa chasse : il jette (projette) la pierre, la sagaie, la flèche.

Il s’en est saisi avec sa main (quelle merveille !) et propulse le projectile avec son bras (quelle merveille !).

La connaissance qu’il a de lui-même le conduit de la même façon à utiliser un autre  élément de son corps.

Il produit et projette des sons. Il les organise en langage et projette ses désirs vers les autres hommes. Les processus de socialisation et de « conversation » sont indissociables.

Il le fait avec un tel talent qu’il parvient, muni de cet artefact qu’il génère et projette hors de lui-même, à organiser les groupes d’hommes qui prennent possession de la planète. Qu’il le fasse bien ou mal n’est pas l’argument : il est indéniable qu’il y parvient au prix de la disparition des autres formes de vie (sauf microbiennes) et de l’épuisement des ressources de la terre. Il le fait avec un tel succès qu’il occupe désormais toute la planète et continue de croître et de se multiplier.

Comme d’autres artefacts, le langage est transmissible. Il n’est en réalité « que » transmissible. Si l’enfant n’apprend pas la langue « maternelle » dans les toutes premières années de sa vie, il aura ensuite à l’acquérir au prix des mêmes difficultés que nous connaissons quand nous apprenons une nouvelle langue. Ou plus difficilement encore, car notre cerveau a déjà compris ce que signifie parler. Curieux outil dont on nous fait cadeau au berceau et qui représente des millénaires de construction intellectuelle et sociale, des millénaires de culture.

Mesure t on bien le handicap des personnes qui n’ont pas la chance de bien recevoir ce cadeau ; et même le handicap de ceux qui n’en comprennent pas la nature et la valeur ?

 

Dans la cadre de ces réflexions : voir «  Le Mot »

Une piqure de rappel : Artefact

1 Structure ou phénomène d'origine artificielle ou accidentelle qui altère une expérience ou un examen portant sur un phénomène naturel.

2 Altération du résultat d'un examen due au procédé technique utilisé.

3 En anthropologie, produit ayant subi une transformation, même minime, par l'homme, et qui se distingue ainsi d'un autre provoqué par un phénomène naturel.

06 février 2018

Posté par Dufourmantelle à 15:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 février 2018

Le mot

 

 

Le mot commence par un paradoxe étymologique : il commence par être un son, plus ou moins distinct, dépourvu de sens, à la façon du meuglement de la vache qui ne sait que dire « mu » et qui, en conséquence est dite muette. Mot a débuté sa carrière de mot en signifiant « ne pas dire », bref, Motus ! Puis, mot à mot, de bons mots en gros mots, entouré de cent acceptions, il devient «  l’élément signifiant du langage spontanément senti comme distinct ». Bref, une brique dans l’édifice du langage, du langage des mots.

Hypothèse et définition : le langage est un code*, connu des individus d’un groupe, appris dans le groupe, propre au groupe, qui repose sur l’emploi de signes, de valeur stable dans le temps, entendus (lus) de façon semblable par les individus du groupe, afin de permettre à chaque individu d’exprimer à l’usage des autres, la connaissance qu’il a du monde et l’effet de cette connaissance sur lui-même.

*Si on avait à définir le mot code, on dirait : c’est un langage qui…

Très à l’amont de ce code, expression collective, on commence par le tropisme, c’est-à-dire le besoin pour un organisme, une existence, une vie « d’aller vers »…Chemin sur lequel l’être cherche, a besoin de, et plus encore doit. Chemin sans fin et sans cesse parcouru par l’homme qui, on ne peut en douter subit ses propres tropismes.

Dans les premiers signes, signaux et déjà émissions, on trouve les messages chimiques. Certains reconnaissent aux acacias du bush africain la capacité –le besoin- d’émettre de l’éthylène pour prévenir d’autres acacias du danger antilope. C’est sans doute faire beaucoup d’honneur aux acacias que de de croire qu’ils constituent une tribu organisant sa défense. De combien de signes disposent les acacias pour converser ?

Odeurs, parfums, les phéromones sont l’outil des fourmis pour se causer. Werber nous le dit, croyons le ! Ont-elles d’autres moyens de se transmettre les messages de leur cité, en remuant leurs antennes, en se palpant, se chevauchant ? L’entomologiste est en retard sur le romancier.

Avec les abeilles, qui on peut l’imaginer ont elles aussi leur langage de fourmis, on entre dans le domaine du mouvement du signe, de la danse dans l’espace. Leur vocabulaire est une chorégraphie du vol, une ponctuation de l’espace. L’homme perçoit cela, mais, différent de l’insecte il n’a pas assez d’yeux pour voir.

La grande leçon d’éloquence, c’est l’oiseau qui la donne. Tous les ressorts de l’expression scénique il les possède. Toutes les parades, pantomimes, déguisements, jeux de couleurs et de formes, il les utilise. Quel artiste et en musique, s’il vous plait ! L’oiseau épèle l’alphabet complet du communiquant : tout est exprimé : parade amoureuse aérienne ou sylvestre, vol et acrobaties nuptiales, chant modulés, sifflé, rythmé, percussion des piétinements impatients, battements des ailes. La femelle comprend tout, elle connait la musique ! L’homme sera bien inspiré d’imiter l’oiseau.

Ainsi de l’acacia au corbeau –on le dit très intelligent- on a franchi beaucoup d’étapes sur ce qu’on pourrait appeler le chemin de l’intelligence ou même de la conscience, conscience au sens de connaissance de soi. On a vu aussi que tous les sens sont émetteurs ou récepteurs de signes, en tout cas pour ce que nous savons des sens de la fourmi ou de l’abeille, qui peut-être ressentent des signes que l’homme ne perçoit pas.

Comparés aux oiseaux, lointains dinosaures, les quadrupèdes, frères des hommes et récents mammifères semblent manquer d’argument. Ils restent dans la posture, posture de combat, de soumission, de défi, de jeu ; mais peut-être ne sait-on pas lire les mimiques naissantes de leurs museaux et mufles et sans nul doute entend on imparfaitement  leurs bêlements, meuglement, barrissements et autres abois. Qui n’a jamais vu son chat sourire ?

C’est aussi dans les troupeaux qu’on perçoit, comme on l’a déjà perçu dans les regroupements d’étourneaux ou dans les vols des oies sauvages, le comportement collectif, celui de la meute qui, à l’évidence obéit à un commandement émis, proféré et entendu, compris par tous.

Dans tout cela, beaucoup d’inné et beaucoup d’acquis.

On laisse le poisson dans l’eau ; il y est à l’aise et ses expressions faciales n’apporteraient rien à la panoplie des expressions  que les oiseaux et les mammifères ont illustrée. Mais lui aussi vit en groupe, ce qui est excellent pour le pêcheur.

Avec l’ombrageux gorille silverback  et le bonobo libidineux, une nouvelle étape est franchie : celle de l’expression faciale, de la mimique, de la grimace et bien sûr, une diversité accrue dans l’expression du corps ; les bras se déploient et s’agitent, les mains et les doigts deviennent des marionnettes qu’on fait grogner en essayant de les faire parler. Nous les lisons avec facilité car, après tout, ce sont aussi nos grimaces et nos gestes.

Il se peut cependant que Cheetah ait un sourire plus épanoui dans les films de Tarzan que dans les profondeurs de la forêt congolaise. Mais l’anthropomorphisme n’est-il pas le guide de ces réflexions ?

Au 19èmè siècle et avant, l’homme d’Europe s’intéressait peu au Singe. Il ne le connaissait pas comme il connaissait peu et très mal l’homme d’Afrique. Ensuite, après que le déclin des espèces se soit fait sentir, les similitudes entre les grands singes et l’homme ont éveillées des intérêts variés chez les chercheurs en anatomie comparée, en éthologie et enfin en génétique. Mais c’est de langage qu’il est question ici.

Deux approches :

Un groupe de singe, suffisamment important et stable sur une longue durée peut-il développer un langage cri-signe-posture et, car celui qui pose la question pense qu’il le peut, comment l’homme peut-il pénétrer le groupe et y apprendre ce langage ? On peut appeler cette démarche le rêve de Tarzan. On conçoit immédiatement que cela reste un rêve car une société des singes-qui-causent est inaccessible et insaisissable et le linguiste curieux serait bien empêché de trouver le temps nécessaire à son immersion. (1)

L’autre approche consiste à étudier l’individu singe, en essayant de lui apprendre une langue des hommes. La littérature est abondante et abondantes ont été les expériences dans cette voie. Comme l’homme qui conduit ces expériences aime beaucoup les singes –sinon, il ferait autre chose- les résultats sont entachés de subjectivité et traduisent souvent et d’abord l’attachement de l’homme à la bête. Ces résultats montrent que le singe a de la jugeote, de la mémoire, qu’il peut apprendre, utiliser les codes qui lui sont proposés et retenir des concepts simples et, on y revient,  qu’il aime son amie-soigneur* et qu’il aimerait bien retourner dans une forêt qu’il imagine. En tout cas, il est conscient.

* Amie-soigneur, pourquoi ?

En s’éprenant de, en s’en prenant à des singes moins encombrants – et partant moins onéreux- que les gorilles et les chimpanzés de nouveaux résultats ont montré que les capacités vocales de ces espèces leur permettaient d’utiliser un langage d’alerte au danger, reposant sur de véritables phonèmes et une syntaxe avérée.

Il y a là de quoi déplaire aux tenants d’une langue des signes, qui reléguaient les singes dans la catégorie –bien à plaindre- des muets, heureusement pas sourds.

On ne voit pas en quoi le geste exclurait la parole, ni comment la parole empêcherait de remuer le corps et les mains.

On se trouve donc en face de singes qui élabore et utilise –quand l’homme leur en laisse le loisir, dans leur forêt- un pré-langage dans lequel pour certaines espèces, la vocalisation est venue améliorer le cri, le grognement et l’arsenal posture-geste.

Que leur manque-t-il à ces grands et petits singes pour qu’on puisse, emporté par les puissants courants post-moderne de la belle pensée, les intégrer, « pour de bon » à l’humanité des ayant-droits ? La première idée qui se présente est qu’il possède un cerveau moins puissant, moins plastique. Puis vient l’idée, et on lui attribue un poids comparable, que leur larynx n’a pas les mêmes propriétés que le larynx d’homo afarensis, erectus, habilis et in-fine sapiens. Les singes crient, certains hurlent, ils grognent, on pourrait croire que la mère babille avec son petit, mais enfin ils ne parlent pas assez bien, ni ne chantent !

L’homme bénéficie  d’un larynx de qualité, qu’il a sans doute amélioré lui-même par l’usage qu’il en faisait. Comme tout ce qui est d’évolution, on ne discerne pas la cause de l’effet. Car dans le phénomène évolutif, il y a toujours synchronicité entre l’évolution et le constat qui en est fait.

Heureux les convertis aux religions révélées qui ont réponse à cette lancinante et permanente question !

L’homme dispose donc pour s’exprimer, pour communiquer, de la même vaste panoplie que les animaux, composée d’outils  auxquels il confèrera des significations et qu’il utilisera ensemble et concurremment pour dire les choses et dire ce qu’il pense. (2 infra)

Le larynx dans ces outils est d’une rare puissance ; il est pourvu de cordes vocales qui lui permettent ou permettront d’articuler des sons, de les moduler, de les vocaliser et enfin après bien d’autres inventions, de parler.

Il convient de ne pas oublier que, à larynx indispensable correspond, de façon également indispensable l’ouïe : on a là deux sens complémentaires et indissociables.

L’homme doit d’abord, condition nécessaire, identifier l’information qu’il a besoin ou envie de transmettre. Il doit la concevoir, la synthétiser et la concrétiser dans son utilité, dans sa nécessité.

La nature, la précision de cette information variera dans le temps, avec les progrès qu’il réalise, mais ce que l’on cherche ici sont les informations primordiales, celles qui relèvent de la vie de l’homme-singe et qui doivent par le langage articulé compléter et relayer le pré-langage du singe. Il serait absurde de penser qu’il y eut rupture et que par une sorte de miracle homo se mit à parler.

Il ne faut jamais perdre de vue que ce travail d’élaboration est collectif ; en fait c’est le groupe entier qui fait ce travail et c’est par le groupe que la définition de ce qu’il est nécessaire et utile de dire se fera, avec de surcroit ce qu’il est agréable de dire ; et un pas plus avant, ce qu’il convient de dire.

Dans la genèse du langage s’incorpore toute la structure sociale et ce, dès l’orée du phénomène.

Pour revenir sur le miracle qu’on vient d’évoquer, on se plait à imaginer une assemblée du clan, de la famille pendant laquelle, de façon consensuelle, il fut décidé que, comme l’usage s’en était banalisé depuis quelque temps déjà, le vocable « agua » désignerait pour tous et toujours ce liquide qu’on boit et que le vocable « unda » désignerait de la même manière, ce liquide quand il coule à la rivière.

Et c’est bien ainsi que cela a du se produire, à quelques nuances près : le conseil des sages entérinant la décision collective était permanent et opérait comme se déroulait la vie du groupe ; la durée de la réunion s’était étalé sur la durée d’existence du groupe ; et enfin, aucune autorité ne formalisa la décision que seul l’usage commun rendait licite. En somme tout le contraire. Mais cependant quelques aient été les modalités de l’accouchement, le mot était bien né bien avant cette reconnaissance collective.

Il faut donc revenir à Homo –très tôt dans son histoire- entouré de ses femelles et l’imaginer, se redressant ou bombant le torse, désignant d’un coup de menton la dame choisie et proférant, comme à l’accoutumée un « arghhh » familier pour l’enjoindre à aller quérir de l’eau à la rivière, dans la calebasse commune. Quand la scène se répète, quand « arghhh » devient routine, quand la femelle sait ce que veut Homo, Arghh est devenu le mot dont la signification est tout en un, « eau » et « va chercher l’eau ». Une tradition s’instaure. Selon que le coup de menton soit autoritaire ou bienveillant, selon qu’une grimace-sourire accompagnera l’ordre ainsi exprimé, la dame aura compris qu’elle en est remerciée. Tradition, car le mot alors échappe au temps, à l’instant. Il s’inscrit dans une certaine durée, quitte à évoluer, comme évolue l’homme et avec lui.

On évoque ici, la notion d’un mot global, reposant sur plusieurs expressions –geste, son, attitude, rythme- précédant le mot-parole au sens limité ; ce mot-parole qui, bien que conservant son  usage vocal deviendra le vecteur du discours écrit.

Il suffit de considérer les gestes qui accompagnent le discours dans un grand nombre de langues aussi bien au niveau populaire que chez l’orateur de haut-vol pour mesurer l’apport de chacun de ces vecteurs à l’autre.

Comme il est difficile dans nos temps, engoncés que nous sommes dans la cuirasse de nos structures mentales et sociales, de concevoir cet état dans lequel l’homme entretenait un si grand niveau d’intimité avec la nature, une si grande proximité avec les éléments, une telle précarité et couraient à tout moment des dangers mortels.

Comme le petit singe cercopithèque, qui dit tant de choses et qui les vocalise si bien, Homo se préoccupe d’abord de sécurité et c’est donc par des avertissements que commence la construction de son vocabulaire.

Que craint-il ? Les grands prédateurs évidemment, au premier rang desquels le lion qui, lui aussi, d’un coup de menton et d’un grognement envoie ses femelles à la chasse ; ou la meute infatigable des hyènes ; ou l’énorme bestiole sournoise qui le saisit par la cheville au bord du fleuve alors que l’eau est si calme…Il criera donc l’alerte, générale dans un premier temps, puis plus précise ; son cri-signal d’alerte spécifiera si le danger est le léopard ou bien un autre des pièges que la nature lui oppose. Dans l’autre sens, il passera de l’alerte à la peur diffuse, à l’angoisse, à la crainte de l’inconnu.

Il lui faut décrire le monde qui l’entoure avec des onomatopées pour imiter les cris des animaux qu’il chasse pour se nourrir ; ou pour simplement reprendre l’alerte lancée par les oiseaux voisins de son aire.

Comment parviendra-t-il à trouver les sons qui décrivent et définissent la racine bonne à manger ?

Peut-être au moment où il est satisfait de la manger et quand il exprime donc la joie d’un niam-niam repu.

Le mouvement d’intimidation qui accompagne les inévitables confrontations entre des rivaux dans le groupe, ou au contact d’un groupe intrus, donnera lieu à des cris d’hostilité dont il faudra préciser la menace qu’ils impliquent, le châtiment qu’ils promettent.

Et quoi encore.

Dans le quasi-infini de notre vocabulaire, mille fois amplifié dans la diversité des langues humaines, on peine à réinventer, sans autre arme que l’imagination, ces inventions énormes que furent les premiers mots.

Enfin, plus tardivement, la nécessité d’encadrer la vie du groupe dans des règles communiquées, relatives à la vie courante, à la vie du monde connu et inconnu et aux premiers tabous.

Au demeurant tout ce travail de conception de ce que l’on souhaite dire, et ce travail d’invention de la façon de le dire suppose une plasticité, une fraicheur du cerveau que ne possède plus l’homme âgé.  L’homme moderne est, lui, prisonnier des structures mentales déjà acquises. On ne peut retrouver cette fraicheur que chez l’enfant jeune quand il s’approprie ce travail archaïque qui est d’apprendre la langue de la mère. Ce travail lui a été, on ose l’expression, mâché, par l’immense effort des aïeux. En fait, l’enfant jeune est le seul laboratoire qui permette de saisir ce que signifie l’accession au langage. Une évidence.

