Le Naïf dans le Monde

22 mai 2018

Un détail anatomique

Un an déjà. En mai 2017 je formulais cette remarque sur le rôle que joue une particularité anatomique de la ceinture scapulaire humaine. Nous élisions alors une Chambre en Marche et la réédition de ce papier n’a pas comme objet de mesurer dans cette marche le chemin parcouru. Cela serait difficile.

Il ne s’agit en fait que d’une réédition visant à améliorer la forme du papier et son titre sans en modifier le contenu.

 

Un détail anatomique

 

Bon sang, pas moyen de retrouver où j’ai été pêcher ce truc-là. Je ne l’ai pas inventé quand même. En plus, je trouve que c’est super important et que c’est un aspect du problème qui est, me semble-t-il, insuffisamment mis en lumière…

Je recherche et exhume : Ruffié, Morin, Leroy-Gourhan et puis ceux du cerveau (même rayon…) le Changeux et les Vincent et les primatologues, Chance et Premack. Tout ce que j’ai lu, un peu, tout ce que j’aurais dû lire, beaucoup et tout ce que je lirai plus tard ou jamais. Même Jared Diamond  a droit au dépoussiérage.

Mais, me direz-vous, de quoi parles-tu ?

Mais si, souvenez-vous, je vous l’ai déjà dit.

Ah, vous n’avez pas lu « Le Labyrinthe » ! Cet oubli est facile à réparer ; c’est un texte assez court, vous n’aurez aucune difficulté à le retrouver d’abord et à le lire ensuite. (1)

En rappel, l’extrait qui me conduit à rechercher la source de l’information, une confirmation, plus de précision : on parle, en toute simplicité, de l’Homme.

La ligne de ses épaules est disposée de telle sorte qu’il peut lancer des projectiles : il achève sa chasse par le jet du javelot.

Les membres antérieurs se terminent par des mains à 5 doigts dont un pouce opposable qui autorise la préhension des projectiles et le maniement des objets : il lance la pierre qui abat la volaille, il cueille le fruit de l’arbre, il façonne l’hameçon  et la pointe de flèche.

Ce n’est pas un détail anatomique cette chose-là !

J’ai eu la chance de voir, d’assez près, peut-être de trop près, des gorilles ; comme ça, dans leur bambous. Papa, assez distant, pas vraiment concerné (tant mieux), des mamans, très désireuses de vous refiler leur lardon et des tas d’ado-gorilles, joueurs en diable et tout prêt à faire copain-copain.

On sent bien que ça ne peut pas durer, hélas, alors, sous la pluie et dans la brume, on repart plein de questions avec un soupçon de nostalgie pour quelque chose qu’on ne connaitra pas.

 voir Papa, le dos argenté, on réalise qu’il peut vous mettre une torgnole sans la moindre difficulté, mais on ne l’imagine pas ramasser un pavé, façon Jeune-issu-de, et vous le balancer par le geste auguste du lanceur de grenade. Le peut-il ? Toute la question est là. Le singe lance-t-il ?

Je crois que non. Les macaques de Gibraltar ou du temple indou sont réputés le faire : je crois qu’ils ne font que copier sans résultat l’homme qui a voulu les éloigner de son étal de fruits et légumes. On parle aussi du chimpanzé du zoo de Stockholm :

Santino (c’est le nom du singe) façonne ces pierres en forme de disques qu'il utilise ensuite, … comme des «missiles». «Ainsi, quand il est surexcité et veut montrer qu'il est le mâle dominant, il a son petit tas, prêt à l'emploi», raconte le chercheur qui relève par ailleurs qu'il n'y a jamais eu de blessés graves puisque la plupart du temps, les pierres tombent dans l'eau. La raison est simple : ces animaux n'ont pas de bras et de poignets aptes à lancer fort et loin. Ils lancent donc «à la cuillère» car ils ne peuvent casser leur poignet à 90 degrés comme le font les êtres humains. Les scientifiques ont retrouvé plusieurs dizaines de tas de cailloux soigneusement rangés.  Mmes Jouan et  Lutaud. Figaro du 11 mars 2009.

 

Lucy  pouvait lancer la pierre.

Énorme différence : le lancer du projectile.

Question subsidiaire, mais pas tant que ça : Existe-t-il d’autres animaux qui lancent ?

Le Kangourou frappe, le caméléon lance…sa langue, et les autres lancent des cris. Les prédateurs lancent tout leur corps.

 Le projectile est comme un prolongement du bras de l’homme. Il frappe à distance, loin de la griffe acérée ou de la ruade mortelle. Quelle supériorité de l’Homme!

Il ne reste qu’à perfectionner le projectile.

Kim Jong-un a bien appris cette leçon et s’y emploie.

A lui les protéines de la chasse fructueuse, à lui le poisson frétillant au bout du harpon, et dans le même mouvement du bras-propulseur la victoire au combat contre les hyènes et autres ours des forêts ou des cavernes. De chasseur il n’aura pas de difficulté, en exerçant son art sur ses semblables à devenir le guerrier. C’est un autre volet de cette histoire, dont chacun est familier.

Le chasseur, au-delà du cueilleur garantit l’alimentation du groupe et sa sécurité.

Gros cerveau, c’est sûr mais grâce à ce don, à cette capacité essentielle : cerveau bien nourri.

Je n’irai pas ici, jusqu’à faire au lecteur le coup de l’œuf et de la poule :

Est-ce l’amélioration et la pérennité d’un régime alimentaire qui a permis à l’homme de voir son cerveau, fleur merveilleuse et mystérieuse, s’épanouir ?

Est-ce le cerveau qui a conduit l’homme à maîtriser la nature et par la chasse de garantir qu’il allait « croître et se multiplier » ?

Lorsqu’ on pose la question de la sorte, la réponse peut paraître évidente : il faut d’abord manger.

En conclusion.

Une erreur : à quoi bon dissocier les deux aspects du même mystère de l’évolution anthropique.

Ils sont liés et inséparables.

Un oubli : le modeste auteur de ce petit billet pense que tous les Savants précités, membres de ceci et de cela, Professeur ici ou là, ont négligé et sous-estimé cet aspect de l’aventure humaine : trop musculaire, mon fils. Peut-on glisser de la  transcendance dans le mouvement du poignet ?

N’importe quel malappris libertin et tous les collégiens vous répondraient par l’affirmative.

 

  1. 1.       Je trouve le fait de se citer soi-même en référence extrêmement gratifiant.

 

11 mai 2017 : Aujourd’hui, le petit Jésus de l’actualité nous révèle la liste des six cents apôtres de second rang : ceux de la Chambre. Seront-ils des Élus ?

 

°°°°°°°°°°°°°°°

 

Fin juillet 2017, M. Picq, Docteur ès Sciences, Maître de conférences au Collège de France nous offre une contribution à un numéro spécial du journal « Le Point » dont le thème est « La Marche et ses étonnant pouvoir ». Cet excellent article illustre combien l’évolution de l’homme est fondée pour une large part sur sa capacité à déambuler. L’article est savant, mais pas trop : j’ai pu le lire. Comme je le  dis fréquemment, « un esprit taquin » remarquerait que son papier ferait une bonne jaquette aux ouvrages (cités en référence dans son article) dont il est l’auteur.

Cette relation entre la marche et la chasse n’échappe pas à M. Picq :

Plus encore, Homo jouit d'une endurance exceptionnelle, avec un corps couvert de glandes sudoripares, une pilosité composée de poils plus courts et une capacité respiratoire renforcée. C'est l'anatomie et la physiologie de l'animal le plus endurant qui ait jamais marché et couru sur la Terre. Homo ne va pas vite, mais il va longtemps. Il pratique la chasse par épuisement et aucune proie ne lui échappe. Ces adaptations lui permettent de s'affranchir du monde des arbres.

Il analyse encore d’autres relations entre la bipédie et certaines particularités de l’évolution humaine : sexualité, pensée et réflexion et sans faire le détail, métaphysique et psychanalyse.

On ne prête qu’aux riches.

Mon propos n’est pas de faire une critique de l’article de M. Picq ; je n’ai aucune compétence pour me livrer à cet exercice ; au demeurant je l’ai lu avec plaisir et intérêt et je partageais son point de vue avant même qu’il ne l’exprime.

Mais je n’ai pas manqué de noter que la particularité de l’espèce que constitue la disposition des épaules et la capacité à projeter des objets (des armes) étaient passées sous silence.

J’en conclue que M. Picq lorsqu’il regarde les championnats du monde d’athlétisme ne voit que les gazelles éthiopiennes et ne s’intéresse pas aux musculeux (souvent poilus) lanceurs de poids lettons.

Comme je le comprends.

Vive Hussain Bolt.

 

6 août 2017    L’esprit taquin mais toujours naïf.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 mai 2018

L’Histoire en partie double

 

 

Sans y parvenir pleinement, j’ai tenté d’être comptable de mes actions. Des choses peut-être positives, des erreurs, des fautes ont ponctuées mes rapports avec l’autre et je crois avoir la sagesse de ne pas trop me tromper sur la faiblesse du personnage que je continue de construire et qui réside pour l’heure chez moi, dans mon corps.

Mais je ne suis pas le comptable de mes actions. Je ne fais pas de bilan et je ne regarde pas de compte d’exploitation. Ma vie n’est pas inscrite en partie double dans un livre de comptes qu’une autorité indépendante et supérieure aurait à examiner et à certifier sincère et véritable.

Cette notion de comptabilité en partie double implique d’une certaine façon que toute action soit par nécessité, mise au crédit d’un compte et « en même » au débit d’un autre.

 

Plus généralement.

L’histoire apparaitrait alors comme une vaste comptabilité des actions humaines dans laquelle apparaitraient sur certaines lignes des crédits alors que sur d’autres postes ces mêmes actions seraient débitées.

Les actions de l’homme, individuelles ou collectives s’accompagnent toujours de conséquences sur d’autres, ne serait-ce qu’au titre de la consommation ou destruction des ressources de la planète.

La chose est évidente dès qu’on observe les actions d’un groupe important en relation avec un autre groupe important : les nations entre elles.

Elle est évidente dans les rapports que chacun entretient avec ses proches.

L’enjeu est toujours la propriété d’un « quelque chose » qui met en rivalité des individus ou des groupes.

Propriété du sol, du gibier, de l’eau, des femmes et même des idées, des croyances, des mythes, des fables.

En toile de fond de ces rivalités, cause et conséquence, on trouve toujours le jugement d’un groupe sur l’autre : sa force mais aussi une sorte de valeur intrinsèque, essentielle qui mesure la capacité créative du groupe et sa résilience. Langue, religion, capacité productive différentes et les groupes ne se mélangent pas et les conflits qui ne se terminent pas par le génocide absolu durent et durent et nous les vivons toujours.

 

À un moment donné et d’un point de vue donné, un témoin pourrait qualifier les crédits historiques de positifs et ferait passer les débits au rang de désagréments inévitables avant que d’apurer les comptes.

Positifs, pour un esprit tourné vers le Bien, signifie Juste et le négatif des débits ne serait que l’usure du temps et le flot du destin.

L’histoire serait donc l’empilement d’une incessante succession d’actions légitimes, dites Justes en regard de la même succession de conséquences inévitables et pourquoi-pas injustes.

La force qui est, chacun le sait, la mère du Bon Droit est l’autorité qui fait classer telle ou telle action dans la colonne des crédits ou dans celle des débits.

Et c’est la force qui fait disparaitre le compte des perdants de l’histoire en faisant disparaître les perdants eux-mêmes. L’apurement des comptes est toujours de l’épuration.

Ou simplement le voile de l’oubli et de l’ignorance.

 

Avant que la force et l’oubli n’aient fait leur travail de solde, l’histoire nous place sur le stade où s’affrontent des actions et leurs oppositions qui sont des réactions ou à minima des défenses.

Avant que n’intervienne l’oubli et que le flot du destin n’ait fait disparaitre les objets historiques, l’homme vit une fraction, infime dans le temps, de ces mouvements et cherche à en pénétrer les mécanismes pour pouvoir y participer ou s’en tenir éloigné s’il le peut.

Politique et morale s’entrechoquent dans ces efforts que nous faisons pour comprendre et juger les événements dont nous sommes les témoins.

Nous ne sommes pas aidés par la mémoire, car la mémoire nous offre une lecture des causes de ces affrontements et implicitement oriente notre jugement vers la punition des fautes comme nous les percevons et l’indemnisation des torts que nous reconnaissons.

Il nous est donc impossible de juger d’une situation historique sans qu’elle ne soit déjà perçue à travers le prisme de ses causes. Si bien que le jugement que nous portons ne concerne plus tant la situation présente mais davantage, je reprends le mot, le solde historique arrêté à tel ou tel moment dans le livre des comptes. Nous ne savons pas voir une situation comme un objet nouveau mais nous la percevons toujours comme le résultat d’un passé sur lequel notre jugement –légitime ou non- s’est déjà exercé et à propos duquel nous avons déjà pris parti.

 

Ces parti-pris sont des œillères qui guident notre regard : il n’existe aucun moyen d’objectiver l’histoire et encore moins l’histoire en train de s’écrire.

 

Ce qui vient à l’esprit pour illustrer le propos est inévitablement le cancer palestinien.

 

L’armée israélienne, sur les ordres du premier ministre, encouragé par le support américain (n’en doutons pas) ouvre le feu sur des manifestants massés derrière un fragile rideau de barbelés.

Les manifestants ne sont pas munis d’armes à feu mais ils lancent des projectiles et possiblement des cocktails Molotov. Pour Tsahal, il est hors de question qu’ils puissent conduire leur action jusqu’à pénétrer sur le territoire israélien. 60 morts et 3000 blessés plus loin, nous nous posons la question : où sommes-nous dans le livre des comptes ?          

 

Les habitants de Gaza souhaitent retrouver les terres qu’ils ont perdus 70 ans auparavant dans d’autre partie d’une Galilée oubliée et depuis longtemps disparue. Depuis longtemps ils sont parqués, emprisonnés dans un bagne. Les arabes entretiennent avec soin ce foyer de mécontentement comme les hommes anciens entretenaient leur feu, avec soin et en prenant grand soin qu’il ne s’éteigne.

Par haine du Juif et haine du sionisme. Par haine d’Israël.

Les israéliens ont-ils fait tout ce qu’ils pouvaient pour que cet état de fait ne dure pas ; ont-ils tenté de traiter l’abcès avant que n’éclate le bubon ?

Quoiqu’il en soit, Ces palestiniens ont été victimes d’injustice.

 

En contrepoint, injuste, au cours de l’histoire furent les traitements constamment infligés aux populations juives, traitements qui trouvent leur acme avec l’holocauste de la solution finale. Oublions –ce n’est pas difficile- les Hittites et les Égyptiens, les Assyriens et les Perses, puis les Grecs et contentons-nous de commencer avec le protectorat romain et la naissance du christianisme, enfant turbulent de la religion « canal historique ». Oublions –c’est moins facile- les Croisades et leurs exactions : l’intrusion n’est pas réussie, la greffe en prend pas ; finalement l’arrivée de l’envahisseur mahométan est perçue comme une libération…

Et l’histoire des hébreux n’est qu’une longue succession d’injustices et de pogroms et de massacres avec en point d’orgue l’holocauste. C’est ainsi que peut être perçue la « cause » des populations rattachées d’ailleurs de façon variable, à un peuple juif. C’est ainsi que l’habitant juif d’Israël perçoit l’histoire de son peuple. Si l’on rajoute qu’il s’agit du peuple élu…

 

Israël fut réimplanté par les Britanniques autour de l’ancienne cité de Jérusalem. Replanter un arbre antique n’est pas aisé. Jérusalem est alors une cité historiquement hébraïque mais largement christianisée, puis islamisée et arabisée et longtemps ottomane. Les arabes résidants au pays des Philistins, la Palestine n’ont pas la mémoire de cette histoire et n’entendent pas les voix du passé : ils se croient chez eux. Le sioniste, déçu d’un mauvais accueil n’a pas le pied léger ; il a la main lourde et affirme sa présence, ancré dans son bon droit et aiguillonné par le souvenir des avanies historiques.  

 

Heureux les simples d’esprit et les esprits simples qui peuvent dans cet empilement historique choisir la ligne des crédit-débit à partir de laquelle ils feront le compte des torts causés et des torts subis par les protagonistes d’un drame historique aussi vieux que l’histoire. Et même, heureux sont ceux qui, dans cette confusion, parviennent à distinguer les protagonistes, chaque groupe étant divisé en fraction et en faction selon un éventail de sensibilité allant de la complète acceptation du point de vue opposé jusqu’au déni simple de son droit à exister.

Hélas dans ces choix, les extrémismes triomphent toujours car ils offrent précisément la simplicité et qu’ils s’incarnent le plus souvent dans des personnages outranciers mais intelligibles.

 

Était-ce une erreur de choisir comme illustration de ce propos le conflit palestino-israélien ? Il est si proche de nous et tellement étranger que nous croyons pouvoir l’examiner d’un point de vue clinique, tel l’historien qui s’interroge sur Louis le onzième ou sur son fils, promoteur d’aventures transalpines ou sur d’autres noms de l’Histoire de France.

Sans passion et sans avoir à choisir de cause.

Il n’en est rien car le monde des arabes nous concerne, Ô combien, et dans notre pays être juif et israélite constitue un signe distinctif et –comme on dit maintenant- un marqueur social.

Il eut été préférable de se limiter à évoquer les Guerres d’Italie qui sont, elles, réellement devenues de l’histoire.

 

Il est heureux que je n’ai pas suivi ma première inclination qui était, plus naturellement encore, d’imager ces évidences en évoquant le passé colonial et  l’histoire de l’Algérie Française (puis plus française du tout) et les séquelles de cette histoire proche que nous vivons aujourd’hui dans la confusion et avec la plus grande maladresse.

 

Que le lecteur me sache gré de n’en avoir rien fait.

 

20 mai 2018

 

 

 

 

 

 

 

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19 mai 2018

Femmitude ou la libération de la Femme

  

2018

Jadis et naguère la terre était peuplée par des animaux.  Une espèce animale jouait un rôle particulier : cet animal dominait l’univers et son appétit des richesses du monde était immense.

Jadis, car cette espèce fut très longtemps présente sur la planète et naguère car elle n’a, pour ainsi dire, disparue qu’à une date récente, proche de nous.

Cette espèce qui se désignait elle-même par le nom savant d’Homo Sapiens se reproduisait par voie sexuée. Il existait entre des individus de l’espèce des différences de nature et de fonction qui les spécialisaient dans l’accomplissement, pour se reproduire, de tâches distinctes. On distinguait alors les mâles et les femelles ; cette distinction pouvait se faire aisément car les mâles et les femelles présentaient des caractéristiques physiques et mentales différentes : on ne pouvait s’y tromper.

