Le Naïf dans le Monde

25 janvier 2020

Dans la série Les Cailloux, encore un épisode.

 

À Marseille le mot empégué est encore d’usage courant. On est empégué dans une histoire embarrassante,  dans une situation dont on ne sait plus comment sortir.

Donc, je suis empégué dans la réflexion que je mène pour éclaircir mes idées ou plutôt pour me construire une opinion sur le Grand Bazar qu’est devenue la réforme des retraites.

Empégué dans le fatras des commentaires visant principalement à instruire le procès des impréparations et des maladresses multiples du  gouvernement dans le déclanchement de ce qui devient un marais politique et social. Quel travail, Mamma mia !

Donc je cherche un sujet plus rafraichissant et qui, comme on dit, me prenne moins la tête.

Donc, j’explore mon jardin familier, celui dont les chemins sont parsemés des petits cailloux qui se glissent dans ma chaussure et me gênent assez pour que je souhaite non pas les ôter –je n’en ai pas les moyens- mais les ajouter aux perles du collier que porte le macrono-perplexe. La macrono-perplexité est immédiatement suivie du macrono-scepticisme avant que ne se développe le macrono-rejet qui précède la peur du vide et le refus de l’abime. 

Un petit caillou de rien du tout mais tellement révélateur.

Le Divin Enfant invite des patrons étrangers afin de mettre en évidence les talents des Français et l’attractivité du territoire. Un p’ti coup de Versailles avec en prime un p’ti coup de champagne, pardon, une petite coupe, ça fait de mal à personne. Chirac faisait ça très bien et il est bon d’assurer une certaine continuité républicaine. Ce que Chirac n’aurait pas fait, Ô, quel plaisir de faire parler une figure déjà du passé, ce qu’il n’aurait pas fait c’est d’appeler sa p’tite guinguette « Choose France ».

Cela donnerait à penser que les gens qu’invite le Président sont incultes au point de ne pas comprendre ce que signifie l’expression « Choisir la France ». Cela serait regrettable et légèrement injurieux pour eux.  Non, le Président veut faire djeune et il choisit la langue des rappeurs à la mode pour suivre la mode.

La stupidité se glisse partout, elle a une contagiosité infinie et n’épargne personne, même pas des personnes dont les trompettes nous clament la prodigieuse intelligence.

Pour ajouter à ma navritude, personne ne semble avoir noté ce petit caillou qui, je le crains, n’a trouvé comme endroit à gêner que la chaussure du Naïf.   Scrogneugneu, que font l’Académie Française et Giscard ?   

Un très gros caillou qui fait mal depuis, pour faire simple, 2007. Ce caillou a une histoire.

Le candidat puis le président Hollande promet(tent) la fermeture de la centrale de Fessenheim. Normal, elle fonctionne, fait de l’électricité et ne casse les couilles de personne. Mais les écolos allemands, tous et tout au charbon, Ja, mein Herr ! seraient tellement content. Et la Duflot aussi avec qui il fait bon électo-flirter. L’Homme de Léonarda est élu, rameau latéral du Sapiens Royalis.

La chose traine, EDF se plaint puis cède et négocie une compensation.

Arrive le Divin Enfant et avec lui le superman de l’Énergie en France, l’Écolo à la triste mine. Avec lui pas de demi-mesure, ou plutôt si une mesure à demi : fermer la moitié du parc nucléaire. Enfin, quelque chose comme ça.

Le bazar mis en place, en gestation depuis l’autre super-spécialiste Ayrault existe toujours avec à son crédit (!) quelques Gilets Jaunes qui sont, on le découvre, une espèce tenace.

Alors de « promesses électorales » en « respect de l’engagement pris » le Gouvernement se retrouve entravé par sa propre incompétence dans l’obligation de prendre en considération les bavasseries préélectorales de Hollande et Duflot et les initiatives législatives de la Batho, brève Ministre de patin-couffin et de l’Énergie.

Que dit l’ASN dans son rapport 2019 sur l’année 2018 :

L’ASN considère que les performances en matière de sûreté nucléaire du site de Fessenheim, dans la continuité des années précédentes, se distinguent de manière favorable par rapport à la moyenne du parc. En matière de protection de l’environnement, le site reste à un bon niveau. Enfin, dans le domaine de la radioprotection, le site rejoint l’appréciation générale portée sur EDF.  ASN rapport 2019 sur année 2018.

Mais patatra ! Tout se détraque pendant cette funeste année 2019, l’an dernier pour ainsi dire. La sémillante Brune Poirson, dans le cadre d’un entretien sur le populisme vert, nous confirme que la fermeture de Fessenheim « fait partie d’un calendrier général établi sur la base de critères techniques et non politiques ». Il faut dire qu’elle a été à bonne école, la Secrétaire d’État de Hulot, François de Rugy et Élisabeth Borne tous fins spécialistes des problèmes de l’énergie, tant au niveau national que mondial.

Voilà, Fessenheim, la pauvrette, bonne à mettre à la poubelle et ça tombe bien car la Sémillante est justement la spécialiste du recyclage, du ramassage des cotons tiges et des vilaines pailles en plastique.

N’est-il pas naturel de fermer une unité d’une valeur d’usage de 1.8 GW, (soit un peu plus qu’un EPR qui enfin entrerait en service si l’ASN le voulait bien), puisque c’était une promesse de campagne de François Hollande ? C’est beau les valeurs de la République et le respect de la parole des Anciens.

Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin puisque depuis les hululements de la chouette nous sommes convenus, nous les Français, qu’il est vital de fermer une petite poignée de centrales en état de marche pour encore longtemps et dont la production est irremplaçable. EDF embarrassée mais bonne fille, ne voulant pas faire de jalouse les a choisi par ordre alphabétique mais comme cela faisait sourire a rajouté Tricastin ; normal, on vient juste de dépenser un pognon de dingue sur son carénage et il n’y a pas de centrale en uvwxyz.

Une autre dame spécialiste des problèmes d’Énergie, Emmanuelle Wargon, énarque de la promo d’Édouard Philippe (ça crée des liens) et ancienne Danone-girl nous assure de sa voix ferme de dame à qui on ne la fait pas : « 72 % d’électricité dans le nucléaire, c’est trop ». Comment résister au poids d’un tel argument et comment ne pas être saisi d’effroi à l’idée que nous puissions conserver notre parc nucléaire pendant encore 10, 20 ans et plus si besoin ?

La dernière, vit’fait su’le gaz : RTE envisage des parcs de batteries pour stocker 48 MWh de camelote afin de ne pas perdre les pincées d’énergie dite renouvelable quand par chance cette énergie est produite.

Je glisse en annexe un article qui, je crois illustre bien l’état d’incohérence dans lequel la France de l’énergie (EDF) est plongée.

Bon, j’arrête de me répéter mais tout comme la connerie de nos responsables me semble infinie, infinie est la rage que cela fait surgir en moi.

Le prochain caillou portera sur l’exercice du droit de grève, la définition du service public, l’aspect obligatoire de son maintien dans bien des domaines et la critique de l’action syndicale quand elle évolue de la manifestation à l’émeute puis au comportement insurrectionnel, criminel et terroriste.

Annoncer la chose me crée une obligation et c’est bon pour ce qui me reste de jugeote.    

24 janvier 2020 

J’allais mettre sous presse comme disent les journalistes et vla’ti pas comme dit le Naïf que le Divin Enfant nous refait, impromptu, au hasard d’un entretien le coup de la repentance. Il entend nous instruire dans l’histoire de la guerre d’Algérie et suggère un parallèle avec l’Holocauste. 

Que son âge et son parcours l’aient tenu éloigné des réalités de ces périodes de notre histoire et de l’histoire universelle, qu’il en mesure maintenant l’importance et qu’il cherche à comprendre est à inscrire à son crédit.

Malheureusement, jacassant à tort et à travers, il nous livre un gloubi-boulga historique avec du Chirac, du Vel d’Hiv, de l’Algérie, des exactions et, audace revendiquée, de la Shoah en fond de sauce.

Ses explications embarrassées aggravent la situation à chaque pas qu’il fait pour justifier ses propos et sa sottise.

Consternant, navrant, inquiétant et destructeur au plan politique : À qui s’adresse-t-il ? Cherche-t-il à faire monter les voix de la Marine qui se garde bien, elle, d’effleurer ce genre sujet et celui-là en particulier. Son père avait suffi.

Ce caillou de la repentance était déjà dans la chaussure et cette nouvelle et stupide intervention constitue une confirmation. C’est chez Macron une obsession. Il faut qu’il patauge dans le passé non pas pour en tirer des enseignements mais pour nous démontrer qu’il n’a qu’une vision simpliste de l’histoire et qu’il souhaite la faire partager à tous. Nul doute que les Israéliens, les Juifs de toute sensibilité, les Français qui ont vécu les évènements d’Algérie et qui était jeunes mais présents en 44 et 45 seront sensibles au bon goût de ces amalgames.

Ce jeune homme est-il vraiment aussi cultivé et intelligent que nous clame la renommée ?

 25 janvier 202

RTE teste des batteries pour stocker de l’électricité renouvelable

Cyrille Pluyette  23 janvier 2020

L’objectif du projet est d’éviter des pertes de production et la construction de nouvelles lignes de haute tension.

La montée en puissance programmée des éoliennes et des panneaux solaires, confirmée par le dernier projet de feuille de route énergétique de la France, constitue un défi de taille pour RTE, le gestionnaire du réseau de transport électrique. Ces sources d’énergie intermittentes doivent en effet remplacer des installations dont la production est beaucoup plus simple à piloter. La France prévoit parallèlement l’arrêt de ses quatre dernières centrales à charbon (pour l’essentiel, d’ici à 2022) et la fermeture de 14 réacteurs nucléaires (d’ici à 2035). «Nous devons être capables d’assurer la même mission de service public avec un mix énergétique qui changeIl nous faut donc de la flexibilité» et ce besoin va «augmenter significativement» à partir de 2030, résume François Brottes, le président de RTE, dont le rôle consiste à équilibrer l’offre et la demande d’électricité.

Une solution envisagée consiste à stocker dans des batteries les surplus ponctuels et localisés de production des énergies renouvelables ne pouvant pas être transportés par le réseau et de les déstocker ailleurs simultanément, en utilisant d’autres batteries. Objectif: éviter des pertes de courant, ainsi que la construction de lignes à haute tension supplémentaires. RTE a annoncé, mercredi, le lancement des travaux d’un projet de ce type, baptisé Ringo. Cette expérimentation, qui représente un investissement de 80 millions d’euros, va être menée sur trois sites jusqu’en 2025. Vingeanne (Côte-d’Or) sera équipé par Nidec France ; Bellac (Haute-Vienne), par Saft avec Schneider Electric ; Ventavon (Hautes-Alpes), par un consortium mené par le groupe Bolloré. Chaque site disposera d’une capacité de 10 à 12 mégawatts. (1 !!) RTE cherche à acquérir une expertise sur les batteries de grande taille, qui pourraient «être déployées demain à grande échelle». Il faudrait toutefois que leur prix «baisse vraiment beaucoup pour que cette solution devienne une alternative au développement du réseau», explique Olivier Grabette, directeur général adjoint du groupe.

Présent à la même conférence de presse ce mercredi, Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), a martelé que la flexibilité devait être le «maître mot», au vu du coût de nouveaux équipements et de la «réticence de nos concitoyens» face à l’impact environnemental. Parmi les réponses citées: les interruptions de courant en cas d’urgence sur des sites industriels rémunérés pour cela, la réduction de la consommation ou le stockage. Il ne semble, en revanche, pas enclin à approuver les 33 milliards d’euros sur quinze ans que RTE estime nécessaires pour moderniser son réseau. «Dit comme ça, c’est non!», a insisté le patron de la CRE. La délibération devrait intervenir en mars…

 

Deux remarques naïves :

La première concerne les compétences et la carrière préfectorale de Jean-François Carenco qui a demandé à occuper le poste de Président de la CRE. À qui ? Va donc savoir !

En février 2017, il est nommé président de la Commission de régulation de l'énergie. Il déclare à cette occasion qu'il a « sollicité cette nomination, non parce qu'il avait peur d’être viré au lendemain de la présidentielle, mais parce qu'il serait atteint un an plus tard par la limite d’âge de 65 ans pour les carrières préfectorales ».En juin 2017 il devient président de Coallia, association gestionnaire de résidences sociales et autres structures à vocation sociale et médico-sociale. Par décret du 19 mars 2018 il est admis à faire valoir ses droits à la retraite de préfet à compter du 8 avril 2018. .Le 18 janvier 2019, il renonce à rejoindre les rangs du promoteur immobilier Altarea-Cogedim en raison d'un possible conflit d'intérêt lié à son ancienne fonction de Préfet de la région Ile de France. Jean-François Carenco va donc rester à la tête de la CRE pour laquelle son mandat court jusqu'en 2023.   Wiki

C’est ti pas beau ce parcours, tout marqué au sceau de la compétence dans le domaine « qui lui convenait » pour une pantoufle probablement dorée en attendant de rejoindre quelque promoteur de ses amis.

Cela donne tout son sel au dernier § de Cyrille P.

La seconde concerne justement Cyrille P. Ce bonhomme qui écrit dans un journal sérieux ne sait toujours pas, article après article après article faire la différence entre la puissance et l’énergie. Supra (1)

Montéty devrait relire Pluyette, cette dernière remarque à l’intention des lecteurs du Figaro.

