Le Naïf dans le Monde

08 octobre 2018

Méfiance : un ectoplasme peut toujours en cacher un autre

 

Il faut distinguer deux formes de vacuité dans la façon dont le monde de la vie politique s’est emparé de la pensée écologique.

Le vide idéologique pur, cristallin, parfait qui repose sur le déni constant des réalités économiques, géopolitiques et surtout démographiques. C’est le vide du croyant qui prie un Dieu (lointain car absent) afin que l’humanité change de trajectoire dans son ensemble et retrouve une communion primordiale avec la Terre, la Nature…

C’est aussi, fréquemment, le vide de l’esprit simple (simplet) et scientifiquement-techniquement-technologiquement inculte qui ne sachant rien, croit lui aussi que son verbe changera le monde de l’économie, de la production industrielle et de la consommation.

Ils ont fondamentalement raison car l’exploitation de planète, comme nous en voyons le terme, devrait raisonnablement conduire à une modération de la consommation des richesses naturelles.

Cette modération interviendra sans grands efforts avec la disparition des ressources.

Cette pensée écologique se fracasse régulièrement en percutant le monde des individus consommateurs et celui des autocrates en mal de construction d’empires, de califats et de bombes atomiques.

Elle trouve une certaine résonnance, une relative écoute dans les démocraties molles des pays favorisés par la géographie, encore riches et héritiers d’une certaine histoire. La France est l’archétype.

Une autre forme du vide de la pensée écologique est incarnée dans un personnel de la politique qui, en absence de philosophie politique construite* endosse des habits à la mode, pris sur l’étagère des idéologues décrits précédemment, s’empare de leurs discours et cuisine sa carrière sur ce fond de sauce en ayant en réalité « trou du cul » d’opinion.

*Dieu, comme était confortable la pensée marxisante et comme étaient généreux les nantis parisiens qui en étaient les apôtres.

Cette forme du vide dans la pensée politico-écologique est par les aberrations qu’elle provoque un contributeur important au déficit commercial et à l’accroissement de la dette.

Des noms :

Dans la première catégorie en priorité les ONG et la foule des Défenseurs de… ou des Antis quelque chose. La liste est longue et leur combat est souvent légitime dans la mesure où il constitue une barrière aux excès inévitables d’un capitalisme et d’un consumérisme devenus incontrôlables.

Puis ils se radicalisent, comme on dit de nos jours et leurs mouvements se sectarisent.

Dans la seconde catégorie : tous ceux et celles dont on connait le nom et en particulier nos deux gloires nationales : La Royale et l’acrobate grimpant François de Rugy.

Hulot est hors catégorie car il participe à part égale aux deux précédentes : il a bien les convictions et l’inculture des idéologues et « en même temps », il aimerait tellement faire carrière et accéder aux honneurs.

Justement Hulot, personnalité préférée des Français, après quelques propos que la décence ne permet pas de qualifier, quitte le gouvernement. La République vacille.

Macron n’hésite que quelques instant : Ferrand a tellement envie du perchoir et de Rugy est un écologiste bon-teint très propre-sur-lui.

Toc, l’affaire est faite.

Les personnes que la présence d’Hulot au gouvernement inquiétait et chagrinait ne vont pas jusqu’à se réjouir mais ils voient dans ce mouvement de personnel une garantie d’immobilité : en matière d’écologie « pure » que souhaiter d’autre ?

Naturellement une fois affirmé le côté résolu de l’action gouvernementale par l’héliportage télévisé des pauvres oursonnes slovènes et enceintes,  il faudra un jour aborder le problème d’EDF et du nucléaire.

Sur le nucléaire notre nouvel ectoplasme s’exprime :

"Il y a plusieurs questions : D'abord il y a un processus d'accompagnement, y compris social, parce qu'il y a des personnes qui travaillent et qu'il faut les reconvertir". Il ajoute : "Il y a un processus aussi d'économie du territoire, qui ne vivait que là-dessus et donc il faut aussi diversifier. Et puis enfin il y a une question d'approvisionnement en électricité.

Notre inquiétude se dissipe : notre nouveau ministre de l’Énergie a perçu toute l’ampleur du problème : C’est « aussi » une question d’approvisionnement en électricité.

Le voile se déchire et la vérité est enfin révélée : les centrales atomiques et EDF d’une façon plus générale produisent de l’électricité.

Il serait grand temps que le Président, entre deux selfies hasardeux, comprenne que l’approvisionnement énergétique du pays n’est pas un problème secondaire à confier aux incompétents.

Sur EDF, il s’exprime aussi en réponse à une question d’un journaliste :

M. Hulot avait dit qu’il fallait réfléchir à l’« architecture » d’EDF. Etes-vous de cet avis ?

J’ai quelques idées sur la question. On en reparlera avec le président de la République, avec le premier ministre, avec les principaux concernés. Je ne suis pas pour le changement par principe, mais je pense que le statu quo n’est pas dans l’intérêt de l’Etat et de l’entreprise. Il faut vraiment tout regarder, pas seulement le sujet de la transition énergétique, mais aussi l’endettement de l’entreprise, et cela peut en effet inspirer des évolutions.

Nous ne sommes là, non plus dans la « Révélation » mais dans la pensée mûrement réfléchie, exprimée de façon constructive.

Jean-Bernard Levy ne dit rien mais qu’en pense-t-il ?

08 octobre 2018

 

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07 octobre 2018

De la Grotte à la galette de Caverne

L’arpent ne doit pas coûter bien cher. Peu de raisons de vouloir économiser l’espace. Si un musée ou une salle d’exposition sont à construire dans cette partie de la lande ardéchoise, l’aménageur peut prendre ses aises et faire grand.

Tout est traité « à l’hectare » et le visiteur peut flâner avec plaisir et à loisir dans le paysage et les éléments du complexe touristique.

Le mot monument vient à l’esprit, mais vite le visiteur réalise que le parti est résolument de ne pas gagner en  hauteur mais de rester à plat ; l’ouvrage principal surprend par son étalement et non par son élancement.

Pas plus haut que les arbres.

Le lieu d’exposition se présente donc une fois franchis les accès et parcouru le chemin initiatique et pédagogique qui y mène, comme une imposante galette de béton circulaire de 70 mètres de diamètre, haute d’une quinzaine de mètres.

Cette galette de panneaux préfabriqués assemblés en un crénelage rigoureux nous rappelle la verticalité des parois calcaires. Une telle  architecture minimaliste et efficace donne une des clés de la construction : tout le béton est préfabriqué de sorte que la construction apparait comme un jeu d’assemblage de lamelles verticales.

Pour la façade, s’introduit une dose de mouvement. Les lames de béton offrent une géométrie de dièdres et d’arêtes. Il est d’ailleurs curieux qu’on ne puisse la voir qu’au moment d’accéder à l’intérieur du bâtiment, au moment où l’esprit du visiteur s’est détourné de l’architecture pour porter son intérêt sur le contenant du musée.

Cela fonctionne et l’ensemble est imposant dans une simplicité épurée.

Tous les murets et tous les soubassements des autres constructions de l’ensemble sont au contraire édifiés en pierres jointes à sec rétablissant ainsi un équilibre entre le monde minéral du pays et le monde lissé d’un béton venu  d’ailleurs.

 

chauvet enemble

 

Musée, exposition certes, mais de quoi ?

 

En 1994 trois spéléologues familiers du karst ardéchois pénètrent dans une cavité jusqu’alors inexplorée et invente la grotte Chauvet, du nom de l’un d’entre eux.

Sitôt découverte, sitôt « prise en main » par le monde officiel de la préhistoire universitaire la grotte Chauvet, laquelle après Clottisation et exploration complète deviendra la Caverne du Pont d’Arc.

La visite du site n’est pas envisageable. Il convient d’en offrir un fac-similé au public.

Encouragés et instruits par l’expérience réussie de la reconstitution de la Grotte de Lascaux, les responsables décideront très vite, immédiatement en vérité, de réitérer le succès en appliquant le procédé à cette nouvelle découverte. La Filippetti puis la Pellerin de service mordent à cet hameçon-là et la décision devient officielle.

C’est la Clottisation.

Il est bien qu’il en soit ainsi mais était-il indispensable de débaptiser le site en oubliant (volontairement ?) l’appellation Chauvet et en faisant passer la grotte au rang de Caverne ? Caverne comme l’homme des…. ?

Grotte, crypte et caverne, long combat étymologique…au détriment des beaumes, baumes et balmes, de l'occitan bauma, signifiant « grotte »…

À l’instant de la découverte tout s’accélère : Étonnement.

Dans un pays où il faut un demi-siècle pour ne pas construire un aérodrome voulu par l’État et souhaité par les collectivités locales, en moins de vingt ans, à partir d’un découverte préhistorique, il est possible de réaliser avec succès l’ensemble d’un projet de complexe touristique en mobilisant un budget qui ne saurait être inférieur à la centaine de millions sans provoquer l’émoi d’une foule de désoccupés zassistés. Une seule explication : même les chèvres pensent (miracle de la conscience animale) que la vie sur le plateau ardéchois est bien rude.

Bien des corps de l’État pourraient partager cet étonnement lorsqu’on connait les difficultés que rencontrent beaucoup d’entre eux pour obtenir les moyens de leur survie.

Mais enfin, pour une fois que « quelque chose » se fait, il vaut mieux s’en réjouir et en profiter plutôt que d’ouvrir de nouvelles critiques sur l’action d’un État au comportement de headless chicken.

Le visiteur prudent ne vient pas au cœur de la saison touristique ; il  choisit une fin d’après-midi des premiers jours de l’automne. Peu de cars mais assez de voitures pour garantir que le « quelque chose » est en opération.

Confiant, dès l’accueil il prend immédiatement conscience du sérieux de l’exploitant du complexe : sourire, anglais, documentation et recommandations calibrées et surtout l’horaire retenu pour la visite de la grotte Chauvet ainsi offerte au touriste. Il fera partie du groupe de 15 heure trente.

Il s’agit d’un groupe d’une trentaine de personnes.

Il faut de la précision et respecter cet horaire car le visiteur est immédiatement happé par une mécanique rigoureuse ponctuée de discours éducatifs ; sur le bonne  tenue du visiteur lors de la visite qui prend dès lors la forme d’un rite ; sur l’exceptionnel talent des concepteurs du fac-simile de la grotte et sur la manière dont le talent des artistes a été mis en œuvre ; et sur la grotte Chauvet elle-même… et sur les Aurignaciens dont la création artistique constitue in fine l’objet de tout ceci.

La visite doit être silencieuse car l’espace est par construction resserré et clos : plusieurs groupes peuvent se trouver simultanément dans l’enceinte. Donc le guide-conférencier-animateur-acteur se produit par micro et écouteurs interposés afin que sa voix ne résonne pas dans le calme multiséculaire des grottes. Le visiteur, de la sorte est bâillonné par ses écouteurs et ne peut questionner ou réagir aux propos du guide. Une des clés de la réussite dans l’enseignement ou le spectacle est d’obtenir le calme dans la classe ou dans le public.

Pas de photos, la chose est entendue et c’est très bien ainsi.

Le groupe évolue sur une plateforme métallique posée un ou deux mètres au-dessus du sol de la grotte nouvelle. Celle-ci se présente comme un parcours en colimaçon de façon à ce que les 9000 m2 de l’original  soient condensés sur une surface de 3.000 m2. Le trajet de quelques 200 m (1) respecte l’éloignement progressif de l’entrée vers le fond de la grotte et constitue aussi une gradation dans l’audace et le génie des artistes du temps passé. La « galette » du musée-caverne est ainsi pleine d’une Grotte Chauvet enroulée sur elle-même comme un serpent. Le génie civil de la galette est à l’évidence moins coûteux que n’aurait été la construction d’une galerie linéaire longue des 200 m  en question. : C’est le charme de π !

Sur la passerelle de visite s’organisent une demi-douzaine d’arrêts pendant lesquels le guide explique l’intérêt des œuvres représentées sur les parois reconstituées. Son texte est dit de façon parfaite et on ne peut  douter un instant qu’il ne le possède comme un acteur du Français possède son Athalie et ses serpents qui…

Les blagounettes additionnelles visant à alléger le récit sont calibrées et répondent à des réactions calibrées d’un public standard(isé). Le contenu, très pédagogiquement digestible est parfaitement adapté à la variété du public et ne s’y glisse aucun dogmatisme, aucune certitude. On aime l’Aurignacien et on respecte son intimité. Les commentaires artistiques sont discrets et on se garde bien de faire le moindre parallèle entre l’art de ce temps et celui du nôtre.

La caverne est obscure comme il convient à une grotte.

Aussi des éclairages mettent en valeur et accompagnent les propos du récitant. À chaque « station » le guide actionne un jeu de lumière révélant progressivement (mais assez rapidement) ce qu’il convient de voir et de  savoir à cet endroit. L’éclairage est programmé et il est certain qu’il s’éteindra si le groupe traîne un peu…

Le visiteur, élève dans une classe de trente, se trouve dans un espace clos, frais et obscur (entre deux stations) et il parcourt le circuit de la visite en 6 fois 5 à 6 minutes (2), déplacements et rassemblements des élèves compris.   

Moins de 60 minutes, montre en main, après avoir validé son précieux ticket, l’amateur de sensations balmo-préhistoriques est donc rendu à la lande ardéchoise et aux facilités du complexe touristique : bar, restaurant, point de vue sur de distantes collines, petits musées annexes et abris pédagogiques.

 Réussite absolue : Si on s’y prend bien, si on sait faire, on peut « faire » la caverne en moins de deux heures. Comment résister au plaisir, voire à la nécessité de l’inscrire dans un programme touristique. Pour seulement une dizaine d’euros, prix de groupe à la carte, la France du troisième âge saura tout sur l’aurignacien. Comment résister à cette offre de gratuité pour les enfants de moins de 10 ans et à ce demi-tarif pour les moins de 17 ans.

Réussite absolu : la perfection de bout en bout. Du parking jusqu’au magasin de souvenirs qui clôt la visite, tout est parfait. Parfait les bâtiments, les chemins, l’aménagement du site, les explications du guide, la température de la caverne…Mais surtout, et c’est bien l’essentiel, parfaite la reproduction de la grotte. On s’y croirait ! Cette perfection amène Vincent Speller, l’architecte, à une conclusion en forme d’autosatisfaction : « La seule chose qui ne soit pas reproduite ici, c’est le gaz carbonique et le radon ». (Wiki)

Le public bêle de satisfaction.

 

À ce point de la lecture, le lecteur se demande ce qui provoque chez l’auteur (le Naïf) ce grincement et ce ton pamphlétaire et agressif. Si tout est parfait comme il l’affirme, de quoi se plaint-il et quel grief peut-il formuler ?

C’est très simple : l’ensemble du système, accueil, bâtiments, caverne, reproduction des œuvres du passé et l’exploitation de ce système conduisent au résultat inverse de celui recherché : le visiteur, bénéficiaire de toutes ces prestations est exposé pendant 6 fois deux ou trois minutes, dans des conditions sympathiques mais exécrables au spectacle de ce qu’il venu voir et possiblement admirer. En un mot comme en mille, il ne voit rien, ou si peu et si brièvement. Le babil du guide, même si aucun reproche ne peut lui être adressé, ne suffit pas à remplir le vide de la visite.

La raison est le nombre. Il n’est simplement pas possible de mettre sur une plateforme nécessairement exiguë trente personnes piétinantes, évidemment désireuses d’être au plus près du spectacle et susceptibles d’oublier la plus élémentaire civilité. Trente personnes, c’est le début de la foule.

Donc, le visiteur piétine avec et comme les autres, il tend le cou, suit le jeu des lumières mettant en évidence telle particularité du dessin révélé, prend grand soin de ne pas rester à la traine ou bien, au contraire s’attarde délibérément dans l’obscurité pour voir un peu plus, encore un peu, davantage, ce qu’il est venu  voir, ce pour quoi, il  est là.

 

Qui trop embrasse mal étreint : le projet est parfait et il ne se comprend, ne se justifie que pour un tourisme massifié qui sera dans une phase suivante victime de son succès, comme Venise ou la Tour Eiffel. Totalement incompatible avec ce qu’impose de recueillement (plus simplement de calme) et de temps la contemplation du génie de nos si lointains ancêtres. Du début de la visite jusqu’à la fin il est impossible de ne pas ressentir de façon pressante le besoin de solitude et du temps de cette solitude.

Alors, échec ?

Non, réussite, mais réussite du monde moderne, du monde de la consommation, du monde de la collection et de l‘accumulation, au prix de l’abandon du propos initial : révéler les splendeurs de cet art ancien et au-delà, de la vie de ces ancêtres, aux sauvages nouveaux que nous sommes devenus.

Dans la Caverne du Pont d’Arc, la Grotte Chauvet risque de n’être plus que prétexte à un trajet touristique qui s’apparente au Train Fantôme des anciennes Foire du Trône ; trajet précédé d’un cérémonial pédagogique hâtif : Culture oblige !

L’aurignacien, vocable, animaux reconstitués (eux aussi) et dessins mélangés deviennent une pilule culturelle ingérée en une brève demi-journée, dont il probable que le souvenir marquant sera pour le plus grand nombre le prix de la pizza servie au troquet prévu à cet effet ou tel autre incident de l’ingestion.

 Le Naïf nous la baille bonne ! Que fallait-il faire ? Ou mieux encore, qu’aurait-il fait ?

 Une première réponse en forme de répétition : ce qui a été fait est parfait. En deux saisons les visiteurs au nombre d’un million ont visité la caverne et le taux de satisfaction est élevé. L’Ardèche du sud voit son activité augmenter de façon sensible et toute la  région bénéficie de cet effort. La caverne et le canoë naviguent la main dans la main…

Les promoteurs du projet sont probablement heureux et peut-être surpris de ce succès. Comme on disait jadis : pourvu que ça dure !

  

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Une autre réponse : Une sélection de quelques-uns des fac-similés en tout point semblables à ceux mis en place dans la caverne pour une longueur de quelques mètres, les lions, les chevaux, les rhinos trouveraient tout à fait leur place dans les musées nationaux. Par exemple dans un Mucem semi-désert et –euphémisme- peu « employé » ou dans quelque Villa Méditerranée (3) qui trouverait enfin le début d’une justification à son existence.

