Le Naïf dans le Monde

23 mars 2020

Civisme et chauvesouris 1

 Assorti d’une piqure de rappel sur les conneries des politiques énergétiques 

15 mars

Pour une fois que l’ex-Divin-Enfant ne loupe pas complètement quelque chose il convient de se féliciter de cette réjouissante surprise. « Effectivement »*, pour une fois, il ne s’est pas complètement pris les pieds dans le tapis de l’incompétence et de l’impréparation. Enfin, un peu quand même avec le maintien des municipales dont il était prévisible (certain) que le second tour ne pourrait pas avoir lieu.

Cet inévitable et prévisible (certain) report pose des questions.

Un assez grand nombre de maires sont élus à l’issue du premier tour et sauf à reconnaître sous une forme légale à inventer la nullité de cette élection, ils sont fondés ainsi que leurs électeurs à considérer qu’ils sont devenus des maires dûment élus. Cela est d’autant plus légitime qu’il s’agit toujours de maires sortants dont le succès reflète la confiance de leurs administrés.

Le même argument vaut pour les résultats de ce premier tour dans l’immense majorité des communes avec des résultats en ballotage. Faire une hypothèse sur une date possible est hasardeux. C’est un piège dans lequel  il sera facile pour un gouvernement qui veut garder de la face de tomber. Reporter ce second tour sine die devrait conduire à annuler cet épisode (sans préjudice pour les maires élus) et recommencer le cycle complet quand Dieu le voudra…

Nous serons rapidement fixés.

 

*J’ai suffisamment  commenté cet usage du vocable pour m’accorder le délicat plaisir d’un passage par une case devenue obligatoire dans le grand jeu de la modification de la langue ; et pardonnez-moi si modification signifie ici, suivre une mode, un tic, une manie alors que le même vocable implique que cela n’est pas sans conséquence. Aucun jeu sur les mots n’est vraiment mauvais si la musique est bonne comme dit  la chanson.

 

Il sera facile et des commentateurs ne manquent pas de la faire d’analyser la relative lenteur et l’évidente mollesse des réactions du gouvernement. Il est clair que tout au long du mois de février et dans la première quinzaine de mars les mises en garde auraient dû être plus claires et les mesures autoritaires. Il faut ne pas avoir saisi combien la France est devenue un ramassis d’individus, une foule pour croire qu’un appel au civisme des Français a encore un sens. Mais mieux vaut un peu tard que jamais. L’erreur a sans doute été de croire que la crise italienne était liée à une moindre performance (supposée) de leur système de santé alors que le nôtre (que tout le monde admire) aurait moins de difficultés à faire face à l’afflux des patients. La mollesse se traduit aussi dans le fait que nous soyons à l’évidence en pénurie de matériel élémentaire et de matériel spécialisé, les fameux respirateurs. Je prendrais un pari qu’ils viennent de Chine ou…d’Italie et je subodore que relancer une ligne de production en France relève de la fable dystopique.

 

18 mars

Accélération des décisions et peut-être modification des comportements de nos concitoyens clairement ancrés dans le déni, l’insouciance et le rejet de quelque autorité que ce soit.

La France invente, génie national oblige, le confinement « soft » : on est confiné mais si on a rempli un papier au format qu’il faut, on est à peu près libre de faire ce qu’on veut. En gros, la responsabilité d’observer le confinement reste l’affaire de chacun.

Les polémiques enflent et les remarques commencent à pleuvoir, sur le style : je suis solidaire mais que de temps perdu…

Mme Buzin déclare avoir avisé Manu et  Édouard alors qu’elle était encore Ministre de la Santé sur la forte probabilité d’avoir à reporter le municipales qui interviendrait en période de forte augmentation des contaminations. Cherche-elle à détruire définitivement son entrée dans la vie politique ou parle-elle à tort et à travers, émue par un micro qui l’agresse ?

 

 Donc confinés nous sommes.

Une nouvelle : dans 30.000 communes les maires élus dès le premier tour sont élus suivant les dispositions prévues par la circulaire du 3 février.

Suivant l’usage, des voix s’élèvent pour que cette élection soit invalidée au motif que la participation fut faible… comme si des forces malignes empêchèrent les électeurs de se rendre dans les bureaux de vote

Trop simple, pas assez cher, mon fils…

 

Il semble que nous n’ayons pas fini avec cette histoire de virus à base de chauvesouris ; mais après tout, avec d’évidentes tergiversations, retards et irrésolution nous sommes arrivés, cahin-caha à reconnaître que le confinent total devait s’appliquer.

Le gouvernement s’est appuyé sur l’opinion du corps médical et des experts épidémiologistes

 

Pour une fois.

 

L’occasion ici de passer au sujet de prédilection : l’énergie.

On y revient car c’est le sujet sur lequel le même gouvernement, les mêmes ministres et le même sottinet de Président dans le droit-fil, ou plutôt l’ornière de leurs prédécesseurs se sont bien gardés de tenir compte du moindre avis autorisé, de la moindre compétence et en particulier des avis d’EDF, au premier chef concernée.

Tout au contraire, ils ont écouté les voix confuses mais empreintes d’une religiosité factice et absurde de personnes incompétentes et impliquées seulement dans la construction de leur vie politique par l’entrisme d’une idéo-écologie en déni de toute réalité.

Et rien n’indique que cela doive cesser. Les mêmes décisions stupides sont maintenues, les mêmes engagements ineptes sont réaffirmés et les mêmes dépenses inutiles sont engagées.

Rien n’est plus exemplaire que la récente fermeture de Fessenheim au mépris de toutes les opinions compétentes.

En prenant les extraits des papiers de ces carnets on pourrait construire un historique de ce pitoyable pataugeage intellectuel, économique et politique. On dit blog, Mon Dieu, d’où vient ce mot qui évoque le crachat ? Eh bien, c’est une contraction de Web Log où le mot log signifie quelque chose comme journal ou carnet : c’est une aphérèse. Je ne peux que conseiller d’explorer la linguistique de ce mot en allant d’amuïssement en apocope et en métaphonie. Excellente occupation de confinement après que vous ayez passé l’aspirateur et vidé le lave-vaisselle.

Mais ce n’est pas ici le propos et je n’ai pas l’intention de réécrire ce que je serine depuis des années.

De plus j’y suis conduit par la lecture d’un article de Jancovici dans Le Point ces tout derniers jours qui m’épargne l’exercice. Je le joins en annexe à ce journal.

 

19 mars

Les propos de Mme Buzin offrent une plateforme sur laquelle viennent se poser les oiseaux-critiqueurs en tout genre. Ils conviennent cependant que ce dossier qu’ils ouvrent devra être traité « plus tard ».

Par ailleurs, est mise en évidence la difficulté d’obtenir un confinement stricte et d’assurer « en  même temps » le fonctionnement des activités indispensables, alors qu’on permet à chacun, donc à tous, de rester confiné(s) le plus souvent au motif que les moyens de protection requis ne sont pas disponibles et fournis par l’autorité responsable. De plus le fonctionnement de chaque service dépend de la continuation d’activité de bien d’autres capacités jugées auxiliaires dans un premier stade et qui se révèlent importantes dans des circonstances particulières : c’est ce que démontre la fermeture des toilettes sur les autoroutes et le désarroi des chauffeurs routiers…

Un grand nombre d’algériens et de marocains résidant en France veulent rentrer au pays car pensent-ils le pays sera moins touché et peut-être, croient-ils, les soins y seront mieux assurés. L’histoire ne dit pas combien sont français ou binationaux. Mais le trafic maritime est interrompu et ils attendent sur les quais d’embarquement, les voitures restant à 1.5 m les unes des autres, distanciation sociale oblige.

 

On apprend aussi que le fameux hôpital de campagne de l’Armée dont on parle depuis près d’une semaine ne sera pas installé avant la fin du mois et qu’aujourd’hui son emplacement n’est pas encore défini. Heureusement qu’il est retardé. Un esprit chagrin se demanderait si cet hôpital existe ou plutôt sous quelle forme existe-t-il ?

Heureusement aussi que la comédie ne se déroule pas sur un terrain d’opération moins bien pavé que les parkings de l’hôpital de Mulhouse.

 Les parisiens se précipitent sur les villages et îles des littoraux atlantique et méditerranéen par une facile confusion entre confinement et vacances. Mauvais accueil des locaux !

 

Posté par Dufourmantelle à 13:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Annexe à Chauvesouris 1 Jean-Marc Jancovici : « Le temps du monde fini commence »

Annexe à Chauvesouris 1

Alors que le réchauffement climatique s'impose comme un enjeu politique majeur, le spécialiste des enjeux écologiques s'est confié au « Point ».

Géraldine Woessner   18/03/2020 Le Point.fr

 

L'acte II du quinquennat, que l'hôte de l'Élysée promet axé sur l'écologie, pourra-t-il dépasser les effets d'annonce ? Probablement pas, redoute le polytechnicien Jean-Marc Jancovici, qui dénonce l'absence de vision, et donc de stratégie, du gouvernement en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Fondateur et président de The Shift Project, « think tank de la décarbonation de l'économie », et membre du Haut Conseil pour le climat, il détaille au Point les raisons pour lesquelles les politiques conduites jusqu'à présent vont dans le mur, selon lui. Parce que les ressources en énergie fossile de la planète s'amenuisent, rendant inéluctable une future « décroissance ». Parce que nos politiques ne font rien pour s'y adapter, aggravant au contraire les risques futurs en engageant une sortie du nucléaire « contre-productive » et prématurée. Parce qu'ils s'accrochent au mythe d'une « transition heureuse », en niant les pertes de productivité, et donc de pouvoir d'achat, qu'entraînera nécessairement le recours accru à des énergies renouvelables intermittentes. La France, pourtant, dispose dans cette lutte incertaine d'atouts inestimables. « Nous avons – ou avions – au moins un champion dans chaque domaine indispensable pour décarboner l'économie, qu'il s'agisse du bâtiment, du ferroviaire, du nucléaire, de l'eau, des transports urbains, de l'urbanisme, ou encore de l'agriculture… » Atout que la politique actuelle s'attache à détruire. Jusqu'à quand ?

Le Point : Emmanuel Macron a décrété l'écologie priorité de l'acte II de son quinquennat. Un Conseil de défense écologique a été mis en place, mais on peine à comprendre quelle est sa stratégie pour répondre à la menace du réchauffement climatique. Avez-vous une idée ?

Jean-Marc Jancovici : Sans doute parce qu'il n'y en a pas… Notre président et son gouvernement ne donnent aucune preuve qu'ils disposent d'une vision structurée et cohérente sur ce sujet. Depuis Jacques Chirac, nous avons des présidents taillés pour s'emparer du pouvoir, mais qui ne savent pas quoi en faire une fois qu'ils l'obtiennent ! Emmanuel Macron n'a probablement pas compris que, pour reprendre cette célèbre formule de Paul Valéry, « le temps du monde fini commence ». Nous allons devoir apprendre à vivre dans un monde sans croissance, voire en récession structurelle, et cela heurte frontalement les modes d'organisation qui nous paraissent normaux aujourd'hui. Par exemple, dans un monde sans croissance, le libéralisme accroît les inégalités sans susciter les investissements dont la collectivité a besoin. Si nous regardons les indicateurs physiques et non monétaires, la croissance est déjà aux abonnés absents depuis 2007 : les tonnes chargées dans les camions en Europe sont inférieures à ce qu'elles étaient en 2007, les mètres carrés construits par an aussi, et la production industrielle n'est pas supérieure.

Pourtant, la production de pétrole continue à progresser, alors que l'on annonce régulièrement son déclin…

Cela dépend de quoi on parle : en 2018, l'Agence internationale de l'énergie a publié un rapport essentiel, montrant que la production de pétrole dit conventionnel a atteint un pic en 2008, et décline depuis. Seuls le pétrole de schiste américain et celui issu des sables bitumineux canadiens ont été capables de compenser ce déclin. Mais ils le compensent de moins en moins : ils sont beaucoup plus complexes – donc chers – à extraire, et l'augmentation des volumes est de plus en plus faible. Tous types de pétroles confondus, le maximum historique de production a été atteint pour l'heure en novembre 2018, et depuis, nous avons perdu quatre millions de barils par jour, sur une production qui était à 84,4 millions de barils par jour, cela représente deux fois et demie la consommation française : ce n'est pas anodin. Par ailleurs, la production américaine supplémentaire est essentiellement constituée de pétrole très léger, le « Light Tight Oil », dont le contenu énergétique est moindre que celui du pétrole conventionnel qui est en train de diminuer.

Un dernier chiffre nous alerte : le déclin des puits déjà en production sur la planète atteint 6 % par an. C'est rapide ! Et donc, il faut en permanence rajouter de nouveaux puits, essentiellement dans le « pétrole de schiste », pour compenser ce déclin… ce qui n'est même plus le cas depuis un an et demi. Et alors qu'il faudrait forer en permanence, les deux premiers équipementiers pétroliers américains, Halliburton et Schlumberger, viennent de passer respectivement 2 et 10 milliards de dollars de provisions pour mettre à l'arrêt leurs équipements de fracking (utilisés pour le pétrole de schiste). C'est un signal difficile à interpréter, mais qui ne va pas dans le sens d'une abondance qui va revenir. De toute façon, d'ici peu le déclin de l'approvisionnement pétrolier sera inéluctable, et il est indispensable d'apprendre à se passer d'or noir, changement climatique ou pas ! Or, je ne suis pas certain que notre président ait bien en tête ce qui est en train de se passer ni qu'il ait conscience des implications économiques que cela aura. Entre autres conséquences, il est évident pour moi que les 1,5 % à 1,8 % par an de croissance d'ici 2070 sur lesquels table le conseil d'orientation des retraites sont un doux rêve et pas du tout une réalité.

Les ressources en gaz peuvent-elles compenser le pétrole ?

Le gaz est encore abondant à la surface de la planète, mais pas en Europe, où l'approvisionnement gazier, issu pour moitié de la mer du Nord, décline depuis 2005. Le gaz est une énergie peu dense par unité de volume (1 000 fois moins que le pétrole), et donc malcommode à transporter. La fourniture de la mer du Nord (qui a passé son pic en 2005) recule, et les exportations russes globales sont constantes depuis 25 ans en volume. Les nouveaux gisements en exploitation au centre de la Russie ont plutôt vocation à alimenter la Chine, partenaire moins sourcilleux que l'Europe pour Vladimir Poutine. Et les Américains n'exporteront jamais leur gaz de façon massive, pour des raisons stratégiques et logistiques.

La stratégie du gouvernement, qui consiste à développer considérablement les énergies renouvelables, paraît donc cohérente…

Elle le serait si c'était pour remplacer de l'énergie fossile, et que ce soit la manière la plus intelligente de le faire (car on peut aussi faire des économies d'énergie). Mais l'essentiel de l'argent, aujourd'hui, sert un autre objectif : la baisse de l'électricité nucléaire. Cela ne serait pas grave si nous avions tout le temps et autant de moyens que nous le souhaitons. Mais nous sommes dans une course contre la montre, et à cause de la contraction pétrolière, nos moyens vont aller en baissant. Supprimer du nucléaire, physiquement supérieur aux énergies diffuses et non pilotables que l'on veut mettre à la place, c'est se distraire sur un objectif accessoire pendant que nous ne faisons rien sur l'objectif principal. C'est donc augmenter l'instabilité future.

La fermeture du premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim le 22 février est-elle un mauvais choix ?

Cette décision a été prise par François Hollande en 2011 sans aucun autre fondement que de séduire les 3 % d'antinucléaires « durs » au sein de l'électorat, c'est-à-dire les personnes pour qui la baisse du nucléaire est le premier point qui compte au moment de glisser un bulletin dans l'urne. Depuis, nous sommes dans la continuité de cette décision, qui relève toujours du clientélisme électoral, mais qui n'a jamais fait l'objet de la moindre argumentation un peu construite. Le gouvernement actuel va même plus loin en écrivant, sur son site Internet, que la fermeture de cette centrale « vise à faire du Haut-Rhin un territoire de référence à l'échelle européenne en matière d'économie bas carbone ». Que de fermer une source de production électrique bas carbone « contribue à l'économie bas carbone » est tout simplement un mensonge, et comme il figure sur le site du gouvernement, on peut parler de mensonge d'État. Et sur le même site du gouvernement, il y a une page pour expliquer comment débusquer les fake news ! Nos amis politiques ne manquent pas d'humour…

Le nucléaire n'émet que 6 grammes de CO2 par kWh produit sur l'ensemble de son cycle de vie. C'est sept fois moins que le solaire, et moins que la moyenne française (qui comporte un peu de charbon et de gaz, que par contre nous allons garder) : supprimer du nucléaire ne va pas aider à décarboner quoi que ce soit. Ce mensonge se double d'une imposture quand le gouvernement justifie sa décision en invoquant des questions de sécurité, la centrale étant « trop vieille et située sur une zone sismique ». Un ministre est-il plus compétent que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dont c'est le métier que d'ausculter nos installations ? Si le politique a raison (sur la vétusté et le risque sismique), alors il faut d'urgence licencier tous les gens de l'ASN pour incompétence, puisqu'ils sont incapables de correctement évaluer le risque. Mais si l'ASN est légitime dans son jugement, alors les politiques qui font croire à leur compétence technique en mettant en avant des éléments infondés sont des imposteurs. Et la presse qui leur passe les plats se rend complice de cette imposture. Nous avons affaire, dans un autre domaine, au même processus que pour le climato-scepticisme : dans les deux cas de figure, la presse relaie des faits inexacts en les présentant comme fondés. Claude Allègre, qui prétend que le changement climatique est une invention, et les politiques qui prétendent qu'il faut fermer Fessenheim parce que c'est vieux et dangereux, même combat. Mêmes mécanismes, mêmes ressorts intellectuels, même imposture, même confusion créée dans le débat public.

Un scénario « 100 % énergies renouvelables » est-il possible ?