Cela s’appelait le dimorphisme.

De nos jours, un grand nombre d’espèces animales qui fréquentaient par nécessité le Sapiens ont disparu ou sont en passe de disparaître. Celles qui survivent sont « cultivées » c’est-à-dire domestiquées et prêtes à être consommer.

L’espèce humaine s’est scindée en deux sous-espèces : les Hommes Mâles et les Hommes Femelles, couramment appelées Femmes.

La séparation n’est pas encore achevée totalement et pendant une période transitoire les deux sous-espèces vivent encore dans une confusion qui devrait bientôt cesser.

La confusion est due au fait que chacune des sous-espèces en question, quoique clairement définie, rencontre des difficultés pour assurer sa reproduction sans recourir au service de l’autre.

Le problème n’est pas à prendre à la légère : il y va de la survie des deux nouvelles espèces-en-puissance qui prendront pleinement leur place lorsque ces difficultés reproductives auront été résolues.

Exprimé trivialement, il faut que les Hommes-homme « inventent » des ventres et des ovocytes fabriqués par leurs soins afin que leurs spermatotrucs trouvent chaussures à leur pied.

Tout aussi trivialement, il faut que les Femmes (Homme-femelle) inventent des spermatotrucs dans des laboratoires de biologie reproductive pour féconder leurs ovochoses.

Il se peut qu’un accord entre représentants des sous-espèces permette dans un effort commun de résoudre ensemble cette délicate construction de bio-engineering.

D’autres voies peuvent être explorées pour résoudre ce problème de la reproduction des individus de chaque sous-espèce.

Une première réponse évidente est de pas mourir et au moins de vivre beaucoup plus longtemps : plus besoin ou moins besoin de fabriquer des petits d’homme qui de toute façon arrêterons de travailler et de cotiser bien trop tôt pour assurer la pitance des anciens toujours jeunes. Les spécialistes du transhumanisme sont en pointe sur ce sujet.

On écarte l’idée de recourir aux personnes issues de l’immigration, ce qui aurait constitué une réponse au siècle dernier, les hommes-d-ailleurs fournissant des spermatrucs et les dames-d-ailleurs des ventres avec ovochose, garnis en somme, avec tous les accessoires. Pourquoi les populations immigrées toujours abondantes ne seraient-elle pas également concernées par la définitive séparation des sous-espèces, fut-ce avec un léger retard bien compréhensible considérant le décalage culturel que leur impose cette démarche ?

Le processus doit donc se réaliser entre soi, dans chaque sous-espèce sans intervention d’individus de l’autre et nous restons devoir résoudre ce problème par culture du matériel approprié par chaque sous-espèce pour son usage propre. Un technicien de l’élevage fera remarquer qu’il faut bien au stade initial faire une entorse à ce principe :

Pour que les Femmes élèvent des spermachoses, il leur faut pour amorcer la culture un stock initial à partir duquel l’élevage se développera. Le choix de ce stock initial et sa composition sont des points importants de même que l’entrée des produits sur le marché. De nombreuses questions se posent sur le rôle de l’État et sur la réglementation qui ne peut manquer d’accompagner ces fabrications nouvelles.

Symétriquement les Hommes-homme devront à partir d’ovocytes-souches organiser des fermes à ovocytes et en organiser la commercialisation. Pour le ventre artificiel, la chose parait plus simple et normalement  n’importe quel bon brasseur ou distillateur devrait sans difficulté pouvoir mettre au point une sorte de cornue à bébé avec placenta de synthèse, produit finalement plus facile et disons-le, plus hygiénique à gérer qu’un ventre du temps passé.

Inutile de préciser que les organisations qui luttent contre toute forme de discrimination sont très attentives et suivent ces développements avec une vigilance accrue.

On notera que dans les contraintes qui viennent d’être exposées, on a utilisé à juste titre le mot souche pour qualifier les spermatozoïdes ou les ovocytes des stocks de départ : ces groupes de cellules sont souche car elles vont se reproduire et elles vont faire souche pour l’espèce qui se développe à partir d’elles.

Soyons optimistes et disons que ces dernières démarches techniques ne sont que des détails qui sont en passe d’être réglés : plus rien ne peut freiner la séparation qui devient définitive.

Nous vivons désormais sur une Terre sur laquelle cohabitent les Hommes et les Femmes.

On ne peut que saluer cette reconnaissance de la Femmitude trop longtemps retenue prisonnière dans les forteresses de l’Humanité.

Les deux espèces ne dépendent plus l’une de l’autre. Plus spécialement les Femmes ne sont plus dans l’abjecte sujétion que représentait, jadis et naguère, leur relation avec les Hommes et les Hommes ne subissent plus les foucades, sautes d’humeur et dépenses excessives en sacs à main qu’ils subissaient,  jadis et naguère.

Le monde connait une harmonie nouvelle.

 

2118  (extrait de presse)

    « Un véritable break-through dans le monde scientifique : des chercheurs de l’institut de biologie appliqué de Vladivostok associés à des équipes coréennes ont mis en évidence qu’il était possible par des procédés d’hybridation relativement simples et peu coûteux de réaliser des petits d’Homme ou des petits de Femme en mettant en contact –et c’est là où réside la partie confidentielle de cette nouvelle- des échantillons dûment sélectionnés d’Homme et de Femme selon un protocole encore tenu secret.

Un des problèmes qui reste à résoudre réside dans le fait que ce nouveau procédé –par ailleurs- prometteur, est que le petit ainsi produit serait indifféremment un Homme ou une Femme. Gageons que les équipes de Vladivostok sauront trouver une réponse et que, à la demande, ce protocole permettra de fabriquer des Hommes ou des Femmes sans que le hasard ne vienne perturber les nécessaires équilibres existant entre les deux espèces.

Des économistes Hommes (on ne connait pas d’économiste Femme) ont émis la crainte que cette avancée scientifique ne remette en cause l’existence même des filières de production de matériel génétique gérées par les Hommes et par les Femmes. Ces économistes pensent que cette mutation schumpetérienne aurait des conséquences sérieuses sur le PIB des Hommes comme sur celui des Femmes. Il est trop tôt pour imaginer que cela conduise à envisager un PIB commun. »

 

Cette petite blague est écrite en pensant à deux personnalités. Margaret Atwood dont l’imagination m’a séduit  depuis longtemps et Marlène Schiappa pour la même qualité. Au fil du temps Marlène exercera-t-elle la même séduction ?

Cette petite blague est surtout écrite en reconnaissance des progrès immenses que font réaliser à l’humanité dans son ensemble les mouvements féministes.

 

19 mai 2018

 

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13 mai 2018

Trump en images

 

Ce matin, je m’suis dit : Faut que ça sorte. Ça tourne dans ma pauv-petite tête toute usagée et ça ne prend pas forme. Ça reste en vrac et je suis dans la confusion.

Quelle confusion ? Une autre part de moi-même s’insurge. Aucune confusion, tu sais très bien ce que tu veux dire ; simplement, tu butes sur la forme que tu devrais-pourrais donner à ton propos.

J’ai du Macron et du Trump dans la tête.

Pour Macron, c’est finalement plus simple. Tu démarres sur un de ses derniers entretiens, puis tel le bonimenteur moyen du journal (télévisé ou imprimé) tu notes tel aspect de sa personnalité, traduit ou reflété par telle facette de son propos. Tu n’oublies surtout pas Ricoeur et la banque, et le tour est joué, tu tiens ton personnage. Il ne te reste qu’à gloser.

Pour Trump, c’est moins facile. Parler de Trump, c’est aborder le monde des Titans et des Cyclopes. Le monde du Chaos. Ces créatures de l’imaginaire antique obéissent à des forces brutes et donc brutales ; leurs logiques sont des logiques d’absolu où ne se glissent pas les notions d’équilibre, de mesure ou de simple sens commun. Elles agissent constamment par le tout ou rien et complication divine que provoque leur puissance totale, elles n’ont pas à justifier leur action ou à leur donner la moindre cohérence. Elles se meuvent au bon plaisir de l’instant. Même Agnès Fulda y perd son latin ou son linéaire B.

Ami de la facilité, je commence donc par Macron.

Quelle intelligence, quelle culture, quel esprit d’analyse, quelle femme charmante, quel personnage romanesque, quel sens de l’autorité de l’État !

Et si on le compare à ses prédécesseurs, quelle différence !

Voilà le truc, je n’ose pas dire l’entourloupe. Il est un tel progrès par rapport à la longue et interminable dégringolade Mitterand-Chirac. Il est un tel progrès sur ce brouillon maladroit de Sarkozy, tout empêtré dans la crise de 2008. Il est un tel progrès sur Culbuto, l’ineffable invertébré. Qu’on se prend à espérer.

Ardant comme l’homme jeune qu’il est, il séduit de larges segments de la France du centre droit et plus précisément de ce que j’appellerai la France productive, celle qui travaille pour produire de la richesse, de l’emploi et possiblement du Bien Commun. Il est apparu, je l’ai dit, comme le Divin Enfant.

Il la séduit, cette France, au point que désireux de lui laisser toutes les chances de réussir, elle ne voit pas ses défauts, ses lacunes et ses absences. Elle ne voit pas ou ne veut pas voir les sottises qu’il fait ou qu’il nous promet.

La liste est longue et les propos du Naïf n’ambitionnent pas de couvrir ce sujet.

Je ne parle pas des petites bêtises que l’exercice du pouvoir dans un pays aussi compliqué que le nôtre rend quasi-inévitables. Je ne parle pas des APL ou des 80 km/h qui sont comme des trous d’air dans le vol d’un gouvernement qui par ailleurs cherche son allure de croisière.

La réforme de la SNCF n’est-elle pas un de ces dossiers dans lequel on voit plus de vide que de plein mais qui présente un bel exemple de la cure qu’il convient d’appliquer à l’ensemble de la fonction publique.

Quant à la reculade de NDDL, je peine à la classer parmi les bévues anodines…

Non, je parle de sujets hyper... diraient les enfants, hyper importants et dont on ne fait aucune mention.

Je pense à la réforme fiscale qu’on attend. Sur ce thème, on ne voit que des bricolages embarrassés sur les impôts locaux à supprimer un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ; ou bien la Sapiconnerie absolue du prélèvement à la source dont on peine à entendre le début du premier mot d’une justification.  Mais qui va bien se mettre en place.

Je pense à ce non-sens cristallin du Service National revisité, ni civil, ni militaire, ni même tout à fait service. Il est bien évident qu’un mois de colonie de vacances après quasiment une vingtaine d’années de cure d’analphab(ê)tisme en ÉducNat va renforcer la cohésion nationale, sans toutefois assainir les comptes publics.

Je pense surtout à la définition de la politique énergétique du pays. Cette question est une friche absolue laissée à d’improbables squatteurs de la vie publique, à des pitres de l’écologie militante et inculte.

Se déroule en ce moment une consultation populaire qui doit aider à élaborer un programme de fourniture en énergie pour la décennie à venir. Le Gouvernement de la République laisse le dossier entre les mains d’un « collaborateur » de l’histrion-ministre… L’histrion en question est autorisé à s’exprimer pour nous dire que nous ne sommes pas désireux de savoir si nous disposerions de ressources énergétiques ou pire, que nous sommes désireux de ne pas savoir si ces ressources existent. Évidemment, ce ne sont pas des choses qui méritent qu’on s’y attarde puisque la dépense en achat d’énergie (dépense tout fait incompressible) ne s’exprime qu’en centaines de milliards et on peut garantir son envol prochain et un doublement probable.

Et puis, chef d’œuvre absolu, la Loi de Transition énergétique est gravée dans le marbre.

Ségolène a promis qu’on fermerait les centrales nucléaires ; il ferait beau voir qu’on revienne sur cette promesse. Le mouvement ne s’arrêtera que lorsqu’EDF aura rejoint Air France et la SNCF sur la liste des « Fleurons Nationaux Faillis ».

Je pense à la dépense publique.

Mais j’ai déjà radoté toutes ces choses et je constate, navré en diable, que notre Président touche-à-tout a une fâcheuse capacité à ouvrir des tiroirs vides ou pleins de poussière tout en évitant soigneusement les sujets qui font mal et qui requièrent d’être traités autrement que par de prétendues consultations populaires.

Curieux que des sujets de cette nature ne soit pas considéré par Macron comme des sujets fondamentaux, curieux mais hélas, trop facilement explicable. Car il s’agit de problèmes à la jonction de l’économique et de la technique. Hors, il est patent que les Ingénieurs, les Techniciens, ceux qui au moins jusqu’à un certain point savent comment marchent les machines, tous ces gens ont disparus de la vie publique.

Il y aurait bien le Polytechnicien occasionnel mais le brave garçon, sitôt sorti de l’École a filé en droite ligne dans une propé hâtivement cuite à SciencePo avant que d’intégrer l’ENA, comme une prise de guerre d’une tribu sur la tribu rivale : histoire de Hurons et de Comanches, en somme. Il deviendra définitivement Huron en rentrant au cabinet d’un sachem ministre en affaires de ceci ou de cela. D’expérience industrielle, de métier, de mission il ne sera jamais question et il deviendra du personnel politique ordinaire.

On utilise le mot technocrate pour qualifier ces personnels de l’administration qui peuplent nos ministères et en justifient les budgets : crates peut-être, technos sûrement pas.

Macron laisse donc déjà et « en même temps » un goût d’à peu-près, une odeur de brouillon, une ébauche sans architecture et du bruit sans mélodie.

Trump est un autre personnage et quel personnage !

Parlez de lui fait surgir trois images lesquelles se superposant, se confondant nous en donneraient une caricature-estampe comme les dessinaient les illustrateurs des journaux satiriques du 19ème siècle.

 

La première de ces images est celle de l’Ubu Roi qui éructe sur la scène (internationale) ses tweets de merdre. Elle est séduisante, cette image. On l’entend bien actionner la pompe à phynance, on l’entend nous dire « je veux m’enrichir, je ne lâcherai  pas un sou » ; on le voit manier le crochet à Nobles et disgracier les magistrats ; il proclame qu’il recommande la torture avec délice et publicité. Et la mère Ubu, « lui en a-t-elle tirée des carottes » ? Séduisante l’image car le fantasque et le bouffon éclatent et sidèrent comme éclate et sidère l’invraisemblable trumperie à laquelle nous assistons. Mais la farce ne suffit pas.

Cette farce qu’il nous joue est une manipulation du Destin.

Autre image qui nous vient des temps pré-olympien quand Cronos régnait et que des puissances obscures qu’on ne savait comment adorer et apaiser laissaient l’homme seul dans son effroi. Le temps des Titans, des Cyclopes, le Temps qui nous entraine vers le Chaos. Cette image « marche » bien, elle aussi. Un personnage improbable et totalement hors-jeu désorganise un monde dangereux et incertain pour le transformer en quelques instants en un abime noir et profond dans lequel, tel un démon, il entraine toute l’humanité impuissante. Ce qui accentue cette face démonique du personnage est la versatilité et l’imprévisibilité des décisions prises qui apparaissent parfois comme de simples revers du destin. Cependant, c’est lui faire bien de l’honneur que de le faire s’asseoir, fut-ce par moquerie, à côté des Dieux antiques et cette image est trompeuse car en réalité la véritable image qui formera le fond de notre caricature est celle du chef de clan des âges farouches.

 

Oui, c’est à l’homme des cavernes, au troglodyte qu’il faut recourir pour comprendre notre héros. Il est celui qui règne sur son clan de manière absolue ; il est celui qui possède la plus grosse massue et le plus gros sexe ; il est celui à qui on ne peut résister, devant qui il faut s’incliner et dont la parole devient loi. Il est le roi du Deal.

C’est une promotion que de passer d’une demi-mafia newyorkaise au statut de gros méchant des temps anciens.

Dépassés les Mobutu, les Kabila, les Mugabe, enfoncés les Imin Dada, les Taylor et tous les dictateurs africains de pacotille avec leurs coupecoupes et leurs kalachs. Bienvenue au Tyrano Rex de la puissance totale qui obéit à ses pulsions puisqu’il en a les moyens. Il est le négatif de notre Macron qui a –peut-être- une vision politique mais qui n’a pas les moyens de la mettre en œuvre et qui rame, qui rame, qui rame…

 

E5 Trump1

 

 Puissance totale financière et monétaire. Et militaire.

Notre homme tient l’Europe et un bon nombre de ses alliés-amis-affidés par les burnes et nonchalamment appuyé sur son gros gourdin, il peut décréter que l’Otan fera ceci ou cela, se retirera ou pas, agira ici ou là ; il peut décréter que Total ne fera pas de gaz en Perse ou qu’Airbus peut déchirer ses contrats comme on jette un vieux ticket de loterie lorsqu’on n’a pas tiré le numéro favorable. Il est le King Dollar.

Négocier, pourquoi ? Son Dollar, arme de destruction massive entre les mains de la Justice américaine, permet tout et donne le pouvoir absolu, bien supérieur à celui d’un appareil militaire pourtant écrasant.

Les forces armées américaines grosses d’un million et demi d’hommes sont présentes dans un peu plus de la moitié des pays des Nations Unies. Les performances de cette armée sont discutables et l’expérience nous montre qu’une fois passé le stade du déluge de feu, sur le terrain des guerres asymétriques le soldat américain n’est pas le personnage de légende que nous présente Hollywood. Mais il a, sinon de les gagner, le pouvoir de déclencher des guerres qu’il ne finira pas.

En cela, le Trump, homme à la massue sorti des romans des frères Rosny rempli-il ainsi le rôle de messager du destin affublé des habits du pitre.

 

Je ne suis pas convaincu d’avoir quitté les rivages de la confusion mais j’ai sorti mes images de là où elles venaient : ma pauv-petite tête toute usagée.

 

13 mai 2018.

Signe des temps : jour de commémoration, anniversaire du mois de mai 68. Je tends l’oreille et j’attends en vain : pas la moindre évocation du 13 mai 58. Ma mémoire suffira-t-elle à réparer cet oubli ?

 

 

 

 

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05 mai 2018

L’artefactisation (2nde partie) : L’homme sous cloche

 

 

Quand j’étais enfant, sur le buffet Henri II de la grand-mère ou sur la commode du salon se trouvait communément, toujours, un objet de valeur, valeur sentimentale le plus souvent, dûment protégé des mains des petits par une cloche de verre. Être sous cloche était le signe d’une grande sacralité. Ainsi traitait-on les objets de mémoire.