 

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08 janvier 2020

Sonnez la retraite

 Ce papier pour dire que comme certainement un grand nombre de mes concitoyens et néanmoins amis, le Naïf n’a pas vraiment compris les subtilités de la Réforme des Retraites et qu’il n’a pas succombé à son charme simplificateur. Alors pourquoi en parle-t-il ? La réponse est toute simple : ce papier avait été entamé en vue de clarifier les idées de son auteur. Il est devenu la démonstration qu’il n’y comprend toujours rien et qu’il patauge sur le sujet avec une naïveté provocatrice et outrancière.

Rédigé dans les derniers jours de décembre il n’est édité que presque trois semaines plus tard. Le Naïf respecte la trêve des confiseurs. "En même temps" se déroule la tragédie, digne de l'antique de l'Âge Pivot qui se transforme en âge de glace des relations syndicales.

 

Sonnez la retraite

 

Les lions ont chassé ; ils dévorent leur proie sous l’œil des charognards qui attendent les vestiges du festin royal. Le Naïf est comme le chacal qui s’approche craintivement de la carcasse pour en arracher quelques reliefs.

Ou bien :

La police des séries télévisées enquête. Tout le monde a des pattes bleues pour préserver l’intégrité de la scène de crime. Le légiste annonce au policier (en général une policière, parité oblige) que la victime est encore en vie mais qu’on ne saurait l’interroger vu son état. Le(a) journaliste naïf(ive) présent(e) sur les lieux participera t’il ou t’elle à l’enquête ? Le blessé survivra-t-il ?

Ou bien :

Était-ce possible que le Naïf ne mette pas son grain de sel dans le grand fourniment, dans la grande peinture naïve (elle aussi) dessinée sur le mur de l’École lors de dernière récré ?

École d’Administration ou Pension pour ados-qui-se-croient-surdoués.

Ne reculant devant aucun mauvais jeu de mot, le lecteur rétorquera : nous y pensions…  Pensions de retraite, naturellement.          Tout récemment, une nuance a été subtilement introduite par notre Manu national entre la pension des militaires et la retraite des retraités. Pour lui, dans ce distingo, retraite signifie montant de la pension alloué au retraités. En réalité, « effectivement » dit-on à la télé, la retraite est la situation résultant de la fin de la vie professionnelle pour les damnés de la terre ayant eu à travailler dans la France du dernier demi-siècle.  Donc pour Manu et, reconnaissons-le, dans la langue courante la retraite est devenu le montant de la pension. Bref !

Sans peur et sans reproche le Naïf se demande : c’est quoi, toute cette agitation ?

Elle est provoquée par la Réforme des Retraites.

De quel animal parle-t-on ?

La première et principale réponse est qu’il s’agit d’une promesse de campagne du candidat Macron et qu’en conséquence je suis par naïveté lié à cet objet administratif non identifié par les liens imprescriptibles de l’élection de mon représentant à l’Élysée. Ainsi soit-il.

La seconde réponse est qu’un torrent de justice sociale dévalera de la pyramide administrative nouvellement érigée et qu’il n’est pas temps de s’arrêter aux détails de ce flot « naturellement » bénéfique. C’est beau comme la pub de Rozana.

Les détails en question me seront communiqués en temps utile, autre variation de la notion du temps, qui s’ajoute au temps des regrets, au temps perdu, au temps libre devenu ministère et au temps passé de la belle époque.

Une partie importante est que la rupture flagrante d’égalité due aux régimes dits spéciaux, privilège des employés d’entreprises sous contrôle publique sera gommée et que chacun sera soumis à un même régime qui devient général….Général de Division, dirait l’auteur de mauvais bons mots. 

Plus ou moins gommée également la recherche de l’équilibre financier des systèmes, l’actuel et celui de la machine à point. 

Le discours continue de tourner en rond autour d’un triangle : montant des cotisations, temps de cotisations (de travail) et montant de la pension.

Comme on n’ose pas parler d’une baisse des pensions ni d’une augmentation du montant des cotisations, la seule variable est l’allongement du temps de travail, le déséquilibre résultant du vieillissement de la population.

Si on ne travaille pas davantage (plus longtemps) et si on ne cotise pas davantage, il ne restera qu’à baisser les pensions, après avoir pendant  quelque temps, « naturellement » glissé le déficit dans la dette.

Comme dans tous les triangles d’incertitude le résultat prévisible est qu’il faudra cotiser plus, travailler plus longtemps et accepter des pensions moins élevées. 

Muni de ce viatique* de principes et d’attentes, je me suis d’abord penché sur mon cas et celui de ma tendre épouse. La conclusion est que, au-delà de quelques rabotages subreptices type CSG, sauf importants changements dans le régime des reversions, nous n’étions pas réellement concernés par le schmilblick. Au demeurant, le serions-nous, qu’y pourrions-nous ? Voter FN à l’élection prochaine ?    * Viatique : Argent, provisions que l’on emporte pour voyager. J’emploie le mot car il s’agit d’un véritable voyage vers des terres inexplorées et visiblement pleines d’embuches.

Poursuivre la réforme de la façon dont elle a été introduite, puis présentée, puis floutée comme dans un film où des images pourraient heurter…, conduit à revenir à l’évocation de la cour d’École. Le lecteur note la majuscule ; il ne s’agit pas d’une cour d’école ordinaire, de quartier ou de village semblable à celles que vous et moi avons fréquentées. Ce qui autorise la comparaison est la puérilité et l’immaturité du comportement des élèves devenus anciens élèves devenus, l’un grand chef et les autres ses conseillers.

Deux points saillants :

Vouloir tout, d’un coup, tout de suite. En tout début de mandat et avant les conséquences de la persévérance sur la très sotte loi de la transition du bidule, i.e. écotaxe mal placée, gilets jaunes et troubles afférents, peut-être, avec un vrai projet, vraiment ficelé et bon à tirer.

Un vrai projet, voilà le vrai problème !  La retraite par répartition devient une retraite « à point ».

Le point est cotisé par moi pour moi et j’en percevrais un retour lorsque je cesserai de travailler/cotiser pour abonder mon compte de point. Ma pension calculée sur mes acquits ne sera donc pas puisée dans un bas de laine rempli par les cotisations de tous les travailleurs après mon départ en retraite mais dans un bas de laine portant mon nom à charge pour moi de le remplir. Je suis rassuré mon bas de laine sera accroché au râtelier des bas de laine  et « en même temps » les points des jeunes travailleurs rempliront les leurs en cotissant comme il convient.

Ai-je mal compris ? Tout mécanisme de répartition aurait-il disparu ou se trouve-t-il, tel un passager clandestin caché dans un « point » capitalisé ? Capitalisé dans la mise en commun de tous les bas de laine ?

Le point que j’ai acquis est-il mon point ou bien le point de tout le monde ?

La valeur d’achat du point : Delevoye nous dit qu’elle est fixe, 10 E.  La valeur du point au moment du calcul de la pension : le même suggère 0.55 E.

Pourquoi pas, mais cela parait un peu trop simple. On se demande pourquoi Arrco calcule chaque année un coût d’acquisition du point de retraite et sa valeur à échéance et au-delà…et pourquoi les suédois y introduisent un facteur de conjoncture économique.

Serait-on encore en phase d’élaboration du projet ?

On peut le croire en apprenant tous les jours qu’une nouvelle catégorie de cotisants émerge de la mer d’universalité promise dans les déclarations initiales. Il semble que le gouvernement soit en réalité (effectivement dit-on de nos jours) engagé dans un processus de pérennisation ou au mieux de mise en forme sous de nouveaux vocables des bazars, trucs et anomalies existantes.

Ce qui semble être pérennisé en premier lieu est le régime de retraite des agents des sociétés étatiques ou para étatiques qui sont les acteurs essentiels du désordre actuel. La fameuse règle du grand père ressemble furieusement à ce qu’on appelait naguère « renvoyer à la Saint Glin-Glin » ; pour un coût qui lui n’est renvoyé que sur la feuille d’impôt du contribuable et pour l’essentiel sur la dette. 

Mais comment se débrouiller pour qu’un régime universel s’accommode de multiples cas particuliers. Deux options : offrir des points « moins chers » ou accorder des ponts gratuits.

Delevoye navigue entre ces deux lectures : points attribués sur la base du Smic : point minimum.    Dans le cas des naissances une majoration de la pension est prévue : « Chaque enfant donnera lieu désormais à l’attribution d’une majoration de 5% des points acquis par l’assuré ». Il s’agit de reconnaitre que les enfants perturbent la carrière des femmes, ce qui n’est pas faux !    Il est discret sur ce qui transformera les régimes spéciaux en régime particuliers : des points en plus ou des points moins chers ? Le sujet ne mérite pas qu’on s’y attarde, l’idée générale étant que le système universel (c’est son nom) ne s’appliquera qu’à la saint Glinglin… 

La grève se poursuit et il se trouve toujours des citoyens qui trouvent normal que des poignées de conducteurs de train et un grand nombre de conducteurs du métro paralysent impunément le pays. 

Mais pourquoi les grévistes se gêneraient-ils puisque tout est permis et que les français dans une large proportion soutiennent, nous dit-on, les revendications. Pour preuve l’extraordinaire indifférence de tous, pouvoir politique, syndicats, usagers, média et « naturellement » la justice, lorsque une poignée d’excités sûrs de leur impunité, prend l’initiative de couper le courant sur certains quartiers des villes, ce qui pour un Naïf ordinaire relève de l’acte criminel… 

Les naïfs qui avaient compris qu’un des objectifs de cette réforme était de mettre un terme au scandale social de ces régimes spéciaux n’avaient pas compris que la réforme interviendrait donc à la Saint Glin-Glin. Mais soyons rassurés, Manu est très ferme : il ira jusqu’au bout. Que Dieu lui prête vie !

Un des problèmes est que le « cotiseur » ou « souscripteur » ou simplement « travailleur percevant revenu » ne sait pas et par conséquent ne comprend pas comment se détermine la valeur du point à l’acquisition puis bien plus tard lorsque ce point détermine le montant de la pension.

Formulé différemment qui gère l’escarcelle dans laquelle sont accumulés, conservés puis redistribués les points ? Une caisse nationale des retraites pilotée par une AG en forme de salade russe assistée d’une assemblée de citoyens tirés au sort nous dit candidement le bon Delevoye.

Le vrai problème, je le répète, est qu’on ne perçoit pas comment il est possible de faire tenir les trois termes du fameux triangle dans une seule entité « ponctuelle », prisonnière dans le triangle. Sauf à expliquer que la valeur du point dépend du montant de l’escarcelle (résultant du trinôme « nombre de cotisants, temps de travail, montant du prélèvement sur salaire ») et du nombre de personnes souhaitant faire valoir leur droit à la retraite. Ce qui est une façon de tourner autour du triangle. Et dirait un esprit naïf de tourner autour du pot.

Au-delà des habillages de vocabulaire ce qu’on peut penser est que le système proposé consiste à remplacer dans les mécanismes actuels les durées de cotisation minimum en les ramenant du trimestre au mois ou pourquoi pas, au niveau de la journée œuvrée. Ai-je mal compris ? Le point serait quelque chose comme le pourcentage du salaire prélevé à l’unité de travail salarié. Ai-je mal compris ? 

Le désordre s’installe. Dans les pensées, la mienne en tout cas, et sur la place publique.

Maladresse et incertitude font que la lutte obscène des Syndicats des agents de la SNCF et de la RATP constitue l’ossature d’un rejet assez général de la réforme envisagée. En fait la nécessaire réforme des régimes spéciaux disparait dans un projet plus vaste, mal expliqué et visiblement incomplet.

Tout ce désordre est amplifié par le fait que d’un projet important, décisif politiquement et socialement, l’opinion, les français et même les médias et commentateurs éclairés ont fait un sujet cheval de bataille d’opposition globale au personnage incarnant une époque dans laquelle en dépit des réalités ils se sentent dépossédés et abandonnés.

Les analystes fournissent des foules d’explications sur ce désenchantement d’une population qui, au regard des chiffres et des comparaisons est une des mieux « loties » du monde.

Chaque lecteur de ce petit papier cherchera dans sa propre expérience les raisons profondes de ce désenchantement.

Voici ce que pourrait être une liste de ces raisons pour un Naïf macron sceptique. Elles sont toutes d’une façon ou d’une autre liées à des pertes de valeurs. Le mot valeur est bien galvaudé mais faute de mieux on fera avec, comme on dit, donc les valeurs républicaines. Le mot incapacité a été utilisé dans cette liste alors que dans une large proportion il s’agisse banalement d’indifférence, de méconnaissance, voire de mépris ou de crainte de la connaissance ou du déni des réalités.

Échec et discrédit de l’Enseignement Public* du Primaire jusqu’à l’Université et à la gabegie des Facultés de Lettres. Le mal est ancien. Le Président n’est pas responsable du désastre. Les efforts du Ministre en charge sont réels mais comment combattra-t-il le corporatisme et l’incivisme juvénile des élèves ?  *J’aime bien cette vieille expression qui qualifiait jadis le mammouth. 

Incapacité des gouvernements depuis 40 ou 50 ans à élaborer dans le cadre déjà bien défini de la mondialisation la moindre ébauche d’une politique industrielle et énergétique réaliste. Certains font commencer la chienlit avec 68 et ils n’ont pas tort alors que d’autre pensent que le mal ne s’est vraiment installé qu’en 81, et ils ont raison.