(1)

Les ethnologues et les linguistes connaissent bien ce problème. Pour entendre la culture de la population qu’ils étudient, il leur faut en apprendre le langage : cela demande un temps important et peu de linguistes universitaires sont en capacité de consacrer leur vie (argent, famille, carrière…) à l’étude approfondie des langues des derniers groupes humains ayant résisté par leur isolement à la pollution de leur langage et aux sévices et maladies des envahisseurs. Citons le très remarquable missionnaire Daniel Everett qui a consacré tout ou partie, une trentaine d’années de sa vie à « entendre et comprendre » la culture et la langue d’un tout petit groupe d’indiens d’Amazonie : dans ce long voyage il a perdu sa famille et sa foi et gagné la satisfaction d’être le seul locuteur étranger d’une langue pratiquée par quelques centaines de personnes. Il aura le privilège sans nul doute, si ce n’est déjà le cas, d’être le seul locuteur d’une langue qui n’existera plus que par lui. Trente ans aussi, c’est le temps que le révérend Thomas Bridges aura, lui aussi, consacré dans son extraordinaire vie à entendre, comprendre et peut-être aimer les Onas et les Yaghans de la Terre de Feu. Ces populations ont totalement disparu. Nous venons d’évoquer des linguistes qui vivaient les langues et les peuples et non les grands esprits de la discipline, capables de révolutionner le monde de la linguistique et de la pensée en n’ayant jamais quitté Boston.         Janvier 2018

 Dans ce travail d’identification, de désignation du monde auquel Homo se livre, il va dans le même moment exploré une autre voie, en marquant son passage par des signes, des images et de véritables dessins. Ce besoin de l’expression graphique semble analogue à celui de la communication orale, même si, à l’évidence, il est plus complexe à mettre en œuvre : il faut un support et un outil pour faire la marque.

 Homo chasse. Il s’éloigne de l’abri où est restée la famille. De peur de s’égarer, comme le petit poucet, il marque son chemin et laisse derrière lui des repères. Des cairns si le sol est rocheux, des branches cassées dans la forêt, des griffures sur les parois des falaises. Ces signes, ces glyphes qui lui sont utiles, il les enseigne aux autres membres du groupe, créant, en même temps que se développe la langue des sons, une langue du signe gravé.

Il est à la fois naturel et merveilleux qu’il ait par une synthèse fructueuse associé le mot- dès son enfance- et le signe naissant lui-aussi. Hypothèse ? Non, nécessité !

Nécessité d’explorer chaque nouveau territoire de cueillette et de chasse, de reconnaitre les points d’eau qu’on dispute aux bêtes, de trouver les bons abris et donc de baliser, de marquer le territoire pour lui et son groupe. Le signe communique dans l’espace, il doit être comme le mot (gravé) connu du groupe. Et il contient une information à laquelle il a déjà associé un mot (le point d’eau par exemple), ou pour laquelle il devra inventer un mot pour lui donner corps et la décrire ; dans ce dernier cas, c’est donc le graphe qui apparait le premier et nécessite le mot.

On conçoit une chaine  de relations biunivoques, à lire dans un sens ou dans l’autre :   

Concept / mot  vocalisé / signe gravé,  ces éléments s’assemblant dans une chaine dans laquelle chaque composant avance à son rythme en fonction de l’environnement du groupe, au gré du temps qui passe et des conditions de la vie du groupe.

Un espace ouvert et géographiquement simple demandera moins de signes et des signes autres qu’un environnement sylvestre, touffu, plus marchand en information. Les rives du Tigre offrent plus de matière à causer et à repérer que le désert du Sinaï… peut-être ! Cet environnement plus riche est aussi celui qui verra s’épanouir les plus grands groupes et par là, la socialisation la plus rapide.

Ceci conduit à une question : pourquoi les grandes religions révélées sont-elles nées dans les déserts du Moyen-Orient ? Mais étaient-ils les déserts qu’ils sont devenus ?

 Dans les concepts évoqués, celui de nombre n’a pas encore été cité. Pourtant il est primordial : combien d’individus dans le groupe, combien de jours de marche jusqu’au rivage de la mer, combien d’hommes dans le clan voisin … et combien de femmes ! Ici encore le geste, c’est-à-dire la main joue le  rôle de premier instrument, de boulier originel.

Souvent caché dans les habits du progrès scientifique et technique, le développement du concept nombre-chiffre-calcul est indissociable des autres progrès du langage et de l’écriture. Et tout comme les autres concepts il entre dans la chaine concept/mot/signe.

Cette association du mot parlé et du signe gravé n’apparait pas comme une constante ou une nécessité de l’histoire humaine. Bien des populations  de faible nombre et de faible densité ne connaissent pas ou ne connaissaient pas l’écriture des sons sous quelque forme que ce soit.

Elles ont, hélas, disparu ou sont en voie de disparaître. Cause ou effet ?

N’auraient-elles pas disparues, elles sont depuis longtemps au contact de populations qui ont opéré ces relations : elles les ont apprises-subies par la colonisation.

L’Homme parle et il écrit.

D’abord il écrit le mot dans sa totalité : il lui associe une image que sa main (autre artefact ?) grave sur la cire ou sur l’argile. Il faut pour cela que le mot soit susceptible d’être « imagé », transformé en image. En premier lieu donc, les choses les objets, les animaux. Cela constitue une longue liste mais cela ne suffit pas. Il faut aussi qu’on puisse par convention inventer un signe particulier pour un mot-concept particulier, ainsi la qualité d’un objet, comme la couleur, la taille…ou les sentiments qu’on éprouve, amour, colère… Alors le catalogue des signes devient équivalent à l’immense catalogue des mots ; la mémoire s’y perd nécessairement et le discours ne s’écrit plus.

Le problème est résolu quand l’homme ne dessine plus le mot mais dessine le son. D’une certaine façon, il revient en arrière et ne part plus de sa pensée mais de sa bouche. Il dessine alors la bande-son de sa pensée, il écrit sa voix. Le mot devient un assemblage de phonèmes, eux-mêmes écrit au moyen d’un nombre assez limité de signes : il y a beaucoup moins de phonèmes que de mots ! On englobe toute la phonétique avec une quinzaine de voyelles, une quinzaine de consonnes et quelques épices en forme d’accents et de ponctuation. Si l’on ajoute les tons (un zest de chant dans le phonème), on définit une mécanique, donne accès par la lecture des sons à tout l’univers des mots.

Un regret : il manquera toujours le charme, l’intonation et toutes les nuances de la voix. Il faudra écouter le disque !

Le mot a glissé du concept (essence) au mot-vocalisé (existence). Il suffit pour cela d’un instrument assez rustique de quelques dizaines de graphes simples pour mettre « par terre », sur la table ou sur un support convenable la musique du langage : il suffit d’un alphabet.

C’est une pérennisation et une instauration du mot.

Car en étant « en même temps » parlé et écrit le mot acquiert la stabilité. Dans le temps à l’évidence et aussi dans l’espace. Le langage s’est doté d’une ossature.  

Une conséquence importante de la révolution de l’alphabet est que le mot acquiert une capacité d’abstraction que ne permettaient pas le signe et l’image. L’homme peut, au-delà de la réalité de la nature, explorer des domaines qui lui sont propres et qui ne concernent que le fonctionnement de son système neuronal. Le produit de l’alphabet est d’écrire ce que disait confusément la parole et de bâtir des systèmes de pensée dans lesquels il se confère une essence le différenciant de l’animal. L’alphabet conduit aux religions. (2 infra)

Le propos ici n’est pas de raconter la suite de l’histoire. Le mot devenu langage trouvera son support, le papier. Il trouvera ensuite l’imprimerie et enfin grâce à la fée électricité tous les développements de ces derniers siècles. C’est bien simple : il est devenu de l’information !

(3)

Le support joue dans ces évolutions un rôle essentiel.

À tout seigneur… commençons par la voix.

Le dialogue chuchoté lors de la chasse en forêt accompagné de gestes signifiants, le palabre autour du feu au retour de la chasse, le récit de l’ancien évoquant les esprits du clan, le conteur, de tribu en tribu, l’aède homérique qui contribue à consolider le langage par la répétition, l’exhortation du chef aux guerriers et puis le chant des femmes qui, en rang, sèment ou récoltent, reviennent du point d’eau…que de paroles anciennes, que de chants oubliés !

Le langage est devenu discours et il devient récit. Le groupe se souvient du récit et l’organise bientôt en spectacle : le théâtre englobe alors la danse, le chant du chœur et le récit dramatique.

Jusqu’à la radio et à l’enregistrement…

Quant au signe :

Le mur de la grotte, la pierre des égyptiens dont la permanence s’atteste toujours, la fragile tablette d’argile des Sumériens, la commode tablette de cire des Romains, le papyrus et le parchemin serviront pendant des millénaires à archiver données et pensées de leurs époques, usés et réutilisés, brouillons ou documents officiels dignes de la bibliothèque, longue est l’histoire des ancêtres du papier et glorieux le triomphe de l’alphabet.

Le papier et sa conséquence logique l’imprimerie changeront la dimension du phénomène, en faisant passer des premiers et laborieux documents des scribes à la diffusion élargie du livre, du journal, du pamphlet, du tract.

Jusqu’à l’irruption du cinéma et de la télévision : révolution de l’image.

Non pas que l’image peinte ou sculptée ait été absente avant l’image mobile : l’histoire des Arts nous enseigne bien au contraire qu’en même temps que le langage des prêtres et des saltimbanques, les peintures, les sculptures et les tapisseries faisaient récit et parlaient au peuple en des temps où le peuple ne lisait guère. Les Temples anciens et les Cathédrales sont aux apogées de ces représentations qui révèlent tous les visages d’une culture ; l’audace du bâtisseur,  la foi d’une inépuisable statuaire et l’ampleur des fresques sont autant de manière de dire qui nous étions en ces temps-là.

Mais l’image de notre époque est une image omniprésente, permanente, écrasante, envahissante, banalisée : le choc des images.Une illustration de ce retour est le succès de la Bande Dessinée. Tout devient sujet de BD. Plus besoin de lire Stendhal ou Flaubert, la BD de Mme Bovary existe. Enfoncée la tapisserie de Bayeux.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne faut pas s’étonner de cette rapide évolution. Jadis, les gens ne savaient pas lire car ils n’accédaient pas à l’école. De nos jours, l’Education Nationale, à l’évidence n’apprend plus à lire (ni à écrire et compter) aux enfants dont elle revendique d’assurer la formation, il est légitime que pour ceux d’entre eux qui voient encore dans le papier autre chose qu’une commodité d’emballage ou d’hygiène, de se tourner vers des livres d’images et c’est finalement tant mieux. Mieux vaut la BD que le silence.

 On a utilisé pour les mots l’image de briques du langage. Le locuteur empile des mots pour dire quelque chose, pour informer comme pour construire un mur qui enfermera son message.

Ces mots, au hasard de l’histoire des tribus puis des nations, il les empile suivant un ordre que –là encore- le hasard et la nécessité lui auront proposé/imposé. Ainsi nait la grammaire qui est le mode d’emploi de l’ensemble des mots, du vocabulaire, pour élaborer le discours qui contient le sens.

Cette grammaire, disent certains est une caractéristique de l’espèce : elle serait génétiquement et uniformément présente en nous comme un quelconque phénomène homéostatique.

D’autre disent que la grammaire, comme le mot n’est qu’un artefact parmi les autres dans le grand sac à malice de Sapiens et qu’elle est en ce sens une particularité culturelle comme une autre, variable de tribu en tribu.

Cette intéressante question est maintenant académique : la population de la terre parle une sorte d’anglais, des sortes de chinois, encore des bribes d’espagnol et de français, un sabir d’arabe et les centaines (860 exactement) de dialectes de la péninsule des Indes. Tant pis pour le japonais et le bahasa…

Il n’y a plus de langues inconnues : on sait à propos du « parlé » de quoi on parle.

Reconnaissons que toutes les grammaires connues ne se ressemblent pas ; si elles sont construites en nous avant que la culture du groupe nous façonne, elles choisissent pour se révéler des formes bien diverses.

En exemple prenons le verbe qui est le mot qui « dépeint » l’action. Certaines langues le triturent et lui donnent tant de formes qu’il finit par définir le sujet ou l’objet de l’action, le locuteur, le temps de l’action et même sa qualité : n’y a-t-il pas un doute sur l’action ? Dans d’autres langues le verbe est par contre absolument invariable et il faut alors lui adjoindre une quantité d’adverbes pour qu’on sache ce qui était concerné par l’action : qui, quoi, comment, où…et peut-être.

Nous sommes donc les héritiers d’un vaste corpus de langues, mots, chiffres, signes que les groupes d’hommes au fil du temps, par répétition, avec des essais, des erreurs, des régressions a poli, fait grandir et surtout transmis, patiemment, de génération en génération au fur et à mesure qu’ils vivaient de et par ces langages.

Nous les façonnons toujours.

Comme toute chose de l’homme ces constructions sont fragiles. Les langages des hommes vivent et meurent, ils peuvent être malades, ils peuvent souffrir. Il est donc essentiel que tous ceux qui mesurent la chance qui leur a été accordée dans cet héritage le protègent et le vénèrent. De tous les outils que l’homme a su créer, le langage est le plus puissant car de sa maîtrise dépend l’accès à tous les savoirs et à tous les faires.

 Dernière évidence oubliée dans ce qui précède : Le calme, la stabilité, la paix en un mot sont sans nul doute des conditions indispensables de ces lents processus de fermentation, de maturation du langage même si la nécessité et le danger ont pu constituer des accélérateurs ou des révélateurs.

 

(2)     En conclusion, laissons le dernier mot à John M  Gray qui précise son point de vue sur l’influence que l’usage de l’alphabet a eu sur la pensée et plus précisément sur la pensée occidentale.

The calls of birds and the traces left by wolves to mark off their territories are no less forms of language than the songs of humans. What is distinctively human is not the capacity for language. It is the crystallization of language in writing.

From its humble beginnings as a mean of stocktaking and tallying debts, writing gave humans the power to preserve their thoughts and experiences from time. In oral cultures this was accomplished by feats of memory, but with the invention of writing human experience could be preserved when no memory of it remained. The Iliad must have been handed down as a song for many generations, but without writing we would not have the vision of an archaic world it preserves for us to day.

Writing crates an artificial memory, whereby human can enlarge their experience beyond the limit of one generation or one way of life. At the same time it has allowed to invent a world of abstract entities and mistake them for reality. The development of writing has enabled them to construct philosophies in which they no longer belong in the naturel world.

The earliest forms of writing preserved many links with the natural world. The pictographs of Sumer were metaphors of sensuous realities. With the evolution of phonetic writing these links were severed. Writing no longer pointed outwards to a world humans shared with other animals. Hence forth its signs pointed backwards to the human mouth, which soon became the source of all sense.

When 20th century philosophers…attacked the superstitious reverence for words they found in philosopher like Plato, they were criticizing a by-product of phonetic writing. It is scarcely possible to imagine a philosophy such as Platonism emerging in an oral culture. It is equally difficult to imagine it in Sumeria. How could a world of bodiless Forms be represented in pictograms? How could abstract entities be represented as the ultimate realities in a mode of writing that still recalled  the realm of the senses?

It is significant that nothing resembling Platonism arose in China. Classical Chinese is not ideographic as used to be thought; but because…of its “combination of graphic wealth with phonetic poverty” it did not encourage the kind of abstract thinking that produced Plato’s philosophy. Plato was what historians of philosophy call a realist –he believed that abstract terms designated spiritual or intellectual entities. In contrast, throughout its long history, Chinese thought has been nominalist – it has understood that even the most abstract terms are only labels, names for the diversity of things in the world. As a result, Chinese thinkers have rarely mistaken ideas for facts.

Plato’s legacy to European thought was a trio of capital letters – the Good, the Beautiful and the True. Wars have been fought and tyrannies established, culture have been ravaged and peoples exterminated in the service of these abstractions. Europe owes much of its murderous history to errors of thinking engendered by the alphabet.

 

Juin 2015 et janvier 2018

Posté par Dufourmantelle à 17:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 janvier 2018

Fantôme et Inversion

 

 

La bête est au repos. Comme pendant le sommeil. Son cerveau fait une sorte de gymnastique intérieure (forcément intérieure) dont la bête ne conservera dans sa mémoire que des traces effacées. C’est le rêve.

Le jour, le bruit, le corps lui-même éveille l’animal.

Aussitôt le monde s’impose à lui.

Les perceptions lui « passent » des messages.  Certains messages sont lus au plus profond de son corps et d’autres dans sa tête. Le processus homéostatique fonctionne « en même temps » que des images se peignent dans le cerveau. La perception est devenue sensation.

Adoptons le mot « émotions » pour qualifier ce premier pas. (1)

Comme un véhicule qui démarre, le cerveau change de vitesse et passe la première. Il fait des allers-retours sensations-observation de ces sensations ; dans ces mouvements il améliore les images du début, celles directement issues des sensations. Il les élabore, redessine le tableau et commence un travail de critique. Nous parlerons alors de « sentiments » (1).

Ces sentiments de tous ordres et de tous désordres, colorés des sensations et des émotions s’organisent avec ce fabuleux artéfact que l’homme s’est inventé : le langage. C’est le mot qui, au-delà de l’image muette, au-delà de l’image-sensation-perception va donner naissance ou donner corps à l’idée, l’insaisissable et la fragile. (2)

L’idée volète d’abord seule puis s’agrège à des idées-sœurs et gagne de la vigueur, se muscle, devient vraiment elle-même et sort de son enfance dans la parole et le discours.

Nous en avons alors pleinement pris « conscience ». Notre idée est devenue « pensée ».

C’est le moment de l’attraper si c’est un papillon, de la cueillir si c’est une fleur et de la mettre à plat sans trop la déformer dans l’herbier du texte avant que de l’emprisonner dans le panthéon du livre…

 

Tout ceci pour vous dire que j’ai pensé à ….

 

Mais ce n’est pas aussi simple : mon idée (toute) idée est un peu comme un parcours. On peut entrer dans le parcours par le général, l’universel, le catégorique et descendre par un escalier historique jusqu’à l’affaire, l’incident ou l’exception qui mettra en évidence et illustrera l’absolu valeur du principe initial ou à contrario sa faiblesse. D’une autre manière on peut partir par, si l’on veut, « le petit bout de l’histoire » et remonter par le même escalier jusqu’aux règles et principes généraux qui guident nos sociétés.