Bien sûr que si, c'est possible. En l'an de grâce 1500, le monde était 100 % énergies renouvelables. Un monde « tout renouvelable » est du reste le seul que notre espèce ait connu entre son apparition, il y a 20 000 ans, et… le début de la révolution industrielle. Il n'y a donc aucun problème physique pour y retourner. Ce qui n'est pas possible, c'est d'y revenir avec 500 millions d'habitants en Europe, et 35 000 euros de PIB par personne et par an, et des retraites payées jusqu'à 85 ans. La révolution industrielle, c'est avoir adjoint aux hommes, grâce aux énergies fossiles, la force toujours croissante d'un parc de machines toujours croissant, qui travaillent la matière à la place de nos bras et jambes, et qui désormais font tout à notre place : les cultures, les vêtements, les logements, les routes et ponts, les transports, et le milliard de produits différents que l'on peut trouver dans le monde. Continuer à alimenter le même parc de machines surpuissant avec juste des énergies renouvelables, c'est cela qui ne sera pas possible. Un monde 100 % ENR est donc un monde où le parc de machines qu'on peut adjoindre par personne sera considérablement plus petit, et la traduction économique de l'affaire est un PIB par personne beaucoup plus petit aussi. C'est cela que le politique n'a pas compris, ou fait semblant de ne pas comprendre (c'est difficile de savoir !) : un monde 100 % ENR est un monde où le pouvoir d'achat a beaucoup diminué. Je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire, je dis juste que c'est mentir que de le promettre sans contraction forte de la consommation.

L'Ademe, qui dépend du ministère de l'Écologie, a pourtant présenté une étude récente censée prouver la faisabilité du scénario…

Le travail « 100 % renouvelables » de l'Ademe ne portait que sur l'électricité, qui représente en France un cinquième de ce qui actionne les machines qui travaillent pour nous (le reste est constitué de produits pétroliers, de gaz, et marginalement de charbon). Ensuite, ce travail présentait un simple calcul économique, qui ne démontrait rien de plus que les hypothèses prises en entrée. Cette étude postulait que les ENR électriques allaient coûter de moins en moins cher, que le réseau n'avait pas besoin d'être modifié de manière significative, que le stockage ne coûterait pas cher, et que le consommateur final s'adapterait sans surcoût à un approvisionnement électrique où jusqu'à 60 % de la puissance pouvait ne pas être disponible. Mais on ne démontre rien quand les hypothèses d'entrée sont invalides !

Prenons un exemple, qui est la baisse du coût des moyens de production (éolien, solaire). Il est pour le moment associé au fait que ces moyens sont fabriqués avec du pétrole (chimie amont, transports intermédiaires), du gaz (cimenterie, pour les plots en béton, et façonnages métalliques) et du charbon (métallurgie, production électrique), et ce dans le cadre de la mondialisation (les 10 premiers producteurs de panneaux sont en Chine, et des gros fabricants de nacelles éoliennes aussi). Imaginons que nous soyons « locaux et renouvelables » de bout en bout : l'éolienne serait alors fabriquée chez nous avec du minerai de fer français (problème, il n'y en a plus…), du charbon français (idem), du cuivre français (idem), de l'indium et du germanium français, etc., et transportée et assemblée avec juste des moyens renouvelables… pensez-vous que dans ce contexte le prix restera le même ?

La baisse continue du prix repose donc sur un implicite – les combustibles fossiles restent abondants pour tout produire à bas prix – qui est parfaitement antagoniste avec l'hypothèse du travail – nous sommes dans un monde totalement renouvelable ! En clair, la baisse de prix ne fonctionne que si vous n'avez pas réglé votre problème de suppression des combustibles fossiles. C'est quand même ennuyeux… Deuxième écueil : l'Ademe postule que la consommation électrique des utilisateurs peut baisser drastiquement quand il n'y a pas assez de vent et de soleil, sans aucune pénalité économique. Mais s'il n'y a pas assez de vent ou de soleil, nous devrons faire avec moins de frigos, de machines à laver, d'ascenseurs, d'éclairage, de trains, de douches, de réseau de télécommunication, de machines industrielles, etc. Et ça ne coûterait rien à personne ? De deux choses l'une : soit les consommateurs (particuliers, entreprises ou administrations) devront faire des investissements pour acheter de quoi pallier l'intermittence, comme des batteries (et garantir dans chaque logement une semaine de consommation électrique sur batterie coûterait presque autant que le prix de l'immobilier), soit l'activité devra s'adapter à la disponibilité de l'électricité, et donc le PIB baissera quand la production électrique baissera. Aucun de ces éléments n'intervient dans le calcul de l'Ademe, qui conclut de façon injustifiée sur le fait qu'un scénario électrique 100 % ENR est moins cher que le système actuel.

J'interprète cette étude de l'Ademe, qui est une agence dépendant du ministère de l'Environnement, comme une tentative de justifier après coup une décision qui provient d'un simple clientélisme électoral, à savoir l'accord du PS avec les Verts pour abaisser à 50 % la part du nucléaire dans notre production électrique.

Vous êtes pro-nucléaire, tout en reconnaissant que ce n'est pas une panacée.

C'est une question d'arbitrage des risques. Si vous partez dans la jungle, vous ne refusez pas de prendre une boîte d'antibiotiques, au motif que vous pourriez contribuer à une résistance dans cinquante ans ! Garder ou développer le nucléaire aujourd'hui ne suffit pas à porter la totalité de l'effort qui nous attend pour décarboner l'économie, tant s'en faut. Mais refuser cette marge de manœuvre, c'est augmenter fortement le risque de rater la cible, et donc de créer beaucoup plus de souffrances que nous n'en avons évité.

La position d'Emmanuel Macron est un mélange de confusion et d'insouciance. Il n'a pas compris, comme tous les gens biberonnés à l'économie classique, que l'économie était désormais un système de transformation dépendant des machines, donc de l'énergie, et qu'on ne pouvait pas séparer l'énergie du reste du destin de la société. Ce qui va se passer ou pas sur l'énergie conditionne le fait qu'on paiera ou non les retraites, que les gens dans les villes auront à manger pour un prix raisonnable ou pas, que ceux qui font des études littéraires trouveront un job ou pas, etc. Très peu de gens le comprennent, car la convention économique masque cette réalité physique. Le président se comporte conformément au constat fait par Tocqueville il y a deux siècles : il base son action avant tout sur ce qu'il croit que ses électeurs potentiels pensent, et non avant tout sur les faits. Dès que l'opinion la plus répandue n'est pas raccord avec les faits, c'est évidemment aller tout droit aux malentendus. Par exemple, plus de la moitié des Français pensent que le nucléaire contribue significativement à l'augmentation de l'effet de serre, alors que ce n'est pas le cas. Plutôt que de leur dire ce qui est un fait, notre gouvernement préfère surfer sur l'erreur et prétendre que de fermer du nucléaire contribue à l'économie bas carbone. La presse n'aide pas : elle continue à solliciter avant tout les associations antinucléaires, créées avant que le changement climatique ne devienne un problème, et qui désormais assimilent indûment fossile et nucléaire pour ne pas avoir à revenir sur leur combat historique alors que le contexte a radicalement changé.

La réalité, c'est que remplacer le tiers du nucléaire par de l'électricité renouvelable ne nous fera rien gagner en CO2, et mobilisera des centaines de milliards d'euros que, du coup, nous n'utiliserons pas pour rénover les logements, changer les chaudières, construire des infrastructures pour vélos, électrifier une partie des transports, modifier le paysage agricole, etc. Dans ces domaines, on ne fait quasiment rien de sérieux, on balbutie.

Est-il encore possible de revenir à un débat rationnel ?

Il faut le souhaiter, mais la situation est trop enkystée pour que cela se fasse rapidement. Quand, pour votre plus grand malheur, vous avez raté l'éducation d'un enfant, le retour à la normale ne peut pas se faire en une semaine. Dans les modifications souhaitables, j'en vois plusieurs. La première est d'avoir une classe politique qui ait une compréhension correcte des enjeux. Ils doivent aussi se reposer sur une administration à qui on reconnaît le droit de contester la décision politique au nom d'une tentative de violation des faits. Aujourd'hui, les élus considèrent trop souvent que les faits, qui ne sont pas empreints de l'onction du suffrage universel, n'ont pas droit de cité s'ils sont contraires aux promesses électorales qui ont été faites. Mais tenter de violer la réalité n'amène qu'une chose : la désillusion, qui est un vrai danger en démocratie.

Faute de savoir faire des choix, le gouvernement semble attendre beaucoup des travaux de la Convention climat, qui doit rendre ses conclusions début avril. Qu'en espérez-vous ?

Je ne sais pas. Quand il l'a lancée, Emmanuel Macron cherchait à la fois à gagner du temps et à reporter ailleurs la charge du choix. Demander à 150 personnes tirées au sort, dont la plupart n'ont aucune connaissance technique sur la question au début de l'exercice, de parvenir, en « seulement » huit week-ends de travail, à remplacer l'administration dans tous les domaines de la vie publique, et ce de manière cohérente et opérationnelle (puisqu'on lui demande lois et décrets), est un sacré défi… Je ne sais pas s'ils vont réussir à tenir le pari, mais j'attends de toute façon le résultat avec beaucoup d'intérêt, notamment sur la façon dont cela a changé le rapport au problème pour les participants. Ce qui est sûr, c'est que la sphère publique, par-delà ses grands discours, se comporte de fait comme si on avait l'éternité devant nous, en reportant sur d'autres la charge de comprendre le problème à traiter et d'évaluer les options possibles, alors que je ne vois pas ce qui l'empêche de le faire elle-même. Mais nous n'avons pas l'éternité ! Nous ne sommes qu'à 1 degré de hausse de la température planétaire, et 20 millions d'hectares, soit la moitié de la France, sont partis en fumée en Australie…

Dans une interview à Socialter, vous avez déclaré qu'un moyen de réguler la population serait de « ne pas mettre tout en œuvre pour faire survivre les personnes âgées malades, à l'image du système anglais qui ne pratique plus de greffe d'organes pour des personnes de plus de 65 ou 70 ans ». Vos détracteurs y ont vu un malthusianisme profondément anti-humaniste…

C'est au contraire pro-humaniste dans mon esprit. Je n'ai pas prôné l'euthanasie, mais suggéré d'arrêter l'acharnement thérapeutique dans un cas de figure où il est gros consommateur de moyens pour un bénéfice collectif – et souvent individuel – faible. Dans un monde aux ressources contraintes, il faudra faire des choix dans l'allocation des moyens. Est-il humaniste de prôner que, si on ne peut pas tout faire, la société privilégie le maintien en vie, dans de mauvaises conditions, de personnes qui ont déjà longuement vécu, au détriment de l'avenir de ceux qui ont encore une large partie de leur existence devant eux ? À tout le moins, ça doit pouvoir se discuter, et c'est exactement ce que je souhaite. Deux siècles de croissance nous laissent penser que nous pouvons continuer à tout avoir à la fois, et à ne pas choisir. Sans croissance, nous allons donc devoir faire plus de choix, et la santé n'y fera pas exception.

Vous ne croyez pas qu'il puisse y avoir de transition écologique sans perte de pouvoir d'achat… Nous ne connaîtrons pas de transition écologique heureuse ?

Je crois que nous n'allons pas éviter les efforts, mais le bonheur dépend des contreparties qui y seront apportées. Pour que l'effort ait du sens, il faut qu'il s'inscrive dans le cadre d'un projet. Le premier devoir, aujourd'hui, des gens qui sollicitent les suffrages d'électeurs est d'en avoir un, et pour moi supprimer le déficit budgétaire n'est pas un projet. Je ne connais personne qui me dise « mon projet de vie, c'est de réduire mes charges » ! C'est assurément une contrainte, mais ce n'est pas un projet.

La décarbonation de l'économie pourrait être un très beau projet de société, si on décidait de le faire de manière rationnelle et articulée (bien qu'on s'emploie depuis une décennie dans le monde politique à faire consciencieusement l'inverse). Il reste dans ce pays des forces vives capables de grandes choses. L'une des forces historiques de la France, c'est d'être à la pointe dans l'organisation de grands systèmes complexes. Nous sommes historiquement les champions du monde quand il s'agit de faire un système hospitalier de qualité (il n'y a que les Français pour s'en plaindre !), des systèmes ferroviaires ou de services urbains qui fonctionnent bien, un système électrique optimal… Avant qu'on en dise pis que pendre, notre système électrique n'avait que des avantages, c'était le meilleur au monde (c'est même ce qui est ressorti d'un rapport de l'Agence internationale de l'énergie qui avait comparé un grand nombre de pays). Nous sommes capables de faire de la planification, et surtout nous avons le sens de la collectivité. Les Américains en sont incapables, à preuve leurs infrastructures publiques sont dans un état lamentable. Ce n'est pas un hasard si les Français sont très présents à l'international dans la gestion d'infrastructures, qui demandent justement des compétences que notre pays sait fournir. Nos premiers concurrents « intellectuels » sont les Chinois et les Russes. Il n'est du reste pas étonnant que ces deux pays accélèrent dans le nucléaire, qui est par excellence l'industrie qui demande une planification de l'État, à une large échelle, et sur un temps très long.

Nous avons – ou avions – au moins un champion dans chaque domaine indispensable pour décarboner l'économie, qu'il s'agisse du bâtiment, du ferroviaire, du nucléaire, de l'eau, des transports urbains, de l'urbanisme, ou encore de l'agriculture…

Voulez-vous dire que dans cette nouvelle compétition mondiale, la France a des atouts et s'en tirerait mieux que d'autres ?

Si notre pays décidait de devenir « pour de vrai » à la fois le laboratoire grandeur nature d'une économie décarbonée, et son promoteur le plus ardent dans le monde, nous pourrions dire que nous avons un projet avec un peu plus de souffle que de simplement « s'inscrire dans la mondialisation heureuse », ou diminuer notre déficit budgétaire. Pour moi, à l'heure de la contrainte sur les énergies fossiles, il est là notre projet. Il demandera de gros efforts, y compris à des acteurs potentiellement « gagnants », mais il permet de se lancer en tête dans une course qui va concerner tout le monde à un moment ou à un autre. Pour le moment, notre plus grande ambition est d'imiter une Allemagne qui fait fausse route, en nous focalisant sur un sujet parfaitement secondaire et porteur de risques mineurs (le nucléaire), au lieu de nous occuper du principal : refaire les villes, les bâtiments, l'industrie, modifier les infrastructures de transport, notre paysage agricole, modifier nos forêts (qui ne résisteront pas en l'état au changement climatique), adapter autant que faire se peut le pays à un changement climatique qui va de toute façon être bien plus marqué qu'aujourd'hui, repenser le système éducatif et nos systèmes de solidarité à l'aune de ce monde différent, repenser les mécanismes financiers, etc. La France a tout ce qu'il faut pour le faire, et c'est même une occasion de retrouver le siècle des Lumières si on a des rêves de grandeur. Et c'est là qu'est la faute première du gouvernement : à l'heure où le défi est immense, il n'a que des discours de boutiquier, sans souffle, qui découlent du fait qu'il est incapable de formuler un projet en phase avec l'époque. Le risque est de voir des projets totalitaires prendre l'espace vacant.

 

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12 mars 2020

Civisme et chauvesouris 2 et des mots pour le dire

21 mars

Confinés nous sommes. Je vis avec une confineuse rigoureuse qui bien avant que les injonctions du Divin Enfant ne conduisent à la situation d’aujourd’hui nous avaient confinés « effectivement »….

Tiens, ça m’revient, hier dans la soirée et dans une émission toute corona, une dame très compétente et diserte sur son sujet, l’épidémiologie, a battu un record : elle a placé six fois le mot effect…dans la même phrase.   

Privilégiés et âgés nous sommes.

Ma confineuse de compagne qui avec l’intelligence concrète qui est un des nombreux éléments de son charme avait anticipé la chose et prévu assez pour un mois de siège. Question fruit et légumes frais il y aura rationnement puis pénurie. À ma suggestion timide de passer chez Biocoop ou d’aller au marché il me fut rétorqué sans laisser place à la négociation que dans le vocable confinement total le mot total signifiait, pour le possible délinquant que je pouvais devenir assignation à résidence.

Heureusement ma femme ne dispose pas de bracelet électronique et elle m’autorise tout l’espace de la maison et du jardin. Je m’approche des ifs qui nous séparent de la voisine en respectant une distance de 1.50 m.

Distanciation sociale ! La personne qui a pour la première fois utilisé cette expression mérite les palmes de…je ne sais quoi, c’est un truc à inventer, jargonnage prétentieux peut-être ?

Distanciation rejoint les questionnements et autres problématiques dans ce travers qui consiste à utiliser un mot qui fait « élite cultivée qui cause » pour ne pas utiliser le mot du langage qui dit la chose. Ici on « distanciationne » pour ne pas dire : distance.

Trop simple, pas assez cher mon fils.

Pas n’importe quelle distance ! Pas une distance de sécurité (sous-entendu sanitaire), pas une distance prophylactique ou hygiénique, pas encore une distance réglementaire, cela viendra, non, c’est une distance sociale. On est proche du génie et nous sommes aux confins de la poésie pure. Poésie engagée, quasi militante. Quelque esprit chagrin remarquera que le vocable risque d’être entendu différemment en particulier pour ce qu’il veut vraiment dire : les distances et différences sociales entre individus et celles entre groupes socialement homogènes.

Une distanciation sociale vous fait participer à un grand effort national, librement voulu, solidaire, fraternel (mais peut-être pas tout à fait égalitaire). C’est beau comme la Marianne. J’avoue que ça a une autre allure alors que moi j’aurais sottement dit : une distance de 1.50 m.

Trop simple, pas assez cher mon fils.

Confinés nous sommes.

Non pas relégués aux confins, à la limite, voire hors les murs, forbans, mais bien au contraire comme les sardines de la chanson mis en boite et confinés chez nous.

Restez chez vous devient la parole du croyant et mieux vaut obéir à la parole sinon la quête passera vous rappeler à l’ordre et vous soutirera 135 E pour les bonnes œuvres des acteurs de la lutte sacrée contre l’ennemi invisible. Combien de masques, si masque il y a, pour cette modique contribution ?