« En même temps », pour des raisons incompréhensibles, enlisement dans la dérive qualifiée d’écologique de la politique énergétique menée depuis une vingtaine d’année.   L’acme de la stupidité est écrit dans la loi depuis l’an de grâce 2000 sous le nom de loi NOME. Le pouvoir est-il à ce point inepte qu’il ne puisse définir son attitude en face du nucléaire ?

Refus de reconnaitre l’impossibilité de l’intégration des musulmans rigoristes, chariaphores, ne connaissant les lois de la République que par leur habileté à profiter des avantages qu’elles leurs offrent témoignant d’un entrisme toujours toléré et souvent encouragé.

Incapacité à lutter contre l’influence des puissances étrangères qui financent ces mouvances radicales qui forment chaque jour davantage l’ossature de l’Islam en France. 

Incapacité à lutter contre cette haine du travail qui sous-tend toute mesure de progrès social et tout discours social. 

Inexplicable culture de la repentance dans les audiences les plus inappropriées dont on sait qu’elles les percevront a priori comme signe de faiblesse.

Exhumer l’affaire Audin et transformer un passeur de valise du FLN en martyr national est l’archétype de ce contresens politique et historique ; ce qui n’exonère en rien les militaires. Ce qui les exonère pour l’essentiel est le fait que la vague d’attentats (314 morts et 917 blessés) a pris fin et qu’il nous est loisible jusqu’à la fin des temps de regretter (chacun dans son for intérieur) l’extrême brutalité de leurs méthodes.

 

Par charité, on oublie la tragique (dans ses conséquences) reculade de NDDL et toutes celles qui en découleront …   NDDL est la Léonarda de Manu. Avouons qu’elle a plus d’allure que la Léonarda de Hollande. 

La liste des cailloux dans la chaussure est maintenant trop longue pour qu’une seule chaussure y suffise. Chaque lecteur peut à son gré ajouter les cailloux de ses chaussures.  Avec tous ces cailloux comme le fit le petit poucet sera balisé le chemin qui conduira(it) à l’élection de la candidate d’un parti creux mais bien rempli.    

ref : Des cailloux dans ma chaussure de février 2018

 

22 décembre 2019   relu    3 janvier 2020    

 

Comme je le fais souvent j’ai eu envie de rajouter ici le seul texte qui à ce jour donne corps à cette réforme, c’est-à-dire des extraits du rapport Delevoye. Je ne le fais pas : cela pourrait donner l’impression que je cherche à discréditer une réforme que je n’arrive pas à juger et évaluer. Je n’en perçois que le report « à plus tard » des objectifs qu’elle vise. On ne peut que souhaiter qu’il existe quelque part une proposition construite sur laquelle s’appuient les interlocuteurs opposants et défenseurs pour qu’on soit bien certain qu’ils parlent tous de la même chose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 décembre 2019

Façons de parler

 

Je ne sais pourquoi les tics de langage me tapent sur le système au point que je finis par ne plus entendre qu’eux sans plus rien saisir de ce que l’auteur des tics cherche à dire. 

La plupart des tics n’ont aucune signification ; ce sont comme des ponctuations et comme par les ponctuations le locuteur peut y arrêter son propos et reprendre son souffle.

Par exemple : Voilà ! Ce voilà la peut aussi bien dire, j’ai fini et je n’ai plus rien à dire lorsqu’on subit l’entretien du journaliste ; l’entretien du genre : il y a eu un grand boum, je suis descendu, il y avait de la fumée, les gens courraient…Voilà. Le JT quoi !  Ou simplement comme un « Voilà, c’est comme ça 

Dans le genre populo+  on entend avec une belle régularité le « par rapport à » qui établit une relation causale : je mets plus ma voiture ici par rapport aux parcmètres. Très utilisé et vise « un p’ti peu » le haut de gamme.

Dans la même catégorie, enfin en ++, on trouve le « entre guillemets » qui signifie qu’on dit quelque chose de spécial auquel l’auditeur doit prêter une attention particulière ou bien un propos que peut-être on ne devrait pas tenir, les guillemets comme une confidence. Excellente fréquence chez les commentateurs de la télévision.

Très bon score pour le « c’est vrai que » qui atteste d’une vérité d’une affirmation et de la reconnaissance de cette vérité. Les Gilets Jaunes nous ennuient, c’est vrai que la taxe sur le gazole, c’était un peu gros.  Très, très fréquent, comme l’eau et le gaz, à tous les étages.

Mais moins que « effectivement », champion toute catégorie du tic universel, spécialement cultivé dès que le propos prend une certaine hauteur. Son emploi est fréquent au point qu’on éprouve un manque quand on est privé de ces quatre syllabes. Le bruit court que certains voudraient insérer deux « effectivement » dans la même phrase, instaurant ainsi un effectivement à deux coups  qui effectivement augmenterait la cadence et améliorerait l’effectivité du discours. Le « C dans l’air » quotidien de la 5 doit atteindre la centaine d’effectivement à chaque émission !

Excellent classement pour le « quelque part » qui introduit dans la phrase la possibilité d’une cachette où quelque part se trouveraient d’autres choses à confier comme un recoin dans le propos. Dans les propos de M. on discerne « quelque part » un rien d’arrogance.

« Un p’ti peu » tient un rang honorable comme un édulcorant qui adoucit une vérité ou un fait dont la véracité ou « l’effectivité » choquerait l’auditeur.

« On peut dire » pour une chose qu’on devrait pouvoir dire mais qui ne s’avance que prudemment : courant et facile à dissimuler dans un discours fourni. Très utilisé, produit de qualité qui évoque l’image et le possible, en léger conflit d’usage avec le « On va dire » qui est moins affirmatif, davantage dans la proposition voire dans l’image.

« Pas forcément », autre produit édulcorant qui atténue l’impact d’une affirmation tout en la confirmant. Un personnage public entouré d’une foule hurlante déclare : Ils (la foule) tenaient des propos « pas forcément » sympathique.

Dans la grande famille des clichés devenus « incontournables » on se presse. Une position défendue trouve son ultime rempart dans un « C’est clair et net » qui clôt toute discussion.

Ils sont trop nombreux, on s’y perd et seule l’Intelligence Artificielle pourrait aider l’Homme Augmenté à en dresser une liste.

D’autres tics sont chics, ils font class. Exemple :

Plus de problèmes, l’horizon est dégagé, on ne connait que des problématiques. Une problématique est comme une plante qui n’est pas un problème mais une famille de problèmes comme les branches d’un arbre à problèmes. Pourquoi évoquez un problème particulier lorsqu’on peut à la façon des petits pains en cuisiner d’autres ? D’ailleurs comme on dit : pas de problème !

De la même manière, plus de question. On ne se pose plus de question, la formule est désuète. On fait face à des questionnements qui à l’instar des problèmes volent en escadrille et attaquent en groupe reléguant la question au niveau de l’écolier qui dit : c’est quoi une racine carrée et s’entend répondre par son professeur des écoles qu’il ouvre un questionnement sur les nombres entiers.

Une survivance de l’emploi de problème comme on vient de le suggérer est à trouver dans le très courant,«  Pas de souci, pas de problème » qui traduit la « résilience » d’un quidam au contraintes de la vie courante. 

Apparaissent également des mots à la mode. L’exemple type est le « nauséabond » qui vient illustrer tous les discours de défense de quelque idée ou de quelqu’un qui passent par l’agression de l’idée ou du quelqu’un dont les propos sont nauséabonds. Le fascisme et l’antifascisme ainsi que l’antisémitisme ou la défense des Palestiniens ne sont jamais loin car ils sont les jardins où fleurit cette épice du langage. Tout près du nauséabond, se cache « La bête immonde », qui est, on le comprend bien, l’origine de la puanteur.

Un évènement regrettable est sanctionné d’un « Plus jamais ça » qui traduit à la fois un optimisme revendiqué et la douleur ressentie d’un passé toujours présent.

Sur un mode souriant et même enfantin en réaction à un changement dans un ordre acquis…  « Même pas peur » directement issu de la cours d’école et des slogans, Ô combien nombreux, des Ô combien nombreux anti-quelque chose.

Pour ne pas alourdir un papier qui se veut léger, les « éléments de langage » et le « prêt à dire » des personnages de la vie politique n’ont pas été évoqués. Pourtant quelle mine ! Larges emprunts au vocabulaire sportif : On siffle une fin de partie, on botte en touche, on marque un essai, on slalome entre les alternatives, on abat ses cartes et on réalise un carton plein.

Que se passerait-t-il si un défenseur rigoureux jusqu’au rigorisme de la langue obtenait cette dépollution et atteignait le résultat d’une expression débarrassée de ces tics, des mots à la mode et des à peu près ?  

Serait-t-il honoré par l’Académie Française, lieu le plus élevé dans le domaine de la défense du français ?

Ou bien pour rester dans le populo, pisserait-t-il dans un violon ? Pardon, chercherait-t-il à vider un tonneau des Danaïdes ? À remonter une pierre de Sisyphe pour la nuit des temps ? À couper inlassablement les têtes d’une Hydre qui sans cesse sur la bête repoussent.

Allons, rassurons-nous, la foultitude des bonshommes et bonnes femmes qui causent dans le poste n’ont pas l’exclusive du tic, du cliché ou de l’expression précuite. Les personnes qui causent bien, ont, elles aussi, sur une étagère culturelle leur arsenal d’images patinées par l’usage, de citations usées jusqu’à la corde, qui donnent à grands coups de Tocqueville, Nietzsche, Simone Weil, Aristote et Arendt-la-petite-dernière le vernis final de leur leçons. 

Alors double dépollution ?

On n’en finirait plus et on ne dirait plus rien !

 

22 décembre 2019  L’Hiver est là et le vent souffle en rafale.

 

Une petite cerise sur le gâteau : « C’est dans l’air », 17 45 sur la 5, le 23 décembre, pendant que je fais ma demi-heure de vélo, une journaliste, femme sensée, experte et évidemment très cultivée prononce le mot magique, « effectivement », effectivement 6 fois en 80 secondes et, là est la cerise, trois fois dans la même phrase. Le tic devient effet litéraire.

Dans cet exemple, on est dans le tic authentique ; ce n’est pas du toc.

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11 décembre 2019

Taxe Carbone perdue dans le labyrinthe d’oncle Pigou

 

Quelle bonne idée, cette taxe carbone. Elle rendra le consommateur vertueux et contribuera à la réduction des émissions de ….Bla, bla, bla…

Si on parle des objets de consommation qu’on aimerait faire disparaitre du marché sans avoir le courage de les interdire, la taxe « à la consommation » peut servir de préliminaire (mais pas de substitut) à l’interdiction différée. Le tabac est l’exemple le plus clair.

En revanche lorsque le produit est consommé nécessairement  par un grand nombre et une grande variété de clients il convient de faire preuve de discernement dans le choix du point d’application de la taxe laquelle sera d’abord ressentie, même habillée de louables intentions, comme une peine, comme une taxe en plus et comme une manifestation d’inégalité, du fait de la variété des groupes de consommateurs.

Le prix du produit soumis à la taxe est dans l’instant comparé à son prix chez le voisin qui ne l’applique pas. Les frontaliers vont faire leurs emplettes au supermarché installé à l’emplacement de l’ancienne douane en même temps que s’organise et se pérennise un marché parallèle, ainsi à nouveau, le tabac et à un degré moindre les carburants, sans oublier l’alcool qui imbibe la société.

L’année écoulée est une brulante et brillante illustration de ce qu’il ne faut pas faire.

Il est d’ailleurs assez remarquable qu’à seulement un an d’intervalle nos très éclairés ministres d’on ne sait plus très bien quoi réédite le gag d’une augmentation de taxe sur le gazole en plein démarrage de troubles sociaux annoncés ajoutant sans surprise une petite cerise sur le gâteau des revendications. Les gilets jaunes ne leur avaient pas suffi, ils voulaient vérifier que les mêmes erreurs produisent les mêmes effets.

Ont été évoqués tabac, carburants, alcool comme produits pour lesquels la taxe d’oncle Pigou (1) provoquent ces trafic. Mais on n’oublie pas le cannabis et un degré plus avant toutes les drogues.

Une erreur qui se manifeste chez la plupart (2) des commentateurs avocats de la taxe carbone est de ne pas reconnaitre que cette taxe concerne non pas un produit, un élément de consommation dont il est possible de se passer sans mettre en cause l’ensemble du processus économique puis social puis politique dans son ensemble mais une matière première qui irrigue tous les circuits économiques.

On peut ne pas manger de Nutella, il est possible de ne pas boire régulièrement 4 Ricards avant chaque repas, il est souhaitable de ne pas fumer deux paquets de gitanes maïs par jour (3) mais il n’est pas possible de réduire, ni même contrôler le flux de l’énergie dans le monde comme il n’est pas possible de réduire la circulation sanguine dans le corps du promoteur de la taxe alors qu’il faudrait au contraire l’accroitre afin que son cerveau soit mieux irrigué et qu’il raisonne mieux.

On veut croire possible de réduire ce flux de l’énergie localement, France, Europe… en cachant le fait qu’une réduction observée des nuisances résulterait d’abord d’une baisse d’activité en général  et industrielle en premier lieu.