Le journaliste et le chroniqueur sont souvent contraints par l’urgence de l’information de suivre le chemin qui, du fait divers mène à la réflexion générale. C’est aussi le trajet du romancier, enfin du romancier qui a une destination.

L’essayiste ou le sociologue, parfois pédants et pédagos suivront le plus souvent le parcours du général vers l’exemple et l’illustration au risque de s’égarer en chemin dans l’esprit de système et dans l’idéologie.

 

Assez de temps perdu : venons-en au fait.

 

Inversion

 

Un jeune étudiant en botanique tombe en Écologie. Son père est un militant écologiste. (3) Les convictions de l’étudiant lui disent de s’opposer à la construction d’un ouvrage déclaré d’utilité publique.

L’ouvrage est un barrage de faible dimension. Le coût global de l’opération est inférieur à 10 millions d’euros. L’eau de la retenue sera utilisée pour irriguer les terres agricoles dans la vallée d’un affluent du Tarn. Le réservoir occupera une surface d’une quinzaine d’hectares. Les travaux commencent après que les autorisations nécessaires aient été délivrées. Des groupes de jeunes s’opposent à la construction et tentent d’occuper le site.

Dans la nuit du 25 octobre 2014 un groupe de manifestants attaque des gendarmes retranchés dans un enclos grillagé. Des pavés et des cocktails Molotov sont projetés sur les gendarmes qui répliquent par des jets de grandes lacrymogènes et de grenades offensives.

Le jeune botaniste, présent dans le groupe d’assaillant est tué par une grenade offensive.

Le fait brut et irréfutable est qu’un jeune activiste violent est mort à 2 heures du matin dans un affrontement avec des gendarmes en situation de défense.

La validité de la cause défendue n’est en rien un élément du dossier. Il ne s’agit pas de qualifier le projet du barrage mais l’acte du jeune terroriste.

Déplorer sa mort, comme on déplorerait toute mort d’un homme est une évidence sociale et morale qui échappe aux commentaires.

 

Intervient l’inversion 

Cette inversion repose uniquement sur le principe suivant. Dans une certaine vision de la société, le projet est mauvais et doit être contesté ; donc tout acte visant à mettre en cause la réalisation du projet est légitime. Les intérêts de la collectivité et les décisions publiques ne sont pas à prendre en compte. L’action publique est devenue  une manifestation du Mal : les autorités sont mauvaises, le gendarme est mauvais. S’opposer au Mal est bien et donne le droit d’incendier le gendarme. L’acte criminel devient légitime et banal, voire nécessaire puis par amplification légèrement héroïque. Le fait que des gendarmes se défendent devient violence policière et le gendarme agressé devient le criminel.

Le gendarme échappe de justesse aux Assises et le botaniste devient une figure nationale de la résistance aux Forces du Mal, aux Forces de l’Ordre.

Il ne devient pas à proprement parler un héros, mais il devient un symbole et sa mémoire sera célébrée même par les pouvoirs publics : ce n’était qu’un enfant ! (4)

Désormais son triste destin sera évoqué et invoqué lorsque des intérêts particuliers s’opposeront aux intérêts collectifs dans le fonctionnement ordinaire de nos institutions.

Le thème est : L’État doit reculer et renoncer car il portera seul la responsabilité des événements tragiques qui résulteraient de son entêtement à faire ce qu’il a dit qu’il ferait. L’opposant est exonéré, quelle que soit la violence qu’il « manifeste », puisqu’il incarne les Forces du Bien. (5)

Le symbole est omniprésent : à la Bastille des manifs, à NDDL, aux confins des banlieues interdites, en Corse naturellement et plus que partout ailleurs, aux portes des lycées et universités. Ce don d’ubiquité et cette constante disponibilité conduisent à voir en lui, pauvre jeune botaniste égaré, un être surnaturel qui conteste toujours et partout l’action de tous. Rémi Fraisse de symbole devient un fantôme.

Le Fantôme de la contestation

 

Ce fantôme hantera désormais toutes les manifestations visant au rejet d’une action de l’État.

Le fantôme est omniprésent. Même si l’action publique est acceptée largement, une poignée d’opposants peut convoquer le fantôme. Chacun se posera en martyr potentiel et exprimera publiquement sa volonté de ne pas accepter qu’une action qui lui déplait se fasse. L’opinion individuelle prévaut la décision collective.

Et l’autorité de l’État ne s’exprimera pas. Le fantôme a vaincu la force publique.

 

Ne remontons pas trop avant dans le récit de ce désastre de NDDL et laissons Jospin sagifier en paix.

Chirac ne demandait que le calme : il n’avait que faire d’un dossier qui s’enlisait dans le bocage.

Sarkozy fut tout empêtré dans la crise et peut-être considérait-il que les socialos de l’ouest n’avaient qu’à se débrouiller avec une situation qu’ils avaient créée.

Hollande filait le parfait amour avec sa petite Fantômette « à lui », la tellement touchante Léonarda.

 

Arrive le Divin Enfant 

Un bref séjour dans les « en même temps » du Président

Un voyage en Macronie, dans la tête d’Emmanuel

Avant l’élection : Républicain bon teint, pur jus, sans additif, NF, label Fillon. Le projet NDDL est sur des rails.

Après l’élection : Réfléchissons et consultons, mes Frères. Une petite expertise de plus n’a jamais fait de mal.

Le Divin Enfant pense

Il n’y a qu’une réponse logique et légale au problème posée par la présence d’une zone insurrectionnelle sur le territoire de la République destinée à un projet en cours de construction. Pour que les travaux commencés reprennent et soient menés à bien, il faut et il suffit que la « Zone d’aménagement » soit évacuée et cesse d’être « Différée » et encore moins « défendue ».

Cette décision depuis longtemps entérinée provoque des mécontentements. Certains sont légitimes et devront être apaisés du mieux possible. D’autres sont étranger à l’affaire et sont des mécontentements généraux : ils traduisent des refus de notre ordre social et le désir de le changer en profondeur.

Mais le Fantôme sera présent et des violences se produiront lors de l’évacuation. (5)

Le Divin Enfant poursuit sa réflexion.

Comment ne pas convoquer le Fantôme lors de l’opération d’évacuation ? Impossible depuis que nous le laissons étendre son influence sur la province dont il est devenu l’autorité tutélaire.

Comment faire pour ne pas évacuer ?

À ce point joue un déclic : pour ne pas avoir à évacuer il suffit de changer de projet…

Un bon coup de gomme et une inversion

Le coup de gomme consiste à oublier, tout simplement, tout benoitement, tout naturellement le passé.

Les cinquante années de genèse du projet n’ont été qu’un long piétinement de mes prédécesseurs, incapables qu’ils sont été de finir le travail. Ma décision ne sera que la manifestation de leur incompétence. Sur ce point, la foule sera d’accord. Aéroport, pas d’aéroport, est-ce vraiment important ?

Cela occupera les médias qui me ficheront la paix sur d’autres sujets.

 L’inversion se fait par l’inversion du vocabulaire et la mise en place d’une nouvelle échelle de valeur.

Le projet adopté jadis devient un projet discuté et discutable. Le projet alternatif devient « comparable » ; il pourra (et sera) à son tour différé puisqu’aussi bien il est simplement moins mauvais que le projet adopté mais quand même pas très bon, donc différable. C’est au demeurant l’avis de la dernière expertise.

A-t-on été bête de vouloir à tout prix appliquer les lois de la République alors qu’il suffit au pouvoir régalien de dire qu’il a changé d’avis pour que les solutions évidentes jaillissent. Des esprits chagrins diront bien que cela ne fait que reproduire les schémas précédents, que cela bafoue l’ordre républicain, mais qui les écoutera, tant le bon peuple (la foule) appréciera ma fermeté.

J’y suis arrivé

L’évacuation de la zone de non-droit cesse d’être une priorité : j’ai tout mon temps et mes sbires trouveront bien des astuces pour pérenniser l’anomalie et l’habiller de bonne et habile gestion d’une crise que, seul, j’ai réussi à résoudre. Ils proposeront du collectif agricole, ils feront preuve d’audace sociétale ; le marécage de l’illégalité deviendra une nouveau Jardin riche de productions nouvelles. Si les Zadistes veulent rester, et bien, qu’ils restent, nous les aiderons. Mieux que Larzac ! Pas de Fantôme dans ce scénario.

Amen.

Ah, j’oubliais ! Si je ne fais pas NDDL et si l’extension de Nantes se fait…plus tard, j’économise un milliard.

Quant à Vinci, j’en fais mon affaire : ce sont des amis, après tout.

 

Éloignons nous des pensées que je prête à notre Président et revenons à la réalité.

 Je viens de procéder à mon tour à une inversion : je fais de mon fantôme la cause du renoncement alors qu’il n’est qu’une incidence, en fait un incident, la détente d’une gâchette. Le renoncement est beaucoup plus général et concerne tout l’exercice du pouvoir. La recherche constante de consensus introuvables conduit à l’immobilité. Nous le voyons sur chaque sujet de politique ou de gestion nationale. Les Ministères de l’Éducation Nationale, de l’Intérieur, de la Justice deviennent des Ministères de la Désintégration Nationale, qui entérinent le recul d’une volonté commune, éparpillée au gré des intérêts particuliers, en obéissance à des idéologies confuses et utopiques. Je parle de l’Écologie définie comme une pensée politique ou du Droidelomisme abstrait, les deux totalement libérés de la moindre contrainte financière. Cela va sans dire.

Nos sociétés dans leur confort ont générées des a-citoyen qui entendent bien profiter à plein des avantages de la vie commune (du Bien Commun) mais qui refusent de participer à l’action collective, persuadés qu’ils sont d’être bénéficiaires légitimes de droits acquis et sans cesse accrus sans qu’il n’en résulte la moindre obligation, le moindre devoir et surtout de devoir de production économique. Cette large fraction de la population, cette écume de nos civilisations s’installe par des revendications confuses dans des postures de refus que la faiblesse de nos États favorise.

Vous dites aux Français de faire vacciner leurs enfants et vous offrez le service gratuitement : dans l’instant une large fraction de l’opinion refuse.

Vous expliquez que les drogues douces et dures ne sont pas bonnes pour la santé : dans l’instant des voix s’élèvent pour réclamer la dépénalisation de la vente et de la consommation du cannabis.

Je parle de la posture du refus, refus de l’ordre, refus de l’autorité publique et acceptation complaisante des conséquences des désordres. Par l’État d’abord mais aussi par le Citoyen.

Tous les commentateurs ont repris la formule de Churchill : Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre. La différence d’échelle entre les deux événements, guerre contre le Reich ou abandon d’un projet d’aéroport régional ferait sourire si la comparaison n’était pas étonnamment pertinente. La faiblesse que traduit l’attitude du Président est à l’évidence un encouragement aux opposants extrêmes, lesquels, on le sait depuis longtemps prennent toujours le pas sur les modérés.

Je préfère ne pas évoquer les vrais, bons, gros dossiers qui surplombent la vie publique comme, par exemple, les revendications autonomistes corses ou la très nécessaire réforme des régimes de retraites. Et je ne parle pas de l’immigration ou du traitement pénal des islamistes.

 Nous allons payer très cher ces renoncements. Les exemples récents dont nous parlons, Sivens ou NDDL démontrent la validité et l’universalité de la méthode contestataire. Chacun peut l’employer car elle est gratuite, sans risque et parfaitement efficace. Son usage se répand.  Les Forces de l’Ordre elles-mêmes goutent à ce fruit défendu. Elles sont fondées à utiliser à leur tour l’arme de la désobéissance. Non pas que le Fantôme veille sur elles ! Il est normal est ordinaire que le gendarme, le militaire se fasse tuer par le criminel ou l’ennemi. (7) Mais elles commencent à percevoir qu’elles ne représentent plus la force de coercition d’un État qui ne veut plus jamais exercer son pouvoir et qu’elles ne sont plus qu’une chair à émeute de faible coût.

L’État n’aspire pas à exercer son pouvoir. Il aspire à en profiter. L’État n’est plus que l’oligarchie de la vie politique dont la double devise est : Pourvu que ça dure et Après moi le déluge.

 Macron, hélas, comme les autres et Ventredieu, que j’aimerais avoir tort ! (8)

 

1         Nous suivons en cela le très savant Damasio : « L’ordre étrange des choses ».

2         Les idées peuvent-elles ne sortir que de « la boite des mots » ? ou bien existent elles sans le support du langage ? Et une idée existe-t-elle avant d’avoir été émise … et entendue ? Tant qu’elle est en moi, elle est comme un rêve, Ô combien fugace. Pensez-y et dites-le !

3         Le rôle (la responsabilité) du père n’est à aucun moment évoqué(e) dans le sujet. Et pourtant.

4         Un enfant qui votait depuis 3 ans déjà. L’enfant est majeur très jeune, mais pas dans le domaine des responsabilités.

5         Impossible de ne pas utiliser le vocabulaire de Star War dans un propos aussi cosmique.

6         Il est impossible et impensable que Macron pense différemment. J’essaie donc d’expliquer pourquoi son discours va à l’encontre de ce qu’il « doit » penser.

7          Ref : dans le blog : « La médaille de quoi ? » du 11 janvier et « Une tradition républicaine » du 17 janvier

8         J’oubliais. Il est différent : il a une méthode. Les Zadistes aussi.

 

22 janvier 2018

Posté par Dufourmantelle à 10:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 janvier 2018

Une tradition républicaine : NDDL

Ce texte a été écrit dans les quelques jours qui ont précédé la promesse du gouvernement de sortir de la situation d’attente des dernières années. Je l’édite au moment même où la décision est annoncée.

Sans surprise, le projet est abandonné : « Les conditions ne sont pas remplies » nous dit le si populaire Édouard. Le lecteur se convaincra aisément que je ne partage pas ce point de vue. Je crains même que ce « refus devant l’obstacle » ne soit une très grave faute politique. Ce Jupiter n’est pas Zeus.

 

C’est promis, juré. Plus de tergiversations. Plus de procrastinations. Pas la moindre hésitation. Bannie l’incertitude, le barguignage, le doute et le flottement….

Le Divin Enfant va décider et la parole Présidentielle comme celle de Yahvé à Moïse nous dira le chemin qui mène au salut et la Règle qui guide nos vies.

Enfin après quelques mois de réflexion supplémentaire(s) tout de même. Supplémentaires les mois et supplémentaire la réflexion.

C’est que le dossier est lourd et il se pourrait qu’il n’ait pas été complétement instruit.

Donc, tout de même un dernier (promis !) rapport et puis, croix de bois, croix de fer, le verbe s’exprime et la parole nous est enfin révélée.

D’ailleurs cette affaire-là relève à l’évidence du gouvernement (c’est le moins qu’on puisse dire) et c’est donc le Grand Prêtre, le Premier Ministre qui rendra le Jugement et exprimera le Juste.

Il convient donc, tout de même, qu’il s’enquiert lui aussi des Textes et des Paroles des Sages qui ont au cours du dernier demi-siècle gloser sur la Chose.

Le mot important est « tout de même ». Ce tout de même, signifie qu’il y a « tout de même » place à de la tergiversation, procrastination, hésitation…cf infra.

Le lecteur tentera de ne pas d’établir la relation (prégnante) qui vient à l’esprit entre le « tout de même » et le « en même temps ». C’est l’ambiguïté du « tout de même » dont le sens a glissé vers « enfin, ce n’est pas sûr, attendons un peu » : Malgré ce qui vient d’être diten dépit de ce qui est arrivé ou pourrait arriver. Cntrl

Heureusement le « en même temps » nous fait sortir des marécages de l’indécision.

 

Le lecteur aura compris que ce badinage concerne le projet de construction de l’Aéroport de Notre-Dame des Landes.

Comme la plupart de mes concitoyens, je n’ai aucune « opinion » sur le sujet. S’être construit une opinion signifierait que le sujet ait été étudié et que les ingrédients du potage soient connus. Donc, avant étude et après épuisement du subjonctif, je n’ai pas d’opinion.

Cependant j’ai cru relever un grand nombre de faits et d’évènements qui donnent « tout de même » une structure au dossier.

Les prévisions de croissance du trafic aérien régional, qui justifiait initialement la décision étaient probablement optimistes à l’époque. C’est toujours le cas : les protagonistes d’un développement appuient sur le champignon « Besoin » pur accélérer la mise en œuvre d’une réalisation.

J’ai compris que l’argument, optimiste en 1960 et encore en 1990 était devenu fort pertinent maintenant que l’aéroport actuel atteint, dit-on, la saturation.

Que signifie cette notion de saturation, je l’ignore et ce qui me parait important en la matière est d’abord l’opinion des principaux usagers, qui en l’occurrence sont les passagers mais surtout les Compagnies Aériennes.

Une des premières questions qui se pose est de savoir de quel trafic aérien il s’agit : la destination Paris est desservie par TGV en 2 heures. On parle donc en priorité de Nantes-Agglomérations européennes.

Quoi qu’il en soit, sauf si j’ai mal entendu, que ce soit NDDL ou remodelage de l’aéroport existant il faut faire quelque chose.

J’entends aussi que les coûts de ces deux solutions sont du même ordre de grandeur, considérant les engagements déjà pris dans le projet du nouvel aéroport. Dans tous les cas et sauf à continuer à ne rien faire, les responsables parlent d’un demi-milliard d’Euros. Traduit dans mon vocabulaire, disons un milliard et n’en parlons plus.

Alors, et peut-être aurais-je du commencer par-là, quelle est la situation juridique du dossier ?

Sur ce point, à la différence des précédents, je comprends qu’il n’y a aucun doute possible.

Construisons un nouvel Aéroport à Notre Dame des Landes.

La décision a été prise, puis reprise puis confirmée, puis reconfirmée. Tous les recours ont été épuisés. Le décret de 2008 semble conclure le parcours. La Communauté de Commune tente une dernière action et son  pourvoi est  finalement rejeté en 2010.