 

Les cloches de verre ont disparues ; elles n’abritent plus la pendulette ou la photo du poilu ou la couronne de la communion de la petite. Ces choses du siècle dernier n’existent plus que dans ma mémoire et le meuble IKEA ne connait pas la cloche de verre. Il me faut avouer aussi que lorsque je dis siècle dernier, je parle naturellement du 19ème siècle. S’agit-il d’un « effet retard » qui ferait que des adhérences anciennes persistent qui nous font ne pas oublier complètement ce que furent nos parents ?

 

J’en étais encore à mes histoires d’artefactisation et à mon jeu de mot. Artefactisation pour ne pas dire marchandisation ou chosification ou ne pas utiliser le prétentieux couteau suisse de la réification. Mais tout ceci est à mettre dans le même panier : l’homme ne voit plus son semblable mais voit l’usage qu’il peut en faire, le profit qu’il peut en retirer, la jouissance qu’il lui apportera.

Tous les rapports entre les hommes s’effectuent sur cette ligne de crête entre le commerce légitime des membres d’une communauté large, au-delà de la famille, et l’exploitation, nécessairement marquée par de la violence, d’un individu par un autre.

 

Commerce légitime suppose autonomie de chacun et, audace du mot, liberté de chacun. Je suis dans l’utopie car la mosaïque des rapports entre les individus du groupe n’autorise pas cette liberté.

Mais il faut tout de même qu’il y ait l’autonomie physiologique sans laquelle il n’est plus d’individu.

Voici un nouvel animal : l’autonomie physiologique.

Je ne peux m’empêcher d’enfourcher mon dada et de parler d’autonomie énergétique : hydrates de carbone, protéines, un peu de graisse, mais pas trop et de l’oxygène. Donc calories, circulation sanguine et respiration, tube digestif et système de filtration, bref, la machine humaine primordiale avec les relations sensorielles requises dans un cerveau « à minima ».

Et sur un autre plan, l’autonomie de la pensée, plus délicate à définir, impossible à définir ; l’animal est farouche, ne se laisse pas cerner.  Pour simplifier, j’oublie les étages supérieurs de cette fusée, la transcendance mais il reste toujours les premiers circuits ; sensations, du nerf, que diable ! Et des enzymes, des chimies subtiles qui transmettent on ne sait quoi, de l’information dit-on de nos jours et crac-boum-hue, surgit l’image mentale et la pâte blanchâtre fabrique du mouvement, du mot, de la vie. Il faut bien revenir à ce gros mot là. La vie.

Alors, deux conditions : pour vivre il faut satisfaire aux deux : se nourrir et que le cerveau remplisse son rôle de metteur en scène du moment de vie que va interpréter l’homme qui vit.

Une autre formulation : la machine donne l’apparence du fonctionnement si elle se nourrit ou si elle est nourrit, mais l’homme ne vit que si sa tête fonctionne elle aussi. Ce qui ne signifie pas qu’elle fonctionne comme il le faudrait, mais ceci est une autre histoire.

 

Où veut-il en venir se dit le lecteur ? Pourquoi remuer pompeusement de telles évidences ?

 

Vincent Lambert.

 

Le 29 septembre2008, un accident de la route provoque un traumatisme crânien qui plonge Vincent Lambert tout juste âgé de 32 ans, dans un coma végétatif, dont il sortira pour atteindre un état de conscience minimal, dit 

pauci-relationnel.

Plus de cinq ans s’écoulent. Vincent Lambert est dans son lit et des tuyaux le maintiennent ligoté au monde des hommes, lui procurant le sucre et l’eau qu’il n’ingèrerait pas seul.  La sévérité de l’atrophie cérébrale et des lésions observées conduisent, avec le délai de cinq ans et demi écoulé depuis l’accident initial, à estimer les lésions cérébrales irréversibles. L'équipe médicale responsable de Vincent Lambert décide collégialement dans le cadre de la Loi, que le maintien des soins d’hydratation et d’alimentation constitue dans ce contexte une obstination déraisonnable, et décide de cesser peu à peu de l'alimenter et de l'hydrater.

Comme on dit de nos jours : le diable est dans les détails. Le détail en question est le « peu à peu » de la décision.

Ce « peu à peu » laisse le temps à des membres de la famille de saisir le tribunal administratif pour s’opposer à cette décision ; ce dernier ordonne en urgence le rétablissement de l'alimentation et de l'hydratation artificielle 17 jours après son lancement.

 

Débute ainsi le feuilleton, car le Tribunal administratif vient de déboucher l’urne de Pandore en déclarant implicitement que le désir de la mère de Vincent de maintenir en vie végétative son fils primait dans l’instant la décision légale prise par les responsables de l’équipe médicale et la femme de l’accidenté.

 

Je passe sur le feuilleton, toujours d’actualité, qui nous fait visiter comme dans un jardin à la française, propre et ordonné, le ministère de la Santé, le Conseil d’État, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, les Présidences de la République (1) et les cohortes d’experts et les Belles Âmes et Dieu sait quoi encore. Je ne vois qu’une seule lacune, Dieu justement : le Vatican n’a pas été sollicité ou du moins nous ne le savons pas ; oubli ou prudence épiscopale ?

 

Ainsi nous disposons d’un corps (humain) qui ne peut se nourrir mais qui respire ; ce corps dit le médecin n’a plus « sa » tête et cette dernière, à la différence de la queue du lézard, ne repoussera pas.

 

Certains, le médecin, la femme, une large partie de sa fratrie, le législateur considèrent alors être en présence d’un objet physiologique, victime du destin et c’est fort triste ; mais cet objet ne peut plus participer à la vie sociale qui est la nôtre. Il est inutile. La société ne peut manquer de considérer que la conservation de cet objet a un coût et que ce coût n’a aucune justification car le médecin déclare la guérison impossible : Vincent n’est plus un patient.

Pour ceux qui entendent ce propos et qui pensent qu’il n’y aucun sens à conserver indéfiniment l’objet en question, l’arrêt des soins semble légitime.

Il y a au moins deux personnes pour lesquelles la décision a une importance particulière.

Mme Lambert, la veuve, qui était une jeune femme au moment du drame et qui depuis dix ans voit sa vie saccagée par un drame que sa belle-mère entretient avec un soin scrupuleux en explorant toutes les ressources d’une justice prompte à mettre en cause le pouvoir de l’État et les décisions du médecin.

Je déteste et rejette cette idée répandue qu’on « doive faire son deuil » ; pour cette pauvre victime de l’accident (comme son mari) je souhaite simplement qu’elle puisse, non pas refaire, mais simplement poursuivre sa vie ; autrement qu’en auditrice impuissante des gémissements de sa belle-mère.

Je suis l’autre personne pour qui la décision est importante car je suis le citoyen qui observe une fois encore le flottement de l’autorité dans la gestion d’une décision prise (2) et le contribuable qui, depuis dix ans supportent la conservation d’un objet inutile dans le cadre d’un système dont on me dit qu’il est « au bout du rouleau ».

 

Pour d’autres, les parents et semble-t-il, surtout la mère le pauvre garçon est toujours en vie. Qu’il soit ou qu’il ne soit pas susceptible de retour à la conscience n’est pas le sujet. Il respire et son corps réagit parfois à des sollicitations extérieures. Il est facile, en réagissant à la brutalité de mon propos du paragraphe précédent d’adopter cette vue du drame. Le catholique ne peut pas être insensible à l’argument et chacun entend le désespoir de la mère qui s’exprime, et il ne s’agit plus d’un jeu de mot, par l’Espoir.

Sympathie et compréhension.

Je note que cet Espoir ne se contente pas de la prière pour se « faire entendre ». C’est un Espoir procédurier et diligent et tenace et influent et médiatique.

Qui paye ? Je ne sais pas mais quand on a la Foi, on ne compte pas.

Je note aussi que la belle-mère ne parait guère concernée par l’épreuve que subit sa belle-fille, la veuve. Étant « en même temps » naïf et cynique, je pourrais y voir une forme de rivalité de bonnes femmes à la sauce catho : la chose n’est pas rare.

Dix ans, c’est tout même long. L’Espoir pourrait se faner s’il n’était pas devenu une Cause.

 

Une nouvelle fois, la quatrième, l’autorité médicale responsable décide l’arrêt des soins et une nouvelle fois, hier, le 2 mai 2018, le tribunal administratif refile la patate chaude à une nouvelle commission d’experts, pardon un collège, désigné(e) par cette juridiction, qui de la sorte, s’en mêle sans s’en mêler. Le collège dispose d’un mois pour rendre son avis.

Je prends le pari que cet avis conduira à la nécessité de nouvelles études, de nouvelles expertises, de nouveaux avis et que les chœurs des pleureuses applaudiront les nouveaux délais ainsi accordés à « l’objet » de mon propos.

Rendez-vous fin mai.

 

Enfin, pour conclure et avec la brutalité qui me semble nécessaire après dix ans de pataugeage sentimentaux-catholiques, il serait temps de dire à Mme Lambert, la mère que si elle veut garder son fils pour elle, avec elle, toujours en elle, elle est bienvenue à le placer sur le manteau de sa cheminée sous la cloche en verre qui ne peut manquer de s’y trouver. Â ses frais.

 

Pour moi, Lambert, c’est de la dette.

 

Pour le propos du Naïf et sur le sujet de l’artefactisation, Lambert n’est pas en artefact réalisé mais un artefact advenu.

 

05 mai 2018

 

  1. 1.       19 janvier 2017 : Le président français François Hollande répond publiquement à une demande écrite qui lui avait été envoyée par François Lambert (le neveu de Vincent Lambert). Il refuse de prendre position ou d'engager une quelconque action envers le CHU, estimant que « ce ne peut pas être le président de la République qui en décide : c'est l'équipe médicale, c'est avec la famille ».
  2. 2.       Léonarda, NDDL, Facs-en-tout-genre et toutes les Zaderies tolérées. Jusqu’à l’interdiction évidemment faite aux Forces de l’Ordre de simplement se défendre.

 

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28 avril 2018

L’artefactisation de l’homme.

 

Ce n’est qu’un jeu de mot. Se poser une question, tenter de comprendre revient toujours à mettre un mot, des mots sur des images mentales qui flottent en nous et que nous brulons, animaux sociaux que nous sommes de « dire » aux autres.

Le mot qui, aujourd’hui m’arrête, mot que j’ai déjà souvent employé est le mot Artefact.

Il est largement répandu dans le vocabulaire des archéologues et des électroniciens (1) mais ici, on retiendra le sens général : un produit ayant subi une transformation, même minime, par l’homme et qui se distingue ainsi d’un autre provoqué par un phénomène naturel. (wiki)

C’est l’étymologie qui impose cette lecture : la chose est faite –par l’homme- avec un certain art : c’est une fabrication et il a fallu agir sur la nature pour produire cette chose.

La nature : vaste programme ou plutôt vastes champs d’action, ce qui d’entrée de jeu conduit à distinguer le monde minéral et le monde du vivant.

Pour l’action de l’homme sur le monde minéral, il n’est guère besoin de mener des analyses compliquées : la séquence commence avec la sélection du galet que David place dans sa fronde et se terminera avec le désastre nucléaire qui, auraient dit les anciens, nous pend au nez. Il aura fallu passer par les étapes de la pierre taillée et de l’essieu durci au feu, de la métallurgie « faite au bois » puis au charbon, de la vapeur puis au pétrole et à son fils ainé, le moteur à explosion pour aboutir à la merveilleuse omnipotence de la fée électricité. Comme aime me le rappeler tel de mes petits-enfants : T’occupe, je maîtrise !

Je ne partage pas son point de vue : nous ne maîtrisons rien et nous consommons tout. (2)

Cette course du/au progrès s’inscrit sur une courbe qu’on ne risque pas (merveilleux faux-sens inscrit depuis peu dans la novlangue)  « d’inverser » et qui est très semblable à la courbe de la consommation d’énergie dans le monde au fil de l’histoire.

Cette énergie, avant de la trouver dans le sol (on la dit fossile (3)) l’homme l’a d’abord et très, très longtemps trouvée dans le monde vivant et seulement dans le monde vivant, en fait jusqu’au charbon.

D’abord le bois consommé pour nous par le feu.

Le feu trouvé on ne sait où, mis dans la cage qui le désignera, puis tel le magicien d’Aladin sollicité à la demande par frottement ou par l’étincelle de la pyrite ; le feu qui mène notre monde.

Le bois qui construit la hutte puis la cabane puis le toit du Parthénon.

Et l’antilope qui devient vache, la chèvre et le mouton qui rentrent aux étables, et le loup qui devient chien et le cheval qui pour nous et avec nous fait la guerre de mouvement et tire l’araire.

Et l’herbe qui devient blé ou riz ou quelque autre céréale, ou salade ou tabac ou clé des rêves.

L’homme ne s’est pas contenté de consommer le vivant ; il l’a façonné et modifié à sa guise pour en augmenter la qualité et la disponibilité. Il ne mange et ne côtoie que le Vivant qu’il a fabriqué, je dirais trafiqué et pour clore ces évidences et justifier le jeu de mot, artéfactisé.

Mais l’homme par un de ces « en même temps » commodes, œuvre sur une autre matière vivante: lui-même ; elle est éminemment disponible et il peut exercer ses talents et son industrie sans limite.

Le plus prodigieux des artéfacts que l’homme ait réalisé avec et sur l’homme est le langage. La parole jetée sur l’autre rebondit et s’enrichit de chaque nouveau rebond pour devenir le mot qui supportera la pensée et qui, et qui…

Cela commence avec le lien social élémentaire, celui de la famille et cela continue après des millénaires d’Histoire –est-ce un achèvement ?-  par la rencontre entre Oncle Trump et Donald Kim qui vont prendre langue. Espérons qu’ils n’aient pas –une nouvelle fois- des mots.

Ref :  Le mot,  03 février 2018.  Retour sur le langage,  06 février 2018

 Mais le langage n’est pas le seul facteur qui ait modifié l’homme en l’éloignant toujours davantage de ses origines, de sa condition d’homo. Le langage,  cause et effet de la socialisation, s’accompagne d’un cortège de comportements et de conditions lesquels inexorablement, suivant des mécanismes secrets, provoquent des changements de l’animal. Il est toujours oiseux en ces matières de chercher à distinguer l’œuf et la poule et il faut se contenter de constater que les modifications sont advenues.

La science nous dit sur ce sujet des choses nouvelles, chaque jour, en détricotant l’ADN des anciens et en précisant du mieux possible leurs conditions de vie et leurs histoires.

En poursuivant le jeu de mot, on pourrait dire que le développement de l’espèce, son évolution et le progrès sont les résultats de l’artefactisation de l’homme sur l’homme.

Certainement ce schéma de développement d’une espèce s’applique à toutes les espèces ; la particularité de l’homme est qu’il effectue ce changement avec semble-t-il une extrême rapidité.

Et comment expliquer que certaines espèces semblent figées à un stade donné de leur évolution ?

Je ne parle pas ici de l’emploi d’objets ou des pratiques que l’homme met en œuvre pour vivre mieux ou plus longtemps. De tout temps il a été fait recours à la jambe de bois, aux béquilles et au fameux crochet du Capitaine en même temps que se psalmodiait l’incantation, s’administrait la simple ou que le Diafoirus saignait encore et encore l’agonisant.

Non, je parle ici de cette pratique que nous avons largement utilisée et que nous amplifions constamment à coup de progrès socio-technologiques qui consiste à utiliser l’homme comme une matière première disponible pour que d’autres hommes puissent en faire l’usage qui leur convient.

Tout de suite, on remarque que vient d’être donné une définition, insuffisante mais néanmoins assez explicite de ce qu’est l’esclavage, qui est certes fort mal considéré mais fort pratiqué sous de multiples formes. Dans l’esclavage, l’homme est pris dans son ensemble pour son travail d’abord, comme une source d’énergie, alternative diraient les écolos (bilan carbone médiocre : émet trop de GES) ou comme fantaisie sexuelle.

La chirurgie pour l’essentiel  a permis de ne pas faire que « le gros » et de passer « au détail » en traitant le corps humain morceau par morceau.

Sur les morts dans un premier temps ; le mort « frais », de fraiche date, dont les organes palpitent encore ; que l’on peut tel la pièce de rechange insérer à l’emplacement prévu à cet effet. Tout y passe, du plus rustique au plus sophistiqué, cœur, main, visage, que sais-je ?

Le mort est-il d’accord ? On ne peut le savoir mais notre législateur ou notre « réglementateur » nous dit que son consentement est implicite. Cela ne me choque pas, alors que certains, proches d’un défunt s’en offusquent, considérant que leurs lares et leurs pénates ont droit de propriété sur l’enveloppe du disparu ; qui doit être incinérée (c’est la mode, pas très écolo) ou enterrée (c’est la tradi, mais le foncier se raréfie) ou immergée aux caprices du fleuve (ailleurs).

Une réserve : De son vivant, on peut faire savoir qu’on ne participera pas à ce grand jeu de la casse aux pièces détachées pour bonshommes en panne mais il faut aviser « the powers that be ». Cela ne me concerne pas ; mon stock est périmé.

Mais enfin de la pièce détachée, il n’y en pas  que sur le mort ; le vivant offre 6 ou 7 milliards de petites surfaces, sortes de superettes ; et dans chaque petite surface, toutes les pièces sont disponibles. Sur le marché, pourrait-on dire. Il est donc inévitable que le marché s’empare du sujet et que la loi de l’offre et de la demande exerce ses effets bénéfiques. Il y a des pays producteurs et des pays importateurs ou plutôt des pays transitaires qui organisent l’échange entre le rein de l’un contre les dollars de l’autre, moyennant un tâcheron-chirurgien (de qualité) et une honnête commission.

En Chine, les gens sont mauvaises langues, il parait même que la chose est organisée par le Parti ou par l’Armée au profit des cadres du Parti ou des officiers généraux de l’Armée, la matière première et surtout le rein étant prélevé sur tel ou tel indésirable du régime. Le rein fait l’objet d’une forte demande et le tâcheron peut relever de la médiocrité ordinaire. Le rein ou le foie, c’est selon.

 °°°°°°°°°°°°

Nous vivons une époque merveilleuse car à chaque augmentation de la dette, dette qui chacun le sait bien, est notre tsunami à nous, surgit telle une fleur née de l’humus un nouveau Droit ; ce nouveau Droit devient en un instant une plante puissante qui associée aux autres Droits participe à la luxuriante forêt des Droits qui embellit de son ombre protectrice notre Société de Progrès.

On notera que les Droits évoqués ici ne sont pas absolument identiques aux Droit de l’État du même nom ; cependant le Magistrat et le Législateur, hommes de Progrès font en sorte que, bon an mal an, les différences entre ces entités disparaissent : cela s’appelle la jurisprudence et l’évolution sociétale. En prime, cela confère au Magistrat un certain rôle politique que l’esprit de nos Loi aurait vocation à ne pas lui conférer.