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Ce propos,  indépendamment des éloges ou des critiques formulés à l’endroit de la Caverne traduit le désir naturel de l’amateur citoyen, donc copropriétaire des œuvres de ses ancêtres, de pouvoir  s’en pénétrer autrement que « à la minute, sur le pouce » dans un système qui ressemble  davantage à Disneyland qu’à la cathédrale de Chartres. Avantage des cathédrale, les sièges sont fournis et certains peuvent encore y prier.

 En un mot il faut pour que l’œuvre Chauvet soit offerte, que le spectateur ait le temps et l’espace pour voir.

Dans le monde actuel, cela veut dire éditer et diffuser. C’est le rôle des musées Nationaux et des Musées Régionaux, pour autant que des sièges y soient installés et qu’on puisse y…contempler.

 

1. Absolument impossible de trouver la longueur effective de la passerelle de visite.

2. 6 et 5 dans le souvenir imprécis de l’auteur : il retournera avec un chrono, promis.

3. Pas de critique sur la nature ou la forme du projet de la Villa; mais s’il ne s’agit que d’un objet, d’une sculpture, il était inutile d’y adjoindre un accès, des équipements et des espaces creux. Creux dans tous les sens du terme : vide. S’exprime ici une opinion marseillaise.

 

07 octobre 2018

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21 septembre 2018

Le droit à l’horticulture

Je traverse la rue, je vous en trouve…    Le propos a fait du bruit.

Notre président s’adresse à un jeune homme horticulteur qui se plaint de ne pas recevoir de proposition de Pôle Emploi.

Evidemment Macron se réfère au fait que de nombreux secteurs se plaignent, au contraire, de ne pas trouver de main-d’œuvre. Comme la scène se déroule à Paris, il engage le garçon à rechercher un emploi dans l’hôtellerie ou la restauration du voisinage….

Maladresse de communication pour ceux qui ne  veulent pas entendre ce que dit le Président.

Quelle levée de boucliers : humiliation, déconnexion des réalités, mépris des français, toute la logorrhée des oppositions stériles et pleurnichardes y passe.

Comment ne pas prendre en compte la détresse du pauvre jeune homme qui ne trouve pas d’emploi dans l’horticulture… surtout et tout naturellement en admettant qu’il a épuisé les ressources de son ingénuité pour trouver l’emploi qu’il revendique.

Comme ce Macron est maladroit de réagir aussi brutalement à cette humble besoin : trouver un travail, oui mais, dans l’horticulture. Alors que Macron devrait savoir gré au jeune homme de ne pas avoir précisé de quelles plantes il souhaitait prendre soin : roses pour leur parfum ou chrysanthème ou fragiles et tendres violettes. Cela aurait rendu plus intéressante encore la tâche de Pôle Emploi.

Ce qui fait réagir notre président est le sous-entendu de la demande. Notre chômeur ne cherche pas un travail ; il cherche un emploi d’horticulteur ; tenez-le-vous pour dit.

Il ne  fait qu’exercer un droit acquis ; il a fait des études (ou pas) d’horticulture.

Quelqu’un, quelque chose lui ont (ou pas) décerné un papelard certifiant (ou pas) sa compétence.

Il a donc acquis le droit de ne pas travailler tant que le corps social, vous, moi et Macron ne lui auront pas  trouvé l’emploi qui lui convient ; de préférence près de chez lui, peut-être de chez ses parents, si par extraordinaire notre petite plante vivait encore chez eux ; et sans doute avec un salaire à la mesure de son mérite.

Reconnaissons que le travail dans la  restauration n’est pas exaltant mais bien des gens sont satisfaits de simplement gagner leur vie de la sorte…en travaillant.

Nous connaissions dans les droits de l’Homme et du Citoyen un certains nombre de droits inaliénables. Refaire l’histoire de l’acquisition de ces droits reviendrait à réécrire depuis Cyrus l’histoire des rapports entre les individus et les nations, puis pour chaque nation entre les individus (ou groupes d’individus) et les états. Ce serait écrire l’histoire du progrès social. Vaste programme !

Le droit à l’horticulture est la dernière, pardon, la plus récente sinon la plus importante avancée de cette marche du progrès dont on esquive ici la description.

Ce petit grincement aurait pu constituer le premier paragraphe d’une réflexion sur la véritable signification des indemnités de chômage dans un moment où il est patent que de nombreuses offres d’emploi ne sont pas satisfaites ; moment dans lequel ne sont pas comptabilisées* les foules d’emplois industriels tenus par des ressortissants européens qui n’ont pas honte d’être soudeurs ou maçons ou charpentiers. Chacun se souvient du plombier polonais qui devait retirer le pain de la bouche du travailleur français. Il est heureux que le soudeur polonais fasse travailler les Chantiers de St Nazaire où sont construits* les grands paquebots qui sont les bijoux des rares productions industrielles du cher et vieux pays. Car les enfants de la petite, moyenne et grande bourgeoisie française sont exonérés d’avoir à produire et deviennent étudiants longuement, chercheurs d’emploi longuement, quémandeurs d’aides en tout genre assidument.

 

*En orthographiant le mot « comptabilisées » le Naïf se pose la question de savoir si au lieu de supprimer la règle des accords participe passé au verbe avoir, il ne serait pas plus logique de l’étendre au verbe être.

 

20 septembre 2018

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19 septembre 2018

Audin, eau de boudin

Il est des sujets qu’il faut aborder avec le plus grand sérieux et un savant dosage de connaissances historiques et de philosophie politique.

La colonisation et son envers, la décolonisation sont de tels sujets et tout particulièrement, comme nous en vivons cruellement les pires séquelles, le drame de l’Algérie.

Alors, tout de go, comme on sort un lapin d’un chapeau sur la scène d’un music-hall, le Divin Enfant nous refait le coup de la repentance en revisitant le printemps 57 et un épisode de la Bataille d’Alger.

Peut-être dans quelque recoin de cette note, dirais-je ce que pense de ce triste épisode un ancien lieutenant du contingent qui a vécu à Alger bien avant* que M. Macron –le père- ne conçoive son brillant rejeton, notre Président. Peut-être pas.

*18 ans

Le drame est immense : 8 années de conflit, le million de morts et autant de personnes déplacées…

Dans le million de morts et de disparus, nul ne peut dire combien sont ce que l’on appelle de nos jours des victimes « collatérales » c’est-à-dire des personnes qui se sont trouvés emportées dans le flot de l’horreur s’en avoir activement participées aux évènements. Leur tort était simplement de vivre là où se déroulait le drame et d’en avoir été les jouets, comme des fétus sous les pas des soldats et des assassins.

Ceux-là d’abord ne doivent pas être oubliés.

D’autres ont participé.

Volontairement, par conviction : de quelque façon que cela soit ils ont combattu.

En face des nombreux mouvements indépendantistes qui ont animé le conflit, le premier et le plus important de ces combattants fut le  Gouvernement Français qui jusqu’au printemps 60 resta déterminé à maintenir par les armes un statuquo social et politique condamné**. La décision fut prise de confier à l’Armée la mission d’assurer l’ordre public : « François Mitterrand, garde des sceaux, est chargé par le Conseil des ministres de défendre le projet de loi remettant les pouvoirs spéciaux à l'armée à l'Assemblée Nationale. » Wiki

**Il est plus facile de porter ce jugement avec un recul de soixante années, qu’il ne l’était pendant les 8 années du conflit et les turbulences qui ont suivies. Faire remarquer comme le font justement les commentateurs que les gouvernements en question étaient socialistes n’ajoute rien au dossier et ne conduit qu’à enlever une feuille à la couronne de laurier qui ceint le front de l’idole Mitterrand.

 

Alors ce conflit fut désolant et chacun regrette que l’histoire soit tragique comme a dit on ne sait plus qui.

Dans cet immense gâchis, Macron choisit une disparition : celle d’un jeune militant communiste, promis posthumément à un brillant avenir de mathématicien, membre du Parti Communiste Algérien qui fut arrêté en peine bataille d’Alger en juin 57 et qui disparut, probablement victime d’interrogatoires trop appuyés, victime de la torture. Il était directement impliqué dans l’action des terroristes.

Macron suit en cela l’initiative de son prédécesseur : « En 2012, François Hollande se rend devant la stèle élevée à la mémoire de Maurice Audin à Alger et fait lancer des recherches au Ministère de la Défense sur les circonstances de sa mort. »  Wiki

 

On entend tout, on lit tout.

Certains se félicitent du « courage » de reconnaître les exactions de l’Armée Française ; pour eux aucun doute Audin n’est qu’une victime et n’a aucune responsabilité dans l’évènement.

D’autres comme on le fait ici expliquent que l’évènement ne peut être « perçu » hors du contexte et de la passion de l’époque.

L’ineffable Stora nous dit que l’expression de la vérité sera bénéfique et permettra d’apaiser des douleurs qui ne s’apaisent pas.

Villani, toujours cohérent regrette le mathématicien trop tôt enlevé à ses études…

 

L’étonnement porte sur deux points.

L’étonnement premier :

On ne peut détacher l’évènement de son contexte et n’établir aucune relation entre la disparition du jeune homme et la mort des quelques 350 victimes des attentats commis à Alger ayant déterminée l’attitude du Gouvernement et la répression violente qui en résultat. L’urgence de la situation rendait-elle impossible le traitement judiciaire du cas Audin reste une véritable question mais on ne peut résumer l’ensemble du drame à cet épisode isolé et sans nul doute regrettable.

Dans son élan, EZ nous donne la  réponse et affirme que le garçon était un traître ; on  craint qu’il n’ait raison mais avant les douze balles dans la peau il méritait certainement un jugement et un châtiment exemplaire.

 L’autre étonnement :

Pourquoi accomplir cette contrition à ce moment et sous cette forme ? Pour plaire à qui ?

Notre Divin Enfant, quoi qu’il fasse, n’adoucira pas ses rapports avec ce qui reste de la gauche ou avec les Insoumis.

Pourquoi prend-il le risque provoquer une inutile polémique sur un sujet largement oublié, sur lequel sa repentance sera perçue comme une incompréhension complète de ce que fut l’affaire algérienne.

Cherche-t-il à s’aliéner davantage le Centre Droit qu’il n’a pas su conquérir comme il le fallait ?  Soit le seul électorat qui lui resterait s’il ne persistait pas dans ses ambiguïtés.

L’électorat de ceux qui, de près ou de loin, ont vécu le drame. Disons-le : les retraités !

Cherche-t-il à enrichir l’argumentaire de Marine Le Pen ?

Certains nous disent qu’en agissant de la sorte, il « gagne de la face » sur la scène internationale. Grands Dieux, aux yeux de qui ? Erdogan, Trump, Poutine ou Oncle Xi ?

 Enfin, et en conclusion de cette note, cette nouvelle repentance sera prise par les islamistes et les autocrates qui  nous entourent comme une nouvelle marque de faiblesse.

De cela soyons assurés.

 

19 septembre2018

 

 

 

 

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18 septembre 2018

Participe passé : triste signe venu de Belgique (complément de "Le Mot")

Dans un texte précédent, Le Mot, il était dit clairement qu’on ne pouvait séparer dans l’évolution des langages l’écrit de l’oral. Les deux expressions avancent de pair et on ne peut les dissocier.

Récemment M. Borer vient apporter à ce petit ruisseau une contribution essentielle.

Il le fait à l’occasion d’une récente micro-polémique se développant autour d’un point de grammaire, connu de tous : l’accord des participes passés du verbe avoir.

Les enseignants qui proposent la simplification de la règle en usage arguent du fait qu’elle est inutile et qu’ils consacrent –leur chiffre est précis- 80 heures de cours à son enseignement.

Inutile d’insister sur le côté ridicule de ce chiffre qui  illustre surtout le fait que les  gentlemen en question se sont trompés de métier et auraient dû choisir une profession demandant moins de pédagogie élémentaire.

Il est vrai que l’énoncé de la règle pourrait être différent et il se peut qu’une autre formulation de cette règle en facilite la compréhension : Le participe passé s’accorde si on sait que ce qu’il concerne (l’objet, le truc, le machin) est connu lorsqu’on l’écrit. Il ne s’accorde pas si on ne le  sait  pas encore.

Ce qui perturbe  l’élève est l’emploi du vocable « complément d’objet direct », vocable auquel il ne rattache rien de concret…Pour peu que l’objet, le truc, le machin devienne un COD, la messe est dite et, pour l’élève la règle est entrée dans le monde de la complexité des grands, des adultes et a rejoint le mystère des fractions et du système décimal.

M. Borer introduit la notion de « vidimus » laquelle peut se comprendre comme cette similitude entre la  parole et l’écrit qui la confirme et la structure « pour de bon ».

Vidimus : Transcription d’un acte antérieur conforme à l’original. Cnrtl

Il nous dit que ce Vidimus, pour employer son « mot » est la marque absolue de la langue française est cette relation unique de l’oral à l’écrit, qui est phénomène essentiel et curieusement jamais décrit comme tel, par lequel l’écrit est en français inséparable de l’oral.

Matière à  réflexion mais dans l’attente de cette réflexion et comme il se pourrait que tous n’aient pas lu M. Borer, liberté est prise d’ajouter à cette note le texte complet de l’article en question paru dans Le Point du 13 septembre dernier.

 

Participe passé : triste signe venu de Belgique

 

Pour l’écrivain, remettre en question l’accord du participe passé revient à saccager notre grammaire, d’une logique implacable qui la rend non négociable.       

Alain Borer. Dernier livre publié : « De quel amour blessée. Réflexions sur la langue française » (2014).

 

Entrer si peu que ce soit dans le vif de la controverse venue de Belgique et qui enfle au sujet de l’abandon des accords du participe, présentés comme « trop compliqués », engage d’abord à expliquer comment pense la grammaire : l’enjeu est d’importance. Disons simplement en quoi notre langue française est logique (d’une logique particulière), extraordinairement précise, formatrice et originale, et quelles sont les conséquences de ces propriétés. 

Il y a un principe, non-dit et très facile à retenir, qu’il faut exposer à ceux qui apprennent notre langue, aux écoliers et à quelques professeurs belges : à tel ou tel moment de la phrase, regardez bien ce que l’on sait. C’est un principe de roman policier. Par exemple, quand je dis : « tu as perdu les clés », si vous suspendez la phrase à « perdu », à ce moment-là vous ne savez pas encore de quoi il s’agit ; donc vous écrivez perdU. Si je parle « des clés que tu as perdues », quand vous lisez « perdues », vous savez qu’il s’agit des clés et vous accordez pour bien le confirmer : perduES. 

Tout cela, bien sûr, porte des noms techniques (dans la forme dite explicite, le complément d’objet direct est complet : « les clés »), mais le principe est parfaitement logique – c’est-à-dire que tout le monde peut comprendre facilement la même chose. Et cette logique est originale. Elle est même singulière, avec celle des langues romanes. Elle est même unique au monde ! Voyez cet exemple, encore plus précis : « Le peu d’eau que j’ai buE m’a désaltéré », buE, parce qu’il est question de l’eau. Mais voyez (ou oyez) cet autre : « Le peu d’eau que j’ai bU ne m’a pas désaltéré », bU, parce que c’est le peu dont je parle. Vous pouvez le vérifier : il n’y a pas une langue au monde qui se soucie de cette précision. Cela s’appelle une nuance, d’un mot purement français et intraduisible. Y renoncer, ce n’est pas une évolution, c’est un saccage. 

Poursuivons : cette logique singulière implique quatre considérations.

La première est une relation unique de l’oral à l’écrit, qui est la marque absolue de la langue française, phénomène essentiel et curieusement jamais décrit comme tel, par lequel l’écrit est en français inséparable de l’oral – ce que nous proposons d’appeler le vidimus, la vérification par l’écrit. Le vidimus est une sorte de sous-titrage permanent de l’oral qui, par les liaisons, et précisément par ces accords du participe, fait entendre l’écrit, contribuant à la vérification précise et constante de tout énoncé. 

Trésor. 

La deuxième implication est anthropologique : de chaque grammaire on peut déduire une certaine conception de l’interlocuteur. En langue française, l’interlocuteur peut à tout instant (à l’instant même où, en cours de phrase, je lis-écris « perdu » ou « perdues ») saisir un sens précis, ce qui nous différencie absolument de l’allemand, du turc, du coréen et des langues ouralo-altaïques, qui asservissent constamment l’interlocuteur en plaçant le sens (le « déterminé ») tout à la fin de chaque phrase (après tous les « déterminants »), et même très loin si celui qui parle en décide. A l’opposé de ces grammaires potentiellement tyranniques, la grammaire de langue française présuppose un interlocuteur aussi intelligent que le locuteur (puisqu’il reçoit le sens tout de suite et peut l’interrompre librement), demandeur de fines précisions : elle conçoit en somme l’espace démocratique du débat et l’échange entre personnes exigeantes. C’est par cela que se distinguent les langues : par leurs projets ; c’est en cela que diffèrent les grammaires : par leurs idéalisations. La grammaire pense, mais à notre insu. La grammaire nous pense : c’est cela que nous idéalisons à notre insu.

La troisième implication des accords n’est pas la moindre : la langue française exige à chaque instant de préciser ma propre pensée. Il n’y a au monde que les francophones pour se demander (dans l’exemple donné) s’il faut un e à « bu » ou pas ! Ils doivent réfléchir à ce qu’ils disent. Ils n’y arrivent pas toujours, mais ils sont dans cet effort qui les distingue. Et ils précisent tous cette nuance qui n’est nulle part ailleurs. Cela s’appelle la valeur heuristique : c’est en cela que la langue française est par excellence la langue de la littérature, pour cela que tant de grands écrivains étrangers nous font cet honneur de la choisir. Cette grammaire exigeante est un trésor. La langue française n’est pas seulement une langue d’échange, elle n’est pas seulement un alliage unique de précision et de beauté : elle est ainsi un extraordinaire outil de formation. Des dizaines de générations d’enseignants ont eu à cœur de le transmettre (dont Grevisse et Hanse, deux grands grammairiens belges). Un « professeur » qui croit perdre son temps à offrir cette formation devrait changer de métier. 

Jardin.

