Le Naïf dans le Monde

15 février 2020

Dis, Papa, C’est quoi la retraite ? Annexe 1 , 2 et 3

Dis, Papa, C’est quoi la retraite ?

Annexe  1, 2 et 3

ANNEXE 1

HISTOIRE DU SYSTÈME DE RETRAITE FRANÇAIS   Ecrit par Ludovic Herschlikovitz 

Découvrir l’histoire, l’origine et l’évolution de la retraite en France. Les étapes les plus importantes de l’histoire de la retraite française pour mieux comprendre le système actuel.

Les étapes les plus importantes dans l’histoire des retraites en France

L’Assurance vieillesse est actuellement un système bien établi malgré les contraintes financières rencontrées par la Sécurité sociale. En effet, tous les actifs cotisent pour toucher d’une pension de retraite à la fin de leur carrière et même si les taux ne se valent pas d’un régime à l’autre, il s’agit d’une allocation attribuée par la caisse, quatre mois après le dépôt de la demande de liquidation de l’assuré.

Il faut rappeler qu’avant 1930, aucun employé du secteur privé ne bénéficiait encore de pension. De nombreuses démarches et ont été entreprises par les organisations syndicales pour que le système actuel soit aussi bien structuré. Découvrez les principales étapes de l’évolution et de la mise en place des différents régimes de retraite français.

Les premiers régimes de retraite pour les catégories professionnelles particulières

L’ancêtre de tous les régimes de retraite français est sans doute « La Caisse des Invalides de la Marine Royale ». Le ministre des Finances de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert, a créé une pension de retraite pour les marins dès 1673.

Ensuite, d’autres catégories de régimes de retraite ont été mises en place, dans le même esprit, pour les classes professionnelles particulières qui sont liées à l’État. Des lois spécifiques ont été promulguées sur les pensions militaires (1831), sur les pensions civiles des agents de l’État (1953), sur la retraite des mineurs (1894), sur la retraite des cheminots (1909) et sur la retraite des ouvriers de l’État (1928). D’ailleurs, ces catégories forment encore les régimes dits « spéciaux », jusqu’à présent.

La retraite des fonctionnaires

La première caisse de retraite des fonctionnaires de l’État a été mise en place en 1790, aux lendemains de la Révolution. L’âge légal de départ a été officiellement fixé par la loi du 9 juin 1853 :

  • les fonctionnaires pouvaient partir en retraite à l’âge de 60 ans, après 30 ans de services ;
  • Les agents chargés des travaux pénibles pouvaient partir dès 55 ans, s’ils justifiaient de 25 ans de services.

 Le régime de retraite des salariés

Le premier régime de retraite obligatoire dédié aux salariés qui percevaient plus de 15 000 francs par an a été mis en place en 1930 : les assurés devaient justifier d’une durée de cotisation de 30 ans pour toucher une pension à taux plein.

Avec la publication de l’ordonnance du 19 octobre 1945, les cotisations versées par les actifs devaient désormais servir à payer immédiatement les pensions de retraite, tout en créant des droits pour leur future retraite. Le régime par répartition est né et l’âge légal de départ en retraite a été reporté à 65 ans.

En 1982, le président François Mitterrand est revenu sur l’âge de départ à 60 ans pour les assurés qui justifiaient d’une durée de cotisation de 37,5 ans dans un ou plusieurs régimes de base.

La mise en place des autres régimes de retraite

  • Les régimes de retraite complémentaire des cadres et des non-cadres ont été mise en place par les Accords collectifs interprofessionnels signés le 14 mars 1947 et le 8 décembre 1961. Les retraites complémentaires des cadres et des non-cadres (AGIRC et ARRCO) sont devenues obligatoires après la publication de la loi du 29 décembre 1972.
  • La loi qui a instauré les trois régimes d’assurance vieillesse pour les travailleurs non-salariés non agricoles a été publiée le 17 janvier 1948 : il s’agit des artisans, des professionnels libéraux, des industriels et des commerçants.
  • Le régime d’assurance vieillesse obligatoire des exploitants agricoles a été créé par la loi du 10 juillet 1952 et géré par la Mutualité sociale agricole (MSA).
  • Depuis la promulgation de la loi Madelin en 1994, les travailleurs non-salariés peuvent capitaliser leur retraite à travers un contrat Madelin.
  • Le Régime social des indépendants (RSI) a été mis en place en 2006. Sa création a été prévue par l’ordonnance du 31 mars 2005 et il regroupe les régimes d’assurance maladie des industriels, des artisans, des commerçants et des professionnels libéraux, mais aussi les régimes d’assurance vieillesse des artisans, des commerçants et des industriels.

Des réformes successives

  • Confrontées à des problèmes financiers, les autorités compétentes ont dû lancer des réformes successives pour assurer la pérennité du système de retraite. La réforme effectuée par Balladur en 1993 a augmenté la durée de cotisation requise pour toucher une retraite à taux plein à 40 ans, contre 37,5 ans. À compter de cette année, le calcul de la pension est basé sur les 25 meilleures années de salaires contre 10 auparavant. Les pensions de retraite sont revalorisées sur l’indice des prix et non plus sur l’évolution générale des salaires.
  • En 2003, François Fillon a réalisé une réforme importante qui prévoit l’alignement de la durée de cotisation du secteur public sur celle du privé qui est passé de 37,5 ans à 40 ans. Le chef du gouvernement de l’époque est également à l’origine des deux dispositifs d’épargne : le plan d’épargne de retraite populaire (PERP) et le Plan d’épargne pour la retraite collectif (PERCO).
  • La réforme de retraite de 2010 prévoit le recul progressif de l’âge légal de départ de 60 ans à 62 ans et le recul progressif de l’âge du taux plein de 65 ans à 67 ans.
  • En 2014, la réforme menée par la gauche prévoit l’allongement de la durée d’assurance minimale pour prétendre à une retraite à taux plein : il augmente progressivement de 166 trimestres à 172 trimestres pour les assurés nés entre 1958 à 1972. Les travailleurs soumis à des facteurs de pénibilité et qui remplissent certaines conditions peuvent obtenir des points depuis le 1er janvier 2015. Ces points cumulés pourront servir à passer à un travail à temps partiel ou/et à abaisser l’âge de départ à la retraite, ou encore à bénéficier d’une formation en vue d’une reconversion professionnelle.

 

Mais ces innovations seront-elles suffisantes pour combler le déficit des caisses de la Sécurité sociale ? Il faudra malheureusement s’attendre à ce que d’autres réformes soient lancées au cours des prochaines années pour assurer la pérennité du système de retraite français.

 

ANNEXE 2

Retraite en France  (Wikipedia)

La retraite en France consiste en un système de retraites fondé pour l'essentiel sur le principe de la répartition, les cotisations sociales des actifs servant à payer les pensions versées aux retraités. Il est composé du régime général, de régimes complémentaires et de différents régimes spéciaux créés à différents moments et fait l'objet depuis les années 1990 de réformes successives vivement contestées. Parmi les opinions, il est possible de distinguer trois courants de pensée: ceux qui veulent conserver le système tel qu'il existe, ceux qui veulent le réformer partiellement et ceux qui veulent une remise à plat du système avec l'instauration d'un régime par points. Après de nombreuses réformes « paramétriques » la réforme des retraites de 2019, dont les préconisations sont publiées en juillet 2019, a pour objectif de mettre en place un système universel de retraite fonctionnant par points et remplaçant les 42 régimes actuels. Cette réforme « systémique » devrait être traduite dans un projet de loi dont le gouvernement prévoit l'adoption à l'été 2020.

L'OCDE constate en novembre 2019 que la France offre une très bonne protection sociale aux retraités : seuls 7,6 % des retraités français vivaient sous le seuil de pauvreté en 2017, taux nettement moindre que pour les actifs, et le taux de remplacement est largement supérieur à la moyenne : 73,6 % du salaire moyen, contre 58,6 % en moyenne dans les pays de l'OCDE. De plus, l'âge effectif moyen de départ en retraite est de 60,8 ans en France contre 65,4 ans en moyenne dans l'OCDE.

La France a dépensé 310 milliards d'euros en 2018 (soit 13,8% de son PIB) pour le financement des retraites. Cette somme est essentiellement issue des cotisations sociales payées par les actifs. La France est le 3e pays de l'OCDE dépensant le plus d'argent public (en % du PIB) pour ses retraites, elle est devancée seulement par la Grèce et l'Italie.

En France, le nombre de retraités augmente, il s'établit à 14,35 millions en 2018 (contre 12,24 millions en 2008). A l'inverse le ratio actifs/retraités diminue, en effet, alors qu'il y avait 4 actifs par retraité en 1960, on ne comptait plus que 1,8 en 2010 et il devrait y en avoir seulement 1,2 en 2050.

Présentation

Il « existe en France plus de 600 régimes de retraite de base, [et] plus de 6 000 régimes de retraites complémentaires ». On peut distinguer trois grands pôles :

  • Le secteur privé ajoute à la retraite de base servie par la CNAVTS des retraites complémentaires, versées par des organismes relevant de l'Agirc et de l'Arrco, et des retraites-chapeaux.
  • Les régimes autonomes des artisans, commerçants, professions libérales, ainsi que la mutualité sociale agricole
  • Le secteur public compte trois systèmes, selon trois grands groupes d'employeurs :
    • les fonctions publiques territoriale et hospitalière, disposent d'une caisse commune pour le régime de base : la CNRACL.
    • Les fonctionnaires d'État (et des organismes qui en dépendent) n'ont pas de caisse indépendante. L'employeur paye les pensions de base.
    • Les régimes spéciaux de retraite notamment à la SNCF, à la RATP et à EDF-GDF, réformés en 2007.

