Le Naïf dans le Monde

21 octobre 2019

Causons chiffon

Lancinante ces histoires de voile dit islamique qui reviennent comme disent les rengaines populaires en parlant d’amours qui n’en finissent pas de je ne sais plus quoi.

Voile, parfois foulard, on ne voit en réalité qu’un fichu. Il mérite bien qu’on l’appelle ainsi considérant le fichu désordre qu’il provoque.

Le Naïf, lui, se demande s’il pourrait voir un jour, à la téloche, la très étrange Amélie Nothomb sans des couvre-chefs qui ne peuvent être que le fruit du travail de chapeliers élèves de Marcel Duchamp ou d’Anish Kapoor, voire du sublime Jeff Koon. Elle est à elle seule porteuse d’un musée d’art moderne, vissé sur sa moue friponne  et effarée, musée d’œuvres toujours renouvelées dont visiblement elle ne se dépare jamais.  Ceci n’est qu’une petite mise en bouche sur le sujet de chapellerie qui va suivre, en notant que chapellerie signifie chapeau et non pas chapelle. Et ce sujet n’émeut pas l’opinion publique. Pourtant !

Rien de commun avec le port du voile.

Par une dame qui accompagne une sortie scolaire dans la visite programmée d’une séance du Conseil Régional de Bourgogne-Franche Comté un scandale éclate. Elle porte un voile. L’objet de la visite était sans doute de montrer aux élèves comment fonctionnent les très belles (épatantes, dirait Trump) institutions de notre (épatante) République. Ils ont été servis.

Un représentant du RN, avec une belle énergie et sans la moindre nuance, requiert de la Présidente du Conseil Régional qu’elle intime à la dame, assise au fond entourée de gosses de retirer son fichu fichu.

M. Odoul, c’est son nom, met dans son propos une âpreté et une vigueur qui évoquent les plus belles heures de la Convention. Interviennent en escadrille les Lois, la Démocratie et la République et ses Valeurs. La Présidente est  surprise, son vocabulaire vacille, ses adjoints la rassure sur ce que dit le règlement intérieur du bazar. Rien d’illégal ni même d’anormal à la présence de la mère de famille.

Odoul s’en va : bon débarras, la violence du propos ne plait pas.

La chose  est diffusée et la France se déchaine, se déchire, s’émeut, s’étonne, s’indigne et parfois, calmement pèse les façons d’appréhender ce non-évènement pourtant lourd de sens.

-Sur un plateau de cette balance : la bonne foi de la bonne femme qui porte son fichu parce qu’elle le porte habituellement et qu’à ce moment elle accompagne une sortie scolaire. Elle est sensible à l’offense lourdingue du soldat de Marine (Fusillier, peut-être) alors qu’elle n’est là que pour rendre service. Sans doute pense-t-elle que la sortie ne restera pas dans l’esprit des enfants comme un bon exemple de fonctionnement républicain.

-Sur l’autre plateau de la balance, une provocation délibérée de la dame au fichu, une manifestation de l’islamisme et en conséquence, le rejet dans sa totalité du fait musulman sauf, en gros, dans la rue et à la maison, dixit le cuistre. Une complication due au fait que rien au plan légal ou règlementaire ne s’opposait à la présence de cette dame. Odoul a tort sur la forme.

Les élus du RN condamnent la maladresse sans se dissocier du fond de son propos.

L’histoire ne nous dira pas si la dame avait une quelconque intention politique ou si elle était simplement venue de bonne foi accompagner une sortie scolaire, peut-être au demeurant parce qu’aucune femme sans fichu n’avait trouvé le temps ou l’envie de le faire.

C’est pourtant le fond de l’affaire.

Pourquoi des femmes musulmanes portent-elles le voile ?

Habitude, c’est comme ça, autour de moi on fait comme ça, j’ai toujours porté le voile…

Obligation conjugale, mon mari veut que je porte le voile et je n’ai pas la possibilité de le contredire, de lui désobéir. Sauf à…

Obligation locale, si je ne porte pas le voile, là où j’habite, je me fais « mal » voir ou pire…

Conviction personnelle, je suis une femme musulmane voilée en présence d’autres hommes et je crois qu’en suivant cette prescription je me soumets à la règle coranique… comme mon mari me le demande…

Affirmation communautaire religieuse, je suis musulmane et je veux que cela n’échappe à personne ; ou sociale, je suis maghrébine et je veux qu’on le sache…

Affirmation militante, je porte le voile de l’islamisme…et je souhaite porter la parole du djihad…

La dame d’Odoul appartient à une ou à un mélange de variété de cette classification. Et ça la regarde. Jusqu’au point où elle milite ouvertement et prône la guerre sainte. Sa seule présence ne permet pas de répondre à cette question.

Elle n’a rien fait de mal et le petit sot qui mène son combat contre les islamistes choisit bien mal  son terrain. Tout le monde le lui dit, parfois avec excès.

La probabilité est qu’il s’agit d’une dame « ordinaire », au sens désormais célèbre que Hollande a conféré au mot, qui ne revendiquait pas, qui ne militait pas et qui ne faisait que conduire des gosses à une leçon d’éducation civique. 

C’est dans cette quasi-affirmation que se trouve une réponse naïve : Toutes les occasions offertes aux femmes voilées de participer à des activités de franchouillards ordinaires, à se mélanger à une population qui ne peut que les accepter comme elles sont et qui doit les accepter si elles se comportent ordinairement ; sont à encourager.

Lutter contre l’islamisme en s’attachant à des formes de la pratique « ordinaire » de la religion musulmane est à l’évidence signe d’exclusion, alors que le propos est précisément de favoriser et d’obtenir l’inclusion du musulman dans la vie « ordinaire ». Faire sortir la femme musulmane de chez elle et d’un enfermement, d’une soumission devrait être le but et le moyen de cette lutte au premier degré.

Il en va ainsi du voile, foulard, fichu.

En utilisant un mot à la mode, cette « problématique » avait été abordée en août 2016 dans un petit texte, « C’est la faute au lycra » qui évoquait des querelles de baignade et de piscine de femmes musulmanes qui agitaient alors les médias et les politiciens. L’essentiel y était dit et en ajoutant ici ce texte, seules ont été corrigées les fautes grammaticales. En reste-t-il ? Le lecteur en jugera. De même en mars 2019 il était évoquée une polémique au sujet d‘un article proposé à la vente par Décathlon, une sorte de passe-montagne léger - toujours le lycra – sous l’appellation Hijab de running. Mulliez mettait ainsi la République en péril. Ce petit papier, "À bas la calotte" de février 2019 n’est pas rajouté ici : cela rassemblerait à du radotage.

Ainsi, voici revenu à vif, à propos d’un non-évènement ridicule, le constat de la difficulté rencontré par l’État et par les français à formuler leurs positions sur la présence dans la Nation et sur le territoire de musulmans, d’islamistes et de djihadistes. 

Où sont les choix ? Qui doit choisir ? Où sont les frontières ?   Une formulation binaire du choix : 

-La France  tolère les musulmans qui pratiquent leur religion avec rigueur (charia, attitude avec les femmes, prosélytisme éventuel) et les français reconnaissent de ce fait qu’il y a dans leur pays une province culturelle et religieuse qui échappe à l’ordre républicain et dont une fraction vise à le détruire.

-La France ne tolère pas cette enclave de démographie croissante à vocation prosélyte et les musulmans rigoureux doivent quitter la communauté française, ce qu’on appelle encore la Nation ou abandonner leur pratique et obéir strictement (autre soumission) aux lois de la laïcité. 

La proximité qui semble incontournable entre la pratique rigoureuse de l’islam religion et le radicalisme politique et géopolitique qui lui est naturellement associé, ce qu’on désigne islamisme, accentue le caractère aigu du choix que doivent faire « en même temps » les musulmans et l’État français qui  incarne du mieux qu’il peut la Nation. En même temps et bientôt. Maintenant.

Retour sur une classification, taxinomie des personnes impliquées dans ces choix : 

-Les Français : Catégorie Indéfinissable et variée mais cependant bien réelle. Ah, l’identité !

-Les personnes d’origine étrangère, souvent maghrébine, assimilées. Le mariage entre « de souche » et « d’ailleurs » est très souvent le véritable facteur de l’assimilation et bien évidemment aussi la maîtrise de la langue.

-Les personnes d’origine maghrébine, non religieuses, intégrées, presqu’assimilées, ayant souffert ou non d’une forme de discrimination mais dont certaines appartenances les conduisent à rester dans le cadre d’une communauté.

-Les musulmans –dits modérés- qui ne suivent pas littéralement les termes du coran et dont le mode de vie n’entre pas en conflit avec les us et coutumes… certains ou plutôt certaines ne maîtrisent pas la langue.

Cette classification demande à être précisée. Plus tard dit le Naïf

 

Puis des clivages. Premier Clivage   

-Les musulmans rigoristes : ils sont immergés dans le corps social. La sphère privée est un leurre car la famille et ses membres sont en contact permanent avec des éléments de ce corps social, école, travail, sport, rapports avec l’administration et ne peuvent s’en abstraire. Ils y vivent en respect de leur pratique souvent en contradiction avec les normes établies, établissant de fait des frontières sociales et culturelles. Le halal, la prière pendant le travail, la relation avec la voisine d’atelier… 

Deuxième clivage   

-Les militants islamistes, passifs et/ou clandestins dans l’isolement, si cette catégorie existe. La référence est celle des ordres monastiques catholiques. 

Troisième clivage

-Les Djihadistes, les terroristes dont l’objectif et la vision sont la destruction de l’ordre républicain par la violence, le meurtre, le massacre des roumis, le djihad, guerre sainte en France et ailleurs.

 

À partir du premier clivage l’ordre républicain et la laïcité sont menacés : l’État ne peut pas détourner le regard et, comme on dit, botter en touche.

C’est malheureusement aussi simple que ça.

 

La brutalité (ou la clarté) de ce propos appelle quelques remarques.

Il existe en France des communautés relativement homogènes d’une religion différente qui ne sont pas engagées dans un combat mortel avec l’ordre républicain.

La France a vécu le rejet du catholicisme politique pour aboutir en 1905 à un traité de bonne intelligence avec ce corps formidable qu’était l’Église Romaine et Catholique. Et en gros, ça marche.

Une dernière note,  le Naïf se souvient que sa mère portait, comme les autres femmes, un fichu pour entrer dans une église. Des occasions assez rares, il est vrai.

 

Alors qui possède les éléments d’une réponse ?

Un seul groupe peut donner cette réponse : les musulmans qui sont et veulent rester français peuvent et doivent accorder leur pratique religieuse aux lois de leur pays, de la Nation à laquelle ils appartiennent. Comme cette population n’est pas sous l’autorité d’une Église, chaque musulman devra faire pour lui ce choix. Pour lui et pour sa famille.

Tout bien pesé les cathos y sont parvenus, dans la douleur il est vrai, alors pourquoi pas les musulmans et préférablement sans douleur ?

Il s’agit là de très grands changements : pas trop de fichu comme dit Blanquer, par d’école coranique, pas d’iman fauteur de guerre et pourquoi pas, soyons fous, pas de PSG, car on ne peut à la fois, « en même temps » courtiser le pognon de dingue des islamistes et favoriser leurs actions religieuses, prosélytes et autres en Douce France.

Macron va parler demain. Ou après-demain, mais prochainement, promis-juré !

La foudre de la décision est attendue de notre petit Jupiter.

Ou bien, comme ses célèbres prédécesseurs, va-t-il chiraquiser le moment pour diluer les choses, en atténuer la signification et laisser en héritage à des successeurs inconnus l’ensemble des drames à venir.

D’ici là, combien d’attentats, combien de morts, combien de querelles intestines, combien de temps perdu qui nous dit la poétesse chantante ne se rattrape plus.

Tout ceci est bien fatigant, le Naïf va se reposer en réfléchissant à la réforme des retraites. Ne faudrait-il-pas la remettre à plus tard ?

 

18 octobre 2019

Plus de trois ans après le lycra, mon Dieu, comme le temps passe !

C’est la faute au Lycra   18 août 2016

En Septembre dernier une association de femmes à vocation socio-culturelle organise pour ses adhérentes une journée de jeux aquatique en réservant aux Pennes-Mirabeau (13) un parc de loisir. Il s’agit de Smile13. L’inscription auprès de cette association ne comporte pas de demande de renseignement sur la religion des candidates mais l’ensemble du site de l’association montre bien qu’il s’agit de répondre à un besoin des femmes musulmanes de la région marseillaise : la présentation du site comprend une formule de bienvenue en arabe et l’accent est mis sur l’enseignement de l’arabe. Permettre aux femmes arabes musulmanes des quartiers de la région marseillaise d’aller se baigner (entre elles) semble faire partie des objectifs de l’association : il est précisé que les membres doivent respecter un code vestimentaire en accord avec les préceptes du Coran, le Awra.

Cette association est-elle une émanation des mouvements intégristes musulmans ? On peut le penser et le craindre. Est-elle au contraire une tentative des femmes musulmanes pour s’émanciper des contraintes de leur vie en communauté sans encourir les reproches de leurs maris, grands frères et autres mâles de leur famille ? La presse, qui fait toujours son travail à l’emporte-presse ne répond pas à cette interrogation ou plutôt y répond dans le sens, évident pour elle de la dépendance de Smile13 à la pensée islamiste, Smile13 faux-nez de l’islamisme nous dit Philippot. Pour des raisons propres à la vie politique du moment et en particulier à la nécessité des candidats LR d’apparaître en lumière, l’affaire est reprise et exploitée jusqu’à retentir à l’échelon national. L’incident est ensuite étouffé par la reculade du parc de loisir sous couvert de la mairie et les regrets impuissants de l’association de mener à bien son opération. L’incident met en évidence deux choses. En premier lieu le mal-être des femmes musulmanes enfermées dans le communautarisme islamiste, de gré ou de force et ensuite l’affolement de la classe politique jusqu’aux échelons les plus hauts devant l’incapacité du pays à normaliser sa relation avec la  pensée socioreligieuse  totalitaire de l’islamisme.

 

A la lumière jetée sur ce petit évènement on découvre alors sur les plages de France, pendant les vacances que des dames, surtout jeunes vont aux bains –comme on disait jadis- dans des tenues leur couvrant le corps de la tête aux pieds –comme on faisait jadis- et qu’on dénomme des burkinis. La mode s’en est mêlée et un marché était né : celui du vêtement de la femme musulmane qui va de la burka BCBG au Hijab tout-terrain. Ce sont les tissus modernes qui ont favorisé cette évolution du vêtement du désert ou du gynécée vers le vêtement de plage : les progrès de l’islamisme balnéaire doit beaucoup au lycra (DuPont, marque déposée). La chose n’est ni répandue, ni fréquente et personne jusqu’à une date récente ne s’émouvait de voir des familles musulmanes fréquenter les plages marseillaises dans des attitudes moins extraverties que celles des cagoles locales, souvent de semblable origine.

Et puis Nice et St Etienne du Rouvray.

Et puis la primaire à droite.

Et puis l’étonnante maladresse d’un premier ministre épuisé et peut-être un peu hâtif qui mêle à tout ça les Valeurs de la République.

Et puis des querelles de villages entre de jeunes énervés de la corsitude et des maghrébins engoncés (incarcérés) dans leur mahomedisme rustique. L’affaire suit son cours.

Tout cela pour conduire des gens intelligents (certains), cultivés (certains), responsables (certains) à proférer des énormités sur la manière dont les français doivent s’habiller ou se dévêtir.

 

Alors la réponse s’impose : dans la guerre que déclare l’islamisme à la nation française le pouvoir en place, qui reconnait cet état de guerre (comment pourrait-il éviter) sort une arme nouvelle, dont la puissance dissuasive n’échappe à personne : l’interdiction du Burkini sur les plages du cher et vieux pays. On arrive à cette situation dans laquelle on ajoute à l’arsenal de Daech une arme inattendue : le ridicule. Que cette interdiction soit proposée au nom des valeurs de la République constitue le sommet de cette farce.