 Une grande question est de savoir qui a conçu cela. Ce n’est pas une lubie de quelques inspecteurs d’académie du XIXe siècle qu’il serait temps de dépoussiérer : ces règles dérivent du « cas-sujet » médiéval ! On attribue au poète Clément Marot le mérite de les avoir conçues, à Vaugelas de les avoir formulées, mais, au fond, personne, ni un Etat ni une classe sociale, ne peut ni n’aurait pu les transformer en usage populaire quasi millénaire, pour cette raison même qu’il s’agit d’idéalisations collectives (non pas de l’ordre de l’inconscient, mais de l’insu…), c’est-à-dire de représentations liées à des pratiques sociales, à une nation étendue à la collectivité des francophones, dans la relation du symbolique et du réel. Il s’agit en un mot d’une question de civilisation – et tel est bien l’enjeu. 

Il en va d’une langue comme d’un jardin, il faut l’entretenir régulièrement. Tailler les roses, corriger les anomalies (chariot et charrette), ce travail a été accompli récemment avec une réforme de l’orthographe, demandée naguère par Michel Rocard ; quoi qu’il en soit, elle fut menée dans les règles de la concertation internationale, en respectant (à peu près) les prérogatives historiques de l’Académie française, de l’Académie royale de Belgique, des institutions québécoises, suisses, africaines, caraïbes, polynésiennes… Mais alors, que signifie cette pratique de fissure, de délitement, lancée par deux retraités belges à leurs heures perdues (qui s’ajoutent aux « 80 heures » (sic) déjà perdues chaque année à rater leur enseignement du participe) et ce procédé unilatéral de la Fédération Wallonie-Bruxelles, désolidarisée de la communauté francophone ? 

Cette mauvaise manière et cette forme séparatiste ne viennent pas par hasard d’un pays en pleine crise linguistique, royaume en pointe dans la disparition symbolique, incapable de défendre sa propre part francophone, paralysé et même lâchement passif quand l’agglomération flamande de Menin interdit par la loi (!) et par des pancartes de parler français (comment peut-on interdire de parler quelque langue que ce soit, notamment une langue nationale et internationale, au cœur même de l’Europe démocratique ?). 

Réchauffement sémantique. 

A vrai dire, on entend craquer le glacier dans cette époque de réchauffement sémantique (d’imitation de l’anglais), et leur initiative illettrée, déjà portée par d’innombrables exemples (« Je ne suis pas surpriS »,déclarait une ministre), relève d’un mouvement beaucoup plus vaste : une tendance générale au neutre anglo-américain, par lequel la langue française s’efforce une fois encore de ressembler à la langue du maître (par exemple « lequel » remplace laquelle, lesquels, lesquelles, etc. : « une explication dans lequel », a déclaré un ancien président). 

L’Europe se construit depuis Bruxelles, comme le Congo belge au siècle dernier. Mais cette fois, c’est la Belgique qui est autocolonisée par l’anglo-américain, et Bruxelles la capitale militante imposant dans tous les domaines et à toute l’Europe la langue du maître. Ce qui se présente platement comme une question pratique de grammaire française s’inscrit, au fond, consciemment ou non, dans une logique géopolitique, un projet de soumission à l’anglo-américain, ou « anglobal », dont les idéalisations opposées – ne rien décliner, ne pas perdre de temps à préciser… – s’accordent au projet politique en cours : une langue de l’échange rapide dont l’interlocuteur idéal n’est pas une personne, mais un client. 

« La langue évolue » est l’un des plus grands poncifs de l’histoire de la bêtise. La langue est un organisme vivant, donc elle peut mourir. Passer au neutre, ne plus accorder (« il enchaîne les mission difficile », vu sur la chaîne de télévision France Info), substituer un mot anglais par jour à un mot français existant, cesser d’inventer en langue française, en finir avec le vidimus qui distingue la langue française de toutes les autres, rendre la grammaire « négociable », offrir la tour Eiffel comme les bourgeois de Calais leurs clés perdUES, ce n’est pas une « évolution », c’est une involution ; c’est se méconnaître, s’humilier soi-même. Sauf résistance par la culture et le respect de soi, la langue française, ce chef-d’œuvre de l’humanité (c’est le mot du poète chinois François Cheng), peut sombrer en trois générations. Triste signe venu de Belgique, fille des beffrois, où tant de poètes ont excellé dans leur langue française. Ah ! Pouvoir nous écrier, comme Rimbaud en 1870 : « Et que la littérature belge nous emporte sous son aisselle »

 

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06 septembre 2018

Je prélève, tu prélèves, ils prélèvent.

 Il nous faut « consentir » à l’impôt. Ce consentement qui se mesure comme d’autres facteurs sociologique est un signe de santé démocratique. Cet indicateur peut être assez élevé si l’assujetti a le sentiment que l’impôt est bien utilisé et qu’il en a « pour son argent ». L’indicateur du consentement baisse dans le cas contraire ; ainsi lorsqu’il perçoit une utilisation inutile ou défavorable de sa contribution.

Il perçoit également comme une aberration d’avoir à suer et se creuser la tête pour pouvoir solder cette contribution. Ainsi certains impôts ou certaines taxes sont-ils facilement acceptés car on ne les « sent » pas alors que d’autres apparaissent intolérables car ils supposent que le contributeur, devenu contribuable remplisse « en même »temps les fonctions de payeur et d’agent du fisc ; c’est toujours le cas de l’ISF, qui a probablement changé d’appellation mais n’a pas perdu son illogisme originel d’impôt déclaratif.  (cf Le crapaud, la cigale et la fourmi  de décembre 2017)

Un des secrets du consentement est donc (plaisant paradoxe) sa simplicité, celle-ci prenant dans l’esprit de beaucoup le pas sur la justice ou l’équité. (1)

Au-delà de la complexité, un autre piège est de changer en permanence les curseurs en donnant au citoyen le sentiment qu’il est une marionnette pendue à un fil fiscal manipulé par un montreur qui ne connait pas la saynète. Cependant la logique est rapidement perçue car les ajustements sont en  général à la hausse.

Il semble que, à très peu d’exceptions près, tous les pays ont une fiscalité qui comporte le volet de l’Impôt sur le Revenu.

Le plus fréquemment il prend la forme d’une taxe qui est un prélèvement sur la transaction financière entre un prestataire et le bénéficiaire de la prestation.

Pour les Sociétés, il s’agit de l’Impôt sur les Sociétés (2) et pour les personnes physiques, de l’IR que nous connaissons. L’IR concerne en premier lieu les salariés et les retraités.

La solution simple est de prélever un pourcentage spécifié du salaire qui sera retenu par l’employeur pour être immédiatement transféré au fisc. N’est concerné dans ce cas que le montant du salaire et n’est prise en compte aucune particularité de l’assujetti. C’est la fameuse « flat tax ».

Il est possible d’introduire de la progressivité dans le dispositif en adoptant un taux croissant avec le montant en question sans que cela complique le dispositif.

Cela marche très bien, ainsi que la CSG nous le démontre et c’est à ce modèle que se réfèrent en général les comparaisons faites avec le système français, suivies de la conclusion incontournable : pourquoi ne pas faire comme les autres ?

 

Le problème est que l’IR en  France n’est en rien une  taxe sur le salaire ainsi qu’on vient de la définir, mais en réalité un impôt sur la situation sociale et financière de la cellule familiale.

Cette situation est éminemment variable pour deux raisons :

La première, évidente, est que la cellule familiale varie et que ses revenus varient.

Un enfant vient de naître, Papa a changé de job ou le petit dernier a quitté le  foyer…

La seconde est que l’État a conçu l’IR comme, « en même temps », un outil de redistribution et un outil d’orientation économique, une sorte de couteau suisse ou pour reprendre un Hollandisme déjà oublié une boite à outil de la fiscalité « au hasard la chance ».

D’où la jungle des niches et nichettes.

Pour ne citer que les plus classiques et on ne s’inspire que d’exemples connus et pratiqués :

Vous avez eu l’honneur de servir votre pays pendant le maintien de l’ordre dans des territoires du Maghreb : Pof, une demie-part… Poli, vous dites merci.

Vous souscrivez à une mutuelle épargne retraite : Repof, votre versement annuel  est déductible de vos revenus…

Vous employez une personne pour des tâches ménagères : La moitié de votre dépense sera déduite du montant de votre impôt…

Vos économies vous permettent d’acheter un petit bungalow à St Martin ou un bateau de pêche à La Réunion, vous entrez dans le cadre de la Loi Trucmuch : vous pourrez déduire de…

Écoutant les sirènes de l’écologie, vous agrémentez votre chaumière de panneaux photovoltaïques (chinois et vertueux) : vous avez droit à…

Au total presque 500 petits aménagements (arrangements) entre particuliers et le fisc pour un allégement de quelques 50 milliards d’Euros.

Comme il s’agit d’une jungle, il est facile de se perdre. En revanche, certains, munis de la bonne boussole y trouve leur chemin et leur compte.

Et la Corse !

On comprend que la notion même d’impôt sur le revenu s’est, elle aussi, égarée dans la jungle.

Conséquence 1: La structure de cet impôt (qu’on ne sait plus comment appeler) fait que son calcul ne peut s’effectuer qu’après que toutes les opérations évoquées aient été réalisées et le fisc dûment informé.

Conséquence 2 : Il ne peut être « perçu » exactement qu’après son calcul… par feu-le-percepteur.

Conséquence 3 : Il ne peut pas être perçu avant !

Pour que le paiement de cet impôt soit simultané à sa « cause », c’est-à-dire à la perception d’un revenu il faudrait que toutes les niches, nichettes et autres accommodements aient disparues du mode de calcul et que l’on revienne –naturellement- au concept d’une taxe sur salaire uniforme (progressive ou non) applicable à tous. On parle à nouveau de la flat tax.

Que fait-on : on se voile la face et on décide que on réalisera cette simultanéité en dépit du sens commun : bel exemple de volonté politique. Politique dans le sens le plus noble du terme.

Mais il faut tout de même partir de quelque chose pour déterminer quelle sera le montant de cette avance sur paiement (le  fameux prélèvement). Il faut donc  présumer ce que sera à la fin de l’exercice fiscal le vrai montant imposable. Cette hypothèse de montant imposable ne peut résulter que de l’historique des situations antérieures et ne peut  être le fruit de l’imagination du contribuable, même si ce dernier sait mieux que quiconque ce qu’il voudra ou pourra faire dans l’année à  venir.

Donc le fisc part d’une déclaration de revenu initial et hypothétique pour déterminer et effectuer un prélèvement qu’on qualifiera de « à la source ».

Pourquoi « à la source » ?

Trait de génie : le Ministère de l’Économie et des Finances qui n’emploie que 150.000 fonctionnaires trouve astucieux de transférer à l’employeur la charge de la collecte de ce prélèvement. La source est l’employeur.

À cette fin, l’administration fiscale lui communiquera les informations nécessaires à l’employeur ou à la caisse de retraite pour qu’ils calculent le prélèvement en  question, le prélèvent et en alimentent un compte à reverser au Trésor.

Un esprit chagrin en conclue que cette obligation donnera lieu à des contrôles et des vérifications qui  risquent d’être plus lourdes et contraignantes que la  perception elle-même.

On ne parlera  pas ici de ce qu’en pensent les employeurs, les employés et par quel dialectique ils peuvent y percevoir un progrès.

À la fin de l’exercice fiscal, il faudra « aller aux résultats » et constater les écarts entre l’hypothèse initiale (montant estimé) et le montant effectivement imposable de l’exercice écoulé.

Il faudra donc que le Fisc ajuste les choses en réclamant ou reversant les inévitables différences qui existeront entre les deux chiffres.

Inévitables : Le jardinier s’est cassé le bras en faisant du canyoning et il n’est pas venu, sans être remplacé pendant deux mois…

J’avais prévu d’abonder le compte Épargne de 10 mille euros mais j’ai en réalité versé 12 mille…

Patatra, j’ai divorcé, pardon, nous avons divorcé…

 Donc, rebelote, nouveau calcul du montant de l’impôt comme on le faisait (naguère) quand l’impôt était perçu consécutivement à sa « cause », et apurement du compte.

Avec un peu de chance ce travail pourra servir d’hypothèse au prélèvement de l’exercice suivant.

 

En conclusion 1, toutes les opérations liées au calcul de l’impôt sont identiques dans le cas ancien  du paiement l’année suivante ou dans le cas nouveau du « prélèvement à la source ».

L’égalité entre montant dû et montant perçu était automatique avant puisqu’on ne payait qu’après le calcul alors que dans le nouveau dispositif elle ne sera obtenue qu’à la fin de  l’exercice et la prise en compte de la situation de l’assujetti. 

La seule nouveauté est d’avoir introduit un interlocuteur supplémentaire : l’employeur, et une chaine de vérifications supplémentaires.

Conclusion 2.  Comme beaucoup l’ont dit, on serait arrivé à un résultat bien plus élégant en :

  1. Mensualisant tous les contribuables.
  2. Organisant une année blanche.
  3. Reconduisant d’une année sur l’autre le « profil » du foyer fiscal.
  4. Transformant le  prélèvement  à la source en une simple  opération bancaire, un virement SEPA ordinaire, analogue à  celui par lequel  on  paye son assurance auto ou son abonnement téléphonique, ce qui s’inscrit bien dans le métier du banquier.
  5. Régularisant à la fin de l’exercice.

Conclusion 3. Ou plutôt développement  prévisible. Le décalage entre le calcul du montant de l’impôt et les dépenses qui donneront lieu à modification de ce montant fait que le contribuable est conduit à avancer un montant qui ne lui sera reversé qu’en fin d’exercice fiscal.

Je paye la femme de ménage chaque semaine mais ce que le fisc m’accorde comme facilité sur ce poste me sera rendu après l’exercice.

J’abonde mon compte-épargne de 10.000 Euros en janvier mais cette somme n’interviendra dans le calcul de mon impôt que en janvier de l’année  suivante.

Intolérable, comme il est vrai, est intolérable la bêtise au niveau le plus élevé de l’État.

Pour pallier, on plonge les mains dans la  boite à outil et on invente une nouvelle machine à gaz en provisionnant des exonérations et abattements possibles-probables-éventuel(le)s-incertain(e)s….

Nous en sommes là dans le feuilleton, tontaine et tonton.

Conclusion 4 ou question essentielle.

Il manque des cases à notre Président : la case Énergie (Pétrole, Gaz et Électricité) et la case Immigration.

Aurait-il en dépit de son parcours une lacune sur la fiscalité « ordinaire » ?

Conclusion dernière.

Les niches fiscales, les nichettes, les dérogations, les exceptions, les abattements, si on peut se permettre l’image, peuvent dormir tranquilles.

Longue vie au maquis (encore la Corse) de la Fiscalité Française.

 

 1.       Chacun a bien conscience que Macron aurait économisé beaucoup de parlotes stériles (APL, Taxe d’habitation, CSG…) et d’ajustements budgétaires douteux si, au lendemain de son élection surprise il nous avait balancé deux points de TVA dans le museau.

En était-il vraiment empêché ?

 2.       On n’évoque pas ici le maquis des artisans, des professions libérales et autre commerçants qui connaissent les joies de l’exonération, les délices du forfait ou l’examen scrupuleux de leurs comptes traités à telle ou telle sauce.

 

6 septembre 2018

 

 

 

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05 septembre 2018

4 Septembre, l’horizon s’éclaircit.

 

 

 Help, au Secours, je suis pris de court ! La rapidité du Gouvernement de la République à illustrer sa sottise me prend de court. Le Divin Enfant va plus vite que moi.

À peine ai-je le temps d’expliquer qu’il faut cesser de mettre « aux affaires » des gurus uniformément incompétents sur quelque sujet écologique ou économique que ce soit, gurus revêtus par convenance des oripeaux d’une idéologie floue, confuse et toute de contradictions, conduisant à la décroissance…

À peine ai-je le temps de me féliciter de la disparition de l’Espiègle* que je perçois comme un véritable escroc médiatique et dont la tête creuse ne peut que reproduire inlassablement les slogans que les bobos du monde des arts, du spectacle et des médias reprendront inlassablement sans qu’il en émerge autre chose que des sottises techniques, financières et politiques.

Chacun aura noté que l’appellation d’Espiègle est particulièrement inadaptée au personnage en question. Il aurait mieux valu oublier Till Eulenspiegel et l’appeler « Le constipé ».

 

Donc Hulot a démissionné.

 

Donc Macron cherche un autre ectoplasme de la mouvance dite écologique, façon Pompili ou –le nom circule- Canfin. Pourquoi pas Placé ? Au point où on en est.

Oublions Cohn-Bendit : c’est un service à lui rendre et je pense qu’il n’était pour rien dans une histoire rapidement dégonflée, mais révélatrice.

Est-il si difficile de comprendre qu’on ne peut pas mettre entre les mêmes mains la protection de la faune du parc du Mercantour et la définition de la politique énergétique d’un pays en voie de complète désindustrialisation.

Pour l’heure le ministère fonctionne, si les informations que la presse nous transmet sont correctes, sous le regard-contrôle-direction ( ?) de M. Lecornu et de Mme Pierson.

Lecornu s’occupe de l’Énergie et Pierson –plus ou moins- des dossiers plus spécifiquement environnementaux.

Sont-ils compétents, sont-ils actifs nous ne le saurons  que lorsque l’influence délétère de l’Esbroufeur aura cessé de s’exercer.  

Donc dans l’immédiat, Macron n’a qu’une solution :

Reconnaître l’inanité de regrouper dans un seul ministère les p’tites fleurs et l’avenir du nucléaire.

Scinder l’animal Ministère en deux.

Confirmer Lecornu dans sa fonction et Pierson dans la  sienne.

Leur confirmer un certain niveau d’autonomie en face de Bercy : ils auront toujours le temps de mesurer cette autonomie.

Définir lui-même la politique énergétique du pays.

 

Là se trouve la véritable question : Macron a-t-il les compétences et –j’ose- l’intelligence pour aborder ces sujets ? A-t-il la capacité et l’humilité d’entendre les personnes qui portent réellement (« pour de bon »), la responsabilité d’approvisionner et de distribuer l’énergie dans le  pays, aux citoyens et à ce qui reste de l’industrie.

La nomination de Hulot dans le Gouvernement nous avait donné des éléments de réponse à cette question : Reprendre l’héritage de la douairière excitée du bonnet et éternelle rescapée des naufrages antérieurs était la faute initiale.