Comme la retraite des fonctionnaires (territoriaux, hospitaliers et d'État) ne tient pas compte des primes, des régimes facultatifs par capitalisation ont été créés dès 1967 (PREFON par exemple). Il existe aussi des régimes complémentaires obligatoires comme l'IRCANTEC, réservée aux non-titulaires, et la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP), par capitalisation créé pour les fonctionnaires après la réforme de 2003.

Ces différentes composantes n'ont que peu de points communs, fixés par une loi :

  • l'âge légal d'ouverture des droits est fixé à 62 ans depuis la réforme des retraites en France en 2010.
  • l'âge de la retraite à taux plein, même en cas de carrière partielle, sera progressivement repoussé à 67 ans, à raison de quatre mois de plus par an à partir de 2011.
  • une durée de cotisation de référence (160 à 166 trimestres selon l'année de naissance en 2011), base pour des calculs de décotes en cas de départ avant l'âge légal et avant d'avoir cotisé suffisamment, ou de surcote en cas de cotisation plus longue. La réforme des retraites en France en 2010 prévoyait un premier décret avant le 31 décembre 2010, qui fixera la durée de cotisation des générations 1953 et 1954. Les durées de cotisation des générations suivantes seront fixées par d'autres décrets, chaque année11. L'augmentation envisagée en 2010 devait porter la durée de cotisation à 165 trimestres pour les générations 1953 et 1954 puis marquer un palier avant d'atteindre 166 trimestres pour les générations 1960 et suivantes.

Les régimes de base fonctionnent à prestation définie (la pension est une fraction définie des revenus pris en compte) et à cotisation définie. L'équilibre s'effectue par des réformes, qui se sont succédé depuis 1990, et par le recours au fonds de réserve pour les retraites ; pour les retraites de la fonction publique, c'est le budget de l'État qui fait l'appoint.

Il existe aussi des dispositifs facultatifs, reconnus ou organisés par l'État, tous par capitalisation. Certains peuvent être souscrits de façon individuelle, dans le cadre des plans d'épargne retraite populaire (PERP) pour les salariés du régime général. D'autres sont souscrits dans un cadre professionnel : PERCO et Plan d'épargne retraite entreprise pour les salariés du privé, contrats Madelin pour les professions indépendantes, etc. Pour préparer sa retraite, les dispositifs d'épargne ordinaires (notamment l'assurance-vie) sont aussi encouragés fiscalement depuis 1993.

Historique

Ancien Régime : retraites pour les militaires

La vie des anciens a longtemps reposé sur la solidarité intergénérationnelle et de menus travaux artisanaux. De nombreuses formes d'entraide volontaires existaient dès le Moyen Âge : corporations, sociétés de secours mutuels.

La première profession à obtenir une compensation en période d'inactivité est celle des marins sous Louis XIV (Jean-Baptiste Colbert institue en 1673 la Caisse des invalides de la marine, créant la première retraite par répartition au monde, ce qui permet de les fidéliser), puis ce fut les militaires gradés, l'administration royale, le personnel des Maisons royales, le clergé et la Ferme générale, qui crée une des premières caisses de retraite française en 1768, alimentée par des retenues de 1,25 % à 2,5 % sur les salaires. Sous l'Ancien Régime, 60 000 pensionnaires recevaient une rente de la part du roi. Celui-ci prélevait sur son trésor royal pour distribuer des pensions de cour, des pensions de charité, de mérite et de conversion, les pensions de retraite ne concernant quant à elles que 0,1 % de la population15. À la Restauration, les rentes royales sont à nouveau payées, sur la liste civile.  Sous la Monarchie de JuilletLouis-Philippe crée le 11 avril 1831 une nouvelle législation sur les pensions militaires.

xixe siècle, paternalisme, mutualisme et émergence de la gestion ouvrière

Après la révolution de 1848, l'ensemble des fonctionnaires (civils et militaires) bénéficie d'une retraite, à partir de la loi sur les pensions civiles du 8 juin 1853 : Napoléon III généralise le régime de pension par répartition pour la fonction publique, l'âge normal de la retraite à cette époque étant de 60 ans (55 pour les travaux pénibles) et crée la pension de réversion.

Pour le secteur privé, les sociétés de secours mutuels (les premières en 1804 pour les ouvriers), dites aussi sociétés de prévoyanceont permis un palliatif, mais leur développement était entravé par la réglementation (en 1890, seuls 3,5 % des ouvriers âgés ont accès à une pension), les pouvoirs publics craignant une agitation ouvrière. La pression populaire augmentait donc, comme en témoigne la légalisation du syndicalisme.

Certaines professions finirent par obtenir des droits à la retraite : en 1850, les premières compagnies privées de chemins de fer créèrent des caisses de retraite pour certains de leurs employés (création des régimes spéciaux) et en 1894 les mineurs obtinrent, dans un cadre obligatoire, l’assurance maladie et un régime de retraite, suivis, en 1897, par les travailleurs des arsenaux et de l’armement et en 1909 pour tous les cheminots.

Il s'agit d'initiatives patronales destinées d'abord à fixer la main-d’œuvre, et qui s'insèrent dans une « politique des âmes » cléricale et moralisatrice. En 1875, le socialiste fouriériste Paul-Émile Laviron adresse à l'Assemblée nationale un projet de caisse de retraite pour les ouvriers alimentée par l’État. Après Laviron, le socialiste Édouard Vaillant a été l'un de ceux qui se sont attachés à faire de la protection sociale une revendication ouvrière. Vaillant défend l'idée d'une assurance ouvrière financée par l'État et les patrons et administrée par ses bénéficiaires. Ces idées seront à la base de la loi sur les retraites ouvrières et paysannes de 1910.

La mutualité est un troisième modèle de gestion d'institutions de protection sociale issu des idées mutualistes qui sont d'origine socialiste (Robert OwenPierre-Joseph Proudhon). Toutefois, en France, c'est un décret du 26 mars 1852 qui institue les sociétés mutuelles, organisées sur une base territoriale et interprofessionnelle avec une forte implication des notables. Son organisation sous le contrôle des gouvernements du Second Empire donne finalement à la mutualité française une idéologie voisine de celle du système mis en œuvre par les entrepreneurs catholiques.

Dans sa version républicaine instaurée par la loi de 1898, dite « Charte de la mutualité », les aspects notabiliaires et moralisateurs sont atténués. Le modèle mutualiste est satisfaisant pour les républicains modérés attachés au libéralisme économique. Les trois modèles sont en compétition au tournant du siècle : le modèle de gestion ouvrière est défendu par les socialistes, le modèle mutualiste est défendu par les républicains modérés ou libéraux et le modèle paternaliste par les conservateurs. À partir de la fin du xixe siècle, à la suite de l'échec de la constitution d'une protection sociale basée sur la liberté d'affiliation, des lois vont dans le sens du principe d'obligation et d'une gestion tripartite (État, patrons, ouvriers) des institutions : la loi du 29 juin 1894 institue un système de retraite pour les mineurs financé par les patrons et garanti par l'État.

Le principe d'obligation qui sous-tend la législation de ces années coexiste avec la liberté du choix de la caisse qui peut être la CNRV, une caisse patronale ou une caisse syndicale agréée. La Caisse nationale des retraites pour la vieillesse (CNRV), réformée en 1886, est contrôlée par une commission de surveillance qui comprend 50 % de hauts fonctionnaires, 25 % de parlementaires et le restant de présidents de sociétés de secours mutuels et de personnalités industrielles.

1910-1927

La loi sur les « retraites ouvrières et paysannes » (ROP, 1910) crée des systèmes de retraite par capitalisation à adhésion obligatoire, défendus par des membres du Parti radical comme Léon Bourgeois et Paul Guieysse, qui concernent 3 millions de salariés sur 8 millions, et 40 millions de français : avant 1914, un retraité sur trois vit d'une rente, en général foncière. Le projet est vivement combattu par le patronat, qui dénonce des charges inacceptables et l'encouragement à la paresse. Une des innovations de la loi de 1910, qui conserve la liberté du choix de la caisse, réside dans la création à l'initiative du gouvernement de caisses départementales ou régionales administrées de façon tripartite par des représentants de l'État, des représentants élus des assurés et des représentants des patrons. L'âge normal du départ à la retraite est fixé par la loi de 1910 à 65 ans, mais la révision de 1912 offre la possibilité de toucher la retraite à 60 ans. « C'est la donner à des morts » se plaint la CGT, car dans les années 1910, à peine 8 % de la population atteint 65 ans, dont une infime minorité d'ouvriers.

Les dépréciations monétaires qui se sont notamment produites en 1910 et 1918, consécutives à l'inflation, ont pénalisé le système de retraite par capitalisation.

Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement français mobilise massivement les travailleurs qui cessent leurs cotisations, ce qui provoque la faillite des caisses de retraite des mineurs et des cheminots. Cette guerre provoque aussi l'afflux d'anciens combattants. Les responsabilités de l'État sont plus communément acceptées par une large frange de la population. Le retour des trois départements d'Alsace-Moselle, pose la question de supprimer le modèle bismarckien qui s'y applique, ou de l'étendre au reste du pays. La seconde solution est retenue, la France étant alors le dernier pays européen sans assurance sociale générale.

1928-1939

La loi du 5 avril 1928, légèrement corrigée par celle du 30 avril 1930, garantit au retraité qui a atteint l'âge de 60 ans et qui peut justifier de 30 années d'affiliation, une pension qui se monte à 40 % du salaire moyen sur la période de cotisation. Le salarié a la possibilité d'ajourner à 65 ans la liquidation de sa retraite.