Quel est ce Droit nouveau qui me chatouille ou me gratouille ?

C’est un de nos dernier produit garanti « pur individu autonome », garanti sans contraintes sociales, garanti « tout déconstruit » et ne contenant que de faible quantité de sens des responsabilités. Aux Normes Européennes. Je parle du Droit à l’Enfant.

C’est un Droit lié nous dit-on à un irrépressible Désir. Je veux dire le Désir d’Enfant. (4)

Du désir d’enfant résulte naturellement le droit à l’enfant car notre société ne saurait consentir à moduler un désir aussi légitime puisqu’inscrit dans les gènes et dans les Lois divines et variées.

Il est précisément inscrit dans ces registres comme une nécessité de l’espèce et, par essence, comme une capacité de l’espèce. C’est ici le point important : dans ce cadre des lois naturelles et de beaucoup de lois des hommes les deux notions sont indissociables : je peux faire des enfants et j’ai le droit de faire des enfants. Droit et Capacité ne sont pas distinctes mais nécessairement siamois. (5)

En oubliant cette association on arrive au Droit à l’Enfant pour tous ; merveille d’égalitarisme, tous pareil, tous les mêmes droits, tous assistés et pris en charge, tous dépersonnalisés.

L’obstétrique s’enrichit alors des artifices du bricolage.

Le sperme de papa sur le marché, l’ovocyte de maman au frigo, le ventre de la roumaine sur étagère et, on en rêve, le tube à essai de dimensions appropriées avec liquide amniotique de chez Mylan ou Biogaran, livré en 24 heures par Amazon si vous êtes Prime. (6)

Applaudissement des belles âmes : le progrès est arrivé et l’heure du bébé pour tous a sonné.

L’heure du bébé qui est l’heure de la fabrication du bébé. Si Ikea ne s’obstinait pas (manque d’envergure commerciale) à faire dans le meuble, que ne pourrait-il faire dans le domaine du kit à assembler soi-même ? Et puis un nouveau bébé, c’est un peu comme une voiture neuve avec son cortège d’odeurs et de gadgets à découvrir. Ce sont des moments merveilleux dont nous avons tous le droit de bénéficier. Si j’étais cégétiste, j’y verrais un acquis et je ferais en sorte que le droit du travail s’enrichisse de cette possibilité...

Ridicules les pauvres gens qui s’obstinent à faire leurs bébés par des méthodes archaïques et, je le dis, pas toujours très hygiéniques ; à l’ancienne, au feu de bois en somme.

J’arrête. Je ne devrais pas ricaner sur ce sujet car au bout du compte et que ce soit bricolage ou pas, à la fin il y a un enfant qui a, lui, réellement des droits et plus précisément le droit de savoir qui il est, de connaître sa naissance, pour le meilleur et pour le pire. Un enfant qui a le droit de savoir qu’il n’est pas le « produit » d’une fabrication réalisée dans le but de satisfaire un besoin supposé suivant une nécessité à laquelle le futur « Possesseur » n’aura pas été capable de répondre.

J’ai coutume de dire qu’un enfant advient : il est à la fois avenir et aventure. Avenir et aventure de l’humanité. Il est une surprise.

Ce n’est pas un artefact et la surprise ne se trouve pas dans un paquet entouré d’un ruban chez le faiseur du quartier.

 

28      avril 2018

1.        En archéologie, les artéfacts constituent une partie du mobilier, en même temps que les structures qui relèvent de l'immobilier, l'ensemble formant ce qu'on appelle un contexte archéologique. Le mobilier se compose des artéfacts, objets fabriqués par l'homme, et de prélèvements qui peuvent relever de l'environnement (sols, encaissant, pollens...) ou résulter d'activités humaines (faune, charbons, graines récoltées, etc.). Un artéfact est aussi un effet indésirable, un parasite par exemple en électronique

2.        Les belles âmes qui croient que l’humanité va cesser de consommer pour tel ou tel motif impérieux n’ont pas pris conscience que ces préoccupations d’économie ne sont que la traduction vaguement culpabilisée de ceux-là même qui consomment presque tout et que le souci qu’ils expriment ne peut être partagé par ceux qui n’ont rien et ne consomment pas

3.        Il faut « fouiller » pour trouver cette énergie

4.        Le désir d’enfant. J’ai ressenti parfois et très brièvement ce désir mais je peine à croire qu’il soit une force et une urgence réelle chez la plupart des personnes qui l’exprime. Je crains qu’il ne s’agisse plutôt de la satisfaction d’une sorte de conformisme « sociétal ». Suis-je trop cynique 

5.        Droit et capacité. La procréation n’est pas le seul sujet à propos duquel ce découplage intervienne. Je mets dans ce panier d’une façon assez brutale : l’ÉducNat et l’accès à l’Université et summum de la chose un droit égal pour tous à travailler ou (rayer la mention inutile) à ne pas travailler.

6.        Produit générique, voyons !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 avril 2018

Les réformes du Divin Enfant prennent le Train : Est-il à l’heure ou un peu en avance ?

 

Mais, Bon sang de bonsoir, Quelle purée ! Que de sottises alignées comme des perles !

Je parle de la convulsion médiatique et syndicale provoquée par le malencontreux projet de réforme de la SNCF. Malencontreux parce que maladroit. Maladroit car il concerne « en même temps » des interlocuteurs différents. Malencontreux et maladroit et cependant indispensable.

Qu’il faille à un moment donné s’attaquer au problème du fonctionnement de la SNCF est une évidence.

Qu’il faille attribuer la dette de la SNCF au véritable débiteur est une évidence.

Qu’il faille considérer les injonctions de Bruxelles pour ce qu’elles sont…

Et enfin que la France se dote d’un Ministère des transports et de l’Aménagement du Territoire qui ne soit pas un lieu d’asile pour personnalités politico-médiatiques par ailleurs inutiles et inclassables…

La France n’est pas que la fille ainée de l’Église ; elle est aussi le pays de la centralisation et le pays des monopoles d’État. Dans de nombreux domaines cette façon d’organiser la vie économique de la Nation a donné de très bons résultats. Elle a aussi conduit à des échecs souvent dus au fait que le pouvoir politique considérait la direction des Entreprises Publiques comme des sinécures commodes aux incompétents de l’oligarchie.

Nous disposons, seuls au monde, d’un réseau et d’un appareil de production électrique qui est « en même temps » le plus sûr, le moins coûteux et le plus écologique du monde.

En dépit des critiques le réseau ferroviaire et la SNCF est sans doute le plus performant qui soit au monde.

Notre réseau routier est indéniablement exemplaire.

Et notre système de santé en dépit de ses incohérences et de son coût est sans doute, là encore, le ou un des meilleurs du monde.

Mais le Plan Calcul n’a pas fonctionné, l’ÉducNat pourrait faire mieux et L’Université s’égare.

Mais notre Industrie est morte et l’emploi avec.

Mais nous n’avons plus de Ports; Marseille est une ville fossile.

Mais nos agriculteurs se suicident.

Cette culture jacobine, inscrite dans les territoires ne s’efface pas d’un revers de Traité Européen ou par les foucades de Lois de Décentralisation plus ou moins mal foutues et empilées en tas comme des ébauches rejetées.

Cette culture et les achèvements qui lui sont associés entraient et entrent toujours en conflit avec la vision de l’Establishment Bruxellois pour qui la libéralisation financière et la destruction des économies dirigées prévaut sur toute autre considération historique ou simplement pratique.

Mais la France a perdu pied en Europe et nous obéissons faute d’avoir su commander.

Ces conflits entre notre pratique centralisatrice et le libéralisme des agioteurs luxembourgeois et bataves dans lesquels nous cédons toujours sans grand combat surplombent de façon incongrue les programmes de gestion et de développement de nos grandes entreprises publiques : la SNCF et EDF. Ils réapparaîtront en toile de fond dans les brefs développements qui suivent.

Sur ce sujet, l’État est seul avec sa créature, l’Europe, et le cheminot est un citoyen ordinaire.

La maladresse du Gouvernement est lié pour l’essentiel au fait que, emporté par son élan réformateur, le gouvernement a présenté de façon assez primesautière un projet de réforme qui recouvre des domaines bien distincts qu’il n’était en rien utile de réunir sous le même titre.

L’aspect institutionnel

L’Europe demande à ce que, au moins au plan comptable les activités gestion du réseau ferré et exploitation de ce réseau soit distincte.

La France en 1997 est allée en apparence plus loin puisque les deux entités ont été dans une première phase séparées.

En apparence car le propriétaire du réseau, RFF,  n’était en réalité qu’une façade juridique qui confiait son activité opérationnelle à son unique client-utilisateurs. La SNCF payait à RFF le droit d’utiliser le réseau et faisait payer à RFF le fait qu’elle en assurait la gestion…Mais dans le processus la dette avait été transférée en majeure partie chez RFF et de toute façon ne participait  pas à la dette de l’État, ce qui, in fine semble être l’objectif de ces montages et de ceux qui suivront. Cette situation baroque dure cependant quelques années pendant lesquelles SNCF perd les 2/3 de son activité fret…

Enfin en janvier 2015 les deux branches de l’activité ferroviaire sont de nouveau regroupées sous l’appellation SNCF qui devient une EPIC mère assurant la coordination d’une EPIC Réseau et d’une EPIC Mobilité. Il serait tentant d’oublier les 650 autres filiales de droit privé tenues par la société de portefeuille SNCF Participations : cela ne donnerait pas une idée claire de ce qu’est la complexité du Groupe SNCF.

Un lecteur curieux trouvera en Annexe 1 un document de septembre 2014 expliquant cette organisation du groupe.

Le projet de loi, présenté le 14 mars, prévoit de transformer ce statut juridique de la SNCF, actuellement Établissement Public à caractère Industriel et Commercial (Epic), en société anonyme (SA). Une "SA" n'est pas forcément privée et, dans ce cas, les deux branches de la SNCF deviendraient des "sociétés nationales à capitaux publics". Le statut de "SA", s'il permet de lever plus facilement des fonds, a en revanche un fonctionnement très cadré, avec de plus fortes contraintes concernant son endettement. Mais une "SA" est aussi la forme juridique la mieux adaptée pour une entrée en bourse. Ce qui pourrait, plus tard, ouvrir à la possibilité d'une privatisation.

Sur ce sujet, l’État est seul et le cheminot est un citoyen ordinaire.

La dette

Elle est pour l’heure logée chez Réseau pour 47 milliards et chez Mobilités pour 8 milliards. L’entreprise supporte le service de cette dette.

En réalité il n’existe qu’un seul débiteur ou plus exactement 65 millions de débiteurs.

Donc le problème de cette dette est double :

Elle en doit pas peser sur la gestion de la SNCF et il faut qu’elle bénéficie des taux les plus avantageux.

La réponse est clairement à Bercy mais, au train où est menée la réduction des dépenses publiques on peut craindre que l’objectif du respect des limites du déficit ne conduise Bercy à repousser la décision, cependant inéluctable, d’enregistrer cette dette dans les comptes de l’État.

Il faut ensuite et surtout ne pas rester dans les schémas qui ont conduit à cette situation.

Sur ce sujet, l’État est seul avec sa créature, l’Europe, et le cheminot est un citoyen ordinaire.

 

La gestion et la rentabilité de la SNCF : Vaste programme !

Premier sujet : l’État est le vrai patron et doit se comporter comme tel. Il doit définir clairement ses objectifs et choisir les dirigeants des entreprises strictement sur des considérations de compétence.

Si l’État utilise SON service public à des fins de politique sociale il doit aller au bout de son argument et expliciter son engagement

Cette ambiguïté se retrouve dans toutes les entreprises publiques gérant un monopole national mises en place dans l’après-guerre.

D’abord déterminer le niveau de dépense publique consacrée à l’avantage social offert par le service considéré. Pour certaines missions qui ne revêtent pas une prestation de caractère commerciale la réponse est facile à formuler : la Police ne se vend pas et l’État en assure la charge. Pour le transport de passager la réponse devrait définir le niveau de subvention et la nature du bénéfice social accordé.

L’attitude libérale consisterait à oublier le bénéfice social et à exiger la rentabilité de l’entreprise en faisant payer l’usager pour le service qu’il obtient.

Ensuite l’État doit intégrer le programme de la SNCF dans un plan général du développement des transports en France et en Europe : ce plan existe-t-il ?

La construction de tel tunnel transalpin, la construction ou la décision de ne pas construire tel aéroport régional, la décision de commander des rames de TGV pour un usage de tramway, le projet du Grand Paris sont-ils des éléments de ce plan ?

EDF, Air France, les acteurs du transport routier, les Autorités portuaires ont-ils connaissance de ce plan ? Le Gouvernement et M. Hulot en ont-ils connaissance ?

Cherchons le ensemble, et si le lecteur le trouve avant l’auteur, qu’il n’hésite pas à le lui communiquer. Poil au nez.

Pour alléger le propos et introduire un peu de légèreté dans un sujet qui ne se prête pas à la drôlerie, on propose un échantillon de la prose de notre ministère de la chose : il s’agit de logistique, ce que nous appelions jadis le fret. Le document date de février 2017 et Hulot n’avait encore introduit dans le sujet la sagesse qui caractérise ses interventions.

Capture 12

Pour poursuivre cette dynamique avec l’ensemble des parties prenantes, le Gouvernement a décidé de mettre en place un Conseil d’orientation et de suivi France Logistique 2025. Installée le mardi 21 mars, cette instance de concertation, lieu privilégié d’échanges et de dialogue, rassemble tous les acteurs de la logistique (parlementaires, collectivités territoriales, représentants professionnels, organisations patronales et syndicales). Alimentée par les retours d’expérience, elle a pour objectif d’assurer le suivi des actions menées par l’ensemble des parties prenantes dans le cadre de la feuille de route France logistique 2025.

     On ne peut douter que, fort de cet outil dont la performance sera à la mesure du nombre de ses interlocuteurs, notre Ministre sera en mesure de revitaliser le secteur moribond du fret, pour l’heure abandonné à la route, sinon perdu en route.

 Sur ce sujet, l’État est seul et le cheminot est un citoyen ordinaire.

Deuxième sujet : Vieillissement d’une entreprise de dimension nationale pour laquelle la mission de service public et le besoin de rentabilité sont étroitement associés mais contradictoires.

Sont mis en question la durée réelle des temps de travail, le cloisonnement des tâches et la capacité d’évaluer réellement la performance professionnelle jusqu’à la sanction.

Soit la capacité pour la direction de gérer vraiment les missions et les personnels.

Le problème est amplifié par le Corporatisme de professions nées au temps des machines à vapeur et des mines de charbon qu’on a pas su faire évoluer, moderniser et qui sont devenues les kystes d’un Syndicalisme anachronique. La grève actuelle ne traduit qu’une purulence de ce bubon.

Il n’est pas utile d’épiloguer sur ce point : il est largement couvert par les médias et chacun a son opinion sur le travail des cheminots et la pérennité de leur statut.

Sur ce sujet, l’État est naturellement au contact des personnels qu’il emploie : les cheminots.

La Concurrence

La première réaction à l’annonce de la décision  que SNCF Mobilité soit concurrencée par des tiers sur le réseau de SNCF Réseau est d’abord l’étonnement. Ainsi, SNCF-tout-court reconnaîtrait que sa filiale Mobilité, celle qui joue avec les trains et avec les voyageurs, peut être concurrencée sur son pré-carré par des gens venus d’ailleurs. Il est vrai que la décision lui est imposée.

Le béotien se pose ensuite des questions pratiques :

S’agit-il d’une cohabitation sur les mêmes secteurs du réseau ou de la location de tel secteur du réseau à un autre opérateur ?

Dans l’un et l’autre cas comment pourrait se calculer ce loyer ou ce péage ? Au passager, au kilomètre, au passager-kilomètre, au forfait –saison ou à la gueule du client (1) ?

Le libéral après réflexion reprend ses esprits. On lui a expliqué que SNCF faisait un tiers de son chiffre d’affaire à l’étranger. Difficile de discuter à Bruxelles sur l’intérêt que nous trouvons à « rouler » hors les frontières et prétendre que la réciproque est impossible. Il semble que Deutsche Bahn rêve de Méditerranée et que Trenitalia aspire aux joies de la Baltique.

Le libéral pense aussi que un zest de concurrence permettrait d’utiles comparaisons pour une meilleure évaluation des performances de SNCF Mobilité.

D’ailleurs les opérateurs privés adoreraient faire rouler nos chers disparus : les trains de nuit lesquels, on le sait bien, perturbent le sommeil des cheminots.

Comment Sir William Pepy (ENA, Louise Michel 1984) ou plutôt comment son successeur gèrera-il ces choix ?

Sur ce sujet, l’État est seul avec sa créature, l’Europe, et le cheminot est un citoyen ordinaire.

Puisque l’État n’envisage pas de modifier le statut des cheminots en exercice, il convenait d’éviter ce prévisible tintamarre sur des sujets qui ne concernent que l’État lui-même et sa relation avec une des sociétés dont nous sommes propriétaires. L’avis du bon peuple serait bien préférable dira le démocrate. Ce que n’est pas le Naïf.

Le Naïf attend sans la moindre impatience les mouvements sociaux d’EDF qui ne manqueront pas de se produire dans un avenir prévisible.

        1.  La gueule du client : C’est ainsi que nous désignons les conniventes connivences. Je te passe un p’ti bout d’ma SNCF et tu m’files un p’ti morceau de ton Veolia…

°°°°°°°°°°°°°°°°°°

On joint deux annexes qui peuvent aider le lecteur à reprendre l’historique et comprendre l’organisation de l’entreprise :

La prise de position de l’Union Européenne en 1990. 

L’organisation du Groupe SNCF de 2014.

 

Les types de séparation de l'infrastructure et de l'exploitation dans le secteur ferroviaire en Europe

Afin d'enrayer le déclin du transport ferroviaire de marchandises, l'Union européenne (UE) a mené, à partir du début de la décennie 1990, une politique de libéralisation progressive.

Le premier changement, introduit par la directive communautaire 91-440, relative au développement des chemins de fer au sein de l'UE, a concerné la séparation de l'infrastructure et de l'exploitation. La directive a imposé a minima une séparation sur le plan comptable entre le gestionnaire de l'infrastructure et la ou les entreprises ferroviaires qui utilisent cette infrastructure.

Cette obligation communautaire a été respectée par tous les Etats membres, mais sous des modes différents. On distingue trois types généraux de séparation parmi les 27 pays étudiés1, avec deux pays qui se rapprochent de l'exception, dont la France.