La faute étant faite, il importait finalement peu que le Pitre Espiègle se consacre à la tâche de patauger dans les médias. Mais tout de même, quel chevalier de la triste figure 

On pourrait penser en lisant ces lignes que je ne tiens aucun compte des problèmes environnementaux qui accompagne la production énergétique : rien n’est plus faux mais la solution à ces difficultés ne peut consister en l’abandon de la production.

Il est maintenant 10 heures ce matin du 4 septembre (oui, souvenez-vous) et je prends ici le pari que la même sottise va se reproduire et qu’on va nous sortir du chapeau un nouveau guru qui refera les mêmes tristes mines en regrettant une fois de plus qu’on ne peut pas à la fois (en même temps) faire du Tout Écologie et de la croissance, du renouveau industriel et…créer de l’emploi.

Rendez-vous en fin de matinée ou dans la soirée.

 

°°°°°°°°°°°°°°

 

Il est maintenant 10 heures ce matin du 5 septembre et je viens battre ma coulpe en sollicitant l’indulgence du lecteur-juré. J’avais, avec légèreté écarté  la carte –l’atout caché dans la manche- de De Rugy car il me paraissait assez stupide de vouloir déplumer le perchoir de son volatil au risque de ne pas lui trouver de remplaçant aussi commode, malléable et dévoué.

Mais je reconnais l’habileté : je garde mes deux secrétaires d’État et je fais semblant de leur mettre à nouveau un mentor dont la conscience écologique ne soulève aucun doute et qui est parfaitement « rompu » aux finesses de la chose  politique, bien davantage que le trublion précédant.

De la sorte Tout Se Passe Comme s’il ne s’était rien produit. (Le fameux TSPCS)

La vague est passée.

Pour le perchoir il vaut mieux se garder de choisir hâtivement un Ferrand déjà ferré pour ne pas courir, le risque d’affronter une nouvelle farce politico-judiciaire concernant cette fois un bonhomme qui serait devenu le quatrième personnage de l’État.

Mais qui ?

Enfin dans tout ceci, rien qui n’entrave ni ne favorise le long piétinement de la PPE.

 

5 septembre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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04 septembre 2018

La Chouette-Espiègle prend son envol… et bat de l’aile (2)

 

Sortir de la confusion et ne pas répéter constamment les mêmes erreurs      04 septembre 2018

 

Le mot confusion est revenu dans la première partie de ce texte comme une litanie. Il faut préciser en quoi consiste cette confusion et comment la résoudre.

Il s’agit de définir  une frontière entre ce qui, dans la pensée écologique « globale » comme elle a été analysée, retentit fortement sur l’activité économique et ce qui relève du bon comportement des citoyens-consommateurs.

Cette frontière est difficile à déterminer : le guru et la passionaria ne s’embarrassent pas de cette subtilité et mettent au même plan des sujets aussi différents que celui des mégots sur les plages ou du nucléaire dans la production énergétique.

L’image est exagérée certes.

Pour le mégot sur les plages, pour la carcasse de frigidaire jetée à la rivière, pour le matelas abandonné sur le trottoir le bon sens (pas aussi commun qu’on le croit) donne immédiatement la réponse. Il faut vouloir être propre et assumer pleinement, soi-même, les conséquences de sa consommation. Le citoyen reste propriétaire de ses rejets et la collectivité ne peut que l’aider à en disposer afin d’en assurer la meilleure réutilisation.

Se pose alors le problème de la qualité de la consommation. Toutes les consommations ne se « valent » pas. Se loger, se nourrir sont de consommations incompressibles (même si on peut porter jugement sur des excès ou des carences) alors que le fait de traverser la France en voiture pour aller passer un weekend  « au ski » ou au « festival de jazz » constitue une consommation sinon inutile, du moins d’intérêt discutable pour la collectivité. Cependant on ne peut attendre du législateur-fiscaliste-pigouvien qu’il établisse un barème des taxes carbone pour différencier le gasoil du monsieur qui conduit sa parturiente de femme à l’hôpital de celui qui, par discrétion, rejoint sa maîtresse loin de chez lui.

Il est donc difficile de « qualifier » la consommation dans un système économique qui  repose  sur la nécessité  de constamment « relancer » la consommation. Le dilemme est que la consommation est à la fois (en même temps) ressource fiscale et maillon d’une croissance vertueuse, alimentant production et emploi ou gaspillage de ressources inutilement consommées.

On parle ici de façon générale.  Le cas de la  France est différent : comme les français ne travaillent plus et ne produisent plus, leur consommation ne peut que produire du déficit (commerce extérieur et budget) et de la  dette et, serait-on tenté de dire, ne « sert » à rien.

Il faut donc admettre un panachage entre des consommations éminemment légitimes et une certaine quantité de consommation économiquement-écologiquement admissible et nécessaire.

Heureusement, sinon le monde devient –c’est la mode du moment- Orwellien.

Donc, les Écolos !

La protection de l’environnement, le discours sur l’équilibre du vivant dans la maison, sur la terre, voilà leur terrain et leur origine. Malheureusement depuis Dumont, Saint-Marc* et quelques autres la compétence en ses sujets a disparu pour laisser la place au galimatias démago-bonimenteur de personnages secondaires de la vie publique occupant  désormais un terrain, hélas insuffisamment couvert par les gouvernements successifs.

On ne revient pas sur le problème de la  pollution industrielle : les arbitrages sont  complexes et le problème est rarement national. Le plus souvent l’industrie polluante opère dans un cadre de compétition entre pays producteurs sur un marché mondial. Vouloir bien faire, comme on l’a déjà dit, conduit à la délocalisation et à la perte de l’emploi. La pollution se fera ailleurs. Il est alors facile de penser qu’une pollution « ailleurs » ne nous concerne pas, comme ne nous concerne plus l’emploi en question. Il est à craindre que dans le cas des émissions de GES et dans bien d’autres domaines cette manière de repousser le problème chez le voisin ne soit pas une réponse.

Le mot confusion ne convient plus et nous allons en abordant le sujet de l’approvisionnement énergétique du pays être conduit  à parler de contradiction.

Que cela plaise ou non, à des degrés divers, la croissance de l’économie suppose, exige et repose sur une augmentation de la consommation énergétique. Ce n’est pas un acte de foi, ce n’est pas un axiome ou une vérité révélée. Ce n’est qu’un constat.

Une forme d’autisme fait dire (on n’ose croire qu’ils pensent) à certains qu’une réduction de la consommation nécessaire d’énergie sera possible sans que l’ossature économique et industrielle du pays en soit affectée.

L’argument est le plus souvent que les services sont moins consommateurs d’énergie que l’industrie lourde et manufacturière. Bien que cela reste à démontrer, on peut entendre cet argument. En conséquence, de la  même  façon que pour la pollution évoquée dans le § précédent, on laissera la production lourde et manufacturière se faire « ailleurs », ce vaste ailleurs des pays qui ont une balance des paiements équilibrée (positive), une dette utile et contrôlée (nulle) et comme par miracle un chômage minimal.

Les pays écologiquement éduqués font le souhait que leur économie repose sur des services cependant que des pays moins sourcilleux n’oublient pas de les ajouter à leur panoplie de compétences et de production.

Que l’on sache, les Gafam qui ne sont pas une spécifité française se sont  bien  développés dans un environnement dans lequel on ne confondait pas constamment la protection du grizzli et l’exploitation des champs de pétrole, fut-ce à l’excès.

Alors les pays en question triomphent dans l’industrie ET dans les services alors que la  France vertueuse mais décroissante s’entête à fabriquer son PIB avec des grèves et un niveau de dépense publique unique au monde.

Il nous reste le tourisme et dans cette branche quelques centaines de milliers d’emplois à pourvoir…Mais ceci est une autre histoire.

L’autre argument déjà largement commenté est que l’on peut sans difficulté, sans s’en apercevoir, remplacer des centaines de Térawattheures thermiques ou nucléaires par des dizaines de Gigawattheures de bricolages solaires ou éoliens. Ne revenons pas sur ce sujet.

Cette contradiction entre croissance-énergie et idéologie-écologie est incontournable.

Pour tracer un chemin d’équilibre entre ces deux pôles il faut une conscience écologique mure et une superbe connaissance des problèmes du monde de la production et de la distribution de l’énergie.

Réunir les  deux problèmes  dans un même ministère suppose de trouver la personne qui serait ce phénix mariant le sentiment écologique et les compétences techniques.

Et non pas la triste succession des pitres et bouffonnes qui ont occupé(e)s le poste.

Séparer les deux choses et créer deux ministères conduit à arbitrer constamment entre des forces opposées.

Il est à craindre que le Divin enfant, notre petit Jupiter encore tout potelé au berceau du pouvoir n’ait même pas la perception de cette difficulté. Aurait-il eu cette perception, sa première décision en prenant ses fonctions aurait été de  mettre prestement au panier la loi de transition du machin du truc de la folle.

 

Mais tout ceci n’est que du rabâchage et a été dit cent fois. Suffit.

 

*« Il faut que nous nous disions que depuis que l’homme est apparu sur la terre, jusqu’à maintenant, nous avons vécu sur une certaine conception : la conception que la nature était un bien gratuit, illimité, éternel. Il faut que nous nous disions au contraire maintenant et pendant tout le temps où l’humanité durera sur la terre, que la nature devient un bien rare, que c’est un bien qu’il faudra payer, payer de plus en plus cher si nous voulons le conserver, c’est un bien qui risque d’être temporaire et temporaire comme nous, c’est à dire que nous disparaîtrons avec lui. C’est donc un bien essentiel et par conséquent, il doit être le bien de tous. C’est ce que j’ai voulu dire quand j’ai parlé de “socialisation de la nature”. J’ai pensé qu’en fait, il fallait une politique humaniste à l’égard de la nature et non pas une politique matérialiste. Une politique qui essaie de préserver ce bien commun, qui essaie aussi d’en faire bénéficier l’ensemble de la population et non pas quelques privilégiés seulement. Nous ne pouvons pas laisser approprier les grandes richesses du monde naturel par une minorité car nous aboutirions sans cela à une situation révolutionnaire. »

— Philippe Saint-Marc, Socialisation de la nature, 1971

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01 septembre 2018

La Chouette-Espiègle prend son envol… et bat de l’aile

Un long silence et d’excellentes raisons pour expliquer ce silence.

Une raison incontournable : le fidèle ordinateur du Naïf a rendu l’âme, perte douloureuse et qui demanda le temps nécessaire pour « faire le deuil » et acheter la machine de remplacement. Chacun le sait, sans PC l’homme moderne n’est rien qu’un primate revenu à l’état de nature.

Une autre bonne raison : ayant déjà beaucoup reproché à notre président un certain nombre de sottises (NDDL, Prélèvement à la source, service militaire/civil obligatoire/facultatif à 16/18 ans et la présence de Hulot l’espiègle au gouvernement …) le Naïf ne s’est pas ému du micro drame médiatique provoqué par la micro bêtise de l’incident Benalla, révélateur exemplaire du vide de la vie politique du pays. Une tempête dans un verre d’eau ne mérite qu’un froncement de sourcil.

Un troisième raison est que le Naïf – et il s’agit bien d’un témoignage de sa naïveté – attendait la parution du texte final ( ?) de la PPE (Programme Pluriannuel de l’Énergie) pour, une fois encore déverser son fiel sur l’imbécilité prévue/programmée de la chose. Et sur l’imbécilité des protagonistes de la chose.

La chose ne vient pas. Attendons encore.

 

Et puis, divine surprise, Alléluia, chœur des anges, sonnez trompettes, résonnez hautbois, ce matin l’Espiègle démissionne.

Bien sûr, c’était prévisible et sa démission n’est en réalité que la conséquence logique de l’erreur initiale d’avoir sollicité sa participation au gouvernement.

Donc, divine surprise, car après tout il aurait pu continuer à jouer les utilités dans la pièce de boulevard que commence à nous offrir le Président. Le mot « utilité » étant à lire à rebours, comme au  théâtre.

Curieuse manière de quitter un gouvernement en mettant le Président et le Premier Ministre dans une situation politique délicate et, comme un gamin qui n’aime plus  la soupe, en quittant la table en faisant un pied de nez aux parents. Mais, passons, la presse commente.

Le bilan :

Le Naïf ne connait  rien au problème du glyphosate ; comme  la majorité des commentateurs qui ont, eux, une opinion. Néanmoins on comprend bien que si la camelote en question est nocive, il n’est pas souhaitable que son emploi reste un des procédés les plus utilisés de l’agriculture intensive. L’agriculture intensive peut-elle rapidement faire autrement et peut-elle rapidement cesser d’être intensive ? L’opinion des intéressés, les agriculteurs est évidemment à prendre en considération. Ils disent qu’il leur est difficile de se passer du produit, rapidement… Travert semble être de cet avis.

Le Gouvernement dit avoir trouvé un point d’équilibre et le Naïf souhaite que ce soit le bon choix.

NDDL : on pense ici que le recul sur le dossier n’a réellement  traduit que l’incapacité du gouvernement à faire preuve d’autorité en expulsant purement et simplement les occupants illégaux d’un territoire dédié à un projet  de l’État ; rien n’empêchait de commencer le chantier si ce n’est justement cette présence illégale. On se fiche pas mal de l’histoire, car là aussi il n’est pas facile de construire un avis : est-ce un bon projet ou non ?  Mais il est très grave qu’une poignée de RSA-istes puisse faire reculer le gouvernement de la République sur un dossier depuis longtemps approuvé. Le Naïf ne voit pas en quoi cette reculade serait à mettre au crédit de l’Espiègle, ni en quoi elle représente une avancée de la cause écologique.

L’Énergie et le Nucléaire : le sujet a déjà été largement abordé et il est inutile d’y revenir. Un simple mot de résumé. L’action du Ministère en ces domaines ne résulte qu’en confusion, désorganisation de la production, dépenses stériles de matériels d’origine étrangères contribuant à cette désorganisation et donc in fine à une sensible augmentation du déficit du commerce extérieur et de la dette.

Ref : Hulot par ci, Hulot par là  (10 06 2017), Au  royaume des aveugles (11 09 2017), Espiègle et autiste, 1 et 2 (12, 13  07 2017),

         L’électricité en France  (21 03 2018)

Un oubli : les deux ours(es) slovènes…Il n’est pas certain que cet achat fasse l’unanimité chez les éleveurs mais sans doute quelque ours mâle de la région se réjouira de la venue de deux jeunes beautés venues des Balkans. On ne peut pas plaire à tout le monde.

Peut-on parler de bilan et peut-on y voir des éléments positifs ?

Ou ne vaut-il pas mieux passer au fond du problème en oubliant le personnage de M. Hulot, lequel réjouissons-nous encore, repart en vacance ?

Mais surtout ne voyons pas dans les vacances de Hulot, une vacance du pouvoir.

°°°°°°°°°°

Le Naïf perçoit l’Écologie (mot valise s’il en fut) comme une chaine de préoccupations sur des sujets très divers ; Il est très difficile de rassembler les réponses à ces préoccupations en un corpus cohérent et traduisible en action économiques et politiques sans que de nombreuses contradictions ne se glissent  dans le  tableau.

À l’origine le sujet de la protection de la nature, de la conservation et plus généralement de ce que les « éléments de langage » ont appelé la protection de l’environnement. Espace protégés, parcs, biodiversité, dauphins, baleine et ours blancs…et les oiseaux, les insectes…le miel…

Oui mais :

À chacun son safari et son rhinocéros, sa croisière et son cachalot et son coucher de soleil sur les chalets de Courchevel et les sommets sauvages d’une Vanoise préservée puisque Parc(quée).

Alors vraiment protégée, la nature ? Jusqu’au point où le tourisme devient une activité intrusive et destructrice, jusqu’à l’envahissement par la foule…

Donc deuxième sujet : la propreté dans son sens le plus trivial : ne pas salir, ne pas laisser de traces.

Et le  corollaire : nettoyer,  effacer les traces, libérer l’espace pour qu’il reste « naturel ».

L’éducation et le civisme du citoyen, adossées à des contraintes économiques sont les principaux, sinon les seuls leviers afin d’obtenir des résultats : exemplaire est la querelle des mégots !

Est atteint le stade de la pollution quand la saleté gagne le combat et lorsque les déchets de la consommation envahissent le cadre de vie.

Cette pollution présente des caractères différents de gravité : le fameux 7ème continent de plastique qui se forme dans le Pacifique ne provoque pas les mêmes nuisances que le rejet des boues toxiques de certaines exploitations minières, stockées derrière des barrages incertains.

Dès ce moment l’écologie entre en relation directe et en conflit avec le monde de la production industrielle et par conséquent avec le monde de la consommation ; c’est-à-dire  avec le mode  de vie du monde développé et pour être plus précis avec le niveau et « l’utilité » de la consommation.

De notre mode de vie et de son acme : le progrès social.

Lorsqu’une nuisance est observée, la solution au problème posé passera nécessairement par un arbitrage entre le monde de l’économie et celui de l’écologie.

La solution commode est de supprimer l’activité polluante chez soi, en détournant le regard pour ne pas voir qu’elle s’effectuera ailleurs, là où par exemple la main d’œuvre sera moins onéreuse.

La solution difficile est d’obtenir du pollueur qu’il réduise au minimum possible cette pollution : cela coûte et la production et les emplois sont concurrencés puis remplacés par du travail fourni ailleurs.

Au-delà de la consommation ordinaire, individuelle, permanente et « acquise » comme un droit, la chimie, les extractions minières, l’industrie lourde et, dernière vache sacrée, l’industrie de l’information sont des sources quasi incompressibles de pollution.

En particulier TOUTES ces activités qui sont  la base de l’emploi et de la consommation émettent  des gaz à effet de serre.

 

Ainsi s’ouvre le sujet du changement climatique.

 

Un consensus est atteint pour reconnaître que l’activité humaine et les émissions de GES sont un facteur majeur de ce changement, même si certains pensent que d’autres facteurs puissent intervenir.

On parle donc en premier lieu du CO2 émis lors de la combustion du charbon, du gaz et du pétrole.

Comme il  vient d’’être dit la réponse commode est évidente : il suffit de n’en plus produire et de n’en plus consommer.

La première étape est d’économiser les ressources pour qu’elles « durent » plus longtemps : cela a été le discours chiraquien du développement durable. C’était à l’époque le vocable à la mode.