Confiner est un verbe à double sens : Tracer des limites et fixer quelqu’un étroitement à un lieu, dans ces limites, mais aussi lorsque ces limites sont définies, les atteindre, en être voisin. Ainsi nous pouvons dire, nous sommes confinés, c’est une incarcération et dans la même phrase ce confinement est aux confins du raisonnable.

Le verbe vient du mot pluriel confins : limites d’un territoire, à la frontière, à l’extrémité. Tout un autre vocabulaire dérive du mot latin « limes »et ces ceux mots courent ensemble dans notre langue.

 

Dans la communication du gouvernement le mot confinement acquiert progressivement la valeur d’un mot rituel, une sorte d’Inch Allah ou de mot de passe permettant aux initiés l’accès aux territoires consacrés.

Confinez-vous mes frères qui restez dans vos lieux pour sauver vos semblables et les protéger de votre pêché, de votre souillure. Dans ce rituel, sitôt franchi le seuil de l’espace initiatique des pratiques s’instaurent : sortir oui, mais pas trop, et pas trop loin et pas trop longtemps… Confinés vous êtes, cultivez-vous rattrapant tout ce temps que vous perdiez sans même le savoir en occupations qui ne visaient pas au salut de tous. Respectez les gestes de l’adoration et de la distanciation et telle la génuflexion ou comme le signe de croix n’oubliez pas de vous laver les mains : le bénitier est empli de liquide hydroalcoolique. Votre soumission à la règle est un pas vers le salut.

Ainsi, tout aussi progressivement le confinement devient, au-delà de la très fameuse précaution, une sorte de remède. C’est par application de la lotion confinement que disparaitra, là aussi très progressivement, le mal qui nous frappe.

Aucun péché d’orgueil, la secte des confinés a foi en la parole du Divin enfant.

Et l’OMS, le conseil d’État et les instances spécialement mises en place pour éclairer le Gouvernement délibèrent. 

En contrepoint, Confucius (ou bien son disciple Laffer) nous avait dit : trop de confinement tue le confinement.

 

23 mars

Bien qu’il ait déjà expliqué à la communauté scientifique et aux autorités compétentes ce qu’il fait  à La Timone, l’opinion officielle découvre qu’en France un médecin pense qu’il est important en face d’un malade, en premier lieu de diagnostiquer son affection puis  de prescrire des médicaments de la pharmacopée dont il a des raisons de penser qu’ils ont une valeur thérapeutique dans ce cas plutôt que d’attendre que l’état du patient s’aggrave suffisamment pour qu’on ne puisse plus le sauver. Ce point de vue est légitime car le médicament dont il pense qu’il agit est disponible, peu onéreux et sans effets secondaires indésirables. Cela suppose le dépistage et l’emploi des tests dont on nous dit qu’ils ne sont pas coûteux ni réellement complexes à mettre en œuvre.

Trop simple, pas assez cher mon fils. 

Les commentaires pleuvent, essentiellement : Oui, il l’a fait mais on ne peut rien en conclure car ce qu’il a fait n’a pas été fait comme il aurait fallu que nous le fassions, si nous l’avions fait. Mais nous allons le faire.

Mais aussi : l’échantillon et bien trop faible et on ne peut rien en conclure car le même personnage émettaient en 2013 des réserves sur le rôle qu’on faisait jouer au réchauffement climatique et ce qu’il dit est devenu illégitime.

Ces commentaires ne sont pas tous dénués de sens mais on peut comprendre et souhaiter qu’un médecin traite d’abord un patient comme un malade et non pas comme un échantillon d’une foule d’individus destinés à subir la pandémie, foule dans laquelle on assistera les plus fragiles en fin de vie.

Si la chloroquine n’a pas complètement l’efficacité que l’on espère il sera temps de reconnaître que c’est bien dommage mais que cela valait mieux que d’attendre en ayant suivi les chemins académiques.

Et ce d’autant plus que la Chine, la Corée…

Mais évidemment ces remarques viennent après une bataille initiale perdue, alors que l’épidémie en France fait désormais partie du peloton de tête de la course au record, devancée par l’Italie, l’Espagne et tout de même la Chine. Nul doute que le Royaume Uni, quoique brexité, ne rejoigne rapidement ce groupe de coureurs.

Une dernière remarque : le jargonnage coronvirusé auquel on ne peut échapper nous délivre, hélas provisoirement je le crains, du jargonnage écologique qui depuis plusieurs mois avait envahi complétement la parole collective. Mais nul doute que cet écolo -jargonnage réapparaisse lorsque le nouveau monde qui ne sera plus jamais comme avant émergera à l’aube des temps démondialisés, décapitalisés, désislamisés et démilitarisés.

Car enfin, scrogneugneu, il faudra toujours sauver la planète !

Aux dernières nouvelles, queue à La Timone pour le test de dépistage. Raoult élu personnalité de l’année et peut-être même personnalité préférée des Français. Que le Seigneur du Confinement veille sur lui et nous-autres pauvres confinés dans une bénédiction ample, urbi (La Timone) et orbi (nous-autres).

 

 

 

 

 

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06 mars 2020

Civisme et chauvesouris 3 Farniente

 

24 mars

Confinés nous sommes. 

Aujourd’hui est un jour de flemme. Pas complétement car hier après quelques jours d’interruption le facteur a déposé six jours de Figaro, notre journal de référence, avec les suppléments du weekend et en prime le dernier Point, notre magazine de référence.

Il y a là matière à un survol de rattrapage pour vérifier que les affaires du monde restent pour l’heure très concentrées sur notre grippe qui n’est pas une grippe mais qui fait comme si, mais en plus sérieux, mais on ne sait pas… 

Un certain regard. 

Ce n’est d’ailleurs pas l’avis de notre marseillais de La Timone, le Professeur Raoult, qui pense et qui dit que, tout comme il faut sérieusement se protéger et adopter les mesures prophylactiques appropriées, il ne faut pas faire de cette épidémie le monstre que les autorités anticipent. Et il évoque le nombre des victimes de la grippe saisonnière dont on ne parle pas, qui est très contagieuse et contre laquelle beaucoup de nos concitoyens et médecins ne jugent pas utile de se vacciner.

En conclusion il poursuit ses traitements. 

Estrosi est atteint, il vit confiné. Il est traité suivant les recommandations de Raoult. Il est content et le dit. Évidemment cela ne signifie rien mais cela déclenche des adhésions dans les oppositions.  Ainsi l’ineffable Muselier (Médecin, lui-même) délivre un panégyrique dans lequel il affirme que  son ami mérite le Nobel.

Comme c’est jour de repos, je me contenterai de joindre un petit texte de notre marseillais qui résume assez bien la position de ce Professeur. Il s’agit d’un commentaire en complément de l’entretien qu’il a accordé au journal Le Parisien.  Dans Le Salon Beige : « Le Professeur Didier Raoult a répondu au Parisien hier ».

Le problème dans ce pays est que les gens qui parlent sont d’une ignorance crasse. J’ai fait une étude scientifique sur la chloroquine et les virus il y a treize ans qui a été publiée. Depuis, quatre autres études d’autres auteurs ont montré que le coronavirus était sensible à la chloroquine. Tout cela n’est pas une nouveauté. Que le cercle des décideurs ne soit même pas informé de l’état de la science, c’est suffocant. L’efficacité potentielle de la chloroquine sur les modèles de culture virale, on la connaissait. On savait que c’était un antiviral efficace. On a décidé dans nos expérimentations d’ajouter un traitement d’azithromicyne (un antibiotique contre la pneumonie bactérienne) pour éviter les surinfections bactériennes. Les résultats se sont révélés spectaculaires sur les patients atteints du Covid-19 lorsqu’on a ajouté l’azithromycine à l’hydroxychloroquine. 

Les gens donnent leur opinion sur tout, mais, moi, je ne parle que de ce que je connais : je ne donne pas mon opinion sur la composition de l’équipe de France enfin ! Chacun son métier. La communication scientifique de ce pays s’apparente aujourd’hui à de la conversation de bistrot. 

A ceux qui disent qu’il faut trente études multicentriques et mille patients inclus, je réponds que si l’on devait appliquer les règles des méthodologistes actuels, il faudrait refaire une étude sur l’intérêt du parachute. Prendre 100 personnes, la moitié avec des parachutes et l’autre sans et compter les morts à la fin pour voir ce qui est plus efficace. Quand vous avez un traitement qui marche contre zéro autre traitement disponible, c’est ce traitement qui devrait devenir la référence. Et c’est ma liberté de prescription en tant que médecin. On n’a pas à obéir aux injonctions de l’Etat pour traiter les malades. Les recommandations de la Haute autorité de santé sont une indication, mais ça ne vous oblige pas. Depuis Hippocrate, le médecin fait pour le mieux, dans l’état de ses connaissances et dans l’état de la science.

Cette dernière remarque est très importante. Il se constitue une cabale pour empêcher Raoult de soigner des patients en utilisant des médicaments existants, largement utilisés et sans effets secondaires aux doses prescrites, sur des périodes de quelques jours.

Le ministre de la Santé annonce qu’il interdit l’emploi du médicament sauf lorsqu’il est trop tard pour qu’il agisse et à la sortie du confinement. « Pour justifier son choix, Olivier Véran a assuré que le Haut Conseil de Santé publique recommande de ne pas utiliser l’antipaludique chloroquine, sauf pour des formes graves et sous surveillance médicale stricte. L’hydroxychloroquine sera donc accessible uniquement en milieu hospitalier et sous surveillance médicale » Obs du 23.

Peu de jours auparavant, la veille peut-être, il était favorable à la poursuite des essais sur l’emploi de ce médicament antipaludéen.

Je ne vois pas de fondement juridique à cette interdiction.

Qui a intérêt à museler Raoult ? Et pourquoi ?

Petite joie à adopter le ton du complot !

Je souhaite que Raoult ait raison et s’il a tort je ne lui ferais pas grief d’avoir essayé.

Un autre regard.

Les experts individuellement dans les JT ou en groupe dans les C dans l’air ont développé un argumentaire invitant l’indiscipliné à rester dans les rangs en énumérant les réserves qu’ils formulent sur son comportement et sur la valeur thérapeutique de son action.

Tout discours structuré débute par une thèse. C’est la partie laudative. Elle est brève.

On reconnait les compétences du professeur et son expérience de praticien. Il a beaucoup publié, beaucoup travaillé et son talent fut reconnu quand l’IHU de La Timone lui fut confié il y a juste deux ans.

 

MAIS, suit l’antithèse.

 

Il ne respecte pas les procédures et la méthodologie des essais cliniques.

Il communique avant d’avoir scientifiquement démontré la validité de ses hypothèses.

Il a tellement communiqué que cela suscite le doute.

Il communique dans un journal dirigé par un membre de son équipe.

L’échantillon des patients retenus est discutable et il a commencé l’essai avant d’avoir obtenu les autorisations nécessaires (Agence du médicament et Comité d’éthique).

Il cite des sources chinoises qui ne sont que des indications et qui ne sont pas des recommandations précises, voire qui laissent planer le doute.

Il obtient des appuis de personnes de la classe politique qui n’ont aucune compétence sur le sujet (Pauvre Muselier) et avec Trump en prime.

Il utilise les médias hors de propos et « sans modération ».

Ses prises de position largement médiatisées et son action sur l’emploi d’un antipaludéen ont déclenché des mouvements dans la population : stockage du médicament, queue du public pour des tests inutiles…

(Comment fait le public pour se procurer puis stocker des médocs délivrés sur prescription ? Y aurait-il une médecine de complaisance ?)

Le public qui est toujours prêt à l’automédication ne respectera aucune dose, ni aucune durée de traitement.

(Les doses mortelles s’expriment en grammes)

Il suscite des espoirs qui seront  peut-être/probablement/certainement déçus et qui entameront la confiance dans le corps médical.

 

Avant de poser la plume et d’aller aider ma confineuse dans quelque tâche ménagère subalterne comme il convient aux personnes de ma condition, je laisse le lecteur terminer le paragraphe et la journée sur la synthèse de son choix.

 

À demain, les petits, dormez bien.

 

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05 mars 2020

Civisme et chauvesouris 4 Farniente 2

 

26 mars

Une matinée tranquille, je ne l’aurais pas. La crise sanitaire coure plus vite que mes pauvres doigts arthrosés et maladroits sur le clavier de mon animal familier.

Hier ou peut-être avant je remarquais qu’une des conséquences heureuses de la crise sanitaire–elles sont rares, il faut en profiter- était l’extinction du discours jargonnant des écolos dont le virus avaient infecté la parole publique. Extinction, que nenni ! Les écolos, les vrais, les durs, les idoles, les otistes réalisent que le train de la pandémie les laisse sur le quai de la gare et qu’il est urgent de monter dans le wagon de queue, faute d’avoir su monter dans les wagons de tête.

Pour des lecteurs occasionnels : les otistes sont des personnages dont le nom a été cité dans la vie de le grand mouvement sacré du sauvetage de la planète. Hulot en premier lieu, la chouette de la triste mine avec Duflot, Batho, Jadot et ceux que j’oublie, heureusement ! Il ne faut surtout pas mettre Chantal Jouanno dans ce détestable cluster. Elle est une des rares ministres qui soit l’opposé des otistes et qui ait tenu un discours intelligent sur …l’écologie !

En ces périodes de temps libéré, délivré… des embarras de la ville, plus de sortie, plus de courses, il faut prendre le temps d’écouter l’entretien accordé par Hulot à Apolline de Malherbe sur BFM TV.

C’est la perfection. Dans la forme d’abord, les « celles et ceux » ne sont jamais omis, la brouette de remerciements est déversée tout au long de cet entretien qui apparait en réalité (effectivement) comme une déclaration ou mieux encore un discours. Le nécessaire salut au gouvernement dont il a fait partie et dont il est sorti grandi par l’intransigeance de ses positions trouve sa place dans le propos. Une pensée pour les quartiers peuplés de gens moins bien lotis que lui… (Moins de voitures, de bateaux, de motos, de villas, moins de pognon ?)

Quant au contenu il est un archétype et pourrait servir de modèle à tous les écolos en puissance.

En bruit de fond, en rythme, compassion, réunion, rassemblement des énergies, tous ensemble, respect de la vie, la nature est généreuse, humilité, résilience, détermination (pas entamable) mais aussi espoir (toujours immense) et foi dans l’humanité… J’en oublie ou j’en rajoute, mais le texte n’est pas transcrit.

Pour la mélodie c’est la chanson  habituelle des belles âmes en quête du monde meilleur: notre monde est imparfait ; il faut changer de modèle ; nous y parviendrons si nous unissons nos efforts et si nous construisons ensemble une économie, une société, un monde, une terre (QCM) meilleur(e), nous y parviendrons car il n’existe aucun autre choix et c’est en cultivant cet espoir et en réunissant nos forces dans une nature bienveillante que cet avenir est possible. Prions, mes frères.

Il faut reconnaître un talent certain à l’auteur de cette déclaration pour tenir 25 minutes de musique/monologue sans le moindre contenu, accroché au vocable meilleur et agrémenté du jeu de l’acteur passé maître dans l’exercice et qui possède son texte.

Hulot veut accrocher un wagon vide au TGV Pandémie.

Y parviendra-t-il et qui remplira le wagon ?

Président de l'Association française pour l'information scientifique, Jean-Paul Krivine critique les discours militants qui associent cette crise à la lutte écologique et déconstruit ces discours du type "je vous l'avais bien dit!". Comme il le rappelle, la nature n'est ni bienveillante et accueillante, ni au contraire méchante, "elle se contente d'être". Et face à ce virus des plus naturels, c'est bien vers la science et la médecine que se tournent tous les regards, afin que cette pandémie fasse bien moins de victimes que par le passé.  

L'Express a noté : Nicolas Hulot a déclaré que la crise du coronavirus constitue une "sorte d'ultimatum de la nature", et que celle-ci "nous envoie un message". De son côté, Noël Mamère, dans une tribune publiée par Le Monde, met en cause le fait que "nous portons atteinte au monde sauvage" … et…, en détruisant son habitat, nous rapprochons ce monde de nous "au risque de nous transmettre ses virus qui sont pathogènes pour l'homme".   

 (§ Tripoté à partir de l’Express : il faut s’abonner pour lire l’article, ce que je trouve un peu fort de café pour des gens qui défendent la liberté de la presse : Liberté des abonnés ! Ils ont le droit de dire ce qu’ils veulent à leurs clients)

Si Mamère a réellement dit ou écrit cette phrase, il a donné le meilleur d’un français sorti des rails et totalement vide de sens. Il concurrence Gertrude Stein. C’est aussi le meilleur de lui-même.

Réapparait aussi, Mme Laurence Tubiana, toujours engluée dans l’écolo jargon pour réaffirmer… tout comme la chouette… tous ensemble … construire en commun ….blablabla.  Ce qui ne me rappelle qu’elle est un des artisans de la loi de juillet 2015 dite de transition énergétique de la Royal, qui elle n’y est sans nul doute pour rien. Il s’agit sans doute d’un des textes les plus absurdes de l’histoire de la 5ème République. Souvenons-nous : moins de 50 % d’énergie nucléaire, fermer 14 unités de production nucléaire ou plus si affinité, le pays couvert des éoliennes de la honte et de la dette.

J’arrête, je suis retombé dans mon ornière à moi.  

 

Hier le Divin enfant nous a délivré lui aussi un long message en visitant l’hôpital militaire de Mulhouse qui entre en « opération ». Tout au long de ce long discours de comice agricole ouvert par un rad-soc de l’entre guerre qui n’oublie, aucun, mais vraiment aucun des administrés du canton, le Divin Enfant nous endort dans la litanie des remerciements, et dans la gratitude à l’endroit des héros. Ceux-ci constituent un espace plein : les vrais, ceux du front, corps médical, flics et gendarmes en tout genre et maintenant notre glorieuse armée et d’autre encore ; puis l’intendance (niveau 2) sans laquelle… ; puis les anonymes, nous autres, que notre confinement joyeusement consenti élèvent également au niveau 3 de l’héroïsme.