 

Que ces histoires de maillots de bain et de piscine soient des provocations islamistes n’est pas forcément faux et il est très probable que des grands frères sont derrière ces choses-là pour démontrer combien les musulmans et les arabes sont les victimes des injustices de nos sociétés. Mais l’erreur est de s’arrêter à des signes véniels en refusant par facilité et même lâcheté d’attaquer le mal où il réside. Le pouvoir –on n’ose à peine utiliser le mot- applique de la pommade pour cul de bébé sur des boutons dont il sait qu’ils annoncent l’éruption des bubons de la peste. Tout cela est dit et redit mais la stupeur du gouvernement est telle que rien n’est dit ou fait qui montrerait que l’État veuille éradiquer l’islamisme sur le territoire et obliger les musulmans à faire rentrer leurs pratiques religieuses dans le cadre d’une loi de 1905, toujours en vigueur. Ce conflit culturel islam-laïcité ne se résoudra pas de lui-même et dans la douceur car la dynamique de l’islamisme recouvre et s’alimente des inégalités de toute nature dans les sociétés du monde occidental et –on ose le dire- chrétien.

 

Est-ce à dire que l’assimilation ou l’intégration ou même la cohabitation  de communautés d’origine maghrébine soit devenue impossible dans le système culturel et social français comme on le vit maintenant ? Certains le pensent, beaucoup sont réservés et tous les français ont peur.

 

Il y a un aspect de ces histoires de baignade qui, semble-t-il, n’a pas été perçu. Les dames musulmanes et les jeunes femmes musulmanes dont on a parlé lors des incidents évoqués plus haut ne sont pas des produits de l’année. Il y a depuis longtemps des femmes musulmanes dans nos sociétés et le fait nouveau est qu’elles vont à la plage et qu’elles ont envie de se baigner et plus encore qu’elles le peuvent. Avant, naguère,  elles n’allaient pas à la plage, tout simplement, et ne se baignaient pas. Depuis, en quelque sorte, elles provoquent par leur capuche de lycra, tout en nous montrant qu’elles ont le droit d’aller se baigner en montrant leur corps –même emballé- aux yeux du bidochon rigolard qui y voit un dérivatif aux excès d’un quasi-nudisme pas toujours du meilleur goût. Mais qui provoquent-elles et que provoquent-elles ?

Car on ne peut pas totalement dissocier le bain de la femme de la mise en spectacle de la baigneuse et de ses dimensions. Autrement formulé, la femme musulmane en mettant son burkini rentre dans le jeu de la relation homme-femme à l’occidentale, comme elle est perçue dans les sociétés  modernes. Elle a déjà jusqu’à un certain point et même largement trahi l’interdit coranique. Elle a érotisé son corps. On pourrait parier que le temps passant on verra le burkini devenir de plus en plus collant jusqu’à ressembler –c’est déjà le cas- à des tenues de néoprène comme en portent les plongeuses ou les actrices de film fétichistes. On n’en est pas loin mais il se peut qu’au-delà de la provocation, la présence des burkinis sur les plages soit d’abord un signe de libération de la femme dans l’univers musulman plutôt que le contraire.

 

Auquel cas, il serait judicieux de favoriser le port du burkini.

Et en tout cas de laisser les lois de la République hors de tout ça.                                    

 

  18 août 2016

 

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12 octobre 2019

Chirac, vainqueur aux points

Le Naïf surmontant sa peine à l’annonce du décès de notre antépénultième Président et toujours attristé de celui, à jamais inscrit dans nos cœurs, de ce cher Johnny ne pouvait résister au chant de son clavier Dell, véritable sirène informatique.

Le parallèle entre les deux funérailles offrait un irrésistible sujet et, sitôt dit, sitôt fait, venait en toute naïveté le petit texte qui fait suite : Chirac, vainqueur… amorce d’une évocation comparée.

L’image d’un match de boxe où s’affronteraient les deux héros.

Puis le Naïf vaquant ailleurs, le papier restait esseulé sur son écran d’ordinateur, tout pendant que se mettait en place le ramdam des amis, des fidèles, des je-t-aime-moi-non-plus, et de ce merveilleux peuple de France uni dans l’affliction.

 

Chirac, vainqueur aux points

Le combat est serré et la  victoire reste longtemps indécise. Les deux antagonistes ont des armes redoutables.

Ils ont bien des points en commun et d’abord ils représentent le peuple français, nous dit-on aujourd’hui, mieux que personne. Ils en sont, chacun à leur façon, une incarnation dans des registres, il faut bien le reconnaître très différents.

Johny a percuté le premier : élan juvénile, fougue rockeuse, il meurt deux ans avant son compétiteur. Les larmes sont à peine sèches. Ses héritiers dans une tragédie digne de l’antique maintiennent allumé le flambeau qui illumine la foule, de sorte qu’il n’en finit pas de mourir.

Son adversaire profite de ce temps gagné pour mourir à son tour. C’est en vérité un brillant retour pour un combattant (sur ce point, il fait l’unanimité) qui depuis tantôt une dizaine d’années était emmuré dans les séquelles d’un accident cérébral. La fin de son mandat en avait été perturbée sous des regards pudiquement détournés. En un mot la mort de Chirac est une résurrection.

Johnny débute le combat avec un énorme avantage : il est d’une personnalité plus simple que des mauvaises langues qualifieraient de très simple et il est donc commode pour la foule de s’assimiler au personnage.

Chichi est au contraire bien plus complexe et sa personnalité demande des réflexions plus élaborées sans pouvoir constamment recourir au mode narquois de l’évocation de l’homme aux chansons.

Animal politique contre bête de scène. Aurait-il fallu choisir l’arène et non le ring ?

Passé judiciaire pour Jacques le Bienaimé et fraude fiscale ordinaire pour l’Idole. Incertitude, les juges hésitent.

Question gonzesses, là encore le match reste indécis. Les juges pudibonds ferment les yeux.

Rendu à ce stade, le Naïf pose sa plume, quitte son clavier, fait autre chose et comme chacun, observe le déroulement des funérailles du Président alors que dans le même temps les héritiers de Johnny jouent aux dames le déplacement du cercueil.

Les hommages au Président défunt s’amplifient et remplissent l’espace médiatique pendant une période médiatiquement longue d’une quinzaine de jours.

Dans un premier temps, hommages unanimes à reconnaître et célébrer la proximité du corrézien avec les français en général, les paysans en particulier et tout spécialement les visiteurs et exposants du salon de l’agriculture. Et chacun d’y aller de son anecdote ; il a caressé la vache, il a vanté le sancerre, il a dévoré le pâté de…

Ah, justement, un appétit énorme, gargantuesque illustré de multiples façons. Tellement attendrissant ce talent à incarner les valeurs profondes de l’âme nationale qui nous fait entrevoir Chirac en Renan de la boustifaille.

Unanimes aussi pour reconnaître le mérite du gouvernement qui par la parole de de Villepin a écarté nos armées du bourbier pétroléo-libérateur des Bush, Rumsfeld, Cheney dans lequel ils ont entrainé le reste du monde occidental et musulman au nom des vertus du régime démocratique pour tous et de quelques intérêts bien compris.

Bientôt cependant des nuances apparaissent dans la louange. On évoque des fautes politiques, on ressort la décision du quinquennat dont on ne sait plus comment sortir et puis la mairie de Paris et les développements judiciaires qui ont suivi la gestion « libérée » du maire. Et la dissolution, et les reculades de Juppé !

Moins de veau, vache, cochon, couvée… mais pas encore d’Adieu.

Enfin, on passe en bas bruit, les commentateurs au format paragraphes et anecdotes laissent la place aux analystes qui livrent des synthèses dans tous les périodiques qu’on se doit de lire. Le personnage devient complexe et chacun compose la mosaïque d’un Chirac insaisissable. Une bibliothèque se constitue.

Le point d’orgue est la cérémonie des Invalides : la France communie.

En fin de programme on redécouvre Bernadette qu’il a fallu protéger de ce tohubohu. 

Après trois semaines, les derniers tressaillements de la presse s’éteignent progressivement pour laisser le champ libre aux Trumperies en tout genre, à la réprobation de Zemmour, au dénislamisme (1) enfin dénoncé, à l’ouragan de service qui frappe là où il veut et à l’insaisissable Ligonnès.

Plus de temps pour Johnny. Les Invalides, c’est autre chose que la Madeleine, même si les motards de l’Élysées avaient une certaine gueule.

Tout bien pesé, les juges, connaisseurs et impartiaux donnent à l’unanimité Chichi vainqueur aux points.

Cette impartialité n’a pas connu de faiblesse.

Cependant dans un dernier mouvement, le Naïf, toujours désireux de trouver les bons équilibres s’interroge. Le match de boxe était-il la bonne image ? Pourquoi choisir le ring plutôt que le stade ? Imaginons que l’épreuve mettant les défunts personnages en compétition ait été après des courses et des sauts, le lancement du disque. La victoire de Johnny aurait été sans nul doute écrasante.

Ce qui autorise à penser que longtemps après que le souvenir de Chirac aura retrouvé la place qu’il avait avant son décès résurrection le bon peuple continuera d’écouter Johnny Halliday et à en garder le souvenir.

  1. 1.       A. Brezet dans le Figaro du 7 octobre.

12 octobre 2019

 

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29 septembre 2019

À Cœur Vaillant, rien d’impossible

 

Je pense à ces braves gens de Carmat qui se sont donné un mal de chien pour fabriquer avec la plus  grande ingéniosité une pompe pouvant remplacer un cœur humain. Elle fonctionne remarquablement si l’on tient  compte du fait que les implantations ont été réalisées sur des patients quasi mourants…et qui sont morts.

Mais quelle complication, quelle mécanique et qui change les piles ?  Amazon, au secours !

Pourtant la voie à de nouvelles réponses est évidente. Par exemple, quelques cellules souches, bien instruites de leurs devoirs et bien implantées dans la poitrine d’un simien pas trop différent de sapiens, un bonobo par exemple, finiraient sans nul doute, si on s’en donne la peine et les moyens, par fabriquer un très bon produit. Les protecteurs de la vie animale exprimeraient leur mécontentement avant de comprendre qu’il y a dans ces progrès une  juste cause à défendre : tout le monde a droit à  un cœur de remplacement et pourquoi pas, en poussant l’argument à un cœur neuf. J’y pense, je crois que le mien vieillit. Un bonobo pourrait sans doute, avant usure, produire plusieurs cœurs sans que l’on puisse parler de production industrielle. Enfin, faut voir.

Mes aversions, la chose est courante, me fait repousser l’idée d’une culture dans le corps d’un autre animal. Le reptile est exclu  par risque de cœur à venin et puis par manque de place sauf gros serpent. Les oiseaux donneraient des solutions trop volatiles. Autre mammifère peut-être avec en prime la possibilité de le manger après usage, ce que je ne ferai jamais avec le bonobo, mon presque frère. Cela demande réflexion.

Je m’égare, la réponse est beaucoup plus simple : pourquoi ne pas faire cette culture chez moi, dans ma petite bedaine personnelle ? J’y mettrai  le meilleur de moi-même. On peut faire un peu place dans mon fouillis d’organes en écartant ceci ou cela. Sinon, on peut enlever un rein pour cultiver un cœur à son emplacement rendu vacant. L’avantage serait alors de proposer à la vente, sur le Bon Coin par exemple, un rein en très bon état (après contrôle technique) pour un prix qui viendrait au crédit du financement du coût de la culture du nouveau cœur. Si d’aventure, je résistais à la tentation d’utiliser le produit de mon industrie pour changer mon cœur-à-moi usagé de multiples saisons et excès, je serais en mesure d’ajouter le cœur nouveau à mon offre Bon Coin, ou mieux chez eBay pour encourager la concurrence comme Bruxelles le souhaite.

Mais je vais trop vite, je m’égare et je complique tout. Il serait tout de même plus simple encore d’expliquer aux cellules souches de faire toutes seules, comme de grandes filles, leur travail de cœur sans  avoir à leur trouver un hôte qui subisse les désagréments du temps passé à sentir croître en lui une culture d’organe qui ne trouvera usage que plus tard. Elles rempliraient leur contrat dans un laboratoire ad hoc en toute tranquillité et sans être exposées aux aléas de la condition de locataire. Tout dans une éprouvette, de bonne taille naturellement. Après, Picard car Amazon ne s’est pas encore lancé dans le froid. Le marché tarde à se structurer. Que fait Elon Musk ? 

En si bon chemin, si Monsieur Dupont présente de grands signes de faiblesse, ne serait-il pas encore plus simple de fabriquer un Monsieur Dupont neuf dans une éprouvette encore plus grande.

Je ne suis plus dans l’égarement mais dans la divagation, ce qui veut d’ailleurs dire la même chose. Enfin pas tout à fait : égarement, on perd le chemin ; divagation implique qu’on prend un mauvais chemin.

Ce qui est bien ce dont on parle ici. 

« En même temps » il est urgent de fermer Fessenheim par principe de précaution ou pour faire plaisir à Duflot ou parce qu’un lecteur de Ricoeur a conservé la sottise sauce Hollande dans son programme.

En même temps, il est urgent de ne pas baisser la dépense publique car il est urgent de ne pas…

 

29 septembre 2019

 

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14 septembre 2019

La Médecine est un Cheval de Troie (3) Désir d’Enfant, ouvrez le ban

 

Dans un papier récent, PMA et GPA et tout le tralala 13 août 2019…. je me demandais pourquoi le Don du Sang pose tant de problème alors qu’on légifère pour qu’on puisse donner, échanger, prêter et/ou vendre les parties du corps qui servent à concevoir la vie. Vendre car le marché ouvert à nos portes, s’ouvrira davantage et ne se refermera que par l’arrêt de la demande. J’avais mis le préalable du Désir d’enfant « hors propos ». Il convient donc d’y revenir.

Dans un texte suivant je tentais d’expliquer comment la médecine en combattant l’infertilité avait été amenée, s’appuyant sur les développements de la génétique, à proposer comme relevant de sa compétence des procédés de fécondation qui n’ont plus vocation à guérir mais bien au-delà à satisfaire des désirs individuels mettant en cause des équilibres de sociétés. Le Cheval de Troie de la Médecine 1er septembre 2019

Donc des redites et comme à l’habitude, des questions tiennent lieu de conclusion.

Tout au long de ce texte on jongle avec le mot homme dans les sens du sapiens mâle ou femelle et celui de l’homme (mâle) du couple papa-maman. L’ambiguïté est dans le langage. Que le lecteur s’y retrouve est mon vœu le plus ardent.

 

Désir d’Enfant, ouvrez le ban

 

Désir d’enfant, sa conséquence, le Droit à l’enfant….Soit ! L’individu de la société liquide revendique des droits et sous le même vêtement s’exonère de ses devoirs.

Cela semble maintenant inscrit dans ce qu’on pourrait appeler « l’ordres des mœurs ».

La France s’agite. Pour retarder d’aborder les vrais problèmes, le Divin Enfant a trouvé astucieux de sortir ce pot de miel qui occupe l’opinion et permet de gagner/perdre le temps des réformes. Cela plait à la frange dite progressiste de son électorat au risque d’en mécontenter gravement une autre fraction …Soit !

Il en avait causé dans son programme. Alors ! Quelle bonne raison ; comme s’il avait été élu sur son programme ! « En même temps » qu’advient-il de la réduction de la  dépense publique.

Pot de miel ou os à ronger ?

 

Aucune évidence dans ce changement de paradigme social. Il ne repose que sur l’air du temps et le souci sans cesse augmenté de satisfaire des désirs individuels. De nos jours, le citoyen concerné par le problème PMA-GPA et conséquences ne vit pas aussi mal qu’il semble le ressentir, le croire, le manifester … Quant au citoyen qui vit mal, on peut douter que la PMA soit au cœur de ses préoccupations.

L’État peut légitimement entendre la voix de cette revendication sans oublier en légiférant qu’il touche aux fondements d’une structure sociale déjà tellement mise à mal d’autres manières. Sans oublier que sa première responsabilité est de mettre en œuvre les réformes visant à la revitalisation de tissus économiques moribonds aussi bien au plan agricole qu’industriel ; et non de repousser ces réformes au hasard d’échéances électorales incertaines.

Le Droit Nouveau (PMA, GPA et le marché neuf ou occase) entraine sa conséquence, sa projection sur le plancher des réalités : un Devoir.

Légiférer sur ce sujet le déplace du plan des mœurs (culture et assentiment social) au plan d’une obligation sociale et transforme un agrément civilisé en une norme collective formelle.

 

Droit-à, pour qui ?

D’abord un rappel : se trouvent sur notre belle planète bleue quelques dizaines de millions d’enfants abandonnés pour lesquels il ne serait pas immoral ou socialement insupportable de favoriser leur adoption par des personnes en Droit-de  au lieu de faire de celle-ci un parcours du combattant susceptible de refroidir les meilleures bonnes volontés.

Donc écartée l’adoption : le couple veut (et a droit-à) son enfant, bien à lui, fait  de ses propres mains.