  • Séparation de type comptable : C'est le minimum requis par la réglementation communautaire. La gestion de l'infrastructure n'est séparée de l'exploitation que sur le plan comptable. 7 pays s'en sont contentés : l'Estonie, la Hongrie, l'Irlande, le Luxembourg, la Lettonie, la Slovénie et la Suisse (qui n'est pas membre de l'UE).
  • Séparation de type organisationnelle : La séparation est matérialisée par la création d'unités autonomes. Elle prend généralement la forme de filiales au sein d'une holding qui détient alors indirectement le gestionnaire d'infrastructure et l'entreprise ferroviaire. Elle est en vigueur dans 7 pays : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Italie, la Lituanie, la Pologne et la République tchèque.
  • Séparation de type institutionnelle : La séparation se matérialise juridiquement en créant deux entités indépendantes et est alors totale, sauf à travers un éventuel contrôle commun de l'Etat. Le propriétaire de l'infrastructure est généralement public, mais peut être privé.

 

Ce type séparation prévaut dans 11 pays : la Bulgarie, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Suède, Slovaquie. 

Au Royaume-Uni, le propriétaire de l'infrastructure est semi-privé.

  • Exception de la Grèce : La séparation adoptée est organisationnelle, comptable et légale, mais non fonctionnelle. Les fonctions entre les différentes structures ne sont pas clairement définies.
  • Exception de la France : Théoriquement, la France a fait le choix d'une séparation institutionnelle très poussée. Etant allé au-delà de ses obligations minimales, et ce dès 1997, la France a devancé les autres pays, de plus en plus nombreux à suivre cet exemple.

Mais « l'exception française » réside dans la particularité, par ailleurs unique au monde, que le gestionnaire de l'infrastructure (RFF) doit déléguer une part très importante de ses fonctions à l'opérateur ferroviaire (SNCF). La séparation se révèle alors insatisfaisante et bâtarde, car la SNCF est ainsi à la fois gestionnaire d'infrastructure délégué (GID) et entreprise ferroviaire.

Dans l'absolu, il n'existe pas de « modèle idéal » en matière du type de séparation à adopter. Si la Commission européenne a laissé aux Etats membres le choix du type de séparation en ne requérant qu'une séparation au minimum comptable, c'est qu'elle était bien consciente de la nécessité pour chaque Etat d'établir une séparation selon son contexte particulier. En réalité, le type de séparation adopté s'est généralement fait selon l'importance de l'opérateur historique.

Par ailleurs, de nombreux Etats ont connu des situations historiques très diverses, qui les ont amené à choisir tel type de séparation plutôt qu'une autre : réunification politique pour l'Allemagne, conséquences de la libéralisation thatchérienne pour le Royaume-Uni, effondrement de l'Etat communiste dans les pays d'Europe de l'Est...

Ainsi, dans le cas allemand, il aurait été difficile d'adopter une séparation de type institutionnelle alors même que l'impératif, en matière ferroviaire, était de fusionner les deux réseaux nationaux allemands pour permettre une unification du transport. A l'inverse, dans le Royaume-Uni qui sortait d'une décennie de réformes ultra-libérales, une séparation de type uniquement comptable aurait été équivalente à un retour en arrière...

Pourtant, toutes choses étant égales par ailleurs, on peut tout de même penser que la séparation de type institutionnel est la plus transparente, car il est plus facile pour les nouveaux opérateurs de s'adresser à une entité indépendante pour l'attribution d'un sillon que de s'en remettre à une filiale du principal concurrent.

Quant à l'exception française en matière de séparation, elle semble à terme dommageable à la crédibilité de la libéralisation du secteur ferroviaire dans l'Hexagone. En effet, la séparation est certes institutionnelle, comptable mais légale mais ne peut être réellement effective tant qu'existeront des contrats de gestion d'affaires entre RFF et la SNCF sur les secteurs essentiels de l'infrastructure.

De fait, en 2007, la France s'est vue attribuée une très mauvaise notation dans l'indice de libéralisation du transport ferroviaire2 : elle est 25ème sur 27 pays étudiés.

En outre, cette notation a été « confirmée » par les rapports publics parus en 2008 sur le réseau ferré en France, qui ont fortement critiqué les modalités de la séparation qui prévalent entre RFF et la SNCF.

Jugée aussi bien « anormale » (rapport de la Cour des comptes) « qu'absurde » (rapport Haenel), la séparation « à la française » apparaît pour beaucoup comme un montage juridique, un mécanisme destiné à transférer l'ensemble des dettes de la SNCF à une nouvelle structure, RFF, qui est souvent perçue comme une coquille vide. Et ce n'est pas avec ses 800 employés que RFF, qui a en charge la gestion de l'infrastructure alors que la SNCF dispose de 55 000 personnes affectées à la même infrastructure, va combattre cette perception...

Car c'est ici que se trouve le cœur du problème de cette « exception française » : dans tous les autres pays ayant fait le choix de la séparation institutionnelle, le gestionnaire d'infrastructure assure lui-même la grande majorité des missions avec ses propres moyens. A cause de cette carence, la séparation qui prévaut en France demeure forcément insatisfaisante, car inachevée.

 

LA NOUVELLE ORGANISATION DU GROUPE SNCF     08 septembre 2014

 

Présentée le 15 juillet 2015 à Saint-Denis, la nouvelle organisation du groupe SNCF intègre l'opérateur de transports et le gestionnaire des infrastructures et du réseau. Soixante-quinze ans après sa constitution, c'est tout le système ferroviaire national qui se voit rénover en profondeur, en application de la loi du 4 août 2014. Cette réforme "donne naissance à une SNCF plus économique, plus efficace et plus simple", a résumé au cours de son allocution le premier ministre Manuel Valls, en visite au siège. L’objectif est d’améliorer la qualité du service public, de garantir un haut niveau de sécurité ferroviaire et de consolider les équilibres financiers du système. A travers cette transformation, SNCF réaffirme son ambition d'être la référence mondiale des réseaux et des services de mobilité durable. 

3 Epic formant une entreprise baptisée SNCF

Au sein du système de transport ferroviaire national, trois établissements publics indissociables, SNCF, SNCF Réseau et SNCF Mobilités constituent le groupe public ferroviaire.

  • A la tête de ce groupe public ferroviaire, un nouvel EPIC, SNCF, assure le contrôle et le pilotage stratégiques, la cohérence économique, l’intégration industrielle et l’unité sociale de l’ensemble. SNCF Réseau et SNCF Mobilités sont liés dans ce même ensemble pour que l’entretien de l’infrastructure et la gestion des circulations prennent en compte les contraintes de l’exploitation des services de transport ferroviaire.
  • SNCF Réseau regroupe les fonctions de gestionnaire d'infrastructure du réseau ferré national, jusqu’alors réparties entre Réseau Ferré de France, et SNCF Infra et la Direction de la voie ferroviaire (DCF).
  • SNCF Mobilités assure l’ensemble des activités d’exploitation des services de transport ferroviaire qui étaient celles de « l’opérateur historique » SNCF.
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En Chiffres

  • 32 milliards d'euros de chiffre d'affaires** Estimation à fin 2015
  • 27 % : volume d'affaires réalisé à l'international (SNCF Mobilités)*
  • 8,4 milliards d'euros d'investissements (tous financements)*
  • 240 000 collaborateurs*
  • Présence dans 120 pays*

Deux principes de gouvernance

Les deux principes de gouvernance :

  • une responsabilité = un décideur. Priorité à la décentralisation et à la simplification.
  • Pas de redondance dans les organisations. Pas de double appartenance des dirigeants (sauf ceux du Directoire).
  •  

Cinq choix stratégiques

  1. Priorité absolue aux fonctions d’excellence métier : sécurité, technique et vision système sont placés au plus haut niveau, avec les dirigeants les plus expérimentés et reconnus. Ainsi seront nommés un DGD du système (Epic SNCF), un patron Audit et risques qui réunit l’audit RFF et celui de SNCF (Epic SNCF), un inspecteur général de sécurité au sein de Epic SNCF, et un DGD Sécurité, Innovation et performance technique au sein de SNCF Réseau.
  2. L’importance stratégique du digital, comme levier de transformation industrielle, produit et client, avec la création d’une Direction Digital et Innovation (Epic SNCF).
  3. La valorisation du patrimoine avec la création de SNCF Immobilier, une ligne métier entière de SNCF de 2015. Cette branche a en charge la gestion du foncier et de l’immobilier, l’aménagement et la valorisation ainsi que le logement.
  4. L’atteinte des objectifs de performance de SNCF Mobilités avec la création d’une direction générale déléguée performance qui regroupe l’ensemble des fonctions transverses.
  5. La réponse aux attentes des clients de simplification avec le regroupement au sein de SNCF Mobilités des activités Voyageurs dans une direction unique. Cette direction générale Voyageurs regroupera TER Intercités, Transilien, Voyages et Gares &Connexions.

 

Cinq métiers structurants

SNCF 2015 s’organise ainsi autour de cinq métiers dénommés :

  • SNCF Réseau
  • SNCF Voyageurs
  • SNCF Logistique
  • Keolis (urbain / mass transit)
  • SNCF Immobilier
  •  

Une impulsion nouvelle pour prolonger les transformations engagées

Guillaume Pepy et Jacques Rapoport ont présenté, en septembre 2014, aux cadres dirigeants du groupe l’organisation projetée de SNCF mise en œuvre en 2015, après avis des instances représentatives du personnel compétentes et concertation de toutes les instances concernées. Cette organisation est aussi une impulsion nouvelle pour prolonger les transformations engagées et répondre aux ambitions des projets d’entreprise.

 

14 avril 2018

 

 

 

 

 

 

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06 avril 2018

La Production d’Électricité en France (5ème partie)

 

Suis-je cinglé ou sont-ils fous ?

Sur un ton de plus en plus personnel.

 

C’est ainsi que je terminai la quatrième partie de ces commentaires sur le sujet des programmes d’EDF.

Le préambule habituel :

Les vues exposées dans la première et la quatrième partie de ce texte sont péremptoires et les vérités y sont assénées. Les opinions sont tranchées et il y a dans ce texte une atmosphère de « Circulez, y a rien à voir ».

J’ai fait mon choix et j’ai classé : d’un côté, les gentils pronucléaires et de l’autre les imbéciles, incultes et fanatiques antinucléaires. Je persiste et signe.

Cela ne signifie nullement que je méconnaisse les problèmes du nucléaire, ni que j’en sous-estime les difficultés et les coûts. (1)

Cela ne signifie nullement que je ne crois pas à la nécessité de maîtriser les techniques, la production et les métiers des EnR solaire et voltaïque. En particulier il est sans nul doute essentiel de progresser dans le stockage de l’électricité, ne fût-ce que pour pouvoir en faire profit à l’export.

Il n’y aurait aucune honte à ce que nous fabriquions les panneaux photovoltaïques qui devraient recouvrir à l’infini nos campagnes  et que nous projetons d’acheter en nombre infini aux Chinois; ni à ce que nous fabriquions les éoliennes qui viendraient (jusque dans nos bras) illustrer les paysages de nos campagnes, (2)Ne serait-ce que pour les exporter et les installer dans les pays qui en ont « pour de vrai » l’usage.   Ne serait-ce que pour faire travailler les Français qui le souhaitent…et le peuvent.   Ne serait-ce que pour réduire la dette.

Mais je ne crois pas que la France ait à jouer un rôle messianique dans les réponses au dérèglement climatique du monde.

Et je ne crois pas que la France qui a pris le parti, il y a plus d’un demi-siècle de s’équiper en houille blanche et en énergie nucléaire doive, en l’instant et sans le moindre argument mettre ses centrales à l’encan au motif que tel ou tel personnage secondaire de notre vie politique en attrape la lubie et en fasse une Cause.

Je mesure donc parfaitement ce que mes propos ont de définitifs et je sais – ce fût mon métier – que produire, transporter et vendre de l’énergie ne peut se réduire à des simplifications didactiques teintées, je l’avoue, de manichéisme.

Les choses de la vie et l’énergie nucléaire en particulier sont en tout point l’objet de nombreux compromis mais la production d’énergie en tolère moins que d’autres sujets.

J’ai déjà évoqué ce point : le nucléaire pour lequel nous avons appris à concentrer une énergie répandue et diffuse demande dans sa mise en œuvre des précautions et de la permanence dans ces précautions. Il faut pour le nucléaire accepter de payer le prix de ces contraintes. En utilisant un autre registre : on ne peut laisser à la main invisible le soin de choisir, sur des critères strictement économiques le meilleur procédé de production d’électricité. Il faut « valoriser » la sécurité.

Cela a été le cas pour la houille blanche : peu importe le prix de l’ouvrage. Seul comptent la robustesse et la longévité du barrage.

On me fera remarquer que les sujets pour lesquels ce propos s’applique également sont nombreux et je ne pourrais que souscrire. On me dira : et l’ÉducNat et la Justice et l’État lui-même, ne sont-ils pas en déshérence, orphelins à l’abandon laissés aux mains des idéologues et des incompétents.

 

Il n’en reste pas moins que, ces remarques de modération ayant été formulées l’essentiel de mon propos reste sur la table : le Gouvernement et son Ministère nous offrent une Bouffonnerie, conçue, orchestrée et interprétée par des personnages de Guignol qui interprètent des rôles : Rôle de Ministre, Prince et Princesse des Bouffons, Rois et Reines d’une improbable Cour des Miracles Écologiques.

Je me pose d’ailleurs la question de savoir où situer M. Lévy ?

Ce Jean Bernard Levy, à ne pas confondre avec le respectable Raymond Lévy de Renault, ni avec le portant beau BHL est un pur exemple de la réussite professionnelle. X, Télécom il navigue avec succès de la gestion  du personnel chez France Télécom au cabinet d’un ministre de l’industrie. Un crochet chez Matra, un saut à la banque et le gros sucre d’orge : la direction puis la présidence de Vivendi pour une dizaine d’années. Encore un crochet chez un Thales qui requiert quelques soins ; puis il y a 5 ans, en 2014 il est nommé à EDF pour « inscrire durablement le Groupe dans la transition énergétique conformément à la loi votée le 14 octobre à l'Assemblée nationale ». (Wiki)

J’exprime un regret : j’aimerais tant qu’EDF soit dirigée par un électricien ; par une personne en possession d’un métier, ce métier étant de « faire » de l’électricité. Une personne pour qui les machines à « faire » de l’électricité ne seraient pas que des lignes dans des tableaux, des références à de postes budgétaires, des centres de profit ou pire encore des foyers d’agitation sociale à calmer. Une personne qui sentirait ce que ressent la machine et, je suis lyrique jusqu’à l’extrême, qui vivrait avec elle et qui en  quelque sorte l’aimerait charnellement. Charnellement voulant dire scientifiquement, techniquement, et technologiquement, au diapason da la personne qui a construit la machine.

Cet élan n’est peut-être intelligible que pour ceux qui devant une œuvre, modeste ou importante, ayant participé à cette œuvre, de façon modeste ou importante peuvent dire : J’y étais, je l’ai « faite ».

Sans évoquer le bâtisseur de cathédrale, cette fierté de l’œuvre et la fierté héritée d’en prolonger la vie et de reconnaître l’apport des constructeurs restent les fondements de l’intérêt que l’homme de métier porte à son action. (3)

Comme toute relation chargée d’affect, cet attachement à la machine du métier et au métier-machine peut devenir un frein ; il faut du temps à l’ancien pour qu’il comprenne ou qu’il ressente que l’âge s’est fait sentir, qu’il lui faut rêver à une nouvelle machine et qu’il la construise pour que sa passion du métier reste entière, épousant cette nouvelle machine avec le respect et la nostalgie de l’ancienne.

M. Lévy ressent-il ces choses ?

Soyons optimistes : l’avantage de ce polytechnicien est qu’il sait ce que le préfixe Giga signifie et qu’il a compris qu’il faut beaucoup de kilo et de méga pour en fabriquer un de plus. Il se pourrait même qu’il ne participe pas de l’hystérie antiatome. Il se pourrait même qu’il ne soit pas amoureux de Nicolas Hulot et qu’il attende, comme moi que Macron nomme un Ministre de l’Énergie. Lui, peut-être ?

Sur le ton différent d’une poésie à l’ancienne : Mais que sont les ingénieurs devenus ?

Donc je me pose toujours la question de savoir où situer M. Lévy ? Il a accepté la mission de mettre en œuvre une Loi que je trouve inepte et qui, comme une infection étend le mal qu’elle provoque. Qu’en pense-t-il ?

Ce polytechnicien a-t-il été un Ingénieur, même brièvement ? Cela ne se lit pas dans son parcours. Est-il seulement devenu un animal politique, homme de cabinet,  pour qui le problème de la production électrique n’est qu’une étape, une façon d’inscrire sa carrière dans le camp des favoris du moment ? Souscrit-il aux inepties ?

Et revient cette phrase qu’on pourrait croire sortie d’une chanson de Barbara ou de Brassens, Mais que sont les ingénieurs devenus ?

Le mal est répandu.

Chaque ministère doit disposer d’un échelon de techniciens dont la mission est de traduire la vision politique du Ministre afin que cette volonté se transforme en action de gouvernance ou en action législative. Ces Hauts Fonctionnaires sont le bras armé du ministère. Ils ne peuvent qu’être des « techniciens » de la matière : sinon ils ne seraient que la reprise, la répétition de l’intention politique sans qu’elle soit traduite et transmise. Leur rôle est fondamental. Il leur faut faire entrer la vision dans le domaine du possible et il leur faut, « en même temps » faire évoluer les modes d’action pour qu’ils suivent et participent à l’intention.

Le président Macron est parfaitement conscient de ce problème. Il franchit même une étape puisqu’il monte d’un cran et qu’il choisit comme ministres des haut-fonctionnaires dont il connait la compétence : Buzin à la Santé, Borne au Transport, Pénicaud au Travail, Belloubet à la Justice, Blanquer à l’ÉducNat ou dont il espère la compétence : Villani à je ne sais trop quoi, Nyssen à la Culture, Mahjoubi au numérique…et d’autres encore.

Mais pour l’Énergie, Macron ne suit pas la même ligne.

Je ne qualifierai pas le Ministre qui est inqualifiable, mais en second et directement sur l’Énergie il nomme un Secrétaire d’État, Lecornu, Master de Droit Public ;  cet Homme-de-Parti-pur-jus dont je n’ai aucune raison de soupçonner le bon sens ne peut-il être enclin à penser que la foucade politique doit prendre le pas sur les vérités du monde de la production. L’explication est que, pour Macron l’Énergie est un sujet simple dont il n’a pas vraiment le temps de s’occuper. Cela fait partie de cette intendance qui suivra. Ce n’est que le monde des Ingénieurs. (4)

Pour le bon sens de Lecornu, avec Fessenheim, cela commence mal. Il suit le sillon.