Tous ces héros n’ont pas les moyens de, mais il fait le nécessaire et les carences seront comblées. Les masques arrivent. Et les fabricants de respirateurs (allemands et un suisse) travaillent « à bloc » pour nous aussi. Ceci est un ajout naïf qui comble un oubli  du Président.

Il convenait quand même qu’il lâche quelque chose. La quasi inévitable prime de mille euros pour certain qui sera toujours à juste titre réclamée par tous les non-confinés puis dans un second temps par les confinés télé-laborieux qui, comme on dit de nos jours, subissent la double peine : le  boulot et leur gosses à plein temps.

Et puis, comme il comprend vite, il va prendre en main le problème de l’hôpital. Voilà qui nous rassure. Nous sommes dirigés et le Divin Enfant prend la Santé Publique, si j’ose l’expression, à bras le corps.

Il ne nous reste qu’à prier le Seigneur pour qu’il ne confie pas le dossier à l’équipe qui avait préparé l’Universelle Retraite À Points dite retraite du 49.3.

Enfin, il peut toujours rappeler Buzin. Elle ne sera pas absorbée par la difficile gestion post-hidalgienne si changement il y a.

 

Un dernier paragraphe que j’intitulerais « L’Habile malgré lui ». 

Griveau grillé, Griveau vautré, onaniste révélé, hors d’usage.

Trump card : la Buzin  Elle va faire un tabac. Villani va cesser de faire la forte tête et interrompre son suicide politique.

Pour la Buzin, suicide politique, l’abandon du Ministère à la demande du Président au début d’une crise sanitaire dont elle dit ensuite qu’elle l’avait prévue et annoncée.

Ça ne marche pas. Buzin coure toute seule et la Dati ne veut même pas lui parler.

Immense solitude d’un entre deux tour survolé par les vautours toujours à la recherche d’animaux blessés.

La liste des griefs se prépare. L’abandon de poste, la pénurie des masques, les deux dernières années pendant lesquelles s’est accentuée la crise de l’hôpital.

Les forces se mettent en place, les pétitions se signent, les procédures s’engagent.

La curée.

Le bouc émissaire est désigné et il nous reste à voir comment le Divin Enfant qui est responsable de tout ce barnum  va réagir : soutiendra-t-il la pov’mémère qu’il a mise dans cette situation ou la laissera-il aller se faire égorger.

Car enfin, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, le véritable bouc c’est notre Divin Enfant qui a fait tout ça « malgré lui », comme ça venait, tout seul derrière son joli bureau avec Kohler sans doute et sans vraiment y penser. 

Digne de l’antique tragique d’où vient bouc.

Digne des rabbins de temps très anciens d’où vient émissaire.

 

 

 

 

 

 

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01 mars 2020

Responsabilités sur le Bon Coin ou à la carte ou dans le panier.

 

J’ai découvert l’existence de deux objets linguistiques, des mots comme qui dirait, semblables en apparence mais sémantiquement fort différents. Il y a la responsabilité ordinaire, la vôtre, la mienne qui signifie que lorsque vous ou moi commettons un acte entrainant des conséquences –le plus souvent dommageables- vous et moi avons à en rendre compte, d’abord à nous-même, « je me sens responsable » ou à une autorité morale, civile ou pénale qui qualifiera cette responsabilité par une sanction appropriée. 

Mais dans un autre registre existent les responsabilités « à prendre ».

Elles sont mises dans un grand panier à responsabilités. Tous les personnages publics ont les leurs, à leur nom et ils peuvent s’en servir à leur convenance. Ces responsabilités sont inusables ; on peut les remettre dans le panier ou les garder en portefeuille, surtout les ministres. On trouve également dans le panier des responsabilités collectives qui sont à l’usage d’ensembles de gens regroupés par un intérêt commun, les syndicats, le gouvernement, les partis politiques. Elles sont encore plus inusables que celles des individus et peuvent être utilisées sans péremption.

Il existe une formule type et il est recommandé de s’y tenir : si….blablabbla… je prendrais mes responsabilités. Tous les interlocuteurs comprennent qu’on parle de responsabilités du panier, lesquelles comme les promesses n’ont valeur d’engagement ni pour celui qui les formule ni pour celui qui les reçoit.

Des confusions peuvent s’introduire et lorsque M. Machinchose, ministre du gouvernement nous dit : si cet évènement survient, je prendrais toutes mes responsabilités, il ne veut pas dire qu’il s’engage à quoi que ce soit. Le flou est dans le « toutes ». Il les a toutes utilisées. Quoi, il ne lui en reste plus ?  que fera-t-il s’il doit « engager » sa responsabilité ? En prendra-t-il encore une dans le panier ou utilisera-t-il sa vraie responsabilité, celle qu’il a par exemple dans l’obligation de respecter la loi en face de laquelle il est responsable. Nous annonce-t-il qui envisage le suicide ou l’abandon de la vie politique, ce qui est presque la même chose ?

Je me régale chaque fois que la prise de responsabilité revient comme un leitmotiv dans le discours de l’homme politique contrarié par l’adversité et chaque fois je m’interroge sur l’ampleur des conséquences de la détermination affichée. 

Bon, enfin, avec le 49.3 Édouard le Magnifique avait promis que si on lui cassait trop les bonbons il prendrait ses responsabilités. Na ! J’leur avais bien dit.

Sacré Philippe, quelle autorité ! Et sur quel beau sujet, pour quelle noble cause.

Un pas en avant dans le marécage fait avec une détermination qui ne faiblira pas.

 

1 mars 2020

 

 

 

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Marécage

 

Les petits cailloux dans la chaussure du Marcheur ont servis de points d’entrée dans une série de critiques, diverses en importance et toutes très irritantes. Les petits cailloux conduisaient progressivement à mettre en doute la capacité du Président à présider.

Je relis les papiers  que j’ai écrits sur le thème des sottises de Macron. Cela va de NDDL aux incompréhensibles bavasseries sur fond de repentance en passant par l’absurde prélèvement à la source de l’IR pour culminer sur le sujet de la politique énergétique du pays ou pour formuler plus clairement les choses sur les conneries de la loi dite de transition énergétique.

C’est, chacun le sait mon cheval de bataille.

J’ai aussi utilisé l’image de l’ornière mais je suis conduit après l’embourbement du projet de réforme des retraites à étendre l’image et parler de marécage.

 

Car enfin, le Président atteint ici des sommets en présentant devant le parlement une copie bâclée d’une réforme à laquelle il déclare attacher une importance particulière et qui sera le point d’orgue de son mandat. Sur ce point, il est dans le vrai, mais ce que l’orgue nous aura fait entendre pourrait être un requiem et non pas un alléluia.

Depuis début janvier et plus encore après la parution du projet de loi, toutes les parties directement concernées, la presse et les lecteurs, les partis politiques et le syndicats pataugent dans le marécage où s‘enlise aussi l’ambition présidentielle.

Chacun sait depuis qu’il a lu le projet de loi que celui-ci ne passera pas l’épreuve de l’examen au parlement, de façon clair au sénat et par le jeu des oppositions à la chambre. Chacun sait qu’il faudra recourir au fameux 49.3 mais « On » préfère continuer de patauger dans le bourbier sans qu’il soit possible de déterminer qui conduit encore ce projet ou s’il est simplement abandonné tel un objet parlementaire dérivant. En catimini, des voix disent que le 49.3 concernera un projet de loi remanié et naturellement bien supérieur à la première mouture.

Je suis sur le gril et attend beaucoup de ce cette nouvelle lueur. Vive le 49.3 s’il doit enfin nous révéler un texte cohérent.

Je blague, l’idée de l’universalité persistera comme persisteront les oppositions corporatistes, lesquelles ne sont pas toutes illégitimes, comme en témoigne la fronde des avocats dont le pouvoir de nuisance n’avait pas été perçu.

Je blague, car l’incohérence fondamentale du projet ne peut disparaître : Par principe le point, propriété de l’assuré, est solide autant que la monnaie, sa valeur ne peut pas décroitre. Mais au fil du texte la propriété de l’assuré est mise en question et in fine déniée en même temps que la détermination de sa valeur finale devient incertaine. Car dans le flot des articles, le point devient un outil de « répartition », de « réparations des inégalités » et de lutte contre toutes les formes « d’injustices ». En fait l’exercice consiste à pérenniser le système existant en ayant amélioré un des éléments du calcul : le rapport salaire-temps de cotisation.

Et bien évidemment, il ne faut pas employer le mot capitalisation qui révèlerait l’incohérence.

 

Je ne reviens pas sur l’ornière du nucléaire dans laquelle le char de l’État s’obstine à progresser dans la boue des sottises, âneries et stupidités engendrée depuis tantôt une dizaine d’année. La connerie culmine avec la fermeture de Fessenheim. La France paie très lourdement le massacre de la Loi de Transition Crétino-écologico-énergétique et le tellement intelligent Président-touche-à-tout n’a jamais prêté la moindre attention à ce dossier de 10, 20, 30 milliards…de dette.

15 février 2020

 

Ce papier est un papier qui, comme il convient, se déplace lentement, pas à pas en économisant l’énergie de l’auteur.

En cours de cette rédaction échelonnée des changements interviennent : le gouvernement fait passer son projet de loi avec le 49.3 comme je l’avais prévu.  LR dépose une motion de censure  infiniment légitime et très explicite mais qui ne sera pas suivi d’effet. Donc la messe est dite et nous voici affublés d’une loi mal foutue et incohérente de bout en bout. En plein milieu du marécage.

J’attends le projet de loi « remanié ».

 

Grâce au Ciel et à son Empire, aux chauves-souris et aux tamanoirs, quelques îlots de réalités conduiront peut-être à prendre pied dans le marécage et aborder un vrai problème de santé publique en adoptant des attitudes qui ne soient pas comme à l’accoutumée marquées au sceau de la stupidité habituelle. Nous verrons bien, mais le réservoir de sottises est immense !

Et cela sera peut-être l’occasion de résoudre la difficile équation qui se pose depuis longtemps déjà de faire coexister une médecine gratuite et un corps médical toujours très libéral pour soigner une population vieillissante, exigeante (j’ai droit à), négligente (je ne me vaccine pas) et dans laquelle le nombre d’actifs ne cesse de décroître.

 

Je ne m’attarde plus sur les petits cailloux et les petits pataugeages comme les élections municipales ont offerts quelques exemples…

D’autant plus que j’ai maintenant que nous quittons les symptômes pour entrer dans la pathologie des paluds un problème de vocabulaire : Souvenons-nous, en 2010 je parlais chevauchant mon cheval favori, de « sornettes » mais depuis quelque temps, les choses ne changeant guère et de nouveaux sujets apparaissant régulièrement je suis passé à sottise, ânerie, incohérence, stupidité, bêtise puis j’’ai eu recours à ce qui est le mot valise : connerie. Mon vocabulaire s’épuise, il me reste ineptie, absurdité, idiotie, imbécilité, crétinerie, aberration…

Je vais tenir encore un peu avec ce stock.

2 mars 2020

Posté par Dufourmantelle à 11:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 février 2020

Dis, Papa, c’est quoi la Retraite ?

Dis, Papa, c’est quoi la Retraite ?

 L’homme est un animal social. On ne peut prétendre le contraire. Le mythe d’un bon sauvage vivant en harmonie avec la nature, seul avec sa femelle, condition a priori nécessaire pour que ce mythe dure plus que la vie de son protagoniste continue sous diverses formes, d’habiter la pensée –ou l’inconscient- des habitants des pays dans lesquels l’inventivité et le labeur de générations d’humains*ont permis la mise en musique des diverses formes de sociétés qui sont les nôtres.    *Sapiens et avant, ne pinaillons pas !

Dans cette très longue histoire durant des périodes immenses les sociétés étaient réduites à la structure familiale élargie de diverse façons ; à un certain état d’équilibre écologique*elles constituaient ce qu’on a coutume d’appeler le clan, les ethnologues ayant perçu des survivances de ces formes sociales …en Ecosse.    *On emploie ce mot dans sa signification, ce qui est rare.

Dans le clan le contrôle démographique s’opérait de façon naturelle par les hasards de la vie primitive et par les contraintes que la nature* exerçaient sur le groupe ainsi que par la manière dont il réagissait. Ainsi, pénurie de nourriture, nomadisme obligé, inadaptation des individus vulnérables à ces contraintes et inadaptation de certains individus aux contraintes de la vie dans la société du clan conduisaient à des pratiques sociales rigoureuses dont nos sociétés, jusqu’à un certain point, se sont éloignées.

Rien de tout ceci n’est universel : on a bien vu un pays immense imposer pendant 35 ans la politique de l’enfant unique, beaucoup de pays refusent les enfants filles et on voit toujours des pays favoriser par des mesures fiscales une fertilité accrue en relais des injonctions religieuses porteuses du même message.      *En ces temps-là, nature et environnement était simplement la même chose, l’homme s’y inscrivant comme un animal encore fragile.

Quid des personnes âgées dans le clan ?

Aucune règle générale. Mais on peut distinguer deux schémas suivant la taille du clan et sa vulnérabilité dans la nature.

Le clan à l’origine mène une vie précaire, essentiellement nomade, et ne peut s’encombrer d’enfants faibles ou malades et ne peut plus s’accommoder d’individus ne pouvant plus remplir ou supporter les fonctions vitales et nécessaires : chasse, cueillette et rigueurs du nomadisme. Le clan est mené par un chef reconnu pour sa vigueur et peut-être pour son expérience et sa sagesse. Les individus indésirables sont abandonnés et le clan les oublie.

Le clan est une société moins nomade, peut-être contrôlant un territoire et déjà intégré à un système d’échanges inter-claniques ; le clan est maintenant dirigé par un ou plusieurs chefs aguerris, vieillis sous le harnois qui maitrisent et exploitent les appétits des jeunes éléments et veillent à l’équilibre de leur petite société. La confuse pensée d’un monde au-delà a pris naissance et le groupe a structuré des règles de vie en commun ; est né un code de conduite et des moyens d’en obtenir l’application.

Cependant les contraintes démographiques, excès ou défaut de naissance, inutilité des vieillards et des inaptes demeurent et de façon plus ou moins avoué l’enfant non souhaité ou le vieillard encombrant disparaissent. Cette attitude clanique est pérenne et prévalait encore dans les villages ruraux dans le cher et vieux pays jusqu’au milieu du siècle dernier. Nul besoin de creuser dans sa mémoire pour se remémorer l’expression : « passera pas l’hiver » que les spécialistes du langage font sortir d’un chapeau tout en reconnaissant qu’elle concerne les personnes âgées comme la reconnaissance d’une décision occulte ! 

Et ensuite ?

Les sociétés entrent dans le processus historique de croissance, de bruit et de fureur, de progrès scientifique et matériel, de maitrise de la matière qui conduit au désordre dont nous sommes les témoins impuissants. Mais désordre dans le cadre d’États puis de groupe d’États qui ont en quelques dizaines de milliers d’années construit autour du membre du clan et de la tribu une forteresse législative et règlementaire dans laquelle il est un prisonnier protégé.

Dans cette gigantesque construction pendant très longtemps le traitement des personnes âgées est resté pour l’essentiel un souci clanique à la responsabilité de la famille, noyau originel du clan, laissant sur le  côté un immense cortège d’abandonnés que la charité traitait du mieux qu’elle pouvait.

La notion de clan s’étendait à l’appartenance à une corporation, une confrérie, un ordre qui se substitueraient à la famille ou compléteraient son action, tout ceci dans un monde resté presque exclusivement rural et artisanal.

Tout change lorsque nos pays entre dès la fin du 18ème siècle et profondément au 19ème dans le monde des mines, du charbon, de la sidérurgie et de la vapeur. Les campagnes se dépeuplent, les agriculteurs cessent de jouer leur rôle de refuge d’un grande part des personnes âgées. Apparait, pour devenir majoritaire plus tard, la classe ouvrière. Celle-ci d’abord d’une condition proche de l’esclavage et hors de système effectifs de protection sociale, au grès des révolutions et des guerres prend corps en tant que force politique et voit sa condition s’améliorer progressivement jusqu’aux grands changements du Front Populaire, de l’État pétainiste puis du fameux CNR de la Libération.    On peut rappeler que le Front Populaire avait élaboré une retraite par capitalisation et en discutait la validité. Mais c’est le régime de Vichy qui mit en chantier le système de répartition (AVTS, Allocation aux vieux travailleurs salariés) repris  et complété par le Gouvernement Provisoire dès la fin 1945

Le système des retraites par répartition est toujours en vigueur. Son remplacement par un nouveau système dit « à point » provoque une crise profonde qui s’explique par l’impréparation du projet dont les promoteurs n’avaient pas perçu toute la complexité, par les maladresses accumulées dans sa présentation hâtive et confuse qui survient dans un climat social éruptif 

Voici un long préambule, complété par deux documents en annexe dont la lecture évitera au lecteur d’aller fouiner sur son ordinateur pour approfondir l’histoire évoquée ici en quelques dizaines de lignes.

Le retour aux âges farouches du clan et de la tribu a pour but de rappeler ce qu’est la nature humaine qui ne demande en dépit des socialisations qu’à ressurgir dans « le bruit et la fureur ».

Les systèmes de retraite sont des objets fragiles, à manier avec précaution et leur manipulation est un travail minutieux et précis, incompatible avec la puérilité d’un enfant qui dans une boutique de jouets les casse pour voir comment ils fonctionnent. 

Il s’agissait d’abord d’une « allocation aux vieux travailleurs salariés ». Il n’est pas inutile de rappeler cette première dénomination de 1941. Cette avancée sera à l’origine du dispositif qui deviendra le Minimum vieillesse puis l’APSA, Allocation de solidarité aux personnes Agées, mais également du Régime de Retraite Générale de la Caisse Nationale d’assurance vieillesse ;   Ces dispositifs sont financés pour l’essentiel par la CSG dans de cadre de la Sécurité Sociale.