Adjudication, sélection d’un entrepreneur-gestionnaire et confirmation du bazar en décembre 2010.

Je joins pour le lecteur patient un extrait de wiki qui précise le déroulé des dernières phases de Non-prise de décision de 2010 à la période que nous vivons. Rire ou pleurer ? Pleurer de rire !

Mais !

La Zone d’Aménagement Différé s’est pendant ces longues procédures transformée en une Zone à Défendre.

La nécessaire expulsion n’est plus possible : le fantôme de Fraisse paralyse le gouvernement de la République.

Ce pauvre Hollande cherche comme tous ses prédécesseurs à gagner (ou perdre) du temps, à botter en touche comme on dit de nos jours, avec une consultation « populaire ». Fatalitas, la consultation enfonce le clou…et le projet est à nouveau validé.

Tourmente de l’élection présidentielle : comment continuer à gagner-perdre du temps ? Ben voyons, un nouveau rapport. D’ailleurs si je demande à des opposants notoires de préparer ce nouveau rapport, la probabilité est grande que s’ajoute une nouvelle dose d’incertitude et d’absence d’autorité dans ce qui est devenu, à proprement parlé, indémerdable.

Et la patate, chaude et glissante à ce pauvre Édouard qui est si populaire. 

Trois paquets :

Un premier paquet est composé de tous les gens qui n’ont pas d’opinion : vous, moi les autres.  Ces gens se disent « tout de même » qu’il serait bien que notre pays soit dirigé : c’est la raison pour laquelle ils acquittent des impôts. La tendance serait en somme de croire à la qualité du jugement des personnes qui ont construit cette décision et de ne pas mettre en cause de façon systématique ce que le pouvoir, par nous désigné, a choisi de faire. Comme ils n’ont pas d’opinion « structurée » sur l’intérêt du projet ils pensent que l’important est que la République « fonctionne » et que les objections après avoir été entendues, analysées et prises en compte ne deviennent pas des perturbations de l’action publique.

 Un second paquet est composé des gens qui sont favorables au projet : pratiquement toutes les personnes concernées à l’exception d’une large partie des habitants de la communauté de communes de NDDL. Les élus locaux de tout poil, la population du département approuvent le projet. La quasi-totalité de la classe politique pour des raisons qui sont celles du reste de la population et des élus : intérêt du développement régional et respect du fonctionnement des institutions.

Avec ces deux paquets, la majorité est atteinte et largement dépassée. Le dossier pourrait se clore.

Le troisième paquet est composé des opposants. Comme un bouquet, il est varié.

Il comprend ceux que j’appellerais les opposants légitimes : ils sont directement concernés (on dit impactés maintenant, quand on parle la presse-langue) par cette construction : les expropriés, au premier chef, ainsi que les habitants des villages directement concernés. Pour ces gens la vie va changer. Agriculteurs, ils perdent leur terre et il est légitime qu’ils ressentent une agression et une dépossession.

Voisins, leur vie va être bouleversée et de ruraux qu’ils étaient, ils deviendront banlieusards.

L’argent des indemnités ne remplace pas ces choses. J’ai manqué écrire « valeurs ».

Ce groupe des légitimes comprend aussi les écolos pur-jus. Dans une démarche proche de celles des paysans, ils déplorent le bocage détruit, la rainette sacrifiée et l’oiseau tombé du nid. Pour eux, qui vivent dans le  légitime souci de moins abimer la planète, peu de consolation : le mal se fera et la seule offre qu’on puisse leur faire est d’étendre et de renforcer la protection de l’environnement ailleurs, où cela soit significatif et où cela ne nuira pas au développement économique. Il faut compenser le dégât ici, par un « mieux » ailleurs et que le solde paraisse positif à la communauté. Ce travail d’équilibre sera fructueux si les écolos le conduisent eux-mêmes par des marchandages positifs : Vous (c’est-à-dire nous, les Citoyens) prenez ce territoire, garantissez nous que plus jamais, on ne touchera à cet autre. C’est la logique du Conservatoire du Littoral.

Cette catégorie, que je qualifie d’écolos pur-jus est-elle abondante ? J’en doute.

Néanmoins, je décris ici une attitude légitime et qui mérite la considération.

 Maintenant, il y a les autres. Ici encore aucune homogénéité : dans ce tas, il y a des gentils, des rêveurs, des opportunistes politiques, des opposants « par principe », des intellos qui pensent jusqu’au bout de leur nez, des fanatiques de la décroissance.

Je ne parlerai pas de ceux qui sont à Paris, au chaud dans leurs cabinets et qui s’expriment par commentaires avisés dans la presse des Belles Âmes ; qui font des Nuits debout au bistrot à la mode.

Je pense aux occupants de la ZAD, ceux qu’il faudra bien, un jour ou une belle nuit, faire partir.

Mais beaucoup rêvent que cette expulsion puisse être évitée. Il suffit en effet d’admettre que le concept de propriété foncière est une manifestation archaïque d’un ordre bourgeois périmé…Une sorte de « Viens chez moi, j’habite chez une copine » généralisée et, soyons fou, légalisée. Une expulsion « à rebours ».

Je m’enquiers et consulte le spécialiste ; à ma grande déception, Brustier ne me dit rien : il est toujours planté dans son jardin entre Nuits debout, Plenel, Mélanchon et Gramsci.

Il me reste d’imaginer(1) de quoi est faite cette micro-population qui réside depuis quelques années sur les terrains qui devraient un jour accueillir le nouvel aéroport. J’éprouve des difficultés, mais une question s’impose. Comment vit cette communauté, quelles sont ses ressources ? Certains cultivent des jardins, élèvent des moutons, prêtent la main aux paysans encore présents mais, l’esprit cynique que je suis ne peut s’empêcher de penser que dans ce bel équilibre bucolique, le RSA, le chomedu et la panoplie des aides ad hoc doivent jouer un rôle important. Je me dis alors que la solidarité nationale (l’aide sociale) sert ici à alimenter le désordre civique et institutionnel ; institutionnel, puisqu’il y a reconnaissance et acceptation de ce désordre. (1) Reste de : Emploi rare, je revendique.

Le Républicain s’insurge et demande ce qui entrave l’action de la Force publique.

C’est le Fantôme. Le Fantôme de Fraisse.

L’affaire de Sivens est présente dans tous les esprits. Son déroulement est lié pour une large part à celle de NDDL. Cependant  il existe une différence importante entre elles : à Sivens, toute l’opposition au projet est composée de personnes impliquées au nom de principes et par principe. Toutes les personnes « concernées » par le projet lui sont favorables. C’est d’ailleurs le point faible de ce projet : il est défendu par des gens qui l’ont proposé, qui l’ont étudié et chiffré, qui l‘ont décidé et en ont construit le financement, qui en assurerons la construction puis qui l’exploiteront…Souhaitons qu’ils ne soient pas les entrepreneurs sélectionnés pour les travaux !

Une autre différence est dans la dimension des deux projets : un demi-milliard pour l’aéroport (sur le papier) et 7 millions pour le petit ouvrage collinaire qui reste donc au niveau du pour-cent du coût du projet nantais .

Donc, défense d’espaces humides, manifestations pacifiques et moins pacifiques, groupes de jeunes gens qui agressent les gendarmes, réponse et drame : un jeune étudiant trouve la mort au cœur de la nuit, au contact des gendarmes. Il endosse son suaire de fantôme.

Les faits : À 2h du matin des gendarmes « retranchés » dans un enclos grillagé sont attaqués par des jets de cocktails Molotov et de pavés. Ils répliquent avec des jets de gaz lacrymogènes et de grenades offensives.

Mon interprétation : Il est difficile de penser qu’une botaniste se soit trouvé « par inadvertance » au contact de gendarmes « retranchés » et attaqués, dans le cadre d’une manifestation pacifique de défense de la « grenouille agile » au milieu de la nuit et de nulle part.

Il ne s’agit pas de tomber dans le « Il l’a bien cherché » mais il est également difficile de pas se dire : Que diable, allait-il faire… ». Il est en conséquence difficile de ne pas penser que le jeune Fraisse faisait bien partie de cette jeunesse qui se croit autorisé à contester l’action publique par des méthodes de guérilla et la mise en danger des personnels des Forces de l’ordre.

Là est bien le fond du problème. Le refus de l’autorité de l’État et la crainte de la bavure policière ont atteint un tel niveau qu’il existe de nos jours une inversion complète des responsabilités et, j’hésite sur le mot, des « valeurs ». Il apparait légitime aux yeux des Belles Âmes de jeter des cocktails Molotov sur les flics et il est absolument criminel que le gendarme se défende. Le représentant de l’ordre public devient un paillasson ou un mannequin sur lequel les forces du progrès, les jeunes-issus-de et les anars de tout poil peuvent assouvir leur haine du système et en fait leur haine de tous les systèmes. Si le punching-ball se défend, il est « à priori » l’auteur de violences immédiatement qualifiées de policières.

Une fois encore le propos n’est pas de prétendre que la police soit irréprochable et que son action ne doive pas être contrôlée et mesurée. Mais on ne peut pas laisser accréditer l’idée que des gendarmes soient conduits à utiliser des dizaines de grenades uniquement « pour rire » ou pour se distraire au creux de la nuit.

Comme à l’accoutumé (et au risque de me répéter), je ne peux m’empêcher de croire que la mobilisation de toutes ces énergies contestataires n’est rendue possible que par les dépenses de la Solidarité Nationale !

Ce sont nos impôts et nos cotisations qui permettent à de nombreux inactifs de s’opposer par la violence à l’action publique. Cf : La médaille de quoi ? sur le blog en date du 11 janvier.

Le Fantôme de Fraisse rode à NDDL et il serait bien que la parole jupitérienne vienne rappeler aux jeunes gens qu’à vouloir donner des coups, il ne faut pas s’étonner d’en prendre.

Ce papier est écrit le jour même de l’annonce de la décision du Gouvernement sur l’avenir du projet d’aéroport.

Par quelle pirouette l’État va-t-il encore reculé ?

 

17 janvier 2018

Documents

Extrait de Wiki : une brève chronologie de 2000 à maintenant.

2000 : Relance du projet

Le projet est réactivé en 2000 sous le gouvernement Lionel Jospin. En effet, le 26 octobre 2000, la décision du Comité interministériel de « réaliser un nouvel aéroport, en remplacement de Nantes-Atlantique, sur le site de Notre-Dame-des-Landes afin de valoriser la dimension internationale et européenne des échanges de l’Ouest Atlantique » a ouvert la phase d’études.

En janvier 2002, pour permettre le pilotage du projet avec l'État, quinze collectivités — les régions Bretagne et Pays de la Loire, les départements d'Ille-et-VilaineLoire-AtlantiqueMaine-et-LoireMayenneMorbihanSarthe et Vendée et six agglomérations et intercommunalités — se réunissent au sein du Syndicat mixte d’études de l’aéroport de Notre-Dame-des-Lande. Ce syndicat mixte d’étude ayant atteint ses objectifs statutaires, il est dissous en janvier 2011 et laisse la place au syndicat mixte aéroportuaire.

Le 13 avril 2007, il est remis au préfet de la région Pays-de-la-Loire un rapport reconnaissant l'utilité publique du projet.

Fin 2007, la construction de l'aéroport du Grand-Ouest est confirmée, en dépit du Grenelle de l'environnement annonçant le gel de toute nouvelle structure aéroportuaire. Ce nouvel aéroport a été jugé par la préfecture de Loire-Atlantique compatible avec les objectifs du développement durable s’agissant d’un transfert pour raisons environnementales et non de la création d’une infrastructure supplémentaire.

2008 : Déclaration d'Utilité Publique

Le décret d'utilité publique (DUP) est publié le 10 février 2008, sous réserve que cet aéroport soit de haute qualité environnementale (HQE). Il fait suite à un débat public en 2002-2003 et une enquête publique fin 2006 qui a donné lieu à l’avis favorable de la Commission d’enquête du 13 avril 2007 reconnaissant l’utilité publique du projet dans son rapport remis au préfet de la région Pays de la Loire. En réaction à ce décret, une manifestation contre le projet se tient à Nantes début mars 2008, réunissant quelque 1 800 personnes selon la police, plus de 3 000 selon les organisateurs.

Le Conseil de la communauté de communes d'Erdre et Gesvres, sur laquelle doit être implanté le projet, décide le 9 juillet 2008 d’engager un recours en annulation de la déclaration d'utilité publique du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes devant le Conseil d'État.

Les 31 juillet 2009 et 27 janvier 2010, l’utilité publique de l’aéroport est confirmée par les arrêts du Conseil d’État rejetant les recours déposés contre la DUP aéroportuaire.

En octobre 2011, dans un communiqué, l'État annonce que la superficie de l'aéroport serait réduite à 730 ha (soit moins de la moitié de l'emprise dévolue en 2008 ; cf. DUP).

2008 : Appel d'offres

Après une phase de mise en œuvre, la réalisation du nouvel aéroport fait l’objet d’une procédure de mise en concurrence communautaire dans le cadre d'une Délégation de service public (DSP). Le nouvel appel d'offres (le premier ayant été annulé) du maître d'ouvrage – l'État (Ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire ainsi que la Direction générale de l'Aviation civile) –, préparé par le préfet Bernard Hagelsteen, reçoit quatre candidatures (au 27 octobre 2008). Ce sont les groupes : Bouygues ; SNC-Lavalin ; NGE/SAS  et Vinci.

Les quatre candidats sont habilités et reçoivent le cahier des charges de la concession publié par l'État. Trois d’entre eux déposent leur offre, dont la date limite de dépôt était fixée au 30 octobre 2009 : AEMERA Groupe Bouygues Construction (Quille), Taranis (SNC Lavalin) et Vinci (Vinci SA). Les offres sont analysées, jusqu'à l'été 2010, par une commission technique consultative de l’État. Le choix du concessionnaire est effectué par le ministre chargé des Transports et l’attribution de la concession pour une durée de 55 ans. Il se porte sur la société Aéroports du Grand Ouest, filiale de Vinci Airports et dont les actionnaires principaux sont Vinci Airports, la CCI Nantes Saint-Nazaire et l'Entreprise de Travaux publics de l'Ouest (ETPO-CIFE). Cette attribution fait l’objet d’un décret en Conseil d’État le 29 décembre 2010. Le 1er janvier 2011, le contrat de délégation de service public entre en vigueur.

Cet appel d'offres comprend, outre le financement, la construction et la gestion de ce projet, l'exploitation des aéroports de Saint-Nazaire- Montoir et Nantes Atlantique, jusqu’au transfert de son activité commerciale à Notre-Dame-des-Landes.

novembre 2010 : Enquête publique

En novembre 2010, la commission chargée des enquêtes publiques concernant l'aménagement foncier lié au projet d'aéroport ouvre une permanence de recueil d'avis à Notre-Dame-des-Landes. La tenue de cette permanence est toutefois perturbée par des manifestations et de vigoureuses interventions des forces de l'ordre.

décembre 2010 : Concession à Vinci

Vinci remporte l'appel d'offres pour la conception, le financement, la construction et l'exploitation du futur aéroport pour une période de 55 ans.

novembre 2012 : La « commission du dialogue »

En novembre 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault suspendant les opérations d'expulsion des occupants de la Zad et met en place une "commission du dialogue". Celle-ci conclut en avril 2013 à l'utilité du projet, tout en recommandant une amélioration des mesures de compensation environnementales.

30 octobre 2015 : feu vert aux travaux

Suite au rejet en juillet des recours environnementaux déposés par les opposants et la confirmation par le Premier ministre Manuel Valls de la poursuite du projet, la préfecture de Loire-Atlantique annonce la reprise des travaux pour 2016. Le 25 janvier 2016 la justice valide l'expulsion des derniers agriculteurs et riverains historiques vivant sur la ZAD.

26 juin 2016 : consultation locale

En mars 2015, un référendum local est évoqué par la ministre de l'écologie Ségolène Royal, possibilité envisagée par François Hollande lors de la Conférence environnementale fin novembre. Jacques Auxiette, le président du conseil Régional, partage l'avis de l'association pro-aéroport « Des ailes pour l'ouest » pour lesquels la consultation démocratique a déjà eu lieu.

À l'issue du remaniement ministériel de février 2016 et du retour d'EELV et de Jean-Marc Ayrault au gouvernement, François Hollande annonce la tenue d’un référendum local sur le projet. Le périmètre et le calendrier de la consultation sont dévoilés par Manuel Valls le 15 mars. Au moment de cette annonce, il n’est possible de réaliser ni un référendum national (dont le champ est limité par l’article 11 de la Constitution), ni un référendum local (car l’aéroport n’entre pas dans les compétences d’une collectivité territoriale - Article 72-1). Une nouvelle procédure est donc créée : la « consultation locale sur les projets susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement ».

Le décret publié au Journal officiel le 24 avril suivant prévoit que la consultation doit se tenir le 26 juin de la même année et que les habitants du département de Loire-Atlantique sont appelés à voter. Ils devront répondre à la question : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? ».

Selon les résultats officiels communiqués par la préfecture de Loire-Atlantique le 26 juin 2016, le « oui » en faveur du projet l'emporte avec 55,17 % contre 44,83 % pour le « non ». Le taux de participation est 51,08 %. Mais ses résultats cachent de grandes disparités, les communes directement concernées votant contre le projet à de très fortes majorités. L'exécutif a promis dans la foulée de lancer les travaux à l’automne.

À la suite de la victoire du « oui », la position de certains mouvements opposés au projet a commencé à s'infléchir dès le lendemain du scrutin. Ainsi, Michel Beaupré, responsable fédéral de l'Union démocratique bretonne, déclare : « Notre parti accepte sans réserve la décision populaire ». Ajoutant même que l'UDB dénonçait par avance « toutes les manifestations anti-démocratiques déjà prévues par les opposants ».

14 novembre 2016 : validation des arrêtés

La cour administrative d'appel de Nantes valide les arrêtés autorisant les travaux. La légalité du projet est confortée.