Chiraquien se réfère à la période et sans doute assez peu à la pensée du Président.

L’étape suivante est d’adopter une pensée a-économique et a-politique et de théoriser un monde vertueux qui stabilise ou réduit sa consommation d’énergie et de matière pour retarder le moment de l’épuisement et de la canicule. Et comme il n’est pas interdit de spéculer et de rêver, dans ce monde surgiront des solutions miracles pour produire l’énergie nécessaire et suffisante en domestiquant  des forces de la nature jusq’alors inexploitées ou mal exploitées.

L’écologie devient alors une idéologie de la décroissance.

 

L’Écologie du monde des politiciens et des gurus de cette mouvance sectaire est tout cela à la fois.

L’acte de foi de ces gens est que vouloir le bien, celui de la planète en premier lieu. Ils n’ont pas tort.

Un antéchrist, un grand Satan est nécessaire : la production d’énergie et plus spécialement la production d’électricité nucléaire s’impose dans ce rôle.

Pourquoi ?

Par paresse mais aussi parce que, à la relecture le Naïf ne voit aucune raison d’en changer la moindre ligne, on reprend ici un texte écrit quelques mois auparavant, déjà cité en référence.

 

Le premier sujet concerne … l’hubris française.

La France est la nation qui mène (seule) en tête le combat contre le réchauffement climatique. Cela est bien et mérite des éloges. Elle s’impose donc des mortifications qui montreront au vaste monde ce qu’un pays responsable peut et doit faire pour éviter les désordres que nous promettent les climatologues. La France entraine dans son sillage les dirigeants éclairés de la planète : la COP 21 est un réel succès et la diplomatie française en ressort grandie.

Évidemment un esprit chagrin ou naïf se demandera si un pays désindustrialisé comme la France, « pesant » 1 % de la population mondiale, occupant 0.3 % de la surface émergée et participant pour quelques % au PIB mondial, a la moindre chance d’influencer directement et effectivement ce phénomène désiré d’autolimitation thérapeutique et climatique, autrement qu’en jouant le rôle de martyr volontaire.

On ne voit pas que les Américains infléchissent leur politique énergétique, la consommation de charbon des Chinois continue de croître régulièrement et nos amis allemands brulent leur lignite sans sourciller…

Ceci ne signifie pas que le problème du réchauffement ne se pose pas : cela signifie seulement que le Petit Poucet ne triomphe des Géants que dans l’univers des Contes et Légendes ; dans le monde des hommes, il se fait bouffer, point-barre.

 

L’autre sujet concerne ce … (qu’on peut appeler)…. la « haine du nucléaire ». En tout cas son rejet.

Ce syndrome est mondial et la France n’est pas le pays le plus affecté. Le mal est profond.

L’énergie nucléaire, en 1945, a fait son entrée dans nos vies par la mauvaise porte : la porte de la guerre et de la destruction. Qu’importent les comparaisons entre Dresde et Hiroshima, le versant « magique et apocalyptique » de l’arme ne disparaitra jamais.

Le nucléaire civil, chaleur-vapeur-électricité, aurait sans doute pu ne pas être ignominieusement marqué par la Bombe mais les accidents de Three Miles Island en 1979 et de Tchernobyl en 1986 ont, pour longtemps fait entrer l’atome civil dans le royaume des Forces du Mal. La catastrophe de Fukushima en 2011 vint achever cette descente dans l’enfer des opinions publiques.

C’est un état de fait et seuls les régimes autocratiques qui « font » les opinions arrivent à passer outre et à conduire des programmes nouveaux de construction de centrales nucléaires…et thermiques aussi bien !

L’origine de ce malentendu entre l’homme et la radioactivité tient au caractère secret de celle-ci. La foudre frappe et incendie, le vent abat les forêts, la tempête ravage les côtes, les volcans explosent  alors que la radioactivité est simplement là, endormie, recouvrant tout mais paisible et sans le moindre excès. Elle est l’essence même du soleil, elle rayonne avec lui dans notre ciel. Notre terre irradie elle-aussi en souvenir de son origine, en quelque sorte chaude et « radieuse ».

Elle n’est entrée dans nos vies, et cette fois ci par la petite porte des laboratoires, qu’au seuil du 20ème siècle. Les historiens de sciences nous disent par quels chemins, depuis les images des Rayons X nous en sommes arrivés aux savants fous des années noires murissant l’idée que la concentration de cette force omniprésente et diffuse autoriserait les Prométhées de notre temps à domestiquer cette immense énergie.

Comme presque toujours dans l’histoire de l’Homme, le chemin est celui de la bataille.

L’arc du chasseur tue la biche mais mille arcs éradiquent la chevalerie du bon Roi Philippe. Une bombe lancée depuis le biplan de la grande guerre détruit le nid de mitrailleuse mais dix-mille bombes font disparaitre Dresde. Pour Hiroshima, une seule bombe suffira.

La paix reconnait cette énergie et veut, elle-aussi la domestiquer : il suffit de ne pas aller jusqu’à l’explosion.

Simple, non ? Pas d’explosion : reste la chaleur.

La règle du jeu est donc de maîtriser en toutes circonstances le combustible-explosif que nous mettons dans la marmite à bouillir : l’erreur conduit le combustible à redevenir l’explosif.

Cependant l’homme ne hait pas l’arc, il adore l’avion et les américains, nous dit-on, ne peuvent pas s’endormir sans un colt sur leur table de nuit ; alors que l’atome est resté invisible, secret et magique. On ne le voit pas et on ne le comprend pas. Cette peur de l’énergie nucléaire empêche l’acceptation de l’existence même d’un phénomène naturel qui, littéralement nous imprègne.

Cette peur et cette diabolisation surplombant les réalités techniques s’engouffre dans le vide intellectuel d’une oligarchie politique inculte scientifiquement et coupée du monde de l’industrie et de l’énergie.

Le fait brut est que depuis 50 ans la France produit, avec exploitation de la houille blanche, l’essentiel de son électricité au moyen d’un outil qui a fonctionné parfaitement, régulièrement et à un coût comparable… (inférieur)…. à celui des sources carbonées. L’Autorité de contrôle dont l’exigence ne saurait être mise en doute donne son accord pour continuer l’exploitation de cet outil par tranche de 10 ans au prix d’efforts de sécurité accrus.

Et bien non ! Nos … (responsables)… mettent toute la puissance des rumeurs en action, entrainent dans leurs errements les « forces du progrès » de la présidence Hollande … (et Macronienne)….et vont finir par obtenir qu’on mette à la casse un parc de production, déjà amorti et susceptible de travailler longtemps encore. L’exemple allemand, pourtant exemplaire ne sert de rien.

Le très cultivé Macron n’a pas de temps pour ces détails et en confie le suivi à son pitre de service.

(Le)… triomphe est la Loi de Transition Énergétique qui devient la Bible de l’Antinucléarité.

Il faut s’arrêter sur le mot Transition : le propos n’est pas pour l’État de produire l’électricité nécessaire et suffisante à la satisfaction des besoins du pays en tenant compte des politiques des pays riverains, d’une façon pérenne et au meilleur coût mais de produire de l’électricité différemment à la suite d’une « transition » qui ferait que de l’électricité « mauvaise » se soit transformée en électricité « vertueuse », ou mieux encore en électricité « verte ». 

Ce qui ne signifie pas que l’objectif de réduction des émissions de GES n’ait pas de légitimité ; mais cet objectif est déjà satisfait au-delà de toute promesse d’amélioration. Alors il ne reste que le rejet du nucléaire parce qu’il est le nucléaire !

C’est ainsi que l’électricité « verte » cesse d’être un moyen de production pour devenir une « Cause ».

Chacun sait que les Causes produisent des Effets.

°°°°°°°°°°°

Hulot, le Pitre espiègle est devenu à force de médiatisation habile le porte-parole exemplaire de cette gigantesque confusion d’idées et de ce déni des réalités économiques et techniques.

On nous dit en permanence qu’il est populaire : mais grand dieu, auprès de qui ? Est-il populaire comme Omar Sy ou Yannick Noah ou Mimi  Mathy ou mieux encore comme Johny, l’idole absolue ?

Le Naïf vit-il dans un monde particulier qui ne serait peuplé que de gens qui partagent – à un degré moindre, il est vrai – sa profonde détestation du personnage.

Hulot est-il populaire dans le vide ?

 

Le Naïf se répète et repose les mêmes lancinantes questions :

Comment Macron n’a-t-il pas compris que le pseudo avantage politique de sa « prise de guerre » acquise débit 2017 se transformerait inéluctablement en un révélateur de sa propre incapacité à maîtriser un sujet aussi fondamental que celui de la fourniture d’énergie à une nation qui doit se réindustrialiser.

Macron a-t-il une opinion construite sur ce que signifie produire  et utiliser l’Energie ?

Il s’emberlificote dans des centaines de millions d’Euros d’APL ou de contrôle radar sur les routes alors que la fourniture d’énergie se mesure en centaines de milliards.

Si la patience du lecteur n’est pas épuisée la meilleure conclusion de ce texte se trouvera dans la lecture attentive du verbatim de l’Espiègle, comme il l’a proposé à la troublante Salamé lorsqu’il a annoncé sa démission. Il faut lire cette déclaration.

Tout y est : Une merveille d’’autosatisfaction dans la reconnaissance de son absurdité associée à une malhonnêteté intellectuelle exemplaire.

L’hubris et la haine du nucléaire y sont déclarées et de la sorte, la confusion et lacontradictionauthentifiées et certifiées.

En cerise sur le gâteau, l’incontournable couplet sur l’Afrique…

 

Salut, le Naïf s’épuise.

  1er septembre 2018

 

Hulot, le 28 août à France Inter : Je ne veux plus me mentir »

 

Nicolas Demorand : Incendies un peu partout dans le monde, Grèce, Suède, États-Unis. Inondations suivies de canicule au Japon. Records de températures en France. J'arrête la liste des événements majeurs de l'été. C'est la bande-annonce de ce qui nous attend disent les scientifiques. Sur le sujet, tout a été dit, tous les grands mots ont été employés mais le film catastrophe est là sous nos yeux. On est en train d'y assister. Est-ce que vous pouvez m'expliquer pourquoi, rationnellement, ce n'est pas la mobilisation générale contre ces phénomènes et pour le climat?
Nicolas Hulot : Non, je ne comprends pas que nous assistions globalement les uns et les autres à la gestation d'une tragédie bien annoncée dans une forme d'indifférence. La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s'épuisent, la biodiversité fond comme la neige au soleil et ça n'est pas toujours appréhendé comme un enjeu prioritaire et, surtout, pour être très sincère, ce que je dis vaut pour la communauté internationale, on s'évertue à entretenir voir à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres. Je ne comprends pas comment après la conférence de Paris, après un diagnostic imparable qui ne cesse de se préciser et de s'aggraver de jour en jour, ce sujet est toujours relégué dans les dernières priorités.

Léa Salamé : Il y a l'apathie de la communauté internationale, Nicolas Hulot, et puis il y a le gouvernement auquel vous appartenez. Dimanche dernier, Edouard Philippe a donné dans une grande interview au Journal du dimanche les grandes lignes budgétaires à venir. Pas un mot sur l'écologie dans toute son interview. Est-ce que vous avez le sentiment après une année, disons ambivalente quant à l'urgence écologique, que la détermination est plus grande pour cet an II de la Macronie ou est-ce qu'on en restera encore aux belles paroles?
Nicolas Hulot : Il n'y a pas que les belles paroles, il y a eu de l'action dans l'année. Contrairement à ce qu'on dit, la France en fait plus que beaucoup de pays. Ne me faites pas dire qu'elle n'en fait assez… Elle n'en fait pas assez, l'Europe n'en fait pas assez, le monde n'en fait pas assez.

Léa Salamé : Est-ce que vous avez sursauté en voyant que sur trois pages d'interview, il n'y a pas un mot sur l'écologie d'Édouard Philippe?
Nicolas Hulot : Je n'ai pas sursauté parce que c'est coutumier. La pression du court terme sur les dirigeants sur le Premier ministre est si forte qu'elle préempte les enjeux de moyen et de long terme, c'est la vérité. Parce que sur le bureau d'un Premier ministre il y a des exigences sociales, des exigences humanitaires qui légitimement relèguent toujours sur le côté les enjeux de long terme qui prennent notre société de court. Parce que c'est une telle remise en cause,  que l'on reste toujours avec cette illusion que l'enjeu écologique  est un enjeu culturel, sociétal, civilisationnel et on ne s'est pas du tout mis en ordre de marche pour l'aborder comme cela. Moi je demeure dans ce gouvernement à la manœuvre d'une transition sociale et culturelle mais je suis tout seul à la manœuvre. Oui je suis tout seul à la manœuvre.

Léa Salamé : Vous êtes tout seul dans ce gouvernement?
Nicolas Hulot : Il faut se dire les choses franchement, le Premier ministre, le Président ont été pendant ces 14 mois à mon égard d'une affection, d'une loyauté, d'une fidélité absolues. Mais au quotidien, qui j'ai pour me défendre? Est-ce que j'ai une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité? Est-ce que j'ai une formation politique? Est-ce que j'ai une union nationale sur un enjeu qui concerne l'avenir de l'humanité et de nos propres enfants? Est-ce que les grandes formations politiques et d'opposition sont capables de se hisser au-dessus de la mêlée pour se rejoindre sur l'essentiel? Est-ce que la responsabilité c'est simplement la responsabilité du gouvernement? Est-ce que c'est simplement la mienne parce que moi, mes choix, toutes les contradictions de notre société, mais simplement parce que nous poursuivons des objectifs qui sont totalement contradictoires et incompatibles… la vérité elle est celle-là. Nous faisons des petits pas et la France en fait beaucoup plus que d'autres pays mais est-ce que les petits pas suffisent à endiguer, inverser et même à s'adapter parce que nous avons basculé dans la tragédie climatique. La réponse, elle est "non". La question fondamentale qu'il faut se poser : est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre? La réponse est "non". Est-ce que ce nous avons commencé à réduire l'utilisation des pesticides? La réponse est "non". Est-ce que nous avons commencé à enrayer l'érosion de la biodiversité? La réponse est "non". Est-ce que nous avons commencé à se mettre en situation d'arrêter l'artificialisation des sols la réponse est "non".

Nicolas Demorand : Est-ce que vous restez au gouvernement? On entend ce matin…
 Léa Salamé : … la tristesse presque!
Nicolas Hulot : Je vais prendre pour la première fois la décision la plus difficile de ma vie. Je ne veux plus me mentir, je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux là et donc je prends la décision de quitter le gouvernement aujourd'hui.

Léa Salamé : Vous êtes sérieux là?
Nicolas Hulot : Oui je suis sérieux.

Léa Salamé : Je tiens à préciser que vous ne nous l'aviez absolument pas dit avant de rentrer dans ce studio. Bien au contraire.
C'est la décision la plus douloureuse - que personne n'en tire profit, parce que la responsabilité, elle est collégiale, elle est collective. Elle est sociétale. J'espère que cette décision qui est lourde, qui me bouleverse, qui est murie depuis de longs mois, ne profitera pas à des joutes ou à des récupérations politiciennes, mais à ce que notre société se retrouve sur l'essentiel. J'ai une immense amitié pour ce gouvernement auquel je m'excuse de faire une mauvaise manière, mais sur un enjeu aussi important je me surprends tous les jours à me résigner, tous les jours à m'accommoder des petits pas alors que la situation universelle - au moment où la planète devient une étuve - mérite qu'on se retrouve et qu'on change d'échelle, qu'on change de scope, qu'on change de paradigme et c'est donc une décision qui était un véritable dilemme entre, soit m'accommoder des petits pas en sachant que, si je m'en vais, je crains que ce soit pire, soit rester mais donner ce sentiment que par ma seule présence nous nous mettons en France ou en Europe d'être à la hauteur sur le pire défi que l'humanité n'a jamais rencontré. Et je décide de prendre cette décision qui est une décision d'honnêteté et de responsabilité. Et, j'insiste bien, je ne souhaite que personne - personne - ne récupère et ne fustige le gouvernement parce que, à l'observation, c'est l'ensemble de la société (et je  peux m'y mettre également) qui porte la responsabilité. Peut-être que je n'ai pas su convaincre, peut-être n'ai-je pas les codes, mais je sais que si je repars pour un an, oh! Nous aurons quelques avancées, mais ça ne changera pas l'issue.

Léa Salamé : Vous avez pris quand cette décision?
Nicolas Hulot : Hier soir.

Léa Salamé : Pourquoi?  Pourquoi? Qu'est-ce qu'il s'est passé hier soir? Au moment de la réunion avec les chasseurs?
Nicolas Hulot : Disons qu'elle a mûri cet été, que j'espérais qu'à la rentrée, fort des longues discussions que j'ai eues avec le Premier ministre et avec le Président, il y aurait un affichage clair sur le fait que c'est l'ensemble du gouvernement, l'industrie, l'économie, le budget, le transport, l'agriculture et bien d'autres qui allaient être avec moi à mes côtés pour porter, proposer, incarner, inventer cette société économique. Je sais que, seul, je n'y arriverai pas, j'ai un peu d'influence, je n'ai pas de pouvoir, je n'ai pas les moyens.

Léa Salamé : Nicolas Hulot qu'est-ce qu'il s'est passé hier soir à l'Elysée en présence d'Emmanuel Macron et des représentants des chasseurs?
Nicolas Hulot : Oh ça va paraître anecdotique mais pour moi c'était symptomatique et c'est probablement un élément qui a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas. On avait une réunion sur la chasse, sur la réforme qui peut être une réforme importante pour les chasseurs mais surtout pour la biodiversité. Mais j'ai découvert la présence d'un lobbyiste qui n'était pas invité à cette réunion et c'est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. Et il faut à un moment ou à un autre poser ce sujet sur la table car c'est un problème de démocratie : qui a le pouvoir? Qui gouverne? C'est un petit détail.

