Le Naïf dans le Monde

17 août 2018

Un curieux Artefact

Retour sur le langage : un curieux artefact

 

L’homme, comme les autres organismes vivants est une merveilleuse et mystérieuse machine biologique. L’origine, l’évolution et le devenir de cette machine échappe à peu près complétement à l’entendement de cette insaisissable partie de lui-même qu’il appelle sa conscience. La plupart des animaux dont la conscience est encore plus insaisissable sont, comme l’homme, incapable de trouver du sens à leur vie et obéissent à des instincts leur permettant la survie et la reproduction

Les êtres vivants subissent le milieu dans lequel ils se trouvent et agissent en retour sur lui : ils y trouvent l’énergie nécessaire à leur croissance et à leur fonctionnement. Cette consommation de l’animal dans son environnement ne doit pas épuiser les ressources de celui-ci.

Il faut donc qu’il y ait un mouvement relatif du vivant et du milieu.

Le corail vit dans une eau en constant renouvellement et la lionne court à la poursuite de l’antilope.

Les êtres vivants statiques acquièrent leur nourriture en prélevant des éléments dans  le sol où ils sont plantés, en filtrant l’eau qui les baigne, en absorbant les rayons du soleil et en récupérant le gaz carbonique de l’atmosphère.

Les êtres vivants mobiles vont brouter des végétaux ou projettent leur corps sur les proies qu’ils veulent saisir et manger.

Il convient de s’arrêter sur le mot : projeter. Il s’applique d’abord au chasseur qui bondit sur le gibier mais aussi à l’herbivore qui étend son cou vers le sommet de l’acacia.

Bien des êtres vivants connaissent cette jouissance du mouvement et possèdent cette capacité à explorer le monde pour y trouver leur pitance. Les arbres migrent, lentement il est vrai. Les herbivores recherchent les prairies d’herbe abondante ; les rapaces et les carnassiers les suivent et les prélèvent.

L’homme accomplit ces actes et en vérité bien d’autres. Il court inlassablement, il gratte le sol à toute profondeur, il atteint la cime de l’arbre là où la girafe n’atteint pas et déniche sa nourriture en des lieux inaccessibles…avant qu’il ne les atteigne.

L’homme dans cette quête se dote de moyens supplémentaires : outils, instruments, procédés de toute nature.

La lecture qu’il fait de son environnement le conduit à en utiliser des éléments bruts ou fabriqués pour mener à bien sa recherche et sa chasse : il jette (projette) la pierre, la sagaie, la flèche.

Il s’en est saisi avec sa main (quelle merveille !) et propulse le projectile avec son bras (quelle merveille !).

 

La connaissance qu’il a de lui-même le conduit de la même façon à utiliser un autre  élément de son corps.

Il produit et projette des sons. Il utilise son larynx, ses cordes vocales, sa bouche et l’air qu’il respire : autant de merveilles !

Il convient avec ses congénères de donner à des sons qu’il « manipule » une signification. Il organise ces sons en parole et projette ses désirs et ses requêtes vers les autres hommes qui l’entendent et lui répondent. Les processus de socialisation et de « conversation » sont indissociables.

Le son a formalisé cet élément qu’il fallait signifier. L’homme s’en saisit encore et le projette à nouveau sur de la pierre, du roseau, de la peau : il écrit sa parole. Elle devient langage. Le passage à l’écriture ajoute encore un degré de rigidité à la convention dans la relation mot-signification : elle se grave dans le marbre.

Il le fait avec un tel talent qu’il parvient, muni de cet artefact qu’il génère et projette hors de lui-même, à organiser les groupes d’hommes qui prennent possession de la planète. Qu’il le fasse bien ou mal n’est pas l’argument : il est indéniable qu’il y parvient au prix de la disparition des autres formes de vie (sauf microbiennes) et de l’épuisement des ressources de la terre. Il le fait avec un tel succès qu’il occupe désormais toute la planète et continue de croître et de se multiplier.

Comme d’autres artefacts, le langage est transmissible. Il n’est en réalité « que » transmissible. L’homme seul n’invente ni le mot, ni le langage. Ses images mentales ne se concrétisent pas pour être transmises. Si l’enfant n’apprend pas la langue « maternelle » dans les toutes premières années de sa vie, il devra ensuite l’acquérir au prix des mêmes difficultés que nous connaissons quand nous apprenons une nouvelle langue. Ou plus difficilement encore, car son cerveau a déjà compris ce que signifie parler. Curieux outil* dont on nous fait cadeau au berceau et qui représente des millénaires de construction intellectuelle et sociale, des millénaires de culture.

Culture dont le langage est le pilier essentiel.

Mesure-t-on bien le handicap des personnes qui n’ont pas la chance de bien recevoir ce cadeau ; et même le handicap de ceux qui n’en comprennent pas la nature et la valeur ?

 

Dans la cadre de ces réflexions : voir «  Le Mot »

 

Une piqure de rappel : Artefact

1 Structure ou phénomène d'origine artificielle ou accidentelle qui altère une expérience ou un examen portant sur un phénomène naturel.

2 Altération du résultat d'un examen due au procédé technique utilisé.

3 En anthropologie, produit ayant subi une transformation, même minime, par l'homme, et qui se distingue ainsi d'un autre provoqué par un phénomène naturel.

06 février 2018  puis  août 2018

 

*Le langage est ici défini comme un outil mais on a retenu le mot artefact dans ce texte car il s’agit bien de l’altération par l’homme du phénomène naturel qui est de faire du bruit avec son larynx et  sa bouche.

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17 juin 2018

La palme de la sottise

 

 

Chic, il n’y a pas de queue. J’en profite pour faire le plein de la voiture. On ne sait jamais, ils sont encore en grève dans les raffineries.

Mais non, mon gros béta, me dit ma femme, tu n’y es pas : c’est la FNSEA qui se plaint que Total importe de l’huile de palme pour la Mède, pour faire des Biocarburants.

Total, mon sang ne fait qu’un tour… ou plus simplement mon intérêt s’éveille : quelle relation Total peut-il entretenir avec l’huile de palme ?

Vous me connaissez. Fouineur comme pas deux, je m’y colle. Ma copine Wiki, la magicienne, m’aide énormément et il suffit que je fasse quelques clics, comme autant de clins d’œil complices pour qu’elle me révèle tous les secrets de la chose ou pour être plus exact, la complexité du dossier.

 

Dans cette histoire tout se mélange et tout s’imbrique. L’orang-outan qui n’en « peut mais » y joue un rôle important, mais aussi le souci de Total de préserver de l’emploi à la Mède ou encore la réglementation européenne sur les jachères de 92 ou bien les lubies de telle ou telle dame écologisant le gouvernement de tel ou tel Président-fainéant…et la fiscalité tour à tour punitive ou incitative dans des postures qu’on pourrait qualifier de « coups de menton » fiscaux.

Une vraie pelote d’embrouille.

Démêler la pelote ne peut se faire qu’en prenant un fil, en le suivant et en le séparant d’autres fils que d’autres impératifs ou d’autres lubies auront ajoutés à ce tissu froissé que j’appelle la pelote.

Quel est le premier déclencheur et qui ou quoi a initié cette longue comédie des Biocarburants ?

Facile, dit l’expert. On peut même mettre un nom sur l’individu : c’est cheikh Ahmed Zaki Yamani qui organise en 73 l’OPEP et provoque cette même année le premier choc pétrolier.

Et l’expert d’ajouter : il est vrai que dès les années 70 le Club de Rome nous avait prévenu. Il nous disait déjà que, un jour ou l’autre, il faudrait se décider à économiser le pétrole et à réduire la pollution, en ajoutant que ce jour-là était aujourd’hui.

Et l’historien de la finance de rappeler que Nixon et Bretton Woods et la baisse de production des USA et que et que…

Quoiqu’il en soit, bon sens et effet de cette crise circonstancielle, à partir des années 80 s’installe dans la conscience publique l’idée que les économies modernes et celles qui courent derrière pour les rattraper doivent réduire leur dépendance à l’or noir. Avec « en même temps », le paradoxe n’est qu’apparent, la nécessité d’en trouver encore plus… pour repousser le jour où.

Conséquence secondaire : Les Français décident de produire leur électricité en utilisant l’énergie nucléaire et atteignent de nos jours leur objectif d’avoir -avec un zest d’hydraulique- complètement décarbonné leur production électrique. Ce qui déplait aux défenseurs de l’environnement.

Pas facile, dit le géopolitologue de réduire en pleine guerre froide les besoins en pétrole lorsque tous les efforts sont orientés vers un développement économique qui repose largement sur la production d’avions civils et militaires, de voitures et de chars d’assaut.

Facile dit l’historien : souvenez-vous, les Allemands ont connu ce problème pendant la seconde guerre mondiale et ont produit en 1944 jusqu’à une quinzaine de pourcents de l’essence et du gazole nécessaire aux armées  à partir de divers produits agricoles Depuis, les procédés permettant de transformer de la matière organique en carburant ont été perfectionnés mais sont globalement restés en tiroir, sauf dans des exploitations pilotes à caractère R&D ou dans des conditions très spécifiques justifiant leur mise en œuvre.

Ils sont restés en tiroir pour deux raisons.

-Les sources de matières à traiter sont très variables en qualité et presque toujours de faible volume. Les coûts de collecte sont le plus souvent prohibitifs : on dépense autant de carbone à ramasser le déchet qu’on en économisera à essayer d’en économiser.

-Les procédés sont onéreux. Les variations du prix de l’énergie –du pétrole en particulier- rendent impossible la visibilité économique de la rentabilité des investissements nécessaires à l’implantation des raffineries mettant ces procédé en œuvre.

Procédés inutiles dans le moment, de faible rendement écologique, à conserver en mémoire, disent le pétrolier et l’ingénieur énergéticien qui comparent les différents modes de production et de distribution des carburants. Bref, comme tout alcool ou comme d’autres herbes, à consommer avec modération.

Intervient alors des personnages d’une autre trempe. Ils suivent un autre fil du tissu froissé.

Mais dit l’écologiste averti, animal en voie de disparition, il ne s’agit pas seulement de produire au moindre coût. Il faut « en même temps » réduire les émissions de GES. Indéniablement le « biocarburant » qui convertit du CO2 atmosphérique en CO2 végétal n’en produit que la quantité requise pour sa fabrication.

Si l’écolo en question est normalement instruit en ces matières, il ajoute : d’ailleurs le raffinage du pétrole est lui-même consommateur d’énergie et producteur de GES. Ce personnage averti est plutôt rare.

Il continue : pour développer ces filières et leur donner une chance de devenir compétitives, il faut donc encourager leur développement.

Chic, dit l’écologiste moins averti et plus zélé, homme de foi jalouse, nous allons pouvoir nous affranchir de la pollution causée par les carburants fossiles et désormais nous consommerons un carburant vertueux, aussi vert que le colza dont il est issu. La vérité écologique est révélée.

Chouette, dit l’écologiste politicien, je peux ajouter cette nouvelle nuance de vert à ma palette de peintre d’une nature enfin débarrassée des encombrants problèmes du monde de l’énergie. L’arme du colza me permet de fermer toutes les centrales nucléaires que je souhaite et d’améliorer mon assise électorale chez les Verts.

Banco, dit l’écologiste politicien de la commission européenne (le même ?), je décide que les carburants européens devront –dans un avenir immédiat, 2020- contenir 10 % de carburants « durables »  issus-de. La PAC étant bonne fille, quoique de caractère un peu compliqué, se débrouillera pour qu’une certaine partie des huiles et alcools nécessaires soit produite à partir de cultures locales en dépit de la concurrence des pays d’agriculture intensive. Une fraction de la jachère –libérée en 92- y sera consacrée.

Je ne vais pas freiner un mouvement aussi digne d’éloge (vert) dit le fiscaliste pigouvien tapi à Bercy. Je serai bon-enfant et j’abaisserai mes taux de TICPP de manière significative. Et puis si le méchant pétrolier ne met pas assez de liqueur verte dans son coco, je lui ferai payer la TGAP correspondante.

Produisons donc des biocarburants disent l’entrepreneur, le raffineur et l’agriculteur dans ce qu’on pourrait appeler un chœur du progrès écologique.

Je cultive du colza dit l’agriculteur et je participe à la production d’un certain volume de biodiésel qui trouve sa place sur le marché pour une fraction de ce marché.

Mais vous n’en faites pas assez constate l’homme de bon sens. Bruxelles tient à ses pourcentages et l’automobiliste roule toujours.

Importons disent l’entrepreneur et le raffineur car le marché offre tout ce qu’il nous faut pour satisfaire la demande que la réglementation a créée. Justement le biodiésel à l’huile de palme est sensiblement moins coûteux que le produit local, et tant pis s’il est moins vert ou pas vert du tout.

Donc ils importent.

Mais vous n’y pensez pas disent tous les écologistes, l’huile de palme c’est kif-kif le nucléaire comme truc à proscrire. La forêt de Sumatra, l’orang-outan, le tigre aux babines retroussées, la biodiversité… autant de trésors à protéger. Comment ne pas entendre la plainte de l’orang-outan ?

Mais vous n’y pensez pas dit Greenpeace, toutes ces cultures intensives perturbent artificiellement le monde agricole et provoquent une montée des prix des denrées alimentaires et de véritables pénuries. La faim dans le monde progresse par la faute des pétroliers qui obéissent sottement aux injonctions règlementaires que nous avons initiées…

Cherchez les contradictions mises en évidence par l’adhésion à une idéologie mal digérée introduite dans un problème qui est et reste un problème d’économie. Pas d’économie avec un É majuscule, non, d’économies bêtes, à savoir consommer moins en consommant mieux.

Cherchez bien.

Heureusement l’électricité des panneaux solaires chinois va nous permettre demain de partir en vacances au volant de la petite Zoé que Carlos G nous prépare ou de la Super-hyper-méga Tesla dont nous rêvons tous.

 

Et qu’allait faire Total dans cette galère ?

Souvenez-vous, c’était le point de départ de mes questions et nous découvrons que l’initiative de Total constitue le meilleur révélateur des contradictions que j’évoquais à l’instant.

En 2015 Total envisage de fermer la raffinerie de La Mède, site historique de la Compagnie Française de Raffinage construite en 1935. On ne peut plus raffiner économiquement sur ce site qui emploie environ 450 personnes. La concurrence des produits finis importés est trop forte : le raffinage européen disparait au profit du raffinage du Golfe Persique ou de la Mer Rouge.

Pouyanné –eh oui, déjà lui- décide de convertir les installations pour traiter des huiles alimentaires de récupération, au moins 25 % promet-il, et toute forme d’huile végétale. De la sorte 250 emplois seront préservés en regard d’un investissement complémentaire de 275 millions d’Euros. C’est une opportunité pour Total qui peut ainsi conserver sa raffinerie et des emplois tout en consolidant sa position sur le marché d’un biodiésel rendu obligatoire par Bruxelles. Excellent pour l’inversion de la courbe du Culbuto.

Suez, associé à Total pour la fourniture des huiles de récupération s’engage à en fournir 20.000 tonnes/an et serait susceptible d’améliorer ce chiffre. Le solde de la charge sera assuré par des huiles végétales, ce qui n’est pas un détail.

Total profite de l’opportunité pour remettre en service les lignes de production rentable de la raffinerie historique en jet-fuel et en additif diésel en particulier.

Total fait la même démarche à Dunkerque, dans le cadre du projet BioTfuel pour la production de biocarburants dits de 2ème génération.

À la Mède, la production sera de 500.000 tonnes de biodiésel par an et compenserait le plus gros des volumes de biocarburants importés par Total…pour satisfaire à la règle des 10 %.

On voit que les 20 ou 30.000 tonnes d’huiles alimentaires représenterons au mieux 5 à 8 % des besoins de la raffinerie en matières premières.

La filière colza s’inquiète de cette modification des équilibres du marché car Total importera l’huile de palme nécessaire pour atteindre ces quantités, de l’ordre de 3 à 400.000 tonnes par an et produira un biodiésel bien moins coûteux que celui de la filière colza. Jusqu’à ce jour, la raffinerie Total de la Mède était autorisée à importer 250 000 tonnes de biocarburant de palme. Pour les dirigeants de Total, cela n'aura donc aucune incidence sur la filière colza. Cependant celle-ci restera plus onéreuse.

Alors d’où viendra l’huile végétale nécessaire ?

La suite du feuilleton dans « les Mystères de Bruxelles ».

En attendant les agriculteurs manifestent et je remplis, par précaution mon réservoir.

 

Quelles sont les victimes ?

La première et la plus évidente est l’opinion que nous pourrions avoir sur les compétences de nos gouvernements en matière d’approvisionnement énergétique. Ce n’est pas réellement une nouveauté.

Une autre est l’opinion que nous pourrions avoir sur les compétences de Bruxelles et sur le rôle que la France joue dans la prise de décision sur les sujets en question.