Un consensus : les couples dits légitimes avec des gradations, couples « enregistrés », ou couples papa-maman auto déclarés, traditionnels en somme ; ainsi, tous les jeunes qui ne se marient qu’après la naissance des enfants, devenus ciment du couple.   Le Pacs en ajout de saveur ?

Pour eux toute la panoplie de la PMA, au-delà des traitements d’infertilité, est disponible au prix de contraintes destinées à en limiter des excès prévisibles.

S’ouvre ainsi la Boite de pandore numéro 1, le traitement de l’infertilité. Sujet éminemment médical dans la première phase de la remise en ordre des appareils pour qu’ils marchent et que le rapport sexuel soit fructueux ; avant de devenir l’Assistance Médicale à la Procréation, en brouillant toutes les cartes, de la structure sociale (filiation), morale (culture et religion) et simplement économique (Sécu soc, prise en charge..). L’acte médical transforme un désir-droit, une revendication de légitimité discutée, en maladie à traiter pour la sauvegarde de l’individu atteint.

Boite de pandore numéro 2, des couples hors tradition, car homosexuels. Le souci de faire cesser l’exclusion de l’homosexualité est une démarche naturelle comme est naturelle l’homosexualité. L’homosexualité existe, le nombre des homosexuels est important. Rien ne justifie quelque forme d’exclusion ou de différenciation que ce soit et n’appelle aucun jugement moral ou civique et encore moins condamnation. Rien ne justifie que l’homosexualité exclue l’individu du cadre social. Est-il soumis au Désir d’enfant, pourquoi aurait-il perdu le droit afférent ?  Sauf infertilité rien ne s’oppose à ce qu’il trouve le/la partenaire compréhensif/ive avec laquelle il établira un contrat analogue à ceux des familles new-look évoquées ci-dessus. Ils n’ont donc le plus souvent aucun obstacle à passer par la case des moyens usuels avec des partenaires judicieusement choisi(e)s. Mais souvent, il semble qu’il préfère recourir au bricolage et au hasard ou tout au moins en revendique le droit. Le cas du couple, là où s’exprime cette demande,  est celui de deux personnes du même sexe qui chacun(e) peuvent avoir les enfants souhaités sauf à ne pas vouloir délibérément le faire « comme tout le monde ». L’homosexualité a aussi ses principes : à l’autre sexe point ne touchera. Il serait tentant de dire que c’est leur problème ! Alors, naturellement si l’on peut dire, il reste la GPA ! CQFD.

Boite de pandore numéro 3 : l’abolition du temps. Sperme et ovocyte, direct chez Picard, toujours disponibles, moyennant quelques précautions. On imagine que, à la façon des surgelés susnommés, il ne faut pas interrompre la chaine du froid. De plus, on comprend que dans les projets de loi chacun pourra réfrigérer comme il semble bon à la clientèle. Comment résister aux charmes des glaciaires privées ?

Alors, faire un gosse maintenant ou plus tard, aucun problème et en prime avec qui vous voulez, au moment propice, commode. Pouvoir faire des enfants de jeune en étant vieux, quelle souplesse jupitérienne ! Si vous ne vous en servez pas, vous pouvez en faire profiter un copain ou une copine, ou anonymement ou pas, n’importe qui si le besoin s’exprime car l’époque est à réduire et traquer les gaspillages. C’est écolo en diable.          Changement de ton, le pamphlet affleure

Boite de pandore  numéro 4 : la tentation de la Chimère. La biologie et la technologie biologique descendues jusque dans les replis et interstices du génome autorisent par alliances objectives des réalisations qui laissent le médecin tout occupé de guérison qu’il est, sur le bas-côté du chemin du progrès. Dans la création de la vie, tout devient possible ou du moins nous disent les gaffa-istes tout le deviendra. Des cellules ici, d’autres là, des ciseaux du génome au nom de sigle commercial, de nombreux essais, des déconvenues sans conséquences (veaux, vaches, couvées et ovocytes en rab…), des avancées prometteuses et le tour se jouera : fabriquer n’importe quoi de vivant à partir d’un réservoir inépuisable de pièces détachées rangées sur les étagères taxinomiques. Très raisonnablement et pour ne pas choquer les esprits figés dans une vision dépassée de la nature, le magicien savant se limitera aux mammifères dans une première phase, limitant ainsi son appétit de voir si un zest de végétal ou un rien de reptile ou de batracien n’ouvrirait pas de nouvelles portes. La Chimère des Anciens devient une formalité évidente.

 

Devoir pour qui ?

Une seule réponse, vous, moi, ma famille, la société toute entière et sa représentation tangible, l’État.

Devoir pour l’État est à peu de chose près synonyme de Dette. Encore une convergence étymologique !

Concrètement, cela signifie : protection sociale, sécu soc, hôpital et tout un tintouin réglementaire à élaborer, puis modifier, amender et in fine accommoder à la sauce judiciaire pour ajouter de l’épice à cette purée.

Concrètement cela veut dire : intégrer dans la société un « petit d’homme » sans filiation ou d’une filiation incertaine, voire aléatoire : état civil, droit de la transmission patrimoniale. Ces problèmes ont été résolus dans le cadre de l’adoption mais la PMA n’a plus la simplicité chirurgicale de celle-ci. L’enfant adopté est un enfant venu d’ailleurs avec lequel on ne peut avoir qu’un lien affectif. Alors que dans les bricolages considérés il s’agit d’établir, de conserver et plus ou moins d’officialiser au moins partiellement un lien génétique : Ton ventre, oui mais avec mon ovocyte ou ton sperme ou toute autre combinaison déjà décrite. 

Les commentaires sur le premier point sont rares : le coût des choses n’est plus jamais au programme du progressisme. L’État y pourvoira comme il vient d’être dit.

Les commentaires sur le second sujet sont abondants : la filiation et la préservation de la cellule familiale anthropologique, fondements de nos sociétés, sont considérées essentielles et Il faut tout mettre en œuvre pour…  bla bla bla…

Tous les commentaires ont en commun d’éviter soigneusement la mention de la sexualité comme le premier facteur du processus de fécondation. Touchante pudeur, cachez ce sein !

Et puis quoi, la cause est entendue, le dossier est plié, la machine est en marche, les textes seront adoptés et la PMA, locomotive de ce changement anthropologique sera mise sur les rails du progrès.

Vivement que le monde de la justice se prononce, qui n’est jamais en retard pour se substituer, en arbitre suprême et impartial à l’expression démocratique, lequel pour l’heure est toujours « représentée » par la Loi que dit la « représentation nationale ». L’ajout de ce piment juridique devient une habitude et nul doute qu’il n’introduise un nouveau parfum de progressisme à rebours des usages anciens.       Pour preuve le merveilleux exemple du jugement récent dans l’affaire des « décrocheurs ».

 

Retour sur l’origine de ce courant

Le désir d’enfant chez Sapiens mâle ne s’exprime que dans son instrument, le seul désir ressenti, la seule émotion immédiatement perçue : le désir sexuel, authentique outil de la fécondation.

Le mâle éprouve le besoin de copuler avec la femelle, nul ne peut formuler l’élan vital autrement. Il est tentant de chercher à transcender cette émotion animale, à la sublimer en toute autre variante de sentiments cueillis sur l’arbre du mot Amour. La littérature et la pensée philosophique débordent  de ces essais. Cueillir la pomme est un acte naturel au sens premier du terme devenu au fil du temps un engrenage dans la mécanique de la construction affective d’un couple et de la construction sociale.

Ainsi et ensuite le mâle peut évoquer l’enfant comme preuve d’amour-passion (nous voulons ensemble un enfant, gage de notre amour) ou encore lorsque cet enfant est du lignage, de la descendance (je fais un enfant, avec toi) pour me succéder, pour avoir un bras de plus à la ferme… ou bien simplement parce que tout le monde fait comme ça : c’est dans les mœurs. 

En va-t-il différemment pour la femelle ?

Qu’elle soit portée à jouer à la  poupée est une évidence alors que le jeune mâle se compare à ses rivaux et se prépare à la chasse et depuis longtemps à la guerre.  On ne peut nier cette composante en notant que jouer à la poupée n’est pas équivalent à fabriquer la poupée. L’évidence première est celle du désir de Poupée, de famille, de dinettes, de petits lits à border en image de la mère.

Ce sentiment, cette émotion n’est cependant pas le moteur immédiat des rapports mâle-femelle.

Comme le mâle, la femelle connait l’urgence sexuelle, atténuée peut-être ou moins violente, le plus souvent associée à des émotions d’autres registres. D’ailleurs la nymphomanie n’est pas une invention de la littérature et en conditions propices la femelle manifeste aisément ses désirs et satisfait ses besoins.

Comme il vient d’être dit, que la femelle ne ressente pas avec la même simplicité ce besoin sexuel n’est pas hors sujet car, par avance, dans le monde de ses émotions, elle transforme ou transfère ce désir primordial de faire l’amour en un désir pour le produit, pour l’enfant qui devient besoin, puis droit, puis Droit à…

Les deux composantes s’associent : le besoin de l’acte et sa conséquence.

Le fait brut et brutal est  que l’homme « prend » la femelle et qu’il y pense ou non, qu’il le sache ou non, qu’il le veuille ou non la gestation advient. Le petit d’homme vient au monde. Il advient, à la fois Avenir et  Aventure. On dit aussi  le fruit du Hasard et de la Nécessité

Sapiens a utilisé les outils dont il est doté, besoin sexuel et organes génitaux, pour réaliser par l’acte de reproduction son premier artéfact, l’enfant. L’espèce poursuit sa course.

Les mécanismes par lesquels cette urgence sexuelle et la procréation qui en résulte se sont  inscrites dans  un programme de société sont très variés. Les ethnologues (ceux de l’époque quand d’autres sociétés existaient encore) nous ont appris que les sociétés élémentaires de faible nombre ne traitaient pas la sexualité et la procréation comme nos sociétés le font. Et pas davantage des sociétés plus larges qui se sont construites sur des dogmes religieux et sociaux différents de ceux imposés par les religions du livre. De fait la gamme des agencements qui ont organisé la relation de l’individu, en lui-même ou dans le groupe, à la procréation dans son ensemble, est un vaste catalogue. L’urgence sexuelle est naturelle ou réprimée, la « protection » est encouragée ou bannie, le désir d’enfant est individuel ou collectif, le Droit-à est nié, reconnu ou promu au rang de devoir, le Droit-à-ne-pas est laissé à l’initiative individuelle ou devient affaire d’état…

 

En particulier de nombreuses sociétés ont accepté une mise en commun de la femme ou de l’homme dans le groupe et  l’enfant comme un enfant du groupe et non comme une propriété de la mère, du père ou du couple-famille. De nombreuses sociétés n’ont sacralisé ni la procréation ni l’enfant lui-même. De nombreuses sociétés n’ont d’ailleurs pas du tout sacralisé la vie et il n’est nul besoin de plonger très avant dans le passé pour s’en persuader. Il  suffit de feuilleter le journal.

Une illustration des difficultés de l’acceptation sociale de ces mécanismes est le cas d’un droit longtemps refusés aux femmes qui est le Droit-à-ne-pas… avoir d’enfants. Quelle bataille pour que  soit reconnu le droit des femmes d’être maitresses de leur corps ! Dans les combats pour la contraception puis pour l’interruption de grossesse toutes les forces des conservatismes et des obscurantismes se sont déchainées jusqu’à une période récente. Avec en prime, comme par une alliance improbable les tabous anciens rejoignaient les impératifs du désir-droit à l’enfant. Comment vous devriez vouloir un enfant, vous y avez droit et vous n’en voulez pas ?    

 

La pensée de notre lieu et de notre époque est une construction sociale résultant de processus historiques. Elle apparait comme nécessaire et inéluctable mais il s’agit là d’un transfert de foi et de morale du monde religieux au monde qualifié de laïque mais de culture sociale et de mœurs inchangés.

Les sociétés d’homme ne sont pas des êtres simples. Sacré Sapiens ! 

 

Passage du Désir au Droit, puis au Droit-à

 

La Société fait face à deux phénomènes dont l’amplification fait retentir les clameurs.

 

Le premier d’entre eux échappe au contrôle et dire le contraire comme on entend est un déni de réalité, rien  qu’un vœu pieux. L’augmentation de la population mondiale, les guerres régionales et certainement les conséquences du réchauffement climatique, provoquent de vastes migrations « d’hommes inutiles » et de réfugiés qui sont ou deviennent de véritables résidus, d’authentiques déchets des systèmes politico-économiques dans lesquels ils n’ont plus de rôle ou simplement plus de place. Ils se mettent à flotter dans un monde qui, pour eux, a perdu son sens. Ils cherchent des sociétés  dont ils pensent, parfois et jusqu’à un certain point, qu’elles présentent des interstices où ils pourront se glisser. Inutile d’insister, lire le journal suffit. Ce n’est pas le propos ici mais il ne faut jamais en oublier l’importance au regard de sujets qui cependant s’emparent de l’espace public.

 L’autre phénomène concerne a contrario les sociétés nanties dans lesquelles l’exaspération de la liberté individuelle est associée à la déresponsabilisation de l’individu, à sa désocialisation. On atteint cette situation lorsque l’État a pris un tel poids dans la vie courante que l’individu « pris en charge » cesse d’être un citoyen pour n’être plus qu’un client de services collectifs garantis.

Ce mouvement trouve son origine dans la théorisation des sociologues et philosophes des années de l’après-guerre, qui découvrent, ô surprise, que la société assure sa fonction de protection et de moyen de production au prix de contraintes de tous ordres : au hasard des points de vue, le respect du Prince, l’obligation de pousser la charrue, d’élever ses enfants, d’aller « défendre la patrie » sans jamais oublier d’acquitter la taille et la dime.

Ces contraintes demandent libération, l’individu ne peut s’épanouir dans leur carcan.

Ce qui est théorie et analyse sociologique devient dogme puis principe pédagogique puis pensée ordinaire et dominante. Cela se traduit par un rejet grandissant des obligations de la citoyenneté et dans le même temps une augmentation des revendications à pouvoir faire ce que l’on a envie de faire, ce dont on a le désir. Le citoyen devient un individu de l’envie. Son désir à  se satisfaire l’éloigne de son besoin de satisfaire pour tous.      Normalement, rendu ici, un chroniqueur normal cite Kennedy.

Ainsi naissent les multiples Droits-à qui expriment la volonté de groupes d’individus ressentant le même désir de satisfaire ce désir dans le cadre collectif du corps social, avec son plein agrément et support.

CQFD : Ce Qui Fait Droit.

Ici il faut distinguer l’expression d’un désir nouveau ou nouvellement ressenti d’un besoin réel et peu entaché d’affect* mais la frontière est souvent floue ainsi qu’en témoignent certaines revendications syndicales. Par  exemple un pilote d’Air France trouve légitime son désir de gagner encore plus et un employé de telle société nationale trouve naturel de travailler encore moins.

*il faut suivre la mode

Ces multiples Droit-de et Droits-à se croisent et s’entrechoquent car pour la plupart ils vont à l’encontre d’un droit rival et adjacent. Le meilleur exemple est le conflit quotidien entre la liberté d’expression et le souci de ne pas heurter l’opinion de groupes  sur des sujets qui les impliquent. Parler d’immigration sans en évoquer les dangers, ne jamais reconnaitre de différence entre des groupes tout en mettant l’identité de celui auquel on appartient en valeur supérieure. En fait tout propos qui révèle un dysfonctionnement social quelconque est perçu comme l’agression d’un responsable éventuel et au-delà du groupe auquel il appartient : dire qu’un accident ferroviaire est dû à un défaut d’entretien de la voie, clairement imputable à la personne responsable est un tabou. Les morts de Bobigny sont les victimes de fâcheux concours de circonstance. Il ne faut pas heurter la sensibilité des cheminots. Et comme la justice a été saisie, vraiment bien longtemps plus tard.

Le désir d’enfant, qu’il soit lié au désir sexuel ou qu’il s’en soit peu à peu détaché, devient tout benoitement un droit dont il faudra  bien que s’accommode mon groupe : celui des contribuables par exemple, ou celui des catholiques, mahométans et autres croyants, ou celui des citoyens qui craignent les conséquences de l’octroi de ce don revendiqué.

Pure démonstration de l’entrée en anarchie par souci de trop bien faire dans le respect des désirs particuliers.

Car à l’extrémité de l’échelle et par disparition progressive d’un pouvoir exécutif toujours limité par quelque droit annexe s’installe le désordre, on a eu dit chienlit, bref l’anarchie par friction mutuelle et retour aux premiers âges de l’histoire humaine, le plus fort protégeant ses femelles, son clan, sa tribu…son groupe de co-désireux bénéficiant des mêmes Droits… Acquis en traitant par le mépris les droits d’autres groupes et  en s’exonérant des responsabilités associées à un contrat social. Acquis par le succès d’une hydre de  communautarismes multiformes.