Les querelles se poursuivront jusqu'en 1930, pour savoir qui de l’État, des syndicats, du patronat ou de la mutualité doit gérer ce système. Un compromis est trouvé : protection maladie par répartition et capitalisation pour la retraite, tous deux obligatoires, couvrant théoriquement 10 millions de personnes en 1930 et 15 en 1941.

Dans les années 1930, la situation des caisses de retraite est également remise en question par les problèmes démographiques que représentent l'allongement de la durée de vie et la faiblesse des naissances.

La question des retraites donne lieu à pas moins de 24 projets ou propositions de lois entre 1936 et 193927.

Les réformes du gouvernement de Vichy (1941-1944)

Après la défaite de juin 1940 et la mise en place du régime de Vichy, le nouveau ministre du Travail René Belin va reprendre les projets de la fin des années 1930 qui visaient notamment à substituer le principe de répartition à celui de capitalisation. Belin a intégré dans son cabinet deux spécialistes des retraites, Francis Netter et Pierre Laroque, mais ce dernier est révoqué à la suite de la loi du 3 octobre écartant les Juifs de la fonction publique. Les quatre dévaluations survenues depuis 1936 ont encore souligné la faiblesse des systèmes par capitalisation. Les travaux de l'équipe de René Belin aboutissent dès le 11 octobre 1940 à l'adoption d'un projet de loi par le conseil des ministres :

« Les pensions de vieillesse et d'invalidité délivrées au titre des assurances sociales sont constituées selon le régime de la répartition. La liquidation, le service de ces pensions ainsi que les allocations… sont assurés par une caisse générale des pensions prenant la suite des organismes de gestions pour la vieillesse et l'invalidité… »

Ce projet de loi se heurte aux tirs de barrage de la part des mutualistes représentés au sein du gouvernement par Jean Ybarnégaray secrétaire d'État à la Famille et à la Santé qui défendent le système par capitalisation en mettant en avant l'aspect moral que représente l'épargne. Les mutualistes parviennent à bloquer la loi jusqu'en février-mars 1941 où Belin ressert le principe de répartition dans la mise en place de l'allocation aux vieux travailleurs salariés (AVTS), premier système intégral par répartition.

L'AVTS est précisé par une abondante législation de 1941 à 1944, qui survivra à l'effondrement du régime de Vichy. La nouvelle institution a vocation à venir en aide aux vieux travailleurs selon un principe d'humanisme consensuel et, dans l'immédiat, à dégager du marché du travail les plus âgés et les inaptes et à contribuer ainsi à la baisse du chômage, encore important au début de 1941. Indépendamment de l'AVTS, le chômage décroît de façon spectaculaire, et des dérogations de plus en plus larges sont apportées au principe de non-cumul allocation-pension-travail.

La nouvelle allocation est en effet non cumulable avec un emploi, mais aussi avec une retraite obtenue en vertu d'un régime légal ou réglementaire. Son montant est de 3 600 francs par an, avec certaines majorations familiales ou géographiques.

Dès novembre 1941, 1 500 000 dossiers avaient été déposés. Le succès de l'AVTS dépassait les prévisions et posait par conséquent un problème de financement. Sur les 1 600 000 allocataires de 1944, près de 1 000 000 n'avaient jamais cotisé. La nouvelle AVTS, basée sur le principe de répartition, se substituait aux anciennes caisses du régime de l'assurance vieillesse qui avaient accumulé au cours de leurs dix premières années de fonctionnement un petit magot de 20 milliards de francs. Ces réserves serviront à financer les premières années de l'AVTS. Le système donne droit à une pension de 40 % du salaire de référence, à partir de 65 ans.

Maintien du système par répartition et intégration dans la Sécurité sociale en 1945

À la Libération, dans les attributions d'Alexandre Parodi, ministre du Travail et de la Sécurité sociale dans le Gouvernement provisoire de la République française figure notamment la mise en œuvre de la résolution du programme du Conseil national de la Résistance qui prévoyait « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». L'organisation des retraites sera intégrée au système français de sécurité sociale dont la création est confiée en novembre 1944 à Pierre Laroque qui avait rejoint Londres en avril 1943 et qui est nommé « directeur des assurances sociales et de la mutualité ». Ambroise Croizat, communiste, ministre (du 21 novembre 1945 au 4 mai 1947) du Travail puis du Travail et de la Santé, dirige à ce titre la mise en place du système de protection sociale : assurance maladie, système de retraites, allocations familiales.

Le nouveau système de sécurité sociale découle des trois ordonnances du 30 décembre 1944, du 4 et du 19 octobre 1945. Les idées qui sous-tendent la sécurité sociale doivent peu au comité des experts du CNR appelé aussi comité général d'études plus préoccupé par les questions économiques que par la protection sociale. Parmi les mouvements de Résistance, seule en effet l'OCM qui regroupait des hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs semble avoir élaboré un programme de réforme de la protection sociale34. D'une façon générale, les forces politiques se réclamant en 1945 du programme du CNR rejettent les dispositions corporatives et totalitaires de la Charte du travail du régime de Vichy ne sont pas opposées aux mesures de protection sociales prises par le régime précédent. Le rapport Beveridge de 1942 et son essai de 1944, qui sont à l'origine d'une forme de l'État-providence dans les pays anglo-saxons, étaient connus de Laroque, mais ce dernier, qui en appréciait certains aspects ne pensait pas qu'ils puissent constituer le modèle des institutions sociales françaises.

Les ordonnances de 1945, n'interdisent pas la liquidation de la retraite à 60 ans, mais repoussent dans les faits l'âge normal du départ à 65 ans. En effet, le montant de la pension est égal à 20 % du salaire annuel de base pour l'assuré ayant cotisé 30 années, mais peut « bonifier » ce montant de 4 % pour toutes les années supplémentaires travaillées entre 60 et 65 ans. Il s'agit alors de maintenir le maximum de travailleurs en activité pour gagner la bataille de la production. En 1948, 63 % des plus de 65 ans touchent un revenu de vieillesse qu'ils baptisent « retraite ».

En matière de retraite, l'œuvre de René Belin (la répartition) est conservée, mais les systèmes professionnels reprennent leur autonomie. Il en résulte le développement de quantités de régimes différents ; les plus riches (notaires par exemple) auront les moyens de prélever des cotisations élevées, permettant de verser relativement tôt (à 60 voire 55 ans) des pensions relativement élevées ; d'autres (industries sous monopole d'État notamment : SNCF, EDF, mines…) obtiendront le même résultat par une participation massive de leur employeur ; d'autres enfin, par choix ou manque de moyens, ne mettront en place que des cotisations faibles ne permettant de financer que des pensions tardives et faibles, voire misérables (commerçants, agriculteurs).

À ce système « bismarckien », la France ajoute une composante « beveridgienne », sous forme d'un minimum vieillesse et de droits à retraite spécifiques pour les mères de familles par exemple.

Réformes des retraites après 1945

Premières évolutions

En 1953, une première tentative de regrouper dans le régime général les régimes spéciaux (mineurs, cheminots dont les régimes sont jugés trop généreux et devant être alignés sur le secteur privé), fortement contestée (grèves des fonctionnaires), avorte. En 1956 est créée la vignette automobile destinée à alimenter le Fonds national de solidarité (FNS). La Sécurité sociale est réorganisée en quatre branches vers 1966 : création de la CNAM, de la CNAV, de la CNAF et de la branche AT-MP (accidents du travail et maladies professionnelles), qui doit atténuer les risques liés au travail.

La démographie impose dès les années 1960 de réévaluer les cotisations. Des professions qui avaient choisi de garder des régimes spécifiques rejoignent le régime général.

Il apparaît que les évolutions démographiques professionnelles sont à prendre en compte et que la justice sociale nécessite des transferts entre caisses. L'exemple du régime des agriculteurs est particulièrement illustratif : alors que le nombre de pensionnés augmente sans cesse, le nombre de cotisants y chute sous l'effet du progrès technique et de l'exode rural, qui conduit les jeunes à adopter d'autres métiers, et donc grossir le nombre de cotisants aux caisses des métiers en expansion. Il est évident que ces caisses doivent verser à la caisse agricole (et aux autres qui subissent le même phénomène, quoiqu'avec une ampleur bien moindre) une compensation.

1971 : loi Boulin 

Le 31 décembre 1971, la loi Boulin fait passer de 120 (30 ans) à 150 trimestres (37,5 ans) la période d'assurance ouvrant droit à une retraite à taux plein, sur la base des dix meilleures (et non plus dernières) années de salaire. Des systèmes complexes de calcul des sommes concernées (entrantes ou sortantes selon que la caisse perd des cotisants ou en gagne) sont mis en place à partir de 1974, et pour solder les désaccords, plutôt que de trancher l'État verse une obole (pour le régime agricole ce sera le Budget annexe des prestations sociales agricole, devenu fonds de financement des prestations sociales des non-salariés agricoles en 2005).

Dans le même temps, pour pallier les problèmes d'emploi apparus à partir des années 1960, le principe de partage du travail, la volonté de lutter spécifiquement contre le chômage des jeunes, et l'intérêt des entreprises qui souhaitent licencier mais ne peuvent le faire pour des raisons légales conduisent au premier dispositif de préretraite en 1972. Celui-ci garantit le financement par l'État d'un revenu de remplacement pour les personnes âgées de plus de 60 ans. Par la suite, en 1980, le dispositif est élargi aux personnes de plus de 55 ans.

La hausse du chômage qui s'accentue en 1973 continue à peser sérieusement sur les cotisations, tout en mettant les chômeurs âgés en difficulté.