L’orang-outan : sa forêt disparaitra de toute façon même si les bobo-écolos, franchouillards et Greenpeaceux s’en préoccupent, en oubliant totalement les forces du méchant marché. Les chinois mettront la main sur l’huile de palme de la discorde et nous l’achèterons aux chinois sous une forme ou sous une autre.

 

 

Je cite en annexe deux articles récents comme illustration de la pelote du début de ce texte.

Ils sont confus à souhait et la parole est donné aux défenseurs de… Pour ces qualités-là, il faut les lire.

En gros, l’Europe calme le jeu pour une douzaine d’années –le temps que Total amortisse ses investissements- et continue de promettre que, par  ses soins, l’avenir sera verdoyant.

 

 

L’Europe interdira le biocarburant à l’huile de palme en 2030.

Le figaro du 16 juin, Delphine Denuit et Isabelle Ory.

L'accord entre le Parlement et les États intervient alors que la bioraffinerie Total de La Mède fait polémique.

L'Union européenne s'attaque à l'huile de palme et aux agrocarburants les moins vertueux sur le plan environnemental. D'ici à 2030, ils devront avoir totalement disparu des réservoirs à essence européens. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Parlement européen et les représentants des 28 États membres ont réussi à se mettre d'accord sur un compromis révisant la directive sur les énergies renouvelables. Celles-ci devront finalement atteindre 32 % de notre consommation d'ici à douze ans avec une clause de revoyure possible à la hausse en 2023. «C'est la première fois que la part des énergies renouvelables est accrue depuis l'accord de Paris», salue Neil Makaroff, responsable de la politique européenne au Réseau Action Climat.

Un calendrier décevant

Dans un contexte tendu par l'ouverture de la bioraffinerie Total de La Mède en septembre, le volet transport du compromis trouve un écho particulier en France. Le texte prévoit de plafonner les productions agricoles qui émettent trop de gaz à effet de serre à leur niveau de 2019 jusqu'en 2023. Entre-temps, la Commission planchera sur des critères précis qui permettront d'évaluer qui est vraiment vert et qui ne l'est pas. Il faudra tenir compte de l'affectation des terres - est-ce que la biodiversité est menacée? - et des émissions de gaz à effet de serre. À partir de 2023, les cultures trop polluantes devront représenter une part déclinante du mix énergétique jusqu'à leur interdiction en 2030.

Toutes ces dispositions doivent encore être validées formellement par le Parlement et les ministres de l'Énergie. Elles correspondent à ce qu'espérait la France, mais déçoivent les ONG et les producteurs hexagonaux de colza et de tournesol. Et ce, pour deux raisons essentielles. D'abord, «la date de 2019 fixée pour servir de référence n'est pas anodine, explique Neil Makaroff, puisque la bioraffinerie Total de La Mède sera en activité et pourra même accroître son importation d'huile de palme pour se laisser une marge de manœuvre». Contactés hier, les industriels se montrent prudents. Les deux grands groupes Total et Avril attendent d'analyser le texte avant de réagir. Le pétrolier prévient déjà que «La Mède a été spécifiquement conçue pour traiter tout type d'huiles». Ensuite, tous les biocarburants de première génération - colza et tournesol compris, donc - verront leur utilisation plafonnée à partir de 2020. «L'Union européenne envoie un signal pour favoriser les carburants de la deuxième génération et l'électricité verte», explique Laura Buffet de l'ONG Transport et Environnement: d'ici à 2030, les pays européens devront en effet utiliser jusqu'à 7 % de carburants à base de déchets agricoles ou d'électricité renouvelable.*

*Note naïve : je pense qu’il s’agit d’une référence à ce qu’on appelle les « électrofuels ».     

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L'UE repousse la sortie de l'huile de palme à 2030   Aude Massiot   Libé du 14 juin 2018

Dans la nuit de mercredi, les Etats membres, le Parlement et la Commission européenne se sont accordés pour repousser la fin des importations d'huile de palme pour le diesel dans douze ans 

Les négociations ont été ardues et se sont terminées dans la nuit de mercredi à jeudi. Finalement, le dossier de l’huile de palme, qui cristallise l’attention publique depuis plusieurs semaines, s’est conclu par un recul du Parlement européen.

Les eurodéputés demandaient la fin des importations d’huile de palme pour les agrocarburants (ou biocarburants) en 2021. Mais la Commission européenne et les Etats membres ont réussi à repousser l’échéance à 2030 pour tous les agrocarburants issus de cultures agricoles (soja et colza compris). Cela veut dire que les Etats peuvent toujours inclure ces carburants à base d’huile de palme et de soja, qui participent beaucoup à la déforestation et à l’émission de gaz à effet de serre, dans leurs objectifs d’énergies vertes, et leur donner les subventions qui vont avec.

 «C’est une honte que les Européens puissent continuer à brûler de l’huile de palme pendant encore douze ans, interpelle Laura Buffet de l’ONG bruxelloise Transport & Environnement. Et c’est triste que la Commission européenne ait joué un tel rôle d’obstruction dans les négociations finales.»

Les quantités de diesel à base d’huile de palme et de soja utilisées dans les pays européens ne pourront, par contre, pas s’élever au-dessus du niveau de consommation de 2019 et devront diminuer à partir de 2023 pour arriver à zéro en 2030. Les autres agrocarburants, comme le colza (pour lequel il existe de gros intérêts économiques français) sont seulement plafonnés au niveau de 2020.

Une avancée française de dernière minute.

Ainsi les Etats seront soumis à une visée non contraignante de 14% d’énergies renouvelables dans les transports pour 2030. Les gouvernements seront cependant obligés de consommer au moins 7% d’agrocarburants dits avancés (issus de biomasse, d’huiles usagées par exemple), dont 3,5% de carburants à base de déchets, les moins climaticides. «Il est regrettable que le secteur des transports, qui est un enjeu fondamental pour la transition écologique, ait subi les concessions sur d’autres secteurs de la négociation, déclare l’eurodéputée EE-LV Karima Delli.* La France a tenu une position en retrait pendant longtemps, avant d’avancer vers plus d’ambitions au dernier moment. Cela n’a pas été suffisant.»

Dans l’Hexagone, la pression publique était montée alors que le gouvernement a autorisé, en mai, l’ouverture de la bioraffinerie Total de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. «Total a réussi à éviter la condamnation de son approvisionnement à court terme mais la décision de l’Europe montre bien l’absurdité de ce projet et condamne sa viabilité économique sur le longterme», assure Sylvain Angerand de l’ONG les Amis de la Terre. Une fois ouvert, le projet pourrait consommer entre 300 000 et 600 000 tonnes d’huile de palme.

Seulement, l’accord final laisse une porte ouverte aux Etats les plus vertueux. Il permet aux gouvernements de décider d’objectifs plus ambitieux, et même d’abandonner dès 2021 les importations d’huile de palme et de soja destinés aux moteurs diesel, s’ils le veulent. «Nicolas Hulot peut et doit programmer cette sortie, en saisissant l’opportunité de la stratégie nationale sur la déforestation importée, qui doit être adoptée en juillet», appelle Greenpeace France.**

Des progrès pour les énergies renouvelables

Si le Parlement européen a fait des concessions sur le dossier huile de palme, il a obtenu une victoire conséquente, mercredi soir : l’UE devra rehausser ses objectifs d’énergies renouvelables à 32% pour 2030 par rapport aux 27% initialement proposés par la Commission européenne. Cette ambition est pour l’instant contraignante uniquement au niveau européen. Mais les discussions sur la gouvernance de l’Union de l’énergie, qui se tiendront le 19 juin, pourraient la rendre obligatoire pour les Etats. Une première. «Etant donné le poids de la France dans l’UE, cela voudrait dire que le pays devrait dépasser cet objectif de 32% fixé dans la loi de transition énergétique de 2015, explique Neil Makaroff du Réseau action climat France. Cela nous rapprocherait des ambitions de l’accord de Paris sur le climat, de limiter à au moins 2°C la hausse des températures mondiales d’ici la fin du siècle.»

Les trois institutions européennes se sont aussi accordées pour la première fois à soutenir officiellement le développement des énergies renouvelables citoyennes, avec une possible exemption pour les particuliers de certaines taxes auxquelles sont soumis les énergéticiens.

De son côté, la FNSEA, le syndicat français agricole majoritaire, a annoncé mercredi un arrêt du blocage de dépôts et raffineries pétroliers qui duraient depuis dimanche, s’estimant satisfaits des garanties accordées par le ministre de l’Agriculture sur certaines revendications.

*Note : Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.

**Autre note naïve : nul ne doute que la participation de Hulot à ce dossier apportera un éclairage nouveau.

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Total pourrait bien céder à la tentation de bazarder définitivement La Mède en oubliant les 250 emplois et en économisant ce qui reste des 275 millions d’investissement non encore engagés. Total s’en relèverait.

Ce scénario est improbable car Total ne saurait se désengager du marché national de la distribution, biocarburant ou pas. Mais je suis convaincu que plus d’un dirigeant du groupe n’en pense pas moins qu’on les fait tourner en bourrique sans trop voir de finalité, ni de fin à ces postures règlementaires. 

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 Une conclusion empruntée à l’excellent Jancovici qui nous disait en août 2010 :

 …. l’on peut néanmoins envisager quelques millions de tonnes de biocarburants en France sans inconvénient ingérable. Encore une fois, nous n’y sommes pas pour faire rouler la voiture de Monsieur tout le monde au biocarburant, mais sachant que la consommation de produits pétroliers de l’agriculture est de l’ordre de 4 Mtep dans le pays, pourquoi ne pas affecter prioritairement ces biocarburants pour faire rouler les tracteurs ? On pourrait ainsi partiellement protéger une profession qui est souvent financièrement tendue – les agriculteurs – des soubresauts du marché pétrolier, le prix des biocarburants ne variant pas aussi vite que ceux du diesel en cas de hausse brutale de ce dernier (et ne variant pas du tout si ces biocarburants sont produits avec des calories nucléaires).

On achèverait ainsi de traiter ce dossier des biocarburants pour ce qu’il est vraiment, au moins aujourd’hui : un intéressant problème de politique agricole, mais un enjeu secondaire de politique énergétique. Sur ce dernier point, il vaut bien mieux commencer par faire de sérieuses économies d’énergie pour s’affranchir du pétrole que de tout miser sur un « pétrole vert », qui sera justement d’autant plus intéressant en proportion de la consommation que cette dernière aura commencé par sérieusement baisser avant.

 

17 juin 2018

 

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14 juin 2018

L’Art du Naïf

 

Je voudrais parler peinture et parler de l’art, des Beaux-Arts. C’est ambitieux et je n’ai pas, je le crains le tempérament et la culture qui m’autorisent à m’exprimer sur ces sujets. Mais rien n’arrête le Naïf lorsque quelque chose lui trotte dans la tête.

L’interrogation est fréquente dans ce qui suit : bien des propos ne se concluent pas ou se concluent en passant la balle au lecteur qui doit imaginer ses réponses aux questions posées. C’est une réaction contre une certaine forme de certitude que nous imposent les spécialistes qui « savent » et qui nous expliquent ce qui se passe dans la tête des gens. Il y a dans le monde des historiens de l’art une forte propension à nous parler davantage des « intentions » de l’artiste que de son œuvre. C’est difficile de « parler » d’une œuvre.

Quand quelque chose lui compliquait la vie et qu’elle ne savait quoi faire, ma mère disait qu’il est inutile de « se creuser la nénette ». Je n’ai pas le souvenir de mon père utilisant cette image probablement parce qu’il se creusait la nénette à son travail et laissait ma mère se creuser la sienne à la maison. Autres temps, autres perceptions. Je ne sais pas si l’expression s’utilise encore mais le mot m’est revenu lorsque, ces derniers jours, je me demandais comment commencer ce prochain numéro de Naïveté.

Mon creusage de nénette m’a conduit après de nombreuses voltes à considérer qu’il est souvent plus simple de commencer une histoire par son commencement plutôt que de chercher des trucs de littérateur pour entrer de façon brillante dans son récit.

Comme il est fréquent, et c’est presqu’une habitude sinon un rituel naïf, je commencerai donc par évoquer l’Homme des Âges Farouches.

Les hommes du clan sont revenus de la chasse avec du gibier. Le clan a mangé et la gourde de breuvage fermenté a circulé dans le groupe qui entoure le feu. Les anciens s’assoupissent d’avoir psalmodié les exploits passés de leur jeunesse. Alors les jeunes guerriers miment leurs succès récents et sous l’œil ravi et oblique des promises, ils dansent et ils sautent et n’en doutons pas, ils crient. Quelqu’un sous l’arbre, en retrait du feu frappe le tronc d’arbre évidé ou la rangée de bambou pour que les pas des danseurs (et oui, déjà !) trouvent un rythme, leur rythme. Un autre frappera ou pincera ou frottera la corde de l’arc qu’il a placé entre ses pied et appuyé sur son épaule. Un autre encore soufflera dans le roseau qu’il a rapporté de la rivière et tel autre encore cornera dans le gros coquillage, souvenir d’une expédition des congés payés de l’époque. Ainsi naissent les sonorités. L’arc verra le nombre de ses cordes passer à deux, puis trois, puis à beaucoup pour se stabiliser -longtemps après- à 88 dans ces boites magiques qu’on appelle pianos. Ou encore rester à quatre si l’homme du coin du feu ne les fait vibrer que par le  frottement d’un arc second, un archet. Et pareil pour la flute qui deviendra clarinette et hautbois ou récemment saxophone après être longtemps restée trompe et trompette.

Dans cette confusion et de cette ivresse du groupe naîtra un certain ordre, un certain style ; d’abord et bien évidemment pour que chacun puisse s’exprimer à son tour et que l’on entende successivement la flute puis le cor et aussi la lyre ; avant que de jouer tous ensemble. Et aussi parce qu’un certain goût et, j’ose, une certaine esthétique se formeront qui traduisent des pulsions profondes des membres du groupe. Le chef du clan ou le plus inspiré des chasseurs et chasseresses joueront-il le rôle du premier chef d’orchestre ? Il leur faudra le talent de transformer le brouhaha en mélodie.

Enfin, l’ancien, assoupi, s’est réveillé. Il a repris ses esprits et dans une nostalgie joyeuse il ajoute un texte à la danse et à la musique. Un récit se met-il en place comme une mélodie des mots, ajouté, plaqué sur la musique devenue chant et reprise par tous ?

J’ai parlé du clan et je n’ai pas évoqué le joueur de flute solitaire au bord de la rivière C’est que ce personnage-là, souvent icone de construction romantique, n’est pas étranger à l’expression courante mais en est une réaction ou un prolongement, en recherche de repos et d’une manière de poser de côté le poids du groupe. Il aime tellement le son de sa flute !

D’ailleurs ce joueur de flute du bord de la rivière est sans doute celui qui jouera sa partition lors de prochaine fiesta au retour de la prochaine chasse fructueuse : peut-être s’entraine-t-il ?

Le clan, dans ce court instant de vie commune a gagné de la cohésion : partage de la viande, de la bière et construction commune d’un corpus culturel qui se continuera et deviendra le ciment du groupe. La langue est sans nul doute le liant principal mais aussi dans cette image, la musique et l’idée que se fait le groupe du concert, le bien-nommé.

Les musiciens ont commencé leur musique et leurs clameurs en même temps que les danseurs et en même temps qu’ils dansaient. Les deux émotions sont liées et quasi-indissociables. La musique militaire suppose la marche de la troupe, le tango et bien d’autres danses populaires relèvent de la mimique amoureuse et il n’est guère que la musique liturgique qui fige le corps dans l’extase. Mais pas pour les chanteurs de gospel qui s’agitent comme de beaux diables.

Le Récit et le poème tournent au Drame (souvent Comédie) sur la scène du théâtre. Le destin -toujours présent dans les temps anciens- introduit la Tragédie. La musique en fait une œuvre, un Opéra et le chorégraphe met en scène les danseurs d’un bal  ritualisé en Ballet.

Pourquoi l’image de la musique ? C’est le domaine dans lequel le groupe peut trouver dans son ensemble une expression commune non immédiatement dictée par les nécessités de la vie. Le groupe fait la fête et de cette fête nait un Art.

La tradition (celle des pros de la culture) dans ce domaine a toujours proposé que le mystère et l’angoisse de la vie, la recherche spirituelle était la première des explications dans ce mouvement vers l’Art, une recherche spirituelle dans laquelle l’homme parlerait aux esprits. Je veux bien, et de nombreuses raisons conduisent à le penser, mais je crois aussi à la bière libératrice des pulsions. Il me semble que la fête, peut-être prélude à l’amour, précède la recherche spirituelle. Au moins chez les esprits simples qui n’ambitionnent pas une chaire au Collège de France.

La musique d’abord, par le poids de son insertion dans nos vie : que représenterait la mort de Jeff Koon par rapport à celle de Johny Hallyday ? Imagine-t-on une messe à la Madeleine pour Munch ?