Léa Salamé : Est-ce que vous parlez de Thierry Coste?
Nicolas Hulot : Oui je parle de Thierry Coste à qui j'ai dit qu'il n'avait rien à faire là, qu'il n'était pas invité mais oublions ça parce que ne pensons pas que ma décision vient simplement d'une divergence sur la réforme de la chasse. C'est une accumulation de déceptions mais c'est surtout parce que je n'y crois plus, pas en l'état. Pas dans ce mode de fonctionnement. Pas tant que l'opposition ne sera pas capable de se hisser au-dessus des querelles habituelles pour se retrouver sur un sujet qui est un enjeu supérieur, qui détermine tout. On sait qu'à la sortie de l'été où la Californie brûle, où la Grèce brûle, où l'Inde subit des inondations, mais après nous-même une année terrible à Saint-Martin mais y compris en métropole, quand je vais en Guadeloupe et que je vois une petite conséquence du changement climatique - "petite"… pardon pour les Guadeloupéens et les Martiniquais, mais l'invasion des sargasses qui leur pourrit la vie au quotidien -, petit à petit on s'accommode de la gravité, et on se fait complice de la tragédie qui est en cours de gestation. Je n'ai pas forcément de solution, je n'y suis pas parvenu, j'ai obtenu un certain nombre d'avancées mais si vous n'avez plus la foi et pour avoir la foi ce n'est pas l'énergie qui me manque, c'est un travail collégial, c'est un travail collectif, et puis, petit à petit, je n'ai pas réussi par exemple à créer une complicité de vision avec le ministre de l'Agriculture alors que nous avons une opportunité absolument exceptionnelle de transformer le modèle agricole. On se fixe des objectifs mais on n'en a pas les moyens parce que, avec les contraintes budgétaires, on sait très bien à l'avance que les objectifs qu'on se fixe, on ne pourra pas les réaliser. Voilà ma vérité.

Léa Salamé : Je précise pour les auditeurs qui nous écoutent que Thierry Coste œuvre pour la Fédération nationale des chasseurs. Il est lobbyiste effectivement. Nicolas Hulot, est-ce que vous avez prévenu Edouard Philippe et Emmanuel Macron de votre décision?
Nicolas Hulot : La réponse est non.

Léa Salamé l'interrompt : Donc là ils vont l'apprendre en direct…

Nicolas Hulot : Oui je sais que ça n'est pas forcément très protocolaire. Je sais que si je les avais prévenus avant, peut-être qu'ils m'en auraient une fois encore dissuadé. Mais c'est une décision entre moi et moi et je ne veux pas me mentir. Je ne veux pas donner ce sentiment que, si je repars, c'est parce que j'y crois. Mais je me pose la question : suis-je à la hauteur? Qui serait à la hauteur tout seul? Où sont mes troupes? Qui ai-je derrière moi? J'ai l'ensemble…

Léa Salamé le coupe : Vous aviez le soutien du président de la République…
Nicolas Hulot : oui, je le redis ici : j'ai une profonde admiration pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Et ce n'est pas, croyez-moi, pour atténuer l'effet de la décision ce matin. Mais, sur les sujets que je porte, on n'a pas la même grille de lecture. On n'a pas compris que c'est le modèle dominant qui est la cause. Est-ce qu'on le remet en cause?

Léa Salamé : vous voulez dire le libéralisme, pour parler clair?
Nicolas Hulot : Oui. Mais je l'avais dit dès le départ. Je me suis moi-même largement prononcé sur des traités comme le Ceta. Et on va en avoir une flopée d'autres.

Léa Salamé : Pourtant Emmanuel Macron a été clair pendant sa campagne que son programme serait d'inspiration libérale.
Nicolas Hulot : Oui mais on peut évoluer, les uns les autres, on peut se nourrir. C'était pour cette diversité. On peut encore une fois s'apporter. Moi je ne critique personne. J'espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde, sur le fait que l'Europe ne gagnera que si l'Afrique gagne. Est-ce que nous nous sommes mis en situation de passer un contrat d'avenir avec l'Afrique? La réponse est non. Où est passée la taxe sur les transactions financières qui était le minimum pour tenter de donner les moyens à l'Afrique de s'adapter, d'évoluer? Est-ce que nous ne nous voilons pas la face sur le fait qu'une partie des migrants qui viennent frapper aux portes de l'Europe, c'est pour des raisons climatiques? Je ne veux pas faire la liste ici. Je ne suis pas là pour faire un procès. Je dis simplement que la société, vous-mêmes les journalistes, remettons les priorités dans le bon ordre. Ce sujet conditionne tous les autres, je le dis en boucle. Le nucléaire, cette folie inutile, économiquement, techniquement, dans lequel on s'entête. C'est autant de sujets sur lesquels je n'ai pas réussi à convaincre, j'en prends ma part de responsabilité. Et je pense que, ce que les gens attendent d'un ministre, c'est que s'il n'est pas à la hauteur, s'il n'arrive pas à ses fins, il doit en tirer les leçons. Je l'ai toujours dis et je les tire ce matin.

Nicolas Demorand : Et donc ça n'avancera que de l'extérieur à vous entendre? EN France aujourd'hui, politiquement c'est impossible d'agir à l'intérieur de cette équipe-là?
Nicolas Hulot : Pour ce qui concerne la responsabilité française, ce n'est pas suffisant. Nous n'y arriverons que si un gouvernement dans son ensemble a la même impulsion, la même ambition, la même feuille de route, la même vision. Moi je ne peux pas passer mon temps dans des querelles avec Stéphane Travert, ce n'est pas l'idée que je m'étais faite. Je suis rentré dans un esprit de coopération pas de confrontation. Je ne dis pas encore une fois que rien n'a été fait, la France a été en pointe sur le glyphosate, on a fait énormément de choses…

Léa Salamé : Justement, est-ce que ce n'est pas le moment de dire puisque vous partez, rappelez-nous quels sont les acquis? Quels sont les petits pas que vous avez faits en un an avec ce gouvernement?
Nicolas Hulot : On a changé de tropisme sur les pesticides, on est rentré dans une dynamique qui va nous permettre de se séparer un par un d'un certain nombre de molécules. On a programmé la sortie des hydrocarbures, ce sont des choses essentielles et importantes. J'espérais qu'on allait mettre le climat et la biodiversité dans l'article 1 de la Constitution. Mais, même là, nos sénateurs et l'opposition sur un truc qui n'est pas quand même une révolution culturelle, simplement par posture politicienne, étaient prêts à s'y opposer. Tant que nous serons dans ces affrontements perpétuels alors que l'humanité a emprunté un chemin tragique, un homme une femme, tel qu'il soit – je l'ai toujours dit, au moins on peut m'accorder des convictions – quelles que soient ses convictions s'il est isolé dans un gouvernement, s'il est isolé dans la société – parce que regardez tout l'été, les résistances anti-éoliennes, alors ok on ne veut pas d'éolienne, on ne veut pas de centrales nucléaires, on ne veut pas de centrales thermiques : comment on fait si on additionne tous les refus? Et puis ceux qui critiquent à tort ou à raison, qu'est-ce qu'ils proposent? Qui vient enrichir le débat public, qui vient apporter ses pièces pour construire la société et le modèle de demain? Voilà.

Nicolas Demorand : Ça a été une souffrance ces 12 derniers mois au gouvernement pour vous, Nicolas Hulot?
Nicolas Hulot : Puisque je suis dans un moment de vérité, oui. Oui, sauf à basculer ce que peut être j'allais devenir, cynique, c’est-à-dire que pour finir à avoir une forme d'indifférence sur les échecs.

Léa Salamé : Vous aviez senti cette tentation du cynisme?

Nicolas Hulot : Je me suis surpris parfois par lassitude à baisser les bras et à un moment ou un autre à baisser mon seuil d'exigence. Et là je me suis dit c'est le moment d'arrêter.Léa Salamé : Est-ce que vous aviez les épaules pour être ministre?

Nicolas Hulot : Peut-être pas. La question vaut d'être posée. Peut-être pas.

Léa Salamé : Est-ce que vous regrettez d'avoir accepté la proposition d'Emmanuel Macron?
Nicolas Hulot : Pas du tout, pas une seconde. Et je souhaite, et je le dis très sincèrement, à ce gouvernement, et indépendamment de ce sujet, et dont j'espère qu'il en tirera les leçons, le plus grand succès parce qu'il le mérite. Il y a des hommes et des femmes exceptionnels dans ce gouvernement. Cette diversité est essentielle. Cette diversité est tellement importante dans notre société. S'enrichir de nos différences plutôt que de les confronter en permanence. Mais ça n'a pas forcément totalement opéré.

Nicolas Demorand : Comment décririez-vous l'armature idéologique du gouvernement? Celle contre laquelle vous avez échoué, vous l'avez dit. C'est quoi? Du libéralisme? Du productivisme? Du nucléarisme? C'est quoi?
Nicolas Hulot : C'est difficile. D'abord je ne voudrais pas, dans un moment où je mets le gouvernement en difficulté alors que ce n'est pas du tout mon souhait, c'est plutôt le contraire. Il y a une diversité, des parcours de vie différents, des personnalités passionnantes. Mais les grandes tendances demeurent.

Nicolas Demorand : C'est à dire?
Nicolas Hulot : La remise en cause d'un modèle agricole dominant n'est pas là. On recherche une croissance à tout crin. Sans regarder ce qui appartient à la solution et ce qui appartient au problème. Quand on se réjouit de voir sortir de Saint-Nazaire un porte container qui va porter 50.000 containers, superbe performance technologique. Est-ce bon pour la planète? La réponse est non. C'est toutes ces incohérences, ces contradictions. Et puis, dans cette équation impossible, des critères maastrichtiens sur un plan budgétaire, est-ce qu'on essaie un peu d'être disruptif? D'investir dans la transition écologique? Les investissements qui permettent de réduire notre dépendance énergétique, qui ne sont pas des dépenses mais des investissements, est-ce qu'on s'est autorisé à essayer un petit peu de sortir de l'orthodoxie économique et financière? Est-ce que la finance de spéculation qui spécule sur des biens communs, on l'a véritablement remise en cause? On va me dire mais en un an on ne peut pas tout faire! Certainement. Mais il y a une telle urgence.

Nicolas Demorand : C'est un vice de forme que vous décrivez.
Nicolas Hulot : On me dit mais "prend ton temps, soit patient". Mais ça fait trente ans qu'on est patient, qu'on laisse les phénomènes se dérouler. Ils sont en train de nous échapper. Donc je veux bien. On me dit : "fixe toi deux, trois priorités". Mais tout est prioritaire. Les sujets de santé, d'environnement qui viennent nous exploser à la figure, dont on va se rendre compte qu'ils ont des conséquences probablement…

Léa Salamé, l'interrompant : Mais l'économie, Nicolas Hulot, est aussi prioritaire. Le fait de faire baisser le chômage. Quand on accepte d'être Premier ministre, on sait bien qu'il y a des arbitrages à faire et que d'un côté, il y a une urgence économique, de l'autre une urgence écologique et que parfois, elle est contradictoire.
Nicolas Hulot : Oui, je ne dis pas le contraire. On peut essayer de choisir dans l'économie ce qui participe à la solution. Il y a aussi des grandes opportunités dans la transition écologique énergétique. Vous avez même la possibilité de passer à un modèle agricole qui soit intensif en emplois et non pas intensif en pesticides. Un plan de souveraineté alimentaire en protéines végétales a-t-il été sérieusement envisagé? Une agriculture sans pesticide c'est tout bon pour les agriculteurs, même sur le plan économique. Les externalités négatives du modèle agricole aujourd'hui, si on une vision macro, croyez-moi, l'argent il vaut mieux le mettre en amont qu'en aval. C'est cette vision d'ensemble… Je ne dis pas que j'ai toutes les solutions. Moi, j'espérais à un moment où un autre que dans ce gouvernement, chacun y apporte sa contribution. Et de donner le sentiment que je peux être sur tous les fronts, sur toutes les oppositions, à la croisée de tous les lobbys car les lobbys sont là… (hésitation). Est-ce que quelqu'un fera mieux que moi? Peut-être. Je n'en sais rien. L'avenir le dira. J'espère qu'on m'accordera que ce moment douloureux, de tristesse, mais pris d'une manière excessivement sereine, pris au sortir de 15 jours de repos, je l'ai pris sous le coup d'aucune colère, c'est un  acte de sincérité avec moi-même.

 

 

 

 

 

 

 

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31 août 2018

Le mot

Il s’agit d’une édition nouvelle d’un texte déjà paru mais profondément remanié. Un fois encore le sujet n'est qu'effleuré et il faut craindre de nouvelles moutures. Mais quand ?

 

Le mot commence par un paradoxe étymologique : il commence par être un son, plus ou moins distinct, dépourvu de sens, à la façon du meuglement de la vache qui ne sait que dire « mu » et qui, en conséquence est dite muette. Mot a débuté sa carrière de mot en signifiant « ne pas dire », bref, Motus ! Puis, mot à mot, de bons mots en gros mots, entouré de cent acceptions, il devient «  l’élément signifiant du langage spontanément senti comme distinct ». Bref, une brique dans l’édifice du langage, du langage des mots.

 

Hypothèse et définition : le langage est un code*, connu des individus d’un groupe, appris dans le groupe, propre au groupe, qui repose sur l’emploi de signes, de valeur stable dans le temps, entendus (lus) de façon semblable par les individus du groupe, afin de permettre à chaque individu d’exprimer à l’usage des autres, la connaissance qu’il a du monde et l’effet de cette connaissance sur lui-même.  *Si on avait à définir le mot code, on dirait : c’est un langage qui…

Très à l’amont de ce code, expression collective, on commence par le tropisme, c’est-à-dire le besoin pour un organisme, une existence, une vie « d’aller vers »… Chemin sur lequel l’être cherche, a besoin de… et plus encore doit. Chemin sans fin sur lequel, sans cesse, avance l’homme soumis à ce tropisme de la curiosité et  du contact avec l’autre.

Dans les premiers signes, signaux et déjà émissions, on trouve les messages chimiques. Certains reconnaissent aux acacias du bush africain la capacité –le besoin- d’émettre de l’éthylène pour prévenir d’autres acacias du danger antilope. C’est sans doute faire beaucoup d’honneur aux acacias que de de croire qu’ils constituent une tribu organisant sa défense. De combien de signes disposent les acacias pour converser ?

Odeurs, parfums, les phéromones sont l’outil des fourmis pour se causer. Werber nous le dit, croyons le ! Ont-elles d’autres moyens de se transmettre les messages de leur cité, en remuant leurs antennes, en se palpant, se chevauchant ? L’entomologiste est en retard sur le romancier.

Avec les abeilles qui ont elles aussi leur langage de fourmis, on assiste au mouvement du signe, on découvre  la danse. Leur vocabulaire est une chorégraphie du vol, une ponctuation de l’espace. L’homme perçoit cela, mais, différent de l’insecte il n’a pas assez d’yeux pour voir et quand il se dotera d’ailes, elles l’empêcheront de voler en liberté et de flirter avec la fleur.

La grande leçon d’éloquence, c’est l’oiseau qui la donne. Il maîtrise tous les ressorts de l’expression scénique. Toutes les parades, pantomimes, déguisements, jeux de couleurs et de formes, il les utilise. Quel artiste et en musique, s’il vous plait ! L’oiseau épèle l’alphabet complet du communiquant ; tout est exprimé : parade amoureuse aérienne ou sylvestre, vols et acrobaties nuptiales, chants modulés, sifflés, rythmés, percussion de piétinements impatients, battements des ailes. La femelle comprend tout : elle connait la musique ! L’homme sera bien inspiré d’imiter l’oiseau.

Ainsi de l’acacia au corbeau –on le dit très intelligent- on a franchi beaucoup d’étapes sur ce qu’on pourrait appeler le chemin de l’intelligence ou même de la conscience, conscience au sens de connaissance de soi. On a vu aussi que tous les sens sont émetteurs ou récepteurs de signes, en tout cas pour ce que nous savons des sens de l’acacia, de la fourmi ou de l’abeille, qui peut-être ressentent des signes que l’homme ne perçoit pas.

Comparés aux oiseaux, lointains dinosaures, les quadrupèdes, frères des hommes et récents mammifères semblent manquer d’argument. Ils restent dans la posture, posture de combat, de soumission, de défi, de jeu ; mais peut-être ne sait-on pas lire les mimiques naissantes de leurs museaux et mufles et sans nul doute entend on imparfaitement  leurs bêlements, meuglements, barrissements et autres abois. Qui n’a jamais vu son chat sourire ?

C’est aussi dans les troupeaux qu’on perçoit, comme on l’a déjà perçu dans les regroupements d’étourneaux ou dans les vols des oies sauvages, le comportement collectif, celui de la meute qui, à l’évidence obéit à un commandement émis, proféré et entendu, compris par tous.

Dans tout cela, beaucoup d’inné et beaucoup d’acquis : l’individu est dans le groupe ; il ne peut s’en dissocier.

On laisse le poisson dans l’eau ; il y est à l’aise et ses expressions faciales n’apporteraient rien à la panoplie des expressions  que les oiseaux et les mammifères ont illustrées. Mais lui aussi vit en groupe, ce qui est excellent pour le pêcheur.

 

Les animaux construisent des images mentales et ils les expriment par des postures, des gestes et des sons. Comme l’homme. Comme l’homme, ils cherchent à communiquer en société ces images mentales par des codes (langages) de postures, de gestes et de sons.

Avec l’ombrageux gorille silverback  et le bonobo libidineux, une nouvelle étape est franchie : celle de l’expression faciale, de la mimique, de la grimace et bien sûr, une diversité accrue dans l’expression du corps ; les bras se déploient et s’agitent, les mains et les doigts deviennent des marionnettes qu’on fait grogner en essayant de les faire parler. Nous les lisons avec facilité car, après tout, ce sont aussi nos grimaces et nos gestes.

Il se peut cependant que Cheetah ait un sourire plus épanoui dans les films de Tarzan que dans les profondeurs de la forêt congolaise. Mais l’anthropomorphisme n’est-il pas le guide de ces réflexions ?

Au 19èmè siècle et avant, l’homme d’Europe s’intéressait peu au Singe. Il ne le connaissait pas ; comme il connaissait peu et très mal l’homme d’Afrique. Ensuite, après que le déclin des espèces se soit fait sentir, les similitudes entre les grands singes et l’homme ont éveillées des intérêts variés chez les chercheurs en anatomie comparée, en éthologie et enfin en génétique. Mais c’est de langage qu’il est question ici.