 

L’édifice social « ordinaire » encore plus ou moins incarné dans la Nation est  comme une ile battue par des vagues qui érodent ses rivages.

On le répète : une de ces agressions est bien réelle et résulte de l’accroissement rapide de la  population mondiale. Les beaux discours, les promesses de développement ici ou là, dans tous les pays sans eau et  sans terres arables, n’altérerons pas cette croissance à court terme et n’empêcheront pas les mouvements de population qui en sont la conséquence. Le réchauffement  climatique, qu’il n’est plus temps de nier relève aussi de ces mouvements inéluctables et témoigne de notre impuissance à les enrayer.

D’autres agressions, des vagues plus insidieuses résultent des mécontentements diffus qui s’expriment dans les populations nanties (les populations oubliées ont d’autres chats à fouetter) qui n’arrivent simplement plus à organiser leur société dans l’harmonie et le respect de chacun, victime de l’infinité complexité des systèmes justement destinés à garantir cette harmonie. S’ouvre l’univers des –ismes et des –phobes qui traduisent ce besoin de mise en commun d’une contestation et provoquent l’éclatement du corps social par exclusion mutuelle et par structuration de groupes en quête de Droit-à.

Le féminisme est l’archétype de ce type d’agression. Les fondements en sont infiniment légitimes et ne peuvent être discutés : la femelle de sapiens, la femme est un être humain, un homme qui « mérite » son existence aussi bien que le mâle de son espèce. En revenant à l’emploi usuel des mots, l’homme et la femme du couple tentent tout au long de leur vie de maintenir une relation dans laquelle la balance des poids de la vie soit équilibrée ou avec des déséquilibres consentis voire recherchés.

Il suffit de penser aux familles que chacun connait pour comprendre cette notion de recherche d’équilibre familial qui peut prendre des formes variées comme sont variés les sapiens pris un par un. 

Aller plus loin et vouloir nier les multiples différences du dimorphisme, lequel ici ne se limite pas aux caractères physiques mais ici inclue les différences émotionnelles, pourmettre en cause les fondations de l’édifice social qui repose toujours, qu’on le veuille ou non, sur le schéma anthropologique de la gardienne du tipi faisant les enfants puis s’en occupant et du chasseur courant derrière le bison.

Le progrès a été que cette conception de la cellule sociale élémentaire se fasse en visant à réduire cette sujétion de la femme à l’homme du couple avec reconnaissance de leur égalité dans leur tâche commune : vivre et travailler ensemble, faire des enfants ensemble et les élever ensemble jusqu’à en faire des citoyens.

Le but ultime de cette agression du féminisme revient à nier la nature de la femme-femelle pour en faire complètement un homme-mâle-femelle. Plus de différences ; d’aucune sorte !

Il s’agit alors du plus important travail de déconstruction social de notre époque. Avec une femme accomplie et totalement libérée, la famille devient un atelier où se réalise un contrat de fabrication suivi d’un SAV. En cas de non réalisation, on recourt au marché pour satisfaire l’envie. L’enfant est le produit dont on doit contractuellement assurer l’entretien pour une durée prévue par le législateur, contrat dans lequel l’État entérinant la chose prend rapidement le relais* : crèche, maternelle obligado dès 3 ans, EducNat et son fouillis et cerise sur le gâteau enseignement-sup-pour-tous-et pour rien. L’enfant chanceux aura en prime l’affection des contractants s’ils sont restés en relation contractuelle.

*Autre sujet, le Naïf radote et mélange tout. C’est comme ça et c’est aussi comme ça que fonctionne (!) un cerveau de naïf.

 

La société se déconstruit.

 

L’État doit-il entériner le constat de ces désirs et droits, les accompagner puis participer à la déconstruction de l’édifice social (la Nation par exemple) dont il a la charge à lui confiée par la majeure partie du démos ?

 

Ou doit-il garantir la solidité de cet édifice en s’attaquant aux causes profondes des mécontentements et en le protégeant de l’érosion des vagues ?

 

Le progressisme comme nous l’appréhendons en mesurant ses effets dans l’évocation du droit à l’enfant répond-il véritablement aux aspirations profondes de la population ?

 

Le Gilet Jaune, le chômeur, le migrant (toujours oubliable ou utilisable, c’est selon), le SDF produit made in France, l’instit sacrifié de la ZEP, le p’ti vieux à la très maigre retraite sont-ils profondément concernés par le désir d’enfant, le droit à l’enfant et les salades des personnes qui souhaitent que leurs particularités deviennent la norme ?

Le vote du citoyen doit-il devenir, au-delà du respect et de la reconnaissance auxquels ces personnes ont droit, un outil supplémentaire à déconstruire la société ?

 

Plus prosaïquement, l’électorat « progressiste » sensible aux charmes des avancées modernes en matière de procréation est-il plus important que l’électorat inquiet de cette « Marche » vers un marché de l’enfant ?

 

Le « en même temps » sur une ligne de crête finit par ressembler au trajet  d’un équilibriste sur une corde à laquelle il donne sans cesse des coups de couteau.

 

15 septembre 2019

 

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01 septembre 2019

La Médecine est un cheval de Troie (2) Annexes

 

 En complément de la première partie     Annexe 1 et 2

Serment du Conseil de l'Ordre des médecins (2012)

« Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité.

J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité.

Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j'y manque. »

 

 

Adoptée par la 2e Assemblée Générale de l’Association Médicale Mondiale Genève en Septembre 1948….amendée et modifiée 6 fois pour aboutir au texte approuvé par la 68e Assemblée générale à Chicago, en Octobre 2017

Déclaration de Genève   Le Serment du médecin  

EN QUALITÉ DE MEMBRE DE LA PROFESSION MÉDICALE

JE PRENDS L’ENGAGEMENT SOLENNEL de consacrer ma vie au service de l’humanité ;

JE CONSIDÉRERAI la santé et le bien-être de mon patient comme ma priorité ;

JE RESPECTERAI l’autonomie et la dignité de mon patient ;

JE VEILLERAI au respect absolu de la vie humaine ;

JE NE PERMETTRAI PAS que des considérations d’âge, de maladie ou d’infirmité, de croyance, d’origine ethnique, de genre, de nationalité, d’affiliation politique, de race, d’orientation  sexuelle, de statut social ou tout autre facteur s’interposent entre mon devoir et mon patient ;

JE RESPECTERAI les secrets qui me seront confiés, même après la mort de mon patient ;

J’EXERCERAI ma profession avec conscience et dignité, dans le respect des bonnes pratiques médicales ;

JE PERPÉTUERAI l’honneur et les nobles traditions de la profession médicale ;

JE TÉMOIGNERAI à mes professeurs, à mes collègues et à mes étudiants le respect et la reconnaissance qui leur sont dus ;

JE PARTAGERAI mes connaissances médicales au bénéfice du patient et pour les progrès des soins de santé ;

JE VEILLERAI à ma propre santé, à mon bien-être et au maintien de ma formation afin de prodiguer des soins irréprochables ;

JE N’UTILISERAI PAS mes connaissances médicales pour enfreindre les droits humains et les libertés civiques, même sous la contrainte ;

JE FAIS CES PROMESSES sur mon honneur, solennellement, librement.

 

Annexe 3     Histoire de la chirurgie  Wiki

Étymologiquement, la chirurgie est pratiquée par les chirurgiens et peut être définie par la pratique du soin par l'usage des mains : vient du grec χειρουργια (kheirourgia) χειρ (kheir) [mains] et εργον (ergon) [travail]. Cette pratique existe depuis la Préhistoire avec la pratique de la trépanation, et a considérablement évolué au fil du temps.

En Occident, après la grande tradition médico-chirurgicale de l'Antiquité, et au début du Moyen-Âge, les chirurgiens ont été relégués dans une caste inférieure parmi les soignants. Ils ont été exclus des études médicales universitaires pendant plusieurs siècles. Ce n'est qu’au 19ème siècle qu’arrivent les grands progrès  en fonction du besoin sanitaire, du type de blessure et du contexte politique, religieux et technologique. En Occident, au Moyen Âge, les médecins, comme tous les membres des universités, sont des clercs et non des laïcs. Certains occupent même de hautes fonctions ecclésiastiques. De plus, ils ne peuvent exercer la chirurgie car « Ecclesia abhorret a sanguine » (« L'Église a horreur du sang »). Et enfin, un médecin n'a pas le droit d'exercer une profession manuelle pour en tirer profit. Pour cette raison, les actes chirurgicaux leur sont aussi interdits.

Ceux-ci sont donc assurés par les barbiers, qui en plus des coupes de cheveux, des bains et des étuves, traitent les plaies, incisent les abcès, pratiquent les saignées… après diagnostic d'un médecin. La pose de ventouses est du ressort de la matrone et celle du clystère de l'apothicaire.

Vers 1268, Jean Pitard, un barbier renommé, obtient du prévôt de ParisÉtienne Boileau, l'autorisation de former une corporation indépendante, sous la direction de six jurés, afin de faire passer des examens à tout barbier désireux de pratiquer la « cyrurgie ».

En 1671, une chaire universitaire de chirurgie est créée au Jardin des plantes de Paris, malgré l'opposition de la Faculté de Médecine. Pour vaincre cette opposition, une ordonnance royale est nécessaire en 1673. La chaire de chirurgie est confiée à François Cureau de la Chambre avec le chirurgien Pierre Dionis comme démonstrateur. Par la suite, le poste de premier chirurgien du roi (MareschalLapeyronieLamartinière) fait obtenir cette chaire de chirurgie.

À partir de ce moment, les chirurgiens obtiennent même qu'on leur livre les cadavres nécessaires à leurs études sans devoir en réclamer à la Faculté de Médecine. Malgré cela, leur nombre est insuffisant et certains sont volés dans les cimetières ou achetés directement aux bourreaux, ce qui provoque de nouvelles batailles avec la Faculté de Médecine, qui n'hésite pas à faire intervenir des huissiers pour récupérer les corps.

Lorsque Marie-Thérèse d'Autriche, l'épouse de Louis XIV, a un abcès à l'aisselle, D'Aquin, médecin du roi, s'oppose à ce que Dionis, le chirurgien, pratique une incision, ce qui aurait empêché l'abcès de s'ouvrir dans la poitrine. La reine en meurt.

Puis Louis XIV est atteint d'une fistule anale en 1686, et les tentatives médicales ne donnent aucun résultat. Il fait alors appel à son chirurgien, Charles-Louis Félix de Tassy, qui le guérit, ce qui redonne un crédit aux chirurgiens par rapport aux médecins.

À la Révolution, la différence entre chirurgien et médecin est abolie. Il n'y a plus qu'un enseignement unique comprenant la médecine, la chirurgie et les accouchements. 

Wiki avec un minimum de corrections.

 

Annexe 4        La législation en matière de don d'organes

Texte de la fédération des Associations pour le Don d’Organes et de Tissus humains

 Les principes aujourd’hui applicables en France en matière de dons d’organes sont principalement issus de la loi bioéthique du 6 août 2004, et des suivantes jusqu'à celle de 2016.

PRÉAMBULE

Il est possible de donner un organe ou des tissus après sa mort, voire de son vivant.

L’organe humain peut se définir ainsi : c’est une partie du corps destinée à remplir une fonction propre ou nécessaire à la vie.

La loi, depuis les origines, distingue : les organes en eux-mêmes : cœur, poumons, reins, foie, pancréas, intestins ; et les tissus : peau, os, cornées, valves cardiaques, moelle osseuse, etc.

Le corps humain est par principe inviolable, incessible et indisponible. Les lois successives, notamment celles de bioéthique, ont pour finalité essentielle de déterminer un statut juridique du corps humain et de ses éléments dans le cadre duquel sont redéfinies les limites à leur utilisation.

Depuis la loi du 22 décembre 1976, chacun est présumé donneur, sauf en cas de refus exprimé de son vivant : Ce principe a été réaffirmé par la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016,

Cette loi éclaircit le rôle des proches et précise comment refuser de donner ses organes. Elle prévoit notamment l’accès en ligne au registre national des refus géré par l’Agence de la biomédecine.

CE QUE DIT LA LOI

I – Don d'organes et/ou de tissus post mortem :

a) Origines et premières lois de référence :

Deux textes ont posé les bases :

  • Loi du 15 Novembre 1887 sur la liberté des funérailles.
    Le texte indiquait qu’une personne capable puisse régler par voie testamentaire (donc volontairement) le sort de sa dépouille mortelle. Cela concernait à la fois le don du corps à la science et a fortiori le don d’organes, mais dans une perspective de recherche et d’enseignement médical.
  • Loi du 7 Juillet 1949 (Loi Lafay).
    Elle a autorisé les prélèvements anatomiques après décès, en vue de la greffe de la cornée, chaque fois que le défunt avait, par disposition volontaire, légué ses yeux « à un établissement public ou à une œuvre privée, pratiquant ou facilitant la pratique de cette opération ». Elle a permis d’instituer la Banque Française des Yeux. La loi a été abrogée en 1994 par les textes relatifs à la Bioéthique.

b) Principes généraux et fondateurs (Loi Caillavet) :

Le don d’organes en France repose sur trois règles établies par la loi du 22 décembre 1976 :

  • Le consentement présumé : toute personne peut devenir donneur d’organes à moins qu’elle n’ait exprimé son refus de son vivant (selon l’adage ‘Qui ne dit mot, consent’),
  • La gratuité : toute rémunération ou avantage équivalent en contrepartie du don d’organes est interdit et sanctionné. Néanmoins, les frais afférents au prélèvement ou à la collecte sont intégralement pris en charge par l’établissement de santé chargé d’effectuer le prélèvement ou la collecte,
  • L’anonymat : le nom du donneur ne peut être communiqué au receveur et réciproquement. La famille du donneur peut cependant être informée des organes et tissus prélevés ainsi que du résultat des greffes, si elle le demande à l’équipe médicale qui l’a suivie.
    Toutefois, deux dérogations sont prévues :
  • Le don d’organes post-mortem est possible à tout âge, mais tout dépend de l’état des organes au moment du décès et des circonstances de celui-ci. La Loi Caillavet a été abrogée en 1994 du fait de l’émergence des Lois de Bioéthique. Cependant, les principes établis en 1976 ont été inclus dans le Code de la Santé Publique et ont inspiré le Conseil de l’Europe. Ainsi, il a élaboré une Convention de Bioéthique en 1996. L’article 5 énonce : « Aucune intervention en matière de santé ne peut être effectuée sur une personne sans son consentement libre et éclairé. La personne concernée peut, à tout moment, librement retirer son consentement ».
      • En cas de nécessité thérapeutique : « seuls les médecins du donneur et du receveur peuvent avoir accès aux informations permettant l’identification de ceux-ci »,
      • En cas de prélèvement d’organes sur une personne vivante, en vue d’un don.

 c) Des évolutions dans le statut juridique du corps humain :

A ce qui précède, le texte de la Loi bioéthique du 29 juillet 1994 a apporté des compléments si ce n’est des nuances. Elle repose ainsi sur deux axes bien déterminés :

  • l’un relatif « au respect du corps humain »,
  • l’autre « au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain… ».

Elle ajoute trois nouveaux principes aux références précédentes :

  • L’interdiction de la publicité.
    Le Code de la Santé Publique exclut strictement « toute publicité en faveur d’un don d’éléments ou de produits du corps humain au profit d’une personne déterminée ou au bénéfice d’un établissement ou d’un organisme déterminé ».
    A contrario, il ne fait pas obstacle aux actions de sensibilisation du public et de promotion du don, qui sont l’objet même de FRANCE ADOT et des ADOT départementales.
    Cette information est réalisée sous la responsabilité du Ministère de la Santé, en collaboration avec le Ministère de l’Education Nationale,
  • La sécurité sanitaire.
    La réglementation prévoit deux séries examens avant tout prélèvement, que celui-ci soit envisagé sur une personne décédée [ou sur une personne vivante] :
  • Sélection clinique des donneurs : 
    Il y a la recherche systématique des antécédents médicaux et chirurgicaux, personnels et familiaux, de chaque donneur. Le médecin s’informe de son état clinique, notamment en consultant le dossier médical. [Si le donneur est vivant, un entretien médical avec celui-ci est imposé],
  • Analyses de biologie médicale :
    La sélection clinique des donneurs est complétée par une étape d’analyses destinées à faire le diagnostic de certaines maladies infectieuses transmissibles. Dès lors, la décision de transplanter un organe relève de la responsabilité du médecin qui doit évaluer, dans chaque cas, si le bénéfice escompté l’emporte sur le risque prévisible encouru par le receveur potentiel. On évoque alors la notion « d’urgence vitale »,
  • La biovigilance.
    Elle porte à la fois sur :
  • des produits : organes, tissus, cellules et leurs dérivés issus du corps humain, ainsi que les dispositifs médicaux les incorporant,
  • les activités suivantes : prélèvement, préparation et greffe d’organes, prélèvement, collecte, préparation et greffe de tissus et cellules.