La taxe carbone locale intervient comme le coût de la main d’œuvre et son application conduit les industries et les productions à migrer vers les pays à faibles coûts d’énergie et de main-d’œuvre. Ce qui est de pure logique : la main-d’œuvre en matière de production industrielle et autre (agricole en particulier) n’est qu’une autre forme d’énergie.

La discussion pour savoir par quels mécanismes taxe Carbone et activité productive sont liées est complexe et déborde le cadre de ce papier mais personne ne peut nier qu’elles le sont.

 

Toute taxe carbone locale ou sectorielle sur des produits relevant du commerce mondial provoquera des transferts des activités de production vers des pays qui n’auront pas appliqués de taxes ou des modifications de consommation accompagnées des fraudes ainsi provoquées. Le libéralisme génère ses contraintes propres et la main invisible caresse qui elle veut.

Le seul point d’application d’une taxe carbone qui ne donne pas lieu à ces mouvements, à ces désordres  est situé  précisément à la sortie du puit de pétrole ou de gaz et sur le carreau de la mine de charbon. (4)

Le seul document qui entraine la création de la taxe est la facture du premier fournisseur au premier client. Ce premier producteur, inventeur du produit est le collecteur de la taxe.

Il suffit alors de rappeler à cette entité  la nécessité de transférer les sommes collectées à un organisme international, fonds souverain du carbone, ayant vocation à utiliser cette ressource pour atteindre les objectifs qui ont été définis à l’instauration de la taxe et agréés par tous les producteurs d’énergie.

Quels sont ces objectifs ? Comment mettra-t-on en œuvre, après les avoir définis, les moyens nécessaires ? Comment fonctionnera cette banque du carbone ?

Rêver d’une unanimité mondiale sur ces principes et sur les réponses à ces questions  relève de l’utopie et du déni des réalités géopolitiques. 

Sans besoin d’analyse poussée, émettre  beaucoup moins de GES signifie:

Réserver les combustibles aux tâches que l’électrique ne sait pas effectuer. L’avion est le meilleur exemple et tout bêtement l’acier, le ciment et mille autre babioles produites avec de la chaleur.

Convertir à l’électrique tout ce qui peut l’être en plus de tout ce qui l’est déjà. Ce qui veut dire, qu’on le souhaite ou qu’on le déplore, accroitre la production nucléaire.                          Il s’agit en premier lieu du transport. Ce désir de conversion provoque l’immense flot de rêveries sur la voiture qui dit papa-maman et évite tous les accidents sauf ceux qu’elle crée.

Vaste programme et bien du courage à Sainte Greta et à ses affidés.

 

Une dernière remarque : Aucune mention n’est faite des Énergies Solaires et Éoliennes. Il y a à cela deux raisons, la première étant qu’elles ne peuvent qu’être marginales en quantité. La seconde est que cela donne des boutons à l’auteur de ce papier. Ces deux raisons sont liées.

Une autre dernière remarque : Un commentaire avisé, lu après rédaction de cet article est joint en annexe ainsi qu’à l’habitude. L’auteur, M. Gollier dit l’essentiel et en tout cas ne profère pas les sottises habituelles. Mais visiblement il ne conçoit ou ne comprend pas que l’Europe ne peut, à elle seule, constituer une plateforme suffisante pour l’instauration d’une taxe carbone européenne sauf à accentuer encore, s’il en est besoin les déséquilibres dans les coûts de production avec toutes les autres parties du monde. La Banque Centrale du Carbone dont il reconnait la nécessité financerait des acteurs économiques « dans un cadre prévisible sur le long terme ». Il ne peut pas ne pas revenir dans le flou et l’univers des bonnes intentions : Qui définit ce cadre sur le long terme et qui sera en capacité de sélectionner des projets « vertueux » ? 

La der de der des remarques : On a beaucoup utilisé le mot rêve ou rêverie. La faute n’en revient pas à l’auteur mais aux rêveurs.

 

  1. À ne pas confondre avec l’oncle Picsou, encore que…
  2. La majorité, pour ne pas dire tous.
  3. Souvenir d’un passé déjà lointain ; cela replace l’auteur dans une époque qui ignoraient ces questions.
  4. Le Carbone de la fabrication des éoliennes et des panneaux solaires sera mis à leur débit.

 

11 décembre 2019

 


Réchauffement climatique: Il faut fixer un prix universel du carbone

Christian Gollier : entretien avec  Bertille Bayart Le Figaro 6 décembre 2019

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LE FIGARO. - La COP25 est réunie à Madrid. Faut-il espérer que la lutte contre le changement climatique progresse?

Christian GOLLIER. -Ce qui est très encourageant, c’est le basculement récent du débat. Nous n’en sommes plus à nous convaincre de la réalité du changement climatique, mais à réfléchir à comment nous pouvons le combattre. Cette discussion-là n’est pas encore construite. Elle reste prisonnière d’un complet relativisme. Tout peut être dit, et tout se vaut. Les utopistes, d’un côté, et les collapsologues, de l’autre, s’en donnent à cœur joie…

Sans être ni l’un, ni l’autre, l’immense difficulté de l’exercice ne rend-elle pas pessimiste?

L’énergie fossile peu chère a été la base de notre prospérité depuis deux siècles. Or la lutte contre le réchauffement climatique implique d’y renoncer, alors même que les stocks sont encore abondants, et de basculer vers une énergie plus coûteuse, difficile à utiliser et aléatoire. Ces inconvénients des énergies renouvelables sont une réalité, du moins tant que le verrou technologique du stockage de l’électricité n’aura pas été levé, et il ne l’est pas du tout à ce jour. L’autre problème, c’est le prix. Produire 1 kilowatt/heure d’électricité au charbon coûte autour de 7 à 9 centimes, contre 14 centimes pour l’éolien, et 20 à 30 centimes pour le photovoltaïque en France. La transition énergétique ne sera pas heureuse. Elle sera attentatoire au pouvoir d’achat à court terme pour des bénéfices importants, mais éloignés. Et c’est pourquoi les politiques doivent prendre leurs responsabilités.

Ne le font-ils pas?

Les États occidentaux, singulièrement en Europe et en particulier en France, font certes beaucoup d’efforts. Mais ils se dispersent en réalité dans une multitude de micropolitiques: bonus automobiles, tarifs de rachats de l’électricité produite par les renouvelables, normes dans le bâtiment, etc. Il est intéressant d’évaluer chacune de ces mesures en termes de coût par tonne de CO2 évitée. C’est… instructif! Par exemple, l’État a subventionné à partir de 2010 les installations photovoltaïques sur les toitures des particuliers avec un tarif de rachat garanti (60 centimes le KWh). Ce surcoût, comparé aux 6 centimes le kWh nucléaire, s’élève à 1300 euros la tonne de CO2 évitée, payée par le consommateur. À titre de comparaison, substituer le charbon par le gaz ne coûterait que 30 euros la tonne.

Comment mettre plus de rationalité dans les choix?

Une stratégie efficace, ce serait de réaliser tous les efforts qui coûtent moins de 50 euros la tonne de CO2 évitée, qui est une estimation du dommage climatique. Comment y parvenir? Avec une seule mesure, simple. Il faut fixer un prix universel du carbone, de 50 euros la tonne de CO2. Ce signal-prix, c’est la seule façon de mettre en branle la myriade d’actions climatiques que l’État ne saura jamais planifier. Ce sera plus efficace que ces micropolitiques, car le mécanisme de prix du carbone organise la décentralisation efficace du processus de décision. Et ce sera plus acceptable que la coercition, attentatoire à la liberté individuelle.

Mais ce prix renchérit évidemment celui des carburants par exemple. C’est très exactement ce contre quoi les «gilets jaunes» s’étaient révoltés. N’est-ce pas utopique?

Non, si quelques conditions sont réunies. D’abord, ce prix fixé pour le carbone ne doit connaître aucune exception, pour qui que ce soit, ni pour quelque activité que ce soit. Ce qui avait poussé les «gilets jaunes» sur les ronds-points, c’est aussi de savoir qu’ils allaient payer leur essence quand le kérosène des avions restait exempté. Le prix du carbone, universel, a donc un gros avantage: il est «lobby-résistant»! Ensuite, il faut redistribuer le produit de cette taxe en surcompensant les ménages modestes et en finançant des politiques bénéficiant prioritairement à ceux-là, comme l’enseignement. Chaque Français émet en moyenne 6 tonnes de CO2 par an. Cela représente une facture de 300 euros. Enfin, ce prix n’est pas seulement économique. Il représente la valeur de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures. Ne nous trompons pas: il ne s’agit que d’un mécanisme qui vise à résoudre un problème qui est d’abord moral et politique.

Vous évoquez un prix à 50 euros la tonne qui rend l’idée acceptable. Mais pour s’approcher des objectifs de la COP21, et de la trajectoire à 2 degrés, certains estiment que le prix du carbone doit être fixé à plusieurs centaines d’euros! Cela change tout.

La valeur de 50 euros est en effet un point de départ, évidemment insuffisant pour parvenir à la neutralité carbone visée à l’horizon 2050. Dans une quinzaine d’années, ce prix aura été porté à 250 euros, et en 2050, à sans doute 400 euros. Ce qui est important, c’est que la trajectoire soit prévisible et transparente.

Le prix du carbone ne peut-il exister que s’il est mondial, ce qui rend son adoption très improbable?

Il faut réussir à le mettre en place à une échelle large. Autrement, cela crée deux problèmes. D’une part, il peut y avoir un effet de «passager clandestin», c’est-à-dire qu’un pays qui adopterait une taxe carbone supporterait tout l’effort alors que le bénéfice est au profit de toute l’humanité. D’autre part, il existe un risque de «fuite de carbone» ; on verrait les entreprises fortement émettrices déménager hors de la zone. Ce serait une double peine, puisque l’impact environnemental serait nul pour un prix élevé en termes d’emplois et d’activité. Il faut donc créer une large coalition. L’Europe est selon moi l’échelon minimum, et elle peut s’entendre sur un prix du carbone assorti d’une taxe carbone aux frontières et d’un abattement au bénéfice des exportateurs. Si le coût à rester à l’extérieur est élevé et si l’intérêt à en faire partie est substantiel, alors cela créera une incitation qui permettra d’élargir la coalition.

Qui serait garant du dispositif?

Il faut créer une banque centrale du carbone. C’est-à-dire une institution indépendante à laquelle sera démocratiquement confié le mandat de piloter le système. Comme pour la politique monétaire, une telle «banque» permettra de crédibiliser le système. Et les acteurs économiques pourront inscrire leurs investissements dans un cadre prévisible sur le long terme.

 

 

 

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06 décembre 2019

Une image à commenter

 

Toujours je me réfère à des pourcentages d’énergie produites et d’énergies consommées pour en déduire que ni la France, ni même l’Europe ne sont des acteurs du réchauffement climatique et que tout ce qui nous est seriné à longueur de discours dégoulinants n’a aucun sens au regard du comportement des Américains, des Chinois, des Indiens et autre Indonésiens.

Grace à Marc Cherki qui a pêché pour nous chez Global Carbon Project un tableau des émissions de CO 2 dans le monde en 2018. Figaro du 4 dec 2019.  Comme à l’habitude je joins en annexe l’article en question.

Puisque l’objet est précisément de réduire les émissions de ce vilain gaz, il est donc plus instructif de regarder les effets, d’aller aux résultats, plutôt que de gloser sur les causes. Les écolos fervents y trouveront peut-être une nourriture plus consommable pour leurs délicats intellects.

Lisons ce tableau, que le lecteur doit examiner attentivement.

USA, Chine, Russie, Indonésie, Corée, Inde (et Pologne pour une quantité insignifiante) sont des pays dont la production de CO 2 progresse de 3 à 5 % par an, disons 4 par commodité.

Ces mêmes pays contribuent à la production mondiale de CO 2 pour une très large moitié, environ 24 milliards de tonnes sur une estimation de 40 milliards au total. On oublie les incendies de forêt.

Capture 2

Par comparaison l’Europe émet 3,4 milliards de tonnes en réduction prévue de 2.1 %.

Un calcul simple (simpliste, j’en conviens) nous dit que les 4 % d’augmentation des pays qui produisent plus de 24 milliards de tonnes, soit près de 1 milliard de tonnes démontrent que ….       

les efforts européens, 2.1 % de 3.4 milliards, soit 70 millions n’ont aucune portée réelle et n’influencent que pour une faible fraction de 7 % la tendance générale. 

Cette tendance peut-elle évoluer.

Oui, en empirant si comme la Chine l’a fait, l’Inde se réveille.

Oui en empirant si la Chine et les USA accentuent leur confrontation.

Et qui peut entrevoir une diminution ? Les rêveurs utopistes et les politiciens surfant sur une vague écolo-démago. Les songes creux de voitures électriques, de panneaux magiques, de remettre le gaz dans la bouteille, de croissance verte-vertueuse n’y changeront rien.

Pour la France, porte étendard de la Cause, les chiffres sont encore plus cruels : émissions de 340 millions de tonnes en diminution de 2.5 % prévue en 2018,  placent la France au niveau du pour cent mondial.

Ce que je dis depuis quelque temps déjà. 

Alors les chimères, les rêveries de taxe carbone et autres affichages se révèlent dénués de sens.