La musique est aussi le domaine où le vocabulaire est le plus riche et le plus identifiable, vocabulaire qu’il est tentant d’utiliser en évoquant d’autres pratiques et en particulier les Beaux-Arts. Ce n’est pas dû au hasard. Il a fallu qualifier l’abondance des rythmes et des sons, des instruments et des artistes alors que d’autres expressions artistiques sont individuelles et requiert une matière bien définie. Le sculpteur reste un soliste sur son bloc de marbre et le peintre n’a qu’un châssis entoilé et sa boite de Sennelier. Bien sûr le peintre et le sculpteur ont en plus de leur attirail, leur vision du monde dans la tête. Je ne l’oublie pas.

Et je n’oublie pas l’infinité des couleurs et des formes.

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En effet, je n’oublie pas que ces chasseurs, les femmes de leur clan, les vieillards nostalgiques et grincheux sont aussi les dessinateurs de génie d’Altamira, de Lascaux, Cosquer et Chauvet. Ce sont aussi les sculpteurs des Vénus premières, les graveurs de l’ivoire des harpons, les constructeurs de totems colorés.

Ce sont eux aussi qui se posent comme premières toiles de leur art : ils se peignent, ils se couvrent le visage et le corps de motifs d’ocre et de craie blanche parfois pour impressionner l’adversaire et plus souvent pour se faire beaux et belles. Ce corps, ce visage ils iront jusqu’à le sculpter en l’incisant comme ils ont fait sur le harpon ou le propulseur et comme le font encore les tribus du continent africain.

Et les abondants tatoués que nous montre quotidiennement la téléréalité.

F6 scarification et peinture

Il nous est facile d’imaginer le fabricant de l’outil qui cherche, comme il lui plait, à embellir son œuvre, à la faire belle, à faire du Beau. Il ajoute la ciselure qui dit combien l’artefact est « en même temps » utile et unique par sa qualité. C’est le travail de l’artisan qui devient artiste. Certain y voit un geste propitiatoire et pourquoi-pas ? C’est un aussi bon moment qu’un autre pour que les esprits soient convoqués au baptême de l’objet.

Il nous est facile d’imaginer le sculpteur premier. La branche, la souche ou la pierre qu’il a en main lui suggèrent une autre forme et, soudain pour lui représentent « au-delà » de leur apparence un visage, une femme, un animal. Cela nous arrivait quand nous regardions les nuages. Alors il cherche l’incision, l’entaille qui préciseront sa vision. Cette vision il la grave sur la pierre.....

Il nous est plus difficile d’imaginer le dessinateur de la grotte. Son entreprise nous semble étrange.

Dans son exécution : il ne peut être seul car il lui faut des éclairagistes (ce qui, en soi, est déjà un vrai métier) et des préparateurs de pigment ; mais ces aides ne peuvent être nombreux car l’accès est complexe et l’air en quantité mesuré. Le peintre doit aller vite ; il ne peut rester. Son geste doit avoir une sûreté qui ne s’obtient, au-delà du don, que par une longue pratique, pratique acquise dehors, naturellement et sur des supports que nous ne verrons pas : le sable sur le sol de la case, la feuille de l’arbre, la tuile d’ardoise…

Dans sa motivation : il ne peut satisfaire à l’envie que  son œuvre soit vue et admirée de façon usuelle ; elle reste cachée dans les profondeurs et ne sera visible que lors de cérémonies particulières, peut-être pour un groupe particulier. Son œuvre est « consacrée » dans son isolement. Ici, plus que dans d’autres manifestations nous sommes bien conduits à croire que la démarche s’inscrit dans un cadre de cérémonies et de rites. L’image est représentation propitiatoire. Le beau s’enrichit du symbole.

Et je n’oublie pas que ces hommes et femmes du clan sont les inventeurs de nos mots et de nos langages.

Beaucoup de questions qui ne trouveront pas de réponses claires. Le non-chiraquien que je suis sait gré à notre Président-fainéant-le-deuxième d’avoir senti et compris j’espère, combien les Arts Premiers nous disent ce que nous sommes, avant que d’autres discours ne nous disent ce que nous pourrions ou devrions être.

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J’ai des amis artistes. J’ai pour eux beaucoup d’affection. J’évite donc de parler politique et vie publique avec eux.

Je préfère que nous parlions art et histoire de l’art. Ils m’enseignent et je fais semblant de participer en leur exposant en retour ma vision de ce qu’est pour moi l’œuvre de l’artiste. Dans ces discussions je tiens un discours bien rodé, très « au point ».

Il me faut changer de vocabulaire : nous parlons plutôt peinture, alors mes mélodies, mes rythmes et mes sonorités ne résonnent pas dans le discours. Il me faut passer à la couleur, à la touche, à la composition… Tiens ! Composition, voilà bien un mot des deux vocabulaires, alors que le mot qui ne va pas du tout, c’est le mot de mélodie.

Je commence donc, encore un rituel, par dire que le premier critère est : ce tableau, est ce que je le mettrais chez moi, accroché au mur ? Par son p’tit clou. La réponse n’est pas toujours oui, car je me tape de sa valeur vénale. Je le trouve beau et je suis simplement content que mon regard s’y attarde quand je le regarde pour à nouveau le voir.

Tu considères donc la peinture comme un art décoratif, peut-être même simplement comme un motif décoratif ? me demande-t-on aussitôt.

J’ai de la sorte ouvert le premier débat, posé les premières questions. Qu’est-ce que je trouve beau ? Et c’est-y quoi la beauté ?

On sent bien que la culture et avant elle, l’éducation jouent dans l’appréciation esthétique un rôle important. La tradition joue en milieu de terrain sur ce sujet. La Joconde est belle d’abord parce qu’on nous le dit, alors qu’objectivement ce n’est que le portrait réussi d’une dame qui sourit un peu et peut-être.

La peinture, la photo nous offrent des milliers d’autres portraits finalement très comparables et plus charmants. On commence donc par un consensus culturel, un acquis culturel. Nous savons combien il est difficile de s’attaquer aux acquis.

Le musée entretient cette culture jusqu’à l’instant où, pris de doute il ouvre d’autres portes.

Car nous trouvons belles également des œuvres qui viennent d’ailleurs ou du passé et qui ne font pas (encore) partie du paquetage culturel. Des nipponneries, des arts premiers, des trucs d’esquimaux ou de peaux-rouges, des sculptures makonde, que sais-je ?

Les trouvons-nous belles ou sommes-nous simplement sensibles à ce qu’elles évoquent, à leur passé, à la musique qu’elle chante ? Ou plus prosaïquement au respect que nous avons pour le « travail » de l’artiste-artisan qui les a faites, au respect de la belle ouvrage. Ce point est très important : très souvent, nous sommes d’abord et surtout, sensibles au travail et au talent de l’artiste. Nous le mesurons. Nous l’apprécions.

Et enfin, leur beauté nous la faisons nôtre. Notre bibliothèque culturelle s’est enrichie d’une étagère supplémentaire.

Mais existe-t-il une étagère niveau zéro, celle sur laquelle l’Homme, avant le clan et la tribu, avant les grottes, avant la chasses en meute aurait déjà constitué et stocké son paquetage. Le beau est-il inné ?

Chacun en jugera suivant qu’il « croit » en l’Homme ou qu’il pense que la Nature, le cosmos des anciens, n’a pas de sens et encore moins de sensibilité et qu’il ne reste que l’existence. Ouf !

Ben, oui, c’est normal, non ? Je ne vais pas mettre au mur, chez moi, un truc que je trouve moche. Mettre au mur un truc beau, c’est bien la définition de la décoration !

J’ajoute :

D’ailleurs c’est pourquoi je peux aussi mettre au mur (ou voir ailleurs, au musée), des œuvres de peintres non-figuratifs, œuvres qui colorent l’espace. Tiens, Vasa ou d’autres qui font de la géométrie, ou des taches ou simplement rien, tout noir par exemple, mais toutes sortes de noirs.  Bon, dans le cas du tout-noir, j’essaierais d’abord de le revendre…car il vaut un max, me dit-on.

Une autre façon de dire ces choses : en face de l’œuvre d’art, ressent-on ou non l’envie de la regarder ?

Je devrais dire le désir de la regarder et ensuite de la regarder encore. L’envie serait de la posséder pour la faire sienne. Un sentiment fugace, qui s‘efface, le regard capté par l’à côté, mais qui revient, happé à nouveau.

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Alors autre argument : est-ce de l’intérêt, de la curiosité ou s’agit-il d’un véritable appel de l’œuvre ?

Le désir est-il de comprendre et d’analyser en entrant l’objet dans son paquetage (à côté de la Joconde) ou s’agit-il d’un appel profond, doucement viscéral que nous adresse le tableau ?

Intervient l’art… du compromis : un peu des deux. Le spectateur ne peut s’empêcher ce comparer et classer et, s’il possède un zest de sensibilité, de sentir avant de juger. Beaucoup jugerons d’abord et, peut-être ne ressentirons-ils rien.

Nous parlons du spectateur-voyeur ; or dans l’histoire il n’est qu’un personnage subalterne. Le personnage principal, la vedette, c’est le peintre. Ainsi nous voici revenu au point que je souhaitais éviter, à savoir me demander quelles sont les intentions de l’artiste, quelle musique a-t-il voulu jouer.

Pour beaucoup, j’ai la réponse : il a simplement fait son boulot, ce qu’il sait faire ou qu’il croit savoir faire et j’espère pour lui, ce qu’il a envie de faire. Amateurs et pros confondus.

Je retourne au tableau.

Me raconte-il une histoire, porte-t-il un récit, évoque-t-il un quelque chose qui me parle ?  Puis-je entendre sa mélodie ?

Pas facile de coller des mots, autant de briques cruelles, sur des bazars aussi subtils et ténus.

Bon, ça marche ! Le paysage m’est familier, la ligne du dos de la dame me titille, j’entends le bruit des sabots du cheval, je suis sur le radeau, la laitière me sert mon lait et il me plait de croire que c’est à moi que la Joconde va finir par sourire.

Et la composition, la manière : juste le ciel qu’il faut, le dernier rayon de soleil, la tête inclinée, et la perspective, et le clair-obscur et la lumière…

Et le rythme : pas facile non plus, le rythme ! La solution : une toile, puis une autre, puis encore une. Autres couleurs, autres soleils, autres étangs de fleurs, autres chevaux, autres falaises, autres obsessions.

Reste la sonorité : la couleur. Tous les coups sont permis tant que j’entends la mélodie et tant que la manière y est.

Ce tableau-là fait une belle musique. Quelle mélodie !

Une chose manque et manque le métier, le vide s’installe. Le vide ou souvent le truc, le machin, le mauvais procédé.

À vous de juger.

À l’instant je viens d’évacuer le spectateur comme un personnage secondaire du « drame » de la création artistique. Je ne peux pas faire de même pour un autre personnage de la pièce dont nous n’avons pas encore parler : l’acheteur.

Il faut bien vivre et le peintre qui passe du temps sur son ouvrage, qui dépense ses sous en pigments, en pinceaux, puis en cadre (pour montrer favorablement son animal) est contraint de transformer son œuvre-travail en objet de commerce, de commerce décoratif puisque le tableau a vocation à rejoindre son clou, sur son mur.

Historiquement la démarche était inverse. L’Évêque, le Prince, le Pape, le Roi et même le riche bourgeois souhaitaient illustrer leurs demeures et illustrer leur importance par des représentations de scènes d’un passé exemplaire, d’évocations religieuses ou simplement d’eux-mêmes. L’œuvre était une commande avant que les mécènes ne deviennent des sponsors. Il y avait demande et l’offre suivait.  

Cette situation a changé. La demande a faibli : on ne décore plus guère les cathédrales et la vedette se précipite d’abord chez Harcourt pour se faire tirer le portrait. L’offre au contraire à beaucoup augmentée et c’est démocratisée pour ne pas dire vulgarisée. La peinture est devenue un sport populaire et il se pourrait qu’il y ait autant de peintres amateurs que de licenciés en football. Ce qui est bien, ce qui est mieux.

J’aime la peinture et je déteste le monde du football.

De surcroit la finance, cette insaisissable et insatiable bestiole, chacun le sait, a horreur du vide. Si quelque activité peut se structurer en marché, elle veillera à ce que ce marché se développe et peu importe le produit, s’il peut faire l’objet d’un négoce ou d’une spéculation.

L’Art s’égare. Les enchères grimpent.

L’émotion et l’escroquerie sont stockées dans des coffres forts.

Alors le mécénat, comme une puissante agence de notation, déploie ses ailes financières pour soutenir ce nouveau marché.

Il y a marché, donc il y a usage et usager, l’acheteur. J’écarte celui qui spécule, celui dont le métier est précisément d’organiser ce marché et de mettre en scène cette spéculation, les galeristes. J’écarte encore certains amateurs fortunés qui viennent se distraire et jouer à la précieuse dans cette pièce du théâtre de la culture.

Il reste le public, dit grand. Par une forme de ruissellement (il faut parfois céder à la mode des mots) l’art contemporain dégouline. On le retrouve chez les décorateurs à la mode et dans les magazines.

Il ne faut pas s’en plaindre ; l’intention est louable, les sociétés et leurs goûts évoluent.

C’est quand mieux que le football.

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 À rebours du coffre-fort s’étalent dans les jardins et les salons de Versailles sous forme de poupée gonflables ou de trompettes égarées les fantaisies disruptives et coûteuses de gurus talentueux et habiles.

Je m’égare aussi : nous ne sommes plus dans l’univers, il faut bien le dire, un peu plat de la peinture. Nous avons gagné une dimension et maintenant nous sculptons, nous construisons, nous présentons et l’espace est à nous.

Elle n’est pas facile à gagner cette troisième dimension.

Dans un premier moment, on discerne une forme qui évoque, qui fait penser à…

Mais on ne peut attraper le nuage, alors que le bois ramassé sur la plage, le caillou de la grève on s’en empare et d’un petit mouvement, d’un détournement, on en fait une autre chose ou plutôt une chose augmentée. Pour cela il a fallu le plus souvent enlever de la matière, c’est-à-dire sculpter l’objet. D’autre fois il aura fallu associer deux objets et déjà construire.

Attaquer le bloc de marbre, muet et inerte, c’est une autre histoire. L’image initiale n’est plus révélée par le bois flotté ; elle n’est que dans l’esprit du sculpteur avant de devenir, par coups de maillet patients et judicieux, David ou Moïse. Devant ce travail, cet Art, le maillet me tombe des mains.

Le bloc de matière est souvent offert par le bâtisseur et l’artiste a droit alors à la niche, au haut-relief ou quand le bloc ne supporterait pas trop de « sculptage » à la simple image du bas-relief.

D’autant que ce travail, de Carrare à Florence est en compète avec celui, infiniment plus « commode » du modeleur. On prend sa motte de glaise et à main nue, comme on dit, on donne vie à l’argile au gré de cette même imagination qui anima l’homme du marbre. Quelques fils de fer rajoutent de l’espace car l’argile qui présente les avantages de la plasticité en offre les inconvénients. Après il faut cuire ; cela ne se peut que pour de petites sculptures (on garde le vocable). Ou passer au contretype coulé en bronze.

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C’est toute la sculpture antique et celle de Beaux-Arts.

Que de travail dans cette sculpture, que de coups de maillet, que d’ébauches mal cuites, que de coulées ratées. L’artiste moderne est un personnage bien trop sophistiqué pour avoir à subir ces contraintes, cette soumission à son métier.

Sa sculpture devient assemblage, construction, détournement, dissonance et vire parfois au bricolage. Il ne s’agit plus d’émouvoir ou de figurer, il faut d’abord surprendre. L’étonnement devient le ressort de la perception.

Voire l’amusement : Tiens, c’est marrant, ce truc-là. Où est-il allé chercher ça !

Voire l‘effarement devant ce qui devient maladif et proprement obsessionnel.

Lorsque cela fonctionne (pour moi) on est dans le droit-fil de l’expression artistique : suggérer, interroger, heurter et enfin émouvoir et beaucoup d’artistes contemporains ne s’égarent pas. Ils travaillent la matière et en s’éloignant du convenu nous proposent un renouveau du beau.

Mais souvent aussi on ne peut que discerner l’arnaque culturelle d’un marché de l’art en quête constante de nouveaux produits. Le mot produit s’applique absolument : dès qu’une œuvre "marche", elle devient objet de consommation et on la commercialise du mieux possible.

C’était vrai pour Monet et c’est devenu la règle et la méthode pour les Wahrolisations.