1er juin 2017 : Médiation

Le 1er juin 2017, le gouvernement nomme l'ancien pilote de ligne Gérard Feldzer, l'ancien ingénieur de l'ONF Michel Badré et la préfète Anne Boquet médiateurs responsables de trouver une solution dans le dossier. Cette médiation doit rendre ses conclusions au plus tard le 1er décembre 2017. Le 2 juin 2017Bruno Retailleau, président du syndicat mixte aéroportuaire soutenant le projet, demande à Gérard Feldzer de « se retirer » estimant qu'il « est un opposant notoire à Notre-Dame-des-Landes. A partir de là, ce n'est pas un médiateur, c'est un militant ». Le président de l'association des Ailes pour l'Ouest déclare que « cette médiation est une mascarade », récusant en outre la présence de Michel Badré nommé au Conseil économique, social et environnemental par une association opposée au projet.

Le rapport des médiateurs est remis le 13 décembre 2017 au premier ministre Édouard Philippe. Il retient deux options « raisonnablement envisageables », un transfert de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ou son maintien, avec un réaménagement, à Nantes-Atlantique. Les médiateurs préconisent par ailleurs le « retour à l’état de droit » et l’évacuation de la ZAD « quelle que soit l’option retenue » et « dès la décision gouvernementale », attendue au plus tard à la fin de janvier, la déclaration d'utilité publique du projet d'aéroport arrivant à son terme le 9 février 2018.

Dans une longue interview accordée au quotidien Ouest-France, le 21 décembre 2017, Gérard Feldzer estime que le projet Notre-Dame-des-Landes "n'est pas celui d'un aéroport du XXIe siècle". 

La naissance du Fantôme (Wiki encore)

La coordination des opposants au barrage de Sivens lance un appel à un grand rassemblement sur site le 25 octobre. Après la visite lundi de Cécile Duflot et Noël Mamère venus apporter le 21 octobre leur soutien aux manifestants, diverses personnalités sont sur le site le 25 octobre parmi lesquelles José Bové (député européen d'EELV et syndicaliste de la Confédération paysanne), Pascal Durand (député européen d'EELV) et Jean-Luc Mélenchon (député européen du Parti de gauche).

En prévision du rassemblement, la préfecture fait évacuer le chantier ainsi que tout le matériel. Les gendarmes mobiles présents pour protéger le chantier sont retirés. Ne restent sur place qu'une cabane de chantier et un générateur électrique équipé de projecteurs, gardés par trois vigiles. Dans la nuit du 24 au 25, « un groupe d'une trentaine de personnes » incendient cette cabane et ce générateur, ce qui provoque probablement le retour des forces de l'ordre. La gendarmerie revient donc sur le site alors que les CRS se retirent eux à 18 heures. Selon la journaliste Louise Fessard, dans l'après-midi plusieurs centaines de policiers antiémeutes sont présents sur le chantier, malgré la promesse du préfet : un policier syndiqué s'étonne de cette présence alors « qu'il n'y avait ni risque ni d'atteinte aux biens ou aux personnes », un haut fonctionnaire relevant que cette zone était loin d'être vitale. Selon le commandant du groupement de gendarmerie du Tarn, 2 000 personnes manifestaient pacifiquement quand « 100 à 150 anarchistes encagoulés et tout de noir vêtus [qui] ont jeté des engins incendiaires » sur les forces de l'ordre. Cette zone déserte est alors transformée en zone de guérilla, le tout alors que la nuit est tombée.

L'affrontement est violent. Aux jets de cocktails molotov et de pierres, les gendarmes retranchés dans un enclos grillagé répliquent avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes. Selon Médiapart, plus de 700 grenades de tous types dont 42 grenades offensives « OF F1 » auraient été tirées, alors que le directeur général de la gendarmerie nationale Denis Favier n’évoque que 23 grenades « OF F1 ». Selon le rapport officiel établi le 13 novembre 2014 par deux inspecteurs généraux respectivement de l'IGGN et de l'IGPN, « dans la seule nuit du 25 au 26 octobre 2014 (de 00h20 à 03h27), en trois heures d'engagement de haute intensité, on dénombre le tir de 237 grenades lacrymogènes (dont 33 à main), 38 grenades GLI F4 (dont 8 à main) et 23 grenades offensives F1 (dont 1 qui a tué Rémi Fraisse), ainsi que de 41 balles de défense avec lanceur de 40 x 46 mm ».

Vers deux heures du matin, une grenade offensive atteint un militant, Rémi Fraisse, qui est tué sur le coup par l'explosion. L'autopsie indique que Rémi Fraisse est mort de plaies importantes au dos, causées par une explosion de  TNT. Le 28 octobre Claude Derens, le procureur d'Albi, après avoir dans un premier temps refusé de confirmer l'hypothèse d'une grenade lancée par les forces de l'ordre, évoquée dans la presse, reconnaît que l'enquête est orientée vers une grenade offensive projetée par les forces de l'ordre. L’avocat de la famille de Rémi Fraisse confirme le 28 octobre avoir déposé deux plaintes : l'une pour « homicide volontaire » et l'autre pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Le procureur d'Albi se dessaisit du dossier au profit du parquet de Toulouse, compétent pour les affaires touchant au domaine militaire, qui ouvre le 29 octobre une information judiciaire contre X au motif : « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, faits commis par une personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions ».

Le Défenseur des droits Jacques Toubon annonce de son côté avoir décidé de se saisir d'office « de la mort de ce jeune homme », en tant qu'autorité indépendante.

Le 14 janvier 2015, le gendarme J., qui avait lancé la grenade mortelle, est placé en garde à vue dans le cadre de l'enquête judiciaire visant les « faits commis par une personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions ».

L’action contre le gendarme se conclue en ce moment par un non-lieu. (note du Naïf)

Un dernier commentaire sur ce document : il est bien clair que l’action de Duflot, Mamère, Bové et Mélenchon est toute à leur honneur et qu’ils n’ont, eux, aucune responsabilité.

 

Posté par Dufourmantelle à 17:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 janvier 2018

La médaille de quoi ?

Comme je le dis en conclusion, ce texte a été écrit après une conversation avec un ami. Cet ancien gendarme partageait mon étonnement de voir des agents de police, armés, être victime d’agressions violentes sans qu’ils aient fait usage de leur arme. On pourrait lire ce texte comme un reproche adressé aux policiers et policières, victimes de ces agressions. Ce n’en est pas l’intention. La surprise a sans doute joué un grand rôle dans ce qu’on pourrait prendre pour de la passivité. Mais il faut tout de même expliquer comment, surprise ou passivité, on peut en arriver là.

Personnes sensibles et Belles Âmes s’abstenir.

 

La médaille de quoi ?

 

Collomb (1) promet des réponses fermes, les trompettes du « plus-jamais » retentissent, Les Syndicats s’indignent, Macron reste sur la réserve, Obono est muette, Marine qui est sans voix émet des râles.

Et le Naïf s’étonne.

J’ai tort de m’étonner car dans le monde merveilleux qui est le nôtre les sujets d’étonnement sont nombreux et trop d’étonnement tue l’étonnement.

 Donc il est naturel qu’en quelques semaines le citoyen ordinaire doive trouver naturel d’assister –hélas, en différé- aux spectacles de policiers et policières frappés par des jeunes gens (2) au vu et sus de tous, sous les applaudissements et encouragements de spectateurs ravis de la représentation. Spectateurs ou auteurs et animateurs : l’important, c’est le « Partage ».

 Je ne récapitule pas la liste déjà longue des scènes ainsi offertes au public concerné : nous les avons tous en mémoire avec voitures brulées et intention manifeste de tuer.

 La routine.

 Réponse pénale nulle assortie de la litanie, dans l’ordre :

Justice débordée, pas de place dans les prisons, les prisons foyers de la radicalisation, tous mineurs, en somme des enfants qui s’amusent ; touche finale, des néo-victimes des crimes d’un 19ème siècle colonial.

 Y aurait-il réponse pénale que rien dans cette routine ne changerait : l’offre est trop importante ; le nombre des délinquants potentiels, pardon, des tueurs potentiels est trop grand ; l’ordre républicain ne peut plus être respecté. On verra à s’occuper de ça, plus tard ; quand l’inévitable Guerre Civile aura commencé.

Mais n’a-t-elle pas déjà commencée ?

Il suffit de se dire que cela est normal. C’est ainsi que la République Française garantit la sécurité par la garantie de l’impunité de l’agression.

Que voulez-vous, les temps changent et l’État qui s’occupe de bien des sujets qui nous concernent et le concernent fort peu, ne peut pas s’égarer à veiller au respect des fonctionnaires de la Police et de la Gendarmerie. Quand je dis respect, je veux dire respect de la vie des fonctionnaires de…

 Rechercher les causes de ce vide dans l’autorité nous conduirait à analyser les causes générales d’un déclin général dont la maltraitance des forces de Police et de Gendarmerie n’est qu’une manifestation.

 Alors pourquoi mon étonnement ?

 Dans toutes ces agressions criminelles on serait tenté d’oublier qu’il s’agit de personnes représentant la Force Publique et équipés d’une arme. Peut-être l’oublient-elles aussi ?

C’est peu probable. Quand vous êtes aux prises avec une bande de voyous qui en veulent à votre vie, il doit bien vous rester un zest d’instinct de survie qui vous fasse réaliser que vous êtes en état de légitime défense et que vous êtes armé.

 Je déplace mon étonnement et je reformule la question. Par quel mécanisme sommes-nous arrivés à « persuader » nos représentants, « notre » force de l’ordre que l’usage de moyens de défense est rigoureusement interdit, au point que ces personnes acceptent une forme de martyr en respect d’une règle dont on ne perçoit pas l’origine.

Comment est-on arrivé à les inhiber, à les aseptiser et en fait à les désarmer.

Car enfin il est de la responsabilité des forces de l’ordre de se faire respecter puisqu’on exige d’elles qu’elles fassent respecter un ordre d’ordre supérieur, celui de l’État.

Ce manque de responsabilité serait-il celui de l’État ou plus exactement celui de ses représentants, élus, fonctionnaires de haut-rang et autres dignitaires.

D’où vient cette démission collective et quelles formes prend-elle ?

 J’arrête les questions.

 En tout premier lieu le déni et le refus par l’État de reconnaître l’existence sur le territoire national de portions de ce territoire sur lesquelles les Lois de la République ne s’appliquent pas ; sur lesquelles d’autres modes de gouvernance se sont installés.

La principale est la gouvernance islamique qui intervient sur de nombreux quartiers des grandes villes et certaines zones rurales. Tout a été dit sur un sujet qui concerne quelques millions de nos cooccupants du pays. (3)

Une autre est le zadisme qui est une forme d’anarchisme nourri aux allocs, au chômedu et au RSA avec des points de fixation qui s’enkystent comme NDDL ou qui bourgeonnent à l’occasion des manifs des cégétistes et autres Insoumis.

Déni veut dire ne pas voir ou plutôt ne pas vouloir voir.

Refus dans le sens où l’on dit qu’un cheval refuse l’obstacle : on sautera plus tard !

 Les causes sont bien connues. Inutile de s’attarder à les évoquer à nouveau, mais la tentation est trop forte.

 Le progrès social passe avant tout, en France, par la réduction du temps de travail et la création d’une administration obèse pour la mise place des acquis. La compétitivité décroit et la dépense publique croit.

Il en résulte un processus de désindustrialisation, de recul des investissements et un chômage endémique.

Ce chômage diminue la capacité que pourrait avoir l’économie nationale à « intégrer » les immigrants en leur fournissant du travail. Les belles âmes rajoutent et facilitent le regroupement familial,  qui fonctionne comme une véritable pompe à migrants.

Ces immigrants se communautarisent. Ils sont majoritairement musulmans et l’islam leur offre une valeur refuge pour « loger » leur identité ; ces populations sont culturellement rétives à l’assimilation.*

Pour tenter de capter cet électorat, pour ne pas avoir à heurter les bons sentiments et pour circonscrire le problème l’État ne fait rien ou fait de l’électoralisme au prix de dépenses immenses qui sont inefficaces et contre-productives.

Il est facile de critiquer l’action publique du passé mais force est de reconnaitre qu’au-delà d’une certaine taille le problème ne se résoudra pas dans la joie et la bonne humeur et que maintenant plus personne ne sait quoi faire.

*Les allemands ont parfaitement intégré leur abondante population turque mais, pas plus que nous, ils ne l’assimilent. Comme nous, ils verront plus tard.

 Déni et refus du Législateur de reconnaitre l’aspect particulier de ce problème social et juridique. Il aura fallu l’entrée violente du terrorisme dans le jeu pour que l’appareil législatif s’adapte timidement à ce que le Président du moment appela la « Guerre contre… », qui est une guerre contre les ennemis de l’intérieur. Car enfin il nous faut comprendre que le djihadiste syrien qui fomente et recrute chez nous est un enfant de ces banlieues, de ces zones de non-droit et qu’il est, comme nous passé par l’école de la République.

La prise de conscience de la réalité de ces périls n’a en rien été favorisée par des Taubira et des Najat.

 Déni peut-être pas mais refus certainement des tenants de l’Autorité de la Force Publique d’assumer pleinement leur responsabilité en défendant leurs agents lorsque les circonstances les ont exposés à faire usage de la force ou plus simplement à remplir leur rôle.

Surtout, pas de vagues : cela déplairait aux « politiques » et l’opinion ne comprendrait pas. « Moyennant quoi »(4) une quasi moitié de la France vote FN à la présidentielle.

Le résultat est que les Forces de l’Ordre n’ont plus aucune confiance dans leur hiérarchie, dans la Mission qu’elles remplissent et dans l’État qu’elles servent.

Pourquoi garderaient-elles confiance dans la Nation ?

 Déni certainement pas mais refus des agents eux-mêmes, semble-t-il, de simplement se défendre. Des années de serinage administratif et psychologique ont sans doute été nécessaires pour faire accepter à tout un corps de policiers qu’éviter l’incident est plus important que leur propre survie.(5)

Car enfin quelle que soit la rapidité des agressions il est difficile de penser que le policier menacé et son équipier aient été totalement empêchés  dans tous les cas qui nous ont été présentés, de sortir leur arme et de s’en servir.

On finit par se demander s’il ne serait pas plus logique de ne pas leur faire porter d’arme.

 Exemplaire, M. Philippy.  Exemplaire la peine infligée à un assassin âgé (ce n’est plus le Jeune-issu-de…), peine qui, nous apprend-on sera aisément ménagée : pourquoi se priver si on peut tenter de tuer un flic et s’en tirer avec quelques mois de préventive.

Je cite, c’est trop beau !

Nicolas Fensch, l'homme qui a porté les coups... devrait pouvoir bénéficier d’un aménagement de peine. Ce quadragénaire, qui a reconnu les faits, a écopé de cinq ans de prison assortis pour moitié du sursis. Une peine couverte en partie par la détention provisoire, et potentiellement aménageable pour le reste. « Vous vous en êtes violemment pris à un policier qui tentait de sortir de son véhicule en flamme et donc à la mort », a déclaré le président, saluant le « courage » de Kévin Philippy qui « a préféré ne pas sortir son arme et donc vous blesser ». Video, Caroline Politi  11 nov 1917

La scène a été filmée par un participant à cette insurrection urbaine (il s’agit d’un zadisme ordinaire) et nous l’avons tous vu.

Dans le cas de Philippy, aucun soupçon de peur dans l’évènement ; il fait preuve d’un sang-froid admirable. Pas de peur si ce n’est, nécessairement, la peur des conséquences qu’entrainerait le simple fait de se défendre. (6)

Dans les autres exemples on ne sait pas ; les documents existent car il y a toujours un bon samaritain pour immortaliser la scène et faire le buzz mais ils n’ont pas la clarté et l’évidence du refus de Philippy d’agir comme le simple bon sens le lui conseillerait.

 Alors peur instillée chez les policiers ?

Peur de leur hiérarchie : un comble !

Peur de l’agresseur : mieux vaut se mettre en boule et attendre que ça passe.

Peur de leur responsabilité : prendre le risque de blesser un agresseur (encore enfant) ou de tuer.

Et finalement peur de leur fonction, de leur mission.

 Récemment j’évoquais ces drames avec un ami, ancien gendarme. Il me disait que tous ces policiers allaient être décorés et nous nous interrogions sur la signification de cette médaille.

C’est « La médaille de la Peur » me dit-il. Non, lui ai-je répondu, c’est plus grave.

Nous parlons de « La Médaille de la Soumission ».

 

  1. 1.       Collomb est père d’un flic et mari d’une magistrate. Son cœur balance.
  2. 2.        Issus de… ?  Zadeurs parfois.
  3. 3.       Ne pas confondre avec concitoyen.
  4. 4.       Curieux ce « moyennant quoi » : expression sans étymologie couramment utilisée et qu’on hésite cependant à écrire.
  5. 5.       On a surtout évoqué la Police. La Gendarmerie est-elle moins exposée ou est-elle moins intoxiquée ?
  6. 6.       Je ne sais si c’est la pudeur ou la honte qui m’interdit de prononcer le nom de Bernanos, l’étudiant en sociologie qui s’en tire également les couilles propres. La génétique n’est pas une science exacte.

 

11 janvier 2018

Posté par Dufourmantelle à 16:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 janvier 2018

IA, Mein Herr

Une fois encore un sujet auquel je ne connais absolument rien. Seulement le sentiment vague en écoutant les bavardages des médias que beaucoup de sottises étaient dites. La chose est malheureusement habituelle. Habituelle aussi le besoin du Naïf de comprendre de quoi « on cause » et d’y apporter le grain de sel d’un incompétent notoire. Je mets en exergue un petit couplet que j’avais réservé pour la fin. Il n’est pas inutile de le placer en introduction car c’est un fil que ce papier se propose des suivre.