Le Régime général est l’archétype du modèle « par répartition ».

Deux idées simples.

La Répartition.

Un salarié ou un cotisant d’une autre catégorie consacre une partie de son salaire à la constitution d’un fonds de pension dont il attend, quelle que soit la manière * dont il est géré, un retour en relation avec sa contribution, à savoir un certain pourcentage de son salaire. Il connait le niveau de ce pourcentage qui apparait sur sa feuille de paye. Ce chiffre est un élément important du coût du salaire et par conséquent de la compétitivité. **Pourquoi la cotisation est-elle répartie entre le cotisant bénéficiaire et l’employeur à 40/60 ? Raison historique ? Comme si cette cotisation n’était pas un élément du coût du travail qui est attribué « au hasard » à une feuille de paye où à un compte d’exploitation ?

À partir de cet engagement de confiance entre le cotisant et le gestionnaire du fonds, en premier lieu est prise en compte la durée pendant laquelle il a cotisé : des trimestres, des semestres, des annuités…

De là résulte l’importance de la durée de la vie active qui est un facteur du calcul de la pension, pénalisant le salarié ayant moins d’annuités que requis et favorisant le salarié ayant travaillé au-delà de… Intervient alors la notion que le progrès social « passe par » la réduction constante, notion idéologiquement enracinée. C’est la raison pour laquelle l’âge de départ est fixé par la loi faisant de cette limite un tabou.

Ce qui n’est pas chiffré, ce qui n’est pris en compte que d’une façon implicite dans les deux facteurs précédents est le montant réel « effectivement » versé par le cotisant. Il est rentré anonymement dans le fonds de pension. Pour prendre en compte cette contribution rendue anonyme il faut réintroduire le salaire comme indiqué précédemment car l’assuré est en droit de recevoir à la « liquidation de sa retraite » une fraction de ce dernier et plus précisément une fraction du dernier.

Donc le dernier facteur est le salaire du cotisant.

Le niveau de la pension est également lié à un montant qui représente ce qu’a été le salaire du cotisant. Il en découle les disparités bien connues sur le nombre d’années prises en compte et les moyennes calculées dans cette évaluation. De nombreuses  anomalies en résultent. Une moyenne sur l’ensemble de carrière reflète bien la réalité pour les faibles salaires peu évolutifs mais pénalise les salariés dont les salaires ont progressés au long de leur carrière. Une moyenne sur les dernières années prend en compte ce facteur. Mais, dans le secteur public en particulier cette façon d’apprécier la variable salaire et en particulier la scandaleuse clause des 6 derniers mois, propulse en position de direction, comme cadeau de retraite, des personnels qui n’auraient pas normalement accédés à ces postes et dont la pension est survitaminée. Peter dopé.

*Quelle que soit…signifie que capitalisé au sens financier du terme ou mis dans un bas de laine administré par des organismes ad hoc ne change rien à cette attente fondamentale du cotisant. En France le système de retraite est obligatoire (régime général et régimes complémentaires) et sauf exception le citoyen ne souscrit généralement pas à titre individuel à un fonds de retraite privé qui serait proposé par un organisme financier du marché : Cie d’assurance, ou organisme rattaché au système bancaire. L’exemple est celui des fameux fonds de pension américains dont la présence dans le capital des sociétés impose des politiques de distribution de dividendes au détriment de leurs politiques d’investissement. Que les gérants du bas de laine collectif n’utilisent pas ces outils est un autre sujet. 

La condition nécessaire au bon fonctionnement de ce régime est à l’évidence que les cotisations des salariés soient suffisantes pour alimenter le fonds qui verse les pensions des retraités.

Si ce n’est pas le cas, trois solutions, plus une…

-réduire les pensions

-augmenter le taux des cotisations

-augmenter la durée de cotisation c’est à dire la durée du travail

C’est le triangle dans lequel est enfermé l’équilibre financier du régime par répartition sauf à accepter une quatrième option : l’État compense le déficit par… l’impôt, le déficit puis la dette.*

La seule véritable variable est l’augmentation de la durée de la vie professionnelle donc le temps de cotisation. Le nombre de cotisants augmente et le nombre de retraités diminue.

Il est inutile de revenir sur ce choix rendu inéluctable par l’augmentation de l’espérance de vie dont les français bénéficient depuis que le régime a été mis en place : presque une vingtaine d’années entre 1947 et ce jour.

Depuis que ce déséquilibre devient aigu l’État tente d’augmenter l’âge légal de départ et les Syndicats bloquent le pays avec une belle régularité pour maintenir une situation devenue insupportable financièrement et ce tout en entrainant l’adhésion de la population à cet allongement.   *Il est désolant qu’en France de nos jours une phrase commençant par « l’État » se termine nécessairement par le mot dette. Ici on a fait une exception.

En résumé :

Facteur niveau de cotisation, mais l’employeur et l’assuré le considère comme une donnée et un invariant.

Facteur durée,  la somme des unités de temps de cotisation mais l’État fixe une durée légale, notoirement insuffisante.

Facteur niveau de salaire retenu comme base du calcul, qui sera naturellement discutable. 

Pourquoi répartition ? L’emploi du mot traduit le fait que par voie légale ou réglementaire le ministère peut introduire dans le dispositif les modifications qu’il juge utile pour « redistribuer » progrès-socialement les montants du fonds de pension en créant en parallèle du régime général des régimes dits spéciaux dans lesquels les critères durée, âge limite et estimation du salaire sont… spéciaux 

Une autre idée simple, le point de retraite.

Il s’agit ici d’une vision de ce que serait un régime à pointapportant une réponse aux trois questions posées dans le régime par répartition. 

Un salarié ou d’une façon général un travailleur recevant paiement pour une tâche définie en durée cotise au régime obligatoire au taux légal par unité de travail exprimée dans ce transfert monétaire. Sa cotisation est transformée en une nouvelle unité de compte, le point de retraite. Sa valeur d’acquisition est fixée réglementairement selon des critères élaborés par l’organisme de gestion des retraites.  Elle pourrait rester formulée en Euro et de la sorte échapperait à une quelconque action de l’État ou du gestionnaire. Il suffirait de l’indexer à l’inflation et possiblement au niveau des salaires. Trop simple, trop libéral et cela rend le système trop évidemment assimilable à de la capitalisation.

Néanmoins, durant sa vie professionnelle, le cotisant capitalise les points acquis à la valeur du moment, leur somme résultant du temps consacré à les acquérir et du niveau de ses cotisations, ie toujours un pourcentage de son salaire.  Lorsqu’il estime avoir acquis assez de point des retraite, il peut (il devrait pouvoir) faire valoir son droit à la retraite pour une pension calculée par la valeur du point à cette échéance.

Cela suppose que cette valeur de point soit fixée suivant des critères établis et par un organisme de gestion en lequel le cotisant a placé sa confiance et fonctionnant dans un cadre législatif et réglementaire établi.  Dans ce schéma la durée de cotisation/durée de travail ne dépend plus que du bon vouloir du cotisant.

Un cotisant peut interrompre son activité, bénéficier d’une retraite en consommant des points de son capital puis réintégrer le système s’il reprend son activité.

Le salarié est libre de gérer sa retraite en connaissance de cause tant qu’il connait la somme des points acquis et la valeur du point de liquidation.

Ce schéma exclut à peu près complètement la notion de redistribution.

La conséquence majeure de cette vision de la retraite à point est que l’assuré doit/devrait en bénéficier en totalité au moment qu’il souhaite et sous une forme qu’il choisit : dans son intégralité et il peut financer une nouvelle activité en se contentant de la pension du régime général ; ou par versement progressif au niveau qui lui convient jusqu’à épuisement de son crédit. La notion de durée n’apparait dans le calcul de la pension que par sa traduction en nombre de points.   Si le cotisant décède prématurément avant une cessation d’activité ou quand il décède en cours de retraite un conjoint ou d’autres ayant-droits héritent de cet acquis : c’est le problème de la pension de réversion au conjoint qui devient un usufruit de l’héritage.

À noter que de la même façon disparait de l’équation l’épineuse question d’un salaire de référence qui a été prise en compte dans l’achat de chaque point

Cette vision libérale d’un régime obligatoire n’a nul besoin de faire intervenir un âge de départ car le système est naturellement équilibré financièrement une fois introduit. L’assuré finance sa retraite, laisse l’argent en gestion et ne débite son compte que lorsqu’il le souhaite.

Toutes les tentatives (elles seront nombreuses et pressantes) pour réintroduire une fonction de redistribution ou la prise en compte d’une particularité professionnelle conduiront à compliquer le régime « à point » jusqu’au moment où il aura réintégré les défauts de  la « répartition » qu’il est censé remplacer.

La seule démarche acceptable pour introduire des disparités consiste à ce que des points soient offerts à des individus ou à des groupes à la valeur du moment et financés à l’extérieur du régime de retraite. La première de ces sources sera naturellement l’État qui attribuera des points à quiconque perd son salaire et ne cotise plus : handicap, maladie longue, ou voit son salaire réduit et cotise moins, maternité, reprise des études… afin de prendre en compte la situation qu’ils connaissent momentanément . L’État peut reconnaitre les particularités de certains de ces agents et financer des points ainsi par exemple pour les militaires en service actif.  Les entreprises pourront également offrir des points à certains des employés pour des conditions professionnelles particulières, travail à poste, pénibilité physique… 

Mais ces points-cadeaux qui n’ont pas été gagné par l’assuré ne peuvent pas être financé par l’organisme qui gère l’ensemble des acquisitions de points individuels. La démarche est propre au donateur et traduit des exigences que le possesseur de points n’a pas à connaître et pour la satisfaction des quelles il cotise sans aucun doute par d’autres impôts, taxes et prélèvements.

La conséquence majeure de cette vision de la retraite à point est que l’assuré doit/devrait en bénéficier en totalité au moment qu’il souhaite et sous une forme qu’il choisit : dans son intégralité et il peut financer une nouvelle activité ; ou par versement progressif au niveau qui lui convient jusqu’à épuisement de son crédit.

Passage d’un régime par répartition à un régime à point.

Il faut dans une première étape évaluer le nombre de points qui au moment de ce passage garantirait à l’assuré qu’il n’a rien perdu du droit (niveau de pension) qu’il a acquis en cotisant antérieurement.

Il a acquis en terme financier le produit : somme des salaires cotisés sur la période antérieure x taux de cotisation. Ce calcul simple évacue le problème d’un salaire de référence.

Se définit ainsi un crédit auprès du gestionnaire qui se traduit en points à la valeur du point au moment de ce passage et qui s’inscrivent à son compte dans le nouveau régime.

Par exemple : Albert a travaillé 10 ans au salaire mensuel de 18000 E et le taux de cotisation est resté à 20 % pendant cette période ; il a « mis de côté »    0.2 x 18000 x 10 = 90.000 E. Si comme nous l’a eu dit M. Delevoye le point est acheté à 10 E. Albert voit son compte de point crédité de 9.000 points.

Ce passage simple ne doit pas faire oublier que l’assuré dans le nouveau régime à points perd toute garantie sur la durée de sa pension. Il faut qu’il vise au mieux tout en ayant la garantie que ses acquits sont par nature transmissibles à son conjoint ou inclus dans son héritage.

Cette vision libérale d’un régime obligatoire est incompatible avec le principe d’un âge de départ et requiert certainement qu’un régime « garde-fou » reste en place comme le Minimum Vieillesse de la CNAV reste en place pour garantir un bouclier anti-pauvreté.

Il n’y aurait aucune illégitimité à ce qu’une fraction marginale de la cotisation de l’assuré cofinance ce système tout en laissant la Sécurité Sociale en garantir complètement le financement sans condition de durée de cotisation. 

Remarques complémentaires : 

Le régime de retraite est une vieille dame. Elle porte des rides et souffre de désordres liés à l’âge. Le plus important de ces ravages du temps est le kyste des Régimes Spéciaux et plus particulièrement celui des agents du service public des grandes entreprises nationales, les trois principales étant la SNCF, EDF et la RATP, importante par sa fabuleuse capacité de nuisance. La mise en place de ces régimes s’est faite dans des conditions politiques et d’exercice professionnel de l’époque devenues obsolète mais jusqu’à une date très récente le bastion syndical qui y trouve un dernier carré avait réussi à préserver ces acquis indus*.

Ces avantages ont été largement décrits et commentés dans la presse.

Le régime à point dans une application rigoureuse fait disparaitre ces disparités* et c’est sans nul doute un des objectifs de la réforme. L’expérience semble cependant prouver qu’il vaut mieux attaquer ces privilèges un par un en réduisant la possibilité de coalitions syndicales susceptibles d’agréger les mécontentements. Cela prend du temps, un temps que le gouvernement a jugé incompatible avec l’urgence qu’il met dans les réformes. Cela ne permet pas d’occulter l’impréparation et l’absence quasi complète de pédagogie dans la présentation du projet ni  les maladresses multiples qui l’ont émaillée.    *Le charme du français. 

Une autre remarque concerne la compétitivité : augmenter le taux de cotisation se traduit par une augmentation du coût du travail et par une baisse de la compétitivité. Il est assez remarquable que le tabou des 35 heures n’ait aucunement été évoqué dans les débats* et querelles qui ont illustrés la présentation du projet. Pourtant si l’argument est de ne pas augmenter le coût de la cotisation dans le coût du travail une réponse est à l’évidence d’augmenter la quantité de travail par unité de mesure du temps. Revenir officiellement à 40 heures revient à augmenter de 10 % la compétitivité à salaire constant et si le salaire augmente du fait de ce passage de voir la cotisation au régime de retrait augmenter dans le même rapport que le salaire.

Seulement le sujet des 35 heures est tabou. Dans l’industrie l’animal a été progressivement mis à mort par des aménagements progressifs des allocations d’heures supplémentaires et par le passage pour la négociation de ces dispositifs aux accords d’entreprise.

Mais les 35 heures restent un marqueur fort du progrès social, version travailler moins-gagner plus, ce naturellement dans la fonction publique ou dans les entreprises nationales de service public où observer (faire)  les 35 heures représenterait déjà un réel progrès, social lui-aussi.     *Une seule intervention notoire assez curieusement formulée de Jean Christophe Lagarde le Fig du 20 01 20.

Une dernière remarque qui est plus qu’une remarque : les professions libérales.

Si le professionnel est classé « libéral » par la nature de son métier et si néanmoins il est salarié ne se pose aucun problème particulier et il bénéficiera de points dans le régime général comme tout autre salarié.

S’il exerce son métier dans un cadre libéral au sens strict se pose le problème de la mesure dans le prix de sa prestation de la fraction revenu du travail, des charges liées à son atelier, à son cabinet, à sa boutique, ainsi locations, amortissements et autre charges…

Historiquement certaines professions concernées avaient élaboré des systèmes autonomes, distincts du régime général. Le meilleur exemple est celui des avocats. Cette profession est d’une grande homogénéité de pratique accrue par son insertion dans l’univers judiciaire ; de plus son organisation en « barreaux » préfigure des actions globales comme c’est le cas pour la mise sur pied d’un régime particulier de retraite.

Les avocats et des employés de leurs cabinets ne cotisent plus à la CNAV mais bénéficient de leur propre caisse, la Caisse nationale des barreaux français, CNBF.

Un montant forfaitaire annuel (1500 E/an) et un pourcentage de 3 % du revenu annuel. Des facilités sont prévues pour les nouveaux entrants dans la pratique et le cas des avocats salariés est également pris en compte.

Ce régime fonctionne et la profession en est suffisamment satisfaite pour ne pas souhaiter le remplacer par un autre aux contours indéfinis.

On peut se demander pourquoi l’emploi de l’adjectif universel conduit un gouvernement à vouloir mettre dans la rue des personnes qui par structure mentale et par éducation n’ont pas vocation à mettre leurs pas sur un chemin tracé par M. Martinez.

On ne peut pas transposer l’exemple des avocats à toutes les professions car plus une profession présente de variations de pratiques et de revenu, plus elle est « hétérogène » et moins il lui est possible d’aborder le problème des retraites d’un front uni. Cela est particulièrement vrai pour les exploitants à faible revenu qui n’arrive pas à cotiser au-delà de l’Assurance Vieillesse Individuelle (AVI) à l’Assurance Vieilles Agricole (AVA) toutes deux gérées par la Mutuelle Sociale Agricole.

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Le Naïf, chacun le sait, écrit ses naïves réflexions dans le but d’éclaircir ses idées sur tel ou tel sujet du moment. La réforme des retraites provoque un bel émoi et certains Syndicats ont exploité les imprécisions du projet et les maladresses du gouvernement pour défendre les indéfendables acquis de certaines catégories d’agents du service public, notamment ceux de la SNCF, de la RATP et d’EDF. Ils ont entrainé l’opinion dans un rejet de la réforme.

Pour une grande partie des citoyens le flou du projet est toujours présent alors même qu’un texte de loi est présenté au parlement. Lorsque ce papier s’écrivait le texte de ce projet n’était pas connu. Le seul guide était le rapport Delevoye, rendu public en juillet de l’an dernier.

Ce rejet par l’opinion reflète des réactions et des sentiments et traduit davantage une défiance à l’endroit du gouvernement et du Président, sans reposer sur une opinion construite par examen du projet.

Pour l’heure, la présentation de ce projet et de ce texte de loi met en panne toute tentative sérieuse d’allongement de la durée de travail dans le régime général par répartition encore en vigueur.

Depuis la fin janvier le texte initial du projet de loi a été diffusé accompagné d’une giclée d’amendements dont on ne comprend pas les raisons qui ont conduit à ne pas les incorporer dans le texte présenté.

Il fallait donc lire ou au moins parcourir attentivement ce projet de loi.

Dans une première partie rendue confuse par le constant mélange d’intentions (bonnes) exprimées et de principes affirmés est définie l’architecture d’une retraite à point.

Dès ce préambule l’ambiguïté s’installe car il est confirmé que nous resterons sur « un système de retraite par répartition, fondé sur la solidarité entre les générations ».