C’est une démarche essentielle pour faire progresser la sécurité des patients, face à tout incident (accident ou erreur lié aux activités portant sur les éléments, produits ou dérivés mentionnés ci-dessus) ou effet indésirable (réaction nocive survenant chez les personnes, liée ou susceptible d’être liée à un élément, produit ou dérivé ou aux activités mentionnés ci-dessus).

Avant d’envisager le geste chirurgical, il reste une étape importante.
Au moment du décès d’une personne, l’équipe médicale vérifie en premier lieu que cette personne n’est pas inscrite sur un fichier spécifique, appelé Registre National des Refus (RNR). Il est géré par l’Agence de la Biomédecine.

Cette inscription est modifiable et révocable à tout moment.

Le cas des mineurs et/ou des majeurs protégés est particulier :

  • S’il s’agit d’une opposition au don d’organes : à partir de 13 ans, tout individu a accès au registre national des refus, sans en référer à l’autorité parentale,
  • S’il s’agit d’un prélèvement d’organes : il doit y avoir le consentement écrit au prélèvement sur une personne mineure (par chacun des titulaires de l’autorité parentale) ou majeure sous tutelle (bénéficiant d’une protection légale).

La loi du 6 août 2004 a maintenu les mêmes conditions.

 d) Des évolutions dans l’expression de l’opposition :

Mais, depuis la loi du 26 janvier 2016 (entrée en vigueur le 01/01/2017), l’expression du refus au prélèvement se trouve renforcée.

Au-delà du RNR, chacun peut également remettre à un proche un écrit daté et signé. Le proche transmettra ce document à l’équipe médicale.

Si la personne est dans l’impossibilité d’écrire elle-même son refus au prélèvement, elle peut se faire assister par deux témoins qui pourront attester que le document rédigé par une tierce personne correspond bien à l’expression de la volonté du défunt.

La loi permet aussi de confier oralement son refus à ses proches. Ceux-ci transmettront le refus exprimé à l’oral par la personne avant son décès.
Dans ce cas, l’équipe médicale demandera aux proches de préciser les circonstances de l’expression du refus et de signer la retranscription qui en sera faite par écrit.

Le RNR est désormais accessible en ligne et non plus seulement par courrier postal.
Pour procéder, il suffit juste de scanner ou de photographier avec son smartphone une pièce d’identité recto/verso.
De plus, il est également possible de préciser simplement sur le Registre des refus les noms et types d’organes et/ou de tissus que l’on ne veut pas donner. Le moment venu, il sera tenu compte strictement de ce veto. Là-encore, la manifestation du refus demeure révocable à tout instant.

e) L’information et l’accompagnement des proches par l’équipe médicale :

Juste après l’annonce d’un décès (en l’occurrence, constat de l’état de mort encéphalique) par le médecin réanimateur, l’équipe médicale interrogera obligatoirement un des proches :

  • parents directs depuis 1976
  • compagne / compagnon / conjoints pacsés depuis 2004

Conformément à la loi et aux bonnes pratiques en vigueur, l’objectif est de vérifier que le défunt n’était pas opposé au don avant d’envisager tout prélèvement.

S’il n’est pas référencé sur le RNR, il s’agit de connaître la volonté du défunt à travers le témoignage de ses proches. L’échange entre l’équipe médicale et les proches aura lieu même si le défunt porte sur lui une carte de donneur. Celle-ci n’a aucune valeur légale, telle que celle distribuée par FRANCE ADOT. 
Elle dispose seulement d’une valeur indicative de la position du défunt à un moment donné.
A l’instar du RNR, la carte de donneur ou d’ambassadeur du don d’organes demeure néanmoins un témoignage important de sa volonté pour qu’elle soit respectée.
En l’occurrence, il appartient à tous ceux qui se sont prononcés favorablement pour le don d’organes, qu’ils soient ou non en possession d’une carte, de faire connaître cet avis à leurs proches, afin qu’ils soient en mesure de témoigner de l’absence d’opposition au don d’organes exprimée du vivant.
Après les prélèvements, les équipes médicales, par obligation de la loi, doivent restaurer l’intégralité du corps dans le respect de celui-ci pour le rendre accessible ensuite à la famille.

II Dons d’organes et/ou de tissus de son vivant

La loi du 6 août 2004 (articles L 1241-1 et suivants du Code de la santé publique), encadre restrictivement ce type de don. Il ne peut être destiné qu’à un patient proche :

  • soit appartenant au cercle familial
  • soit ayant un lien affectif « étroit et stable » depuis au moins deux ans avec le donneur.

Le donneur doit :

      • être majeur et de plein droit (les mineurs et les majeurs protégés en sont exclus)
      • remplir les conditions médicales très strictes permettant de vérifier, notamment qu’il peut subir une intervention chirurgicale, en étant informé des risques inhérents,
      • exprimer son consentement libre, éclairé et exprès devant le Président du Tribunal de Grande Instance ou le magistrat désigné par lui. Ce consentement est révocable à tout moment jusqu’à l’opération.

Pour les dons de reins, si les examens révèlent une incompatibilité entre donneur et receveur, le don est cependant possible dans le cadre d’un « don croisé » avec un autre couple donneur et receveur dans la même situation et sous certaines conditions.
Celles-ci sont définies par la Loi du 7 Juillet 2011 relative à la loi bioéthique

CE QU’IMPLIQUE LA PRATIQUE

I le prélèvement d’organes post-mortem

a) Le constat de la mort encéphalique :

Aujourd’hui, en France, la très grande majorité des prélèvements en vue de la transplantation sont effectuées sur des personnes décédées. La volonté du législateur, au fil des décennies, est de favoriser le développement de la transplantation d'organes grâce à un accroissement de la disponibilité des greffons.

Il convient alors de déterminer les critères de la mort et d’en donner une définition légale.

Face à cette question, l’Organisation Mondiale de la Santé considère la mort comme « la disparition irréversible de l’activité cérébrale mise en évidence par la perte des réflexes du tronc cérébral ».

Le Code de la santé publique (en son article R1232-2) vient préciser les éléments donnés par les médecins, qui ont alors valeur réglementaire. Il existe ainsi deux techniques :

  • soit deux encéphalogrammes plats, espacés d’une durée de quatre heures et durant chacun 30 minutes afin d’établir l’absence de stimulation électrique au niveau du cerveau,
  • soit l’angiographie, visant à établir l’absence de circulation sanguine au niveau du cerveau.

Dans les deux cas, on parle de « mort cérébrale » ou de « mort encéphalique ».
Les critères ainsi posés permettent d’établir un constat de la mort rendant possible un prélèvement d’organes (sauf inscription sur le RNR ou opposition formelle relayée par les proches).

 b) Le rôle des équipes médicales concernées :

Le code de la santé publique prévoit que « les prélèvements d'organes en vue de don à des fins thérapeutiques ne peuvent être pratiqués que dans des établissements de santé autorisés par l'autorité administrative, après avis de l'Agence de la biomédecine ».

Ainsi, les équipes médicales et chirurgicales ont des compétences bien définies et des rôles très compartimentés.
Les médecins qui établissent le constat de la mort, d'une part, et ceux qui effectuent le prélèvement (ou la greffe), d'autre part, doivent faire partie de services distincts.

Cette règle est destinée à garantir l'indépendance du diagnostic de mort et la protection du « donneur » potentiel.

Il se peut aussi que des chirurgiens locaux se voient confier, par des équipes de transplantation, le soin de prélever pour elles les organes dont elles ont besoin ; c’est notamment le cas pour les reins.

Le code de la santé publique impose par ailleurs aux médecins ayant procédé à un prélèvement sur une personne décédée « de s'assurer de la meilleure restauration possible de son corps ».

Cette obligation revêt un caractère éminemment éthique, voire religieux.

Les praticiens, qui pour la plupart respectent déjà cet impératif, doivent prendre la mesure de l'importance attachée par ceux qui sont déjà confrontés à la perte d'un être cher à l'observation scrupuleuse de cette prescription. C’est non seulement une marque de respect à l'égard des morts, mais aussi à l'égard des familles.
En regard de l’article L1233-3 du Code de la Santé publique et selon les hôpitaux, il peut être « créé un lieu de mémoire destiné à l’expression de la reconnaissance aux donneurs d’éléments de leur corps en vue de greffe ».

A noter aussi: en raison de leur caractère spécifique, la coordination des prélèvements d’organes et les greffes font l’objet d’un financement forfaitisé.

c) Les patients en attente de greffe :

La pratique des greffes d’organes nécessite l’inscription des patients sur une liste nationale établie par type de transplantation, dénommée ‘Cristal’. 
Ce système existe depuis 1995 (faisant suite à la loi du 18 Janvier 1994, complétée par l’arrêté du 24 Novembre 1994, précisant les règles d’inscription sur la liste des patients en attente d’une transplantation).

Il est réservé aux établissements hospitaliers autorisés, placés sous l’autorité de l’Agence de la Biomédecine, en lien direct avec le Ministère de la Santé.

Afin de tenter d’homogénéiser les durées d’attente de greffe, et de respecter des principes d’équité, des règles de répartition des greffons ont été élaborées selon un système de score, tenant compte notamment de critères tels qu’une menace vitale à court terme, l’âge, l’ancienneté d’inscription sur la liste d’attente, l’appariement en âge donneur/receveur, la compatibilité HLA, la difficulté d’accès à la greffe…

Ces règles permettent notamment aux receveurs pédiatriques (jusqu’à 17 ans), ainsi qu’aux patients hyper immunisés de bénéficier d’une priorité d’accès à la greffe.
Depuis 2017, le système s’est encore amélioré avec la mise en place d’une nouvelle plateforme pour les chirurgiens de la transplantation. Intitulée ‘Cristal Image’, elle permet d’évaluer la viabilité d’un greffon en transmettant des clichés.

Avec les objectifs suivants :

  • Donner aux équipes de greffe les moyens de faire un choix performant et efficace,
  • Limiter les déplacements des équipes de greffe,
  • Diminuer les causes de refus de greffons de la part des équipes :
  • Réduire davantage la durée du processus d’attribution des greffons et ainsi permettre de gagner du temps à toutes les étapes.
  • In fine augmenter le nombre d’organes greffés.

La France est d’ailleurs le premier pays à mettre en place cet échange d’images sécurisées et anonymes entre les hôpitaux.

II le prélèvement d’organes in-vivo

Le prélèvement d'un organe en vue d’un don à autrui expose à l’évidence le donneur à des risques non négligeables pour sa santé.

Un comité d'experts – composé de trois médecins, d’une personne qualifiée en sciences humaines et sociales et d’un psychologue – informe le donneur sur les risques et conséquences prévisibles du prélèvement, d'ordre physique et psychologique ainsi que sur les répercussions éventuelles de ce prélèvement sur la vie personnelle, familiale et professionnelle du donneur.

Il faut en conséquence que le receveur soit parfaitement identifié dès le prélèvement, et que son état de santé actuel justifie bien le prélèvement envisagé.

Le don d'organes « entre vifs » est à présent moins qu'auparavant dépendant de la compatibilité tissulaire : il est devenu surtout un « don affectif ». Il n’est donc plus question d’anonymat.

En outre, la règle énoncée par la loi du 29 juillet 1994 (maintenue par celle du 6 août 2004) est très claire : le prélèvement d'organes sur une personne vivante mineure ou sur une personne vivante majeure bénéficiant d'une protection légale est strictement interdit.

Cet article rejoint le principe posé par la Convention européenne sur les droits de l'homme et de la biomédecine qui interdit, elle aussi, le prélèvement d'organes sur une personne n'ayant pas la capacité d'exprimer un consentement libre et éclairé.

Le consentement doit être exprimé par écrit, soit devant le président du Tribunal de Grande Instance (ou un magistrat désigné par lui). Il est « révocable sans forme à tout moment ».

En matière de prélèvements d'organes sur des personnes vivantes, l'autorisation ne peut être accordée qu'aux seuls établissements de santé ayant, sur le même site que celui sur lequel seront effectués les prélèvements, une activité de transplantation des organes.

Cette restriction a été voulue par les pouvoirs publics pour assurer la sécurité des donneurs, ceux-ci pouvant alors bénéficier des équipements et locaux des sites de transplantation.

Elle vise en outre à limiter les transports de greffons prélevés sur une personne vivante, afin d'accroître les chances de réussite de la greffe et de préserver au mieux la qualité de l'organe prélevé.

Les conditions requises des établissements de santé pour être autorisés à prélever des organes (personnel, équipement, service de réanimation, locaux, organisation, coordination, dispositifs d'explantation des organes et de restauration des corps, etc.) sont prévues par le code de la santé publique et sont soumises à autorisation.

Celle-ci est limitée dans le temps afin de permettre une évaluation périodique des activités de prélèvement.

 

 

 

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La Médecine est un cheval de Troie (1)

L’idée était de faire un petit papier simple pour expliquer comment le progrès médical conduisait aux excès de ce qu’on appelle maintenant le bien nommé Transhumanisme et aux hasardeuses avancées « sociétales » du binôme PMA-GPA. En mettant son nez fouineur dans des sujets qu’il ne connait pas, le Naïf a été conduit à dépasser le cadre du petit papier en ajoutant des annexes, illustrations ou compléments, que le lecteur oubliera, si son temps ou sa patience sont comptés. Les remarques sur le Don du Sang n’ont pas été ressorties de leur tiroir et l’aspect Fin de Vie n’est mentionné que pour mémoire.

Ici, le mot homme signifie individu de l’espèce et la femme est un homme comme les autres.

Comme à l’habitude, pas de conclusion, seulement des questions. Avant que le lecteur ne pose ses propres questions, ce qui est le but de ce papier.

Les Grecs nous ont laissé un vaste héritage dans lequel on peut puiser à plus soif pour illustrer les propos de notre temps.

D’abord un mythe à entrées multiples, riche en prolongements et variantes. La Chimère.

La bête est tête de lion, corps de chèvre (?) et queue de serpent : elle n’est pas gentille et les membres du jockey-club, Bellerophon et Pégase l’envoie pour de bon dans l’univers du rêve, du fantasme et de l’impossible utopie.

C’est à la chevrette qu’elle doit son nom : khimaira. Que vient-elle faire dans cette composition baroque ?

L’animal du mythe conduit à envisager le corps de l’animal, puis de l’homme, comme étant assemblé et à l’image de la chimère composé d’éléments pris dans la vaste panoplie du monde animal. La plage est vaste du Centaure à Spiderman, avec une mention spéciale pour Frankenstein, reconstitué des morceaux humains prélevés par le savant fou. Sans animal.

À quoi, pensait Shelley ? Quel manque d’imagination !

Les dieux de l’Olympe, sans que le mode opératoire ne soit jamais précisé, procèdent directement.  Zeus visite la génitrice-génisse au gré de son insatiable appétit ou se couvre de plumes pour honorer Léda en toute discrétion.

Tout ce petit monde cependant réprouve l’inceste sauf naturellement quand sa pratique contribue à l’amélioration du produit (1). Les Dynasties Egyptiennes, dit-on, faisait au pied de la pyramide le travail de sélection que l’on réserve de nos jours aux chevaux, aux chiens et aux petits blancs des Amériques. Mais le tabou est ici hors sujet car notre époque semble s’y conformer avec rigueur. Sauf cas particuliers.

Grâce aux religions révélées et à leur mode d’emploi, pendant longtemps, ces rêveries, ces chimères seront glissées sous le tapis des non-dits et s’habilleront des oripeaux des miracles sans que des gestes d’artisans viennent altérer la pureté et l’espérance des sectateurs. 

Autre personnage important du registre antique, Asclepios  ou pour nous plus couramment Esculape. Ce fils d’Apollon se consacre à la guérison par « incubation » des pèlerins venus l’implorer à Épidaure. Ce divin médecin est plus proche de nos psys que des tâcherons modernes des transplantations d’organes. Zeus et Hadès sont très mécontent car Esculape ressuscite les morts ce que les maîtres de l’Olympe et des Enfers se réserve : Zeus le foudroie et l’envoie dans les cieux jouer à la galaxie.