Ces quelques lignes pourraient conduire à croire que j’exerce un jugement moral sur ce que je décris maladroitement. Il n’en est rien. Je suis trop libéral pour m’insurger contre les forces du marché et je ne vois rien de répréhensible à ce qu’un de mes concitoyens s’extasie sur une compression de César et considère qu’il est en présence d’une forme évoluée de l’expression artistique. César a d’ailleurs rempli son contrat : je m’interroge. Non pas sur son œuvre que je ne qualifie pas, mais sur l’époque que nous vivons et sur les excès du marché.

Je viens d’écrire : lorsque ça fonctionne. On n’échappe pas à ce jugement. Est-ce que je touve le « résultat » beau et ai-je envie de coucher avec ? Ou bien mon amusement-étonnement passé, ne suis-je pas amené à conclure que je n’en ai rien à cirer ?

Il n’est pas davantage question de mettre en cause le « droit » de l’artiste à exécuter ce qui lui plait, ni le droit qu’il a de proposer son travail au public.

En revanche, je mettrais en cause ce que je ressens comme une intrusion, le souci qu’ont des mècènes ou des « autorités reconnues » de vouloir installer la déconstruction et la transgression des normes culturelles, en relèguant l’expression classique au rang du conservatisme. Si ces changements de l'esthétique doivent se produire, qu'ils se produisent spontanément, par l'exposition certes mais sans ce souci malsain d'opposer les anciens et les modernes.

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Le mot construction vient de sortir à plusieurs reprises dans ce qui précède ? Qui dit construction, dit bâtiment et monument ; alors naturellement le Naïf s’interroge sur l’évolution de l’Architecture.

Je ne suis pas pressé. Le sujet est vaste et tout comme pour la peinture, je n’ai aucun titre pour exprimer des vues sur ce sujet. Il faut d’abord réfléchir.

Il est cependant à craindre que ces quelques lignes ne trouvent prochainement leur prolongement  à l’évocation des monuments et des gratte-ciels de notre temps.

À bientôt.

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 14 juin 2018

 

 

                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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05 juin 2018

Production d’électricité en France (6ème partie) La désinformation documentairisée

 La désinformation documentairisée

 

Mercredi 30 mai, la 5 diffusait un documentaire : Nucléaire, l’impasse française. Je l’ai regardé et écouté attentivement. Un débat –le mot ne s’applique pas réellement- suivait la diffusion du documentaire –le mot ne s’applique pas réellement- et je l’ai regardé et écouté attentivement.

Je ne sais pas si ce documentaire aura été largement regardé. Les éventuels lecteurs de ce texte ne l’auront probablement pas vu. Cela n’est pas grave : il n’est qu’un prétexte pour taper une fois encore sur la tête d’un clou qui ne s’enfonce pas. Et les personnes intéressées peuvent toujours retrouver la chose et la voir enfin.

Le documentaire est bien fait, bien construit. Les séquences sont logiques et s’emboitent avec rythme. Les interlocuteurs « présentent » bien, s’expriment bien. Leur présence est légitime car ils sont concernés ou compétents. Qu’ils soient concernés ET compétents serait à démontrer. Les arguments portent et le spectateur conclut, il ne peut faire autrement, que l’arrêt du nucléaire est une nécessité vitale et urgente. Le nucléaire est une forme moderne du Malin.

Ce documentaire est un chef d’œuvre de désinformation, en quelque sorte un Grand Prix de la Fake News.

Tout l’argument du documentaire repose sur la pétition de principe suivante : les EnR peuvent satisfaire les besoins en énergie électrique partout et toujours, sans recours à des productions par combustion de charbon ou de pétrole. Donc le nucléaire est « en trop ». C’est une énergie (primaire) excédentaire, complexe de mise en œuvre, ayant donné lieu à des accidents graves, dont il convient de s’affranchir sans délai.

 

Un premier détail : L’auteur, Patrick Benquet semble ne pas être au courant du fait qu’EDF est une société anonyme dont l’État est actionnaire majoritaire à 88 %. (1) Il perçoit en permanence un complot de l’entreprise dont la direction, instituée en Caste et par un Lobby mercenaire, pervertirait le pouvoir politique. Il y aurait d’un côté les méchants dirigeants de l’entreprise et de l’autre les gentils propriétaires-actionnaires abusés par les gens de la caste des ingénieurs.

Que ce fossé existe est fort possible mais que la caste soit seule responsable des erreurs est discutable.

Un des intervenants M. Laponche –ancien du sérail- est le seul qui argumente, je dirais de façon philosophique, sur la nature même de la fission et sur le fait que les dangers qu’elle comporte ne soient pas pris en compte.

Cet argument n’est d’ailleurs pas développé dans le documentaire. Voilà une chose qui aurait dû être dite quand en 1939, il y a 80 ans maintenant, MM Dautry et Joliot initiaient les premières recherches pour l’utilisation militaire et civile de l’atome ; ou encore, aux mêmes, lorsqu’après avoir été écarté par les américains des programmes nucléaires alliés, ils organisent à la demande du Général, à l’automne 45, le Commissariat à l’énergie atomique ; ou encore à Pierre Guillaumat dont la carrière mi-pétrole-mi-atome va illustrer l’entrée de la France dans le monde de l’énergie alors que le charbon n’existe plus qu’en souvenir du passé. Quel dommage que M. Laponche qui ne fut touché par la grâce du syndicalisme et de la pensée écologiste qu’en 1970 n’ait pas été en mesure de faire part de ses craintes aux grands ancêtres.

Et comme il est dommage qu’il n’ait pu peser dans les négociations sur la limitation des armements nucléaires.

Les difficultés que connaissent les deux chantiers en cours, en Finlande et à Flamanville sont réelles, hélas trop réelles. Le documentaire ne nous propose pas une analyse des causes de ces difficultés et met dans le même panier l’amateurisme d’Areva en face des Finlandais et les problèmes de réception des pièces de chaudronnerie rencontrés par EDF. Seule l’histoire du projet EPR permet de comprendre comment une étude portée par Framatome a pu en quelques années devenir le bourbier qui a entrainé Areva dans le gouffre et EDF au bord du gouffre. Il est remarquable que Jean-Bernard Levy soit présenté à quelques reprises comme un guignol radotant alors que le nom de Mme Lauvergeon n’est pas mentionné dans les 60 minutes de l’exercice. La sherpani, que j’appelle par ailleurs la « croqueuse d’Uramin » est tout naturellement exonérée des responsabilités qu’elle pourrait avoir dans la vente hâtive d’un projet en cours d’élaboration, aux finlandais d’abord puis à EDF ensuite. Les ambitions personnelles des dirigeants d’Areva et d’EDF, leur incapacité à définir ensemble une politique commune, l’éviction de Dominique Vignon, responsable technique du projet n’apparaissent pas en toile de fond d’une tragi-comédie à gros budget.

Bref, on ne sait pas pourquoi nous en sommes arrivés à la situation actuelle et le documentaire ne s’empare pas de ce sujet ; pour Benquet l’EPR est moche et il faut le jeter dans la grande poubelle des échecs.

Ce qui est très grave dans un documentaire destiné par nature à l’édification des citoyens est que les difficultés de l’EPR qui sont « nos » difficultés et auxquelles nous devons trouver des solutions soient portées au débit de la filière dans son ensemble. Oublié le fait que depuis un demi-siècle nous disposons d’une électricité très bien distribuée, au meilleur prix qui soit. Oublié le fait que depuis un demi-siècle, hors accidents climatiques, la notion de « panne de courant » est sorti de la tête des gens. Oublié le fait que les Allemands dont la production nucléaire est insuffisante n’arrivent pas –et de beaucoup- à réduire  leurs émissions de GES et à tenir leurs engagements dans ce domaine ? Oublié le fait que la France ne produit AUCUN des équipements nécessaires pour mettre en place des EnR photovoltaïques ou éolien. Oublié…

 

Puisque nous sommes dans l’oubli, oublions quelques instants le documentaire-fake-news.

Les EPR seront deux, voire trois fois plus chères que ce qui était initialement prévu. C’est bien dommage, mais c’est de l’histoire, récente certes mais néanmoins passée. Nous n’y pouvons plus rien. La chose deviendrait réellement grave si les centrales en question ne fonctionnaient pas à la satisfaction du producteur. Une image : vous construisez une maison et pour diverses raisons elle vous coûte plus que vous ne pensiez quand vous avez pris la décision de la construire. Elle est pratiquement terminée et vous allez l’habiter. Il ne vous reste qu’une option qui est de l’occuper et vous y trouver bien, sachant que vous l’avez construite pour y vivre très longtemps, 50, 60 ans ou plus si affinités. Une fois payée et finie, il n’est plus l’heure de la « démanteler » ; puisque c’est le mot consacré.

Il faut être optimiste : l’EPR fonctionnera.

L’heure est donc à la faire fonctionner du mieux qu’elle le peut. En particulier de s’assurer qu’elle parte à l’heure, qu’elle arrive à l’heure, que les wagons soient propres, que le contrôleur contrôle, que le quai de la gare soit au bon niveau et autres détails de fonctionnement qui peuvent indisposer le client-usager-citoyen s’ils ne sont pas de la qualité requise.

Ce glissement de vocabulaire vise à faire sentir que les vieilles et grandes entreprises publiques peuvent souffrir des mêmes maux et que leur gestion reste un exercice délicat.

La mort programmée d’Air France dont on parle en ce moment est une parfaite illustration de cette difficulté.

C’est avec l’EPR la principale préoccupation d’EDF. Nous ne devrions pas oublier que sous chaque agent d’EDF, un cheminot sommeille.

Faire Confiance à l’EPR n’est pas un acte de foi d’aujourd’hui. Cet article (de foi) est inscrit dans  la décision nationale de développer le nucléaire massivement à partir des chocs pétroliers des années 70.

Cette confiance est celle des dirigeants d’EDF. Elle se traduit par la volonté qu’ils ont démontrée en signant dernièrement les contrats de construction des centrales anglaises.

Ont-ils tort, ont-ils raison ?

Ce qui est certain est que les dirigeants d’EDF et de ce qui reste d’Areva jouent dans le temps long. Il semble qu’ils aient pour l’instant l’oreille du Président et que les prétentions du pitre-ministre à s’occuper de ces sujets soient oubliées… dans la mesure où chacun fait semblant de vouloir satisfaire aux impératifs de la fameuse et fâcheuse Loi de Transition Énergétique.

 

Hinkley Point est une toute autre histoire. La décision et la conclusion des négociations est récente. C’est donc en toute connaissance de cause qu’EDF s’est engagée par ce contrat. Pour que soit prise cette décision à 25 milliards d’investissement, il a bien fallu que l’État le souhaite en dépit des incertitudes.

Incertitude sur le fonctionnement de l’EPR et sur les relations franco-britanniques dans un après-brexit compliqué.

On peut critiquer ce volontarisme, s’en étonner, le regretter mais au bout du chemin, la France en a décidé ainsi.

M. Piquemal, le Directeur Financier d’EDF considère qu’EDF ne pouvait pas faire ce choix. Ce monsieur doit savoir de quoi il retourne et on ne peut s’empêcher de partager ses craintes. EDF est déjà très endettée et dans un instant il faudra bien que l’État mette au pot la joncaille nécessaire. Piquemal en doute-t-il ?

Mais alors quid d’EDF ? Qui subventionnera les EnR ? Qui fera marcher notre demi-milliard d’investissement logé dans des centrales en voie d’abandon ?

Après avoir enquiquiné son producteur d’électricité par les mômeries des écolos, la France sera-t-elle obligée de le lâcher au milieu du gué ?

Nous voici coincés entre l’hubris des constructeurs de centrales et l’impuissance économique nationale sur fond de gémissements des âmes sensibles.

Mais 25 milliards, ce n’est que la moitié d’un plan Borloo. Il reste que 25 milliards d’engagement à court terme plus les 37 milliards de la dette actuellefont une sérieuse contribution à la dette nationale, même si la comptabilité européenne fait semblant de croire qu’elle est logée ailleurs ; oui, mais où ?

Ce sont les propos feutrés du patron de l’ASN qui sont le clou de l’émission, façon faux-cul et « je n’y suis pour rien ». Cette impression résulte de la manière dont sont présentées ces propos, hors contexte et pour l’un d’entre eux au plan très général d’un commentaire sur les activités humaines.

On lui fait dire qu’on ne peut pas exclure la possibilité d’un accident nucléaire en France comme s’il annonçait un accident imminent. En fait Pierre Franck Chevet n’avance rien d’autre qu’un point de vue général qui est qu’on ne prévoit jamais tout et que l’imprévisible, par nature, n’a pas été prévu.

L’ASN entretient des rapports complexes avec EDF. Sa mission est de garantir un niveau satisfaisant de sûreté et de sécurité sans entraver déraisonnablement le fonctionnement de la production. Son indépendance est réelle mais sa relation avec EDF ne peut reposer que sur un consensus parfois difficile à établir : jusqu’où ne pas aller trop loin dans l’univers « ceinture et bretelle ».

Une remarque personnelle : il semble que l’ASN s’exonère rapidement des épisodes pendant lesquels les Forges du Creusot ont produit et livré des cuves dont « on » s’aperçoit  après mise en place, qu’elles présentent des défauts de fabrication. Cela signifie qu’Areva et l’ASN elle-même n’ont pas effectué les épreuves de réception de ces cuves ? Pour Areva, on mettra cela au débit de la sherpani, mais pour l’ASN ?  Ensuite il est facile de rejeter la responsabilité sur le client utilisateur, EDF (vous, moi) et de lui imputer le retard et les coûts correspondants.

 °°°°°°°°°°°

Le documentaire était suivi d’une réunion (rien dans la chose n’autorise à utiliser le mot débat) qui éclairait assez bien les différences de point de vue des personnes présentes.

Deux intervenants sont des « rustiques convaincus ». Ils « croient » qu’ils vont produire une électricité différente, vertueuse et citoyenne, en libérant leurs amis, associés ou administrés de la tutelle de… l’État, de l’EDF, du marché, et cetera.

Un autre, profil de l’entrepreneur sympa, est celui qui organise la démarche des précédents sans oublier, j’imagine, d’en faire un business. Aucune phrase prononcée sans que figure les mots valeurs, social, sociétal, équitable et durable. Je vous passe le « partage éco-citoyen »…On finirait par penser que l’électricité est devenue de l’énergie au sens où les gurus emploient le terme. C’est un fédérateur Rifkinien qui va remplacer le gros par beaucoup de petits. On observe une boboïsation rurale de l’énergie.

La plus intéressante est la Green-Peaceuse. (2)

C’est une belle jeune fille et elle a l’honnêteté ou la naïveté de ne pas trahir sa pensée. Elle n’enveloppe rien. Comme on dit, elle est cash. Elle nous dit benoitement que la production nucléaire est suffisante pour satisfaire aux besoins nationaux. Donc continuer à produire de l’électricité par les moyens actuels empêche de leur substituer des moyens nouveaux et ce d’autant plus qu’il faut entretenir le parc de centrales. La seule façon de développer les EnR est par conséquent de stopper le nucléaire et de le remplacer totalement par des procédés vertueux. Aucun fard, aucune embrouille : le propos est clair. Il faut arrêter le nucléaire parce que c’est du nucléaire. C’est la vertu du panneau solaire chinois qui l’emporte.

L’argument est naturellement repris par l’entrepreneur sympa qui nous confirme que si EDF voulait bien ne pas entretenir les centrales, il aurait plus de subventions à recevoir pour acheter ses panneaux chinois.

Moi, je bois du petit lait : j’avais l’impression d’avoir poussé le bouchon quand je disais la même chose dans la première partie de cette analyse  (Production d’électricité en France, 1ère partie) et je suis rassuré de recevoir un appui distingué.

J’ai dit subvention ? Quel mauvais esprit. Les interlocuteurs que je viens de citer oublient deux détails.

Le premier est qu’ils ont l’usage d’un réseau qui appartient à EDF (vous, moi, l’État) sans lequel leur came ne pourrait leur servir qu’à faire fonctionner de temps en temps leurs écrans plats.

Eh oui, il y a un réseau électrique et sans ce réseau, il faudrait que toutes ces générosités antinukes en construisent un et apprennent à l’exploiter comme seul EDF sait le faire.

Le second est qu’ils vendent leur came à EDF à un prix supérieur au coût de production d’EDF : ils sont subventionnés.

Toutes ces personnes nous disent que les EnR, grâce à leurs efforts, suffiront à satisfaire la consommation française et ils en paraissent convaincus.

 

Et puis Xavier Ursat, responsable des programmes nucléaire d’EDF.

Chapeau l’artiste : il est d’un calme et d’une équanimité sans limite. Il entend les énormités sans sourciller. Son sourire est si discret qu’on pourrait le prendre pour de l’assentiment. Est-il passé par le cours Florent ?

Non, il n’est que X-Télécom et n’a même pas pris la peine de faire SciencePo. Un ingénieur, quoi !

Son expérience est dans l’hydraulique. Je le regarde avec l’œil attendri d’un grand père qui découvrirait la personne qui a surveillé la phratrie des barrages. Bref, naturellement il me plait.