Si l’État qui ne sait plus compter souhaite lever des taxes il est inutile et trompeur qu’il habille ces besoins budgétaires d’oripeaux écologiques qui habillent ou déshabillent inégalement les citoyens.

Ce que je répète : s’il nous faut consommer moins et mieux, c’est simplement pour faire des économies dans le sens le plus ordinaire du mot.

J’ajoute qu’une taxe pigouvienne doit concerner l’ensemble de la population de manière uniforme sauf si on souhaite alimenter le désordre social ou si on est trop sot pour mesurer les conséquences de ses actions.

 

6 décembre 2019

 

Pourquoi cette annexe ?

Pour montrer jusqu’à quel point, à partir d’informations précises, des spécialistes parviennent à édulcorer le propos et même laisser ce glisser des doutes : plus de charbon ou moins de charbon, par exemple.

Et manient l’euphémisme : Les énergies renouvelables augmentent en quantité, mais pas aussi rapidement que la demande énergétique mondiale. Il ne faut pas faire de peine aux gentils écolos.

Et manient l’ironie : Une dame, Mme Le Quéré influencerait la politique du gouvernement ? À condition qu’elle trouve où on a bien pu la cacher.

Et ne remettent pas en perspective la place de l’Europe et de la France dans le grand concert de l’émission de GES. Gentille Mme Le Quéré !

 

Les émissions de CO2 en faible hausse   Marc Cherki   Figaro du 4 décembre 2019

Les émissions mondiales de CO2 sont 60 % plus élevées qu’en 1990. PHILIPPE LOPEZ/AFP

Alors que la COP25 a démarré cette semaine à Madrid, c’est encore une mauvaise nouvelle pour le climat. En 2019, les émissions de dioxyde de carbone augmentent encore, mais à un rythme qui a beaucoup ralenti. La hausse de 0,6% projetée pour cette année, à cause notamment de la Chine (+2,6%), premier émetteur mondial de CO2, et de l’Inde (+1,8%), quatrième contributeur après les États-Unis (-1,7%) et l’Europe (-1,7%). Le CO2 est le principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement du climat.

Au total, les émissions liées à la combustion d’énergies fossiles, atteignent 36,8 milliards de tonnes de CO2. En tenant compte du changement d’affectation des terres, qui estime les feux de forêts et les nouvelles surfaces pour les cultures agricoles, le bilan annuel serait autour de 43,2 milliards de tonnes de dioxyde de carbone selon les données du Global Carbon Project.

 Ici l’image qui figure plus haut dans mon texte.

 

Ces résultats sont publiés le 4 décembre dans la revue Earth System Science Data. La tendance annuelle «est principalement due à la croissance continue des émissions liées à la combustion de gaz, en hausse de 2,6%, et de pétrole, en progression de 0,9%», explique Pierre Friedlingstein, premier signataire de l’étude, chercheur CNRS et professeur à l’université d’Exeter en Angleterre. Les rejets de CO2 issus des centrales au charbon «diminuent de 0,9%, mais pas assez pour compenser les hausses liées au gaz et au pétrole», ajoute le chercheur. En tant que premier auteur du Global Carbon Project, Pierre Friedlingstein succède à celle qui l’avait créé, la climatologue franco-canadienne Corinne Le Quéré, par ailleurs présidente du Haut Conseil pour le climat instauré en novembre 2018 par Emmanuel Macron pour commenter et influencer la politique du gouvernement français.

Récemment, plusieurs rapports, réalisés ou approuvés par l’Unep (l’Agence des Nations unies pour l’environnement) ont souligné que d’importantes capacités de production d’électricité à partir de centrales au charbon ont encore été installées en Chine entre juin 2018 et juin 2019. Hélas, ces équipements sont faits pour durer plus de quarante ans. «La production d’électricité à partir de charbon en Chine et en Inde, malgré le ralentissement économique, explique la hausse des émissions de ces deux pays et contribue à la hausse des émissions globales», constate Philippe Ciais, cosignataire de l’article et directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) du CNRS et du CEA Paris-Saclay. Il précise: «Il y a toujours une forte demande de ciment et d’acier en Chine, des secteurs très énergivores en électricité, produite principalement par des centrales à charbon.»

 Il est à noter, par ailleurs, que la diminution des émissions en Europe et aux États-Unis suit un rythme de baisse identique (-1,7 %) en 2019. Une diminution qui s’explique en grande partie par le remplacement de centrales au charbon par des installations brûlant du gaz naturel. «Pour la même quantité d’énergie produite, le charbon émet environ deux fois plus de CO2 que le gaz naturel», rappelle le chercheur du LSCE. De nombreux pays européens, à l’exception notable de la Pologne, ont déjà décidé d’arrêter d’utiliser du charbon. Ce bilan est presque ironique pour les États-Unis, où malgré les velléités de Donald Trump de soutenir l’industrie du charbon, «le développement d’énergies renouvelables se poursuit, notamment en Californie», précise Philippe Ciais. Au niveau de la planète: «Les énergies renouvelables augmentent en quantité, mais pas aussi rapidement que la demande énergétique mondiale.»

La production de CO2 en Chine par habitant (7 tonnes) est devenue bien supérieure à celle d’un Européen (6,7 t), mais elle reste loin derrière celle d’un Américain (16,6 t). Les courbes entre le Vieux Continent et l’empire du Milieu se sont «croisées en 2014», ajoute le chercheur français, et la tendance se confirme année après année.

Le Global Carbon Project souligne que les émissions mondiales de CO2 sont, en 2019, en hausse de 4% par rapport au niveau de 2015, lors de l’accord de Paris. Or la tendance devrait être à «une baisse d’environ 25% en 2030, par rapport à celles de 2015, pour limiter la hausse de la température au-dessous de 2 °C», rappelle Philippe Ciais. Et cette année, les émissions mondiales de CO2 sont «60 % plus élevées qu’en 1990, année de publication du premier rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, NDLR)», déplore Pierre Friedlingstein. Bref, selon les scientifiques on va dans le mur, d’autant que la hausse de la température moyenne est déjà comprise en 1 °C et 1,2 °C à la fin de 2019 par rapport à l’ère préindustrielle.

 

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03 décembre 2019

Le Paquebot, les Capitaines et les rameurs de Greta.

Encore une très courte fable. Elle ne vient pas du vieux grimoire des fables que connaissent les lecteurs du Naïf. Elle est beaucoup plus récente et sa brièveté en est la principale qualité. C’est une histoire de bateau dans lequel nous sommes tous.

 

Le Paquebot, les Capitaines et les rameurs de Greta.

 

Un gros paquebot à moteur navigue au cap que lui imposent les grands capitaines depuis la passerelle. Sa vitesse croit constamment.  Toujours au moins à 1.5 nœud de plus et souvent 2 nœuds…

Les moteurs brulent en quantités toujours croissantes (jamais moins de 1.5 %/an et souvent 2 %/an) du charbon, du pétrole et du gaz.

L’équipage, chef mécano, bosco et autres intendants observent la course du paquebot. Ils en jactent d’abondance et critiquent les grands capitaines. Le cap disent-ils mène le paquebot à la perdition car les moteurs consomment trop. Cela présage du mauvais temps et des mers agitées.

 

Immense est le nombre des passagers. On pense que toute la population du monde est embarquée dans ce voyage.

Énorme est la cargaison du paquebot qui remplit les soutes du progrès.

Bien des passagers ont accès aux soutes et viennent s’y fournir, qui en nourriture, qui en objets du quotidien de leur cabine. On dit même que des automobiles et des aéroplanes seraient disponibles, ce qui est très surprenant sur un paquebot.

D’autres passagers sont moins lotis et des ponts inférieurs n’ont guère accès aux soutes. Ils s’en plaignent. S’ensuivent des querelles à propos des quelles tous, Capitaines, équipage et passagers jactent d’abondance.

 

À l’arrière du paquebot des passagers et même quelques maîtres d’équipages, qui à la rame, qui en pagayant, déploient de louables efforts pour ralentir la vitesse du paquebot sur son erre. Ils sont foule et suivent avec ferveur la parole de Sainte Greta, vierge révélée qui leur insuffle une foi qui les anime dans leur entreprise de ralentir et sauver le paquebot.  Parmi eux on reconnaît un rameur énergique, encore jeune et vaillant, le Divin-Enfant-Président-Jupitérien-Sauveur-De-La-Planète et la toute nouvelle venue Présidente de la Commission Européenne, elle aussi Sauveuse-De-La-Planète, disciple fervente de la déesse Écologie.

En ramant et pagayant tous jactent d’abondance.

 

Les passagers admirent leur foi et leurs efforts.

 

À la passerelle les capitaine Trump et Oncle Xi se chipotent pour savoir qui a la plus grosse…production-consommation de charbon, pétrole et gaz pour faire avancer le plus vite le paquebot. Rien n’altère leur bonne humeur.

 

Un passager naïf après avoir reconnu que ces deux personnages le font pour assoir leur pouvoir personnel et s’étant persuadé que Trump n’a aucune autre idée en tête, pose la question : Xi le fait-il aussi pour le bien des Chinois, qui pour lui aurait précédence sur le Sauvetage de la Planète ?

 

Morale

Sacrée Greta Sauveur(e) du genre humain et de la Planète notre mère.

 

3 décembre 2019

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De nouveau, la France en émoi.

Charlie Hebdo a publié dans un « esprit satirique » des dessins dans un registre humoristique sur le sujet des militaires récemment tombés en opération au Mali. Les mots sont ceux de M. Riss.

Satire, subst. fém.  cnrtl    Écrit dans lequel l'auteur fait ouvertement la critique d'une époque, d'une politique, d'une morale ou attaque certains personnages en s'en moquant     Par extension : Toute œuvre écrite, chantée, peinte, tout propos comportant une raillerie, une critique virulente.

La satire implique une critique sur un adversaire en  première forme d’un combat contre un ennemi.

La satire n’est jamais neutre. Elle est prise de position et jugement sur l’objet moqué, satirisé.

Humour,  subst. masc.     Forme d'esprit railleuse qui attire l'attention, avec détachement, sur les aspects plaisants ou insolites de la réalité.

Les dessins qui provoquent l’émoi sont donc des railleries attirant l’attention… en formulant une critique d’une morale ou de certains personnages, et plus encore de certaines institutions.

          

L 1 Charlie2

 L’objet de l’émoi

 

L’opinion s’émeut en désordre et l’Armée, comme un seul homme, s’émeut beaucoup.

Que dire, naïvement :

Formellement,

M. Riss a bien le droit de faire des dessins et de les publier dans un journal.

Les personnes qui sont émues par ces images ont le droit de dire à M. Riss ce qu’ils pensent des images et de leur auteur et diffuseur.

Un pas plus avant :

Le mot émotion surplombe ce préambule. Les images ou des propos provoquent des réactions émotionnelles que chacun peut ressentir et traduire en jugement de valeur sur l’auteur. L’Armée et bien des citoyens ressentent ces images comme une insulte, comme un crachat.

Cette émotion est légitime car M. Riss a quitté le domaine de l’humour (détachement, distance) pour entrer dans celui de l’analyse et de la critique d’une institution. Par cette démarche il ouvre un conflit avec celle qu’il stigmatise : l’Armée Française.

M. Riss qui assure une publication destinée à ses lecteurs peut se limiter à cette forme d’insulte somme toute gratuite et sans conséquence pour chercher ensuite d’autres sujets qu’il traitera avec la même dérision. Ce serait purement de la lâcheté.

Ou bien M. Riss persiste et signe.

Qu’a-t-il voulu dire précisément par « ses » dessins ? Qu’attaque-t-il ?

Le fait que la France dispose de Forces armées ?

Que les Forces Armées recrutent des soldats ?

Que la France intervienne au Mali dans un combat dont il mettrait en  cause la légitimité ?

Qu’il pense illégitime de conduire un combat armé contre le développement de l’islamisme militant dans le sahel ? De sa part cela serait un vrai trait d’humour.

Quand on frappe un adversaire on ne peut pas sortir du ring avec désinvolture au motif qu’on a bien le droit de rire de tout.

Car il est difficile de penser que qui que ce soit ait ri en voyant ces dessins. Au mieux le public aura reconnu un certain talent dans son métier à l’auteur.

Il est donc difficile de croire que M. Riss n’ait pas autre chose à dire que ces assez minables agressions à l’endroit des sentiments des autres…

C’est bien là le fond du problème : la Liberté s’arrête là où elle rencontre le domaine de liberté de l’Autre.

Entre citoyens, rien n’interdit et il est même essentiel qu’il en soit ainsi, d’opposer avec civilité et sans insulte des points de vue antagonistes.

Entre citoyens  rien n’oblige à vouloir discréditer les convictions intimes de l’Autre, ce qui est un irrespect de la personne.

On finit donc par parler politesse, civilité, respect, ce qui, il faut le reconnaître vaut mieux que insulte, crachat, impolitesse pour que la vie de tous avec tous soit la plus agréable possible.

Car n’en déplaise à M. Riss (qui ne refuse pas qu’on sache d’être sous protections policière de l’État) il a insulté les sentiments profonds d’un grand nombre de citoyens.

La frontière entre l’humour libératoire de Laurent Gera, qui au demeurant ne ménage guère ses sujets et l’insulte sur les convictions des personnes est ténue. C’est une ligne de crête et certains humoristes ont bien du mal à ne pas glisser dans la grossièreté, la vulgarité et le mauvais goût.