Mais « en même temps » est affirmé le principe directeur, à savoir l’acquisition en pleine propriété par l’assuré d’un capital de points (Euros) qu’il a acheté avec ses cotisations. Art 8 et 9

En revanche et plus encore par contre la valeur du point qui est et devrait rester une fraction du salaire destinée à ce capital est laissé à la décision annuelle de Caisse de Gestion qui aura donc pouvoir pour agir sur le capital acquis par l’assuré sans qu’il puisse baisser. Art 55   Si sa valeur ne peut baisser le lecteur comprend mal comment peut être prise en compte « les projections financières du système… »  § 3    Ce même article stipule que des points supplémentaires seront accordés pour tenir compte de conditions particulières de groupes d’assurés mais reste muet sur leur financement.

Avec l’article 10 est immédiatement remis en cause ce titre de propriété de l’assuré garanti par l’article 8 en accordant à la Caisse la possibilité et le la mission de fixer pour l’assuré des contraintes d’âge assorties de baisse ou de valorisation de son capital suivant qu’il aura  blabla….âge d’équilibre ; ce qui à l’évidence revient à lier la valeur du point à une durée de travail. Et donc contredit la garantie de sa valeur du § précédent.

En conclusion le cotisant n’est pas propriétaire de ses points, on n’a pas prononcé le mot capitalisation et la Caisse décidera de ce qui advient à ce capital réputé acquis lorsque le salarié cesse de cotiser décès durant la vie active ou réversion pour décès à la retraite.

L’article 46 est particulièrement confus et confondant et révélateur : la pension que le rédacteur s’obstine à appeler retraite de réversion (!) « sera attribuée à partir de l’âge de 55 ans ». On peine à comprendre si le conjoint du décédé doit attendre 55 ans pour toucher sa pension (héritée de son conjoint) ou si l’assuré n’a le droit de mourir qu’après 55 ans. Ensuite et dans le même § : Non « soumise à condition de ressource »… « elle (la pension) sera fixée de telle sorte que la retraite de réversion (elle) majorée de de la retraite…du survivant corresponde à 70 % des point acquis …par le couple ».

Au § suivant le mystère s’épaissit puisqu’il traite du décès alors que le cotisant cotisait toujours, ce qui est cas de liquidation de retraite inévitable et non désiré. Car surgit alors une phrase proprement incompréhensible qu’il faut citer in extenso : « Lorsque l’assuré n’était pas retraité à la date du décès, la retraite de réversion sera calculée en fonction du nombre de points de retraite qu’il s’est constitué et, lorsque le conjoint survivant n’est pas retraité à la date du décès, elle sera calculée en fonction du montant de retraite de l’assuré décédé et de ses revenus d’activité puis révisée lors de la liquidation de ses propres droits à retraite. » . Traduit en Français, cela signifie que si le conjoint a « ses  revenus d’activité » suffisants, il/elle n’a pas besoin de pension de réversion et que les points acquis restent en Caisse, avec la majuscule.

Ces articles 10 et 46 retiennent l’attention car ils révèlent complétement l’ambiguïté du projet : l’assuré a constitué un capital confié à la Caisse mais il ne peut en assurer la propriété que sous condition d’âge et il ne sera transmis à un conjoint que si ce dernier le mérite.   Vous avez dit spoliation, mais non répartition et justice ! Au temps pour le capital ! 

Il n’en reste pas moins que le système présente l’immense avantage de prendre en compte dans un seul indice la cotisation et le salaire : le point, le nombre de points traduisant la durée.

Conserver les contraintes du système par répartition sur la durée est une « adhérence » (inévitable ?) du passé et spolier l’assuré ou l’héritier du solde de ses points est une escroquerie du système. 

Une fois digérés ces quelques morceaux choisis, le projet de loi est une assez fastidieuse énumération de tous les cas où il faudra offrir des points gratuits ou l’accès à des points non directement liés à un salaire à certains groupe d’assurés pour tenir de spécificités des assurés de ces groupes : pénibilité, horaires inhabituels ou bien des circonstances de la vie pendant lesquelles l’assuré ne perçoit plus de salaire ou perçoit un salaire réduit : accidents et indisponibilité temporaire, maternité invalidité… La liste de ces cas de cadeaux de points est longue et résout à terme la question des régimes spéciaux dont la dette était historiquement reprise par la Sécurité sociale et/ou l’ancien organisme de gestion.

Le texte ne précise jamais qui financera ces points gratuits ; mais la garantie de la valeur du point des assurés conduit à penser que ce financement se fera par qui le voudra en dehors de la Caisse.

Dans je ne sais dans quelle nouvelle version, amendée je l’espère de ces fautes de syntaxes et de logique du discours et possiblement de quelques contradictions criantes, le projet est dans les mains d’une commission  chargée d’examiner les amendements proposés par les députés des oppositions. Un parti ayant choisi de bloquer ce processus d’examen par le dépôt de milliers d’amendements dans l’objectif revendiqué d’empêcher le débat parlementaire pour laisser aux manifestants et aux émeutiers le temps de se regrouper, la commission interrompt son travail et, en gros, la presse et les médias prennent le relais. On connait donc les amendements en lisant son journal. Pour la plupart, ils concernent des points particuliers mais on peut craindre que toute adition à un texte de loi confus dans ses principes et brouillon dans ses prescriptions ne puisse qu’aggraver le désordre et mettre une lumière de plus en plus crue sur l’amateurisme des auteurs. Nul ne peut prévoir l’étendue du marais de confusion dans lequel nous nous enfonçons.

Le Naïf dans une longue première partie assortie de rappels sur l’histoire du système de retraite cherchait à clarifier ses idées et à se construire un début d’opinion. Son inculture en ces matières ne lui permet pas de viser plus haut.

Puis enfin, après le balbutiement de Delevoye un texte de loi est apparu.

Le Naîf tout imprégné des principes qu’il venait de dégager a donc lu le projet avec le regard critique d’un explorateur recherchant son chemin.    Le texte nous dit bien que l’assuré achète des points à un prix défini (le taux de cotisation) qui ne variera pas et qui ne saurait perdre de valeur. On lui en garanti la jouissance car l’ensemble de ses points lui sera rendu sous forme de pension.  Puis le pêle-mêle s’installe. Le point n’est plus tout à fait défini, le crédit acquis par l’assuré n’est plus garanti mais soumis à des conditions de durée qui affectent…la pension donc la valeur du point. Le bouquet est dans les conditions de réversion ou d’héritage au décès de l’assuré.

Le texte est pratiquement muet sur le financement de points attribués pour tel ou tel bonne raison qui n’aurait pas donné lieu à augmentation de salaire de l’assuré. Il est bien fait mention de l’employeur dans certains articles dans lesquels l’employeur est précisément la personne qui propose le texte, l’état.

L’impression générale est la suivante. C’est aussi une explication.

Après d’assez longues vacances passées à payer (dans tous les sens du terme) les sottises d’une loi antérieure, le Président se réveille. Les réformes doivent être relancées et plus particulièrement celle des retraites qu’un jeune économiste de talent lui avait exposée et qui est un point de son programme présidentiel, la retraite à point. Le Premier Ministre armé du rapport d’un spécialiste descend dans la cour de récréation, frappe dans ses mains puis désigne quelques élèves à qui il donne comme consigne de rédiger une loi de la République en n’oubliant pas le Point, ses vertus et sa qualité innovante, la contrainte de l’âge légal ni celle de l’équilibre financier du système…et encore moins son universalité.

Le élèves de l’école se réunissent et unissent leurs forces et le plus vite possible, Diable, la retraite n’attend pas ! font une liste de tout, absolument tout ce qu’il peuvent fourrer dans leur inventaire. Ils ont peur d’oublier quelques cas particuliers mais la cour des Comptes leur avait préparé le travail. Alors chacun prend un petit bout. Lorsqu’un élève est incertain le chef de classe lui donne une règle : le sujet fera l’objet d’une proposition ultérieure ou d’une ordonnance. Ne parlez pas de financement, ça fâche.

Le point est perdu dans le triangle et roule Simone !  Les élèves rendent leur devoir et retourne jouer à d’autres sottises…  Le texte, on le lira plus tard et comme dit une pub lancinante à la télé : Et ça marche ! 

 

Faut-il retirer le projet de loi ?

Je n’en suis pas convaincu. Le mal est fait et il reste peut-être l’espoir que les élèves ayant appris de leurs errements puissent présenter en 49.3 un texte qui lancera la réforme même si celle-ci ne retient que certains des avantages de la capitalisation par points. Et payer le prix de la disparition des régimes spéciaux (les vrais) était sans doute inévitable.  Le besoin de toucher aux avocats reste un mystère, d’autant plus qu’in fine le gouvernement cédera. 

Ce dont je suis convaincu est que le Divin Enfant n’aura convaincu aucun électeur de l’urgence à rajouter de la confusion dans l’action d’un gouvernement qui accumule les fautes et les erreurs, petites et grandes comme autant de ces cailloux qu’il glisse dans ses chaussures de en marche.

En espérant qu’il soit moins sottinet ou gaminou en matière de politique européenne et internationale.

Le Naïf retire le sujet de sa tête et passe à autre chose.

 

Commencé dans la première semaine de janvier et conclu, si l’on veut, le 12 février.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 février 2020

Dis, Papa, C’est quoi la retraite ? Annexe 1 , 2 et 3

Dis, Papa, C’est quoi la retraite ?

Annexe  1, 2 et 3

ANNEXE 1

HISTOIRE DU SYSTÈME DE RETRAITE FRANÇAIS   Ecrit par Ludovic Herschlikovitz 

Découvrir l’histoire, l’origine et l’évolution de la retraite en France. Les étapes les plus importantes de l’histoire de la retraite française pour mieux comprendre le système actuel.

Les étapes les plus importantes dans l’histoire des retraites en France

L’Assurance vieillesse est actuellement un système bien établi malgré les contraintes financières rencontrées par la Sécurité sociale. En effet, tous les actifs cotisent pour toucher d’une pension de retraite à la fin de leur carrière et même si les taux ne se valent pas d’un régime à l’autre, il s’agit d’une allocation attribuée par la caisse, quatre mois après le dépôt de la demande de liquidation de l’assuré.

Il faut rappeler qu’avant 1930, aucun employé du secteur privé ne bénéficiait encore de pension. De nombreuses démarches et ont été entreprises par les organisations syndicales pour que le système actuel soit aussi bien structuré. Découvrez les principales étapes de l’évolution et de la mise en place des différents régimes de retraite français.

Les premiers régimes de retraite pour les catégories professionnelles particulières

L’ancêtre de tous les régimes de retraite français est sans doute « La Caisse des Invalides de la Marine Royale ». Le ministre des Finances de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert, a créé une pension de retraite pour les marins dès 1673.

Ensuite, d’autres catégories de régimes de retraite ont été mises en place, dans le même esprit, pour les classes professionnelles particulières qui sont liées à l’État. Des lois spécifiques ont été promulguées sur les pensions militaires (1831), sur les pensions civiles des agents de l’État (1953), sur la retraite des mineurs (1894), sur la retraite des cheminots (1909) et sur la retraite des ouvriers de l’État (1928). D’ailleurs, ces catégories forment encore les régimes dits « spéciaux », jusqu’à présent.

La retraite des fonctionnaires

La première caisse de retraite des fonctionnaires de l’État a été mise en place en 1790, aux lendemains de la Révolution. L’âge légal de départ a été officiellement fixé par la loi du 9 juin 1853 :

  • les fonctionnaires pouvaient partir en retraite à l’âge de 60 ans, après 30 ans de services ;
  • Les agents chargés des travaux pénibles pouvaient partir dès 55 ans, s’ils justifiaient de 25 ans de services.

 Le régime de retraite des salariés

Le premier régime de retraite obligatoire dédié aux salariés qui percevaient plus de 15 000 francs par an a été mis en place en 1930 : les assurés devaient justifier d’une durée de cotisation de 30 ans pour toucher une pension à taux plein.

Avec la publication de l’ordonnance du 19 octobre 1945, les cotisations versées par les actifs devaient désormais servir à payer immédiatement les pensions de retraite, tout en créant des droits pour leur future retraite. Le régime par répartition est né et l’âge légal de départ en retraite a été reporté à 65 ans.

En 1982, le président François Mitterrand est revenu sur l’âge de départ à 60 ans pour les assurés qui justifiaient d’une durée de cotisation de 37,5 ans dans un ou plusieurs régimes de base.

La mise en place des autres régimes de retraite

  • Les régimes de retraite complémentaire des cadres et des non-cadres ont été mise en place par les Accords collectifs interprofessionnels signés le 14 mars 1947 et le 8 décembre 1961. Les retraites complémentaires des cadres et des non-cadres (AGIRC et ARRCO) sont devenues obligatoires après la publication de la loi du 29 décembre 1972.
  • La loi qui a instauré les trois régimes d’assurance vieillesse pour les travailleurs non-salariés non agricoles a été publiée le 17 janvier 1948 : il s’agit des artisans, des professionnels libéraux, des industriels et des commerçants.
  • Le régime d’assurance vieillesse obligatoire des exploitants agricoles a été créé par la loi du 10 juillet 1952 et géré par la Mutualité sociale agricole (MSA).
  • Depuis la promulgation de la loi Madelin en 1994, les travailleurs non-salariés peuvent capitaliser leur retraite à travers un contrat Madelin.
  • Le Régime social des indépendants (RSI) a été mis en place en 2006. Sa création a été prévue par l’ordonnance du 31 mars 2005 et il regroupe les régimes d’assurance maladie des industriels, des artisans, des commerçants et des professionnels libéraux, mais aussi les régimes d’assurance vieillesse des artisans, des commerçants et des industriels.

Des réformes successives

  • Confrontées à des problèmes financiers, les autorités compétentes ont dû lancer des réformes successives pour assurer la pérennité du système de retraite. La réforme effectuée par Balladur en 1993 a augmenté la durée de cotisation requise pour toucher une retraite à taux plein à 40 ans, contre 37,5 ans. À compter de cette année, le calcul de la pension est basé sur les 25 meilleures années de salaires contre 10 auparavant. Les pensions de retraite sont revalorisées sur l’indice des prix et non plus sur l’évolution générale des salaires.
  • En 2003, François Fillon a réalisé une réforme importante qui prévoit l’alignement de la durée de cotisation du secteur public sur celle du privé qui est passé de 37,5 ans à 40 ans. Le chef du gouvernement de l’époque est également à l’origine des deux dispositifs d’épargne : le plan d’épargne de retraite populaire (PERP) et le Plan d’épargne pour la retraite collectif (PERCO).
  • La réforme de retraite de 2010 prévoit le recul progressif de l’âge légal de départ de 60 ans à 62 ans et le recul progressif de l’âge du taux plein de 65 ans à 67 ans.
  • En 2014, la réforme menée par la gauche prévoit l’allongement de la durée d’assurance minimale pour prétendre à une retraite à taux plein : il augmente progressivement de 166 trimestres à 172 trimestres pour les assurés nés entre 1958 à 1972. Les travailleurs soumis à des facteurs de pénibilité et qui remplissent certaines conditions peuvent obtenir des points depuis le 1er janvier 2015. Ces points cumulés pourront servir à passer à un travail à temps partiel ou/et à abaisser l’âge de départ à la retraite, ou encore à bénéficier d’une formation en vue d’une reconversion professionnelle.

 

Mais ces innovations seront-elles suffisantes pour combler le déficit des caisses de la Sécurité sociale ? Il faudra malheureusement s’attendre à ce que d’autres réformes soient lancées au cours des prochaines années pour assurer la pérennité du système de retraite français.

 

ANNEXE 2

Retraite en France  (Wikipedia)

La retraite en France consiste en un système de retraites fondé pour l'essentiel sur le principe de la répartition, les cotisations sociales des actifs servant à payer les pensions versées aux retraités. Il est composé du régime général, de régimes complémentaires et de différents régimes spéciaux créés à différents moments et fait l'objet depuis les années 1990 de réformes successives vivement contestées. Parmi les opinions, il est possible de distinguer trois courants de pensée: ceux qui veulent conserver le système tel qu'il existe, ceux qui veulent le réformer partiellement et ceux qui veulent une remise à plat du système avec l'instauration d'un régime par points. Après de nombreuses réformes « paramétriques » la réforme des retraites de 2019, dont les préconisations sont publiées en juillet 2019, a pour objectif de mettre en place un système universel de retraite fonctionnant par points et remplaçant les 42 régimes actuels. Cette réforme « systémique » devrait être traduite dans un projet de loi dont le gouvernement prévoit l'adoption à l'été 2020.

L'OCDE constate en novembre 2019 que la France offre une très bonne protection sociale aux retraités : seuls 7,6 % des retraités français vivaient sous le seuil de pauvreté en 2017, taux nettement moindre que pour les actifs, et le taux de remplacement est largement supérieur à la moyenne : 73,6 % du salaire moyen, contre 58,6 % en moyenne dans les pays de l'OCDE. De plus, l'âge effectif moyen de départ en retraite est de 60,8 ans en France contre 65,4 ans en moyenne dans l'OCDE.

La France a dépensé 310 milliards d'euros en 2018 (soit 13,8% de son PIB) pour le financement des retraites. Cette somme est essentiellement issue des cotisations sociales payées par les actifs. La France est le 3e pays de l'OCDE dépensant le plus d'argent public (en % du PIB) pour ses retraites, elle est devancée seulement par la Grèce et l'Italie.

En France, le nombre de retraités augmente, il s'établit à 14,35 millions en 2018 (contre 12,24 millions en 2008). A l'inverse le ratio actifs/retraités diminue, en effet, alors qu'il y avait 4 actifs par retraité en 1960, on ne comptait plus que 1,8 en 2010 et il devrait y en avoir seulement 1,2 en 2050.