Et puis aucune agressivité : il est fana EnR, et il est un chaud partisan de leur développement. Il se garde bien d’évoquer les problèmes de coût et de parler des coefficients de charge. Il entend la parole des rustiques qui déballent leurs discours mous.

Et puis il respecte et respectera les « prescriptions » de la Loi de Trans…  50/50. C’est promis, juré, croix de feu, croix de fer, si je mens…

Mais il reste ferme sur les 50 % du nucléaire car il faut tout de même qu’il y ait un peu de stabilité sur le réseau. Il ne développe pas l’argument et il n’a pas besoin puisque la jeune femme de Greenpeace a déjà dit que le nucléaire suffisait mais il a une compréhension réelle pour les agriculteurs-électriciens.

Je suis positif. Il a fait le cours Florent.

Je ne suis pas certain que les intervenants, ni même Mme Carrère (3) aient réalisé que Xavier Ursat qui depuis trois ans a récupéré la patate chaude des EPR présentes et à venir était dans cette émission bâclée l’authentique représentant du Gouvernement.

Car enfin, une personne qui gère les dossiers nucléaires à EDF est la voix technique d’un gouvernement qui a endossé la signature des contrats d’Hinkley Point.

Marina aurait dû lui trouver des interlocuteurs plus affutés et capable de lui demander si, les yeux dans les yeux comme disent les politiques, il est convaincu que Flamanville va marcher tip-top à la fin de l’année et si il va, lui, nous construire les deux Hinkley trucs dans les délais prévus et pour le coût prévu.

Ce qui est la seule chose importante pour nous-autres, propriétaires à 88 % (4)d’une boutique qui jusqu’alors marchait plutôt bien.

 °°°°°°°°°°°

Tout ça pour dire quoi ?

Beaucoup de gens considèrent que l’énergie nucléaire est dangereuse. Ils n’ont pas tort. La libération de l’énergie nucléaire est une entreprise délicate qui doit être conduite avec  prudence et rigueur. Il est sans doute dangereux de laisser les forces du marché agir seules en régulatrice de l’emploi de cette forme d’énergie. La main invisible ne prête que peu d’attention aux dégâts collatéraux de ses mouvements, dégâts qui ne sont pour elle que de nouveaux marchés.

Ce préalable aurait pu être formulé dans les années 1850 quand l’exploitation des mines de charbon a connu le développement que l’on sait ou encore un siècle plus tard quand le pétrole a fait « éruption » dans le monde industriel et connu le développement que l’on sait. Et ceux qui croient que ces trucs-là ne sont pas dangereux sont ceux qui n’ont jamais eu à en connaître.

Il n’en reste pas moins que, danger ou pas danger, l’humanité continue de consommer de l’énergie avec une croissance annuelle de 2%. Trois quarts de cette énergie est fossile. L’hydraulique (7%) et le nucléaire (5%) contribue pour 12%,  et les EnR solaire et éolien pour 3%.

Pour deux raisons il faut modifier ces équilibres.

D’abord les fossiles sont en voie rapide d’épuisement. Il convient de les conserver pour des usages dans lesquels ils sont irremplaçables.

Ensuite, leur combustion dégage du gaz carbonique et il est admis qu’une élévation de la température atmosphérique créera des désordres importants. Le processus est largement entamé.

La réponse est qu’il faut produire d’avantage d’électricité primaire décarbonnée.

Quatre sources :

Le soleil en direct, sans retransmission, plein cadre, plein soleil.

L’énergie cinétique de la croute terrestre, vent et chutes d’eau en priorité

L’énergie thermique de la croute terrestre.

L’atome en le cassant ou en le « fusionnant ».

Les trois premières sont –un peu légèrement- qualifiées de renouvelables.

Elles doivent se substituer du mieux possible à la plus grande quantité possible des énergies fossiles. (5)

C’est louable mais le danger est de mettre la charrue avant les bœufs et de nier les réalités techniques.

Dans l’instant la vérité est qu’on ne sait pas produire « beaucoup » d’énergie électrique avec les procédés actuels, solaires et éoliens. De plus comme on ne sait pas la stocker, l’énergie vertueuse (6) doit être consommée comme le soleil ou le vent en décide. Or on doit satisfaire aux besoins même si le soleil ou le vent sont en panne.

La France, sans charbon ni pétrole, a choisi le nucléaire qui sait produire « beaucoup ».

C’est une chance considérable puisque la fourniture d’énergie électrique décarbonnée est assurée et que le temps est offert pour développer les filières techniques et technologiques de solaire et d’éolien. Filières industrielles également car ces développement ne peuvent pas reposer uniquement sur du déficit du commerce extérieur.

Si ces filières sont d’emploi commode, si elles sont comparables économiquement, si leur précarité n’est plus un facteur, elles se développeront et le producteur national –qui n’est pas sur terre l’incarnation du Mal- les mettra tout naturellement en œuvre quand elles existeront vraiment.

Nous sommes dans la situation d’un monsieur qui possède une maison. Elle a des fenêtres et elle est bien éclairée. Mais madame voudrait encore plus de lumière. Il reste un mur sur lequel on peut faire des ouvertures. Monsieur  et Madame vont donc discuter de la meilleure façon d’ouvrir ce mur et vont se poser la question de savoir comment réaliser la chose. Rapidement ils conviennent que leur problème ne peut être résolu par une décision hâtive qui serait de fermer les fenêtres existantes. Le problème de la nouvelle ouverture sera résolu lorsque le marché de la fenêtre nouvelle aura été développé à leur satisfaction… Faute de quoi ils installeront sur leur mur des fenêtres anciennes qui donnent beaucoup de lumière. Et ce même si les crémones sont d’un emploi délicat.

Le cas de notre Monsieur n’est en rien comparable à celui de cet autre Monsieur qui vit dans le noir et pour qui la plus petite ouverture est déjà un progrès considérable. Celui-là doit d’abord reconstruire sa maison…avec des fenêtres.

Mais tout ça est familier aux lecteurs du Naïf et n’apporte rien d’original.  Je radote.

 

  1. État : 86 %. Institutionnels français 2 %.
  2. Je sollicite le pardon : quand la tentation est forte, comment ne pas céder ?
  3. Qu’allait-elle faire dans cette galère ?
  4. Les actions d’EDF du PEA de Geneviève ne peuvent en rien faire basculer les choses.
  5. On néglige, si l’outil a une grande durée de vie, le coût carbone de sa fabrication. Les barrages, panneaux solaires, éoliennes et centrales nucléaires ne poussent pas sur les branches des arbres et leur fabrication génèrent des GES.
  6. Vertueuse, ça sonne bien. Mieux que verte.

 

5 juin 2018

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22 mai 2018

Un détail anatomique

Un an déjà. En mai 2017 je formulais cette remarque sur le rôle que joue une particularité anatomique de la ceinture scapulaire humaine. Nous élisions alors une Chambre en Marche et la réédition de ce papier n’a pas comme objet de mesurer dans cette marche le chemin parcouru. Cela serait difficile.

Il ne s’agit en fait que d’une réédition visant à améliorer la forme du papier et son titre sans en modifier le contenu.

 

Un détail anatomique

 

Bon sang, pas moyen de retrouver où j’ai été pêcher ce truc-là. Je ne l’ai pas inventé quand même. En plus, je trouve que c’est super important et que c’est un aspect du problème qui est, me semble-t-il, insuffisamment mis en lumière…

Je recherche et exhume : Ruffié, Morin, Leroy-Gourhan et puis ceux du cerveau (même rayon…) le Changeux et les Vincent et les primatologues, Chance et Premack. Tout ce que j’ai lu, un peu, tout ce que j’aurais dû lire, beaucoup et tout ce que je lirai plus tard ou jamais. Même Jared Diamond  a droit au dépoussiérage.

Mais, me direz-vous, de quoi parles-tu ?

Mais si, souvenez-vous, je vous l’ai déjà dit.

Ah, vous n’avez pas lu « Le Labyrinthe » ! Cet oubli est facile à réparer ; c’est un texte assez court, vous n’aurez aucune difficulté à le retrouver d’abord et à le lire ensuite. (1)

En rappel, l’extrait qui me conduit à rechercher la source de l’information, une confirmation, plus de précision : on parle, en toute simplicité, de l’Homme.

La ligne de ses épaules est disposée de telle sorte qu’il peut lancer des projectiles : il achève sa chasse par le jet du javelot.

Les membres antérieurs se terminent par des mains à 5 doigts dont un pouce opposable qui autorise la préhension des projectiles et le maniement des objets : il lance la pierre qui abat la volaille, il cueille le fruit de l’arbre, il façonne l’hameçon  et la pointe de flèche.

Ce n’est pas un détail anatomique cette chose-là !

J’ai eu la chance de voir, d’assez près, peut-être de trop près, des gorilles ; comme ça, dans leur bambous. Papa, assez distant, pas vraiment concerné (tant mieux), des mamans, très désireuses de vous refiler leur lardon et des tas d’ado-gorilles, joueurs en diable et tout prêt à faire copain-copain.

On sent bien que ça ne peut pas durer, hélas, alors, sous la pluie et dans la brume, on repart plein de questions avec un soupçon de nostalgie pour quelque chose qu’on ne connaitra pas.

 voir Papa, le dos argenté, on réalise qu’il peut vous mettre une torgnole sans la moindre difficulté, mais on ne l’imagine pas ramasser un pavé, façon Jeune-issu-de, et vous le balancer par le geste auguste du lanceur de grenade. Le peut-il ? Toute la question est là. Le singe lance-t-il ?

Je crois que non. Les macaques de Gibraltar ou du temple indou sont réputés le faire : je crois qu’ils ne font que copier sans résultat l’homme qui a voulu les éloigner de son étal de fruits et légumes. On parle aussi du chimpanzé du zoo de Stockholm :

Santino (c’est le nom du singe) façonne ces pierres en forme de disques qu'il utilise ensuite, … comme des «missiles». «Ainsi, quand il est surexcité et veut montrer qu'il est le mâle dominant, il a son petit tas, prêt à l'emploi», raconte le chercheur qui relève par ailleurs qu'il n'y a jamais eu de blessés graves puisque la plupart du temps, les pierres tombent dans l'eau. La raison est simple : ces animaux n'ont pas de bras et de poignets aptes à lancer fort et loin. Ils lancent donc «à la cuillère» car ils ne peuvent casser leur poignet à 90 degrés comme le font les êtres humains. Les scientifiques ont retrouvé plusieurs dizaines de tas de cailloux soigneusement rangés.  Mmes Jouan et  Lutaud. Figaro du 11 mars 2009.

 

Lucy  pouvait lancer la pierre.

Énorme différence : le lancer du projectile.

Question subsidiaire, mais pas tant que ça : Existe-t-il d’autres animaux qui lancent ?

Le Kangourou frappe, le caméléon lance…sa langue, et les autres lancent des cris. Les prédateurs lancent tout leur corps.

 Le projectile est comme un prolongement du bras de l’homme. Il frappe à distance, loin de la griffe acérée ou de la ruade mortelle. Quelle supériorité de l’Homme!

Il ne reste qu’à perfectionner le projectile.

Kim Jong-un a bien appris cette leçon et s’y emploie.

A lui les protéines de la chasse fructueuse, à lui le poisson frétillant au bout du harpon, et dans le même mouvement du bras-propulseur la victoire au combat contre les hyènes et autres ours des forêts ou des cavernes. De chasseur il n’aura pas de difficulté, en exerçant son art sur ses semblables à devenir le guerrier. C’est un autre volet de cette histoire, dont chacun est familier.

Le chasseur, au-delà du cueilleur garantit l’alimentation du groupe et sa sécurité.

Gros cerveau, c’est sûr mais grâce à ce don, à cette capacité essentielle : cerveau bien nourri.

Je n’irai pas ici, jusqu’à faire au lecteur le coup de l’œuf et de la poule :

Est-ce l’amélioration et la pérennité d’un régime alimentaire qui a permis à l’homme de voir son cerveau, fleur merveilleuse et mystérieuse, s’épanouir ?

Est-ce le cerveau qui a conduit l’homme à maîtriser la nature et par la chasse de garantir qu’il allait « croître et se multiplier » ?

Lorsqu’ on pose la question de la sorte, la réponse peut paraître évidente : il faut d’abord manger.

En conclusion.

Une erreur : à quoi bon dissocier les deux aspects du même mystère de l’évolution anthropique.

Ils sont liés et inséparables.

Un oubli : le modeste auteur de ce petit billet pense que tous les Savants précités, membres de ceci et de cela, Professeur ici ou là, ont négligé et sous-estimé cet aspect de l’aventure humaine : trop musculaire, mon fils. Peut-on glisser de la  transcendance dans le mouvement du poignet ?

N’importe quel malappris libertin et tous les collégiens vous répondraient par l’affirmative.

 

  1. 1.       Je trouve le fait de se citer soi-même en référence extrêmement gratifiant.

 

11 mai 2017 : Aujourd’hui, le petit Jésus de l’actualité nous révèle la liste des six cents apôtres de second rang : ceux de la Chambre. Seront-ils des Élus ?

 

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Fin juillet 2017, M. Picq, Docteur ès Sciences, Maître de conférences au Collège de France nous offre une contribution à un numéro spécial du journal « Le Point » dont le thème est « La Marche et ses étonnant pouvoir ». Cet excellent article illustre combien l’évolution de l’homme est fondée pour une large part sur sa capacité à déambuler. L’article est savant, mais pas trop : j’ai pu le lire. Comme je le  dis fréquemment, « un esprit taquin » remarquerait que son papier ferait une bonne jaquette aux ouvrages (cités en référence dans son article) dont il est l’auteur.

Cette relation entre la marche et la chasse n’échappe pas à M. Picq :

Plus encore, Homo jouit d'une endurance exceptionnelle, avec un corps couvert de glandes sudoripares, une pilosité composée de poils plus courts et une capacité respiratoire renforcée. C'est l'anatomie et la physiologie de l'animal le plus endurant qui ait jamais marché et couru sur la Terre. Homo ne va pas vite, mais il va longtemps. Il pratique la chasse par épuisement et aucune proie ne lui échappe. Ces adaptations lui permettent de s'affranchir du monde des arbres.

Il analyse encore d’autres relations entre la bipédie et certaines particularités de l’évolution humaine : sexualité, pensée et réflexion et sans faire le détail, métaphysique et psychanalyse.

On ne prête qu’aux riches.

Mon propos n’est pas de faire une critique de l’article de M. Picq ; je n’ai aucune compétence pour me livrer à cet exercice ; au demeurant je l’ai lu avec plaisir et intérêt et je partageais son point de vue avant même qu’il ne l’exprime.

Mais je n’ai pas manqué de noter que la particularité de l’espèce que constitue la disposition des épaules et la capacité à projeter des objets (des armes) étaient passées sous silence.

J’en conclue que M. Picq lorsqu’il regarde les championnats du monde d’athlétisme ne voit que les gazelles éthiopiennes et ne s’intéresse pas aux musculeux (souvent poilus) lanceurs de poids lettons.

Comme je le comprends.

Vive Hussain Bolt.

 

6 août 2017    L’esprit taquin mais toujours naïf.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 mai 2018

L’Histoire en partie double

 

 

Sans y parvenir pleinement, j’ai tenté d’être comptable de mes actions. Des choses peut-être positives, des erreurs, des fautes ont ponctuées mes rapports avec l’autre et je crois avoir la sagesse de ne pas trop me tromper sur la faiblesse du personnage que je continue de construire et qui réside pour l’heure chez moi, dans mon corps.

Mais je ne suis pas le comptable de mes actions. Je ne fais pas de bilan et je ne regarde pas de compte d’exploitation. Ma vie n’est pas inscrite en partie double dans un livre de comptes qu’une autorité indépendante et supérieure aurait à examiner et à certifier sincère et véritable.

Cette notion de comptabilité en partie double implique d’une certaine façon que toute action soit par nécessité, mise au crédit d’un compte et « en même » au débit d’un autre.

 

Plus généralement.

L’histoire apparaitrait alors comme une vaste comptabilité des actions humaines dans laquelle apparaitraient sur certaines lignes des crédits alors que sur d’autres postes ces mêmes actions seraient débitées.

Les actions de l’homme, individuelles ou collectives s’accompagnent toujours de conséquences sur d’autres, ne serait-ce qu’au titre de la consommation ou destruction des ressources de la planète.

La chose est évidente dès qu’on observe les actions d’un groupe important en relation avec un autre groupe important : les nations entre elles.

Elle est évidente dans les rapports que chacun entretient avec ses proches.

L’enjeu est toujours la propriété d’un « quelque chose » qui met en rivalité des individus ou des groupes.

Propriété du sol, du gibier, de l’eau, des femmes et même des idées, des croyances, des mythes, des fables.