La galaxie est un jeu de société pratiqué par les étoiles : il faut rester immobile le plus longtemps possible. Si une étoile bouge, elle a perdu. Les enfants des hommes et certains hommes politiques jouent également à ce jeu très ancien.

Asclepios trouvera un successeur en la personne d’Hippocrate puis dans la longue lignée des Médecins lesquels peu ou prou prêteront (2) serment, en général à l’issue de leurs études, dans le cadre des institutions religieuses ou politiques et religieuses succédant à la période romaine.  Les Dieux ou les Prophètes des religions révélées  prendront la charge de l’âme et leurs représentants sur terre exigeront du médecin, chacune à leur façon le respect de la vie et la reconnaissance de son caractère sacré. C’est le moins qu’on puisse attendre de celui qui doit guérir. (3)

Le serment du vieil Hippocrate a évolué car il est  un reflet des mœurs, des interdits ou des libertés nouvelles de la société comme elle les subit ou les exprime ; avec quelques questions récurrentes que le Serment tout au long de ses évolutions oublie sagement car elles concernent au-delà de la « guérison » d’une maladie la relation profonde de l’individu comme acteur du système social ou, bien avant le social  la signification dans l’espèce de la procréation.

Au premier chef et au titre du « respect de la vie » sont toujours posés le problème du point de départ de ce qui deviendra une nouvelle vie, l’être en promesse, et en conséquence celui de la contraception.   Quand commence la vie ?

Dés et dans l’acte de chair. Ou bien au moment auquel les géniteurs après la naissance décident que cette vie-là « vaut la peine » ou ne convient pas et qu’il faut « exposer » l’enfant ? Ou bien à quelque moment arbitraire de la croissance du fœtus ? Saint Pierre est en constante dispute avec César sur ce point.

Les batailles de l’avortement font rage et se poursuivent, constamment ranimées par les religions et leurs excroissances.

La bataille de la contraception semble gagnée, en témoigne la libération sexuelle et l’affichage qu’elle se permet. Du pessaire indélicat et évolutif, via le calendrier nippon (pour la fécondation) puis autrichien (contre…) jusqu’aux multiples pilules avant-après, la galipette est devenue au cours du temps une affaire bulletproof confirmant ainsi la défaite de Saint Pierre sur ce sujet, dans les pays du G7. Ailleurs, dans le vaste monde, rien n’est moins sûr.

Dire l’influence de ce progrès sur le bien-être de l’homme érotique et sur la démographie des pays développés, émergés, ou en voie de… est un autre propos.

À la fin du parcours dans des termes finalement assez comparables, à quel moment la vie de l’individu perd-elle sa valeur tant pour l’homme lui-même que pour la société qui, à des degrés divers, en partage la charge.

En Annexe 1 et 2 et pour rafraichir la mémoire d’un lecteur curieux, le texte du Serment du conseil de l’Ordre des Médecins de 2012 et par comparaison le Serment du Médecin, dit « de Genève » recommandé par l’ONG Association Médicale Mondiale en 2017. On note le respect à l’histoire qu’implique du vocable Serment. On note aussi que le serment évite avec soin les sujets qui fâchent.

Le Médecin guérit le malade.

En fait, dans grand nombre de cas, il ne peut que rendre les symptômes supportables et laisser la nature effectuer seule la guérison.

Mais les progrès de la Science de la Médecine font que, lorsque les choses sont sérieuses et connues, le Médecin agit véritablement. Avant  la maladie il vaccine et dans la vie du patient il tente de prévenir les comportements dommageables (4). Le mal étant déclaré, il prescrit les principes qui amélioreront le fonctionnement de la machine humaine. Si le mal vient résulte d’une attaque extérieure (microbes, bacille, virus) le mal peut être éradiqué. Si le mal résulte d’un défaut de la machine humaine il convient d’intervenir sur les organes eux-mêmes (ablation, mais déjà le praticien change de registre.) ou sur les « humeurs «  qui régissent leur fonction/nement (ainsi, hormone pour la thyroïde, médicament régulateur de pression sanguine...).

Grande est la  panoplie du guerrier de la santé et nombreuses les armes dont il dispose. Le fameux progrès scientifique-médical permet de répondre ou de prévoir une réponse à la plupart des surprises que la nature réserve à l’homme ; souvent avec difficulté, (SIDA, Ebola), parfois assez méthodiquement (Grippes) et enfin dans quelques cas, pas du tout (maladies rares et génétiques, affectant des individus particuliers, comme les enfants de la lune…). La fécondation apparait ici comme une maladie particulière dont la médecine avec succès prévient l’occurrence à la manière d’une vaccination entretenue.

Dans ces progrès de la médecine, le Chirurgien –d’abord écarté par Hippocrate- marche à côté du médecin.  Ils jouent une partition à deux instruments : guérir sans intrusion ou extraire le mal en visitant le corps du patient. : remède ou scalpel. Longtemps le Médecin exclura le chirurgien, l’Église ayant horreur du sang et il faut attendre la Révolution pour que le Chirurgien devienne lui aussi un praticien de la Médecine. Cet interdit, véritable tabou est peu mentionné mais il a été un des freins les plus puissants au progrès médical, en dépit des guerres qui fournirent de tout temps de la matière première à « traiter ».

Cette exclusion est bien étrange, car de tout temps, pour pallier la souffrance et rétablir l’ordre du corps de l’homme, il fallait à la fois guérir ET réparer. Enlever le membre gangréné, inciser l’abcès et plus simplement extraire la dent relevaient souvent du simple bon sens qu’on trouvait davantage chez le barbier ou chez le paysan familier du bétail que chez le clerc sortant de son monastère coiffé d’une tête mal faite. La chirurgie du barbier devenait « réparatrice ».

 En annexe 3, Wiki, ami fidèle, résume cette histoire des rapports chirurgien médecin.

Cette capacité à « entrer » dans le corps de l’homme pour ôter des organes défectueux puis à les remplacer par des organes de rechange se développe au fil du progrès (toujours le progrès !) des techniques et des connaissances.

Ces pièces de rechange ou ces options à la demande sont appelées prothèses. (5)

D’abord les aides et les implants : appareils qui viennent améliorer le fonctionnement de certains organes par simple ajout extérieur comme les lunettes de vue. Cela va de la jambe de bois du Capitaine Crochet pour aboutir à des exosquelettes rendus « intelligents » et manœuvrés (encore) par celui qui en bénéficie. Ces additifs passent tout naturellement du domaine médical au marché grand public, par exemple les aides auditives.

 

Grand public également, les articulations (métal ou plastique) de la hanche et du genou, sont devenues des prothèses ordinaires même si leur mise en place relève d’une chirurgie à surprise. Ordinaires aussi l’implant mammaire qui permet à madame ordinaire de rajeunir dans sa tête ; là aussi, la surprise n’est pas loin.

Chacun peut compléter la liste de ces adjonctions car chacun en bénéficie et connait les siennes ;  l’âge venu, pour chacun leur nombre augmente.

 

Pour grand nombre de pièces défectueuses, l’artefact est d’une telle complexité (6) qu’il est tentant de recourir au  marché de l’occasion. Comme pour l’auto, la casse est importante mais le marché est plus délicat à organiser ; l’État garant de la santé publique exerce son contrôle en spécifiant qu’il ne peut s’agir de transactions commerciales. Le marché de l’occasion n’est pas financier.  Et cependant, comment pourrait-il ne pas le devenir ?

Pour satisfaire la demande le législateur a prévu que sauf refus formel du vivant de la personne toute partie du corps du mort était disponible sur ce marché. Les textes qui régissent ces « dons d’organes » encadrent très rigoureusement les modalités de ces transferts de pièces d’homme.

En annexe 4, un point sur le sujet du Don d’Organes, fourni par l’ADOT, association non subventionnée qui joue un rôle important dans le « fonctionnement » du don d’organe tout en exprimant le point de vue du patient auprès du Ministère et des praticiens. Ce texte est riche, donc il est long mais on y découvre tout ce qu’on ne savait pas. Il faut le lire.

Le progrès continue, il court en tête et les Médecins devenus Savants poursuivent l’exploration des domaines les plus intimes du corps humain et des mécanismes les plus secrets de son organe le plus ténu ; le plus petit, la cellule.

Plus petit encore, le noyau, le génome, l’ADN, les acides trucs et machins et même de la fée électricité. À ce point, rendu à l’électron il est temps d’arrêter le découpage scientifique du corps humain.

Ce Médecin-Savant de plus en plus distant de son patient « entrent » dans la cellule comme le barbier entraient pour extirper l’abcès, avec les mêmes mots : il « coupe » l’ADN et il colle d’autres petits morceaux de matière prélevés sur la bête ou au marché de l’occasion. Il apprend à réparer ou reconstruire de l’ADN.

Dans une autre ligne, ce savant devient guru électrique et c’est dans le cerveau qu’il cherche à « entrer » un peu de l’extérieur (électrodes apposées) et puis plus carrément en stimulant dans la matière grise (électrodes implantées) tel ou tel territoire d’un cerveau géographié, sans oublier les électrochocs et l’héritière, la sismothérapie, si bien-nommée. (7)

Fasciné, le Médecin reprend sa posture et entreprend de réparer « toutes » les erreurs ou défaillance de la nature. La panoplie est déployée ; il utilise toutes les armes et il peut vaincre tous les ennemis toutes les maladies, toutes les malfaçons et tous les désordres. Vaste programme.

Dans ce programme et dans l’actualité la lancinante question du Droit à l’Enfant, enfant légitime du Désir d’ Enfant, trouve dans ce catalogue des farces et attrapes de la médecine moderne les procédés permettant de le satisfaire « pour tous et toutes », rendant quelque peu ridicule l’adoption devenue maquis et marathon  administratif.

Par paresse, sans vergogne et en souriant, on reprend ici quelques paragraphes d’un texte précédent : PMA e GPA et tout le tralala…  Il est redondant certes et d’un style acide mais c’est comme ça ! 

Les progrès de de la science autorisent maintenant de voir ce problème, approvisionner un enfant, se fournir en enfant, sous un autre jour.

Il suffit de cesser de considérer que le corps humain représente une entité autonome, individu bien identifié en société et accessoirement agrémenté d’attributs transcendants (âme, esprit et autre prolongements de diverses fables) pour en faire ce qu’il est en réalité : une machine biologique. Prélever des pièces détachées devient alors une évidence et ce n’est pas le marché de la pièce détachée, neuve ou d’occase qui  dira le contraire. Tant qu’il y a de la demande…

Progrès encore : le marché se structure. L’acheteur (le client souffrant du désir de…) peut choisir les pièces de l’assemblage qu’il a « dans l’idée » de réaliser.

Les ingrédients :

Une pièce Papa : le sperme. L’étagère de l’Oscaro du sperme se présente sous la forme de petits bazars entubés conservés à très basse température. Comme dans tout produit de grande distribution il est important de garantir la provenance et la fraicheur du produit. (1)

Une pièce Maman : moins facile à démonter car il faut opérer mais les cliniques s’équipent pour que ce démontage  se fasse aisément. Stockage de même nature que celui du principe Papa.

Un atelier d’assemblage : de nombreuses possibilités s’offrent au client en fonction des options qu’il a choisies initialement et en fonction des pièces dont il dispose lui-même.

Ventre enregistré et labélisé, épousé qui sait ?

Ventre du marché, identifié de préférence, local ou d’importation, assuré social ou non…

Ventre artificiel (comme l’intelligence) qui consiste en une marmite de liquide approprié, alimentée en substances appropriées. Le liquide comme les substances pourront être de synthèse ou provenir elles-aussi du marché  de la  pièce détachée. Ces procédés sont encore au stade expérimental.

Sperme anonyme, un peu, beaucoup, passionnément…

Sperme choisi, référencé, assorti de fiche descriptive indiquant les traits « saillants » du spermeur, QI, taille…

Ce marché offre à l’acheteur une grande flexibilité.

Il permet à des personnes en souffrance de satisfaire leur besoin, d’exercer leur Droit sans avoir à subir le moindre des désagréments associés aux procédés traditionnels devenus périmés.

Le client peut être de n’importe quel sexe ou ne pas en avoir. Son âge importe peu mais il est essentiel qu’il ait les moyens de supporter les coûts afférents à la fabrication de l’enfant. Il faut également souhaiter qu’il ait de surcroit les moyens d’élever l’enfant. Heureusement l’État, généreusement mettra « la main à la poche » car tout aura été fait pour que ces travaux rentrent dans le cadre de la protection sociale dont nous avons toutes les raisons d’être fiers.

Si le marché s’organise il sera possible d’envisager des achats groupés donnant lieu à des réductions sensibles.

Ensuite, pour l’acheteur comme pour le producteur traditionnel se jouera  la grande loterie du Hasard et de la Nécessité.

Et ce, quel que soit le soin apporté par le concepteur du projet dans la sélection des ingrédients. (2)

  1. Les procédures garantissant la qualité du yaourt devraient pouvoir s’appliquer.
  2. Merveilleuse convergence des sens sur le mot concepteur.

Pour compléter l’inventaire, comment ne pas mentionner la séduisante tentation du clonage ; et évoquer la volupté de se reproduire sans rien faire, en confiant un petit morceau de soi-même, même pas une livre, à un robot incubateur.

Dépassé Éros et la Volupté en l'accointance des femmes (8) et oubliées les complications de la genèse animale.

Comment ne pas entendre les chants des algorithmes et la douce musique des usines à « clouds », qui nous prédisent l’avenir radieux et la puissance quasi-divine de nos cerveaux augmentés.

Mais surtout comment ne pas réaliser que notre Médecin-Savant ne voit plus en l’homme que la machine ou la chimère. Il s’est éloigné du Patient. Il suscite un projet de l’humanité dans lequel l’autonomie de l’homme augmente à la cadence des progrès de la science, de la technologie et au bout du compte de ce que devient la Médecine, sans que la Société, animal de millions de corps d’homme et de têtes d’homme ne perçoive la portée de ces changements.

La société dans son ensemble mesure les avantages du progrès médical et comme pour toute forme de progrès, elle en veut toujours plus mais « en même temps », elle vient buter sur des conséquences de ce progrès.

Par exemple, avec tout le micmac PMA-GPA, qu’advient-il à la filiation et à la notion de famille. Jusqu’où ira cette forme de contractualisation des rapports qui constituent la structure même des groupes d’hommes.

Que pensent, s’il en reste, les médecins de nos campagnes où il en reste ?

Que pensent les chrétiens, les juifs, les musulmans et autres adorateurs du ciel de ces merveilleuses avancées lesquelles, sans grande précaution, percutent et détruisent les fondations de leur vision du monde et de leur place dans ce monde ? Il est commode de penser et de dire qu’il s’agit de phénomènes du passé et que l’homme « de maintenant », à la mode en somme, a largement dépassé ce genre de billevesées.

Sauf si cette humanité attardée constitue une vaste majorité de l’espèce humaine, toujours en recherche de Sacré. (9)

Sauf bien évidemment que les billevesées des traditions et des cultures ne s’évaporent pas au matin des jours nouveaux d’une humanité déshumanisée. (10)

Sauf que les machines aussi intelligentes soient-elles ne remplaceront pas l’homme dans sa vie de singe de la dernière génération.

Sauf que la Médecine qui doit guérir ne peut pas être le Cheval de Troie qui fait entrer des forces étranges dans la Cité des Hommes.

 Notes

 1Le motif incestueux, marqué par l'interdit ou le tabou, entre membres d'une même fratrie gémellaire, est présent dans la plupart des récits mythologiques fondateurs, non seulement d'origine gréco-latine, mais plus généralement au sein du corpus indo-européen, sud-est asiatique et océanien. Wiki … Alors, pourquoi tout ce tintouin pour ce pauvre Œdipe –qui n’en pouvait mais- et pour cette très littéraire fratrie des Atrides.

 2. Le serment se prête dans le sens où il est fourni, sur requête et comme un sacrement. Ah,  la langue française !

 3. Guérir, longtemps garir, probablement se défendre contre le mal, comme la Wehrmacht défend le pays.  C’est Frank, cette histoire-là. Ah, la langue française !

 4. Effort soutenu et résultats insuffisants pour l’alcool, le tabac et maintenant les nombreuses drogues dont certaines sont dites douces : les forces du marché, la main invisible.