Deux approches :

Un groupe de singe, suffisamment important et stable sur une longue durée peut-il développer un langage cri-signe-posture et, car celui qui pose la question pense qu’il le peut, comment l’homme peut-il pénétrer le groupe et y apprendre ce langage ? On peut appeler cette démarche le rêve de Tarzan. On conçoit immédiatement que cela reste un rêve car une société des singes-qui-causent est inaccessible et insaisissable et le linguiste curieux serait bien empêché de trouver le temps nécessaire à son immersion.

Les ethnologues et les linguistes connaissent bien ce problème. Pour entendre la culture de la population qu’ils étudient, il leur faut en apprendre le langage : cela demande un temps important et peu de linguistes universitaires sont en capacité de consacrer leur vie (argent, famille, carrière…) à l’étude approfondie des langues des derniers groupes humains ayant résisté par leur isolement à la pollution de leur langage et aux sévices et maladies des envahisseurs.

Deux cas exemplaires : le très remarquable missionnaire Daniel Everett a consacré, tout ou partie, une trentaine d’années de sa vie à « entendre et comprendre » la culture et la langue d’un tout petit groupe d’indiens d’Amazonie ; dans ce long voyage il a perdu sa famille et sa foi et gagné la satisfaction d’être le seul locuteur étranger d’une langue pratiquée par quelques centaines de personnes. Il aura le privilège sans nul doute, si ce n’est déjà le cas, d’être le seul locuteur d’une langue qui n’existera plus que par lui.

Trente ans, c’est le temps que le révérend Thomas Bridges aura, lui aussi, consacré dans son extraordinaire vie à entendre, comprendre et peut-être aimer les Onas et les Yaghans de la Terre de Feu. Ces populations ont totalement disparu.

Nous venons d’évoquer des linguistes qui vivaient les langues et les peuples et non les grands esprits de la discipline, capables de révolutionner le monde de la linguistique et de la pensée en n’ayant jamais quitté Boston.    

L’autre approche consiste à étudier l’individu singe, en essayant de lui apprendre une langue des hommes. La littérature est abondante et abondantes ont été les expériences dans cette voie. Comme l’homme qui conduit ces expériences aime beaucoup les singes –sinon, il ferait autre chose- les résultats sont entachés de subjectivité et traduisent souvent et d’abord l’attachement de l’homme à la bête. Ces résultats montrent que le singe a de la jugeote, de la mémoire, qu’il peut apprendre, utiliser les codes qui lui sont proposés et retenir des concepts simples et, on y revient,  qu’il aime son amie-soigneur*. Il est permis de supposer qu’il aimerait bien retourner dans une forêt qu’il imagine. En tout cas, il est conscient et si proche de nous.

* Amie-soigneur, pourquoi ?

En s’éprenant de, en s’en prenant à des singes moins encombrants – et partant moins onéreux- que les gorilles et les chimpanzés de nouveaux résultats ont montré que les capacités vocales de ces espèces leur permettaient d’utiliser un langage d’alerte au danger, reposant sur de véritables phonèmes.

Il y a là de quoi déplaire aux tenants d’une langue des signes, qui reléguaient les singes dans la catégorie –bien à plaindre- des muets, heureusement pas sourds.

On ne voit pas en quoi le geste exclurait la parole, ni comment la parole empêcherait de remuer le corps et les mains.

On se trouve donc en face de singes qui élaborent et utilisent –quand l’homme leur en laisse le loisir, dans leur forêt- un pré-langage dans lequel pour certaines espèces, la vocalisation est venue améliorer le cri, le grognement et l’arsenal posture-geste.

Que leur manque-t-il à ces grands et petits singes pour qu’on puisse, emporté par les puissants courants post-moderne de la belle pensée, les intégrer, « pour de bon » à l’humanité des ayant-droits ? La première idée qui se présente est qu’il possède un cerveau moins puissant, moins plastique. Puis vient l’idée, et on lui attribue un poids comparable, que leur larynx n’a pas les mêmes propriétés que le larynx d’homo erectus, habilis et in-fine sapiens. Les singes crient, certains hurlent, ils grognent, on pourrait croire que la mère babille avec son petit, mais enfin ils ne parlent pas assez bien, ni ne chantent !

L’homme bénéficie  d’un larynx de qualité, qu’il a sans doute amélioré lui-même par l’usage qu’il en faisait. Comme tout ce qui est d’évolution, on ne discerne pas la cause de l’effet. Car dans le phénomène évolutif, il y a toujours un décalage entre l’évolution et le constat qui en est fait.

Heureux les convertis aux religions révélées qui ont réponse à cette lancinante et permanente question !

L’homme dispose donc pour s’exprimer, pour communiquer, d’une plus grande panoplie que les animaux. Elle est composée d’outils  auxquels il confèrera des significations et qu’il utilisera ensemble et concurremment pour dire les choses et dire ce qu’il pense.

Le larynx, émetteur du mot, dans ces outils est d’une rare puissance ; il est pourvu de cordes vocales qui lui permettent ou permettront d’articuler des sons, de les moduler, de les vocaliser et enfin après bien d’autres inventions, de parler.

La vocalisation est un phénomène qui prend des formes variées: avant tout ce que nous considérons comme la voix normale, le chant, le fredonnement, le cri et le sifflement. Certaine langues utiliseront toutes ces expressions et iront mêmes jusqu’à les associer en mêlant la parole ordinaire* et le chant comme le font le chinois (les chinois) et le vietnamien.

Pour ce convaincre de ce que signifie réellement la vocalisation, il n’est que de  réaliser combien, déjà, il  est difficile de parler …anglais, langue proche mais dans laquelle le rythme et les accents toniques jouent un rôle  primordial.

*Parole ordinaire veut dire ordinaire pour nous, européens.

Le linguiste tout occupé à construire son système, son meccano de linguiste, nous ferait oublier le rôle du geste dans la  « mise en scène » de la parole. Il suffit de considérer les gestes et les postures qui accompagnent le discours aussi bien au niveau populaire que chez l’orateur de haut-vol pour mesurer l’apport des effets du comédien-locuteur dans la compréhension de son discours.

Le « Je vous ai compris » ne s’entend qu’avec les bras déployés du Général ; sans les mains, les napolitains seraient muets et nous accompagnons nos gestes de la vie quotidienne de multiples petites moues et autres hochements de tête exprimant nos émotions de l’instant.

Il convient de ne pas oublier que, à larynx indispensable correspond, de façon également indispensable l’ouïe : on a là deux sens complémentaires et indissociables. Et l’œil saisit les moues, les gestes et les postures.

°°°°°°°°°°°°°°°°°

L’homme doit d’abord, condition nécessaire, identifier l’information qu’il a besoin ou envie de transmettre. Il doit la concevoir, la synthétiser et la concrétiser dans son utilité, dans sa nécessité.

La nature et la précision de cette information variernt dans le temps, avec les progrès qu’il réalise, mais ce que l’on cherche ici sont les informations primordiales, celles qui relèvent de la vie de l’homme-singe et qui doivent par le langage articulé compléter et relayer le pré-langage du singe. Il serait absurde de penser qu’il y eut rupture et que par une sorte de miracle homo se mit à parler.

Ce qui désigné ici comme une absurdité est cependant la fondation des réflexions classique sur la nature du langage au moins depuis Descartes et jusqu’à des intellectuel bostoniens et célèbres. L’homme a le langage dans le citron et tous les hommes jactent à l’unisson d’une grammaire universelle caractéristique de l’ «humanité ».

Il ne faut jamais perdre de vue que ce travail d’élaboration est collectif ; en fait c’est le groupe entier qui fait ce travail et c’est par le groupe que la définition de ce qu’il est nécessaire et utile de dire se fera, avec de surcroit ce qu’il est agréable de dire ; et un pas plus avant, ce qu’il convient de dire.

Dans la genèse du langage s’incorpore toute la structure sociale et ce, dès l’orée du phénomène.

En lisant les linguistes pur-sucres on ne peut que remarquer que leurs analyses concernent toujours un homme, son cerveau, accessoirement son larynx. Rarement ou jamais ils  ne nous disent combien en tout point ce besoin et cette construction de langage sont d’abord collectifs et on le redit, culturels. Ils étudient en quelque sorte un langage sorti de l’espèce et analysé comme une machine complexe, posée là, devant eux, sur la paillasse du labo. Alors ils la démontent à grand renfort de vocables savants : image mentale, concept, catégories, représentation et enfin le mot ;  puis plus en détail, lexique et grammaire et syntaxe et mot vide… et encore plus finement comment est parlé le mot : les voyelles, les consonnes, les phonèmes et les mécanismes de la vocalisation ; et ensuite une géographie du cerveau et un atlas des circuits du langage élaboré comme un guide Michelin judicieusement coloré.

Et puis quoi ?

Le remord les saisit alors et ils reviennent sur leurs pas pour tenter de raccrocher la machine habilement décortiquée, posée en vrac sur la paillasse, à la culture du groupe. Le linguiste découvre enfin qu’il doit devenir anthropologue et etthnographe.

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Pour revenir sur le phénomène qu’on vient d’évoquer, on se plait à imaginer une assemblée du clan, de la famille pendant laquelle, de façon consensuelle, il fut décidé que, comme l’usage s’en était banalisé depuis quelque temps déjà, le vocable « agua » désignerait pour tous et toujours ce liquide qu’on boit et que le vocable « unda » désignerait de la même manière, ce liquide quand il coule à la rivière.

C’est autour du Feu, ce nouveau venu dans l’histoire de l’Homme que se déroule cette scène, que se tient ce palabre. Le Feu qui réchauffe pendant les nuits d’hiver, qui cuit la nourriture, qui éloigne les bêtes devient le foyer,  centre de la vie du groupe où et quand nait la palabra, le mot, avant de devenir la parole et un pas en avant la parabole qui dira la règle et la croyance du groupe.

Il est toujours tentant de jouer sur les mots.

La vie en commun autour du feu, protégée par le feu, par simple agrégation des individus forge une communauté de pensée. C’est cette pensée qu’il faudra exprimer par le mot, la parole, le palabre.

Et c’est bien ainsi que cela a du se produire, à quelques nuances près : le conseil des sages entérinant la décision collective était permanent, les enfants y avaient leur place ; et cet agrément collectif se mettait en place comme se déroulait la vie du groupe ; la durée de la réunion s’était étalé sur la durée d’existence du groupe ; et enfin, aucune autorité ne formalisa la décision que seul l’usage commun rendait licite. En somme tout le contraire de la fable initiale. Mais cependant, quelles qu’aient été les modalités de l’accouchement, le mot était bien né de cette reconnaissance collective et avant qu’elle ne soit formalisée. Il avait déjà été convenu qu’Agua et Unda représenterait l’eau.

Il faut donc revenir à Homo –très tôt dans son histoire- entouré de ses femelles et l’imaginer, se redressant ou bombant le torse, désignant d’un coup de menton la dame choisie et proférant, comme à l’accoutumée un « aghhh » familier pour l’enjoindre à aller quérir de l’eau à la rivière, dans la calebasse commune. Quand la scène se répète, quand « aghhh » devient routine, quand la femelle sait ce que veut Homo, Aghh est devenu le mot dont la signification est tout en un, « eau » et « va chercher l’eau ». Une tradition s’instaure. Selon que le coup de menton soit autoritaire ou bienveillant, selon qu’une grimace-sourire accompagnera l’ordre ainsi exprimé, la dame aura compris qu’elle en est remerciée ou qu’elle n’a fait que ce qu’on lui demandait. Tradition, car le mot alors échappe au temps, à l’instant. Il s’inscrit dans une certaine durée, quitte à évoluer, comme évolue l’homme et avec lui.

Plus haut dans les montagnes où l’eau jaillit des rocher, là où un autre clan, une autre famille vit du prélèvement des mouflons et de la cueillette des baies de la forêt.  La coutume du clan sera que cette eau qui coule entre les blocs autour du campement  est représentée par le vocable « ru » et que celle qui tombe du ciel  sera  dite « plou »…

Ces évocations – un peu sottes, reconnaissons-le – pour souligner le côté préhistorique de la naissance des mots qui sont d’abord une réponse à un besoin de communication dans un environnement donné et qui naissent comme naissent les premiers cris des nouveau-nés.

Dans cette image d’Épinal du cercle de nos ancêtres prononçant les premiers mots tout pendant qu’ils fabriquaient leurs propulseurs et qu’ils taillaient leurs premières statuettes, l’important est le mot « représente » dans la phrase : Agua, Unda, Ru et Plou représentent l’eau.

La représentation mentale ou encore le concept, que Saussure appelait le signifié, voilà l’insaisissable !

On évoque ici, la notion d’un mot global, reposant sur plusieurs expressions (geste, son, attitude, rythme) précédant le mot-parole au sens limité de vocable ; ce mot-parole qui, bien que conservant son  usage vocal deviendra le vecteur du discours écrit.

Comme il est difficile dans nos temps, engoncés que nous sommes dans la cuirasse de nos structures mentales et sociales, de concevoir cet état dans lequel l’homme entretenait un si grand niveau d’intimité avec la nature, une si grande proximité avec les éléments, une telle précarité et couraient à tout moment des dangers mortels.

Comme le petit singe cercopithèque, qui dit tant de choses et qui les vocalise si bien, Homo se préoccupe d’abord de sécurité et c’est donc par des avertissements que commence la construction de son vocabulaire.

Que craint-il ? Les grands prédateurs évidemment, au premier rang desquels le lion qui, lui aussi, d’un coup de menton et d’un grognement envoie ses femelles à la chasse ; ou la meute infatigable des hyènes ; ou l’énorme bestiole sournoise qui le saisit par la cheville au bord du fleuve alors que l’eau est si calme…Il criera donc l’alerte, générale dans un premier temps, puis plus précise ; son cri-signal d’alerte spécifiera si le danger est le léopard ou bien un autre des pièges que la nature lui oppose. Dans l’autre sens, il passera de l’alerte à la peur diffuse, à l’angoisse, à la crainte de l’inconnu.

Il lui faut décrire le monde qui l’entoure avec des onomatopées pour imiter les cris des animaux qu’il chasse pour se nourrir ; ou pour simplement reprendre l’alerte lancée par les oiseaux voisins de son aire.

Comment parviendra-t-il à trouver les sons qui décrivent et définissent la racine bonne à manger ?

Peut-être au moment où il est satisfait de la manger et quand il exprime donc la joie d’un niam-niam repu.

Le mouvement d’intimidation qui accompagne les inévitables confrontations entre des rivaux dans le groupe, ou au contact d’un groupe intrus, donnera lieu à des cris d’hostilité dont il faudra préciser la menace qu’ils impliquent, le châtiment qu’ils promettent.

Et quoi encore.

Dans le quasi-infini de notre vocabulaire, mille fois amplifié dans la diversité des langues humaines, on peine à réinventer, sans autre arme que l’imagination, ces inventions énormes que furent les premiers mots.

Sont évoqués ici les mots qui décrivent ce que nous appelons maintenant l’environnement. Naguère, on se contentait de dire la nature. L’homme est un des éléments de cette nature à laquelle il lié. Il maîtrise progressivement cette nature dont il est issu. Le lien se transforme en relation.

Cette relation couvre une très grande part des émotions que ressent l’homme quand il est confronté aux forces et aux dangers « naturels » : La joie de découvrir le fameux point d’eau, d’apercevoir le gibier qu’il traque depuis longtemps, la faim si la chasse ou la cueillette ne sont pas fructueuses, la soif, la solitude dans l’errance, la peur devant l’animal dangereux.

On conçoit ce travail de construction que représente ce lexique qui décrit cette vie de l’homme dans la nature et dans ses perceptions et ses activités primordiales : se nourrir, se protéger, se reproduire…

Mais l’homme est en même temps un élément du groupe dans lequel ce besoin de dire se traduit.

Ce groupe représente un autre niveau de l’environnement de notre homme.

Donc, simultanément apparait la nécessité d’encadrer la vie du groupe dans des règles communiquées, relatives à la vie courante, à la vie du monde connu et inconnu et aux premiers tabous.

Surgit la nécessité d’un nouveau lexique qui définira la socialisation de l’homme dans son groupe.

Ce n’est pas la découverte du gibier qui conduit en droite ligne à proclamer « Liberté, Égalité, Fraternité », « les valeurs de la République » ou bien «  In God we trust.   Il aura fallu bien des frottements entre individus dans un groupe pour que le besoin d’appartenance qui saisit l’homme devant sa médiocrité d’animal et sa propre finitude trouve son expression dans un nouveau  lexique ou un élargissement du lexique existant à de nouvelles significations.

Il lui faut consolider la  famille, le clan, la phratrie. Les racines de ce nouveau vocabulaire sont dans la naissance d’une culture sociale, économique, culturelle et politique du groupe.

Et puis le besoin de comprendre le sens de la vie et de maîtriser l’angoisse de sa finitude.

Considéré ainsi le langage est un processus ordinaire de l’évolution.

Comme tous les processus de l’évolution il est guidé par une nécessité : la socialisation dans un cadre géographique et historique donné ; puis il procède ensuite par « trial and error » c’est-à-dire par sélection.

L’expérience montre que les résultats sont variés et que tous les langages ne sont pas des photocopies d’un même document originel.

Un espace ouvert et géographiquement simple demandera moins de signes et des signes autres qu’un environnement sylvestre, touffu, plus marchand en information. Les rives du Tigre offrent plus de matière à causer et à repérer que le désert du Sinaï… peut-être ! Cet environnement plus riche est aussi celui qui verra s’épanouir les plus grands groupes et par là, la socialisation la plus rapide. 

Le nomade qui vit avec son chameau, sous sa tente en poil de chameau, qui se nourrit de lait de chameau et se déplace « en » chameau inventera un abondant lexique concernant… le chameau.

Ce nomade vit dans un groupes de quelques unités et rencontrent d’autres groupes de quelques unités au hasard des points d’eau : il échange des chameaux et des femmes et dans ses relations il causera chameau et guelta.

L’habitant des bords du Tigre cultive des céréales, domestique plusieurs animaux de trait ou d’élevage, construit des cités et participe à la construction de société complexe. Son lexique reflète la variété de ses activités en diversité et en abondance.