1982 : lois Auroux

En 1982, sous la présidence de François Mitterrand, une ordonnance Auroux accorde la retraite à partir de 60 ans, pour 37,5 années de cotisation, au taux plein de 50 % du salaire annuel moyen. Création d'une décote (appelée alors "abattement") pour chaque trimestre de cotisation manquant pour avoir 150 trimestres ou pour atteindre 65 ans (2,5 % par trimestre, soit 10 % par an) ; le plus favorable des deux seuils étant retenu ce qui plafonne la décote à 50%. En pratique, la plupart des hommes nés en France remplissent la condition de cotisation à 60 ans ou même avant, ce qui limite la portée de cette disposition. Les femmes et les immigrés, en revanche, dont les carrières sont souvent courtes, se voient écartés de fait de la possibilité de liquider leur pension avant 65 ans.

1993 : réforme Balladur

Lorsqu'il arrive à Matignon en 1993, le nouveau Premier ministre constate un déficit sans précédent : 40 milliards de francs. La récession causée par la crise monétaire consécutive à la réunification allemande  frappe de plein fouet les recettes….

Devant cette situation, le gouvernement Édouard Balladur lance une réforme des retraites au pas de charge. Une loi d'habilitation à légiférer par ordonnance est rapidement votée, et à l'été 1993 la réforme est terminée. L'ensemble n'aura pris que quelques semaines.

Cette réforme, qui ne concerne que le secteur privé, tient en cinq principales mesures :

  1. la durée de cotisation nécessaire pour avoir droit à une pension à taux plein, au régime général, passe progressivement de 150 trimestres (37 ans et demi) à 160 trimestres (40 ans)42, à raison d'un trimestre de plus par an du 1er janvier 1994 au 1er janvier 2004. La durée de cotisation nécessaire "tous régimes confondus" pour annuler la décote, reste à 150 trimestres ;
  2. augmentation de la durée de carrière de référence : la pension était précédemment calculée sur les 10 meilleures années, durée qui sera progressivement portée à 25 années (atteint en 2010, à raison d'une année de plus par an) ;
  3. changement du mode d'indexation des pensions de retraites. Elles seront désormais alignées sur l'inflation (mesurée par l’indice des prix à la consommation), alors qu'elles étaient précédemment indexées sur l'évolution des salaires ;
  4. création d’un fonds de solidarité vieillesse (FSV) chargé de financer quelques dispositifs (minimum vieillesse, avantages familiaux…).

Cette réforme atteint partiellement ses objectifs.

En matière de réduction des pensions par rapport à la situation antérieure, selon une étude de la Caisse nationale de l'assurance vieillesse des travailleurs salariés publiée en 2008, pour six retraités sur dix, la réforme Balladur des retraites de 1993 a « conduit au versement d'une pension moins importante que celle à laquelle ils auraient pu prétendre sans réforme ». La différence moyenne est de 6 % pour l'ensemble de la population. Les hommes nés en 1938, par exemple, reçoivent une pension moyenne de 7 110 euros par an (hors retraites complémentaires), 660  de moins que si la réforme n'avait pas eu lieu. Pour les générations nées entre 1945 et 1954, la baisse de la pension de base serait de 16 % pour les hommes et de 20 % pour les femmes.

En matière de durée d'activité, une autre étude, du ministère du Travail, réalisée en 2009 a estimé que depuis cette réforme, les hommes ont en moyenne repoussé leur cessation d’activité de 9 mois et demi et les femmes de 5 mois. En 17 ans, la durée de cotisation moyenne n'aurait donc augmenté que de 8 mois ou moins, compte tenu d'une arrivée plus tardive sur le marché du travail. La réforme de 1993, qui augmentait de 30 mois la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite complète, aurait donc raté à 70 % son premier objectif : avoir plus de cotisations.

Ceci explique en partie que l'objectif principal, rétablir l'équilibre financier du système, a échoué. Le volume de cotisations n'a pas augmenté autant qu'escompté.

1995 : échec du plan Juppé   Confronté au même genre de difficulté budgétaire, Alain Juppé s'attaque au problème des régimes spéciaux de retraite et au rapprochement du régime de la fonction publique au régime général. Voté triomphalement au parlement, avec la bienveillance de l'opposition, son plan se fracasse sur les grèves de 1995 et son gouvernement fait machine arrière.Après cet échec, le gouvernement fait voter alors la mise en place de fonds de pension, dans le cadre de la « loi Thomas ».

1999 : création du Fonds de réserve pour les retraites    La gauche, au pouvoir à partir de 1997, ne lance pas de nouvelle réforme sur l'âge légal ou la durée de cotisation mais crée le Fonds de réserve pour les retraites (FRR), dont la mise en place est officialisée par la loi de financement de la Sécurité sociale de 1999. Cet instrument sert à faire face aux situations de déséquilibre entre cotisations et pensions à payer. Il est en particulier destiné à couvrir la prévision d'une future pointe de besoin de financement du régime général d'ici 2020, date jusqu'à laquelle les montants mis de côté ne doivent en principe pas être utilisés.               Dans la loi, le FRR peut percevoir plusieurs types de dotations : 2 % du prélèvement social sur les revenus de patrimoine et de placement, les excédents de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, le produit de cessions d'actifs telles que les privatisations, la cession des parts de Caisses d'épargne, et le produit de la vente des licences UMTS (téléphonie de troisième génération). Mais selon les syndicats, le gouvernement a finalement refusé de verser les recettes de privatisation.

Ce fonds ne recevra jamais les sommes promises, qui devaient totaliser 150 milliards d'euros en 2010, même pendant les périodes de bonne croissance économique des années 1999, 2000 et 2001, puis ne touchera plus grand chose à partir de 2002, après le retour de la droite au pouvoir. Ayant été doté au total de 29 milliards d'euros de 1999 à fin 2009, il représentait à cette date une réserve de 33 milliards d'euros49.

Les sommes en jeu, quoiqu'inférieures au projet initial, restent néanmoins importantes, et tentantes pour un gouvernement dont le budget est déficitaire. Les syndicats CFDTCGCCGTFO, et CFTC ont ainsi manifesté leur inquiétude par écrit au président de la République le 7 janvier 2008, pour le mettre en garde contre toute utilisation prématurée du fonds. Dans le cadre de la réforme de 2010, le FRR sera effectivement mis à contribution avec 10 ans d'avance. « Quand il a été créé, c'était pour régler les problèmes dans 20 ans (...) sauf que les déficits des retraites, maintenant, ils ont 20 ans d'avance », a expliqué le 10 juin 2010 le ministre du Travail Éric Woerth. Dès 2002, les ministres des Finances des pays de l’Union européenne se sont mis d’accord sur un projet de directives encadrant les règles de fonctionnement des futurs fonds de pension européens : le Conseil Européen de Barcelone fixe l'âge moyen de départ à la retraite à 63 ans à l'échéance de 2012 et encourage le Plan d'épargne d'entreprise par capitalisation.

2003 : réforme Fillon 

La majorité de droite élue en 2002 entreprend une réforme des retraites sous l’égide du ministre des Affaires sociales, du Travail et de la SolidaritéFrançois Fillon.  Elle généralise aux fonctionnaires la décote pour années manquantes. La « réforme Fillon » (ou « loi Fillon ») instaure une transition progressive de la durée de cotisation de tous les régimes, sauf les régimes spéciaux, vers 42 ans. Est ainsi décidé dans un premier temps d'aligner la durée de cotisation des fonctionnaires : elle est ainsi allongée de 37 ans et 1/2 à 40 ans à l'horizon 2008, à raison d'un semestre par an.   Par contre, cette réforme réduit la durée de cotisation des personnes qui ont commencé à travailler très jeunes : elles peuvent partir à la retraite de façon anticipée avec 42 ans de cotisations. Les plus de 17 ans sont toutefois exclus du dispositif et doivent donc continuer à partir à 60 ans. La décote pour années manquantes doit tendre pour tous les salariés à 5 % par année manquante à l'horizon 2015 dans la limite de cinq années (soit 25 % de décote maximale). Une surcote pour années supplémentaires est instaurée (de 3 %) par année supplémentaire au-delà de la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein. Le cumul emploi-retraite est rendu plus flexible.Le mode d'indexation choisi reste l'indexation sur les prix ; le pouvoir d'achat des retraités est donc préservé constant tout au long de leur retraite.

Les salariés peuvent racheter des trimestres au titre des études, dans la limite de 3 ans (avec un coût relativement important : la DREES évalue le montant moyen des rachats à 22 000 €)

De nouveaux produits d'épargne individuels (le PERP) et collectif (le PERCO) sont créés (système de capitalisation).

Selon la loi Fillon de 2003, la durée de cotisation doit être augmentée d'un an, à raison d'un trimestre par année, à partir de 2009. Cependant la loi Fillon précise que cette augmentation peut être ajournée si le contexte est modifié, « au regard des évolutions » du taux d'activité des personnes de plus de 50 ans, de « la situation financière des régimes de retraite, de la situation de l'emploi » et de « l'examen des paramètres de financement des régimes de retraite ».

 

ANNEXE 3      Ajoutée ici pour sa très grande clarté
«Retraites: ces faits élémentaires trop souvent méconnus»

BEATRICE MAJNONI D'INTIGNANO  19 janvier 2020  Le Figaro 

Aucun réformateur n’échappe au «triangle maudit des retraites» lorsque le nombre des cotisants baisse par rapport à celui des retraités. Pour éviter le déficit, il faut alors soit diminuer la pension moyenne par rapport au salaire moyen - au détriment des retraités -, soit augmenter le taux des cotisations sur les salaires - au détriment de l’emploi et des jeunes -, soit travailler plus longtemps. Il n’y a pas d’échappatoire. La valeur du point de retraite ne peut donc suivre les salaires avec un taux de cotisation stable sans reculer l’âge de départ à la retraite. La seule solution équitable est d’ajuster la durée de cotisation à l’espérance de vie. 