En toile de fond de ces rivalités, cause et conséquence, on trouve toujours le jugement d’un groupe sur l’autre : sa force mais aussi une sorte de valeur intrinsèque, essentielle qui mesure la capacité créative du groupe et sa résilience. Langue, religion, capacité productive différentes et les groupes ne se mélangent pas et les conflits qui ne se terminent pas par le génocide absolu durent et durent et nous les vivons toujours.

 

À un moment donné et d’un point de vue donné, un témoin pourrait qualifier les crédits historiques de positifs et ferait passer les débits au rang de désagréments inévitables avant que d’apurer les comptes.

Positifs, pour un esprit tourné vers le Bien, signifie Juste et le négatif des débits ne serait que l’usure du temps et le flot du destin.

L’histoire serait donc l’empilement d’une incessante succession d’actions légitimes, dites Justes en regard de la même succession de conséquences inévitables et pourquoi-pas injustes.

La force qui est, chacun le sait, la mère du Bon Droit est l’autorité qui fait classer telle ou telle action dans la colonne des crédits ou dans celle des débits.

Et c’est la force qui fait disparaitre le compte des perdants de l’histoire en faisant disparaître les perdants eux-mêmes. L’apurement des comptes est toujours de l’épuration.

Ou simplement le voile de l’oubli et de l’ignorance.

 

Avant que la force et l’oubli n’aient fait leur travail de solde, l’histoire nous place sur le stade où s’affrontent des actions et leurs oppositions qui sont des réactions ou à minima des défenses.

Avant que n’intervienne l’oubli et que le flot du destin n’ait fait disparaitre les objets historiques, l’homme vit une fraction, infime dans le temps, de ces mouvements et cherche à en pénétrer les mécanismes pour pouvoir y participer ou s’en tenir éloigné s’il le peut.

Politique et morale s’entrechoquent dans ces efforts que nous faisons pour comprendre et juger les événements dont nous sommes les témoins.

Nous ne sommes pas aidés par la mémoire, car la mémoire nous offre une lecture des causes de ces affrontements et implicitement oriente notre jugement vers la punition des fautes comme nous les percevons et l’indemnisation des torts que nous reconnaissons.

Il nous est donc impossible de juger d’une situation historique sans qu’elle ne soit déjà perçue à travers le prisme de ses causes. Si bien que le jugement que nous portons ne concerne plus tant la situation présente mais davantage, je reprends le mot, le solde historique arrêté à tel ou tel moment dans le livre des comptes. Nous ne savons pas voir une situation comme un objet nouveau mais nous la percevons toujours comme le résultat d’un passé sur lequel notre jugement –légitime ou non- s’est déjà exercé et à propos duquel nous avons déjà pris parti.

 

Ces parti-pris sont des œillères qui guident notre regard : il n’existe aucun moyen d’objectiver l’histoire et encore moins l’histoire en train de s’écrire.

 

Ce qui vient à l’esprit pour illustrer le propos est inévitablement le cancer palestinien.

 

L’armée israélienne, sur les ordres du premier ministre, encouragé par le support américain (n’en doutons pas) ouvre le feu sur des manifestants massés derrière un fragile rideau de barbelés.

Les manifestants ne sont pas munis d’armes à feu mais ils lancent des projectiles et possiblement des cocktails Molotov. Pour Tsahal, il est hors de question qu’ils puissent conduire leur action jusqu’à pénétrer sur le territoire israélien. 60 morts et 3000 blessés plus loin, nous nous posons la question : où sommes-nous dans le livre des comptes ?          

 

Les habitants de Gaza souhaitent retrouver les terres qu’ils ont perdus 70 ans auparavant dans d’autre partie d’une Galilée oubliée et depuis longtemps disparue. Depuis longtemps ils sont parqués, emprisonnés dans un bagne. Les arabes entretiennent avec soin ce foyer de mécontentement comme les hommes anciens entretenaient leur feu, avec soin et en prenant grand soin qu’il ne s’éteigne.

Par haine du Juif et haine du sionisme. Par haine d’Israël.

Les israéliens ont-ils fait tout ce qu’ils pouvaient pour que cet état de fait ne dure pas ; ont-ils tenté de traiter l’abcès avant que n’éclate le bubon ?

Quoiqu’il en soit, Ces palestiniens ont été victimes d’injustice.

 

En contrepoint, injuste, au cours de l’histoire furent les traitements constamment infligés aux populations juives, traitements qui trouvent leur acme avec l’holocauste de la solution finale. Oublions –ce n’est pas difficile- les Hittites et les Égyptiens, les Assyriens et les Perses, puis les Grecs et contentons-nous de commencer avec le protectorat romain et la naissance du christianisme, enfant turbulent de la religion « canal historique ». Oublions –c’est moins facile- les Croisades et leurs exactions : l’intrusion n’est pas réussie, la greffe en prend pas ; finalement l’arrivée de l’envahisseur mahométan est perçue comme une libération…

Et l’histoire des hébreux n’est qu’une longue succession d’injustices et de pogroms et de massacres avec en point d’orgue l’holocauste. C’est ainsi que peut être perçue la « cause » des populations rattachées d’ailleurs de façon variable, à un peuple juif. C’est ainsi que l’habitant juif d’Israël perçoit l’histoire de son peuple. Si l’on rajoute qu’il s’agit du peuple élu…

 

Israël fut réimplanté par les Britanniques autour de l’ancienne cité de Jérusalem. Replanter un arbre antique n’est pas aisé. Jérusalem est alors une cité historiquement hébraïque mais largement christianisée, puis islamisée et arabisée et longtemps ottomane. Les arabes résidants au pays des Philistins, la Palestine n’ont pas la mémoire de cette histoire et n’entendent pas les voix du passé : ils se croient chez eux. Le sioniste, déçu d’un mauvais accueil n’a pas le pied léger ; il a la main lourde et affirme sa présence, ancré dans son bon droit et aiguillonné par le souvenir des avanies historiques.  

 

Heureux les simples d’esprit et les esprits simples qui peuvent dans cet empilement historique choisir la ligne des crédit-débit à partir de laquelle ils feront le compte des torts causés et des torts subis par les protagonistes d’un drame historique aussi vieux que l’histoire. Et même, heureux sont ceux qui, dans cette confusion, parviennent à distinguer les protagonistes, chaque groupe étant divisé en fraction et en faction selon un éventail de sensibilité allant de la complète acceptation du point de vue opposé jusqu’au déni simple de son droit à exister.

Hélas dans ces choix, les extrémismes triomphent toujours car ils offrent précisément la simplicité et qu’ils s’incarnent le plus souvent dans des personnages outranciers mais intelligibles.

 

Était-ce une erreur de choisir comme illustration de ce propos le conflit palestino-israélien ? Il est si proche de nous et tellement étranger que nous croyons pouvoir l’examiner d’un point de vue clinique, tel l’historien qui s’interroge sur Louis le onzième ou sur son fils, promoteur d’aventures transalpines ou sur d’autres noms de l’Histoire de France.

Sans passion et sans avoir à choisir de cause.

Il n’en est rien car le monde des arabes nous concerne, Ô combien, et dans notre pays être juif et israélite constitue un signe distinctif et –comme on dit maintenant- un marqueur social.

Il eut été préférable de se limiter à évoquer les Guerres d’Italie qui sont, elles, réellement devenues de l’histoire.

 

Il est heureux que je n’ai pas suivi ma première inclination qui était, plus naturellement encore, d’imager ces évidences en évoquant le passé colonial et  l’histoire de l’Algérie Française (puis plus française du tout) et les séquelles de cette histoire proche que nous vivons aujourd’hui dans la confusion et avec la plus grande maladresse.

 

Que le lecteur me sache gré de n’en avoir rien fait.

 

20 mai 2018

 

 

 

 

 

 

 

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19 mai 2018

Femmitude ou la libération de la Femme

  

2018

Jadis et naguère la terre était peuplée par des animaux.  Une espèce animale jouait un rôle particulier : cet animal dominait l’univers et son appétit des richesses du monde était immense.

Jadis, car cette espèce fut très longtemps présente sur la planète et naguère car elle n’a, pour ainsi dire, disparue qu’à une date récente, proche de nous.

Cette espèce qui se désignait elle-même par le nom savant d’Homo Sapiens se reproduisait par voie sexuée. Il existait entre des individus de l’espèce des différences de nature et de fonction qui les spécialisaient dans l’accomplissement, pour se reproduire, de tâches distinctes. On distinguait alors les mâles et les femelles ; cette distinction pouvait se faire aisément car les mâles et les femelles présentaient des caractéristiques physiques et mentales différentes : on ne pouvait s’y tromper.

Cela s’appelait le dimorphisme.

De nos jours, un grand nombre d’espèces animales qui fréquentaient par nécessité le Sapiens ont disparu ou sont en passe de disparaître. Celles qui survivent sont « cultivées » c’est-à-dire domestiquées et prêtes à être consommer.

L’espèce humaine s’est scindée en deux sous-espèces : les Hommes Mâles et les Hommes Femelles, couramment appelées Femmes.

La séparation n’est pas encore achevée totalement et pendant une période transitoire les deux sous-espèces vivent encore dans une confusion qui devrait bientôt cesser.

La confusion est due au fait que chacune des sous-espèces en question, quoique clairement définie, rencontre des difficultés pour assurer sa reproduction sans recourir au service de l’autre.

Le problème n’est pas à prendre à la légère : il y va de la survie des deux nouvelles espèces-en-puissance qui prendront pleinement leur place lorsque ces difficultés reproductives auront été résolues.

Exprimé trivialement, il faut que les Hommes-homme « inventent » des ventres et des ovocytes fabriqués par leurs soins afin que leurs spermatotrucs trouvent chaussures à leur pied.

Tout aussi trivialement, il faut que les Femmes (Homme-femelle) inventent des spermatotrucs dans des laboratoires de biologie reproductive pour féconder leurs ovochoses.

Il se peut qu’un accord entre représentants des sous-espèces permette dans un effort commun de résoudre ensemble cette délicate construction de bio-engineering.

D’autres voies peuvent être explorées pour résoudre ce problème de la reproduction des individus de chaque sous-espèce.

Une première réponse évidente est de pas mourir et au moins de vivre beaucoup plus longtemps : plus besoin ou moins besoin de fabriquer des petits d’homme qui de toute façon arrêterons de travailler et de cotiser bien trop tôt pour assurer la pitance des anciens toujours jeunes. Les spécialistes du transhumanisme sont en pointe sur ce sujet.

On écarte l’idée de recourir aux personnes issues de l’immigration, ce qui aurait constitué une réponse au siècle dernier, les hommes-d-ailleurs fournissant des spermatrucs et les dames-d-ailleurs des ventres avec ovochose, garnis en somme, avec tous les accessoires. Pourquoi les populations immigrées toujours abondantes ne seraient-elle pas également concernées par la définitive séparation des sous-espèces, fut-ce avec un léger retard bien compréhensible considérant le décalage culturel que leur impose cette démarche ?

Le processus doit donc se réaliser entre soi, dans chaque sous-espèce sans intervention d’individus de l’autre et nous restons devoir résoudre ce problème par culture du matériel approprié par chaque sous-espèce pour son usage propre. Un technicien de l’élevage fera remarquer qu’il faut bien au stade initial faire une entorse à ce principe :

Pour que les Femmes élèvent des spermachoses, il leur faut pour amorcer la culture un stock initial à partir duquel l’élevage se développera. Le choix de ce stock initial et sa composition sont des points importants de même que l’entrée des produits sur le marché. De nombreuses questions se posent sur le rôle de l’État et sur la réglementation qui ne peut manquer d’accompagner ces fabrications nouvelles.

Symétriquement les Hommes-homme devront à partir d’ovocytes-souches organiser des fermes à ovocytes et en organiser la commercialisation. Pour le ventre artificiel, la chose parait plus simple et normalement  n’importe quel bon brasseur ou distillateur devrait sans difficulté pouvoir mettre au point une sorte de cornue à bébé avec placenta de synthèse, produit finalement plus facile et disons-le, plus hygiénique à gérer qu’un ventre du temps passé.

Inutile de préciser que les organisations qui luttent contre toute forme de discrimination sont très attentives et suivent ces développements avec une vigilance accrue.

On notera que dans les contraintes qui viennent d’être exposées, on a utilisé à juste titre le mot souche pour qualifier les spermatozoïdes ou les ovocytes des stocks de départ : ces groupes de cellules sont souche car elles vont se reproduire et elles vont faire souche pour l’espèce qui se développe à partir d’elles.

Soyons optimistes et disons que ces dernières démarches techniques ne sont que des détails qui sont en passe d’être réglés : plus rien ne peut freiner la séparation qui devient définitive.

Nous vivons désormais sur une Terre sur laquelle cohabitent les Hommes et les Femmes.

On ne peut que saluer cette reconnaissance de la Femmitude trop longtemps retenue prisonnière dans les forteresses de l’Humanité.

Les deux espèces ne dépendent plus l’une de l’autre. Plus spécialement les Femmes ne sont plus dans l’abjecte sujétion que représentait, jadis et naguère, leur relation avec les Hommes et les Hommes ne subissent plus les foucades, sautes d’humeur et dépenses excessives en sacs à main qu’ils subissaient,  jadis et naguère.

Le monde connait une harmonie nouvelle.

 

2118  (extrait de presse)

    « Un véritable break-through dans le monde scientifique : des chercheurs de l’institut de biologie appliqué de Vladivostok associés à des équipes coréennes ont mis en évidence qu’il était possible par des procédés d’hybridation relativement simples et peu coûteux de réaliser des petits d’Homme ou des petits de Femme en mettant en contact –et c’est là où réside la partie confidentielle de cette nouvelle- des échantillons dûment sélectionnés d’Homme et de Femme selon un protocole encore tenu secret.

Un des problèmes qui reste à résoudre réside dans le fait que ce nouveau procédé –par ailleurs- prometteur, est que le petit ainsi produit serait indifféremment un Homme ou une Femme. Gageons que les équipes de Vladivostok sauront trouver une réponse et que, à la demande, ce protocole permettra de fabriquer des Hommes ou des Femmes sans que le hasard ne vienne perturber les nécessaires équilibres existant entre les deux espèces.

Des économistes Hommes (on ne connait pas d’économiste Femme) ont émis la crainte que cette avancée scientifique ne remette en cause l’existence même des filières de production de matériel génétique gérées par les Hommes et par les Femmes. Ces économistes pensent que cette mutation schumpetérienne aurait des conséquences sérieuses sur le PIB des Hommes comme sur celui des Femmes. Il est trop tôt pour imaginer que cela conduise à envisager un PIB commun. »

 

Cette petite blague est écrite en pensant à deux personnalités. Margaret Atwood dont l’imagination m’a séduit  depuis longtemps et Marlène Schiappa pour la même qualité. Au fil du temps Marlène exercera-t-elle la même séduction ?

Cette petite blague est surtout écrite en reconnaissance des progrès immenses que font réaliser à l’humanité dans son ensemble les mouvements féministes.

 

19 mai 2018

 

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13 mai 2018

Trump en images

 

Ce matin, je m’suis dit : Faut que ça sorte. Ça tourne dans ma pauv-petite tête toute usagée et ça ne prend pas forme. Ça reste en vrac et je suis dans la confusion.

Quelle confusion ? Une autre part de moi-même s’insurge. Aucune confusion, tu sais très bien ce que tu veux dire ; simplement, tu butes sur la forme que tu devrais-pourrais donner à ton propos.

J’ai du Macron et du Trump dans la tête.

Pour Macron, c’est finalement plus simple. Tu démarres sur un de ses derniers entretiens, puis tel le bonimenteur moyen du journal (télévisé ou imprimé) tu notes tel aspect de sa personnalité, traduit ou reflété par telle facette de son propos. Tu n’oublies surtout pas Ricoeur et la banque, et le tour est joué, tu tiens ton personnage. Il ne te reste qu’à gloser.

Pour Trump, c’est moins facile. Parler de Trump, c’est aborder le monde des Titans et des Cyclopes. Le monde du Chaos. Ces créatures de l’imaginaire antique obéissent à des forces brutes et donc brutales ; leurs logiques sont des logiques d’absolu où ne se glissent pas les notions d’équilibre, de mesure ou de simple sens commun. Elles agissent constamment par le tout ou rien et complication divine que provoque leur puissance totale, elles n’ont pas à justifier leur action ou à leur donner la moindre cohérence. Elles se meuvent au bon plaisir de l’instant. Même Agnès Fulda y perd son latin ou son linéaire B.

Ami de la facilité, je commence donc par Macron.

Quelle intelligence, quelle culture, quel esprit d’analyse, quelle femme charmante, quel personnage romanesque, quel sens de l’autorité de l’État !

Et si on le compare à ses prédécesseurs, quelle différence !