Ceci conduit à une question : pourquoi les grandes religions révélées sont-elles nées dans les déserts du Moyen-Orient ? Les gens des déserts avaient ils plus de temps pour penser l’impensable. Mais leurs territoires étaient-ils les déserts qu’ils sont devenus ?

Au demeurant tout ce travail de conception de ce que l’on souhaite dire, et ce travail d’invention de la façon de le dire suppose une plasticité, une fraicheur du cerveau que ne possède plus l’homme âgé.  L’homme moderne est, lui, prisonnier des structures mentales déjà acquises. On ne peut retrouver cette fraicheur que chez l’enfant jeune quand il s’approprie ce travail archaïque qui est d’apprendre la langue de la mère. Ce travail lui a été, on ose l’expression, mâché, par l’immense effort des aïeux. En fait, l’enfant jeune est le seul laboratoire qui permette de saisir ce que signifie l’accession au langage. Une évidence.

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Dans ce travail d’identification et de désignation du monde auquel Homo se livre, il va dans le même moment exploré une autre voie, en marquant son passage par des signes, des images et de véritables dessins. Ce besoin de l’expression graphique semble moins immédiat que celui de la communication orale ; et à l’évidence, il est plus complexe à mettre en œuvre : il faut un support et un outil pour faire la marque.

Homo chasse. Il s’éloigne de l’abri où est restée la famille. De peur de s’égarer, comme le petit poucet, il marque son chemin et laisse derrière lui des repères. Des cairns si le sol est rocheux, des branches cassées dans la forêt, des griffures sur les parois des falaises. Ces signes, ces glyphes qui lui sont utiles, il les enseigne aux autres membres du groupe, créant, en même temps que se développe la langue des sons, une langue du signe gravé.

Il est à la fois naturel et merveilleux qu’il ait par une synthèse fructueuse associé le mot - dès son enfance - et le signe naissant lui-aussi. Hypothèse ? Non, nécessité !

Nécessité d’explorer chaque nouveau territoire de cueillette et de chasse, de reconnaitre les points d’eau qu’on dispute aux bêtes, de trouver les bons abris et donc de baliser, de marquer le territoire pour lui et son groupe. Le signe gravé communique dans l’espace, il doit être comme le mot parlé connu du groupe. Et il contient une information à laquelle il a déjà associé un mot (le point d’eau par exemple), ou pour laquelle il devra inventer un mot pour lui donner corps et la décrire ; dans ce dernier cas, c’est donc le graphe qui apparait le premier et nécessite le mot : la caverne, la cache où repose la carcasse de l’animal chassé…

On conçoit une chaine  de relations biunivoques, à lire dans un sens ou dans l’autre :   

Concept / mot  vocalisé / signe gravé,  ces éléments s’assemblant dans une suite dans laquelle chaque composant avance à son rythme en fonction de l’environnement du groupe, au gré du temps qui passe et des conditions de la vie du groupe.

Dans les concepts évoqués, celui de nombre et du calcul n’a pas encore été cité. Pourtant il est primordial : combien d’individus dans le groupe, combien de jours de marche jusqu’au rivage de la mer, combien d’hommes dans le clan voisin … et combien de femmes ! Ici encore le geste, c’est-à-dire la main joue le  rôle de premier instrument, de boulier originel.

Souvent caché dans les habits du progrès scientifique et technique, le développement du concept nombre-chiffre-calcul est indissociable des autres progrès du langage et de l’écriture. Et tout comme les autres concepts il entre dans la chaine concept/mot/signe.

Cette association du mot parlé et du signe gravé n’apparait pas comme une constante ou une nécessité de l’histoire humaine. Bien des populations  de faible nombre et de faible densité ne connaissaient pas ou ne connaissent pas l’écriture des sons sous quelque forme que ce soit.

Elles ont, hélas, disparu ou sont en voie de disparaître. Elles ne connaitront ps l’écriture. Cause ou effet ?

N’auraient-elles pas disparues, elles sont depuis longtemps au contact de populations qui ont opéré ces relations : elles les ont apprises-subies par la colonisation.

L’Homme parle et il écrit.

D’abord il écrit le mot dans sa totalité : il lui associe une image que sa main (autre artefact ?) grave sur la cire ou sur l’argile. Il faut pour cela que le mot soit susceptible d’être « imagé », transformé en image. En premier lieu donc les choses, les objets, les animaux. Cela constitue une longue liste mais cela ne suffit pas. Il faut aussi qu’on puisse par convention inventer un signe particulier pour un mot-concept particulier, ainsi la qualité d’un objet, comme la couleur, la taille…plus la situation de l’objet dans le temps, dans l’espace ou les sentiments qu’on éprouve, amour, colère, plaisir… Alors le catalogue des signes devient équivalent à l’immense catalogue des mots ; la mémoire s’y perd nécessairement et le discours ne s’écrit plus par des images figurant l’objet.

Une distinction est nécessaire entre les langages « d’avant l’écriture » et les langages qui sont « en même temps » parlé et écrit.

Avant l’écriture, dans l’expression orale la posture, le geste et l’intonation sont essentiels et participe à la signification. Dans l’écrit il faut les remplacer par d’autres « mots » qui décriront gestes et postures.

Le problème est résolu quand l’homme ne dessine plus le mot mais dessine le son. D’une certaine façon, il revient en arrière et ne part plus de sa pensée mais de sa bouche. Il dessine alors la bande-son de sa pensée, il écrit sa voix. Le mot devient un assemblage de phonèmes, eux-mêmes écrit au moyen d’un nombre assez limité de signes : il y a beaucoup moins de phonèmes que de mots ! On englobe toute la phonétique avec une quinzaine de voyelles, une quinzaine de consonnes et quelques épices en forme d’accents et de ponctuation. Si l’on ajoute les tons (un zest de chant dans le phonème), on définit une mécanique, donne accès par la lecture des sons à tout l’univers des mots.

Un regret : il manquera toujours le charme, l’intonation et toutes les nuances de la voix. Il faudra écouter le disque !

Le mot a glissé du concept (essence) au mot-vocalisé (existence) puis au mot-écrit. Il suffit pour cela d’un instrument assez rustique de quelques dizaines de graphes simples pour mettre « par terre », sur la table ou sur un support convenable la musique du langage : il suffit d’un alphabet.

C’est une pérennisation et une instauration du mot.

Car en étant « en même temps » parlé et écrit le mot acquiert la stabilité : dans le temps à l’évidence et aussi dans l’espace. Le langage s’est doté d’une ossature. 

Une conséquence importante de la révolution de l’alphabet est que le mot acquiert une capacité d’abstraction que ne permettaient pas le signe et l’image. L’homme peut, au-delà de la réalité de la nature, explorer des domaines qui lui sont propres et qui ne concernent que le fonctionnement de son système neuronal. Le produit de l’alphabet est d’écrire ce que disait confusément la parole et de bâtir des systèmes de pensée dans lesquels il se confère une essence le différenciant de l’animal. L’alphabet conduit aux religions. (cf. conclusion de John Gray, infra)

 

Le propos ici n’est pas de raconter la suite de l’histoire de l’écrit ou de la communication. Le mot devenu langage écrit trouvera son support, le papier. Il trouvera ensuite l’imprimerie et enfin grâce à la fée électricité tous les développements de ces derniers siècles. C’est bien simple : il est devenu de l’information !

Le support joue dans ces évolutions un rôle essentiel.

À tout seigneur… commençons par la voix.

Le dialogue chuchoté lors de la chasse en forêt accompagné de gestes signifiants, le palabre autour du feu au retour de la chasse, le récit de l’ancien évoquant les esprits du clan, le conteur, de tribu en tribu, l’aède homérique qui contribue à consolider le langage par la répétition, l’exhortation du chef aux guerriers et puis le chant des femmes qui, en rang, sèment ou récoltent, reviennent du point d’eau…que de paroles anciennes, que de chants oubliés !

Le langage est devenu discours et il devient récit. Le groupe se souvient du récit et l’organise bientôt en spectacle : le théâtre englobe alors la danse, le chant du chœur et le récit dramatique.

Jusqu’à la radio et à l’enregistrement…

Quant au signe :

Le mur de la grotte, la pierre des égyptiens dont la permanence s’atteste toujours, la fragile tablette d’argile des Sumériens, la commode tablette de cire des Romains, le papyrus et le parchemin serviront pendant des millénaires à archiver données et pensées de leurs époques, usés et réutilisés, palimpsestés, brouillons ou documents officiels dignes de la bibliothèque, longue est l’histoire des ancêtres du papier et glorieux le triomphe de l’alphabet.

Le papier et sa conséquence logique l’imprimerie changeront la dimension du phénomène, en faisant passer des premiers et laborieux documents des scribes à la diffusion élargie du livre, du journal, du pamphlet, du tract.

Jusqu’à l’irruption du cinéma et de la télévision : révolution de l’image.

Non pas que l’image peinte ou sculptée ait été absente avant l’image mobile : l’histoire des Arts nous enseigne bien au contraire qu’en même temps que le langage des prêtres et des saltimbanques, les peintures, les sculptures et les tapisseries faisaient récit et parlaient au peuple en des temps où le peuple ne lisait guère. Les Temples anciens et les Cathédrales sont aux apogées de ces représentations qui révèlent tous les visages d’une culture ; l’audace du bâtisseur,  la foi d’une inépuisable statuaire et l’ampleur des fresques sont autant de manière de dire qui nous étions en ces temps-là.

Mais l’image de notre époque est une image omniprésente, permanente, écrasante, envahissante, banalisée : le choc des images.

Une illustration de ce retour est le succès de la Bande Dessinée. Tout devient sujet de BD. Plus besoin de lire Stendhal ou Flaubert, la BD de Mme Bovary existe. Enfoncée la tapisserie de Bayeux.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne faut pas s’étonner de cette rapide évolution. Jadis, les gens ne savaient pas lire car ils n’accédaient pas à l’école. De nos jours, l’Education Nationale, à l’évidence n’apprend plus à lire (ni à écrire et compter) aux enfants dont elle revendique d’assurer la formation, il est légitime que pour ceux d’entre eux qui voient encore dans le papier autre chose qu’une commodité d’emballage ou d’hygiène, de se tourner vers des livres d’images et c’est finalement tant mieux. Mieux vaut la BD que le silence. 

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 On a utilisé pour les mots l’image de briques du langage. Le locuteur empile des mots pour dire quelque chose, pour informer comme pour construire un mur qui enfermera son message.

Ces mots, au hasard de l’histoire des tribus puis des nations, il les empile suivant un ordre que –là encore- le hasard et la nécessité lui auront proposé/imposé. Ainsi nait la grammaire qui est le mode d’emploi de l’ensemble des mots, du vocabulaire, pour élaborer le discours qui contient le sens.

Cette grammaire, disent certains est une caractéristique de l’espèce : elle serait génétiquement et uniformément présente en nous comme un quelconque phénomène homéostatique.

D’autres disent que la grammaire, comme le mot n’est qu’un artefact parmi les autres dans le grand sac à malice de Sapiens et qu’elle est en ce sens une particularité culturelle comme une autre, variable de tribu en tribu.

 

Les artéfacts obéissent dans leur matérialité à des règles incontournables : les lois de la physique, de la mécanique. Force, piston, bielle manivelle, axe, roue…

Quelles sont les règles incontournables qui  régissent les langages ?

Elles ont déjà été définies dans les analyses imagées et simplistes proposées précédemment.

Certains mots désignent ou plutôt représentent. Ils seront des sujets.

D’autres mots définissent l’état ou l’action des sujets. Ils seront les verbes.

Pleins d’autres mots qualifieront soit le sujet soit l’état-action du sujet. Quoi, pourquoi, comment, quand, où.

Ce sont les 5W des anglosaxons : What, Why, Where, When, hoW.

Ce constat définit la phrase élémentaire : Naïf écrit texte.

Le plus souvent le cadre du discours (qui parle à qui et les 5W) suffit à la compréhension car la  phrase est vécue par les locuteurs immédiatement.

Mais souvent il faudra préciser :

Certaines langues auront recours à un empilement de phrases élémentaires ; ainsi : Naïf est assis, chaise devant PC, texte sur le mot, texte écrit sur Word…

D’autres langues enrichiront la première phrase par des compléments : d’objet, de lieu, les 5W. Ils mettront en paquet d’autres phrases-informations, collées à la phrase première par des mots de liaison.

Le Naïf est assis devant son PC, sur lequel il écrit, en utilisant Word un texte sur ce qu’évoque pour lui le mot « mot », évocation qui, reconnaissons-le, ouvre la porte à…

Donc, comme un mortier assemblant nos  phrases, ces petits mots de liaison.

Laissons cela aux spécialistes et invitons simplement le lecteur à considérer ce que deviendrait le  français si on supprimait l’usage de « à ».

Qui dira les charmes de la récursion et de la phrase infinie ?

La grammaire du Certif, façon École de la République, nous disait tout cela et nous serions bienvenus  de ne pas l’oublier.

Cette intéressante question est maintenant académique : la population de la terre parle une sorte d’anglais, des sortes de chinois, encore des bribes d’espagnol et de français, un sabir d’arabe et les centaines (860 exactement) de dialectes de la péninsule des Indes. Tant pis pour le japonais et le bahasa…

Il n’y a plus de langues inconnues, il n’y a que des langues disparues : on sait à propos du « parlé » de quoi on parle.

 Reconnaissons que toutes les grammaires connues ne se ressemblent pas ; si elles sont construites en nous avant que la culture du groupe nous façonne, elles choisissent pour se révéler des formes bien diverses.

En exemple, prenons le verbe qui est le mot qui « dépeint » l’action. Certaines langues le triturent et lui donnent tant de formes qu’il finit par définir le sujet ou l’objet de l’action, le locuteur, le temps de l’action et même sa qualité comme un doute sur l’action. Dans d’autres langues le verbe est par contre absolument invariable et il faut alors lui adjoindre une quantité d’adverbes pour qu’on sache ce qui était concerné par l’action : qui, quoi, comment, où…et peut-être.

 Nous sommes donc les héritiers d’un vaste corpus de langues, mots, chiffres, signes que les groupes d’hommes au fil du temps, par répétition, avec des essais, des erreurs, des régressions ont poli, fait grandir et surtout transmis, patiemment, de génération en génération au fur et à mesure qu’ils vivaient de et par ces langages.

 Nous les façonnons toujours.

 Lisons les essais des linguistes. Leurs efforts portent toujours sur le « fonctionnement »  des langues et sur la façon dont le cerveau effectue les opérations de ce fonctionnement. Ils considèrent un cerveau-outil qui stocke des images mentales sous forme de mots puis les redistribue et  les publie enveloppés de mots de liaison qui définissent les relations de ces mots assemblés. Ces travaux d’analyse portent donc sur deux sujets : la langue elle-même mais aussi la machinerie du cerveau. Ce travail est nécessaire mais il part toujours d’un résultat qui est une langue existante et un cerveau normalisé.

Le terme ultime de cet effort d’analyse consiste naturellement à dire qu’on ne reconstitue pas commodément ce fonctionnement tout simplement parce qu’il est intégré génétiquement dans le cerveau et qu’il existe une « grammaire » universelle, propre à l’espèce.

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Comme toute chose de l’homme ces constructions sont fragiles. Les langages des hommes vivent et meurent, ils peuvent être malades, ils peuvent souffrir. Il est donc essentiel que tous ceux qui mesurent la chance qui leur a été accordée dans cet héritage le protègent et le vénèrent. De tous les outils que l’homme a su créer, le langage est le plus puissant car de sa maîtrise dépend l’accès à tous les savoirs et à tous les faires.

Dernière évidence oubliée dans ce qui précède : Le calme, la stabilité, la paix en un mot sont sans nul doute des conditions indispensables de ces lents processus de fermentation, de maturation du langage même si la nécessité et le danger ont pu constituer des accélérateurs ou des révélateurs.

 

    En conclusion, laissons le dernier mot à John  Gray qui précise son point de vue sur l’influence que l’usage de l’alphabet a eu sur la pensée et plus précisément sur la pensée occidentale. (Straw dogs 2002)

 

The calls of birds and the traces left by wolves to mark off their territories are no less forms of language than the songs of humans. What is distinctively human is not the capacity for language. It is the crystallization of language in writing.

From its humble beginnings as a mean of stocktaking and tallying debts, writing gave humans the power to preserve their thoughts and experiences from time. In oral cultures this was accomplished by feats of memory, but with the invention of writing human experience could be preserved when no memory of it remained. The Iliad must have been handed down as a song for many generations, but without writing we would not have the vision of an archaic world it preserves for us to day.

Writing crates an artificial memory, whereby human can enlarge their experience beyond the limit of one generation or one way of life. At the same time it has allowed to invent a world of abstract entities and mistake them for reality. The development of writing has enabled them to construct philosophies in which they no longer belong in the naturel world.

The earliest forms of writing preserved many links with the natural world. The pictographs of Sumer were metaphors of sensuous realities. With the evolution of phonetic writing these links were severed. Writing no longer pointed outwards to a world humans shared with other animals. Hence forth its signs pointed backwards to the human mouth, which soon became the source of all sense.

When 20th century philosophers…attacked the superstitious reverence for words they found in philosopher like Plato, they were criticizing a by-product of phonetic writing. It is scarcely possible to imagine a philosophy such as Platonism emerging in an oral culture. It is equally difficult to imagine it in Sumeria. How could a world of bodiless Forms be represented in pictograms? How could abstract entities be represented as the ultimate realities in a mode of writing that still recalled the realm of the senses?

It is significant that nothing resembling Platonism arose in China. Classical Chinese is not ideographic as used to be thought; but because…of its “combination of graphic wealth with phonetic poverty” it did not encourage the kind of abstract thinking that produced Plato’s philosophy. Plato was what historians of philosophy call a realist –he believed that abstract terms designated spiritual or intellectual entities. In contrast, throughout its long history, Chinese thought has been nominalist – it has understood that even the most abstract terms are only labels, names for the diversity of things in the world. As a result, Chinese thinkers have rarely mistaken ideas for facts.

Plato’s legacy to European thought was a trio of capital letters – the Good, the Beautiful and the True. Wars have been fought and tyrannies established, culture have been ravaged and peoples exterminated in the service of these abstractions. Europe owes much of its murderous history to errors of thinking engendered by the alphabet.

 

Juin 2015, janvier et août 208

 

 

 

 

 

 

 

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