Nous sommes le pays industrialisé où l’on arrête de travailler le plus tôt - sauf au Luxembourg -, où l’espérance de vie en retraite est la plus élevée et où la proportion de retraités pauvres est la plus faible. Nous consacrons 14 % de notre richesse nationale aux pensions - seuls les Italiens et les Grecs font plus avec 17 % et 16 %. Les Allemands, les Anglais, les Espagnols s’en tiennent à 11 %. Et les Suédois à 10 %. À notre échelle, cette différence représenterait 95 milliards d’euros en moins. Si ces retraités nordiques paraissent mal lotis, il faut l’imputer au choix politique de limiter la charge globale des retraites, pas au régime par points.

Nous passons en moyenne le tiers de notre vie d’adulte en retraite. En France, à 60 ans un homme peut espérer vivre encore 23 ans, soit 2 ans de plus qu’en 2005, et d’ici à 2040 encore 3,5 ans de plus. Pour une femme, ces chiffres sont de 27,6 ans en 2018, et de 31 ans à vivre en 2040. L’espérance de vie d’un homme diplômé du supérieur dépasse de 7,5 années celle d’une personne sans diplôme. Et celle d’une femme, même ouvrière, surpasse d’un an celle d’un homme, fût-il cadre. La durée de retraite et son coût sont donc très inégaux. Les âges de départ à la retraite devraient non seulement augmenter pour tous, mais différer selon le niveau d’éducation ou le sexe plutôt que selon le statut, le secteur économique ou les corporatismes. 

Le déficit des 42 régimes spéciaux plus celui des fonctionnaires avoisine 16 milliards.

Les grands régimes spéciaux datant du XIXe siècle - SNCF, RATP, industries du gaz et de l’électricité - furent réorganisés après la Seconde Guerre mondiale. Il était alors difficile pour l’État de recruter ses employés, attirés ailleurs par la reconstruction, pour un travail pénible et une espérance de vie courte. D’où l’octroi d’un statut généreux et d’une retraite précoce, afin de garantir, en contrepartie, le service du transport et de l’énergie au public. Or la situation s’est inversée. 

La durée de la retraite pour les intéressés dépasse en moyenne de 6 ans celle du secteur privé (Cour des comptes, 2018) et le montant de leur retraite moyenne dépasse largement celle du reste du secteur public ou privé: 3700 euros à la RATP et 2630 à la SNCF contre 1900 pour les hospitaliers et 1500 euros dans le privé. Enfin, la sécurité de l’emploi est un avantage majeur dans une économie au chômage durable. Les fondements du contrat sont donc caducs. Avantage suprême: ces professions peuvent bloquer le pays pour défendre des avantages corporatistes, soutenues par des syndicats élus essentiellement dans le secteur public. Le déficit des 42 régimes spéciaux plus celui des fonctionnaires avoisine 16 milliards. Un ordre de grandeur comparable à celui du budget des universités: 20 milliards!

Nous étions 5 adultes pour 1 senior (plus de 65 ans) jusqu’en 1960 ; 2,7 aujourd’hui et 1,8 en 2050.

Enfin, toute réflexion sur les avantages respectifs des systèmes de financement est diabolisée en France. Le système par répartition est encensé, celui par capitalisation, honni. Or, ils font face à des risques différents. La démographie, pour le premier, agit à long terme. Nous étions 5 adultes pour 1 senior (plus de 65 ans) jusqu’en 1960 ; 2,7 aujourd’hui et 1,8 en 2050.

La guerre ou les krachs boursiers menacent le second système. La guerre de 1940 a ruiné les régimes de retraite par capitalisation bâtis dans les années 1930. Mais la capitalisation permet de financer des investissements favorables à l’activité et à l’emploi. Une grande partie des entreprises du CAC 40 appartient à des fonds de pensions anglo-saxons, qui en touchent les dividendes pour financer les retraites américaines et anglaises. Des fonds français pourraient récolter entre 20 et 40 milliards selon les années. Dès lors, pourquoi ne pas combiner ces systèmes, donc les risques et les avantages?

Beaucoup de pays adoptent un système par répartition pour les retraites de base et par capitalisation pour des fonds collectifs ou des retraites complémentaires individuelles.

Le débat sur les retraites doit prendre appui sur ces faits trop rarement évoqués avec précision.

Agrégée d’économie et de droit. A publié «Comment financer les universités», revue «Commentaire», no 165, printemps 201

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 17:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Dis, Papa, c’est quoi la Retraite ?

Dis, Papa, c’est quoi la Retraite ?

 L’homme est un animal social. On ne peut prétendre le contraire. Le mythe d’un bon sauvage vivant en harmonie avec la nature, seul avec sa femelle, condition a priori nécessaire pour que ce mythe dure plus que la vie de son protagoniste continue sous diverses formes, d’habiter la pensée –ou l’inconscient- des habitants des pays dans lesquels l’inventivité et le labeur de générations d’humains*ont permis la mise en musique des diverses formes de sociétés qui sont les nôtres.    *Sapiens et avant, ne pinaillons pas !

Dans cette très longue histoire durant des périodes immenses les sociétés étaient réduites à la structure familiale élargie de diverse façons ; à un certain état d’équilibre écologique*elles constituaient ce qu’on a coutume d’appeler le clan, les ethnologues ayant perçu des survivances de ces formes sociales …en Ecosse.    *On emploie ce mot dans sa signification, ce qui est rare.

Dans le clan le contrôle démographique s’opérait de façon naturelle par les hasards de la vie primitive et par les contraintes que la nature* exerçaient sur le groupe ainsi que par la manière dont il réagissait. Ainsi, pénurie de nourriture, nomadisme obligé, inadaptation des individus vulnérables à ces contraintes et inadaptation de certains individus aux contraintes de la vie dans la société du clan conduisaient à des pratiques sociales rigoureuses dont nos sociétés, jusqu’à un certain point, se sont éloignées.

Rien de tout ceci n’est universel : on a bien vu un pays immense imposer pendant 35 ans la politique de l’enfant unique, beaucoup de pays refusent les enfants filles et on voit toujours des pays favoriser par des mesures fiscales une fertilité accrue en relais des injonctions religieuses porteuses du même message.      *En ces temps-là, nature et environnement était simplement la même chose, l’homme s’y inscrivant comme un animal encore fragile.

Quid des personnes âgées dans le clan ?

Aucune règle générale. Mais on peut distinguer deux schémas suivant la taille du clan et sa vulnérabilité dans la nature.

Le clan à l’origine mène une vie précaire, essentiellement nomade, et ne peut s’encombrer d’enfants faibles ou malades et ne peut plus s’accommoder d’individus ne pouvant plus remplir ou supporter les fonctions vitales et nécessaires : chasse, cueillette et rigueurs du nomadisme. Le clan est mené par un chef reconnu pour sa vigueur et peut-être pour son expérience et sa sagesse. Les individus indésirables sont abandonnés et le clan les oublie.

Le clan est une société moins nomade, peut-être contrôlant un territoire et déjà intégré à un système d’échanges inter-claniques ; le clan est maintenant dirigé par un ou plusieurs chefs aguerris, vieillis sous le harnois qui maitrisent et exploitent les appétits des jeunes éléments et veillent à l’équilibre de leur petite société. La confuse pensée d’un monde au-delà a pris naissance et le groupe a structuré des règles de vie en commun ; est né un code de conduite et des moyens d’en obtenir l’application.

Cependant les contraintes démographiques, excès ou défaut de naissance, inutilité des vieillards et des inaptes demeurent et de façon plus ou moins avoué l’enfant non souhaité ou le vieillard encombrant disparaissent. Cette attitude clanique est pérenne et prévalait encore dans les villages ruraux dans le cher et vieux pays jusqu’au milieu du siècle dernier. Nul besoin de creuser dans sa mémoire pour se remémorer l’expression : « passera pas l’hiver » que les spécialistes du langage font sortir d’un chapeau tout en reconnaissant qu’elle concerne les personnes âgées comme la reconnaissance d’une décision occulte ! 

Et ensuite ?

Les sociétés entrent dans le processus historique de croissance, de bruit et de fureur, de progrès scientifique et matériel, de maitrise de la matière qui conduit au désordre dont nous sommes les témoins impuissants. Mais désordre dans le cadre d’États puis de groupe d’États qui ont en quelques dizaines de milliers d’années construit autour du membre du clan et de la tribu une forteresse législative et règlementaire dans laquelle il est un prisonnier protégé.

Dans cette gigantesque construction pendant très longtemps le traitement des personnes âgées est resté pour l’essentiel un souci clanique à la responsabilité de la famille, noyau originel du clan, laissant sur le  côté un immense cortège d’abandonnés que la charité traitait du mieux qu’elle pouvait.

La notion de clan s’étendait à l’appartenance à une corporation, une confrérie, un ordre qui se substitueraient à la famille ou compléteraient son action, tout ceci dans un monde resté presque exclusivement rural et artisanal.