 

L’homme est un animal complexe composé d’un squelette habillé de muscles. Cette architecture permet le mouvement et l’action sur l’environnement. Cette action consomme de l’énergie : le corps est donc doté d’un système d’absorption et d’utilisation d’énergie, alimentation et respiration. L’homme se « fait » une image de son environnement par les capteurs que sont les sens. Pour coordonner le fonctionnement du corps et tirer parti des informations sensorielles l’homme est pourvu d’un système nerveux. Ce système s’est élaboré au fil de l’évolution depuis un langage chimique et hormonal primordial jusqu’au vaste et infiniment complexe tissu neuronal qui regroupe les fonctions les plus élaborées dans le cerveau.

Ce qu’il importe de comprendre est que les systèmes anciens chimiques et neuronaux qui collectent et transmettent des informations de et à toutes les parties du corps ne sont en rien distincts du cerveau. Il n’y a dans le corps de l’homme qu’un système neuronal intégré qui gère le corps de l’homme, du mieux qu’il peut dans l’environnement, nature et société. L’erreur est de penser qu’il soit possible de toucher à une partie quelconque du corps de l’homme sans mettre en cause l’ensemble de ce corps.

Au temps pour le corps et l’âme : l’homme n’est qu’un animal, corps et âme confondus.

 

Quant au Naïf, il ne peut être assimilé à une machine : il est trop imparfait ; une ébauche au mieux.

 

IA, Mein Herr

 

L’année écoulée fut une année merveilleuse. Merveille de la venue sur terre du Divin Enfant tenu en main par sa Sainte Femme, merveille de l’effacement des gens de Solférino longtemps considérés comme des apôtres ineffa(ça)bles, merveille et surprise de la vie politique de nos amis-alliés-libérateurs de toujours, merveille d’une Île voisine rêvant d’une nouvelle Pax Britannica et encore plein d’autres merveilles toutes plus merveilleuses les unes que les autres.

Chacun y nourrira son propre émerveillement.

Année de dévotion et de recueillement au cours de laquelle les français ont pu avoir le sentiment qu’un monde ancien s’effaçait, façon PS et LR, par le départ pour le royaume des souvenirs d’une foule de gens de notre vie et presque de notre famille. Des gens du spectacle, du monde des idées et de celui bien distinct du précédent, de la vie publique. On se souviendra avec émotion du doublé Ormesson-Johnny, improbable gémellité dans la ferveur populaire, avec cependant une nuance de regret, comme une faute de goût : aucune infraction fiscale à reprocher à l’académicien.

Dans ces nombreuses disparitions chacun nourrira sa propre affliction.

 1917 fut aussi, avec un retentissement à peine inférieur à ceux qui viennent d’être évoqués l’année de l’irruption dans la vie médiatique de l’Intelligence Artificielle. En 1916, peut-être sous influence de notre ex-président l’IA somnolait encore, déjà présente mais n’avait pas encore envahi le PAF. Insupportable attente que tous les commentateurs des choses de l’esprit et de l’économie se devaient de faire cesser. C’est fait et le bébé nous a été délivré : plus rien ne sera comme avant, les machines dotées de IA, elles aussi, sont en Marche et l’homme de télévision prend peur.

 Intelligence Artificielle, quelle curieuse appellation ! Il n’y a dans cet objet médiatique mal identifié ni intelligence, ni artifice.

Alors de quoi s’agit-il ?

 Au commencement était l’artéfact. L’homme le fabriquait avec son énergie. Le temps passe, l’artéfact dure et devient outil. L’homme complète son énergie par celle de l’animal, du vent et de l’eau. L’outil lui aussi dure. L’homme complète son énergie par celle du feu.  L’outil devient machine. Celle-ci, touchée par la baguette de la fée électricité, nouvelle manifestation de l’énergie, devient robot et envahit notre monde. La fée électricité au-delà de l’écriture et de l’imprimerie, dans un nouveau mouvement, augmente dramatiquement la capacité de stockage et de traitement de l’information, de toutes les informations, des hommes et de la nature.

Dans cette histoire qui est notre histoire, à aucun moment l’artéfact, l’outil, la machine, le robot n’ont acquis une âme, un esprit, une conscience, des sentiments et des émotions : objets ils ont été créés, objets ils sont restés et inanimés ils sont.

Il y a cependant un artéfact qui échappe à cette simplification : le langage de l’homme. Cet artéfact, l’homme l’a construit en lui-même et l’a intégré pour développer… son âme, son esprit, sa conscience, ses sentiments et ses émotions. On ne dira jamais assez les charmes de l’homéostasie.

 Intelligence : En fait nous parlons de procédés qui autorisent l’homme, par le truchement de certaines machines, à traiter des quantités gigantesques d’informations, à en extraire à sa demande des modèles décrivant des phénomènes, à traduire ces modèles en règles de fonctionnement communiquées à d’autres machines dans le but de réaliser des tâches qu’il ne saurait accomplir seul.

 Si intelligence (terme qui reste à définir) il y a, c’est celle du créateur des machines et aucune autre.

Et d’artifice, au sens moderne du terme, pas la queue d’un. Que de la Science, de la Technique et de l’Énergie.

Le mot Énergie au sens plein du terme : Travail y compris et surtout celui de l’homme.

Puisque d’artifice point, il faut inventer un nouveau mot : artéfactuel conviendrait mieux.

Quelle pesanteur !

 Rien de ceci n’exclut la magie du monde : magie de l’espace et du temps, magie de la matière et suprême magie, celle de la vie.

C’est cette magie que l’homme dans son hubris prométhéen essaie de  transmettre à ses artéfacts. Les esprits simples croient qu’il y parviendra. Ils croient que, comme pour le langage, il intégrera la machine en lui-même par un processus d’augmentation et d’humanisation. Alors qu’il n’aura accompli qu’un processus de mécanisation requérant une quantité d’énergie « venue d’ailleurs ».

 Alors de quoi s’agit-il :

Répétons-le : Nous parlons d’outils susceptibles et peut-être capables de traiter de l’information en très grande quantité, d’en extraire des modèles et de transmettre ces modèles aux machines qui en feront l’usage que nous souhaitons. Point final.

Il faut s’arrêter sur le mot Modèle. Cousin germain du moule où l’on verse le métal fondu et du module qui en définit la taille, le mot implique l’exemplarité et l’incitation à imiter, à reproduire c’est-à-dire à produire à nouveau.

Le Modèle est donc deux choses : dans son élaboration, une description, une image d’une réalité, d’un phénomène puis dans sa présentation, dans son exposition l’incitation à suivre son exemple, son chemin pour produire à nouveau le phénomène décrit.

Sans incitation, rien de cela : et l’incitation, c’est l’homme. Un ancien aurait dit l’Élan Vital.

L’univers des modèles est vaste comme le monde car l’homme souhaite expliquer le monde, s’en faire des images et en tirer une compréhension.

Certains de ces modèles nous sont familiers et très utiles : les températures, les pressions les vitesses de vent sont mesurées à droite et à gauche et le météorologue prévoit avec une précision étonnante que des ondées passagères viendront verdir notre jardin demain entre 15 et 17 heures.

Un autre modèle, à tort sous-estimé permet à Messieurs EDF et ses cousins germains RTE  et Énédis de faire en sorte que quels que soient les aléas du temps qu’il fait, du jour et de l’heure nous ayons une relation privilégiée et instantanée avec notre bonne fée électricité, et il n’y a là rien de simple ou d’évident.

En fait ces modèles sont partout et sont comme des animaux familiers dans notre vie, dans notre machine à laver, dans notre automobile et dans notre ascenseur. Rappelons-nous les cartes perforées des limonaires et orgues de Barbarie des foires anciennes…

Modèles déjà, modèles encore.

 Prenons les éléments dans l’ordre de l’énoncé : information ou plutôt informations. De fait, tout est information(s) dès qu’il est possible d’identifier et de qualifier le truc qu’on regarde. L’objet, le truc est de la nature, extérieur à l’homme, ou il est « de » l’homme le qualifiant lui-même ou émis par lui. Les deux se rejoignent quand l’objet est « de » l’homme « sur » la nature.

 Exemples : nombre de pétales sur une fleur et nombre de lions en Tanzanie…   qui sont des choses de la nature. Ou bien nombre de fautes d’orthographe dans une copie de bachelier ou nombre de crimes en région marseillaise (par jour !) qui sont des choses de l’Homme alors que le nombre d’enfants par femme au Kenya est évidemment une information mixte : nature par le Kenya-lieu et par la femme-animal mais Homme par la femme (qui est, ne l’oublions jamais un Homme).

Cela veut dire que presque tout sur quoi porte le regard, qui se fasse reconnaitre et un peu mesurer pourra devenir information.

Une distinction est à faire entre des informations fournie par des capteurs, certes fabriqués par l’homme mais « lisant » directement le phénomène et les informations « fournies » par l’homme et par conséquent éminemment manipulables…

Les émotions, les sentiments et la conscience échappent-elles à cette mise en fiche ? Certains l’espèrent mais beaucoup dans la catégorie des psychoses font bien des efforts pour refermer les mâchoires de l’étiquetage sur ce qui reste de liberté à l’Homme de l’humus, au nom de la science.

Tout ceci est bien compliqué.

Après avoir perçu, identifier une information il faut la transformer en données. La donnée est l’information lorsqu’elle a été mise dans une forme, un langage que la machine de traitement peut saisir, plus ou moins obligatoirement des chiffres et des lettres comme dans le jeu télévisé. Il y a donc un prétraitement de l’information, un passage sous la toise qui exclut de la donnée toutes les grandeurs qui ne sont pas quantifiables.

 Que fait la machine ? La réponse est simple : elle stocke et à notre demande elle trie.

Elle trie suivant des critères fournis par son opérateur et elle produit des tableaux, des graphiques et des fromages dans lesquels sont mises en relation des grandeurs associées. Nous baignons dans cette forme digérée de l’information que nous n’aurions pu saisir si notre trieuse n’avait rempli sa fonction. Merci à elle.

Cette découverte de relations que nous percevons mais n’avons pas su analyser est possible pour notre trieuse parce qu’elle procède avec un grand nombre de données et qu’elle opère très vite, plus vite que nous. N’oublions pas que, comme nous, pour faire son boulot, elle consomme de l’énergie.

 Ces relations, elle est capable de les reconnaitre quand on lui donne à manger-trier d’autres paquets de données venues d’autres sujets d’enquête. Elle reconnait des histoires communes, qui se répètent suivant les règles qu’elle a découvertes en établissant ses graphiques, tableaux et autres fromages. Son opérateur, qui n’est pas sot, s’est glissé dans cette entreprise avec ses outils logiques, a ajouté son épice sous la forme d’une question et, appliquant la règle qu’il appellera désormais algorithme espère obtenir une réponse, un oui ou non. Les probabilités viennent aussi se mêler à la conversation et notre homme n’aura alors qu’un « peut-être avec un pourcentage ».

Quelle est la forme de cette question ?

Où dois-je m’arrêter se demande la cabine de l’ascenseur ? Dans quel rayon vais-je trouver le livre que M. Naïf a commandé se demande le robot-magasinier de M. Bezos ? Quelle centrale thermique dois-je faire démarrer pour combler le déficit de production électrique provoqué par les stupides éoliennes (1) se dit l’automate-régulateur de RTE ? Et beaucoup plus grave, mais nous en reparlerons : quand la vitesse de l’avion décroit ou n’est plus mesurable, jusqu’à quel moment dois-je rester connecté avant de confier à nouveau la maîtrise du vol aux pilotes se demande la boiboite automatique d’un A330 au-dessus de l’Atlantique ?(2)

 Revenons à notre opérateur. Il est malin, cet opérateur qui converse avec sa trieuse et sait lui faire dire ses secrets. Il est plus malin qu’elle, qui n’est qu’un gros tas de bouts de cuivre et de pastilles de silicium, qu’il faut refroidir tant elle consomme et dégage de chaleur ; quand elle ne fait pas tous les caprices du monde.

À sa question, Il obtient une  réponse.

Cette réponse, ce oui ou non devient le point de départ d’une action et/ou d’une nouvelle question.

Et une action conclue en déclenche une suivante ou une nouvelle question. Et ainsi de suite jusqu’à obtenir l’action finale recherchée.

Ce sont ces suites de questions-actions qui à chaque étape parlent aux machines pour leur faire exécuter à notre place les tâches que nous souhaitons. (3)

 Nous sommes donc en présence d’une machine à laquelle nous avons expliqué, dans un langage qu’elle entend ce que nous « voulons » qu’elle fasse à notre place.

Par convention appelons ces assemblages Instruction-Machine des Robots. (4)

Elles ont envahi tous les espaces de nos vies. Il est inutile d’insister sur ce point, il suffit de regarder.

L’opérateur est devenu de plus en plus habile et il converse de plus en plus aisément avec la trieuse originelle qui s’est transformée en un ersatz de machine « à penser », à penser ce qu’elle doit faire faire. (5)

Leur nombre augmente et leur rôle est maintenant déterminant dans les équilibres économiques.

Inquiétude, peur et même angoisse : « ILS » contrôlent tout et « ILS » vont prendre notre place.

 

A

 

Sans avoir à se poser beaucoup de question, il est un domaine dans lequel cette peur est indéniablement justifiée. Le moindre progrès réalisé par l’Homme pour maîtriser et affronter les forces de la nature a été immédiatement utilisé pour asservir et anéantir d’autres Hommes : cela s’appelle la Guerre.

L’arc  du chasseur devient à Azincourt une Arme de Destruction Massive (6) après avoir été décliné en catapulte et autre scorpion et baliste. Le cheval percheron ou ardennais est le premier blindé médiéval, bien moins effectif que le terrible char des Hittites et Assyriens mais ces exemples sont roupie de sansonnet si l’on considère ce que le génie humain est arrivé à faire à partir des innocentes découvertes de Marie Curie. 

Bref, les progrès que nous connaissons dans ces matières où on associe machine et « intelligence » des machines, se feront d’abord et principalement pour concevoir, fabriquer, tester et utiliser des armes.

Aucun doute sur ce sujet : nous ne sommes pas dans l’hypothèse mais dans la certitude.

 Il est impossible d’oublier cette peur, mais dans le cadre optimiste de ce papier oublions la et restons dans le domaine civil et industriel de l’emploi des robots.

 

B

 

Est-il besoin de parler de l’emploi domestique ? Les auxiliaires ménagers, les moyens de communication, les nouveaux moyens de transport saturent l’espace consommateur et colonisent nos maisons, cités et  automobiles et se présentent tous, un à un comme des « marqueurs » du progrès dans le monde enchanté qui est le nôtre. Dans ce qui devient un fatras, le temps opère son tri et beaucoup de ces progrès retournent à l’état de gadget mais force est de reconnaitre que la capacité de l’Homme moderne à communiquer et à se déplacer apporte des satisfactions ; satisfactions à des besoins que l’Homme ancien ne connaissait pas et que le progrès a créé tout comme il en apportait la réponse. (7)

En fait nous pourrions ne pas nous sentir menacer par ces auxiliaires : qui pourrait avoir peur du petit aspirateur qui trottine dans le salon ? Seulement voilà ! Toutes ces gentilles machines qui peuplent nos vies sont d’une certaine façon et d’une façon certaine reliée à une autorité d’un rang supérieur, leur fabricant d’abord qui les a enseignées et qui les MAJ régulièrement, que nous le sachions ou pas. Souvent de surcroit elles communiquent entre elles, tel le téléphone avec l’ordi ou la télé ou le four à pizza…

Le fabricant appartient lui au cercle des Grands Collecteurs d’Information, des informations sur nous ; il sait qui nous sommes, il connait nos numéros de tous ordres et nos carnets d’adresse mieux que nous-mêmes.

Les membres de Ce cercle des Grands Collecteurs qui provoque la jalousie et l’envie des États qui brûlent de faire de même, savent tout de nous : qu’en font-ils et que peuvent-ils en faire. Sans aucun doute nous contrôler, nous piloter et finalement en nous faisant consommer, nous consommer. Sommes-nous libres de devenir des consommateurs consommés ? Ou de refuser…

Mais il faut reconnaitre la difficulté qu’on rencontrerait à faire vivre 7 milliards de gens sur des îles désertes dans l’Éden des premiers âges.

Une dernière remarque dans le domaine du robot domestique : le petit aspirateur qui tourne autour des pieds de meuble en ronronnant est alimenté par des batteries Lithium-ion. Le but de ce petit gadget est d’éviter à un membre de la maisonnée d’avoir à balayer la pièce dans laquelle se déroule le drame du nettoyage. Il aurait pour cela fourni une certaine quantité de travail, d’un travail simple et digne. Cette énergie « économisée » est remplacée par l’énergie dépensée tout au long de la chaine extraction des matières premières, élaboration des composants, assemblage et commercialisation du produit avec en prime l’énergie ajoutée à la machine au moment de sa mise en œuvre. On peut gager que les deux dépenses énergétiques sont d’ordre de grandeur largement différent. Mais l’aspirateur aspire, ce que ne faisait pas le balai et la chaine des actions nécessaires à la production a fourni de l’emploi à un grand nombre de gens.

Alors, où se trouve l’équilibre entre Gadget-couteux-inutile et Outil-utile-libérateur ?

Que fait le membre de la maisonnée pendant que l’aspirateur ronronne ?

 

C

 

Assez plaisanté, passons aux choses sérieuses. Le robot, Super-Machine tel un héros de BD entre à l’usine.

À dire vrai, il est entré à l’usine depuis belle lurette (8) et en réalité depuis que l’usine existe. (9)

Le commentateur nous ressort sa panoplie de précédents et de références, métiers à tisser, machine à ceci, machine à cela et d’énumérer les conséquences de ces changements de mode de production : il nous ressort le couplet des luddites, des canuts, de la naissance du socialisme et incontournable cerise sur le gâteau, l’ode à Schumpi qui comme un baume apaisant nous promet que la disparition des emplois en créera de nouveaux.