Voilà le truc, je n’ose pas dire l’entourloupe. Il est un tel progrès par rapport à la longue et interminable dégringolade Mitterand-Chirac. Il est un tel progrès sur ce brouillon maladroit de Sarkozy, tout empêtré dans la crise de 2008. Il est un tel progrès sur Culbuto, l’ineffable invertébré. Qu’on se prend à espérer.

Ardant comme l’homme jeune qu’il est, il séduit de larges segments de la France du centre droit et plus précisément de ce que j’appellerai la France productive, celle qui travaille pour produire de la richesse, de l’emploi et possiblement du Bien Commun. Il est apparu, je l’ai dit, comme le Divin Enfant.

Il la séduit, cette France, au point que désireux de lui laisser toutes les chances de réussir, elle ne voit pas ses défauts, ses lacunes et ses absences. Elle ne voit pas ou ne veut pas voir les sottises qu’il fait ou qu’il nous promet.

La liste est longue et les propos du Naïf n’ambitionnent pas de couvrir ce sujet.

Je ne parle pas des petites bêtises que l’exercice du pouvoir dans un pays aussi compliqué que le nôtre rend quasi-inévitables. Je ne parle pas des APL ou des 80 km/h qui sont comme des trous d’air dans le vol d’un gouvernement qui par ailleurs cherche son allure de croisière.

La réforme de la SNCF n’est-elle pas un de ces dossiers dans lequel on voit plus de vide que de plein mais qui présente un bel exemple de la cure qu’il convient d’appliquer à l’ensemble de la fonction publique.

Quant à la reculade de NDDL, je peine à la classer parmi les bévues anodines…

Non, je parle de sujets hyper... diraient les enfants, hyper importants et dont on ne fait aucune mention.

Je pense à la réforme fiscale qu’on attend. Sur ce thème, on ne voit que des bricolages embarrassés sur les impôts locaux à supprimer un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ; ou bien la Sapiconnerie absolue du prélèvement à la source dont on peine à entendre le début du premier mot d’une justification.  Mais qui va bien se mettre en place.

Je pense à ce non-sens cristallin du Service National revisité, ni civil, ni militaire, ni même tout à fait service. Il est bien évident qu’un mois de colonie de vacances après quasiment une vingtaine d’années de cure d’analphab(ê)tisme en ÉducNat va renforcer la cohésion nationale, sans toutefois assainir les comptes publics.

Je pense surtout à la définition de la politique énergétique du pays. Cette question est une friche absolue laissée à d’improbables squatteurs de la vie publique, à des pitres de l’écologie militante et inculte.

Se déroule en ce moment une consultation populaire qui doit aider à élaborer un programme de fourniture en énergie pour la décennie à venir. Le Gouvernement de la République laisse le dossier entre les mains d’un « collaborateur » de l’histrion-ministre… L’histrion en question est autorisé à s’exprimer pour nous dire que nous ne sommes pas désireux de savoir si nous disposerions de ressources énergétiques ou pire, que nous sommes désireux de ne pas savoir si ces ressources existent. Évidemment, ce ne sont pas des choses qui méritent qu’on s’y attarde puisque la dépense en achat d’énergie (dépense tout fait incompressible) ne s’exprime qu’en centaines de milliards et on peut garantir son envol prochain et un doublement probable.

Et puis, chef d’œuvre absolu, la Loi de Transition énergétique est gravée dans le marbre.

Ségolène a promis qu’on fermerait les centrales nucléaires ; il ferait beau voir qu’on revienne sur cette promesse. Le mouvement ne s’arrêtera que lorsqu’EDF aura rejoint Air France et la SNCF sur la liste des « Fleurons Nationaux Faillis ».

Je pense à la dépense publique.

Mais j’ai déjà radoté toutes ces choses et je constate, navré en diable, que notre Président touche-à-tout a une fâcheuse capacité à ouvrir des tiroirs vides ou pleins de poussière tout en évitant soigneusement les sujets qui font mal et qui requièrent d’être traités autrement que par de prétendues consultations populaires.

Curieux que des sujets de cette nature ne soit pas considéré par Macron comme des sujets fondamentaux, curieux mais hélas, trop facilement explicable. Car il s’agit de problèmes à la jonction de l’économique et de la technique. Hors, il est patent que les Ingénieurs, les Techniciens, ceux qui au moins jusqu’à un certain point savent comment marchent les machines, tous ces gens ont disparus de la vie publique.

Il y aurait bien le Polytechnicien occasionnel mais le brave garçon, sitôt sorti de l’École a filé en droite ligne dans une propé hâtivement cuite à SciencePo avant que d’intégrer l’ENA, comme une prise de guerre d’une tribu sur la tribu rivale : histoire de Hurons et de Comanches, en somme. Il deviendra définitivement Huron en rentrant au cabinet d’un sachem ministre en affaires de ceci ou de cela. D’expérience industrielle, de métier, de mission il ne sera jamais question et il deviendra du personnel politique ordinaire.

On utilise le mot technocrate pour qualifier ces personnels de l’administration qui peuplent nos ministères et en justifient les budgets : crates peut-être, technos sûrement pas.

Macron laisse donc déjà et « en même temps » un goût d’à peu-près, une odeur de brouillon, une ébauche sans architecture et du bruit sans mélodie.

Trump est un autre personnage et quel personnage !

Parlez de lui fait surgir trois images lesquelles se superposant, se confondant nous en donneraient une caricature-estampe comme les dessinaient les illustrateurs des journaux satiriques du 19ème siècle.

 

La première de ces images est celle de l’Ubu Roi qui éructe sur la scène (internationale) ses tweets de merdre. Elle est séduisante, cette image. On l’entend bien actionner la pompe à phynance, on l’entend nous dire « je veux m’enrichir, je ne lâcherai  pas un sou » ; on le voit manier le crochet à Nobles et disgracier les magistrats ; il proclame qu’il recommande la torture avec délice et publicité. Et la mère Ubu, « lui en a-t-elle tirée des carottes » ? Séduisante l’image car le fantasque et le bouffon éclatent et sidèrent comme éclate et sidère l’invraisemblable trumperie à laquelle nous assistons. Mais la farce ne suffit pas.

Cette farce qu’il nous joue est une manipulation du Destin.

Autre image qui nous vient des temps pré-olympien quand Cronos régnait et que des puissances obscures qu’on ne savait comment adorer et apaiser laissaient l’homme seul dans son effroi. Le temps des Titans, des Cyclopes, le Temps qui nous entraine vers le Chaos. Cette image « marche » bien, elle aussi. Un personnage improbable et totalement hors-jeu désorganise un monde dangereux et incertain pour le transformer en quelques instants en un abime noir et profond dans lequel, tel un démon, il entraine toute l’humanité impuissante. Ce qui accentue cette face démonique du personnage est la versatilité et l’imprévisibilité des décisions prises qui apparaissent parfois comme de simples revers du destin. Cependant, c’est lui faire bien de l’honneur que de le faire s’asseoir, fut-ce par moquerie, à côté des Dieux antiques et cette image est trompeuse car en réalité la véritable image qui formera le fond de notre caricature est celle du chef de clan des âges farouches.

 

Oui, c’est à l’homme des cavernes, au troglodyte qu’il faut recourir pour comprendre notre héros. Il est celui qui règne sur son clan de manière absolue ; il est celui qui possède la plus grosse massue et le plus gros sexe ; il est celui à qui on ne peut résister, devant qui il faut s’incliner et dont la parole devient loi. Il est le roi du Deal.

C’est une promotion que de passer d’une demi-mafia newyorkaise au statut de gros méchant des temps anciens.

Dépassés les Mobutu, les Kabila, les Mugabe, enfoncés les Imin Dada, les Taylor et tous les dictateurs africains de pacotille avec leurs coupecoupes et leurs kalachs. Bienvenue au Tyrano Rex de la puissance totale qui obéit à ses pulsions puisqu’il en a les moyens. Il est le négatif de notre Macron qui a –peut-être- une vision politique mais qui n’a pas les moyens de la mettre en œuvre et qui rame, qui rame, qui rame…

 

E5 Trump1

 

 Puissance totale financière et monétaire. Et militaire.

Notre homme tient l’Europe et un bon nombre de ses alliés-amis-affidés par les burnes et nonchalamment appuyé sur son gros gourdin, il peut décréter que l’Otan fera ceci ou cela, se retirera ou pas, agira ici ou là ; il peut décréter que Total ne fera pas de gaz en Perse ou qu’Airbus peut déchirer ses contrats comme on jette un vieux ticket de loterie lorsqu’on n’a pas tiré le numéro favorable. Il est le King Dollar.

Négocier, pourquoi ? Son Dollar, arme de destruction massive entre les mains de la Justice américaine, permet tout et donne le pouvoir absolu, bien supérieur à celui d’un appareil militaire pourtant écrasant.

Les forces armées américaines grosses d’un million et demi d’hommes sont présentes dans un peu plus de la moitié des pays des Nations Unies. Les performances de cette armée sont discutables et l’expérience nous montre qu’une fois passé le stade du déluge de feu, sur le terrain des guerres asymétriques le soldat américain n’est pas le personnage de légende que nous présente Hollywood. Mais il a, sinon de les gagner, le pouvoir de déclencher des guerres qu’il ne finira pas.

En cela, le Trump, homme à la massue sorti des romans des frères Rosny rempli-il ainsi le rôle de messager du destin affublé des habits du pitre.

 

Je ne suis pas convaincu d’avoir quitté les rivages de la confusion mais j’ai sorti mes images de là où elles venaient : ma pauv-petite tête toute usagée.

 

13 mai 2018.

Signe des temps : jour de commémoration, anniversaire du mois de mai 68. Je tends l’oreille et j’attends en vain : pas la moindre évocation du 13 mai 58. Ma mémoire suffira-t-elle à réparer cet oubli ?

 

 

 

 

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05 mai 2018

L’artefactisation (2nde partie) : L’homme sous cloche

 

 

Quand j’étais enfant, sur le buffet Henri II de la grand-mère ou sur la commode du salon se trouvait communément, toujours, un objet de valeur, valeur sentimentale le plus souvent, dûment protégé des mains des petits par une cloche de verre. Être sous cloche était le signe d’une grande sacralité. Ainsi traitait-on les objets de mémoire.

 

Les cloches de verre ont disparues ; elles n’abritent plus la pendulette ou la photo du poilu ou la couronne de la communion de la petite. Ces choses du siècle dernier n’existent plus que dans ma mémoire et le meuble IKEA ne connait pas la cloche de verre. Il me faut avouer aussi que lorsque je dis siècle dernier, je parle naturellement du 19ème siècle. S’agit-il d’un « effet retard » qui ferait que des adhérences anciennes persistent qui nous font ne pas oublier complètement ce que furent nos parents ?

 

J’en étais encore à mes histoires d’artefactisation et à mon jeu de mot. Artefactisation pour ne pas dire marchandisation ou chosification ou ne pas utiliser le prétentieux couteau suisse de la réification. Mais tout ceci est à mettre dans le même panier : l’homme ne voit plus son semblable mais voit l’usage qu’il peut en faire, le profit qu’il peut en retirer, la jouissance qu’il lui apportera.

Tous les rapports entre les hommes s’effectuent sur cette ligne de crête entre le commerce légitime des membres d’une communauté large, au-delà de la famille, et l’exploitation, nécessairement marquée par de la violence, d’un individu par un autre.

 

Commerce légitime suppose autonomie de chacun et, audace du mot, liberté de chacun. Je suis dans l’utopie car la mosaïque des rapports entre les individus du groupe n’autorise pas cette liberté.

Mais il faut tout de même qu’il y ait l’autonomie physiologique sans laquelle il n’est plus d’individu.

Voici un nouvel animal : l’autonomie physiologique.

Je ne peux m’empêcher d’enfourcher mon dada et de parler d’autonomie énergétique : hydrates de carbone, protéines, un peu de graisse, mais pas trop et de l’oxygène. Donc calories, circulation sanguine et respiration, tube digestif et système de filtration, bref, la machine humaine primordiale avec les relations sensorielles requises dans un cerveau « à minima ».

Et sur un autre plan, l’autonomie de la pensée, plus délicate à définir, impossible à définir ; l’animal est farouche, ne se laisse pas cerner.  Pour simplifier, j’oublie les étages supérieurs de cette fusée, la transcendance mais il reste toujours les premiers circuits ; sensations, du nerf, que diable ! Et des enzymes, des chimies subtiles qui transmettent on ne sait quoi, de l’information dit-on de nos jours et crac-boum-hue, surgit l’image mentale et la pâte blanchâtre fabrique du mouvement, du mot, de la vie. Il faut bien revenir à ce gros mot là. La vie.

Alors, deux conditions : pour vivre il faut satisfaire aux deux : se nourrir et que le cerveau remplisse son rôle de metteur en scène du moment de vie que va interpréter l’homme qui vit.

Une autre formulation : la machine donne l’apparence du fonctionnement si elle se nourrit ou si elle est nourrit, mais l’homme ne vit que si sa tête fonctionne elle aussi. Ce qui ne signifie pas qu’elle fonctionne comme il le faudrait, mais ceci est une autre histoire.

 

Où veut-il en venir se dit le lecteur ? Pourquoi remuer pompeusement de telles évidences ?

 

Vincent Lambert.

 

Le 29 septembre2008, un accident de la route provoque un traumatisme crânien qui plonge Vincent Lambert tout juste âgé de 32 ans, dans un coma végétatif, dont il sortira pour atteindre un état de conscience minimal, dit 

pauci-relationnel.

Plus de cinq ans s’écoulent. Vincent Lambert est dans son lit et des tuyaux le maintiennent ligoté au monde des hommes, lui procurant le sucre et l’eau qu’il n’ingèrerait pas seul.  La sévérité de l’atrophie cérébrale et des lésions observées conduisent, avec le délai de cinq ans et demi écoulé depuis l’accident initial, à estimer les lésions cérébrales irréversibles. L'équipe médicale responsable de Vincent Lambert décide collégialement dans le cadre de la Loi, que le maintien des soins d’hydratation et d’alimentation constitue dans ce contexte une obstination déraisonnable, et décide de cesser peu à peu de l'alimenter et de l'hydrater.

Comme on dit de nos jours : le diable est dans les détails. Le détail en question est le « peu à peu » de la décision.

Ce « peu à peu » laisse le temps à des membres de la famille de saisir le tribunal administratif pour s’opposer à cette décision ; ce dernier ordonne en urgence le rétablissement de l'alimentation et de l'hydratation artificielle 17 jours après son lancement.

 

Débute ainsi le feuilleton, car le Tribunal administratif vient de déboucher l’urne de Pandore en déclarant implicitement que le désir de la mère de Vincent de maintenir en vie végétative son fils primait dans l’instant la décision légale prise par les responsables de l’équipe médicale et la femme de l’accidenté.

 

Je passe sur le feuilleton, toujours d’actualité, qui nous fait visiter comme dans un jardin à la française, propre et ordonné, le ministère de la Santé, le Conseil d’État, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, les Présidences de la République (1) et les cohortes d’experts et les Belles Âmes et Dieu sait quoi encore. Je ne vois qu’une seule lacune, Dieu justement : le Vatican n’a pas été sollicité ou du moins nous ne le savons pas ; oubli ou prudence épiscopale ?

 

Ainsi nous disposons d’un corps (humain) qui ne peut se nourrir mais qui respire ; ce corps dit le médecin n’a plus « sa » tête et cette dernière, à la différence de la queue du lézard, ne repoussera pas.

 

Certains, le médecin, la femme, une large partie de sa fratrie, le législateur considèrent alors être en présence d’un objet physiologique, victime du destin et c’est fort triste ; mais cet objet ne peut plus participer à la vie sociale qui est la nôtre. Il est inutile. La société ne peut manquer de considérer que la conservation de cet objet a un coût et que ce coût n’a aucune justification car le médecin déclare la guérison impossible : Vincent n’est plus un patient.

Pour ceux qui entendent ce propos et qui pensent qu’il n’y aucun sens à conserver indéfiniment l’objet en question, l’arrêt des soins semble légitime.

Il y a au moins deux personnes pour lesquelles la décision a une importance particulière.

Mme Lambert, la veuve, qui était une jeune femme au moment du drame et qui depuis dix ans voit sa vie saccagée par un drame que sa belle-mère entretient avec un soin scrupuleux en explorant toutes les ressources d’une justice prompte à mettre en cause le pouvoir de l’État et les décisions du médecin.

Je déteste et rejette cette idée répandue qu’on « doive faire son deuil » ; pour cette pauvre victime de l’accident (comme son mari) je souhaite simplement qu’elle puisse, non pas refaire, mais simplement poursuivre sa vie ; autrement qu’en auditrice impuissante des gémissements de sa belle-mère.

Je suis l’autre personne pour qui la décision est importante car je suis le citoyen qui observe une fois encore le flottement de l’autorité dans la gestion d’une décision prise (2) et le contribuable qui, depuis dix ans supportent la conservation d’un objet inutile dans le cadre d’un système dont on me dit qu’il est « au bout du rouleau ».