Tout change lorsque nos pays entre dès la fin du 18ème siècle et profondément au 19ème dans le monde des mines, du charbon, de la sidérurgie et de la vapeur. Les campagnes se dépeuplent, les agriculteurs cessent de jouer leur rôle de refuge d’un grande part des personnes âgées. Apparait, pour devenir majoritaire plus tard, la classe ouvrière. Celle-ci d’abord d’une condition proche de l’esclavage et hors de système effectifs de protection sociale, au grès des révolutions et des guerres prend corps en tant que force politique et voit sa condition s’améliorer progressivement jusqu’aux grands changements du Front Populaire, de l’État pétainiste puis du fameux CNR de la Libération.    On peut rappeler que le Front Populaire avait élaboré une retraite par capitalisation et en discutait la validité. Mais c’est le régime de Vichy qui mit en chantier le système de répartition (AVTS, Allocation aux vieux travailleurs salariés) repris  et complété par le Gouvernement Provisoire dès la fin 1945

Le système des retraites par répartition est toujours en vigueur. Son remplacement par un nouveau système dit « à point » provoque une crise profonde qui s’explique par l’impréparation du projet dont les promoteurs n’avaient pas perçu toute la complexité, par les maladresses accumulées dans sa présentation hâtive et confuse qui survient dans un climat social éruptif 

Voici un long préambule, complété par deux documents en annexe dont la lecture évitera au lecteur d’aller fouiner sur son ordinateur pour approfondir l’histoire évoquée ici en quelques dizaines de lignes.

Le retour aux âges farouches du clan et de la tribu a pour but de rappeler ce qu’est la nature humaine qui ne demande en dépit des socialisations qu’à ressurgir dans « le bruit et la fureur ».

Les systèmes de retraite sont des objets fragiles, à manier avec précaution et leur manipulation est un travail minutieux et précis, incompatible avec la puérilité d’un enfant qui dans une boutique de jouets les casse pour voir comment ils fonctionnent. 

Il s’agissait d’abord d’une « allocation aux vieux travailleurs salariés ». Il n’est pas inutile de rappeler cette première dénomination de 1941. Cette avancée sera à l’origine du dispositif qui deviendra le Minimum vieillesse puis l’APSA, Allocation de solidarité aux personnes Agées, mais également du Régime de Retraite Générale de la Caisse Nationale d’assurance vieillesse ;   Ces dispositifs sont financés pour l’essentiel par la CSG dans de cadre de la Sécurité Sociale.

Le Régime général est l’archétype du modèle « par répartition ».

Deux idées simples.

La Répartition.

Un salarié ou un cotisant d’une autre catégorie consacre une partie de son salaire à la constitution d’un fonds de pension dont il attend, quelle que soit la manière * dont il est géré, un retour en relation avec sa contribution, à savoir un certain pourcentage de son salaire. Il connait le niveau de ce pourcentage qui apparait sur sa feuille de paye. Ce chiffre est un élément important du coût du salaire et par conséquent de la compétitivité. **Pourquoi la cotisation est-elle répartie entre le cotisant bénéficiaire et l’employeur à 40/60 ? Raison historique ? Comme si cette cotisation n’était pas un élément du coût du travail qui est attribué « au hasard » à une feuille de paye où à un compte d’exploitation ?

À partir de cet engagement de confiance entre le cotisant et le gestionnaire du fonds, en premier lieu est prise en compte la durée pendant laquelle il a cotisé : des trimestres, des semestres, des annuités…

De là résulte l’importance de la durée de la vie active qui est un facteur du calcul de la pension, pénalisant le salarié ayant moins d’annuités que requis et favorisant le salarié ayant travaillé au-delà de… Intervient alors la notion que le progrès social « passe par » la réduction constante, notion idéologiquement enracinée. C’est la raison pour laquelle l’âge de départ est fixé par la loi faisant de cette limite un tabou.

Ce qui n’est pas chiffré, ce qui n’est pris en compte que d’une façon implicite dans les deux facteurs précédents est le montant réel « effectivement » versé par le cotisant. Il est rentré anonymement dans le fonds de pension. Pour prendre en compte cette contribution rendue anonyme il faut réintroduire le salaire comme indiqué précédemment car l’assuré est en droit de recevoir à la « liquidation de sa retraite » une fraction de ce dernier et plus précisément une fraction du dernier.

Donc le dernier facteur est le salaire du cotisant.

Le niveau de la pension est également lié à un montant qui représente ce qu’a été le salaire du cotisant. Il en découle les disparités bien connues sur le nombre d’années prises en compte et les moyennes calculées dans cette évaluation. De nombreuses  anomalies en résultent. Une moyenne sur l’ensemble de carrière reflète bien la réalité pour les faibles salaires peu évolutifs mais pénalise les salariés dont les salaires ont progressés au long de leur carrière. Une moyenne sur les dernières années prend en compte ce facteur. Mais, dans le secteur public en particulier cette façon d’apprécier la variable salaire et en particulier la scandaleuse clause des 6 derniers mois, propulse en position de direction, comme cadeau de retraite, des personnels qui n’auraient pas normalement accédés à ces postes et dont la pension est survitaminée. Peter dopé.

*Quelle que soit…signifie que capitalisé au sens financier du terme ou mis dans un bas de laine administré par des organismes ad hoc ne change rien à cette attente fondamentale du cotisant. En France le système de retraite est obligatoire (régime général et régimes complémentaires) et sauf exception le citoyen ne souscrit généralement pas à titre individuel à un fonds de retraite privé qui serait proposé par un organisme financier du marché : Cie d’assurance, ou organisme rattaché au système bancaire. L’exemple est celui des fameux fonds de pension américains dont la présence dans le capital des sociétés impose des politiques de distribution de dividendes au détriment de leurs politiques d’investissement. Que les gérants du bas de laine collectif n’utilisent pas ces outils est un autre sujet. 

La condition nécessaire au bon fonctionnement de ce régime est à l’évidence que les cotisations des salariés soient suffisantes pour alimenter le fonds qui verse les pensions des retraités.

Si ce n’est pas le cas, trois solutions, plus une…

-réduire les pensions

-augmenter le taux des cotisations

-augmenter la durée de cotisation c’est à dire la durée du travail

C’est le triangle dans lequel est enfermé l’équilibre financier du régime par répartition sauf à accepter une quatrième option : l’État compense le déficit par… l’impôt, le déficit puis la dette.*

La seule véritable variable est l’augmentation de la durée de la vie professionnelle donc le temps de cotisation. Le nombre de cotisants augmente et le nombre de retraités diminue.

Il est inutile de revenir sur ce choix rendu inéluctable par l’augmentation de l’espérance de vie dont les français bénéficient depuis que le régime a été mis en place : presque une vingtaine d’années entre 1947 et ce jour.

Depuis que ce déséquilibre devient aigu l’État tente d’augmenter l’âge légal de départ et les Syndicats bloquent le pays avec une belle régularité pour maintenir une situation devenue insupportable financièrement et ce tout en entrainant l’adhésion de la population à cet allongement.   *Il est désolant qu’en France de nos jours une phrase commençant par « l’État » se termine nécessairement par le mot dette. Ici on a fait une exception.

En résumé :

Facteur niveau de cotisation, mais l’employeur et l’assuré le considère comme une donnée et un invariant.

Facteur durée,  la somme des unités de temps de cotisation mais l’État fixe une durée légale, notoirement insuffisante.

Facteur niveau de salaire retenu comme base du calcul, qui sera naturellement discutable. 

Pourquoi répartition ? L’emploi du mot traduit le fait que par voie légale ou réglementaire le ministère peut introduire dans le dispositif les modifications qu’il juge utile pour « redistribuer » progrès-socialement les montants du fonds de pension en créant en parallèle du régime général des régimes dits spéciaux dans lesquels les critères durée, âge limite et estimation du salaire sont… spéciaux 

Une autre idée simple, le point de retraite.

Il s’agit ici d’une vision de ce que serait un régime à pointapportant une réponse aux trois questions posées dans le régime par répartition. 

Un salarié ou d’une façon général un travailleur recevant paiement pour une tâche définie en durée cotise au régime obligatoire au taux légal par unité de travail exprimée dans ce transfert monétaire. Sa cotisation est transformée en une nouvelle unité de compte, le point de retraite. Sa valeur d’acquisition est fixée réglementairement selon des critères élaborés par l’organisme de gestion des retraites.  Elle pourrait rester formulée en Euro et de la sorte échapperait à une quelconque action de l’État ou du gestionnaire. Il suffirait de l’indexer à l’inflation et possiblement au niveau des salaires. Trop simple, trop libéral et cela rend le système trop évidemment assimilable à de la capitalisation.

Néanmoins, durant sa vie professionnelle, le cotisant capitalise les points acquis à la valeur du moment, leur somme résultant du temps consacré à les acquérir et du niveau de ses cotisations, ie toujours un pourcentage de son salaire.  Lorsqu’il estime avoir acquis assez de point des retraite, il peut (il devrait pouvoir) faire valoir son droit à la retraite pour une pension calculée par la valeur du point à cette échéance.

Cela suppose que cette valeur de point soit fixée suivant des critères établis et par un organisme de gestion en lequel le cotisant a placé sa confiance et fonctionnant dans un cadre législatif et réglementaire établi.  Dans ce schéma la durée de cotisation/durée de travail ne dépend plus que du bon vouloir du cotisant.

Un cotisant peut interrompre son activité, bénéficier d’une retraite en consommant des points de son capital puis réintégrer le système s’il reprend son activité.

Le salarié est libre de gérer sa retraite en connaissance de cause tant qu’il connait la somme des points acquis et la valeur du point de liquidation.

Ce schéma exclut à peu près complètement la notion de redistribution.

La conséquence majeure de cette vision de la retraite à point est que l’assuré doit/devrait en bénéficier en totalité au moment qu’il souhaite et sous une forme qu’il choisit : dans son intégralité et il peut financer une nouvelle activité en se contentant de la pension du régime général ; ou par versement progressif au niveau qui lui convient jusqu’à épuisement de son crédit. La notion de durée n’apparait dans le calcul de la pension que par sa traduction en nombre de points.   Si le cotisant décède prématurément avant une cessation d’activité ou quand il décède en cours de retraite un conjoint ou d’autres ayant-droits héritent de cet acquis : c’est le problème de la pension de réversion au conjoint qui devient un usufruit de l’héritage.