Présentation

Il « existe en France plus de 600 régimes de retraite de base, [et] plus de 6 000 régimes de retraites complémentaires ». On peut distinguer trois grands pôles :

  • Le secteur privé ajoute à la retraite de base servie par la CNAVTS des retraites complémentaires, versées par des organismes relevant de l'Agirc et de l'Arrco, et des retraites-chapeaux.
  • Les régimes autonomes des artisans, commerçants, professions libérales, ainsi que la mutualité sociale agricole
  • Le secteur public compte trois systèmes, selon trois grands groupes d'employeurs :
    • les fonctions publiques territoriale et hospitalière, disposent d'une caisse commune pour le régime de base : la CNRACL.
    • Les fonctionnaires d'État (et des organismes qui en dépendent) n'ont pas de caisse indépendante. L'employeur paye les pensions de base.
    • Les régimes spéciaux de retraite notamment à la SNCF, à la RATP et à EDF-GDF, réformés en 2007.

Comme la retraite des fonctionnaires (territoriaux, hospitaliers et d'État) ne tient pas compte des primes, des régimes facultatifs par capitalisation ont été créés dès 1967 (PREFON par exemple). Il existe aussi des régimes complémentaires obligatoires comme l'IRCANTEC, réservée aux non-titulaires, et la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP), par capitalisation créé pour les fonctionnaires après la réforme de 2003.

Ces différentes composantes n'ont que peu de points communs, fixés par une loi :

  • l'âge légal d'ouverture des droits est fixé à 62 ans depuis la réforme des retraites en France en 2010.
  • l'âge de la retraite à taux plein, même en cas de carrière partielle, sera progressivement repoussé à 67 ans, à raison de quatre mois de plus par an à partir de 2011.
  • une durée de cotisation de référence (160 à 166 trimestres selon l'année de naissance en 2011), base pour des calculs de décotes en cas de départ avant l'âge légal et avant d'avoir cotisé suffisamment, ou de surcote en cas de cotisation plus longue. La réforme des retraites en France en 2010 prévoyait un premier décret avant le 31 décembre 2010, qui fixera la durée de cotisation des générations 1953 et 1954. Les durées de cotisation des générations suivantes seront fixées par d'autres décrets, chaque année11. L'augmentation envisagée en 2010 devait porter la durée de cotisation à 165 trimestres pour les générations 1953 et 1954 puis marquer un palier avant d'atteindre 166 trimestres pour les générations 1960 et suivantes.

Les régimes de base fonctionnent à prestation définie (la pension est une fraction définie des revenus pris en compte) et à cotisation définie. L'équilibre s'effectue par des réformes, qui se sont succédé depuis 1990, et par le recours au fonds de réserve pour les retraites ; pour les retraites de la fonction publique, c'est le budget de l'État qui fait l'appoint.

Il existe aussi des dispositifs facultatifs, reconnus ou organisés par l'État, tous par capitalisation. Certains peuvent être souscrits de façon individuelle, dans le cadre des plans d'épargne retraite populaire (PERP) pour les salariés du régime général. D'autres sont souscrits dans un cadre professionnel : PERCO et Plan d'épargne retraite entreprise pour les salariés du privé, contrats Madelin pour les professions indépendantes, etc. Pour préparer sa retraite, les dispositifs d'épargne ordinaires (notamment l'assurance-vie) sont aussi encouragés fiscalement depuis 1993.

Historique

Ancien Régime : retraites pour les militaires

La vie des anciens a longtemps reposé sur la solidarité intergénérationnelle et de menus travaux artisanaux. De nombreuses formes d'entraide volontaires existaient dès le Moyen Âge : corporations, sociétés de secours mutuels.

La première profession à obtenir une compensation en période d'inactivité est celle des marins sous Louis XIV (Jean-Baptiste Colbert institue en 1673 la Caisse des invalides de la marine, créant la première retraite par répartition au monde, ce qui permet de les fidéliser), puis ce fut les militaires gradés, l'administration royale, le personnel des Maisons royales, le clergé et la Ferme générale, qui crée une des premières caisses de retraite française en 1768, alimentée par des retenues de 1,25 % à 2,5 % sur les salaires. Sous l'Ancien Régime, 60 000 pensionnaires recevaient une rente de la part du roi. Celui-ci prélevait sur son trésor royal pour distribuer des pensions de cour, des pensions de charité, de mérite et de conversion, les pensions de retraite ne concernant quant à elles que 0,1 % de la population15. À la Restauration, les rentes royales sont à nouveau payées, sur la liste civile.  Sous la Monarchie de JuilletLouis-Philippe crée le 11 avril 1831 une nouvelle législation sur les pensions militaires.

xixe siècle, paternalisme, mutualisme et émergence de la gestion ouvrière

Après la révolution de 1848, l'ensemble des fonctionnaires (civils et militaires) bénéficie d'une retraite, à partir de la loi sur les pensions civiles du 8 juin 1853 : Napoléon III généralise le régime de pension par répartition pour la fonction publique, l'âge normal de la retraite à cette époque étant de 60 ans (55 pour les travaux pénibles) et crée la pension de réversion.

Pour le secteur privé, les sociétés de secours mutuels (les premières en 1804 pour les ouvriers), dites aussi sociétés de prévoyanceont permis un palliatif, mais leur développement était entravé par la réglementation (en 1890, seuls 3,5 % des ouvriers âgés ont accès à une pension), les pouvoirs publics craignant une agitation ouvrière. La pression populaire augmentait donc, comme en témoigne la légalisation du syndicalisme.

Certaines professions finirent par obtenir des droits à la retraite : en 1850, les premières compagnies privées de chemins de fer créèrent des caisses de retraite pour certains de leurs employés (création des régimes spéciaux) et en 1894 les mineurs obtinrent, dans un cadre obligatoire, l’assurance maladie et un régime de retraite, suivis, en 1897, par les travailleurs des arsenaux et de l’armement et en 1909 pour tous les cheminots.

Il s'agit d'initiatives patronales destinées d'abord à fixer la main-d’œuvre, et qui s'insèrent dans une « politique des âmes » cléricale et moralisatrice. En 1875, le socialiste fouriériste Paul-Émile Laviron adresse à l'Assemblée nationale un projet de caisse de retraite pour les ouvriers alimentée par l’État. Après Laviron, le socialiste Édouard Vaillant a été l'un de ceux qui se sont attachés à faire de la protection sociale une revendication ouvrière. Vaillant défend l'idée d'une assurance ouvrière financée par l'État et les patrons et administrée par ses bénéficiaires. Ces idées seront à la base de la loi sur les retraites ouvrières et paysannes de 1910.

La mutualité est un troisième modèle de gestion d'institutions de protection sociale issu des idées mutualistes qui sont d'origine socialiste (Robert OwenPierre-Joseph Proudhon). Toutefois, en France, c'est un décret du 26 mars 1852 qui institue les sociétés mutuelles, organisées sur une base territoriale et interprofessionnelle avec une forte implication des notables. Son organisation sous le contrôle des gouvernements du Second Empire donne finalement à la mutualité française une idéologie voisine de celle du système mis en œuvre par les entrepreneurs catholiques.

Dans sa version républicaine instaurée par la loi de 1898, dite « Charte de la mutualité », les aspects notabiliaires et moralisateurs sont atténués. Le modèle mutualiste est satisfaisant pour les républicains modérés attachés au libéralisme économique. Les trois modèles sont en compétition au tournant du siècle : le modèle de gestion ouvrière est défendu par les socialistes, le modèle mutualiste est défendu par les républicains modérés ou libéraux et le modèle paternaliste par les conservateurs. À partir de la fin du xixe siècle, à la suite de l'échec de la constitution d'une protection sociale basée sur la liberté d'affiliation, des lois vont dans le sens du principe d'obligation et d'une gestion tripartite (État, patrons, ouvriers) des institutions : la loi du 29 juin 1894 institue un système de retraite pour les mineurs financé par les patrons et garanti par l'État.

Le principe d'obligation qui sous-tend la législation de ces années coexiste avec la liberté du choix de la caisse qui peut être la CNRV, une caisse patronale ou une caisse syndicale agréée. La Caisse nationale des retraites pour la vieillesse (CNRV), réformée en 1886, est contrôlée par une commission de surveillance qui comprend 50 % de hauts fonctionnaires, 25 % de parlementaires et le restant de présidents de sociétés de secours mutuels et de personnalités industrielles.

1910-1927

La loi sur les « retraites ouvrières et paysannes » (ROP, 1910) crée des systèmes de retraite par capitalisation à adhésion obligatoire, défendus par des membres du Parti radical comme Léon Bourgeois et Paul Guieysse, qui concernent 3 millions de salariés sur 8 millions, et 40 millions de français : avant 1914, un retraité sur trois vit d'une rente, en général foncière. Le projet est vivement combattu par le patronat, qui dénonce des charges inacceptables et l'encouragement à la paresse. Une des innovations de la loi de 1910, qui conserve la liberté du choix de la caisse, réside dans la création à l'initiative du gouvernement de caisses départementales ou régionales administrées de façon tripartite par des représentants de l'État, des représentants élus des assurés et des représentants des patrons. L'âge normal du départ à la retraite est fixé par la loi de 1910 à 65 ans, mais la révision de 1912 offre la possibilité de toucher la retraite à 60 ans. « C'est la donner à des morts » se plaint la CGT, car dans les années 1910, à peine 8 % de la population atteint 65 ans, dont une infime minorité d'ouvriers.

Les dépréciations monétaires qui se sont notamment produites en 1910 et 1918, consécutives à l'inflation, ont pénalisé le système de retraite par capitalisation.

Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement français mobilise massivement les travailleurs qui cessent leurs cotisations, ce qui provoque la faillite des caisses de retraite des mineurs et des cheminots. Cette guerre provoque aussi l'afflux d'anciens combattants. Les responsabilités de l'État sont plus communément acceptées par une large frange de la population. Le retour des trois départements d'Alsace-Moselle, pose la question de supprimer le modèle bismarckien qui s'y applique, ou de l'étendre au reste du pays. La seconde solution est retenue, la France étant alors le dernier pays européen sans assurance sociale générale.

1928-1939

La loi du 5 avril 1928, légèrement corrigée par celle du 30 avril 1930, garantit au retraité qui a atteint l'âge de 60 ans et qui peut justifier de 30 années d'affiliation, une pension qui se monte à 40 % du salaire moyen sur la période de cotisation. Le salarié a la possibilité d'ajourner à 65 ans la liquidation de sa retraite.

Les querelles se poursuivront jusqu'en 1930, pour savoir qui de l’État, des syndicats, du patronat ou de la mutualité doit gérer ce système. Un compromis est trouvé : protection maladie par répartition et capitalisation pour la retraite, tous deux obligatoires, couvrant théoriquement 10 millions de personnes en 1930 et 15 en 1941.

Dans les années 1930, la situation des caisses de retraite est également remise en question par les problèmes démographiques que représentent l'allongement de la durée de vie et la faiblesse des naissances.

La question des retraites donne lieu à pas moins de 24 projets ou propositions de lois entre 1936 et 193927.

Les réformes du gouvernement de Vichy (1941-1944)

Après la défaite de juin 1940 et la mise en place du régime de Vichy, le nouveau ministre du Travail René Belin va reprendre les projets de la fin des années 1930 qui visaient notamment à substituer le principe de répartition à celui de capitalisation. Belin a intégré dans son cabinet deux spécialistes des retraites, Francis Netter et Pierre Laroque, mais ce dernier est révoqué à la suite de la loi du 3 octobre écartant les Juifs de la fonction publique. Les quatre dévaluations survenues depuis 1936 ont encore souligné la faiblesse des systèmes par capitalisation. Les travaux de l'équipe de René Belin aboutissent dès le 11 octobre 1940 à l'adoption d'un projet de loi par le conseil des ministres :

« Les pensions de vieillesse et d'invalidité délivrées au titre des assurances sociales sont constituées selon le régime de la répartition. La liquidation, le service de ces pensions ainsi que les allocations… sont assurés par une caisse générale des pensions prenant la suite des organismes de gestions pour la vieillesse et l'invalidité… »

Ce projet de loi se heurte aux tirs de barrage de la part des mutualistes représentés au sein du gouvernement par Jean Ybarnégaray secrétaire d'État à la Famille et à la Santé qui défendent le système par capitalisation en mettant en avant l'aspect moral que représente l'épargne. Les mutualistes parviennent à bloquer la loi jusqu'en février-mars 1941 où Belin ressert le principe de répartition dans la mise en place de l'allocation aux vieux travailleurs salariés (AVTS), premier système intégral par répartition.

L'AVTS est précisé par une abondante législation de 1941 à 1944, qui survivra à l'effondrement du régime de Vichy. La nouvelle institution a vocation à venir en aide aux vieux travailleurs selon un principe d'humanisme consensuel et, dans l'immédiat, à dégager du marché du travail les plus âgés et les inaptes et à contribuer ainsi à la baisse du chômage, encore important au début de 1941. Indépendamment de l'AVTS, le chômage décroît de façon spectaculaire, et des dérogations de plus en plus larges sont apportées au principe de non-cumul allocation-pension-travail.

La nouvelle allocation est en effet non cumulable avec un emploi, mais aussi avec une retraite obtenue en vertu d'un régime légal ou réglementaire. Son montant est de 3 600 francs par an, avec certaines majorations familiales ou géographiques.

Dès novembre 1941, 1 500 000 dossiers avaient été déposés. Le succès de l'AVTS dépassait les prévisions et posait par conséquent un problème de financement. Sur les 1 600 000 allocataires de 1944, près de 1 000 000 n'avaient jamais cotisé. La nouvelle AVTS, basée sur le principe de répartition, se substituait aux anciennes caisses du régime de l'assurance vieillesse qui avaient accumulé au cours de leurs dix premières années de fonctionnement un petit magot de 20 milliards de francs. Ces réserves serviront à financer les premières années de l'AVTS. Le système donne droit à une pension de 40 % du salaire de référence, à partir de 65 ans.

Maintien du système par répartition et intégration dans la Sécurité sociale en 1945

À la Libération, dans les attributions d'Alexandre Parodi, ministre du Travail et de la Sécurité sociale dans le Gouvernement provisoire de la République française figure notamment la mise en œuvre de la résolution du programme du Conseil national de la Résistance qui prévoyait « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». L'organisation des retraites sera intégrée au système français de sécurité sociale dont la création est confiée en novembre 1944 à Pierre Laroque qui avait rejoint Londres en avril 1943 et qui est nommé « directeur des assurances sociales et de la mutualité ». Ambroise Croizat, communiste, ministre (du 21 novembre 1945 au 4 mai 1947) du Travail puis du Travail et de la Santé, dirige à ce titre la mise en place du système de protection sociale : assurance maladie, système de retraites, allocations familiales.

Le nouveau système de sécurité sociale découle des trois ordonnances du 30 décembre 1944, du 4 et du 19 octobre 1945. Les idées qui sous-tendent la sécurité sociale doivent peu au comité des experts du CNR appelé aussi comité général d'études plus préoccupé par les questions économiques que par la protection sociale. Parmi les mouvements de Résistance, seule en effet l'OCM qui regroupait des hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs semble avoir élaboré un programme de réforme de la protection sociale34. D'une façon générale, les forces politiques se réclamant en 1945 du programme du CNR rejettent les dispositions corporatives et totalitaires de la Charte du travail du régime de Vichy ne sont pas opposées aux mesures de protection sociales prises par le régime précédent. Le rapport Beveridge de 1942 et son essai de 1944, qui sont à l'origine d'une forme de l'État-providence dans les pays anglo-saxons, étaient connus de Laroque, mais ce dernier, qui en appréciait certains aspects ne pensait pas qu'ils puissent constituer le modèle des institutions sociales françaises.

Les ordonnances de 1945, n'interdisent pas la liquidation de la retraite à 60 ans, mais repoussent dans les faits l'âge normal du départ à 65 ans. En effet, le montant de la pension est égal à 20 % du salaire annuel de base pour l'assuré ayant cotisé 30 années, mais peut « bonifier » ce montant de 4 % pour toutes les années supplémentaires travaillées entre 60 et 65 ans. Il s'agit alors de maintenir le maximum de travailleurs en activité pour gagner la bataille de la production. En 1948, 63 % des plus de 65 ans touchent un revenu de vieillesse qu'ils baptisent « retraite ».

En matière de retraite, l'œuvre de René Belin (la répartition) est conservée, mais les systèmes professionnels reprennent leur autonomie. Il en résulte le développement de quantités de régimes différents ; les plus riches (notaires par exemple) auront les moyens de prélever des cotisations élevées, permettant de verser relativement tôt (à 60 voire 55 ans) des pensions relativement élevées ; d'autres (industries sous monopole d'État notamment : SNCF, EDF, mines…) obtiendront le même résultat par une participation massive de leur employeur ; d'autres enfin, par choix ou manque de moyens, ne mettront en place que des cotisations faibles ne permettant de financer que des pensions tardives et faibles, voire misérables (commerçants, agriculteurs).

À ce système « bismarckien », la France ajoute une composante « beveridgienne », sous forme d'un minimum vieillesse et de droits à retraite spécifiques pour les mères de familles par exemple.

Réformes des retraites après 1945

Premières évolutions

En 1953, une première tentative de regrouper dans le régime général les régimes spéciaux (mineurs, cheminots dont les régimes sont jugés trop généreux et devant être alignés sur le secteur privé), fortement contestée (grèves des fonctionnaires), avorte. En 1956 est créée la vignette automobile destinée à alimenter le Fonds national de solidarité (FNS). La Sécurité sociale est réorganisée en quatre branches vers 1966 : création de la CNAM, de la CNAV, de la CNAF et de la branche AT-MP (accidents du travail et maladies professionnelles), qui doit atténuer les risques liés au travail.

La démographie impose dès les années 1960 de réévaluer les cotisations. Des professions qui avaient choisi de garder des régimes spécifiques rejoignent le régime général.