 5. Prothèse : Emprunté. au grec prosthesis, «addition d'une lettre ou syllabe initiale» souvent confondu avec prothesis «préposition» …. la forme prothèse est  de nos jours la plus employée sous l'influence des nombreux mots commençant par pro dans lequel ce préfixe a le sens de «pour». Ah, le Grec.

 6. Le cœur, le poumon artificiel sont des exploits techniques mais leur mise en œuvre délicate les réduit au rang de super-gadget, même si le bénéficiaires ne les « rejette » pas. On note une des pollutions de l’emploi du vocable « artificiel » qu’on n’hésite pas à accoler au mot intelligence. Deux faux sens valent mieux qu’un. Ah, l’usage qu’on fait du français !

 7. Sism… préfixe dérivé de séisme du grec seismos : tremblement de terre.      L’emploi du vocable « entrer » est une référence à Gramsci qui l’employait pour le travail de chirurgie qu’il souhaitait  opérer dans la vie politique.

 8. L’accointance des femmes, c’est « du » Montaigne. Le cher homme reste très à la mode et kif-kif Finkielkraut, il est difficile de ne pas faire ressortir à bon escient la culture du gloseur.

 9. Sauf, bien évidemment s’il s’agit de sauver la planète et que les billevesées sont proférés par une si touchante-autiste-suèdoise-grèvistescolaire-navigatrice-ambassadrice  et l’avenir nous dira quoi en plus.

 10. “ I have lost the immortal part of myself, and what remains is bestial”. C’est du Shakespeare…Encore plus class si on le laisse en anglais. Montaigne dépassé. Pardon Finkielkraut.

 1er septembre 2019

 

 

 

 

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20 août 2019

L’Énarque et la barque

La conversation relatée s’est tenue entre un navigateur expérimenté ô combien et le Naïf qui a seulement entrouvert cette porte sur la connaissance de la mer. Nous tombions d’accord sur le côté « complet » de la vie en mer, son aspect global couvrant le champ des nécessités  d’un monde isolé. Le Naïf ne pouvait manquer d’y voir un condensé, un exemple de la somme des problèmes rencontrés par le politique qui gouverne, réduits à une échelle à laquelle il est encore possible de les analyser et de les classer.

Le Divin Enfant dans son exercice de chef d’orchestre national a bien compris qu’il lui fallait retenir des instrumentistes virtuoses, ayant une bonne connaissance de leur instrument et il a retenu comme ministres des personnes du métier : médecin à la santé, prof à l’Éducnat, magistrat à la Justice. Mais dès qu’il s’agit de sujets dans lesquels il n’a pas été instruit, patatras, la micro politique reprend le dessus et le pitre Hulot, la chouette sinistre, devient ministre de l’Énergie…heureusement remplacé par de l’énarque juvénile au profil indifférencié ou par des jeunes femmes au profil à la mode. C’est moins mal.

Une petite pensée pour Jean-Bernard Levy : pourquoi Télécom après l’X ? Il eut mieux valu qu’il fasse l’ENA. Il y aurait oublié ce qu’il savait et serait devenu un grand serviteur de l’oligarchie, digne d’y appartenir.

 

L’Énarque et la barque

 

Une discussion d’apéritif entre le Ricard, l’olive et la cacahouète ou peut-être au café après les pâtes au pistou et le petit verre de blanc.

Aucune surprise. Les incohérences de la vie politique du pays sont comme à l’habitude l’objet de la conversation. Les sujets ne manquent pas. Ayant écarté les tartes à la crème de l’islamisme, de l‘immigration incontrôlée, de l’école à 1000 heures par an et autres doléances usuelles, écarté également la question de classer les incohérences lesquelles sont toutes importantes et même vitales, une voix fait surgir un propos négligé :

« La principale de ces incohérences réside dans la stupidité de tout le fatras imposé à l’économie nationale sous le vocable de transition écologique, laquelle au-delà du vocable creux, ne recouvre que le massacre de la politique énergétique du pays ».

Dans la conversation animée qui suit et après que la proposition a été argumentée, se pose, suite logique, la question de savoir pourquoi la classe politique, dans sa vaste majorité peuplée des élites méritocratiques « H4–SciencePo-ENA » (1) ,écoute en premier les sornettes des apôtres de la décroissance et les billevesées des histrions issus du reportage télévisuel et autres culs de sac politiques.

La voix explique : cette élite est scientifiquement inculte. Les problèmes de l’énergie, de l’industrie, des transports sont des histoires d’ingénieurs dont ils ne ressentent pas et ne mesurent pas les conséquences sur la vie du pays considérée dans son ensemble (2) et pas uniquement à travers le prisme politique de leur club. Car ils sont aussi socialement incultes, enfants d’un système qui les a protégés de la rue, de l’école publique, de l’usine et a fortiori des champs. Ils découvrent le peuple lorsque, transformé en foule, il leur dit son incompréhension puis son mécontentement et enfin sa fureur.

Toujours dans le feu de la discussion, une autre voix demande alors ce qu’il conviendrait de réformer dans le recrutement et la formation des futurs initiés de la micro-secte oligarchique des énarques.

Une réponse : imposer une longue navigation hauturière à tous les candidats en préalable à leur inscription au concours d’entrée ou à tout le moins à un moment donné de leur cursus.

 

Voici pourquoi en une image.

 

Le bateau est là. Il attend.

L’océan est le jardin de ce bateau.

Il est de notre temps. Fort des anciennes navigations, il est gréé  d’une voilure qui assurera souplesse et puissance dans tous les temps. Prudent, il dispose d’un moteur pour l’imprévu des jours trop calmes et pour l’aisance de quelques manœuvres. Les cartes du bord sont tenues à jour. Il sait où et comment naviguer, combien il a d’eau sous lui et ce que seront les conditions de mer et de vent demain et les jours suivants, quel écueils éviter et quel havre il trouvera la tempête venue.

Il est aussi la maison de son équipage, de ses passagers.

Dans le bateau qui navigue comme dans le bateau qui accueille, l’ordre doit régner et la sécurité de tous est la première préoccupation du capitaine. Quelques armes lui permettront d’écarter les pirates

Le capitaine, son équipage et les passagers du bateau doivent, en société, prévoir et gérer ce qui assure une bonne navigation et un heureux voyage.

Ensemble et sous l’autorité du capitaine, ils doivent s’assurer que les équipements sont en ordre de marche, que le gréement est correctement accastillé, que les vivres sont approvisionnés, les soutes faites. Ce travail est naturellement et nécessairement collectif. Chacun doit y contribuer au mieux de ses capacités en vue d’assurer une bonne navigation pour tous.

Le bateau est une petite nation qui navigue sur la mer de toutes les nations. Il trace sa route vers le Bien Commun. Il est une école de la vie d’une nation dans les mécanismes économiques et sociaux élémentaires, immédiatement perceptibles et ramenés à l’essentiel : le peuple et son travail.

 

Les bavardages de l’apéritif étant terminés, le café ayant été bu, quelle conclusion ?

 

Les produits de cette formation, élus ou issus de l’oli-ena-garchie ont été enduit d’un vernis culturel, d’ailleurs vite écaillé et délavé. Ils ont été instruits dans les mécanismes du fonctionnement de l’État (3) et sont devenus des techniciens de cette machine. Ils ne devraient accéder à des fonctions politiques qu’après avoir vécu dans le vaste monde au contact avec les réalités de celui-ci. Un stage en sous-préfecture ne remplit pas ce rôle et cette élite, arrive au pouvoir sur son petit nuage d’incompétence au plan du fonctionnement économique du pays et d’incompréhension sur la nature profonde de sa population.

Elle est par aileurs susceptible d’écouter les discours des charlatans-idéologues de toute tendance qui prospèrent dans la vie politique.

 

En un mot, avant que de diriger le pays, il serait souhaitable que les initiés de la secte aient simplement vécu et travaillé comme leurs concitoyens. Mais leur ambition, rendue possible par leur initiation, ne leur en laisse pas le loisir. Ils ne peuvent que se mettre en marche dès leurs premiers pas dans la société et tenter l’escalade d’un pouvoir qu’ils exerceront, navigateurs inexpérimentés, sur une mer inconnue ; ou sculpteurs maladroits avec une glaise qui leur glisse entre les doigts et ne prend forme.

 

  1. Le mérite dans l’emploi du mot méritocratique, ne traduit que la capacité du méritant à recevoir les enseignements dispensés.
  2. L’intendance suivra.
  3. Il est admis que l’enseignement en question remplit bien cette fonction et que le « produit » est formé comme il convient  et sera compétent dans son futur rôle d’administrateur.

 

L’envie, un des péchés capitaux est d’abord le besoin, le désir tout cru ; mais aussi, bien orienté, un moteur du progrès personnel qui pousse à vouloir atteindre ce qui parait supérieur. C’est également le vilain défaut, le péché qui somnole dans le cœur de chacun , le désir de s’emparer de propriétés ou simplement de rabaisser l’objet de cette envie. Il y a dans ce qui précède comme un relent de ces deux manifestations de l’envie. Je m’empresse de le reconnaître avant que le lecteur ne m’en fasse le reproche.

9 septembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 août 2019

Question de taille

 

Pour l’homme de notre époque et de notre pays, il est de son immanence (1) qu’il soit libre fut-ce en conflit avec les instincts grégaires qui ont permis et construit Sapiens.

Rien dans son existence -la vie qu’il a le droit de mener- ne doit entraver cette liberté et il s’oppose d’entrée de vie aux contraintes physiques, matérielles, économiques, sociales du groupe, groupe auquel il doit tout.

En groupe important où il côtoiera des individus de multiples sensibilités, il souffre des rigueurs du grand nombre, desquelles naissent le despotisme ou le conformisme consensuel et impuissant qu’on appelle démocratie. (2)

Alors il assouvit son besoin de protection et d’appartenance en se réfugiant dans des groupes plus homogènes, simples idéologiquement et restreints par construction.

Il trouve alors le  confort dans ces  groupes. Il trouve ou retrouve (3) ce qui était jadis le sens de la famille, comme dans l’équipe sportive, la confrérie professionnelle (anciens-élèves-de (4), syndicat) ou même une cause à défendre dans l’instant (Manifs en tout genre).

Il peut dans ces petits groupes jouer un rôle qu’il ne peut pas envisager dans un cadre plus large dont l’ampleur du champ d’action et la compétition des ambitieux des Partis (5) excluent l’amateurisme.

 

Plus lui plait la Secte que l’Église. (6)

Hors de la secte, il retombe dans la foule.

  

1. Ah ! Le plaisir des mots. Ça roule sous la langue.

2. C’est le vocable utilisé pour qualifier les oligarchies molles par opposition aux oligarchies dures qu’on appelle maintenant (pour la rime) des démocratures.

3. Question d’âge.

4. L’ENA, par exemple, sans prononcer déjà le mot secte.

5. Le Parti Politique séduit s’il joue ce jeu et dans une première phase séduit par son apparente liberté. On en a un exemple récent. C’est aussi le succès du Rond-Point des Gilets Jaunes.

6. C’est la recette de l’Islam. Point d’Église, mosaïque de sectes à l’ombre d’un texte à lire comme on veut.

 

19 août 2019

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Le Gagnant est …. le Principe de Précaution

  

On reparle de Notre Dame de Paris.

Le chantier de consolidation de la structure de NDDP va reprendre après un mois d’interruption. Il semble que le problème de la contamination par le plomb du toit ait été sous-estimé dans l’emballement des premières réactions : on se souvient, la course à qui donnera le plus de sous pour... avant que n'apparaissent les à-condition-que…. puis les oublis purs et simples. Mais les cinq ans du Divin Enfant tout de symboles vêtu, qui pourrait les oublier ?

Le plomb sous toutes ses formes, respirable, ingérable et buvable, collant comme du scotch, met en danger les ouvriers du chantier qui sont pourtant revêtus de ces combinaisons protectrices, armure du travailleur nucléaire, bête humaine de notre époque.

Comme dans tous les cas d’intoxications seuls des lavages (lavements ?) permettent de résoudre la  situation ingérable de ce plomb ingérable.* On fait aussi vite que le permet la réglementation du travail.

L’opération aura duré un mois. Il est temps qu’elle se termine car notre Édifice-symbole catho-touristico-national s’émiette par le haut. Des pierres tombent et ce danger accroit le risque couru par les travailleurs qui continueront de dégager l’intérieur de l’édifice ou qui en vérifie toujours la stabilité.          *On ne se lasse pas des facéties de notre langue.

Les commentaires fleurissent à nouveau et le catalogue de  tout ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire s’allonge de nouvelles suggestions. Il  serait fastidieux d’en dresser la liste. Mais on peut cependant citer l’idée émise de reconstruire NDPP comme un spectacle de longue durée, façon Ken Follet, vie du Moyen-âge et Disneytruc, dont les profits touristiques contribueraient pendant des dizaines d’années au financement du chantier-théâtre. L’ange de Reims en sourit d’aise.

Les responsables, les experts et les commentateurs se livrent en permanence à un jeu de l’oie de « qui fait quoi-qui fait quoi » expression qui reflète euphoniquement le volatil qui « coche les cases » d’un parcours fait de pièges successifs dont il sort par la parole du dé et le jeu du hasard.

Les instances concernées sont, là encore, tellement nombreuses « qu’il serait fastidieux d’en dresser la liste » et chacune émet des messages, des avis et mène les actions qui  sont immédiatement de son ressort. C’est leur façon de jouer.

Dans ces participants beaucoup se considèrent comme le patron du job comme dirait Trump. Le Ministre, le Général désigné, le Directeur de ceci et de cela et tel ou tel ancien responsable qui, oublieux(se) du vent de l’histoire pense qu’il-elle pourra rejouer le rôle de sa vie.

La confusion règne et le Divin Enfant devrait entre deux réformes fondamentales descendre de l’Olympe pour faire un peu de ménage et affirmer à nouveau que 5 ans, c’est le deal comme dirait Trump. On ne voudrait pas que la cathédrale suive le chemin du grand et beau mur…

L’optimisme –qui n’est pas chez le Naïf une tendance lourde- fera considérer que ce travail titanesque n’est pas à un mois près et qu’il vaut mieux prendre toutes les Précautions afin que…

Youpee, comme on dit au pays des Trump, le mot a été lâché. Le voile se déchire et une première manche du jeu a révélé son gagnant.

Et le vainqueur est … le Code du Travail. Il est le Verbe de la Précaution, absolument. Comment lui résister alors qu’il est armé des armes les plus puissantes en termes de textes règlementaires en matière d’horaire, de pénibilité, de sécurité… En fait, l’Inspection du Travail régit tout mouvement sur le chantier, sur tout chantier ; convenablement utilisé elle pourrait même, en toute simplicité, arrêter tout mouvement.

L’édifice s’éboule (nous dit-on) mais le plomb passe avant car il est plus simple et plus rassurant d’appliquer une réglementation que de mettre en adéquation une urgence et un risque en formulant et en acceptant ce risque pour satisfaire cette urgence.

Les pierres tombent : il n’est plus question de s’approcher des zones dangereuses…  Et puis, il fait bien chaud en ces mois d’été et de vacances.   On n’en  est pas au stade de l’échelle des cueilleurs de pommes mais la tentation est là.

Comparaison ici, est déraison.  Cependant comment ne pas évoquer les accidents nucléaires lors desquels l’impossible devait être et a été réalisé, au prix de mille sacrifices.

Déraison car NDDP n’est pas Tchernobyl et même si elle risque  de se casser la binette, notre Cathédrale ne provoquera pas une catastrophe nucléaire. Mais alors, faut-il en faire une icône de la Nation ? Et que vaut l’icône de la Nation dont on observe avec Précaution le possible écroulement ?

Le Naïf, comme l’inspecteur Bourrel des premiers âges de la télé, celui dont la première série a coïncidé exactement avec les vies présidentielles du Général et de Pompidou, se gratte le chef et profère le célèbre et certainement oublié : Bon Dieu…mais c’est bien sûr !

La réponse à la lancinante question de savoir qui dirige la reconstruction de Notre Dame, est là devant nous, limpide, cristalline. Elle est même inscrite dans la Constitution.

Le Patron de la Reconstruction est, roulements de tambours : Le Principe de Précaution.

La Fontaine aurait écrit une fable qu’il aurait intitulé : Les Animaux Malades de la Peur. Hélas, il n’avait pas notre Notre Dame à se mettre sous la  plume.

18 août 2019 

Aide-mémoire pour Naïfs : Charte de l’Environnement et Principe de Précaution.