À noter que de la même façon disparait de l’équation l’épineuse question d’un salaire de référence qui a été prise en compte dans l’achat de chaque point

Cette vision libérale d’un régime obligatoire n’a nul besoin de faire intervenir un âge de départ car le système est naturellement équilibré financièrement une fois introduit. L’assuré finance sa retraite, laisse l’argent en gestion et ne débite son compte que lorsqu’il le souhaite.

Toutes les tentatives (elles seront nombreuses et pressantes) pour réintroduire une fonction de redistribution ou la prise en compte d’une particularité professionnelle conduiront à compliquer le régime « à point » jusqu’au moment où il aura réintégré les défauts de  la « répartition » qu’il est censé remplacer.

La seule démarche acceptable pour introduire des disparités consiste à ce que des points soient offerts à des individus ou à des groupes à la valeur du moment et financés à l’extérieur du régime de retraite. La première de ces sources sera naturellement l’État qui attribuera des points à quiconque perd son salaire et ne cotise plus : handicap, maladie longue, ou voit son salaire réduit et cotise moins, maternité, reprise des études… afin de prendre en compte la situation qu’ils connaissent momentanément . L’État peut reconnaitre les particularités de certains de ces agents et financer des points ainsi par exemple pour les militaires en service actif.  Les entreprises pourront également offrir des points à certains des employés pour des conditions professionnelles particulières, travail à poste, pénibilité physique… 

Mais ces points-cadeaux qui n’ont pas été gagné par l’assuré ne peuvent pas être financé par l’organisme qui gère l’ensemble des acquisitions de points individuels. La démarche est propre au donateur et traduit des exigences que le possesseur de points n’a pas à connaître et pour la satisfaction des quelles il cotise sans aucun doute par d’autres impôts, taxes et prélèvements.

La conséquence majeure de cette vision de la retraite à point est que l’assuré doit/devrait en bénéficier en totalité au moment qu’il souhaite et sous une forme qu’il choisit : dans son intégralité et il peut financer une nouvelle activité ; ou par versement progressif au niveau qui lui convient jusqu’à épuisement de son crédit.

Passage d’un régime par répartition à un régime à point.

Il faut dans une première étape évaluer le nombre de points qui au moment de ce passage garantirait à l’assuré qu’il n’a rien perdu du droit (niveau de pension) qu’il a acquis en cotisant antérieurement.

Il a acquis en terme financier le produit : somme des salaires cotisés sur la période antérieure x taux de cotisation. Ce calcul simple évacue le problème d’un salaire de référence.

Se définit ainsi un crédit auprès du gestionnaire qui se traduit en points à la valeur du point au moment de ce passage et qui s’inscrivent à son compte dans le nouveau régime.

Par exemple : Albert a travaillé 10 ans au salaire mensuel de 18000 E et le taux de cotisation est resté à 20 % pendant cette période ; il a « mis de côté »    0.2 x 18000 x 10 = 90.000 E. Si comme nous l’a eu dit M. Delevoye le point est acheté à 10 E. Albert voit son compte de point crédité de 9.000 points.

Ce passage simple ne doit pas faire oublier que l’assuré dans le nouveau régime à points perd toute garantie sur la durée de sa pension. Il faut qu’il vise au mieux tout en ayant la garantie que ses acquits sont par nature transmissibles à son conjoint ou inclus dans son héritage.

Cette vision libérale d’un régime obligatoire est incompatible avec le principe d’un âge de départ et requiert certainement qu’un régime « garde-fou » reste en place comme le Minimum Vieillesse de la CNAV reste en place pour garantir un bouclier anti-pauvreté.

Il n’y aurait aucune illégitimité à ce qu’une fraction marginale de la cotisation de l’assuré cofinance ce système tout en laissant la Sécurité Sociale en garantir complètement le financement sans condition de durée de cotisation. 

Remarques complémentaires : 

Le régime de retraite est une vieille dame. Elle porte des rides et souffre de désordres liés à l’âge. Le plus important de ces ravages du temps est le kyste des Régimes Spéciaux et plus particulièrement celui des agents du service public des grandes entreprises nationales, les trois principales étant la SNCF, EDF et la RATP, importante par sa fabuleuse capacité de nuisance. La mise en place de ces régimes s’est faite dans des conditions politiques et d’exercice professionnel de l’époque devenues obsolète mais jusqu’à une date très récente le bastion syndical qui y trouve un dernier carré avait réussi à préserver ces acquis indus*.

Ces avantages ont été largement décrits et commentés dans la presse.

Le régime à point dans une application rigoureuse fait disparaitre ces disparités* et c’est sans nul doute un des objectifs de la réforme. L’expérience semble cependant prouver qu’il vaut mieux attaquer ces privilèges un par un en réduisant la possibilité de coalitions syndicales susceptibles d’agréger les mécontentements. Cela prend du temps, un temps que le gouvernement a jugé incompatible avec l’urgence qu’il met dans les réformes. Cela ne permet pas d’occulter l’impréparation et l’absence quasi complète de pédagogie dans la présentation du projet ni  les maladresses multiples qui l’ont émaillée.    *Le charme du français. 

Une autre remarque concerne la compétitivité : augmenter le taux de cotisation se traduit par une augmentation du coût du travail et par une baisse de la compétitivité. Il est assez remarquable que le tabou des 35 heures n’ait aucunement été évoqué dans les débats* et querelles qui ont illustrés la présentation du projet. Pourtant si l’argument est de ne pas augmenter le coût de la cotisation dans le coût du travail une réponse est à l’évidence d’augmenter la quantité de travail par unité de mesure du temps. Revenir officiellement à 40 heures revient à augmenter de 10 % la compétitivité à salaire constant et si le salaire augmente du fait de ce passage de voir la cotisation au régime de retrait augmenter dans le même rapport que le salaire.

Seulement le sujet des 35 heures est tabou. Dans l’industrie l’animal a été progressivement mis à mort par des aménagements progressifs des allocations d’heures supplémentaires et par le passage pour la négociation de ces dispositifs aux accords d’entreprise.

Mais les 35 heures restent un marqueur fort du progrès social, version travailler moins-gagner plus, ce naturellement dans la fonction publique ou dans les entreprises nationales de service public où observer (faire)  les 35 heures représenterait déjà un réel progrès, social lui-aussi.     *Une seule intervention notoire assez curieusement formulée de Jean Christophe Lagarde le Fig du 20 01 20.

Une dernière remarque qui est plus qu’une remarque : les professions libérales.

Si le professionnel est classé « libéral » par la nature de son métier et si néanmoins il est salarié ne se pose aucun problème particulier et il bénéficiera de points dans le régime général comme tout autre salarié.

S’il exerce son métier dans un cadre libéral au sens strict se pose le problème de la mesure dans le prix de sa prestation de la fraction revenu du travail, des charges liées à son atelier, à son cabinet, à sa boutique, ainsi locations, amortissements et autre charges…

Historiquement certaines professions concernées avaient élaboré des systèmes autonomes, distincts du régime général. Le meilleur exemple est celui des avocats. Cette profession est d’une grande homogénéité de pratique accrue par son insertion dans l’univers judiciaire ; de plus son organisation en « barreaux » préfigure des actions globales comme c’est le cas pour la mise sur pied d’un régime particulier de retraite.

Les avocats et des employés de leurs cabinets ne cotisent plus à la CNAV mais bénéficient de leur propre caisse, la Caisse nationale des barreaux français, CNBF.

Un montant forfaitaire annuel (1500 E/an) et un pourcentage de 3 % du revenu annuel. Des facilités sont prévues pour les nouveaux entrants dans la pratique et le cas des avocats salariés est également pris en compte.

Ce régime fonctionne et la profession en est suffisamment satisfaite pour ne pas souhaiter le remplacer par un autre aux contours indéfinis.

On peut se demander pourquoi l’emploi de l’adjectif universel conduit un gouvernement à vouloir mettre dans la rue des personnes qui par structure mentale et par éducation n’ont pas vocation à mettre leurs pas sur un chemin tracé par M. Martinez.

On ne peut pas transposer l’exemple des avocats à toutes les professions car plus une profession présente de variations de pratiques et de revenu, plus elle est « hétérogène » et moins il lui est possible d’aborder le problème des retraites d’un front uni. Cela est particulièrement vrai pour les exploitants à faible revenu qui n’arrive pas à cotiser au-delà de l’Assurance Vieillesse Individuelle (AVI) à l’Assurance Vieilles Agricole (AVA) toutes deux gérées par la Mutuelle Sociale Agricole.

°°°°°°°°°°°°°°°°°

Le Naïf, chacun le sait, écrit ses naïves réflexions dans le but d’éclaircir ses idées sur tel ou tel sujet du moment. La réforme des retraites provoque un bel émoi et certains Syndicats ont exploité les imprécisions du projet et les maladresses du gouvernement pour défendre les indéfendables acquis de certaines catégories d’agents du service public, notamment ceux de la SNCF, de la RATP et d’EDF. Ils ont entrainé l’opinion dans un rejet de la réforme.

Pour une grande partie des citoyens le flou du projet est toujours présent alors même qu’un texte de loi est présenté au parlement. Lorsque ce papier s’écrivait le texte de ce projet n’était pas connu. Le seul guide était le rapport Delevoye, rendu public en juillet de l’an dernier.

Ce rejet par l’opinion reflète des réactions et des sentiments et traduit davantage une défiance à l’endroit du gouvernement et du Président, sans reposer sur une opinion construite par examen du projet.