Ce sera la conclusion : ce qui est insupportable en fin de compte c’est la faute de goût.

3 décembre 2019

En relisant, une fois encore le papier, je l’ai trouvé plat, sans piment. Dans le calme de la nuit m’est venue une petite touche de dérision rissienne qui ajoutera cette pointe de piquant. 

M. Riss, en publiant ces dessins a ouvert une boite de pandore. Ont surgis dans les esprits des images et des textes et surgit l’idée de lui en faire part pour alimenter sa verve satirique et humoristique. 

Il a été blessé grièvement lors de l’attentat de Charlie Hebdo :

Un petit dessin : un bonhomme dans un lit d’hôpital avec un bandeau, Le prix de l’humour vient d’être décerné à...

Il a perdu des amis :

Un pendu sous sa potence avec une bulle : Charb avait la langue bien pendue…

Ils étaient tous réunis dans leur salle de rédaction.

Al Baghdadi assis avec sa kalach sur les genoux sermonnant une classe d’impétrants en terrorisme, déclarant dans sa bulle : À Charlie 12 morts, 5 blessés, ça ne va pas, je veux du rendement, pas de blessés, la munition coûte et Allah tient les cordons de la bourse. 

Il pourrait également recycler (c’est la mode) les dessins des cercueils des militaires du Mali en adaptant les textes à une sauce « attentat Charlie », Mort pour l’humour…. Mourir de rire….Satire dans la rédac….

Mais satiriste et humoriste comme il est, M. Riss aura déjà eu ces idées, du meilleurs goût, chacun en conviendra. D’ailleurs l’humour implique que l’auteur puisse en être l’objet. 

Si ce n’est pas le cas, ces illustrations suggérées montrent que M. Riss n’a pas l’exclusivité du bon goût.

4 décembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 novembre 2019

Connerie 1 EDF 0

Il est de ces nouvelles qui vous interpellent. On dit comme ça maintenant…on est interpellé par l’actualité.

Ainsi je lis que dans son bilan prévisionnel 2019, RTE, Réseau de Transport d’Électricité, ex-branche d’EDF maintenant bricolée en SA pour rester dans le cadre d’une directive européenne de 1996, RTE donc, nous prévient qu’un dogme s’écroule et que nous pourrions, à l’occasion, nous retrouvez en situation de « Rupture en Approvisionnement Électrique ».

Il faut définir le concept et le lecteur se réfèrera à l’annexe jointe, de Maruan Basic pour la SFEN, Société Française d’Énergie Nucléaire, association-forum d’échange sur le « vaste » sujet du nucléaire.  Il faut la lire. Ce texte n’est pas écrit par un p’ti vieux rabougri dans son coin. En particulier il met l’accent sur la relation que nous avons avec nos voisins dont les politiques sont aussi floues et parfois encore plus stupides que la nôtre.  Annexe 1

J’ai parfaitement conscience que le texte proposé ici comporte bien des redites et les excès d’un parti-pris revendiqué .En débutant ce papier, je ne pensais qu’à l’ARENH, pour en démêler les subtilités puis j’ai glissé et débordé et ressassé, bref un mot dé-transitionner. Énergétiquement et énergiquement.

J’en suis navré pour des lecteurs qui auraient lu des articles précédents sur ces sujets et qui s’en souviendraient mais je doute qu’ils soient nombreux. Pour les autres lecteurs peut-être moins familiers de mes radotages énergétiques, Bienvenus au club des Énergéticiens Anonymes. 

Le ton est délibérément celui du pamphlet et les jugements y sont sans nuances. Je sais tout cela, je sais que la réalité est infiniment plus complexe mais on n’enfonce pas un clou sans taper dessus.   

  

Le Naïf, converse dans le calme des nuits insomniaques avec une petite voix secrète logée dans un repli de ce qui lui reste de cerveau. Elle lui offre en toute matière un contrepoint, un discours parallèle, une musique décalée. Elle parle en italique et je converse avec elle faute d’autre interlocuteur.

Un bref calcul, comme ça, vite fait su’le gaz, 63 GW de capacité nucléaire à 80 % de rendement, nous donnent environ 440 TWh de production. Si on ajoute 25 GW de houille blanche qui fournissent de 60 à 65 TWh on atteint le chiffre de 500 TWh… lequel est, miraculeusement supérieur aux 480 TWh de la consommation nationale. Le thermique rabote quelques pics si nécessaire

Je note que tu utilises le mot rendement alors que tous parlent de « facteur de charge ». Je note aussi que tu emploies maintenant le mot connerie alors que tu disais jusqu’à aujourd’hui sornettes. 

Si on utilise un mot que tout le monde comprend comme « rendement » on lève un « voile d’ambiguïté » sur le rendement des énergies solaires et éoliennes qui ont respectivement des « facteurs de charge» autour de 10/12 % pour les premières et de 20/22 % pour l’éolien, ce qui les place immédiatement au rang des gadgets énergétiques.

Quant au mot connerie : à partir du moment où ce qui pouvait passer pour une mode que j’appelais sornette, promise à l’oubli comme toute mode, devient une tare institutionnalisée, je l’appelle connerie d’État. Il n’y a d’ailleurs plus guère de différence avec un crime d’État. Le passage de la sornette à la connerie est le passage de l’erreur à l’incompétence et à la persistance dans l’erreur stupide érigée en principe.

Ah, bon, alors, où est le problème avec la garanti de l’approvisionnement? Le nucléaire ou quoi ?

En réalité, aucun vrai problème, hormis ceux que le propriétaire d’EDF a généré ou dont il n’a pas su éviter les nuisances  et qui contrarient le bon fonctionnement de l’outil dont il a la responsabilité.

Au premier chef, l’obéissance, je dirais même la soumission de la France à des directives européennes dont l’application n’avaient pas de sens dans un pays, le nôtre, dans lequel la production, le transport et la distribution électrique constitu(ai)ent un monopole national qui ne peut être concurrencé que par des producteurs « hors les murs », des forbans en somme. Dès 1990 le ver est dans le fruit.   Annexe 2                                                                                                                                                           

De là, l’impérieuse nécessité de saucissonner EDF en quelques unités opérationnelles, certaines prétendument dénationalisées, dont il faut ensuite assurer la coordination dans des boites à malice qui feront mal ce qu’EDF ferait si on lui en laissait le loisir, avec à la clef quelques part de fromage pour énarque ou assimilé à la dérive.

Mais tu oublies que cela a permis à EDF son développement international. Avec des engagements importants. Bon le coup de la Finlande, c’est un héritage mais en Angleterre ? 

Ne mélangeons pas tout, nous en étions aux causes du mal-être d’EDF. Je reprends…

De plus EDF qui produit quasiment toute l’électricité du royaume avec l’outil nucléaire doit en refiler une assez large fraction à des entités sans réelle existence industrielle dans le secteur électrique qui la transporteront et la distribueront avec les moyens de, devinez qui… EDF.

Que vient faire Total dans le marché de la vente d’électricité au détail ? Et cette question est posée par une personne qu’on ne peut suspecter d’antipathie foncière envers le pétrolier.  Le souci de libéraliser, dé-réguler, inventer de la concurrence conduit même à inventer un marché de l’électricité sur le fonctionnement duquel je défie qui que ce soit de comprendre quoi que ce soit.

Bruxelles se réjouit, la main invisible a rempli son rôle.  Plus stupide que ça, tu meurs !

Tu es bien pessimiste : moi, je lis que prochainement la refonte de l’Arenh va faire l’objet de discussions serrées entre la Commission Européenne et l’État Français. Au fait, c’est qui, c’est quoi, l’Arenh ?

Pour la culture de tous, je cite, c’est plus simple :

La mise en place du dispositif ARENH résulte d’un engagement de l’Etat français auprès de la Commission Européenne qui a été instauré par la loi NOME (loi portant Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) du 7 décembre 2010. Les modalités de fonctionnement de ce dispositif sont désormais intégrées dans le code de l’énergie.

« ARENH » signifie « Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique ».
Il permet à tous les fournisseurs alternatifs de s’approvisionner en électricité auprès d’EDF dans des conditions fixées par les pouvoirs publics. Le prix est actuellement de 42 €/MWh et le volume global maximal affecté au dispositif est égal à 100 TWh/an.
Pour que ses clients bénéficient de ce dispositif, EDF le réplique dans ses offres. Lorsque les prix de marché sont hauts, le dispositif ARENH est souvent la meilleure solution. EDF peut, sur votre demande, vous proposer une offre intégrant le dispositif ARENH (dans ce cas une partie du prix de l’électricité de votre offre sera calculée dans les conditions de l'ARENH) ou une offre basée uniquement sur des prix de marché.  (Site EDF)

Dans ce texte succulent, fournisseurs signifie n’importe quelle entité se déclarant vendeur d’électricité, qu’il en produise ou non.

Si je comprends bien : je mets un groupe électrogène dans mon jardin, je livre du courant à mes voisins et si mon groupe ne fournit pas, je peux demander à EDF de me refiler du kWh à 0.042 E. Ah, j’oublie le transport…

On doit donc cette ânerie à une loi de décembre 2010, qui pourrait s’intituler comment faire perdre de l’argent à la société nationale que par définition on possède et comment compliquer les choses au-delà du raisonnable pour satisfaire aux exigences de Bruxelles. 

Bruxelles qui ne manifeste pas le moindre intérêt pour la très nécessaire harmonisation fiscale entravée par le Luxembourg, les Pays Bas et l’Irlande.  Bruxelles qui est plus à l’aise avec un désordre fiscal organisé qu’avec les monopoles naturels des nations qui « historiquement » avaient des politiques énergétiques et qui ont négligées ensuite de protéger leur modèle en face du monde néo-libéral des instances européennes.

M. Breton et Mme Verstager vont-ils tomber d’accord pour revenir sur ces âneries ? 

Aucune chance. Margrethe est toute puissante et je ne pense pas que notre nouveau commissaire aille se frotter à un dossier qui pour les français est rentré dans l’ordre naturel des choses. Pourquoi le ferait-il si le propriétaire d’EDF est satisfait du fonctionnement et de la rentabilité de son/notre producteur d’électricité et s’il s’accommode d’un marché de l’électricité.

Au demeurant, les carottes ont été cuites bien avant le règne de Margrethe. Le commissaire de l’époque « NOME et séquelles » était un pur déchet de la vie politique espagnol qu’il fallait bien recaser au chaud en terre d’accueil : un réfugié avant la lettre. Mais on a fait comme il nous le demandait en suivant la doxa néo-truc.

Ce désordre institutionnalisé n’a pas de sens, mais enfin EDF produit sa camelote et elle finit bien chez moi ou chez ma voisine. Alors si je la paye un peu moins chère sous l’étiquette Total, Direct énergie, Poweo ou machinchose ? 

D’abord un problème conceptuel.

L’électricité n’est pas une marchandise ; on ne peut pas la stocker, la mettre sur étagère et en passer commande à Amazon. L’électricité est de l’énergie en mouvement qui n’existe qu’entre un producteur qui transforme de la matière ou de l’énergie cinétique en paquets d’électrons voyageant dans un réseau de fil pour aboutir chez un utilisateur qui retransformera la foule des électrons en une nouvelle forme d’énergie, principalement chaleur et mouvement.

Il me vient une autre image. L’électricité est comme sang qui circule dans le corps et qui transporte l’oxygène vers les organes consommateurs. Tu peux donner-vendre  de ton sang par prélèvement à un voisin qui en manque. Mais aller plus loin et pour que ton sang circule dans ses artères il faut que vos corps soient devenus siamois dans de nombreux fonctionnements physiologiques dont ceux de l’estomac et du cerveau. Si ce n’est pas le cas, tu restes au système de l’échange de sang « à la poche » en argumentant sur le prix du produit. J’ajoute que ton organisme et ton système sanguin n’ont nul besoin de parasites ou d’organes en excroissance. 

Bon, calme-toi. Et mon prix chez Total ?

 Le problème est que le coût de cession ne recouvre pas l’ensemble des coûts de fonctionnement d’EDF. Il ne faut pas oublier le petit « h » de Arenh, qui signifie historique ; c’est-à-dire avant Grand Carénage et autre mises à des normes flottantes des soudures « historiques ». C’est ce qui permet à la prétendue concurrence de vendre moins cher qu’EDF en lui carottant sa camelote et en utilisant un réseau qui appartient au consommateur. Il faudrait appliquer un prix de transport qui reflète le coût historique du réseau, autrement dit amortir les impôts que j’ai payés dans ma société nationale pour en faire ce qu’elle est. Formulé différemment il faut bien à un moment donné que soient payées les dettes d’EDF autrement que par l’actionnaire c’est-à-dire l’État, c’est-à-dire le contribuable.

EDF aurait-elle des difficultés ?

EDF n’a pas « des » difficultés. EDF « est » en faillite ; le Divin Enfant dirait en « état de mort cérébrale ».

Mais on s’en tape, c’est la dette du propriétaire, de l’État. Il est vrai qu’en ces matières (de dette) l’État, c’est moi ! Revenons à nos moutons, tu disais…En premier lieu…Il y a donc un deuxième lieu ? 