Il apparaît que les évolutions démographiques professionnelles sont à prendre en compte et que la justice sociale nécessite des transferts entre caisses. L'exemple du régime des agriculteurs est particulièrement illustratif : alors que le nombre de pensionnés augmente sans cesse, le nombre de cotisants y chute sous l'effet du progrès technique et de l'exode rural, qui conduit les jeunes à adopter d'autres métiers, et donc grossir le nombre de cotisants aux caisses des métiers en expansion. Il est évident que ces caisses doivent verser à la caisse agricole (et aux autres qui subissent le même phénomène, quoiqu'avec une ampleur bien moindre) une compensation.

1971 : loi Boulin 

Le 31 décembre 1971, la loi Boulin fait passer de 120 (30 ans) à 150 trimestres (37,5 ans) la période d'assurance ouvrant droit à une retraite à taux plein, sur la base des dix meilleures (et non plus dernières) années de salaire. Des systèmes complexes de calcul des sommes concernées (entrantes ou sortantes selon que la caisse perd des cotisants ou en gagne) sont mis en place à partir de 1974, et pour solder les désaccords, plutôt que de trancher l'État verse une obole (pour le régime agricole ce sera le Budget annexe des prestations sociales agricole, devenu fonds de financement des prestations sociales des non-salariés agricoles en 2005).

Dans le même temps, pour pallier les problèmes d'emploi apparus à partir des années 1960, le principe de partage du travail, la volonté de lutter spécifiquement contre le chômage des jeunes, et l'intérêt des entreprises qui souhaitent licencier mais ne peuvent le faire pour des raisons légales conduisent au premier dispositif de préretraite en 1972. Celui-ci garantit le financement par l'État d'un revenu de remplacement pour les personnes âgées de plus de 60 ans. Par la suite, en 1980, le dispositif est élargi aux personnes de plus de 55 ans.

La hausse du chômage qui s'accentue en 1973 continue à peser sérieusement sur les cotisations, tout en mettant les chômeurs âgés en difficulté.

1982 : lois Auroux

En 1982, sous la présidence de François Mitterrand, une ordonnance Auroux accorde la retraite à partir de 60 ans, pour 37,5 années de cotisation, au taux plein de 50 % du salaire annuel moyen. Création d'une décote (appelée alors "abattement") pour chaque trimestre de cotisation manquant pour avoir 150 trimestres ou pour atteindre 65 ans (2,5 % par trimestre, soit 10 % par an) ; le plus favorable des deux seuils étant retenu ce qui plafonne la décote à 50%. En pratique, la plupart des hommes nés en France remplissent la condition de cotisation à 60 ans ou même avant, ce qui limite la portée de cette disposition. Les femmes et les immigrés, en revanche, dont les carrières sont souvent courtes, se voient écartés de fait de la possibilité de liquider leur pension avant 65 ans.

1993 : réforme Balladur

Lorsqu'il arrive à Matignon en 1993, le nouveau Premier ministre constate un déficit sans précédent : 40 milliards de francs. La récession causée par la crise monétaire consécutive à la réunification allemande  frappe de plein fouet les recettes….

Devant cette situation, le gouvernement Édouard Balladur lance une réforme des retraites au pas de charge. Une loi d'habilitation à légiférer par ordonnance est rapidement votée, et à l'été 1993 la réforme est terminée. L'ensemble n'aura pris que quelques semaines.

Cette réforme, qui ne concerne que le secteur privé, tient en cinq principales mesures :

  1. la durée de cotisation nécessaire pour avoir droit à une pension à taux plein, au régime général, passe progressivement de 150 trimestres (37 ans et demi) à 160 trimestres (40 ans)42, à raison d'un trimestre de plus par an du 1er janvier 1994 au 1er janvier 2004. La durée de cotisation nécessaire "tous régimes confondus" pour annuler la décote, reste à 150 trimestres ;
  2. augmentation de la durée de carrière de référence : la pension était précédemment calculée sur les 10 meilleures années, durée qui sera progressivement portée à 25 années (atteint en 2010, à raison d'une année de plus par an) ;
  3. changement du mode d'indexation des pensions de retraites. Elles seront désormais alignées sur l'inflation (mesurée par l’indice des prix à la consommation), alors qu'elles étaient précédemment indexées sur l'évolution des salaires ;
  4. création d’un fonds de solidarité vieillesse (FSV) chargé de financer quelques dispositifs (minimum vieillesse, avantages familiaux…).

Cette réforme atteint partiellement ses objectifs.

En matière de réduction des pensions par rapport à la situation antérieure, selon une étude de la Caisse nationale de l'assurance vieillesse des travailleurs salariés publiée en 2008, pour six retraités sur dix, la réforme Balladur des retraites de 1993 a « conduit au versement d'une pension moins importante que celle à laquelle ils auraient pu prétendre sans réforme ». La différence moyenne est de 6 % pour l'ensemble de la population. Les hommes nés en 1938, par exemple, reçoivent une pension moyenne de 7 110 euros par an (hors retraites complémentaires), 660  de moins que si la réforme n'avait pas eu lieu. Pour les générations nées entre 1945 et 1954, la baisse de la pension de base serait de 16 % pour les hommes et de 20 % pour les femmes.

En matière de durée d'activité, une autre étude, du ministère du Travail, réalisée en 2009 a estimé que depuis cette réforme, les hommes ont en moyenne repoussé leur cessation d’activité de 9 mois et demi et les femmes de 5 mois. En 17 ans, la durée de cotisation moyenne n'aurait donc augmenté que de 8 mois ou moins, compte tenu d'une arrivée plus tardive sur le marché du travail. La réforme de 1993, qui augmentait de 30 mois la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite complète, aurait donc raté à 70 % son premier objectif : avoir plus de cotisations.

Ceci explique en partie que l'objectif principal, rétablir l'équilibre financier du système, a échoué. Le volume de cotisations n'a pas augmenté autant qu'escompté.

1995 : échec du plan Juppé   Confronté au même genre de difficulté budgétaire, Alain Juppé s'attaque au problème des régimes spéciaux de retraite et au rapprochement du régime de la fonction publique au régime général. Voté triomphalement au parlement, avec la bienveillance de l'opposition, son plan se fracasse sur les grèves de 1995 et son gouvernement fait machine arrière.Après cet échec, le gouvernement fait voter alors la mise en place de fonds de pension, dans le cadre de la « loi Thomas ».

1999 : création du Fonds de réserve pour les retraites    La gauche, au pouvoir à partir de 1997, ne lance pas de nouvelle réforme sur l'âge légal ou la durée de cotisation mais crée le Fonds de réserve pour les retraites (FRR), dont la mise en place est officialisée par la loi de financement de la Sécurité sociale de 1999. Cet instrument sert à faire face aux situations de déséquilibre entre cotisations et pensions à payer. Il est en particulier destiné à couvrir la prévision d'une future pointe de besoin de financement du régime général d'ici 2020, date jusqu'à laquelle les montants mis de côté ne doivent en principe pas être utilisés.               Dans la loi, le FRR peut percevoir plusieurs types de dotations : 2 % du prélèvement social sur les revenus de patrimoine et de placement, les excédents de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, le produit de cessions d'actifs telles que les privatisations, la cession des parts de Caisses d'épargne, et le produit de la vente des licences UMTS (téléphonie de troisième génération). Mais selon les syndicats, le gouvernement a finalement refusé de verser les recettes de privatisation.

Ce fonds ne recevra jamais les sommes promises, qui devaient totaliser 150 milliards d'euros en 2010, même pendant les périodes de bonne croissance économique des années 1999, 2000 et 2001, puis ne touchera plus grand chose à partir de 2002, après le retour de la droite au pouvoir. Ayant été doté au total de 29 milliards d'euros de 1999 à fin 2009, il représentait à cette date une réserve de 33 milliards d'euros49.

Les sommes en jeu, quoiqu'inférieures au projet initial, restent néanmoins importantes, et tentantes pour un gouvernement dont le budget est déficitaire. Les syndicats CFDTCGCCGTFO, et CFTC ont ainsi manifesté leur inquiétude par écrit au président de la République le 7 janvier 2008, pour le mettre en garde contre toute utilisation prématurée du fonds. Dans le cadre de la réforme de 2010, le FRR sera effectivement mis à contribution avec 10 ans d'avance. « Quand il a été créé, c'était pour régler les problèmes dans 20 ans (...) sauf que les déficits des retraites, maintenant, ils ont 20 ans d'avance », a expliqué le 10 juin 2010 le ministre du Travail Éric Woerth. Dès 2002, les ministres des Finances des pays de l’Union européenne se sont mis d’accord sur un projet de directives encadrant les règles de fonctionnement des futurs fonds de pension européens : le Conseil Européen de Barcelone fixe l'âge moyen de départ à la retraite à 63 ans à l'échéance de 2012 et encourage le Plan d'épargne d'entreprise par capitalisation.

2003 : réforme Fillon 

La majorité de droite élue en 2002 entreprend une réforme des retraites sous l’égide du ministre des Affaires sociales, du Travail et de la SolidaritéFrançois Fillon.  Elle généralise aux fonctionnaires la décote pour années manquantes. La « réforme Fillon » (ou « loi Fillon ») instaure une transition progressive de la durée de cotisation de tous les régimes, sauf les régimes spéciaux, vers 42 ans. Est ainsi décidé dans un premier temps d'aligner la durée de cotisation des fonctionnaires : elle est ainsi allongée de 37 ans et 1/2 à 40 ans à l'horizon 2008, à raison d'un semestre par an.   Par contre, cette réforme réduit la durée de cotisation des personnes qui ont commencé à travailler très jeunes : elles peuvent partir à la retraite de façon anticipée avec 42 ans de cotisations. Les plus de 17 ans sont toutefois exclus du dispositif et doivent donc continuer à partir à 60 ans. La décote pour années manquantes doit tendre pour tous les salariés à 5 % par année manquante à l'horizon 2015 dans la limite de cinq années (soit 25 % de décote maximale). Une surcote pour années supplémentaires est instaurée (de 3 %) par année supplémentaire au-delà de la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein. Le cumul emploi-retraite est rendu plus flexible.Le mode d'indexation choisi reste l'indexation sur les prix ; le pouvoir d'achat des retraités est donc préservé constant tout au long de leur retraite.

Les salariés peuvent racheter des trimestres au titre des études, dans la limite de 3 ans (avec un coût relativement important : la DREES évalue le montant moyen des rachats à 22 000 €)

De nouveaux produits d'épargne individuels (le PERP) et collectif (le PERCO) sont créés (système de capitalisation).

Selon la loi Fillon de 2003, la durée de cotisation doit être augmentée d'un an, à raison d'un trimestre par année, à partir de 2009. Cependant la loi Fillon précise que cette augmentation peut être ajournée si le contexte est modifié, « au regard des évolutions » du taux d'activité des personnes de plus de 50 ans, de « la situation financière des régimes de retraite, de la situation de l'emploi » et de « l'examen des paramètres de financement des régimes de retraite ».

 

ANNEXE 3      Ajoutée ici pour sa très grande clarté
«Retraites: ces faits élémentaires trop souvent méconnus»

BEATRICE MAJNONI D'INTIGNANO  19 janvier 2020  Le Figaro 

Aucun réformateur n’échappe au «triangle maudit des retraites» lorsque le nombre des cotisants baisse par rapport à celui des retraités. Pour éviter le déficit, il faut alors soit diminuer la pension moyenne par rapport au salaire moyen - au détriment des retraités -, soit augmenter le taux des cotisations sur les salaires - au détriment de l’emploi et des jeunes -, soit travailler plus longtemps. Il n’y a pas d’échappatoire. La valeur du point de retraite ne peut donc suivre les salaires avec un taux de cotisation stable sans reculer l’âge de départ à la retraite. La seule solution équitable est d’ajuster la durée de cotisation à l’espérance de vie. 

Nous sommes le pays industrialisé où l’on arrête de travailler le plus tôt - sauf au Luxembourg -, où l’espérance de vie en retraite est la plus élevée et où la proportion de retraités pauvres est la plus faible. Nous consacrons 14 % de notre richesse nationale aux pensions - seuls les Italiens et les Grecs font plus avec 17 % et 16 %. Les Allemands, les Anglais, les Espagnols s’en tiennent à 11 %. Et les Suédois à 10 %. À notre échelle, cette différence représenterait 95 milliards d’euros en moins. Si ces retraités nordiques paraissent mal lotis, il faut l’imputer au choix politique de limiter la charge globale des retraites, pas au régime par points.

Nous passons en moyenne le tiers de notre vie d’adulte en retraite. En France, à 60 ans un homme peut espérer vivre encore 23 ans, soit 2 ans de plus qu’en 2005, et d’ici à 2040 encore 3,5 ans de plus. Pour une femme, ces chiffres sont de 27,6 ans en 2018, et de 31 ans à vivre en 2040. L’espérance de vie d’un homme diplômé du supérieur dépasse de 7,5 années celle d’une personne sans diplôme. Et celle d’une femme, même ouvrière, surpasse d’un an celle d’un homme, fût-il cadre. La durée de retraite et son coût sont donc très inégaux. Les âges de départ à la retraite devraient non seulement augmenter pour tous, mais différer selon le niveau d’éducation ou le sexe plutôt que selon le statut, le secteur économique ou les corporatismes. 

Le déficit des 42 régimes spéciaux plus celui des fonctionnaires avoisine 16 milliards.

Les grands régimes spéciaux datant du XIXe siècle - SNCF, RATP, industries du gaz et de l’électricité - furent réorganisés après la Seconde Guerre mondiale. Il était alors difficile pour l’État de recruter ses employés, attirés ailleurs par la reconstruction, pour un travail pénible et une espérance de vie courte. D’où l’octroi d’un statut généreux et d’une retraite précoce, afin de garantir, en contrepartie, le service du transport et de l’énergie au public. Or la situation s’est inversée. 

La durée de la retraite pour les intéressés dépasse en moyenne de 6 ans celle du secteur privé (Cour des comptes, 2018) et le montant de leur retraite moyenne dépasse largement celle du reste du secteur public ou privé: 3700 euros à la RATP et 2630 à la SNCF contre 1900 pour les hospitaliers et 1500 euros dans le privé. Enfin, la sécurité de l’emploi est un avantage majeur dans une économie au chômage durable. Les fondements du contrat sont donc caducs. Avantage suprême: ces professions peuvent bloquer le pays pour défendre des avantages corporatistes, soutenues par des syndicats élus essentiellement dans le secteur public. Le déficit des 42 régimes spéciaux plus celui des fonctionnaires avoisine 16 milliards. Un ordre de grandeur comparable à celui du budget des universités: 20 milliards!

Nous étions 5 adultes pour 1 senior (plus de 65 ans) jusqu’en 1960 ; 2,7 aujourd’hui et 1,8 en 2050.

Enfin, toute réflexion sur les avantages respectifs des systèmes de financement est diabolisée en France. Le système par répartition est encensé, celui par capitalisation, honni. Or, ils font face à des risques différents. La démographie, pour le premier, agit à long terme. Nous étions 5 adultes pour 1 senior (plus de 65 ans) jusqu’en 1960 ; 2,7 aujourd’hui et 1,8 en 2050.

La guerre ou les krachs boursiers menacent le second système. La guerre de 1940 a ruiné les régimes de retraite par capitalisation bâtis dans les années 1930. Mais la capitalisation permet de financer des investissements favorables à l’activité et à l’emploi. Une grande partie des entreprises du CAC 40 appartient à des fonds de pensions anglo-saxons, qui en touchent les dividendes pour financer les retraites américaines et anglaises. Des fonds français pourraient récolter entre 20 et 40 milliards selon les années. Dès lors, pourquoi ne pas combiner ces systèmes, donc les risques et les avantages?

Beaucoup de pays adoptent un système par répartition pour les retraites de base et par capitalisation pour des fonds collectifs ou des retraites complémentaires individuelles.

Le débat sur les retraites doit prendre appui sur ces faits trop rarement évoqués avec précision.

Agrégée d’économie et de droit. A publié «Comment financer les universités», revue «Commentaire», no 165, printemps 201

 

 

 

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06 février 2020

Bravitude et vacuitude.

 

Qui dira la servitude des mots toujours enfermés en une cage de significations et une exactitude orthographique. On ne remerciera jamais assez les esprits libres qui parviennent à les affranchir au risque révéler leur solitude dans le langage.

Cet envol des esprits libres à l’altitude des idées incomprises mérite notre gratitude et « en même temps » cette échappée aux habitudes ne nous enferme pas dans de nouvelles certitudes et écarte à jamais les platitudes.

C’est donc, sans once de mansuétude que nous pouvons dire merci à celle qui ne reculant pas devant l’inexactitude nous a ouvert le domaine merveilleux de la Bravitude et des fantaisies du langage.

 

Sur un autre registre : le refus de l’exactitude sur le nombre de sous-marins nucléaires. Attitude qui conduisit certains de ses admirateurs à y voir l’inaptitude d’une toujours jeune et séduisante candidate drapée de féminitude. Cette phrase illustre les turpitudes intellectuelles du macho de magnitude et témoigne à l’endroit de la Belle une ingratitude teintée d’une dose d’envie.

 

Depuis la Belle navigue d’interlude en interlude, un petit verre d’écologie, vit’ fait su’lzingue, mais sans la moindre sollicitude pour les glaces des pôles, des petits commentaires à droite et à gauche, toutes latitudes, de constantes inquiétudes sur la capacité de ses ex, ex-mari et ex-rivaux politiques et des commentaires réguliers sur les vicissitudes de notre vie sociale et politique bref une multitude de saillies au hasard des événements lesquels , il faut le reconnaitre, offrent une foultitude d’occasions.

 

Ce petit texte aurait pu servir de prélude à une étude sur le caractère de la Royale mais la lassitude me gagne et je retourne à mes études.

En me relisant, si, si ! Parfois je me relis et je me dis que j’ai tout de même bien habillé la Belle qui rêve de revenir et nous offre une affligeante image de désuétude et de …vacuitude.

 

Ce papier pour dire ce qu’est l’insomnie des vieillards impotents aux heures où tournent les idées.

Cela justifiait-il la grande heure consacrée à mettre cette insomnie sur le papier ?

 

6 février 2020

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