Tout porte à penser qu’il n’existe pas au ministère de l’Énergie, d’ingénieurs capables par leurs compétences et leurs positions d’expliquer à M. Hulot qu’il ferait mieux de se taire ; qu’il déconsidère le Gouvernement par ses dégoisages incongrus.

Mais la vraie question est de savoir s’il existe réellement une structure qui jouerait le rôle d’un ministère de l’Énergie ; ou si l’empilement des Commissions, Conseils, Autorités n’a pas rendu totalement inaudible la voix des Ingénieurs en les asservissant aux billevesées des politiciens marginaux sous le regard indifférent du Président.

Ce phénomène de dissociation du réel et du politique n’est pas nouveau. Il y a eu Vauban et Turgot et de nos jours il y a Sapin et son prélèvement à la source. L’Énergie n’est pas seule concernée ! (5)

Chaque lecteur de ce papier trouvera dans sa mémoire des exemples de ces lubies, certaines risibles car franchement puériles et d’autres gravissimes comme celles objets de ce papier. (6)

Je ne m’attarde pas.

Une dernière question : ce divorce n’est-il pas lié à la prééminence de la filière H4- SciencePo-ENA dans la vie de l’État Français ? Je qualifiai, quelque temps auparavant, cette filière d’Allée Royale, en référence à Ségolène, puisqu’aussi bien notre ex-future Présidente a empruntée l’Allée en question et qu’elle est une de mes cibles préférées comme première protagoniste de la Loi de Transition Énergétique.

Macron aussi.

Une spécifité française ; l’Allée Royale.  Février 2016

 

 

  1. Les difficultés et les coûts du nucléaire. En réalité le seul vrai problème est de définir l’échéancier des dépenses d’EDF entre le coût du carénage et le coût de la construction des nouvelles unités. Coût du carénage au regard de la longévité raisonnable des unités existantes vs Coût des nouvelles unités compte tenu des retours d’expérience des aventures de Finlande et de Flamanville.
  2. Il n’y a pas en France de filière de l’industrie de l’éolien. Il y a eu Alizeo qui fabriquait une éolienne rabattable d’un MW. Le procédé est repris par Softwind. Il y aurait des projets à la réunion et à la Martinique. Il y a eu l’installation par OVH d’un parc de 6.5 MW d’éoliennes DDIS… Il y a les éoliennes Vergnet dont 120 unités de 1 MW furent installées en Éthiopie. Après difficultés la société est reprise récemment par un nouvel entrepreneur. En un mot : rien, mais comme à l’habitude du « savoir-faire » !    Ademe, Filière éolienne 2017 : ….sur les maillons de la fabrication et de l’assemblage de turbines, qui concentrent une grande part de la valeur ajoutée de l’éolien, l’offre française reste trop limitée. Aucun fabricant majeur de turbines de plus de 1 MW n’a émergé au niveau international parmi les entreprises françaises, et les implantations en France de turbiniers étrangers restent faibles. L’offre française est évidemment beaucoup mieux positionnée sur les activités difficilement délocalisables, comme le développement, la conduite d’études, les travaux de génie civil et de raccordement, ou encore l’exploitation et la maintenance
  3. Le verbe « faire » est abondamment utilisé. C’est que nous ne sommes pas seulement, et peut-être même pas du tout dans le domaine des idées ou des croyances mais dans celui de la production.
  4. Ingénieurs qui n’ont pas tous lu leur Ricoeur, les pauvres.
  5. La décision bientôt mise en œuvre du Prélèvement à la source de l’IR n’est-elle pas que le résultat de la soumission des spécialistes de Bercy à la passade d’un Sapin décérébré ? Je cite Migaud toujours prudent et bien élevé : La pertinence d’une extension du prélèvement à la source devrait dès lors être réexaminée s’il était décidé de procéder à une réforme profonde de l’imposition des revenus…. Sous-entendu passer de l’impôt familial à l’impôt personnel.    Et Darmanin qu’en pense-t-il ?
  6. Les 80 km/h pour tous et partout ?

 

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04 avril 2018

L’Électricité en France (4èmè partie) Théâtre d’ombres et jeux de sociétés, sur un ton plus personnel

Théâtre d’ombres et jeux de sociétés, sur un ton plus personnel

J’aurais aimé commencer avec une image – c’est mon habitude - et comme à l’habitude j’hésitais entre deux images : les marionnettes de nos jardins d’enfants pendues à leurs fils ou les wayangs kulits des javanais perchés au sommet de leurs tiges de bambous ; qui sont à tout prendre la même image, celle des marionnettes chinoises. Ces ombres portées sur l’écran d’une réalité trop claire pour qu’on la lise encombrent la pensée et attirant les regards empêchent de voir.

Dans ce qui suit, je vais évoquer fréquemment deux de ces ombres car elles sont, par analogie linguistiques, ce que je qualifierai des personnalités « valises ».

Valises dont la vacuité autorise le bourrage par toutes sortes de concepts qu’on ne peut assembler en un corpus élaboré mais auquel l’empilement en vrac, en tas donne l’apparence d’une construction.

Je parle de Mme Royal et de M. Hulot et je parle du contenu de la valise : l’écologie politique.

Pourquoi de telles cibles ? La raison est simple ; ce sont les noms les plus directement associés à la Loi de Transition Écologique. Je ne leur fait pas l’honneur de croire qu’ils aient, elle et lui, la moindre responsabilité réelle dans l’élaboration de ce monument mais comme je viens de le dire leur vacuité s’en remplit.

 

Pourquoi tant de hargne ? Et quels en sont les objets ?

Le premier sujet concerne ce que j’appelle l’hubris française.

La France est la nation qui mène (seule) en tête le combat contre le réchauffement climatique. Cela est bien et mérite des éloges. Elle s’impose donc des mortifications qui montreront au vaste monde ce qu’un pays responsable peut et doit faire pour éviter les désordres que nous promettent les climatologues. La France entraine dans son sillage les dirigeants éclairés de la planète : la COP 21 est un réel succès et la diplomatie française en ressort grandie.

Évidemment un esprit chagrin ou naïf se demandera si un pays désindustrialisé comme la France, « pesant » 1 % de la population mondiale, occupant 0.3 % de la surface émergée et participant pour quelques % au PIB mondial, a la moindre chance d’influencer directement et effectivement ce phénomène désiré d’autolimitation thérapeutique et climatique, autrement qu’en jouant le rôle de martyr volontaire.

On ne voit pas que les Américains infléchissent leur politique énergétique, la consommation de charbon des Chinois continue de croître régulièrement et nos amis allemands brulent leur lignite sans sourciller.

Cet esprit chagrin ou naïf en conclut qu’il serait temps de remettre ces bouffonneries dans les valises dont elles sont sorties.

Ceci ne signifie pas que le problème du réchauffement ne se pose pas : cela signifie seulement que le Petit Poucet ne triomphe des Géants que dans l’univers des Contes et Légendes ; dans le monde des hommes, il se fait bouffer, point-barre.

L’autre sujet concerne ce que j’appelle la  haine du nucléaire . En tout cas son rejet.

Ce syndrome est mondial et la France n’est pas le pays le plus affecté.

Le mal est profond.

L’énergie nucléaire, en 1945, a fait son entrée dans nos vies par la mauvaise porte : la porte de la guerre et de la destruction. Qu’importent les comparaisons entre Dresde et Hiroshima, le versant « magique et apocalyptique » de l’arme ne disparaitra jamais.

Le nucléaire civil, chaleur-vapeur-électricité, aurait sans doute pu ne pas être ignominieusement marqué par la Bombe mais les accidents de Three Miles Island en 1979 et de Tchernobyl en 1986 ont, pour longtemps fait entrer l’atome civil dans le royaume des Forces du Mal. La catastrophe de Fukushima en 2011 vint achever cette descente dans l’enfer des opinions publiques.

C’est un état de fait et seuls les régimes autocratiques qui « font » les opinions arrivent à passer outre et à conduire des programmes nouveaux de construction de centrales nucléaires…et thermiques aussi bien !

L’origine de ce malentendu entre l’homme et la radioactivité tient au caractère secret de celle-ci. La foudre frappe et incendie, le vent abat les forêts, la tempête ravage les côtes, les volcans explosent  alors que la radioactivité est simplement là, endormie, recouvrant tout mais paisible et sans le moindre excès. Elle est l’essence même du soleil, elle rayonne avec lui dans notre ciel. Notre terre irradie elle-aussi en souvenir de son origine, en quelque sorte chaude et « radieuse ».

Elle n’est entrée dans nos vies, et cette fois ci par la petite porte des laboratoires, qu’au seuil du 20ème siècle. Les historiens de sciences nous disent par quels chemins, depuis les images des Rayons X nous en sommes arrivés aux savants fous des années noires murissant l’idée que la concentration de cette force omniprésente et diffuse autoriserait les Prométhées de notre temps à domestiquer cette immense énergie.

Comme presque toujours dans l’histoire de l’Homme, le chemin est celui de la bataille.

L’arc du chasseur tue la biche mais mille arcs éradiquent la chevalerie du bon Roi Philippe. Une bombe lancée depuis le biplan de la grande guerre détruit le nid de mitrailleuse mais dix-mille bombes font disparaitre Dresde. Pour Hiroshima, une seule bombe suffira.

La paix reconnait cette énergie et veut, elle-aussi la domestiquer : il suffit de ne pas aller jusqu’à l’explosion.

Simple, non ? Pas d’explosion : reste la chaleur.

La règle du jeu est donc de maîtriser en toutes circonstances le combustible-explosif que nous mettons dans la marmite à bouillir : l’erreur conduit le combustible à redevenir l’explosif.

Cependant l’homme ne hait pas l’arc, il adore l’avion et les américains, nous dit-on, ne peuvent pas s’endormir sans un colt sur leur table de nuit ; alors que l’atome est resté invisible, secret et magique. On ne le voit pas et on ne le comprend pas. Cette peur de l’énergie nucléaire empêche l’acceptation de l’existence même d’un phénomène naturel qui, littéralement nous imprègne.

Cette peur et cette diabolisation surplombant les réalités techniques s’engouffre dans le vide intellectuel d’une oligarchie politique inculte scientifiquement et coupée du monde de l’industrie et de l’énergie.

Le fait brut est que depuis 50 ans la France produit, avec exploitation de la houille blanche, l’essentiel de son électricité au moyen d’un outil qui a fonctionné parfaitement, régulièrement et à un coût comparable à celui des sources carbonées. L’Autorité de contrôle dont l’exigence ne saurait être mise en doute donne son accord pour continuer l’exploitation de cet outil par tranche de 10 ans au prix d’efforts de sécurité accrus.

Et bien non ! Nos ombres chinoises mettent toute la puissance des rumeurs en action, entrainent dans leurs errements les « forces du progrès » de la présidence Hollande et vont finir par obtenir qu’on mette à la casse un parc de production, déjà amorti et susceptible de travailler longtemps encore.

L’exemple allemand, pourtant exemplaire ne sert de rien.

Le très cultivé Macron n’a pas de temps pour ces détails et en confie le suivi à son pitre de service, héritier de la Royal.

Leur triomphe est la Loi de Transition Énergétique qui devient la Bible de l’Antinucléarité.

Il faut s’arrêter sur le mot Transition : le propos n’est pas pour l’État de produire l’électricité nécessaire et suffisante à la satisfaction des besoins du pays en tenant compte des politiques des pays riverains, d’une façon pérenne et au meilleur coût mais de produire de l’électricité différemment à la suite d’une « transition » qui ferait que de l’électricité « mauvaise » se soit transformée en électricité « vertueuse », ou mieux encore en électricité « verte ». 

Ce qui ne signifie pas que l’objectif de réduction des émissions de GES n’ait pas de légitimité ; mais cet objectif est déjà satisfait au-delà de toute promesse d’amélioration. Alors il ne reste que le rejet du nucléaire parce qu’il est le nucléaire !

C’est ainsi que l’électricité « verte » cesse d’être un moyen de production pour devenir une « Cause ».

Chacun sait que les Causes produisent des effets.

 

Ce laborieux préambule pour aborder le délicat sujet de l’évolution de la Loi de Transition Énergétique.

 

Le dernier développement en est le Bilan provisionnel 2017 de la SA Réseau de Transport d’Électricité.

EDF à la demande de l’Europe avait en 2004 filialisé son réseau sous cette appellation. En mars 2017 EDF, toujours sous la pression de Bruxelles cède (ou confie) 49.9 % du capital à la Caisse des Dépôts.

La lecture de cet étonnant document pose une première question : par quel mécanisme est-ce le transporteur d’électricité qui soit en charge d’élaborer les programmes de production de ses fournisseurs ? La filiale d’EDF aurait-elle le pouvoir d’un organisme gouvernemental qui aurait justement cette vocation ou serait-elle simplement mandatée par EDF pour conduire ces études ?

La réponse nous est donnée dans l’introduction du rapport : Le législateur a confié la réalisation de cet exercice à RTE, entreprise de service public en charge de la gestion du système électrique et dont l’indépendance et la neutralité à l’égard des producteurs et des fournisseurs d’électricité sont garanties en vertu du droit européen et français.

C’est donc la filiale distributrice du principal producteur qui élabore la politique nationale pour le quart de siècle à venir. La section « Plan » d’EDF a-t-elle été transférée à RTE ?

Bon, pourquoi pas, si la soupe est bonne.

Le mot soupe convient parfaitement.

Le fond de sauce est « Le Code de l’Énergie ». Celui qui a servi à l’élaboration du potage est enfoui dans les replis de la toile mais le dernier du 26 mars 2018 fera l’affaire… infra Annexe 3

Le Code incorpore les dispositions de la Loi de Transition Énergétique.

Nous parlons d’un volume : 556 pages de dispositions, d’ordonnances, de textes de Loi ; le tout complété comme il en est besoin par 549 pages de textes complémentaires référencés dans le texte principal. Le lecteur ne devrait pas télécharger la chose : un PC du commerce pourrait ne pas le supporter.

Nous ne retiendrons que la définition des objectifs de la politique énergétique national qui constituent donc ce fameux fond de sauce.

L. 100-4 LOI n°2015-992 du 17 août 2015 - art. 1 (V) - NOR: DEVX1413992L1

La politique énergétique nationale a pour objectifs :

1° De réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030 et de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050. La trajectoire est précisée dans les budgets carbone mentionnés à l'article L. 222-1 A du code de l'environnement ;

2° De réduire la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 par rapport à la référence 2012, en visant un objectif intermédiaire de 20 % en 2030. Cette dynamique soutient le développement d'une économie efficace en énergie, notamment dans les secteurs du bâtiment, des transports et de l'économie circulaire, et préserve la compétitivité et le développement du secteur industriel ;

3° De réduire la consommation énergétique primaire des énergies fossiles de 30 % en 2030 par rapport à l'année de référence 2012, en modulant cet objectif par énergie fossile en fonction du facteur d'émissions de gaz à effet de serre de chacune ;

4° De porter la part des énergies renouvelables à 23 % de la consommation finale brute d'énergie en 2020 et à 32 % de cette consommation en 2030 ; à cette date, pour parvenir à cet objectif, les énergies renouvelables doivent représenter 40 % de la production d'électricité, 38 % de la consommation finale de chaleur, 15 % de la consommation finale de carburant et 10 % de la consommation de gaz ;

5° De réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 % à l'horizon 2025 ;  p 7 du Code.

Certains de ces objectifs laissent perplexe ; en particulier réduire la consommation énergétique nationale de moitié en préservant la compétitivité et le développement du secteur industriel est un objectif surréaliste.

 

Après avoir défini la politique, l’État ne voudrait pas qu’on néglige son rôle. Il va élaborer un Programmation Pluriannuelle de l’Énergie ; nous citons :

La programmation pluriannuelle de l'énergie, fixée par décret, établit les priorités d'action des pouvoirs publics pour la gestion de l'ensemble des formes d'énergie sur le territoire métropolitain continental, afin d'atteindre les objectifs définis…. La programmation pluriannuelle de l'énergie se fonde sur des scénarios de besoins énergétiques associés aux activités consommatrices d'énergie, reposant sur différentes hypothèses d'évolution de la démographie, de la situation économique, de la balance commerciale et d'efficacité énergétique…  p 62 du Code.

Munie de cette feuille de route –comme on dit de nos jours- notre entreprise de transport, RTE s’est mise au travail. Elle élabore des scénarios de besoins, lesquels se transformeront sans difficultés en objectifs de production puisque les moyens ont déjà été fixés.

Si le lecteur se demande s’il a bien compris, nous le rassurons : il a compris. Point n’est besoin de savoir ce que l’on peut faire, il suffit de savoir ce que l’on veut.

On ne veut plus de nucléaire ou à défaut, on veut moins de nucléaire : Y a qu’à dire !

On veut plus de solaire ou d’éolien, soit : Y a qu’à dire et disons-le.

On veut 15,6 millions de voitures électriques : Pourquoi pas et admirons la virgule ; ne pas pousser l’audace jusqu’à 16 millions.

L’intendance suivra. On va voir qui est le chef, Scrogneugneu !

Alors évidemment RTE qui n’oublie pas sa maman, biaise et fait semblant d’avoir compris mais pas complètement : elle élabore des scénarios qui débordent du cadre de la Loi de Transition Énergétique et, bonne fille, elle s’en excuse.

Le but de cette incursion dans l’univers législatif est de saisir comment un sujet assez technique et par conséquent assez simple peut se transformer en un marais dans lequel les explorateurs les plus avertis se perdront.

Comme on ne cesse de le répéter le sujet simple est de produire 480 TWh avec 63 GW installés.

Le sujet de complication est : comment justifier de mettre à la poubelle 25 GW existants en ordre de marche pour encore 20 ans en ayant que dalle pour les remplacer.

 

Me voici donc, tenant en main mon sujet : ce Bilan prévisionnel 2017.

Loin du boursouflement jargonneux du Code de l’Énergie,  la Synthèse du Bilan (suffisante pour faire bonne chère) ne comporte qu’une quarantaine de pages : on imagine une bande de jeunes ingénieurs, encore un peu rigolards, auxquels « on » a confié le soin d’étudier les fameux scénarios. Sans doute auraient-ils pu travailler chez un fabricant de jeux vidéo ou pour les studios Pixar, mais le hasard des recrutements les a fait tomber dans la case RTE. Ils nous préviennent :

Le Bilan prévisionnel est une étude approfondie de l’évolution de la production et de la consommation d’électricité et des solutions permettant d’en assurer l’équilibre. Il est prévu par le Code de l’énergie, qui détaille ses objectifs et conditions d’élaboration.