C’est la fabuleuse, la merveilleuse, la faramineuse Transition Énergétique. Comme on vient de le voir la France est auto-suffisante en électricité à quelques lampées de gaz prés et n’a aucun besoin de concevoir la moindre transition vers…des dépenses supplémentaires, inutiles et nuisibles. Mais à force de ne pas définir de politique énergétique, les dirigeants incultes du cher et vieux pays tombent dans la trappe (à phynance) de la pensée écologique dans ce qu’elle a de plus incohérent et stupide : les Énergies Renouvelables deviennent des objets de culte, le saint chrême de la Reine Écolosentimentale.

Alors on patauge dans les bons sentiments…et dans la confusion. Seules les dépenses sont, elles, bien réelles.

Tu as déjà raconté tout ça, tu radotes, mon vieux ? Tu as fini de vider le sac de ta mauvaise humeur ?

Non, je n’oublie pas l’ASN.

J’admets que le Grand Carénage, séquelle de Fukushima est de la juste taille et que son échéancier est réaliste. Je l’admets car je n’ai aucun critère d’appréciation sur le juste niveau de protection supplémentaire et que dans mon esprit cet effort a comme objectif de pérenniser la vie des centrales.   Si on effectue le grand carénage alors qu’on prévoit la fermeture de certaines centrales, on est alors à la stupidité au carré.

Et je n’ai pas ici l’intention d’aborder le sujet de Flamanville. En vérité, il y aurait un livre à écrire sur une histoire de l’industrie de l’électricité nucléaire. On y consacrerait un chapitre intéressant à la Sherpani de l’Idole M. et un autre au rôle de l’ASN dans la production d’une électricité au-dessus-de-tout-soupçon.

Et je n’oublie pas que l’EPR est une dette majeure dans la dette d’EDF, à laquelle après la merveilleuse gestion de Framatome on a rajouté la dette finlandaise, autre produit de l’Habile Sherpani.

Tu nous annonces encore un de tes radotages ?

Petit voix intérieure, ne me tentes pas ! Et il se peut que ce livre existe déjà. Dommage que je ne sache pas où le trouver. 

En attendant il faut bien conclure. En insistant sur le bazar AREHN j’avais un peu oublié la cause de mon émoi. Tous les idiots de la secte otiste, celle dont les noms se terminent en « ot », Duflot, Hulot, Jadot, secte dont la grande figure demeure la Royale sont, au-delà du rapport à Bruxelles,  parvenus à convaincre l’opinion de l’oligénarchie, d’associer la production d’électricité en France au développement des sornettes d’ENR. L’opinion populaire résiste comme elle peut et n’apprécie pas du tout les éoliennes à l’exception des petits édiles qui louent le terrain de leur cousine dans des conditions avantageuses. Les panneaux solaires, tout le monde s’en tape, au détail près qu’ils viennent de Chine et sont de la Silice pure-dette. 

Mais au total toutes ces forces réunies sont bien arrivées au résultat inscrit sur le panneau : EDF-RTE nous annonce qu’il existe pour la première fois un risque réel sur la sécurité d’approvisionnement.  (annexe1)

C’est sans nul doute le moment idéal pour fermer une centrale nucléaire certifiée ASN au motif qu’elle peut encore produire longtemps l’électricité la moins onéreuse du royaume.

On peut l’affirmer la Connerie gagne et comme Carthage EDF disparaitra et avec elle la sécurité de l’approvisionnement.

Et Macron et Lemaire et Philippe...et leurs prédécesseurs ?  Je sais, tu vas me répondre qu’ils sont tous de purs produits de l’oligénarchie pour qui les ingénieurs, les X, les pistons, les gadzarts ne sont que de la piétaille incultes.

Et que dans le royaume des vrais sots, ils occupent les toutes premières places. Bêtes, incultes  et irresponsables car l’approvisionnement énergétique du pays n’est pas un problème à éluder, repousser, oublier ou traiter par des Huloteries de foire.

J’ai cru que tu allais oublier le Grand Œuvre de la Chouette à la triste mine : on fermera la poignée de puits de pétrole qui produisent encore en France 1 % de nos besoins. Cela ne nous coûtera probablement que le dédommagement des proprios. Scrogneugneu. Plus stupide que ça, tu meurs !

Et j’ai le dernier mot.

25 novembre 2019

 

Annexe 1

RTE alerte sur la sécurité d’approvisionnement en France  Par Maruan Basic SFEN

Le mercredi 20 novembre, RTE (Réseau de Transport d’Electricité) a publié son bilan prévisionnel 2019 de l’équilibre offre-demande d’électricité en France. Un exercice de prospective attendu qui, pour la première fois, évoque un risque réel sur la sécurité d’approvisionnement. 

Un bilan prévisionnel qui « n’invente rien » et qui repose sur des hypothèses crédibles, selon les propos de François Brottes, le président de RTE. Un vocable prudent, car pendant longtemps la notion de rupture en approvisionnement électrique était « un concept théorique et inconnu du grand public ». Aujourd’hui les projections de RTE l’affirment, la réduction des marges de manœuvre pour affronter le passage de l’hiver 2022-2023 se pose sérieusement. Dans cette perspective, l’ouest de la France apparait comme particulièrement en tension.

La notion de sécurité d’approvisionnement

La sécurité d’approvisionnement est une notion définie par les pouvoirs publics et se résume à la règle des « trois heures » comme le rappelle RTE. Ceci signifie que « la durée moyenne pendant laquelle l’équilibre entre l’offre et la demande ne peut pas être assuré par les marchés de l’électricité, dans toutes les configurations modélisées par RTE, est inférieure ou égale à trois heures par an ».

Il s’agit donc d’une rupture d’approvisionnement, un évènement très différent de la simple coupure de courant. Cette dernière étant une interruption momentanée chez un consommateur particulier du fait d’un épisode exceptionnel (panne technique, incident climatique…).

Si RTE prend la peine de définir ces notions en préambule, c’est notamment parce que cette situation de risque sur la sécurité d’approvisionnement est relativement nouvelle en France. Traditionnellement en situation « surcapacitaire » grâce à son parc électronucléaire, l’Hexagone exporte environ 10 % de sa production chaque année.

Demain certains facteurs peuvent converger et entrainer une situation inédite. D’une part, des moyens d’effacement et de la maitrise de la consommation individuelle limités et d’autre part une vague de grand froid (de plus en plus fréquente du fait du réchauffement climatique). En particulier, plusieurs conditions anticycloniques peuvent se traduire par une vague de froid sur l’ensemble de l’Europe conduisant à une hausse de la demande conjointement à une production renouvelable en forte baisse. Par exemple, en 2022 et 2023 la France ne serait pas capable de faire face à une vague de froid similaire à l’hiver 2012 selon les simulations. RTE peut alors en dernier recours « procéder à des coupures de consommateurs, momentanées, localisées et tournantes afin de préserver la sécurité d’alimentation du plus grand nombre ». Cette projection touche tout particulièrement l’hiver 2022-2023 et la zone Grand Ouest.

La question de la sécurité d’approvisionnement n’a que rarement été posée dans ces termes dans les débats publics sur l’énergie.

Prudence dans la fermeture des moyens pilotables

Parmi la convergence des difficultés énoncées par RTE l’un des principaux critères reste la fermeture des moyens de production pilotables en France et chez nos voisins.

En effet, RTE rappelle que c’est près de 5 GW de capacité pilotable qui vont être fermées d’ici 2022 : 1,8 GW avec l’arrêt des deux réacteurs nucléaires de Fessenheim et 3 GW de centrales au charbon. Ces baisses s’ajoutent aux 12 GW de capacités pilotables fermées en France au cours des sept dernières années (charbon et fioul). Concernant la fermeture de Fessenheim, RTE précise que la décorrélation de la fermeture de Fessenheim et de la mise en service de l’EPR de Flamanville devrait renforcer cette situation tendue en 2022 : « Il est donc certain que la capacité de production sera plus faible au cours des prochaines années. »

Mais plus encore que la situation française, c’est la stratégie de nos voisins qui inquiète le gestionnaire de transport d’électricité : « l’ensemble des pays européens se sont engagés de manière concomitante dans la fermeture de capacités de production pilotables ». En effet, l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et l’Espagne ont annoncé la fermeture anticipée de moyens de production pilotables, nucléaire ou charbon, dans les années qui viennent, sans stratégie claire sur ce qui les remplacerait.

Annexe 2 

Pour illustrer le fait que la France a eu dix ans pour convaincre l’UE que le modèle libéral proposée n’avait pas de sens en France. On a alors joué la carte internationale en faisant semblant de faire d’EDF une entreprise pouvant opérer sur le marché extérieur. Mais on n’a pas su la protéger dans nos propres murs. 

À la fin des années 1990, l'Union européenne lance la libéralisation du marché de l'énergie européen (électricité et gaz) dans le but de faire baisser les prix et de créer un marché unique de l'énergie. En France, le calendrier prévoit l'ouverture du marché de l'électricité pour les clients consommant plus de 100 GWh en février 1999, ceux consommant plus de 16 GWh en juin 2000, ceux consommant plus de 7 GWh en février 2003, puis pour toutes les entreprises et collectivités locales en juillet 2004, et enfin pour tous les consommateurs, dont les particuliers, en juillet 2007. En parallèle, le marché du gaz est ouvert pour les clients consommant plus de 237 GWh en août 2000, ceux consommant plus de 83 GWh en août 2003, puis pour toutes les entreprises et collectivités locales en juillet 2004, et enfin pour tous les consommateurs, dont les particuliers, en juillet 2007.  Wiki

 

 

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20 novembre 2019

Homo défaberisé

 

Les doctes savants qui étudient dans l’histoire de l’humanité l’évolution très ancienne des singes velus, nos lointains ancêtres au Sapiens que nous sommes, se creusent le cerveau et se grattent la tête pour démêler l’écheveau de leurs découvertes, fossiles et cailloux bricolés et en tisser une chronologie et une géographie. La génétique, ces dernières années rend leur travail encore plus ardu mais plus fructueux en ajoutant dans ce grand Loto de nouvelles cartes à gratter.

Donc, ils creusent et grattent le sol des cavernes et du rift africain en creusant et grattant  leurs têtes de sapiens scientificus.

Dans cette construction il apparait, et certains d’entre vous me diront que c’était évident dès l’origine de l’enquête, que les outils, et en premier lieu le plus puissant d’entre eux le langage, jouaient un rôle décisif dans l’assemblage d’un cerveau humain, qui n’a rien d’artificiel et n’est pas toujours capable d’intelligence.

 

Il est facile de se perdre en gravissant l’escalier des dénominations d’hominidae, d’homininae, d’hominina, puis d’homo, successivement ou « en même temps » (déjà) habilis, erectus, néanderthalensis et pour finir sapiens, nous-autres.

Longtemps j’ai cru qu’erectus était ainsi qualifié pour ses capacités à croître et se multiplier ; en lisant mieux, j’ai compris qu’en réalité était évoqué dans la dénomination le fait qu’il se tenait droit, comme au garde à vous de la revue d’inspection des homos.

On cherche en vain sur l’escalier des appellations le célèbre homo faber, non que le vocable n’existe pas mais son usage est réservé aux philosophes qui philosophent à cette occasion sur de vastes sujets : Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Quelle est notre condition ? Que signifie… En cherchant bien, Démocrite sûrement (avec lui et ses copains aucune erreur possible, ils ont tout dit avant tout le monde, puisqu’ils étaient les premiers à l’écrire…) et Bergson et l’incontournable Hannah Arendt dont la mention du nom vaut caution de large culture, ces penseurs mettent l‘accent sur le rôle de l’outil et de la capacité à le façonner, facteurs qui étaient mis naïvement en avant dans le § précédent et présentés comme évidence.

Faber est de la  sorte une sorte de rampe de l’escalier des homos, qui nous aide à le gravir, ou, si l’on veut un fil directeur… Bref !

 

Le cher et vieux pays ne pouvait pas ne pas apporter sa contribution à ces avancées de la paléontologie et de la philosophie scientifique. Nous avons pour cela mis en œuvre tout l’arsenal élaboré depuis les années 68, avec le saut immense réalisé en 81 des inventions d’une social-démocratie bien de chez nous.

L’outil principal, le plus puissant d’entre eux mais non le seul, est la déconstruction de l’enseignement primaire entreprise et réussie « en même temps » que la démolition du secondaire, couronnée  de son explosion, la jospinade du succès pour tous grâce au bac-pour-tous.

Bac-pour-tous veut dire, si l’on n’y prend garde, enseignement supérieur pour tous.

Un droit nouveau est arrivé ! Aucune limite, aucune capacité, aucun talent, aucun goût pour l’étude n’est requis : tout est chair à canon pour remplir l’enseignement supérieur. Certains rechignent et flairent le piège. Avec du courage et de la ténacité ils y échapperont et trouverons place dans la société. Mais une vaste fraction des nouveaux bacheliers verront dans l’accès à l’université la possibilité de prolonger leur adolescence.

 

La République est riche et généreuse pour ses enfants. En retour elle se nourrira de ces cohortes d’intellectuels sorties des usines à cerveaux que sont les Universités. Le piège est ouvert et la trappe tombera plus tard

C’est ainsi que l’outil bac-pour-tous devint l’arme absolue : comment ne fabriquer pour une large fraction d’une tranche d’âge, ni ingénieur, ni intellectuel cultivé, ni artisan, ni ouvrier mais seulement une pâte molle et non modelable de gens sans culture réelle et sans connaissances utiles, accessoirement terreau fertile pour les idéologies et sectarisations de tout modèle : marxisme régurgité, sexisme à la mode, victimisations à l’envi, repentances exigées et j’en oublie.