En février 2005, le Parlement réuni en Congrès a inscrit dans la Constitution la Charte de l'environnement, installant par là même le principe de précaution (art. 5) au niveau le plus élevé de la hiérarchie des normes juridiques …

« Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d'attribution, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »   Wiki

On aurait pu dire :

En face du danger, en mesurer la proximité, ne pas prendre de risque et s’en éloigner s’il le faut.

 

 

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13 août 2019

PMA et GPA, tout le tralala et le Don du Sang dans tout ça

 

Delsol parle de rouleau compresseur. Houellebecq nous a déjà vaccinés contre la Soumission. Cependant les belles âmes ont besoin de piqures de rappel car le mal progresse. (1)

Il s’agit, dans l’opinion du bon peuple et en particulier du bon peuple de Marcheurs de l’Assemblée Nationale, des progrès du progressisme dit « sociétal ». C’est le Droit à l’Enfant qui requiert dans l’instant leur attention. La chose avance par sigles interposés, PMA, GPA et d’autres sans doute.

L’individu-roi n’a pas à se laisser enfermer dans le carcan social puisqu’il bénéficie des avantages de la vie en société et que celle-ci l’exonère des contraintes qui en seraient le prix.

Il est libre dans la forêt des Droits.

Il y distingue des Droits De qui côtoient des Droits À, les deux variétés contribuant par leur mélange à l’agrément de la forêt. Les belles âmes s’y promènent dans un désordre charmant, semant dans les clairières les fleurs de la discorde et du désordre.

La République a inscrit dans ses textes fondateurs (modifiés 24 fois) des Droits, fondamentaux par définition et imprescriptibles. Mais rien n’empêcherait un Président, pour des raisons de politiques de lui connues, d’ajouter un nouveau Droit jusqu’alors piétiné parce que mal reconnu : le Droit à l’Enfant ! (2)

Au premier stade, il y  a le Désir d’Enfant. Savoir si ce besoin-désir est gravé dans la construction de Sapiens ou seulement inscrit comme le résultat de quelques millénaires d’imprégnation chrétienne est hors de ce propos. On ne pourrait répondre à cette question qu’en faisant de la paléo sociologie.

L’État ainsi que les Assemblées et le Gouvernement qui provisoirement l’incarnent nous disent d’une  même voix que nous réclamons ce Droit à l’Enfant comme un Droit Fondamental et que le reconnaître  constituera une avancée décisive dans la  marche du progrès. Il est devenu urgent de légiférer sur ce sujet. L’inscription au texte constitutionnel est au bord des lèvres. Les citoyens et citoyennes souffrent de ce désir d’enfant et rêvent d’enfant. (3)

La première réponse est une question : que faire des dizaines de millions d’enfants sans parents ou abandonnés qui errent dans le monde ?

L’adoption, pour les meilleurs raisons du monde, est devenue un processus long, coûteux et complexe qui écarte beaucoup de candidat(e)s en attente. On peut le regretter.

Les progrès de de la science autorisent maintenant de voir ce problème, approvisionner un enfant, se fournir en enfant, sous un autre jour.

Il suffit de cesser de considérer que le corps humain représente une entité autonome, individu bien identifié en société et accessoirement agrémenté d’attributs transcendants (âme, esprit et autre prolongements de diverses fables) pour en faire ce qu’il est en réalité : une machine biologique. Prélever des pièces détachées devient alors une évidence et ce n’est pas le marché de la pièce détachée, neuve ou d’occase qui  dira le contraire. Tant qu’il y a de la demande…

Progrès encore : le marché se structure. L’acheteur (le client souffrant du désir de…) peut choisir les pièces de l’assemblage qu’il a « dans l’idée » de réaliser.

Les ingrédients :

Une pièce Papa : le sperme. L’étagère de l’Oscaro du sperme se présente sous la forme de petits bazars entubés conservés à très basse température. Comme dans tout produit de grande distribution il est important de garantir la provenance et la fraicheur du produit (4)

Une pièce Maman : moins facile à démonter car il faut opérer mais les cliniques s’équipent pour que ce démontage  se fasse aisément. Stockage de même nature que celui du principe Papa.

Un atelier d’assemblage : de nombreuses possibilités s’offrent au client en fonction des options qu’il a choisies initialement, principalement en fonction des pièces dont il dispose lui-même.

Ventre enregistré et labélisé, épousé qui sait ?

Ventre du marché, identifié de préférence, local ou d’importation, assuré social ou non…

Ventre artificiel (comme l’intelligence) qui consiste en une marmite de liquide approprié, alimentés en substances appropriées. Le liquide comme les substances pourront être de synthèse ou provenir elles-aussi du marché  de la  pièce. Ces procédés sont encore au stade expérimental.

Ce marché permet au client la plus grande flexibilité.

Il permet à des personnes en souffrance de satisfaire leur besoin, d’exercer leur Droit sans avoir à subir le moindre des désagréments associés aux procédés traditionnels devenus périmés. (5)

Le client peut être de n’importe quel sexe ou ne pas en avoir. Son âge importe peu mais il est essentiel qu’il ait les moyens de supporter les coûts afférents à la fabrication de l’enfant. Il faut également souhaiter qu’il ait de surcroit les moyens d’élever l’enfant. Heureusement l’État, généreusement mettra « la main à la poche » car tout aura été fait pour que ces travaux rentrent dans le cadre de la protection sociale dont nous avons toutes les raisons d’être fiers.

Si le marché s’organise il sera possible d’envisager des achats groupés donnant lieu à des réductions sensibles.

 

Ensuite, pour l’acheteur comme pour le producteur traditionnel se jouera  la grande loterie du Hasard et de la Nécessité.

Et ce, quelles que soit le soin apporté par le concepteur du projet dans la sélection des ingrédients. (6)

 

Il faut noter que n’est pas abordé, ni même évoqué le problème de la Médecine et de la Chirurgie toujours en quête d’organes susceptibles de… Cette quête connait, elle aussi la pression du marché mais en parler ici éloignerait du propos. Cependant cela en fournira la conclusion : le Don de Sang.

 

Ce long préambule fait suite à une intéressante et instructive conversation avec une amie de longue date à qui je faisais part des questions que je me pose sur le sujet du Don de Sang. 

Je lui disais mon étonnement : Tous les 36 du mois fleurissent les avis de Centres de ceci et de cela chargés d’organiser les collectes de sang qui sont, comme chacun le sait, nécessairement bénévoles et gratuites. Ce principe est sacré car s’il n’était pas respecté nous connaitrions dans ce domaine tous les excès que la création d’un marché génère. Mais la demande excède toujours l’offre. Pénurie, il y a.

J’ajoutais : D’ailleurs cette gratuité n’est-elle pas d’abord pour certains la promesse d’un petit repas gratuit ? Puis je m’excusais de cette supposition, preuve de ma mauvaise foi, ce d’autant plus que cette amie me dit avoir régulièrement contribue à ces collectes et que je ne peux la suspecter d’avoir couru après le sandwich.

Je lui disais : Ce marché, si marché le Don devient, est des plus facile à organiser et à contrôler… Les Qui, Quand, Comment, Combien de ces prélèvements de sang ne sont pas des problèmes pour un État capable de toutes les prouesses administratives de prélèvements en tout genre. (7)

Je luis disais : Remarquable pudeur du Législateur qui ne peut rémunérer l’achat d’un sang dont il ne peut garantir l’approvisionnement qu’au prix de jongleries constamment  renouvelées alors qu’il met en chantier, délibérément et sans état d’’âme, une législation dont on sait qu’elle conduira dans le domaine de la chosification du corps humain à des pratiques lesquelles, c’est la loi du marché, conduiront à de véritables excès.

Je lui disais : le Don du Sang rémunéré ou gratuit est peut-être déjà devenu un article du marché international des matières premières de la médecine et de la chirurgie. On n’en parle pas mais je ne suis pas convaincu que, tel un rein qui se déplace en courant d’air d’Inde vers un acheteur impatient ayant dûment acquitté la somme voulu, transport compris, le sang ne franchisse pas, lui aussi, les frontières venant de pays moins pudiques en ces matières.

J’ajoute : Bon, j’exagère et je crois qu’on peut faire confiance au sérieux de notre système de santé dont, on ne le dira jamais assez, nous pouvons être fiers. Les principes seront respectés, au moins pour le sang et pour le reste, pour le rouleau compresseur des sigles empilés, pour la complète chosification, il faudra encore pour quelque temps que le bricoleur d’enfant s’approvisionne dans le vaste monde.

On dit qu’Amazon se penche sur la question.

 

  1. Excellent article de Chantal Delsol, Le Figaro du 2 août, joint en annexe. Le lecteur peut ne pas partager la conclusion optimiste de Mme Delsol et penser qu’au contraire le courant ne s’arrêtera que dans le chaos. Et Chantal ne semble pas apprécier la puissance du marché : elle ne voit que la force du « Progrès »comme moteur du phénomène. Quand le Naïf cite un article et vous l’impose en annexe, cela signifie d’abord qu’il aurait aimé avoir le talent de l’écrire. C’est de l’envie, quoi ! Quant à la soumission de Mister H., elle vient d’ailleurs mais les symptomatiques se ressemblent : maladies jumelles ?
  2. Suite aux 24 révisions constitutionnelles qui ont lieu sous la Cinquième République, des 92 articles originaux de la constitution promulguée en 1958, il ne reste plus que 30 articles qui demeurent inchangés et le texte constitutionnel compte actuellement 108 articles ; ce qui fait que le texte constitutionnel actuel diffère sensiblement de celui de 1958, l'évolution la plus notable sur le fond portant sur la modalité de l'élection du président de la République et l'instauration du quinquennat. Wiki
  3. Oublions les coupeurs de cheveux qui vont parler hors de propos du Droit de l’Enfant ? Ils n’ont pas complétement tort ; seulement allons à l’urgence. Il faut « faire » l’enfant d’abord. Pour les droits on verra plus tard avec les Droits des autres espèces, veaux, vaches, cochons, couvées…
  4. Les procédures applicables au yaourt devraient guider les spermeurs.
  5. On dit maintenant obsolètes, du lat. obsoletus, part. passé adj. de obsolescere  «tomber en désuétude, sortir de l'usage»  Cnrtl . Le mot était vieilli en français ou réservé à des domaines particuliers. Il n’est redevenu courant qu’à la façon d’un anglicisme…j’allais dire à la faveur d’un…
  6. Merveilleuse convergence des sens sur un mot.
  7. Le lecteur me saura gré de lui avoir réservé pour les notes l’inévitable allusion au Don Paisible. Quant aux prouesses administratives, elles coulent de l’État comme l’eau coule dans le Don.

 
13 août 2019

 

Chantal Delsol  Le Figaro  2 août 2019

 On a l’impression d’un énorme rouleau compresseur. Ceux qui se sont opposés au pacs sous le gouvernement de Lionel Jospin non seulement ont été débordés et marginalisés, mais se sont vus imposer dix ans plus tard le mariage entre deux personnes de même sexe. Face à cette loi, ils se sont mobilisés comme jamais: des manifestations monstres, dont le pouvoir a eu beaucoup de mal à minimiser l’ampleur. Or, la loi Taubira a pourtant été adoptée. La suite logique est la PMA: nous y sommes, et nul doute que rien ne l’empêchera. Nous aurons ensuite la GPA, au nom de l’égalité et de la non-discrimination. Viendront un peu après, qui peut encore en douter?, les catalogues d’enfants à choisir sur mesure, c’est-à-dire l’eugénisme. Mais cette fois programmés non par un État totalitaire mais par la volonté individuelle, donc légitimés de ce fait.

Chaque fois, les défenseurs de la loi adoptée jurent sur l’honneur qu’ils n’iront pas plus loin: mais l’expérience nous montre qu’ils vont au contraire toujours plus loin, et qu’à chaque fois la loi suivante est bien prévisible. L’extraordinaire est le caractère irrésistible du processus, au nom de ce qu’on appelle le progrès, soit d’une amélioration dans le sens de la liberté individuelle. Nous avons l’impression que rien ne peut arrêter ce processus, que ledit progrès est comme une roue crantée qui jamais ne retourne en arrière. D’où l’abattement des conservateurs, et plus encore des réactionnaires, qui ressentent vivement l’inutilité d’une opposition à ce mouvement irrésistible. Le caractère irréfrénable de l’avancée émancipatrice effrayait déjà les conservateurs du XIXe siècle, et leur sentiment d’inutilité face à ce qu’ils considéraient comme un péril toujours croissant, les désespérait jusqu’au nihilisme, comme Antoine Compagnon l’a bien montré dans ses ouvrages.

Le café du commerce dit qu’on n’arrête pas le progrès. La phrase est ironique et elle ne veut pas dire grand-chose: le progrès pour aller où? Et comment expliquer cette espèce de fatalité qui fait que les opposants à ces lois progressistes sont toujours perdants, quoi qu’il arrive? Il est possible que l’histoire humaine avance inéluctablement vers toujours plus d’individualisme et donc de liberté individuelle. Le passage très lent et millénaire du holisme à l’individualisme et, chez les pays holistes qui restent, l’attirance indubitable pour l’individualisme occidental, est là pour le démontrer. Qu’on lise par exemple les romans du Turc Orhan Pamuk pour y trouver la description inoubliable de ce mélange d’envie, de mépris, de fascination, que les Turcs musulmans restés holistes ressentent pour la liberté individuelle occidentale.

Pourtant, le processus «fatal» que nous observons aujourd’hui n’est pas spécifique à l’Occident: nanti d’autres contenus, il peut se reconnaître avant et ailleurs. Quand une société dans sa grande majorité se voit habitée par un principe sacré, une religion ou une idéologie jugée absolument vraie qu’il s’agit d’appliquer coûte que coûte et aussitôt, elle est entraînée fanatiquement vers cette application, sans distance ni mesure. Nous avons affaire alors à un processus aveugle et irrésistible parce que porté par des mentalités à tendance religieuse. C’est une sorte d’entraînement qui pousse une société à courir dans un seul sens, ivre de pureté, en se radicalisant de plus en plus. Certains pays musulmans d’aujourd’hui édictent des lois et mesures qui vont toujours vers davantage d’interdictions et moins de libertés - ainsi en allait la Florence de Savonarole. La radicalisation de la terreur révolutionnaire, sous Robespierre ou sous Pol Pot, s’abîmait dans le vertige de l’égalité par le crime qu’elle multipliait jusqu’à l’ivresse et toujours plus. Ainsi l’histoire de toute société connaît-elle des processus qui peuvent paraître inéluctables et ressembler de loin au destin grec, à la divine providence ou à l’Esprit de Hegel, dans leur apparente inéluctabilité, parce qu’ils concrétisent jusqu’à la folie des passions idéologiques. 

La modernité occidentale veut la liberté individuelle et elle la veut entière, sans limitation d’aucune sorte sinon la liberté du voisin - ce que signifie l’adage «Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre». La liberté individuelle n’est en rien limitée par sa propre responsabilité ni par aucune barrière extérieure (anthropologique, politique, économique, familiale). Elle s’envole jusqu’au territoire de l’autre et ne se pose aucune question. D’où les lois sociétales: tout est possible si mon désir le veut. La modernité occidentale s’est entièrement affranchie de l’éthique fondatrice, chrétienne, qui par exemple se demanderait si la liberté individuelle doit poser la question de sa responsabilité de produire des enfants sans père. Elle n’est pas privée d’éthique, mais elle a ressaisi le paganisme immémorial pour lequel l’éthique répond seulement aux nécessités sociales et certainement pas à la responsabilité d’une «personne», concept spécifiquement chrétien. C’est pourquoi, dans cet esprit, Marlène Schiappa peut dire que «rien éthiquement ne s’oppose à la PMA». L’effacement de la chrétienté, qui a commencé au XVIIIe siècle, en arrive aujourd’hui à son terme: l’éthique chrétienne, qui avait irradié ce continent pendant deux millénaires, n’a plus voix au chapitre.

Il est d’ailleurs probable que la montée des populismes dans l’Occident tout entier exprime la volonté de s’opposer ici ou là à ce progressisme compris comme un destin. On voit dans l’Amérique de Trump des tentatives de limiter les droits à l’IVG - ce qui déclenche des indignations véhémentes chez les progressistes, car aller contre le «progrès» est considéré comme une faute morale.

On a envie de poser la question: comment ce genre d’affaire se termine-t-elle? Probablement par une sorte de dégoût de l’excès, qui finit par saisir même les plus fanatiques. Il est probable qu’un jour, après avoir fait beaucoup de dégâts et cassé beaucoup de choses précieuses, nous serons excédés de ces bacchanales individualistes où se perd la simple mesure du bon sens.

 

Posté par Dufourmantelle à 14:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]