Tous ces discours sont familiers et nos quotidiens nous les ressassent inlassablement ; il faut un drame national comme la disparition d’un chanteur-évadé-fiscal pour que la télé nous parle d’autre chose.

 

La peur est donc révélée, mise sous la lumière : le robot vole le travail du travailleur qui devient un spectateur impuissant de l’univers de la production qui se développe sans lui. La messe est dite.

Une seule réponse est offerte par les Économistes qui nous prédisent que nos enfants n’auront d’autres choix que de devenir concepteur de logiciel dans leur innovante « start-up » ou plus probablement au service d’une GAFA qui traine dans les environs.

Non content d’avoir détruit de l’emploi, notre robot améliore la compétitivité. C’est bien connu.

La compétitivité de qui ? À l’évidence, celle des gens qui peuplent l’usine en remplacement de ceux qui la peuplaient quand les tâches étaient « moins » automatisées. Ils sont beaucoup moins nombreux et  la machine produit beaucoup plus vite. En fait c’est la compétitivité de la machine qui a augmenté et le travailleur a disparu.

Quant à la consommation d’énergie elle continue sa tranquille ascension jusqu’à épuisement.

Schumpi se tromperait-il ?

Non, il ne se trompe pas. De l’emploi a bien été créé dans ce processus. Il n’a pas été créé chez l’utilisateur du robot mais chez le fabricant du robot. 

Dans notre univers franchouillard tout empêtré dans la dépense publique et le progrès social que le monde nous envie, fabriquer quoi que ce soit est devenu impossible et pire encore, impensable.

Voilà donc une étape de l’évolution du monde industriel moderne que nous ne vivrons pas comme acteur mais comme témoin passifs et comme victimes, rejoignant, la tête haute et le regard altier, les rangs des pays sous-développés. Pardon, des pays en voie de… Nous pourrions participer utilement, car nous avons de l’expérience, à de nouveau Bandung aux côtés des Philippins, Laotiens et quelques Africains en plein décollage économique.

La vraie question est de savoir qui fabrique les robots qui viennent jusque dans nos bras détruire nos emplois. Avec quel acier et quel cuivre et quel silicium, avec quels logiciels.  Et qui sont les ouvriers (si, il en reste ailleurs dans le monde) qui ont coulé l’acier, usiné la machine, conçu et réalisé les programmes et testé les robots qu’ils viendront installer, si nous pouvons les acquérir, dans nos usines, si nous en avons encore.

Les réponses sont connues et désignent des pays dans lesquels la fraction active de la population s’exprime par des pourcentages que nous ne connaissons plus depuis exactement un demi-siècle. C’est dire l’importance que revêtent les commémorations du prochain l’anniversaire de Mai 68.

 

Un exemple

 

Il convient de faire une place exemplaire à un modèle de robot, qui n’est visiblement pas perçu comme tel par le public mais qui en présente toutes les caractéristiques : l’avion de ligne. Les français devraient en avoir conscience : ils sont associés étroitement dans la fabrication de pratiquement la moitié des avions de ligne qui sillonnent le ciel. Sillonnent car plus rien ne permet de nos jours de comparer ces engins à des oiseaux qui égayeraient l’azur.

L’A330 200 est un avion très réussi. Il fait tout.  Tout seul. Il suffit d’une personne familière de jeux électroniques pour le faire décoller en quelques minutes après quelques minutes d’apprentissage. Il se pourrait même qu’il sache atterrir en obéissant à des instructions venues du sol ou d’une autre puissance intervenante. Inutile de mettre dans le cockpit un pilote d’avion : un opérateur de machine suffira. Au demeurant un pilote d’avion serait désemparé en face de cette machine car les commandes de vol n’offrent aucune « sensations » de vol : entre l’intention du pilote et la manœuvre de la gouverne s’interposent des intermédiaires électroniques, logiques, électriques et mécaniques. Restent les instruments classiques que l’opérateur n’a plus besoin de regarder puisque le monstre le fait pour lui. Les verraient-ils encore, qu’il ne leur ferait pas confiance car sa confiance, il l’a placé dans l’absolu perfection de la machine. Il est en quelque sorte devenu l’esclave observateur des évènements. Et tout vole dans le meilleur des ciels, jusqu’au disfonctionnement de la machine et de ses algotrucs pour des conditions que le géniteur du système n’a pas encore inscrit dans le cahier des charges. L’avion vole normalement, tout baigne. Mais un capteur de vitesse donne soudain une valeur erronée et inacceptable à « l’intelligence » de l’avion. À partir de cet instant, plus rien ne se passe comme le « bon sens » et le « sens du pilotage » l’exigeraient. Le monsieur derrière le psychédélique panneau auquel il fait face, en qui il placé sa confiance lui transmet des informations contradictoires qu’il ne comprend plus. Il tombe dans un état de sidération et cesse de penser comme un aviateur même dans le cas devenu improbable où il serait réellement un aviateur. Familiarité excessive et sidération sont les deux états qui guettent l’opérateur des très gros, très puissants robots.

Au sol, on finit par couper le jus et on respire. À 30.000 pieds on sort de la sidération en s’écrasant dans l’Atlantique après 3 minutes et trente secondes de chute libre.

 

Un autre exemple

 

Les esprits s’agitent, les novateurs innovent. C’est la course à qui ira le plus vite, à qui aura le plus d’audace et d’imagination. Il s’agit de rendre « autonome » notre compagne d’un siècle : la voiture, la bagnole, la tire…

Suivant les interlocuteurs le mot autonome prend d’ailleurs des significations différentes.

Pour les plus conservateurs (réalistes) il pourrait s’agir de moyens de transport à la fois individuels dans l’usage et collectifs dans le fonctionnement. Cela n’est pas sot.

Pour les esprits résolument tournés vers le progrès, il s’agit d’une machine avec laquelle vous conversez, oralement de préférence et qui vous conduira dans la quiétude où vous le souhaitez pendant que vous vous consacrerez à vos activités. Le sujet est trop comique pour que nous y arrêtions ici et il faut craindre une suite à ce papier dans un futur proche.

 Ce gémissement décliniste (comme c’est mal de ne pas porter de message d’espoir) nous conduit au point suivant.

Augmentation de la productivité implique accroissement de la demande en énergie, en matières premières et en capacité créatrice et implique aussi accroissement des marchés de consommation. Bref, de la croissance par la production et la consommation. C’est bien ce qui se produit.

Parlerions-nous seulement de la Chine et de l’Inde ? (10)

On comprend alors que le grand ordonnateur, le juge de paix de toutes ces questions, sera, l’épuisement des ressources et les conflits qui en résulteront dont nous voyons chaque jour se dessiner les contours.

Quand et sous quelle forme exactement se produiront ces inéluctables événements est une prévision à laquelle on ne saurait se hasarder, mais il est certain que la Chine, l’Inde et des États Unis remodelé y joueront le premier rôle.

 Le réchauffement climatique, comme on appelle le phénomène qui agite notre atmosphère, résulte de cette surchauffe économique et n’arrange pas les choses. Mais peut-on croire ou espérer que les Chinois vont s’arrêter au milieu du gué et que les Indiens bien qu’englués dans leur castitude vont continuer de végéter dans un demi-sommeil. La consommation d’énergie de ce tiers de l’humanité continue et continuera de croître en dépit des efforts cosmétiques qu’ils réalisent pour continuer à occuper leurs immenses villes.

 Pour une France qui vit à crédit, rien de tout ceci ne la concerne dans la mesure où le système monétaire dans lequel nous vivons l’autorise à imprimer de la dette ad libitum. Pour l’heure.

D

 

Nous avons jusqu’à ce moment évoqué les rapports de l’IA (on se résigne à adopter l’acronyme) avec les machines puis de la machine-augmentée avec l’homme, son opérateur maître et esclave. Mais beaucoup sont tentés, considérant après tout l’Homme comme une machine, de faire intervenir l’IA directement avec lui et, soyons fou, sur lui.

Quoi de plus naturel : nous ne pouvons que constater les faiblesses et les imperfections qui sont les nôtres.

 Avec l’Homme : nous sommes déjà tellement immergés dans cette relation que nous avons perdu conscience de sa nature. Mobile, Satellites, Internet, GPS, la MTO déjà citée, la foultitude des programmes de toute nature qui organisent nos transports, nos loisirs, nos relation avec l’État. Addiction, dépendance, nous pouvons qualifier à notre gré le phénomène mais nous ne pouvons plus faire le chemin inverse. Ces relations sont de même nature que la relation établie avec notre aspirateur autonome et ronronnant : il s’agit pour le service en question de faire quelque chose « à la place » de l’utilisateur. Fouiner pour lui dans une plus grande bibliothèque, écrire pour lui des lettres avec un peu moins de fautes d’orthographe, classer un plus grand nombre de photos de sorte qu’il les oublie dans la paix de l’esprit et la conscience tranquille, organiser des blogs que personne ne lira… enfin mille choses qui relèvent du service d’un secrétariat puissant ; en particulier stocker, mettre en mémoire tous les documents qui résultent de sa relation avec la collectivité.

Glissons sur ce point ; nous avons déjà évoqué les Grands Collecteurs de Mes Informations.

Et puis nous sommes toujours dans le domaine d’action de la trieuse, outil premier de l’IA.

 Agir sur l’Homme. Nous changeons ici de registre car nous nous heurtons à cette formidable dualité de la nature humaine si longtemps exacerbée par la religion révélée. Le corps méprisable dont les souffrances autoriseront –si la destinée n’y fourre pas son nez- le sauvetage (pas d’enfer) et la survie (une éternité de paradis) de l'âme. Le tailleur de silex se posait déjà la question et nous continuons avec assez peu de progrès dans la qualité de notre réflexion.

Nous parlons donc de tripoter le corps de l’homme avec nos algotrucs afin d’ne réparer les défauts ou d’en améliorer les performances. Première distinction : médecine ou eugénisme ?

 

Médecine ordinaire (ou presque)

 

Le processus est largement entamé depuis les pacemakers rustiques, les cœurs artificiels, les exosquelettes  plus ou moins connectés et plus ou moins expérimentaux, sans oublier les poumons artificiels et autres machines à suppléer aux disfonctionnement de nos viscères. Quoi de plus naturel que de vouloir guérir et pallier les infirmités (pardon : les handicaps) que le Sort, ce vilain démon qui ressurgit toujours de sa boite, réserve à certain.

Le sujet est largement couvert par les médias et chaque nouvelle béquille « intelligente » est célébrée comme il convient.

Il arrive et il arrivera de plus en plus que ces processus d’assistance à, ou de remplacement d’organes défaillants viennent perturber le fonctionnement de certaines parties du système neuronal. En fait toute action médicale perturbe le système neuronal car il n’y a pas d’espace du corps de l’homme qui ne soit innervé ; toute action médicale retentit en conséquence sur l’indéfinissable intellect de l’Homme.

La règle est de n’avoir aucune règle : juger cas par cas et mesurer quand on le peut, les avantages et les inconvénients de chaque action. Un exemple simple : l’auteur de ce papier souffre d’une lombalgie légère et supportable qui lui occasionne une gêne quasi-permanente : doit-il se nourrir de paracétamol pour oublier le désagrément ou doit-il accepter sa condition d’homme imparfait en absorbant des pilules de stoïcisme ?

Malheureusement tous les cas n’offrent pas cette trivialité.

Assez rapidement dans ces considérations interviennent les facteurs économiques. Tous les progrès sont nécessaires car ils sont des progrès pour les technologies et témoignent du désir de « bien faire » ; mais leurs mises en œuvre posent à la société de très réels problèmes de coût et d’allocation des ressources. Le fauteuil roulant « intelligent » qui vaut une fortune et qui autorise le patient à circuler seul dans les couloirs de l’hôpital est à mettre en balance avec le coût des interventions médicales de MSF dans les centaines de camps de réfugiés du vaste monde.

Qui peut tenir le fléau de cette balance ?

Et qui paiera les pilules de paracétamol de notre auteur Naïf ?

Nous venons de parler os, boyaux, cœurs et poumons : petits joueurs ! La tentation est irrésistible de passer au stade suivant : cerveau et génome.

 

Transhumanisme et sottises de niveau élevé.

 

Nous venons d’indiquer deux champs de préoccupations : Agir sur le cerveau ou agir sur le génome.

Agir directement sur un cerveau par des connections électriques afin de permettre à des outils de converser avec celui-ci…

Ou tripoter le génome par une sorte de chirurgie des composants de premier ordre de la nature de l’homme, ce qu’on appelait jadis l’eugénisme.

 L’enfer est pavé de bonnes intentions et la porte d’entrée dans la promotion de procédés visant à remplir ces objectifs sera bien évidemment de pallier des déficiences, de réparer des erreurs de la nature, de rendre supportable des conditions naturelles que nous jugeons incompatibles avec la dignité humaine.

Jusqu’où aller trop loin dans ces domaines : nous le saurons bientôt et bien assez tôt car les appareils réglementaires qui pourraient limiter les excès dans ces matières ne se mettront en place que lorsque les conséquences en seront apparues et ne se mettront en place que dans les pays qui auront les structures pour établir ces limites. Le savant fou opérera sur la carte des paradis fiscaux. Et il se trouvera toujours suffisamment d’américains décérébrés pour servir de cobaye entre deux cures de congélation.

 Toutes les expériences seront conduites et des monstres seront fabriqués.

 En attendant de nombreux personnages voguent sur ces fantasmes à coup d’éditions spectaculaires et de prévisions d’avenirs et de mondes meilleurs peuplés d’hommes-augmentés. Les journalistes, gens de grande culture se régalent, les hommes politiques, gens de grande culture ne voudraient pas rater ce train et le bon peuple reste bouche bée en se demandant de quoi on parle. On est dans la BD et la SF qui, souvenons-nous couvrent le sujet depuis longtemps.

 Les savants fous, quelques savants moins fous et de nombreux illuminés ont de beaux jours devant eux.

 

°°°°°°°°°°°°°°

  

  1. 1.       Mille excuses présentées aux Éoliennes. La stupidité réside évidemment ailleurs.
  2. 2.       Nous supposons que le lecteur se souvient des détails ( ?) de l’accident Rio-Paris.
  3. 3.       Vif contentement : ce § a été écrit sans que soit dégainé le vocable « Algorithme ».
  4. 4.       En 1920 un écrivain tchèque utilise pour la première fois le terme de Robot. Le mot signifie labeur et surtout labeur forcé. Il est parent des mots signifiant esclave dans les langues slaves et proche cousin de l’Arbeit des germains, lequel, chacun le sait, nous rend libre. Asimov rendra le terme universel. Tout ceci, bien sûr avant que n’apparaisse le Cyborg qui est un Super-Robot empaqueté dans des biftecks.
  5. 5.       C’est à ce niveau que les Naïfs (les vrais) voient de l’intelligence et elle leur parait artificielle car ils n’y comprennent rien, comme le Naïf (le vrai).
  6. 6.       Nous adorons les MDW de nos amis et alliés et sauveurs-envahisseurs de toujours-trois-siècles qui sont en cet instant occupés à re-fourbir leur arsenal atomique notoirement insuffisant en face de celui de ce gamin de Kim-le-gros.
  7. 7.       À noter que cet étalage du progrès prend parfois des tours curieux : on dit que les populations de sahel et des pays troublés d’Afrique connaissent les joies du téléphone portable et que cela contribue à leur éveil politique, alors qu’elles n’ont pas d’eau et rien à manger. Est-ce vrai ?
  8. 8.       Belle lurette : cela devrait plaire à Macron qui adore remettre à l’usage des expressions fanées.
  9. 9.       Les hommes du néolithiques travaillaient dans des ateliers de taille et ils organisaient leur tâche selon des méthodes que Taylor a cru réinventer des dizaines de milliers d’années plus tard. Si vous ne le croyez pas, demandez-leur !
  10. 10.   Heureusement que les Chinois boivent du vin rouge et du Champagne, mais le danger est grand qu’ils les produisent un peu chez nous et puis beaucoup chez eux. Heureusement, il nous reste la Culture qui ne doit à aucun moment être confondue avec l’agriculture. Il n’est que de « tourner le bouton du poste » pour se convaincre que l’esprit de raffinement et la qualité du langage dont nous sommes si fier se perpétuent harmonieusement dans les productions quotidiennes de nos services publics de l’audiovisuel.

6 janvier 2018

 

 

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 15:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 janvier 2018

Le dollar est dans le baril 1ère partie

Il était une fois le feu de bois et Jeremiah Johnson cuisait son lapin. Comme lui, de nos jours un petit milliard de gens continuent cette pratique, Ô combien génératrice de GES. Il leur est difficile de faire autrement.

 Il était une fois le charbon, pierre noire et abondante, doublement magique puisque de son adroit mélange avec la minette ou autre hématite naissait le fer, alors que dans le même élan thermique il nous donnait la vapeur qui nous donnait la machine du même nom qui nous donnait la rupture civilisationnelle du 19ème siècle.

 Il était une fois le pétrole.

D’abord « bon à rien », au mieux économiseur de baleine ou d’abeille, puis, surgissant tel un diable, devenant en juste un siècle le maitre des moteurs et un géniteur auxiliaire de la fée électricité.

Et le 19ème siècle cède, comme il le doit la place au 20ème.

Le pétrole est dans son jeune âge facile à trouver, facile à produire, facile à transporter. Il éclaire et on lui prête des vertus médicinales. Mais interviennent MM Beau de Rochas et Daimler, et tout le monde, tout le Monde s’y met, et surgissent en rien de temps la voiture automobile et l’aéroplane, et les guerres s’en mêlent, et notre monde devient ce qu’il est.

Le pétrole devient difficile à trouver, difficile à produire mais toujours facile à transporter.

Le charbon est toujours là. Il ne se rend pas car il se sait abondant et bien réparti.

 Il était une fois le gaz.