 

Pour d’autres, les parents et semble-t-il, surtout la mère le pauvre garçon est toujours en vie. Qu’il soit ou qu’il ne soit pas susceptible de retour à la conscience n’est pas le sujet. Il respire et son corps réagit parfois à des sollicitations extérieures. Il est facile, en réagissant à la brutalité de mon propos du paragraphe précédent d’adopter cette vue du drame. Le catholique ne peut pas être insensible à l’argument et chacun entend le désespoir de la mère qui s’exprime, et il ne s’agit plus d’un jeu de mot, par l’Espoir.

Sympathie et compréhension.

Je note que cet Espoir ne se contente pas de la prière pour se « faire entendre ». C’est un Espoir procédurier et diligent et tenace et influent et médiatique.

Qui paye ? Je ne sais pas mais quand on a la Foi, on ne compte pas.

Je note aussi que la belle-mère ne parait guère concernée par l’épreuve que subit sa belle-fille, la veuve. Étant « en même temps » naïf et cynique, je pourrais y voir une forme de rivalité de bonnes femmes à la sauce catho : la chose n’est pas rare.

Dix ans, c’est tout même long. L’Espoir pourrait se faner s’il n’était pas devenu une Cause.

 

Une nouvelle fois, la quatrième, l’autorité médicale responsable décide l’arrêt des soins et une nouvelle fois, hier, le 2 mai 2018, le tribunal administratif refile la patate chaude à une nouvelle commission d’experts, pardon un collège, désigné(e) par cette juridiction, qui de la sorte, s’en mêle sans s’en mêler. Le collège dispose d’un mois pour rendre son avis.

Je prends le pari que cet avis conduira à la nécessité de nouvelles études, de nouvelles expertises, de nouveaux avis et que les chœurs des pleureuses applaudiront les nouveaux délais ainsi accordés à « l’objet » de mon propos.

Rendez-vous fin mai.

 

Enfin, pour conclure et avec la brutalité qui me semble nécessaire après dix ans de pataugeage sentimentaux-catholiques, il serait temps de dire à Mme Lambert, la mère que si elle veut garder son fils pour elle, avec elle, toujours en elle, elle est bienvenue à le placer sur le manteau de sa cheminée sous la cloche en verre qui ne peut manquer de s’y trouver. Â ses frais.

 

Pour moi, Lambert, c’est de la dette.

 

Pour le propos du Naïf et sur le sujet de l’artefactisation, Lambert n’est pas en artefact réalisé mais un artefact advenu.

 

05 mai 2018

 

  1. 1.       19 janvier 2017 : Le président français François Hollande répond publiquement à une demande écrite qui lui avait été envoyée par François Lambert (le neveu de Vincent Lambert). Il refuse de prendre position ou d'engager une quelconque action envers le CHU, estimant que « ce ne peut pas être le président de la République qui en décide : c'est l'équipe médicale, c'est avec la famille ».
  2. 2.       Léonarda, NDDL, Facs-en-tout-genre et toutes les Zaderies tolérées. Jusqu’à l’interdiction évidemment faite aux Forces de l’Ordre de simplement se défendre.

 

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28 avril 2018

L’artefactisation de l’homme.

 

Ce n’est qu’un jeu de mot. Se poser une question, tenter de comprendre revient toujours à mettre un mot, des mots sur des images mentales qui flottent en nous et que nous brulons, animaux sociaux que nous sommes de « dire » aux autres.

Le mot qui, aujourd’hui m’arrête, mot que j’ai déjà souvent employé est le mot Artefact.

Il est largement répandu dans le vocabulaire des archéologues et des électroniciens (1) mais ici, on retiendra le sens général : un produit ayant subi une transformation, même minime, par l’homme et qui se distingue ainsi d’un autre provoqué par un phénomène naturel. (wiki)

C’est l’étymologie qui impose cette lecture : la chose est faite –par l’homme- avec un certain art : c’est une fabrication et il a fallu agir sur la nature pour produire cette chose.

La nature : vaste programme ou plutôt vastes champs d’action, ce qui d’entrée de jeu conduit à distinguer le monde minéral et le monde du vivant.

Pour l’action de l’homme sur le monde minéral, il n’est guère besoin de mener des analyses compliquées : la séquence commence avec la sélection du galet que David place dans sa fronde et se terminera avec le désastre nucléaire qui, auraient dit les anciens, nous pend au nez. Il aura fallu passer par les étapes de la pierre taillée et de l’essieu durci au feu, de la métallurgie « faite au bois » puis au charbon, de la vapeur puis au pétrole et à son fils ainé, le moteur à explosion pour aboutir à la merveilleuse omnipotence de la fée électricité. Comme aime me le rappeler tel de mes petits-enfants : T’occupe, je maîtrise !

Je ne partage pas son point de vue : nous ne maîtrisons rien et nous consommons tout. (2)

Cette course du/au progrès s’inscrit sur une courbe qu’on ne risque pas (merveilleux faux-sens inscrit depuis peu dans la novlangue)  « d’inverser » et qui est très semblable à la courbe de la consommation d’énergie dans le monde au fil de l’histoire.

Cette énergie, avant de la trouver dans le sol (on la dit fossile (3)) l’homme l’a d’abord et très, très longtemps trouvée dans le monde vivant et seulement dans le monde vivant, en fait jusqu’au charbon.

D’abord le bois consommé pour nous par le feu.

Le feu trouvé on ne sait où, mis dans la cage qui le désignera, puis tel le magicien d’Aladin sollicité à la demande par frottement ou par l’étincelle de la pyrite ; le feu qui mène notre monde.

Le bois qui construit la hutte puis la cabane puis le toit du Parthénon.

Et l’antilope qui devient vache, la chèvre et le mouton qui rentrent aux étables, et le loup qui devient chien et le cheval qui pour nous et avec nous fait la guerre de mouvement et tire l’araire.

Et l’herbe qui devient blé ou riz ou quelque autre céréale, ou salade ou tabac ou clé des rêves.

L’homme ne s’est pas contenté de consommer le vivant ; il l’a façonné et modifié à sa guise pour en augmenter la qualité et la disponibilité. Il ne mange et ne côtoie que le Vivant qu’il a fabriqué, je dirais trafiqué et pour clore ces évidences et justifier le jeu de mot, artéfactisé.

Mais l’homme par un de ces « en même temps » commodes, œuvre sur une autre matière vivante: lui-même ; elle est éminemment disponible et il peut exercer ses talents et son industrie sans limite.

Le plus prodigieux des artéfacts que l’homme ait réalisé avec et sur l’homme est le langage. La parole jetée sur l’autre rebondit et s’enrichit de chaque nouveau rebond pour devenir le mot qui supportera la pensée et qui, et qui…

Cela commence avec le lien social élémentaire, celui de la famille et cela continue après des millénaires d’Histoire –est-ce un achèvement ?-  par la rencontre entre Oncle Trump et Donald Kim qui vont prendre langue. Espérons qu’ils n’aient pas –une nouvelle fois- des mots.

Ref :  Le mot,  03 février 2018.  Retour sur le langage,  06 février 2018

 Mais le langage n’est pas le seul facteur qui ait modifié l’homme en l’éloignant toujours davantage de ses origines, de sa condition d’homo. Le langage,  cause et effet de la socialisation, s’accompagne d’un cortège de comportements et de conditions lesquels inexorablement, suivant des mécanismes secrets, provoquent des changements de l’animal. Il est toujours oiseux en ces matières de chercher à distinguer l’œuf et la poule et il faut se contenter de constater que les modifications sont advenues.

La science nous dit sur ce sujet des choses nouvelles, chaque jour, en détricotant l’ADN des anciens et en précisant du mieux possible leurs conditions de vie et leurs histoires.

En poursuivant le jeu de mot, on pourrait dire que le développement de l’espèce, son évolution et le progrès sont les résultats de l’artefactisation de l’homme sur l’homme.

Certainement ce schéma de développement d’une espèce s’applique à toutes les espèces ; la particularité de l’homme est qu’il effectue ce changement avec semble-t-il une extrême rapidité.

Et comment expliquer que certaines espèces semblent figées à un stade donné de leur évolution ?

Je ne parle pas ici de l’emploi d’objets ou des pratiques que l’homme met en œuvre pour vivre mieux ou plus longtemps. De tout temps il a été fait recours à la jambe de bois, aux béquilles et au fameux crochet du Capitaine en même temps que se psalmodiait l’incantation, s’administrait la simple ou que le Diafoirus saignait encore et encore l’agonisant.

Non, je parle ici de cette pratique que nous avons largement utilisée et que nous amplifions constamment à coup de progrès socio-technologiques qui consiste à utiliser l’homme comme une matière première disponible pour que d’autres hommes puissent en faire l’usage qui leur convient.

Tout de suite, on remarque que vient d’être donné une définition, insuffisante mais néanmoins assez explicite de ce qu’est l’esclavage, qui est certes fort mal considéré mais fort pratiqué sous de multiples formes. Dans l’esclavage, l’homme est pris dans son ensemble pour son travail d’abord, comme une source d’énergie, alternative diraient les écolos (bilan carbone médiocre : émet trop de GES) ou comme fantaisie sexuelle.

La chirurgie pour l’essentiel  a permis de ne pas faire que « le gros » et de passer « au détail » en traitant le corps humain morceau par morceau.

Sur les morts dans un premier temps ; le mort « frais », de fraiche date, dont les organes palpitent encore ; que l’on peut tel la pièce de rechange insérer à l’emplacement prévu à cet effet. Tout y passe, du plus rustique au plus sophistiqué, cœur, main, visage, que sais-je ?

Le mort est-il d’accord ? On ne peut le savoir mais notre législateur ou notre « réglementateur » nous dit que son consentement est implicite. Cela ne me choque pas, alors que certains, proches d’un défunt s’en offusquent, considérant que leurs lares et leurs pénates ont droit de propriété sur l’enveloppe du disparu ; qui doit être incinérée (c’est la mode, pas très écolo) ou enterrée (c’est la tradi, mais le foncier se raréfie) ou immergée aux caprices du fleuve (ailleurs).

Une réserve : De son vivant, on peut faire savoir qu’on ne participera pas à ce grand jeu de la casse aux pièces détachées pour bonshommes en panne mais il faut aviser « the powers that be ». Cela ne me concerne pas ; mon stock est périmé.

Mais enfin de la pièce détachée, il n’y en pas  que sur le mort ; le vivant offre 6 ou 7 milliards de petites surfaces, sortes de superettes ; et dans chaque petite surface, toutes les pièces sont disponibles. Sur le marché, pourrait-on dire. Il est donc inévitable que le marché s’empare du sujet et que la loi de l’offre et de la demande exerce ses effets bénéfiques. Il y a des pays producteurs et des pays importateurs ou plutôt des pays transitaires qui organisent l’échange entre le rein de l’un contre les dollars de l’autre, moyennant un tâcheron-chirurgien (de qualité) et une honnête commission.

En Chine, les gens sont mauvaises langues, il parait même que la chose est organisée par le Parti ou par l’Armée au profit des cadres du Parti ou des officiers généraux de l’Armée, la matière première et surtout le rein étant prélevé sur tel ou tel indésirable du régime. Le rein fait l’objet d’une forte demande et le tâcheron peut relever de la médiocrité ordinaire. Le rein ou le foie, c’est selon.

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Nous vivons une époque merveilleuse car à chaque augmentation de la dette, dette qui chacun le sait bien, est notre tsunami à nous, surgit telle une fleur née de l’humus un nouveau Droit ; ce nouveau Droit devient en un instant une plante puissante qui associée aux autres Droits participe à la luxuriante forêt des Droits qui embellit de son ombre protectrice notre Société de Progrès.

On notera que les Droits évoqués ici ne sont pas absolument identiques aux Droit de l’État du même nom ; cependant le Magistrat et le Législateur, hommes de Progrès font en sorte que, bon an mal an, les différences entre ces entités disparaissent : cela s’appelle la jurisprudence et l’évolution sociétale. En prime, cela confère au Magistrat un certain rôle politique que l’esprit de nos Loi aurait vocation à ne pas lui conférer.

Quel est ce Droit nouveau qui me chatouille ou me gratouille ?

C’est un de nos dernier produit garanti « pur individu autonome », garanti sans contraintes sociales, garanti « tout déconstruit » et ne contenant que de faible quantité de sens des responsabilités. Aux Normes Européennes. Je parle du Droit à l’Enfant.

C’est un Droit lié nous dit-on à un irrépressible Désir. Je veux dire le Désir d’Enfant. (4)

Du désir d’enfant résulte naturellement le droit à l’enfant car notre société ne saurait consentir à moduler un désir aussi légitime puisqu’inscrit dans les gènes et dans les Lois divines et variées.

Il est précisément inscrit dans ces registres comme une nécessité de l’espèce et, par essence, comme une capacité de l’espèce. C’est ici le point important : dans ce cadre des lois naturelles et de beaucoup de lois des hommes les deux notions sont indissociables : je peux faire des enfants et j’ai le droit de faire des enfants. Droit et Capacité ne sont pas distinctes mais nécessairement siamois. (5)

En oubliant cette association on arrive au Droit à l’Enfant pour tous ; merveille d’égalitarisme, tous pareil, tous les mêmes droits, tous assistés et pris en charge, tous dépersonnalisés.

L’obstétrique s’enrichit alors des artifices du bricolage.

Le sperme de papa sur le marché, l’ovocyte de maman au frigo, le ventre de la roumaine sur étagère et, on en rêve, le tube à essai de dimensions appropriées avec liquide amniotique de chez Mylan ou Biogaran, livré en 24 heures par Amazon si vous êtes Prime. (6)

Applaudissement des belles âmes : le progrès est arrivé et l’heure du bébé pour tous a sonné.

L’heure du bébé qui est l’heure de la fabrication du bébé. Si Ikea ne s’obstinait pas (manque d’envergure commerciale) à faire dans le meuble, que ne pourrait-il faire dans le domaine du kit à assembler soi-même ? Et puis un nouveau bébé, c’est un peu comme une voiture neuve avec son cortège d’odeurs et de gadgets à découvrir. Ce sont des moments merveilleux dont nous avons tous le droit de bénéficier. Si j’étais cégétiste, j’y verrais un acquis et je ferais en sorte que le droit du travail s’enrichisse de cette possibilité...

Ridicules les pauvres gens qui s’obstinent à faire leurs bébés par des méthodes archaïques et, je le dis, pas toujours très hygiéniques ; à l’ancienne, au feu de bois en somme.

J’arrête. Je ne devrais pas ricaner sur ce sujet car au bout du compte et que ce soit bricolage ou pas, à la fin il y a un enfant qui a, lui, réellement des droits et plus précisément le droit de savoir qui il est, de connaître sa naissance, pour le meilleur et pour le pire. Un enfant qui a le droit de savoir qu’il n’est pas le « produit » d’une fabrication réalisée dans le but de satisfaire un besoin supposé suivant une nécessité à laquelle le futur « Possesseur » n’aura pas été capable de répondre.

J’ai coutume de dire qu’un enfant advient : il est à la fois avenir et aventure. Avenir et aventure de l’humanité. Il est une surprise.

Ce n’est pas un artefact et la surprise ne se trouve pas dans un paquet entouré d’un ruban chez le faiseur du quartier.

 

28      avril 2018

1.        En archéologie, les artéfacts constituent une partie du mobilier, en même temps que les structures qui relèvent de l'immobilier, l'ensemble formant ce qu'on appelle un contexte archéologique. Le mobilier se compose des artéfacts, objets fabriqués par l'homme, et de prélèvements qui peuvent relever de l'environnement (sols, encaissant, pollens...) ou résulter d'activités humaines (faune, charbons, graines récoltées, etc.). Un artéfact est aussi un effet indésirable, un parasite par exemple en électronique

2.        Les belles âmes qui croient que l’humanité va cesser de consommer pour tel ou tel motif impérieux n’ont pas pris conscience que ces préoccupations d’économie ne sont que la traduction vaguement culpabilisée de ceux-là même qui consomment presque tout et que le souci qu’ils expriment ne peut être partagé par ceux qui n’ont rien et ne consomment pas

3.        Il faut « fouiller » pour trouver cette énergie

4.        Le désir d’enfant. J’ai ressenti parfois et très brièvement ce désir mais je peine à croire qu’il soit une force et une urgence réelle chez la plupart des personnes qui l’exprime. Je crains qu’il ne s’agisse plutôt de la satisfaction d’une sorte de conformisme « sociétal ». Suis-je trop cynique 

5.        Droit et capacité. La procréation n’est pas le seul sujet à propos duquel ce découplage intervienne. Je mets dans ce panier d’une façon assez brutale : l’ÉducNat et l’accès à l’Université et summum de la chose un droit égal pour tous à travailler ou (rayer la mention inutile) à ne pas travailler.

6.        Produit générique, voyons !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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