Approfondie, pas moins et en respectant (ou presque) les objectifs du Code.

Donc les moyens suivront et la volonté du politique prévaudra : que la science, la technique, la technologie et la finance n’entrave pas la volonté du décideur.

L’objet est facile à lire ; il est construit comme un vaste jeu de société, le jeu des familles par exemple.

Dans la famille Nucléaire, je demande la grand-mère : on ferme Fessenheim et 9 ou 25 ou 52 réacteurs…

Dans la famille Vent, je demande le fils ainé : on construit 10.000 éoliennes ou 15.000, sur terre ou en mer…

Dans la famille Photovoltaïque je demande la sœur : on installe 10 Gigas de panneaux ou 20 ou 30…

Dans la famille Client et consommation : 15 millions de véhicules électriques….ou un demi-million de rénovation d’habitations par an … ou 1 point de PIB ou 2 points…et 69 ou 72 million d’habitants…

On imagine les jeunes gens, toujours rigolards, conscients de faire une niche organisant leur jeu de l’oie, leur vaste matrice ; de nouveau ils préviennent :

Le travail de recensement des variantes a conduit à identifier environ 15 000 variantes possibles. RTE  a étudié une centaine d’entre elles pour établir les scénarios, et restitue des résultats issus des 50 variantes les plus structurantes dans le document de référence et ses annexes.

Trop, c’est trop ! Ne sont retenues en conclusion du jeu de société que 5 scénarios.

Toujours d’esprit taquin nos experts les désignent par des noms d’unités électriques : Ohm, Ampère, Hertz, Volt et Watt.  Pour que le lecteur participe à ce jeu, est jointe en exemple la présentation d’un de ces scénarios, extrait du Rapport RTE : celui que je trouve le plus divertissant.

 

Watt

                         

 

Il faut noter que la houille blanche sort indemne de l’exercice : elle est renouvelable par nature, tant qu’il pleut, et on ne peut pas fermer les barrages car EDF n’a pas prévu de porte.

Pour qu’on comprenne bien : ce scénario prévoit 48 GW photovoltaïques et 16.500 éoliennes pour avoir la satisfaction d’arrêter 52 réacteurs qui pourraient peut-être/probablement rester en fonctionnement.

Regardons ces chiffres et ce qu’ils signifient :

48 GW de photovoltaïque requièrent une surface minimum « de panneaux » de l’ordre de 500 Km2, à implanter sur des parcs qui seraient donc au moins d’une taille avoisinant les 1000 Km2 dans l’hypothèse où il suffit de 2 m2 de terrain pour accommoder 1 m2 de panneaux. Il est vraiment dommage qu’on ne puisse pas les empiler.

Pour l’éolien terrestre prévu au niveau de 52 GW, en s’en tenant au chiffre usuel de 6 MW par km2 habituellement retenu pour des machines d’un MW,  les 14.300 éoliennes du scénario Watt occuperaient un espace d’au moins 2.400 km2…  Je jette le voile de l’oubli sur l’éolien en mer.

En gros il faudrait un (petit) département pour implanter ces parcs terrestres d’EnR.

Il faut noter et c’est sans doute la seule chose réaliste de ce scénario, que le chiffre retenu comme facteur de charge pour ces EnR est proche des résultats historiques : en effet les 48+52 GW en question ne produiraient que 58+115 TWh, soit un coefficient de 0.21. Traduit en français, cela veut dire que ces bazars ne fourniraient qu’un cinquième de leur capacité nominale ou en quelque sorte, ne travaillent que 1/5 du temps.

Pour ne parler que des panneaux : à 2 Euros le Watt « installé » l’investissement dans cette aventure s’exprime donc au niveau de 2 x 48 Giga Euros ou encore 100 milliards d’Euros…Sur les 2 Euros en question, 1 Euro représente le coût du m2 de panneau : dans l’état actuel du marché, cela veut dire 50 milliards d’achat sec aux Chinois…

50 milliards d’Euros, c’est aussi une poignée d’EPR nouvelles vagues (sans sherpani) pour une poignée de 25 à 30 GW opérant avec un coefficient de charge de 80 à 90 %.   

C’est aussi de la dette.

 

Mais au gouvernement, on ne rigole pas ; Hulot ne s’est pas encore saisi du lancinant problème des ours béarnais(es) ou catalan(e)s. Cinq scénarios, c’est beaucoup, cela embarrasse. Heureusement le respect de l’environnement prévaut et sur cette base, seul deux scénarios seront considérés : ceux qui limitent le plus les émissions de GES : Volt et Ampère.

Évidemment le scénario le plus favorable au plan du respect climatique est celui qui réduit le moins la production nucléaire, Volt.

Je glisse sur Ampère, tout aussi délirant que Watt pour jeter un œil sur Volt.

Dans ce scénario ne disparaissent que 8 GW de nucléaire et on ne met en place « que » 96 GW d’EnR éolienne et photovoltaïque : cela traduit l’audace de RTE, audace ou pire : transgression.

Nouvel embarras : comment respecter les objectifs de la Loi Royal en matière de réduction du nucléaire?  

En Annexe 1 : Revue Générale Nucléaire du 22 mars 2018 de Boris Le Ngoc

Résonnent le chœur des anges écologiques, muni de ce viatique le Gouvernement va élaborer la Programmation Pluriannuelle de l’Energie. Il existe depuis 2014 un projet de PPE, validé, remis en question puis finalement adopté et approuvé en juillet et octobre 2016. Il s’agit donc d’une révision qui sera présentée à l’été 2018…pour être examinée et évaluée par le Conseil national de la transition écologique et par l’Autorité environnementale. S’ensuivra un Débat Public organisé par la Commission nationale du débat public assistée par la Commission particulière du Débat public sur la révision de la PPE.

En Annexe 2, à ne pas manquer : Première Révision de la PPE. Wiki

Nous verrons la suite de ce passionnant feuilleton cet été qui selon mes prévisions sera aussi marécageux que les saisons qui l’ont précédé.

Marécage de la pensée ; le seul fil rouge de toute l’affaire est le souci de respecter la décision de réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité. Ramener la part du  nucléaire (qui devrait et peut fournir TOUTE notre électricité) de 80 à 50 % est un objectif qu’on ne peut ni envisager, ni atteindre. Remplacer 25 à 30  GW nucléaire par 120 GW d’éolien et de photovoltaïque qui produisent quand ils ont le temps pour le faire et le temps de le faire. De plus ce parc nucléaire a le charme d’être la machine à « faire de l’électricité » qui émet le moins de GES. Alors nous avons un gouvernement empêtré dans ces propres contradictions puisque l’objectif impératif est déjà satisfait.

Marécage de la forme : L’État est propriétaire du Producteur. Il ne parait pas qu’il soit réellement utile et efficace pour que M. Levy parle au Haut-Fonctionnaire du Ministère de l’Énergie en charge de cette PPE de faire intervenir une bonne douzaine de Commissions, de Conseils, d’Autorités, de Codeurs et de Transitionneurs en tout genre pour, fin du fin et en fin du compte, consulter 400 citoyens tirés au hasard… L’État Français ne confond-il pas la politique énergétique nationale avec l’élection du président du club de boule de la Madrague ?

La procédure normale ne serait-elle pas que M. Levy, dont c’est la fonction et peut-être le métier, remette au Ministre, enfin à un vrai Ministre, le programme de l’Entreprise Nationale pour approbation et mise en œuvre ?

À l’évidence il n’en est rien : les marionnettes, les ombres chinoises sont les plus fortes et leur action ne s’arrêtera qu’avec la destruction d’EDF et l’accroissement d’une dette sans objet.

Suis-je cinglé  ou sont-ils fous ?

Je conclue ce papier sur cette interrogation.

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°

 

Annexe 1   SFEN   article de M. Le Ngoc

 

Début novembre 2017, le gestionnaire de transport d’électricité, RTE, a publié cinq scénarios de prospective électrique. Deux d’entre eux ont été retenus pour la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Pourquoi ce choix ?

Le climat d’abord

La France a placé la lutte contre le changement climatique comme la première de ses priorités pour sa politique énergétique. Cet engagement se traduit par la volonté d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Un objectif ambitieux qui nécessite de fermer progressivement les installations « émettrices » (les centrales thermiques).

Plus précisément, le gouvernement a annoncé que la réduction de la part du nucléaire impliquait le respect de trois invariants, qui sont autant de principes directeurs dans le cadre de la PPE : pas d’augmentation des émissions de CO2, pas de construction de nouvelles centrales thermiques (hors centrale à gaz de Landivisiau) et fermeture des centrales à charbon d’ici la fin du quinquennat.

C’est donc à l’aune de la priorité climatique qu’il convient de comprendre la sélection des scénarios RTE.

Deux scénarios parviennent à contenir les émissions de CO2

Compte-tenu de ces priorités, trois des cinq scénarios présentés par RTE sont exclus : Watt, Ohm et Hertz.

  • Watt implique la fermeture 55 GW de capacité nucléaire d’ici 2035 mais entraine l’ouverture de 21 GW de centrales à gaz.
  • Ohm respecte les 50 % de nucléaire en 2025 mais maintient les centrales à charbon et ouvre 12 GW centrales à gaz.
  • Hertz suit la même logique à l’horizon 2035 mais nécessite l’ouverture de 10 GW de centrales à gaz pour le passage de la pointe.

Ces trois scénarios prévoient une augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur électrique.

Deux scénarios sont donc compatibles avec l’objectif climatique : « Volt » et « Ampère ». Ce sont ces derniers qui ont été retenus dans le cadre des discussions et débats de la PPE.

  • Volt prévoit la fermeture de 9 réacteurs de 900 MW (hors Fessenheim) à l’horizon 2035.
  • Ampère prévoit la fermeture de 16 réacteurs.

Le scénario Volt est celui qui permet de réduire les émissions de CO2 du secteur électrique à 9 Mt (vs 12 Mt pour Ampère). C’est d’ailleurs le scénario qui conserve la plus importante part de nucléaire.

Un choix favorable au climat qui ne fait pas consensus

A l’annonce du choix du gouvernement de retenir ces deux scénarios, plusieurs associations ont pointé le manque d’ambition concernant la réduction de la part du nucléaire. Ils regrettent notamment que les scénarios RTE soient trop conservateurs en matière d’efficacité énergétique. Pourtant, RTE estime que la consommation d’électricité n’augmentera pas à court et moyen termes...

En outre, les détracteurs estiment que la part des exportations d’électricité reste trop élevée. RTE les justifie par le maintien d’un mix nucléaire et renouvelables, avec des capacités renouvelables en hausse, dans un contexte de baisse de la consommation. Pour mémoire, la France exporte en moyenne 10 % de son électricité vers ses voisins. Aujourd'hui, le charbon fournit un quart de la production d’électricité en Europe (mais émet 70 % des émissions de CO2 de l’électricité), l’exportation d’une énergie bas carbone est plutôt une bonne nouvelle. La France se place ainsi comme le "poumon vert" de l’Europe avec 90 % d’électricité bas carbone, et contribue, à son échelle, à l’atteinte des objectifs climatiques de l’UE.
  

 La question du recyclage

 La trajectoire d’évolution de l’énergie électrique présentée par le gouvernement indique : « La PPE définira également les modalités du maintien du recyclage du combustible nucléaire qui revêt un caractère stratégique pour la France. » La chronique de fermeture des réacteurs doit également prendre en compte la préservation de ce savoir-faire stratégique. Le parc nucléaire français actuel comprend 22 réacteurs « moxés » sur 58, permettant de produire 10 % de l’électricité. Une évolution brusque du parc nucléaire déstabiliserait rapidement les équilibres économiques et sociaux existants de l’aval, et mettrait à risque la confiance des pays étrangers qui souhaitent acquérir cette technologie comme la Chine.

 

Par Boris Le Ngoc (SFEN)

 

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Les annexes 2 et 3 ont pour objet d’illustrer ce que je qualifie de marécage administratif.

Ou encore comment faire pour qu’aucune responsabilité ne puisse être attribue à qui que ce soit ?


Annexe 2 : La naissance d’une PPE  

 

Première révision (projet de seconde PPE)  Wiki  PPE

Un projet de version révisée est attendu pour l'été 2018, où il sera notamment soumis à une évaluation de pertinence et de crédibilité énergétique (par des experts du Conseil national de la transition écologique et à une évaluation environnementale par l'Autorité environnementale (Ae)... pour aboutir à une seconde version, consolidée à publier. Sa rédaction s'appuiera sur un débat public (mi-mars à juin 2018) à échelles nationale et territoriale

Sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP, saisie par l'Etat qui est le maitre d'ouvrage de la PPE) et d'une Commission particulière du débat public sur la révision de la PPE un grand débat public est organisé de mars à juin 2018 ; il s’appuie sur une plateforme en ligne (ouverte le 19 mars)24, un état des lieux, une comparaison de la politique énergétique de la France et de celles des pays voisins et une « synthèse de l’état de l’opinion sur la question énergétique » (…) « des ateliers de controverse seront menés, autour de sujets tels que l’évolution de la consommation de l’énergie, le coût de l’énergie, les nouveaux usages de l’électricité (voitures électriques notamment) et leur compensation, le nucléaire, et l'acceptabilité des énergies renouvelables » a annoncé Jacques Archimbaud (vice-président de la CNDP et président de la commission particulière) qui souhaite que le débat parte des besoins (consommation et de la demande) pour arriver à la production énergétique.

L’autoconsommation sera aussi traitée, pour les enjeux de régulation globale et de solidarité qu’elle fait émerger.

Les débats pourront être nourris par les conclusions des concertations qui se sont tenues en 2017-2018 sur la mobilité, l’économie circulaire ou l’alimentation.

400 citoyens tirés au sort formeront un « G400 » de la consultation citoyenne ; ils suivront le débat durant 3 mois, aidés en cela par des synthèses, des newsletters, des questions-réponses, avant d’être réunis le 9 juin 2018 « pour se prononcer sur les quatre ou cinq questions fondamentales qui auront été soulevées depuis mars ».

Rencontres avec les territoires :

Des régions en processus de planification (Centre-Val-de-LoireNouvelle Aquitaine et Occitanie, et

quelques métropoles et agglomérations comme MarseilleLyonNantesRouenStrasbourg ou Grenoble) seront aussi sollicitées par la consultation, de même que quelques territoires à énergie positive (TEPOS, dont Loos-en-Gohelle) et des territoires ruraux lorrains ou occitans, ainsi que « territoires intenses en énergie » (Fos-sur-MerGravelines, ou encore la Vallée de l’Arve), pour notamment aborder le lien énergie-pollution de l’air.

Des « publics cibles » seront rencontrés en partenariat « avec des organisations de la société civile (jeunesconsommateursentreprises et salariésprécaires énergétiquesartisans et commerçants ou encore innovateurs…) en lien avec la ligue de l'enseignementUFC-Que choisir, les chambres de commerce et de l'industrie, des chambres de métiers et de l'artisanat, ou encore les grandes écoles et universités. Des initiatives seront encouragées par « un kit débat proposant une méthodologie à l’attention par exemple, d’associations qui souhaiteraient prendre part au débat ». Les débats seront filmés et retransmis en ligne, dès mi-mars 2018.

Budget : 500.000 euros sont annoncés, dont 100.000 pour établir le panel de citoyens.

Commentaires et analyses critiques

En 2015 puis 2016 des ONG, revues, presse spécialisée... après s'être félicités de la publication de la loi et de l'annonce de la 1ère PPE, se sont ensuite inquiétées du retard pris par sa publication et/ou de l'absence de décision claire concernant la réduction de la production nucléaire.
Selon la Cour des comptes en février 2016, de 2016 à 2025, à « hypothèses constantes de consommation et d’exportation », la production nucléaire devrait approximativement être réduite d’un tiers pour respecter l’objectif de 50 %. Ceci correspondrait à l’arrêt de la production moyenne de 17 à 20 réacteurs (dont la puissance est comprise entre 900 et 1 450 MW). Selon la Cour et de nombreux experts c'est une condition au développement des énergies renouvelables et un encouragement aux économies d'électricité.
Un groupe d'ONG (Réseau Action Climat-France, GreenpeaceFrance Nature Environnement et le CLER ont publié un document intitulé « Vraie programmation pluriannuelle de l’énergie ». Selon Greenpeace, la programmation pluriannuelle de l'énergie ne respecte pas la loi de transition énergétique, votée par le parlement.
Après la publication de la PPE au journal officiel, les associations Greenpeace et Réseau Action Climat-France déplorent que l'évolution du parc nucléaire ne soit toujours pas abordée (si ce n'est la fermeture de la centrale de Fessenheim). Selon elles les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique risquent d'en pâtir. Selon le réseau Sortir du nucléaire, la PPE sert à faire perdurer le nucléaire.

 

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Annexe 3 : La naissance d’un Code

Dans le mouvement général de codification du droit français, la conception d'un code de l'énergie a été décidée dès 2005, avec l'habilitation du Gouvernement à adopter ce code par ordonnance dans la loi du 13 juillet 2005. Le périmètre du code est choisi le 7 avril 2006. Si un premier plan a été approuvé le 9 mars 2007, la rédaction du code est retardée durant toute l'année 2008. Ce retard est dû en particulier aux recouvrements partiels de périmètres avec deux autres codes, celui de l'environnement ainsi que le code minier, dont la refonte est prévue à la même époque, mais aussi à la question du nucléaire, le gouvernement ne souhaitant pas codifier les lois du 13 et du 28 juin 2006 touchant au secteur du nucléaire, que la commission supérieure de codification souhaitait voir intégrer dans des codes. À la suite d'un avis défavorable de la commission le 18 mars 2008, le gouvernement a tranché pour mettre finalement dans le code de l'environnement les dispositions sur les installations nucléaires, en admettant par ailleurs globalement les vues de la commission sur les rapports avec le code minier.

Les parties législative et réglementaire du code de l'énergie sont donc à nouveau soumises à la commission le 7 avril 2009, mais la nouvelle mouture déplait à la commission, qui reproche notamment un conservatisme excessif dans les dispositions relatives à l'électricité, un plan qui rapproche trop les dispositions sur l'électricité et sur le gaz naturel, dont les situations juridiques tendent à s'éloigner, enfin de ne pas assez préparer les évolutions prévisibles, notamment celles induites par le paquet climat-énergie du droit de l'Union européenne.