Pâte molle aisément stockée dans les limbes, espace indéfini dont « l’étudiant » ne peut sortir que par un difficile retour au monde du travail lorsqu’il a reconnu la stérilité du temps passé en études incertaines au mieux et le plus souvent inutiles.

Cependant, le gros de cette pâte de jeunesse fourvoyée moisit dans ces limbes et comme une manière de chute ou d’échouage, connait l’inévitable enchainement précarité, dépendance aux aides variées puis déclassement social. (1)

Où sont-ils dans les chiffres du chômage ? Et que de temps perdu comme nous dit la chanson :

Que tout le temps qui passe ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus

 

C’est ainsi que notre beau système éducatif au prix des efforts que chacun a mesurés, est parvenu à produire un Homo Défaberisé, un Sapiens qui a perdu toute capacité de fabriquer ses outils.

Les paléontologues s’en moquent un peu mais certains savants qui se grattent la tête et philosophent se demandent même si la simple capacité au travail –fut-elle simplement réduite à la cueillette en oubliant la chasse)- n’a pas été écarté dans la même évolution tant le processus se révèle efficace.

 

Hanna Arendt n’en reviendrait pas.

 

  1. La remarque vient immédiatement à l’esprit. Peut-on oublier les grandes écoles et réduire l’enseignement supérieur au triste constat fait ici de l’échec de l’université. Ici l’hésitation persiste : les grandes écoles forment-elles toujours des entrepreneurs novateurs ou ne forment-elles plus que des « gestionnaires », en copie plus élaborée des écoles dites de commerce. Cette remarque ne concerne pas, chacun sait, les professions de la santé dans lesquelles le corporatisme veille ; dans ces études, l’accès aux limbes se fait en conclusion de la première année d’étude ce qui déplace les échecs des étudiants sur les cases usuelles de l’échiquier de l’université : Droit, Lettres, Histoire, et Socio-psychologie ; on aimerait ne pas avoir à inclure les Langues dans cette liste.

17 novembre 2019

 

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14 novembre 2019

La Hache de Neander

 

Un message écrit à Luc Ferry ce mois de novembre 2019

Monsieur le Ministre et cher ami

Le premier titre par déférence à la fonction et à celui qui l’a remplie. Le second par affinité ressentie sur les sujets d’intérêts et sur la manière « de le dire » enrichie d’une pratique raisonnable et régulière de vos points de vue. J’ajoute qu’à cette affinité s’ajoute une nuance avunculaire que m’autorise, hélas, une certaine différence d’âge.

Donc, Cher Ami,

Je rebondis sur une réponse que vous faites aux propos et écrits de MM Hariri et Koenig. J’entends parfaitement cette réponse et j’ai souhaité, dans mes réflexions personnelles ajouter une note plus matérielle et matérialiste qui n’aurait pas l’ambition de chatouiller le libre arbitre et le déterminisme, pour moi animaux fort distants.

Comme je ne souhaitais pas refaire le coup du paquet de fils de cuivre et d’assemblage de puces qui m’est familier sur ce sujet, je suis remonté aux temps quand l’homme façonnait des outils auxquels il conférait une vertu : Durandal et Excalibur en exemple.

De là une fablounette que vous trouverez peut-être le temps de parcourir.

Quant au sujet de l’intolérance chez les étudiants de l’université, vaste sujet, il faut y voir la conséquence du vide dans lequel on plonge la majeure partie d’une tranche d’âge en la conduisant sans goûts ni compétences sur le chemin d’études de propos incertain pour ne pas dire études inutiles : Route directe vers le chômage, l’assistance due par la collectivité puis revendication, révolte-émeute et désespérance. Cet ajout car je crois avoir noté votre nom dans un appel des 100… Était-ce au printemps dernier ?

Une dernière remarque, lorsque je publierai ce papier sur mon journal (je déteste le mot blog, d’où vient-il ?) je prendrai, si vous le voulez bien, la liberté de joindre votre « Non, l’IA ne tuera pas le libre arbitre ».

Meilleurs sentiments.

C.D

 La Hache de Neander

Dans la verte vallée de la Neander, il y a fort longtemps vivait un brave garçon qui artefactuait  au porche de sa coquette caverne. Le terme choque, soit, il était occupé à fabriquer une hache. Il avait d’abord pensé à un hachereau en obsidienne d’un pays lointain où gronde les volcans ; son voisin de cave lui conseilla de choisir du silex, plus robuste et facile d’entretien. Notre homme ne savait pas trop d’où venait la pierre, ni quel artisan avait taillé l’objet. Il se l’était procuré en échange d’une de ses filles déjà capable d’aller chercher l’eau à la rivière. Il ajustait un manche pour pouvoir commodément utiliser l’engin aux multiples tâches de la vie d’un habitant de la Neander. Il avait dans sa caverne pris le soin de conserver et d’apprêter des tendons, des sangles de cuir qui fixent la pierre sur le manche de la hache. Le manche de bois était « en même temps » souple et résistant tout à fait adapté à son usage. Le père d’une de ses femmes lui en avait fait cadeau en signe d’estime clanique.

La hache finie, devant lui posée sur le tronc d’arbre sur lequel il artefac…travaille. C’est son atelier.

Il se dit qu’il a devant lui, fruit de son travail et osons le mot, de son industrie, une bien belle hache. Avec elle il peut faire tout ce qu’homme peut faire d’une hache. Il s’abîme dans l’admiration de la hache. Mais l’objet est inanimé. Il ne répond pas à sa muette imploration.

L’homme de la vallée de Neander se prend à rêver. Ne peut-il  par quelque magie, quelque artifice donner vie à sa hache pour qu’elle devienne, l’image se précise dans sa tête et il invente le mot, intelligente. Nul ne saurait prononcer le mot qu’il inventa, mais sa racine reste plantée dans les langages qui se parlent maintenant.

Bien en avance sur son temps, il sort de sa caverne et entonne des eurêka et des alléluias.

Il va maintenant, sans aucun doute, avec l’aide du shaman du clan, maître des artifices, insuffler la vie à l’objet qui pourra de la sorte non plus par lui mais à côté de lui, avec lui remplir leurs tâches communes et alléger le poids qui pèse sur les épaules des hommes d’avoir à rechercher leur subsistance. Le clan réuni partage son enthousiasme et voit dans la nouvelle hache la promesse d’un monde meilleur, d’une Neander plus heureuse, d’un pas vers le Bien Commun.

Le shaman, pourrait-il en être autrement, assiste et médite. Il ne manifeste aucune joie.

Imagine dit-il à notre homme que ta hache échappe à ta volonté et que, forte de la vie que tu lui as octroyée tel le Grand Esprit de la Terre et des Eaux, elle mène une vie de hache libérée, capable de tailler son chemin seule au travers du monde des hommes. Ne crains tu pas qu’elle ne vienne quelque jour, enrichie d’expériences nouvelles te dire comment mener la vie de ta caverne puis d’une taille en avant régenter le clan ?

Notre bonhomme, parent du shaman comme il advient dans tous les clans le remercie de son avis. 

Je te sais gré de me faire entendre quels dangers je ferais courir à notre clan si une hache prenait vie et de nos vies dispose à son gré lui répond-il.

T’inquiète, bonhomme ! Rétorque le shaman soudain familier. L’artifice que tu cherchais dans ma boite à outil d’artifices n’existe pas et ne peut exister. Dans les haches, la vie tu ne peux insuffler. Ta hache n’aura jamais d’intention, pas davantage de désir, de joie ou de peine. Objet elle est, objet elle restera et ne façonnera, par ta main, que ce que tu voudras façonner. Oublie ton rêve et contente toi d’admirer et d’utiliser ta hache pour ce qu’elle est : un joli caillou au bout d’un long manche en bois de coudrier.

Si quelque autre rêveur de la vallée rêvait comme tu l’as fait de donner vie aux artefacts et se prenait à croire que cela se fasse, rassure-le et conseille lui d’orienter ses rêveries sur des chemins mieux tracés. Il courrait en continuant son rêve le risque de s’égarer davantage dans le marais des croyances et des idées qui n’en sont pas. Tu sais mon fils, poursuit le shaman, là où tant de nos frères de clan se sont perdus et continuent d’errer.

 12 novembre 2019

Pour les lecteurs du Naïf, sur ce sujet :  IA, mein Herr,  9 avril 2018  et  Les charmes de la mémoire artefactuelle,   10 novembre 2018

 

Luc Ferry: «Non, l’intelligence artificielle ne tuera pas le libre arbitre!»   6 novembre 2019

La France veut se doter d’une intelligence artificielle (IA) «éthique». C’est bien, mais pour s’en assurer, il vaudrait mieux qu’elle soit française. Or, pour l’instant, elle est chinoise ou américaine et le fantasme d’une IA totalitaire continue de freiner la recherche. Si l’on en croit Yuval Noah Harari«le libéralisme s’effondrera le jour où le système me connaîtra mieux que moi. L’IA décidera alors pour moi de ma santé, de mon vote, voire de mon mariage mieux que je ne le ferais moi-même. Par intérêt bien compris, je renoncerai alors à l’exercice de ma liberté». Sur ce point au moins, Gaspard Koenig défend une thèse analogue selon laquelle (et je le cite pour éviter le rituel «vous ne m’avez pas lu») «la possibilité du choix moral est gravement remise en cause par l’usage industriel de l’IA et des data qui nous ôtent la peine de décider par nous-mêmes». Je pense exactement l’inverse.

Non seulement l’IA va rendre d’immenses services à l’humanité, par exemple dans la lutte contre le cancer, mais loin d’anéantir l’individu libre, elle pourra être une formidable aide à la décision. Le raisonnement de Harari, pour frappant qu’il soit, est un sophisme. C’est toujours nous qui choisirons de nous en remettre (ou pas) à un logiciel d’IA, nous qui pourrons décider (ou pas) de déléguer notre décision lorsque nous estimerons que c’est la meilleure chose à faire. Rien ne nous interdit de réfléchir à nos choix, de résister aux data, ni d’éduquer au passage nos enfants! Du reste, que l’expert auquel on choisit de faire confiance parce qu’on le juge plus compétent soit un médecin ou un logiciel (forcément encadré par un humain) ne change rien à l’affaire.

Allons plus loin. Harari et Koenig prétendent sans rire que les travaux d’un économiste, Daniel Kahneman, auraient prouvé que le libre arbitre est illusoire alors qu’en vérité ils montrent seulement que nos choix sont souvent irrationnels, un truisme que l’IA peut justement aider à combattre. Comme l’a montré Karl Popper de manière magistrale, l’hypothèse du libre arbitre comme celle du déterminisme se meuvent toutes deux hors du champ des sciences. En effet, les hypothèses authentiquement scientifiques sont toujours soumises à l’expérimentation ou, comme dit Popper, «falsifiables», c’est-à-dire réfutables en droit par quelque réalité factuelle, ce qui n’est pas le cas des énoncés métaphysiques.

La proposition selon laquelle toutes nos actions seraient déterminées par des causes échappant à notre volonté, par des pulsions préconscientes, est par définition « non falsifiable  », impossible à contredire par quelque expérimentation que ce soit.

Pour donner un exemple, la proposition «Dieu existe» est par essence irréfutable. Nul ne pourra jamais prouver que Dieu n’existe pas, mais cette irréfutabilité n’est pas un atout en termes de science, c’est au contraire le signe d’un saut dans une sphère où Dieu est objet de foi, pas de démonstration. Il en va exactement de même pour le libre arbitre, mais tout autant pour sa négation déterministe, puisque, comme l’écrit Popper, «on ne pourra jamais prouver qu’il n’y a pas un intérêt caché derrière l’action même la plus désintéressée en apparence». La proposition selon laquelle toutes nos actions seraient déterminées par des causes échappant à notre volonté, par des pulsions préconscientes, est donc par définition «non falsifiable», impossible à contredire par quelque expérimentation que ce soit. Et comme pour l’énoncé «Dieu existe», ce n’est pas une force, mais une faiblesse qui fait paradoxalement du déterminisme, comme de l’athéisme, un objet de croyance, en aucun cas une vérité scientifique puisqu’on pourra toujours, derrière toute action, même la plus généreuse, postuler l’existence d’une motivation inconsciente.

Il est donc impossible de prouver l’illégitimité du déterminisme. Mais c’est justement parce qu’il échappe à toute réfutation factuelle imaginable qu’il dévoile son statut de parti pris, au sens propre, «métaphysique», situé au-delà de la physique, au-delà de l’expérience. L’hypothèse du déterminisme, comme toutes les hypothèses de ce type, se situe donc dans une sphère qui échappe à tout contrôle par les faits et les travaux de psychologie expérimentale sont ici hors sujet, rationalité et liberté soulevant des problèmes différents.

Dans ces conditions, vouloir prouver que l’IA va tuer notre liberté est tout simplement ridicule. Qu’elle la mette au défi est évident, elle ne saurait pour autant l’anéantir. On dira que la Chine s’en sert pour contrôler et museler les individus. C’est hélas vrai, à ceci près que le problème n’est pas l’IA, mais l’usage qu’en fait un régime qui, il y a peu encore, provoquait la mort, celle-là bien réelle, de 60 millions d’individus sans l’aide de la moindre technologie moderne.

 

 

 

 

 

 

 

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