Longtemps ce feu-follet des énergies, enfant de la houille, ne joua qu’un rôle secondaire, sous-produit de quelque chose et tout juste bon aux emplois domestiques. Mais devenu frère cadet du pétrole, son abondance et sa capacité à changer d’état lui donne progressivement une position égale à ces deux ainés et il contribue, pratiquement à égalité avec eux à définir : Le trio des énergies fossiles.

 Fossile aussi les roches fissiles qui présentent en réunion cette capacité à dégager sous un faible volume d’énormes quantités de chaleur ; au point qu’elles sont capables de faire sauter la marmite et en signe de fête de faire la bombe. Ces grandes quantités de chaleur, comme le charbon des siècles passés nous donnent la vapeur qui nous donne l’électricité.

 

°°°°°°°°°°°°°°

 Le transport et la distribution de l’énergie, ce passage du vrac à la vente au détail s’est effectué de deux façons : la pompe à essence et le compteur électrique.

 Voici trois fois que le mot électricité est écrit ici. C’est que l’électricité est le procédé le plus souple et le plus délicat qui mette l’énergie fossile à portée de tous, tout le temps, pour toutes les bourses et quasiment pour tous les usages. Le monde de l’énergie quand il est passé du vrac au monde de la distribution et en particulier de la distribution par l’électricité a fait naître un nouvel univers qui se colle à lui et le vampirise : le monde de l’information. Mais ceci devient une autre histoire.

 Le soleil brille pour tous et le vent gonfle les voiles. Cependant dans la production mondiale d’énergie il est difficile de ne pas remarquer que la part du solaire et de l’éolien n’est que de 1 %. Certains pensent que ce chiffre va croître et cette prédiction peut se réaliser. Un peu, beaucoup, passionnément…

 Ce long préambule, en forme de fabliau devrait être gravé en lettre d’or, à Strasbourg, au-dessus de la porte d’entrée de l’École Nationale d’Administration. Il se pourrait qu’il rejoigne en importance quelques-unes des vérités économiques plus ou moins bien digérées qui y sont enseignées. Mais peut-être cet enseignement est-il dispensé. Alors, il ne serait simplement ni compris, ni appris car rien n’indique que notre classe politique ait la moindre lueur sur ces sujets. Nous ne sommes plus au siècle des Lumières.

Le Pétrole, maître des moteurs, maître du 20ème siècle.

 Le 20ème siècle fut celui du moteur à explosion et donc celui du pétrole. Beaucoup croient que le 21ème siècle sera différent : ils se trompent et ils prennent l’augmentation du rôle de l’électricité pour un changement en profondeur de la nature et de l’intensité de la consommation et comme devant conduire à la disparition du moteur thermique tel que nous le connaissons et l’utilisons.

 La première guerre mondiale fut dans ce domaine un déclencheur évident et les puissances comprirent (à l’exception de la France naturellement) que la prochaine dernière serait en premier lieu et surtout une guerre mécanique et au bout du compte une guerre de machines. Dès la fin du conflit les règles du jeu pétrolier étaient posées et les joueurs étaient retenus, sélectionnés pour jouer une partie qui dure encore.

On peut lire bien des événements de la seconde guerre mondiale à travers ce prisme de la maîtrise des ressources pétrolières.

 Il s’agit d’une partie dans laquelle interviennent des joueurs de natures très différentes.

 La recherche, la production, le transport et la distribution demandent des investissements considérables et supposent des prises de risque importantes, les deux étant liés.

Ce sont les Entrepreneurs et les Financiers qui ont été les premiers sur le terrain : Sont apparus les Sociétés Pétrolières et les cartels d’icelles.

Puis sont entrés en jeu les Pays Producteurs qui sur l’échiquier géopolitique et particulièrement du fait de la guerre froide, ont fait naître la rente des « propriétaires » des ressources que les Pétroliers ne reconnaissaient guère. Cette valorisation de la ressource par la rente a prévalue jusqu’à une période très récente, jusqu’à nos jours.

 

Cela signifie que jusqu’à notre époque le prix de l’énergie-pétrole était établi avec peu ou pas de relation aux coûts de production. De surcroit et pour amplifier le phénomène les gros producteurs bénéficiaient de champs pétroliers faciles à exploiter et à faible coût de production. Ils en bénéficient toujours.

Le siècle s’est donc déroulé sans qu’on puisse réellement parler d’un Marché du Pétrole, si le mot marché est pris dans sa signification de lieu d’équilibre entre une offre et une demande. Les producteurs modulaient leur offre pour maximiser leurs revenus sans prendre le risque de mettre en péril les économies des consommateurs-non-producteurs ; enfin tout juste ! Et sans prendre le risque de provoquer l’intervention étrangère qui ferait sauter leurs régimes. Beaucoup et encore maintenant n’ont pas très bien joué et ont perdu leur royaume et même leur tête.

Une très grande instabilité politique sur ces sujets perturbe profondément les circuits économiques qui requièrent de la visibilité et de la garantie sur les coûts de l’approvisionnement en énergie. Que ce soit la politique américaine, ou plutôt l’absence de politique américaine au Moyen Orient, ou l’imprudente impudeur des Pays producteurs qui causent ces déséquilibres ne change rien à l’affaire.

 Les pays producteurs sont donc allés trop longtemps et trop loin dans leur jouissance de la rente. Par hubris et rapacité (oublions l’Islam qui ressortit peut-être de l’hubris)  ils n’ont pas perçu que les situations ne sont jamais figées et que les méchants anciens colonisateurs, libérés des contraintes de la guerre froide avaient encore la capacité de réagir :

En exploitant mieux les ressources existantes et en améliorant les technologies dans tous les domaines de l’industrie.

En explorant, les prix de marché le permettant, des terrains autrefois jugés inaccessibles : offshore et offshore profond.

En tirant partie du gaz dont on découvre sans cesse l’abondance et qui devient un concurrent majeur.

C’est sans doute le facteur essentiel.

En exploitant en dépit de contraintes écologiques fortes les pétroles dits « non conventionnels ».

En affectant une partie faible mais non négligeable de la production électrique au nucléaire.

Ce qu’ils ont fait.

« Tout ce passe comme si » il existe maintenant un marché du pétrole, simplement régi par les mécanismes usuels de n’importe quel autre marché. La demande augmente : les prix montent : la demande baisse, les prix aussi. Point. Tout ceci rendu possible par une relative dispersion de l’offre, dispersion géographique et géopolitique. Les pays non-producteurs mangeant au râtelier de leur choix ou à tous les râteliers et la Chine continuant à fonctionner au charbon quoiqu’elle en dise.

Il faut reconnaître que le marché qu’on évoque ici, n’est pas pur : les différences de coûts de production sont telles que des effets de rente subsistent. C’est vrai dans le fonctionnement de n’importe quel marché. Mais ces effets sont considérablement réduits ; ce d’autant plus qu’intervient le sentiment qu’il faut apprendre à gérer le stock. Que sera la Saoudie lorsque Ghawar produira moins ou ne produira plus ? Et les mauvaises langues ne manquent pas pour dire que les réserves du pays des wahhabites sont largement surévaluées. Donc on ne produit pas autant qu’on le pourrait en prévision de lendemains qui déchantent.

 Le marché fonctionnant, comme par hasard, les prix connaissent une stabilité relative dans la fourchette 45/50 $/bl…depuis peu, il faut le reconnaître. Personne ne doute qu’ils vont monter.

 Cette vue est optimiste : qui souhaiterait voire une forte volatilité du marché, à l’exception des vilains spéculateurs.

Cette vue est simplifiée, voire simpliste et à l’évidence les incertitudes géopolitiques peuvent en un instant détruire ce bel équilibre.

Ce qui autorise cette vue simplifiée et optimiste est que les outils correctifs sont maintenant en place : la part du gaz augmente et les contraintes écologiques exercées aux États-Unis et au Canada sur les pétroles de schistes et de sable bitumineux sont en voie de trumpérisation. L’amortisseur charbon, tours là, redresse la tête, si l’on peut dire.

S’agit-il d’une réalité ou n’est ce qu’un vœu pieux ? L’avenir qui n’est pas avare de surprise le dira.

C’est en tout cas une hypothèse.

 La seule certitude est que la demande continue de croître tout comme la démographie, au moins au même rythme et que, comme il vient d’être dit, sur le moyen terme (25 ans ?) les moyens de la satisfaire existent aux USA, en Russie et au Moyen-Orient.

 

Le pétrole, maître des prix de l’énergie

 

Mais enfin il n’y a pas que le pétrole. L’argument précédant repose sur le fait que les marché du gaz et même du modeste nucléaire étaient liés à l’existence d’un Marché du pétrole partiellement débarrassé des effets des rentes moyen-orientales.

Car il y a aussi un marché du gaz et personne n’en doute, il y a toujours eu un marché du charbon.

Il n’est pas dans le propos tenu ici d’analyser ces deux marchés, si différents par nature.

Investissements énormes pour le gaz à chaque échelon, de la production à la distribution mais grande disponibilité et faible coût de production. Le gaz s’échappe assez spontanément mais les tuyaux coûtent cher.

Le charbon reste souvent un produit local : j’en ai, je le brule, nous indiquent les chinois et les allemands qui sont, comme chacun sait, écolos jusqu’à la racine des cheveux. Prêts à en rougir. Trump en prime qui revient à l’époque des développements sauvages à la Rockefeller.

 

On pourrait penser que ces deux marchés sont indifférents aux aventures du marché du pétrole. Après tout le pétrole, c’est d’abord le transport, et le charbon c’est surtout l’acier et l’électricité.

Il n’en est rien.

La paresse étant avec la bêtise la chose du monde la plus répandue, la suite de ce papier passera par le truchement d’un auteur connu,  spécialiste des problèmes de l’énergie : JM Jancovici. C’est d’ailleurs un de ses papiers qui est à l’origine de celui-ci. Il est joint en annexe sous l’intitulé : Le prix du pétrole commande-t-il le prix des autres énergies. Ce papier montre que, de façon assez précise et rapide, les marchés du pétrole, du gaz et du charbon évoluent ensemble et de la même manière. On lui laisse la parole en utilisant ici la conclusion de cette démonstration : Jancovici commence par poser cette même question :

 

Pourquoi donc le charbon, qui sert avant tout à alimenter des centrales électriques, verrait-il son prix varier comme celui du pétrole, sachant que l’essentiel de son coût de production et de transport est du coût de main d’œuvre au sens classique du terme ?

L’exclusivité a ses limites, c’est une question de temps

En fait, l’explication n’est probablement pas à chercher du côté des coûts de production, qui seraient corrélés les uns aux autres, mais plutôt du côté des conséquences d’une évidence : la quasi-totalité de l’énergie consommée dans les pays occidentaux est vendue – et non donnée – au consommateur final. Or un processus de vente suppose – quelle originalité ! – des acheteurs et des vendeurs. Si pour un produit donné le nombre de demandeurs augmente, ou l’envie de ces derniers de disposer du produit en quantités croissantes, sans que rien ne change côté production, le prix monte quand même et les producteurs empochent plus d’argent, point.

Mais quand le prix du pétrole monte, cela donne envie à certains consommateurs d’utiliser d’autres énergies pour certains usages, lorsque la substitution est possible. Certaines substitutions sont quasi immédiates (par exemple dans une chaudière multi-énergies, on enfourne ce que l’on veut en fonction des prix du moment, et certaines centrales électriques sont dotées de ce genre de dispositif), d’autres demandent quelques années. Dans tous les cas de figure cela crée une demande supplémentaire suffisante pour faire monter les prix des autres énergies. Symétriquement quand le prix du pétrole baisse on peut revenir au pétrole pour certains usages pour lesquels on avait choisi du charbon ou du gaz.

Au sein de ces « effets de substitution » qui peuvent prendre place quand le prix du pétrole monte, nous pouvons imaginer :

  • le passage du chauffage au fioul au chauffage au gaz (en changeant la chaudière chez une partie des utilisateurs), ce qui fait monter le prix du gaz en augmentant la demande.
  • la modification des durées de fonctionnement des centrales thermiques utilisées pour équilibrer les réseaux : ces centrales comprennent en effet des unités au charbon, au gaz et au fioul lourd, et si le fioul devient trop cher on peut utiliser un peu plus les unités au charbon ou au gaz, ce qui augmente un peu la demande de gaz ou de charbon,
  • un effet du même ordre existe avec les chaudières industrielles (y compris celles des réseaux de chauffage urbain), qui peuvent soit brûler tout type de combustible, soit être modifiées à relativement bref délai pour changer de combustible, soit être plus ou moins sollicitées au sein d’un parc donné en fonction des prix des différents combustibles,
  • dans les transports, mais sur des périodes longues, un petit effet de cette nature existe, avec le passage du véhicule classique à essence ou gazole à des véhicules au gaz liquéfié (ce qui déplace donc un peu de consommation du pétrole vers le gaz), ou, de manière encore plus marginale, des voitures particulières vers les trains (qui utilisent de l’électricité, donc indirectement du charbon et du gaz avant tout) ou les véhicules électriques,
  • et il y a probablement d’autres effets de déplacement auxquels je n’ai pas pensé !

Pour être sûr que le prix sera le même, le mieux est de le prévoir !

En fait il y a un cas de figure où cette covariation du prix est d’autant moins surprenante qu’elle est prévue dans les contrats : c’est entre gaz et pétrole. Comme les infrastructures de transport du gaz sont très capitalistiques, les entreprises – même publiques – qui ont construit des gazoducs voulaient être sûres que le gaz acheminé serait bien vendu sur le long terme. Comme un gazoduc part d’une région qui va produire pendant des décennies, il faut avoir cette assurance de vente sur le très long terme.

Pour cela les gaziers se sont couverts à l’avance contre la possibilité de substitution en leur défaveur : ils ont prévu, dans les contrats de vente à long terme, que le prix du gaz serait indexé sur celui du pétrole, avec une petite décote. De la sorte, ils garantissent à l’acheteur, pour tous les usages où la substitution est possible avec du pétrole (ce qui est le cas pour l’ensemble des usages du gaz, en fait), que ce dernier n’aura jamais à regretter d’utiliser du gaz plutôt que du pétrole. A ce moment, s’il est prévu que les deux prix covarient, il n’est pas très étonnant que ce soit bien ce qui se passe ! Et cela explique aussi les prix voisins par unité d’énergie, qui se constatent dans un graphique ci-dessus.

Une cause pour tous ?

Outre ce qui est déjà évoqué ci-dessus, il peut y avoir des causes communes qui font monter tous les prix en même temps. La plus évidente est la croissance économique, qui est en fait un processus de transformation de ressources avec de l’énergie. Quand elle est forte (comme par exemple de 2000 à 2008), cela augmente à la fois l’appel à l’électricité (donc au charbon vapeur), l’appel à l’acier (donc au charbon à coke), et l’appel aux transports (qui servent à déplacer les gens qui produisent, les marchandises produites, et à recycler sous forme de tourisme une partie des revenus supplémentaires apparus à l’occasion).

Dans ce genre de contexte, les prix de toutes les énergies augmentent en même temps, sauf contexte politique local qui contrecarre cette tendance spontanée des commerçants à vendre plus cher ce qui est plus demandé.

Mais que la cause soit commune ou que cela relève d’effets de substitution, l’enseignement intéressant est que nous pouvons retenir que, en première approximation, un pétrole en forte hausse a toutes les chances de signifier que les autres énergies se vendront aussi plus cher dans la foulée.

 Tout est dit et la cause est entendue. C’est précisément parce qu’il existe un marché de l’énergie que se manifeste cette corrélation des prix, presque indépendamment des coûts de production tant qu’ils évoluent dans des fourchettes comparables. 

Un lecteur attentif trouvera peut-être que Jancovici sous-estime un des facteurs : il y a bien des liens inévitables entre les productions de chacune de ces énergies ; par exemple on ne peut pas méconnaitre le rôle de la mécanisation dans l’extraction du charbon (qui n’est pas que de main d’œuvre) ou ne pas se souvenir que les tankers sont fabriqués en acier et non pas en sucre d’orge. En fait l’acier et le ciment sont les liens obligés de toutes les productions d’énergie. L’acier surtout, acier des tiges de forage ou acier des Caterpillar, et acier des usines de liquéfaction et de tous les pipe-lines… et le ciment des fondations des usines, des ports, des tours de refroidissement, des échangeurs …Peut-on oublier que dans le coût du kilo d’uranium les pneus des camions des mines sont un élément non négligeable. Il est facile de ne pas se souvenir que le coût de l’électricité de nos barrages, de longue date amortis, fut longtemps du pneu, de l’acier  et du ciment et de pas mal de sueur, foi d’ancien !

Toutes les énergies et toutes les matières premières concourent à fabriquer tout ce qui se fabrique et l’assemblage est une vaste fresque et non un triptyque ou une bande dessinée. 

 

Au-delà de cette dernière remarque il est tentant de conclure qu’il existe donc un marché de l’énergie qui, en quelque sorte amplifie et généralise le marché du pétrole.

Par « les effets de substitution » autant que par les indexations contractuelles s’établit un véritable marché qui n’est plus seulement celui du baril ou de la tonne de charbon mais qui est devenu celui du MWh, de la BTU ou du Gigajoule.

Une illustration est évidente : l’électricien avisé peut fonder sa production sur le nucléaire et l’hydraulique, comme EDF, avec de la pointe et de la souplesse gaz, ou sur le charbon comme les Allemands avec de la pointe et de la souplesse gaz. (La souplesse est encore plus nécessaire car les inutiles renouvelables viennent perturber le jeu industriel économique normal). Et dans l’un et l’autre cas en comparant les coûts de cette pointe et de cette souplesse à un prix moyen de production thermique « ordinaire », le mot ordinaire s’appliquant aussi et d’abord au nucléaire en même temps qu’au charbon ou au fuel lourd.

                                                                    

Question :

 Le baril vaut-il 50 dollars ou Le dollar vaut-il  1/50ème du prix du baril ?

 Vous avez dit « Nostalgique de Bretton Woods » ?

 

La suite au prochain numéro.

 

12 octobre 2017

Posté par Dufourmantelle à 14:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]