Le gouvernement a donc repris le texte, aboutissant à l'avis favorable de la commission pour les trois premiers livres du code le 17 novembre 2009. Une dernière séance de la commission supérieure de codification conduit à l'adoption du code le 23 mars 2010.

La loi du 12 mai 2009 habilite à nouveau le Gouvernement à codifier la partie législative du droit de l'énergie ; mais entre-temps ont été adoptées les deux directives 2009/72 et 2009/73 dont la transposition a vocation à s'intégrer dans le nouveau code. Le Gouvernement obtient donc par la loi du 5 janvier 2011 une habilitation à transposer ces deux directives. Le texte final résulte donc de la version adoptée le 23 mars 2010 modifiée et complétée par la transposition des deux directives. Ce texte est soumis le 15 mars 2011 au conseil supérieur de l'énergie et le 14 avril 2011 devant l'assemblée générale du Conseil d'État.

La partie législative du code de l'énergie est donc promulguée par l'ordonnance no 2011-504 du 9 mai 2011 et publiée au Journal officiel du 10 mai pour une entrée en vigueur le 1er juin 2011. Cette ordonnance a été ratifiée (et modifiée) par l'article 38 de la loi n°2013-619 du 16 juillet 2013 portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne dans le domaine du développement durable.

La partie réglementaire du code de l'énergie est crée par le décret n° 2015-1823 du 30 décembre 2015.

Le 22 août 2015, ce code intègre d'importantes modifications à la suite du vote de la Loi relative à la transition énergétique LOI n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte 

 

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30 mars 2018

Production d’Électricité en France (3ème partie)

 

Nolwenn Weiler dans L’Observatoire de Multinationales du 4 décembre 2017

 

En mars 2016, lors d’une opération de remplacement, un générateur de vapeur de 465 tonnes chute en plein cœur de la centrale nucléaire de Paluel, en Normandie. Un accident grave et inédit, qui par miracle ne cause ni blessé grave ni contamination radioactive. Depuis, des experts ont enquêté sur les causes de l’accident. Leur rapport, dont les conclusions ont été résumées aux salariés ce 1er décembre, révèle des dysfonctionnements majeurs dans la préparation et la surveillance du chantier, en grande partie liés au recours massif à la sous-traitance. Des failles inquiétantes, alors que les chantiers de rénovation des centrales vont se multiplier.

Le 31 mars 2016, aux alentours de 13 heures, un vacarme assourdissant retentit à l’intérieur de la tranche 2 de la centrale nucléaire de Paluel, située en Normandie, entre Dieppe et Le Havre. « Nous n’avions jamais entendu ça, rapportent des salariés présents ce jour-là. On a senti une forte secousse. C’était impressionnant. » Après quelques instants de confusion, ils finissent par comprendre que le générateur de vapeur, qui est en train d’être retiré du bâtiment réacteur et remplacé par un neuf, vient de s’effondrer. Ce cylindre en acier de 22 mètres – l’équivalent de deux autobus alignés – pèse 465 tonnes.

Situé à l’intérieur même de l’enceinte de confinement du bâtiment qui abrite le réacteur nucléaire, le générateur de vapeur est un équipement essentiel au fonctionnement d’une centrale. Il récupère la chaleur du « circuit d’eau primaire », l’eau qui est réchauffée par le combustible nucléaire, pour la transmettre au « circuit secondaire », où l’eau transformée en vapeur est destinée à faire tourner les turbines qui produisent l’électricité.

Comment celui de Paluel a -t-il pu s’effondrer, mettant en péril la vie des travailleurs présents, endommageant les plateaux de protection de la « piscine » où le combustible nucléaire refroidit – piscine qui heureusement était vide à ce moment-là –, risquant de se fissurer et de laisser échapper la radioactivité accumulée ? « La sûreté de l’installation est restée assurée » déclare le lendemain l’Autorité de sûreté nucléaire, aucune contamination radioactive n’ayant découlé de l’accident [1]. Nous avons pu consulter en exclusivité l’expertise indépendante diligentée à la demande des salariés suite à cet accident. Elle a été réalisée par un cabinet indépendant, l’Aptéis, à la demande du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) qui la présente ce 1er décembre aux salariés d’EDF. Ses conclusions interrogent : la sûreté du nucléaire français est en jeu.

Un accident grave évité grâce à « une chance extraordinaire »

Ces générateurs de vapeur ont le même âge que les centrales, dont la majorité approche désormais les quarante ans de service. Leur remplacement fait partie du « grand carénage » : un programme de rénovation industrielle destiné à prolonger la durée de fonctionnement des centrales et à améliorer leur sécurité depuis la catastrophe de Fukushima, au Japon. Pour remplacer un générateur de vapeur (GV), il faut le dessouder, le hisser, le déplacer – on parle de « translation » – puis le coucher sur un chariot qui l’emmène ensuite hors du bâtiment réacteur.

Ces opérations sont réalisées grâce à un engin conçu spécialement, installé au sein des bâtiments réacteur avant le début du chantier : il s’agit d’un palonnier, une solide poutre d’acier horizontale, percée d’un trou par lequel passent un ensemble de câbles censés retenir l’énorme générateur. À Paluel, c’est au cours de la délicate opération de couchage que le système a lâché [2].

Entraînant le palonnier dans sa chute, le générateur a atterri à cheval sur la dalle en béton et sur les plaques d’acier protégeant la piscine du bâtiment réacteur. « Par une chance extraordinaire, il n’y a eu aucun blessé grave, s’étonne encore un salarié [3].Les dégâts, bien qu’importants, n’ont pas entraîné de dommages irréversibles. » Le générateur aurait pu écraser quelqu’un, neuf personnes étant alors présentes sur le site : quatre employés d’Areva et cinq de Bouygues, l’un des sous-traitants, mais aucun d’EDF. La pièce de 465 tonnes aurait pu aussi tomber au fond de la piscine, ou se fendre. Une fissure aurait eu des conséquences dramatiques, laissant s’échapper la radioactivité accumulée à l’intérieur du générateur, l’eau y circulant ayant été en contact avec l’uranium. Des drones ont d’ailleurs été envoyés dans le bâtiment réacteur les jours suivant l’accident, pour s’assurer qu’aucune radiation ne s’échappait.

 

Générateur de vapeur de Paluel

                                       

 70 entreprises sous-traitantes pour un seul chantier

Comment un tel accident, qui laisse de vieux baroudeurs du nucléaire encore incrédules, a-t-il pu se produire ? « Les préconisations essentielles du levage n’ont tout simplement pas été respectées », résume un salarié. Tel qu’il a été conçu, le système d’accroche du palonnier ne pouvait pas résister aux forces exercées. Difficile d’imaginer comment une erreur aussi élémentaire a pu passer à travers les différents niveaux de contrôle. Le rapport des experts du cabinet Aptéis, mandatés par le CHSCT, lève le voile sur cette question : le recours à la sous-traitance serait directement responsable du fait qu’un équipement défectueux ait pu être conçu, puis utilisé sans que les diverses alertes émises avant l’accident ne soient prises en compte.

Pilotées par la Division de l’ingénierie du parc, de la déconstruction et de l’environnement d’EDF (DIPDE), les opérations de changement des générateurs de vapeur usagés sont entièrement réalisées par des prestataires extérieurs. Ceux-ci sont réunis et se coordonnent au sein d’un groupement d’entreprises [4]. Celui qui opérait à Paluel était emmené par Areva Nuclear Power, avec Eiffage Construction Métallique (BTP), Kaefer Wanner (isolation industrielle) et Orys (sous-traitance). Les employés de Bouygues présents intervenaient comme sous-traitant d’Areva.

« Ces délais poussent les gens à faire des conneries »

Ces quatre entreprises ont elles-mêmes fait appel à environ 70 sous-traitants. Ajoutés aux entités EDF mobilisées, cela a rendu très complexe la circulation d’informations. Cette profusion d’acteurs, dont les rôles étaient parfois mal compris par les autres, aurait ainsi créé un climat de confusion, tout en diluant les responsabilités. « C’est tellement compliqué, que l’on ne sait plus qui fait quoi », illustre ainsi un salarié.

Comment peut-on se passer efficacement des informations dans ces conditions ? D’autant que tout le monde est prié d’aller vite pour respecter les délais irréalistes qui sont imposés. « Dans le nucléaire, pour calculer la durée des chantiers, la direction dit : sans aléas, on peut le faire en tant de jours, explique un agent EDF. Et c’est ce temps-là qui est retenu, et que tout le monde s’efforce de respecter. Le problème, c’est que ces délais sont complètement en dehors de la réalité. Il y a toujours des aléas, surtout pour un chantier comme celui du remplacement du GV de Paluel qui constitue une tête de série. »Jamais, auparavant, un générateur d’un réacteur aussi puissant (1300 MW) n’avait été remplacé par EDF [5]. Pourtant le caractère inédit du chantier n’a, à aucun moment, été pris en compte. « Ces délais, reprend un salarié de Paluel, poussent les gens à faire des conneries, c’est évident. En plus, si on ne les respecte pas, on est montré du doigt comme celui qui a retardé le chantier. »

Des alertes ignorées

L’accident s’est déroulé lors de la dépose du troisième générateur sur les quatre que compte la tranche 2 de la centrale [6]. À l’intérieur du bâtiment, on avait bien remarqué, au cours du hissage des deux premiers générateurs que le palonnier tanguait dangereusement. L’information avait d’ailleurs circulé au sein de la centrale plusieurs jours avant l’accident, y compris entre des salariés non concernés par le chantier. « On a vraiment insisté sur le fait que le palonnier était tordu. On a remonté l’information », ont confié des salariés aux experts. Dans leur rapport, ces derniers précisent : « Plusieurs de nos interlocuteurs ont en outre laissé entendre que l’information n’était pas seulement remontée aux encadrants de l’équipe de remplacement du GV, mais bien également à la direction du projet à Marseille ainsi qu’à celle de la DIPDE. »

Les ingénieurs qui pilotent l’opération sont donc censés être au courant des premiers signes de défaillances. Au moment de ces diverses alertes, une réunion se tient au sein de la centrale. « On le sait parce que des salariés nous l’ont rapporté, raconte Thierry Raymond, animateur du collectif nucléaire au sein de la Fédération nationale des mines et de l’énergie de la CGT (FNME). Mais nous n’en avons aucune trace écrite. On ne sait pas qui était là, ni ce qui s’y est dit. »

Seule certitude : le chantier s’est poursuivi, comme si de rien n’était, jusqu’à ce que le tout s’écroule. « Tout ça, nous le savions, soupire un salarié de Paluel. Mais ce que l’on a découvert avec cette étude, c’est que des gens de la DIPDE savaient avant l’ouverture du chantier qu’il y avait un problème de conception, et que rien n’a été fait ! » Pour Aptéis, la masse de travail des ingénieurs EDF est en cause, de même que l’obligation, là encore, de faire les choses « au plus vite ».

Une chaîne de contrôle défaillante à plusieurs niveaux

« Ils ont trop de dossiers à contrôler en même temps, c’est évident, estime un agent EDF. C’est impossible pour eux d’assurer un suivi sérieux. Ils peuvent signaler quelque chose de tout à fait incroyable, sans qu’il n’y ait de conséquences derrière. » La tâche de surveillance des ingénieurs EDF est d’autant plus ardue qu’elle dépend des informations que les prestataires veulent bien donner. Dans le dossier Paluel, il y a une entorse manifeste à cette obligation de transmission d’information : Areva n’a signalé que tardivement le fait que la conception du palonnier différait de ceux qui avaient été fabriqués jusque-là par EDF. Or, cette différence de conception aurait dû impliquer une surveillance renforcée de la part des ingénieurs d’EDF.

Ceux-ci n’ont pu constater ces problèmes que fin 2014, une fois le palonnier déjà fabriqué par Areva et livré à la centrale de Paluel, cinq mois avant le début des opérations. « C’était tellement avancé qu’on pouvait difficilement arrêter, commente Thierry Raymond de la CGT. Il aurait fallu que quelqu’un ose prendre cette décision, avec le risque de faire stopper le chantier pour rien, et celui de voir sa carrière brisée. »Contactée par Basta ! l’entreprise Areva a répondu avoir analysé en profondeur les causes de l’accident de manutention, en coordination avec son client, EDF. Elle n’a pas souhaité en dire plus.

Du côté de la centrale de Paluel, où le service de communication n’a pas de commentaires à faire sur l’expertise, on assure que des leçons ont été tirées de l’accident. « Les équipes en charge du levage des GV ont été formées, l’ensemble de la chaîne de levage a été équipée de dispositifs de contrôle, le chantier est suivi pas à pas, et les données remontées très régulièrement. » « La direction a mis le paquet , concède un syndicaliste. La DIPDE a repris en main la conception, elle a été très présente. La surveillance était si serrée que le second palonnier qui a été construit n’a pas été validé, des soudures défectueuses ayant été détectées. » Pour la construction du troisième palonnier, les soudures ont été vérifiées à chaque phase de fabrication. Mais rien ne dit que cette procédure sera mise en œuvre sur les autres changements de générateur du parc nucléaire.

« On s’inquiéterait trop facilement. On serait « catastrophistes » »

« Le rapport met aussi en cause une partie de notre organisation, en l’occurrence celle qui concerne la surveillance des chantiers », ajoute un agent EDF. Ces quinze dernières années, en même temps que la masse d’activités sous-traitées a augmenté, le personnel interne à EDF s’est beaucoup renouvelé. La plupart de ceux qui ont connu la grande époque des constructions de centrales sont partis. Ceux qui arrivent au service ingénierie, un BTS en poche, se retrouvent très rapidement à surveiller des chantiers sur des installations qu’ils n’ont pas construites eux-mêmes. Il est donc difficile pour eux d’évaluer les risques réels.

« Pour nous, tranche un agent de l’ancienne génération, il est impossible de contrôler correctement quelque chose que l’on n’est pas capable de réaliser soi-même. Ce principe nous oppose à la direction depuis très longtemps. Si les personnes qui ont surveillé le chantier du GV à Paluelavaient eu des compétences en levage, elles auraient aussitôt signalé qu’il y avait un problème susceptible d’avoir de graves conséquences. » Car surveiller ne signifie pas se contenter de valider « le respect de procédures normées »« sans avoir à comprendre ou à entrer dans la réalité des activités réalisées », rappellent les experts de l’Aptéis.

Pire : les compétences détenues par les personnels d’EDF sont ignorées. C’est ainsi que le service levage de la centrale de Paluel, qui compte des techniciens aguerris, n’a pas été sollicité une seule fois pour le chantier de remplacement du générateur. « Le principe de la sous-traitance, c’est qu’ils se débrouillent, sans que l’on intervienne en quoi que ce soit. Même si on sait le faire », grince un agent EDF. Les lanceurs d’alerte internes ne sont pas les bienvenus. « Ils essaient de nous faire passer pour des gens qui se posent trop de questions. On s’inquiéterait trop facilement. On serait « catastrophistes ». » Se poser des questions au sein d’une centrale nucléaire, quoi de plus normal…

« On arrive aux limites de la sous-traitance »

La direction de Paluel aurait pourtant eu intérêt à prendre en compte les remarques de ses salariés. « Nous n’avons eu de cesse de leur dire que ce qu’ils faisaient était dangereux, remarque un syndicaliste. On avait même évoqué la chute d’un générateur de vapeur. » Les salariés de la centrale ont également, à plusieurs reprises, pointé du doigt le sous-traitant en charge de la manutention du palonnier défectueux, Orys. Selon le témoignage d’un des employés du sous-traitant, Orys aurait laissé entrer et travailler dans la centrale un soudeur qui n’en était pas un, avec de fausses habilitations ; un palonnier extérieur aurait été entreposé à l’air libre, rouillant à cause de la proximité de la mer ; enfin, le circuit de refroidissement de secours situé au cœur du bâtiment réacteur aurait été endommagé lors d’une intervention.

La situation était si critique que des représentants CGT sont allés demander au directeur national en charge des prestataires de retirer l’entreprise de la liste des sous-traitants qualifiés pour intervenir en centrale nucléaire. « On outrepasse notre représentation syndicale quand on fait ce genre de chose. C’est vraiment extrêmement rare », souligne Thierry Raymond. La société Orys a pourtant été récompensée par EDF, trois mois après l’accident, pour sa « bonne prise en compte de la sécurité et [sa] contribution à la prévention des risque » sur un autre chantier, dans la centrale nucléaire du Tricastin [7].

La poursuite du « grand carénage » en question

« De plus, il est très délicat pour nous de faire remonter ce que nous disent certains salariés sous-traitants sans qu’ils soient identifiés,ajoute Thierry Raymond. C’est très important de les couvrir parce qu’ils ne sont pas protégés. » « Le collègue de chez Orys, qui nous a parlé, a été assigné au ménage pendant plusieurs semaines, avant de quitter l’entreprise via une rupture conventionnelle », rapporte-t-on au sein de la centrale de Paluel. « Avec la chute du générateur, on arrive aux limites de la sous-traitance à tout va, juge Thierry Raymond. Mais on continue quand même. »

À Paluel, le générateur de vapeur a finalement été sorti du bâtiment réacteur par un sous-traitant néerlandais qui avait postulé, sans succès, pour assurer le chantier de remplacement initial . « Sans doute était-il trop cher », soufflent des salariés. Mais, entre le coût d’une centrale à l’arrêt – un million d’euros par jour – et les surcoûts d’études, de conception, de construction et de manutention d’un matériel de levage adéquat, le chantier de la tranche 2 de Paluel a dépassé le milliard d’euros. Sans oublier les risques encourus par les salariés, sauvés par une « chance extraordinaire » pas vraiment synonyme de « sûreté nucléaire ». A l’heure où l’allongement de la durée de fonctionnement des centrales au-delà des 40 ans se pose, le « grand carénage » commence mal. Étrangement, l’Autorité de sûreté du nucléaire n’a pas souhaité répondre à l’expertise ni écouter sa restitution alors qu’elle est censée rendre son avis sur le prolongement de l’activité des centrales. Ce qui est peu rassurant.

Nolwenn 

Notes

[1] Voir le communiqué de l’ASN ici

[2] Des infographies EDF décrivent la chute ici.

[3] Une personne a été touchée au thorax. Elle a été emmenée à l’hôpital d’où elle est ressortie rapidement.

[4] Un Groupement momentané d’entreprises solidaires (GMES).

[5] Seulement les réacteurs de 900 MW avaient vu leurs générateurs renouvelés.

[6] La centrale de Paluel compte quatre tranches. Le chantier de grand carénage prévoit de changer les générateurs de vapeurs des tranches 1, 3 et 4 en 2023 et 2024.

[7Voir ici, sur le site du groupe EDF.

 

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