Pour l’heure, la présentation de ce projet et de ce texte de loi met en panne toute tentative sérieuse d’allongement de la durée de travail dans le régime général par répartition encore en vigueur.

Depuis la fin janvier le texte initial du projet de loi a été diffusé accompagné d’une giclée d’amendements dont on ne comprend pas les raisons qui ont conduit à ne pas les incorporer dans le texte présenté.

Il fallait donc lire ou au moins parcourir attentivement ce projet de loi.

Dans une première partie rendue confuse par le constant mélange d’intentions (bonnes) exprimées et de principes affirmés est définie l’architecture d’une retraite à point.

Dès ce préambule l’ambiguïté s’installe car il est confirmé que nous resterons sur « un système de retraite par répartition, fondé sur la solidarité entre les générations ».

Mais « en même temps » est affirmé le principe directeur, à savoir l’acquisition en pleine propriété par l’assuré d’un capital de points (Euros) qu’il a acheté avec ses cotisations. Art 8 et 9

En revanche et plus encore par contre la valeur du point qui est et devrait rester une fraction du salaire destinée à ce capital est laissé à la décision annuelle de Caisse de Gestion qui aura donc pouvoir pour agir sur le capital acquis par l’assuré sans qu’il puisse baisser. Art 55   Si sa valeur ne peut baisser le lecteur comprend mal comment peut être prise en compte « les projections financières du système… »  § 3    Ce même article stipule que des points supplémentaires seront accordés pour tenir compte de conditions particulières de groupes d’assurés mais reste muet sur leur financement.

Avec l’article 10 est immédiatement remis en cause ce titre de propriété de l’assuré garanti par l’article 8 en accordant à la Caisse la possibilité et le la mission de fixer pour l’assuré des contraintes d’âge assorties de baisse ou de valorisation de son capital suivant qu’il aura  blabla….âge d’équilibre ; ce qui à l’évidence revient à lier la valeur du point à une durée de travail. Et donc contredit la garantie de sa valeur du § précédent.

En conclusion le cotisant n’est pas propriétaire de ses points, on n’a pas prononcé le mot capitalisation et la Caisse décidera de ce qui advient à ce capital réputé acquis lorsque le salarié cesse de cotiser décès durant la vie active ou réversion pour décès à la retraite.

L’article 46 est particulièrement confus et confondant et révélateur : la pension que le rédacteur s’obstine à appeler retraite de réversion (!) « sera attribuée à partir de l’âge de 55 ans ». On peine à comprendre si le conjoint du décédé doit attendre 55 ans pour toucher sa pension (héritée de son conjoint) ou si l’assuré n’a le droit de mourir qu’après 55 ans. Ensuite et dans le même § : Non « soumise à condition de ressource »… « elle (la pension) sera fixée de telle sorte que la retraite de réversion (elle) majorée de de la retraite…du survivant corresponde à 70 % des point acquis …par le couple ».

Au § suivant le mystère s’épaissit puisqu’il traite du décès alors que le cotisant cotisait toujours, ce qui est cas de liquidation de retraite inévitable et non désiré. Car surgit alors une phrase proprement incompréhensible qu’il faut citer in extenso : « Lorsque l’assuré n’était pas retraité à la date du décès, la retraite de réversion sera calculée en fonction du nombre de points de retraite qu’il s’est constitué et, lorsque le conjoint survivant n’est pas retraité à la date du décès, elle sera calculée en fonction du montant de retraite de l’assuré décédé et de ses revenus d’activité puis révisée lors de la liquidation de ses propres droits à retraite. » . Traduit en Français, cela signifie que si le conjoint a « ses  revenus d’activité » suffisants, il/elle n’a pas besoin de pension de réversion et que les points acquis restent en Caisse, avec la majuscule.

Ces articles 10 et 46 retiennent l’attention car ils révèlent complétement l’ambiguïté du projet : l’assuré a constitué un capital confié à la Caisse mais il ne peut en assurer la propriété que sous condition d’âge et il ne sera transmis à un conjoint que si ce dernier le mérite.   Vous avez dit spoliation, mais non répartition et justice ! Au temps pour le capital ! 

Il n’en reste pas moins que le système présente l’immense avantage de prendre en compte dans un seul indice la cotisation et le salaire : le point, le nombre de points traduisant la durée.

Conserver les contraintes du système par répartition sur la durée est une « adhérence » (inévitable ?) du passé et spolier l’assuré ou l’héritier du solde de ses points est une escroquerie du système. 

Une fois digérés ces quelques morceaux choisis, le projet de loi est une assez fastidieuse énumération de tous les cas où il faudra offrir des points gratuits ou l’accès à des points non directement liés à un salaire à certains groupe d’assurés pour tenir de spécificités des assurés de ces groupes : pénibilité, horaires inhabituels ou bien des circonstances de la vie pendant lesquelles l’assuré ne perçoit plus de salaire ou perçoit un salaire réduit : accidents et indisponibilité temporaire, maternité invalidité… La liste de ces cas de cadeaux de points est longue et résout à terme la question des régimes spéciaux dont la dette était historiquement reprise par la Sécurité sociale et/ou l’ancien organisme de gestion.

Le texte ne précise jamais qui financera ces points gratuits ; mais la garantie de la valeur du point des assurés conduit à penser que ce financement se fera par qui le voudra en dehors de la Caisse.

Dans je ne sais dans quelle nouvelle version, amendée je l’espère de ces fautes de syntaxes et de logique du discours et possiblement de quelques contradictions criantes, le projet est dans les mains d’une commission  chargée d’examiner les amendements proposés par les députés des oppositions. Un parti ayant choisi de bloquer ce processus d’examen par le dépôt de milliers d’amendements dans l’objectif revendiqué d’empêcher le débat parlementaire pour laisser aux manifestants et aux émeutiers le temps de se regrouper, la commission interrompt son travail et, en gros, la presse et les médias prennent le relais. On connait donc les amendements en lisant son journal. Pour la plupart, ils concernent des points particuliers mais on peut craindre que toute adition à un texte de loi confus dans ses principes et brouillon dans ses prescriptions ne puisse qu’aggraver le désordre et mettre une lumière de plus en plus crue sur l’amateurisme des auteurs. Nul ne peut prévoir l’étendue du marais de confusion dans lequel nous nous enfonçons.

Le Naïf dans une longue première partie assortie de rappels sur l’histoire du système de retraite cherchait à clarifier ses idées et à se construire un début d’opinion. Son inculture en ces matières ne lui permet pas de viser plus haut.

Puis enfin, après le balbutiement de Delevoye un texte de loi est apparu.

Le Naîf tout imprégné des principes qu’il venait de dégager a donc lu le projet avec le regard critique d’un explorateur recherchant son chemin.    Le texte nous dit bien que l’assuré achète des points à un prix défini (le taux de cotisation) qui ne variera pas et qui ne saurait perdre de valeur. On lui en garanti la jouissance car l’ensemble de ses points lui sera rendu sous forme de pension.  Puis le pêle-mêle s’installe. Le point n’est plus tout à fait défini, le crédit acquis par l’assuré n’est plus garanti mais soumis à des conditions de durée qui affectent…la pension donc la valeur du point. Le bouquet est dans les conditions de réversion ou d’héritage au décès de l’assuré.

Le texte est pratiquement muet sur le financement de points attribués pour tel ou tel bonne raison qui n’aurait pas donné lieu à augmentation de salaire de l’assuré. Il est bien fait mention de l’employeur dans certains articles dans lesquels l’employeur est précisément la personne qui propose le texte, l’état.

L’impression générale est la suivante. C’est aussi une explication.

Après d’assez longues vacances passées à payer (dans tous les sens du terme) les sottises d’une loi antérieure, le Président se réveille. Les réformes doivent être relancées et plus particulièrement celle des retraites qu’un jeune économiste de talent lui avait exposée et qui est un point de son programme présidentiel, la retraite à point. Le Premier Ministre armé du rapport d’un spécialiste descend dans la cour de récréation, frappe dans ses mains puis désigne quelques élèves à qui il donne comme consigne de rédiger une loi de la République en n’oubliant pas le Point, ses vertus et sa qualité innovante, la contrainte de l’âge légal ni celle de l’équilibre financier du système…et encore moins son universalité.

Le élèves de l’école se réunissent et unissent leurs forces et le plus vite possible, Diable, la retraite n’attend pas ! font une liste de tout, absolument tout ce qu’il peuvent fourrer dans leur inventaire. Ils ont peur d’oublier quelques cas particuliers mais la cour des Comptes leur avait préparé le travail. Alors chacun prend un petit bout. Lorsqu’un élève est incertain le chef de classe lui donne une règle : le sujet fera l’objet d’une proposition ultérieure ou d’une ordonnance. Ne parlez pas de financement, ça fâche.

Le point est perdu dans le triangle et roule Simone !  Les élèves rendent leur devoir et retourne jouer à d’autres sottises…  Le texte, on le lira plus tard et comme dit une pub lancinante à la télé : Et ça marche ! 

 

Faut-il retirer le projet de loi ?

Je n’en suis pas convaincu. Le mal est fait et il reste peut-être l’espoir que les élèves ayant appris de leurs errements puissent présenter en 49.3 un texte qui lancera la réforme même si celle-ci ne retient que certains des avantages de la capitalisation par points. Et payer le prix de la disparition des régimes spéciaux (les vrais) était sans doute inévitable.  Le besoin de toucher aux avocats reste un mystère, d’autant plus qu’in fine le gouvernement cédera. 

Ce dont je suis convaincu est que le Divin Enfant n’aura convaincu aucun électeur de l’urgence à rajouter de la confusion dans l’action d’un gouvernement qui accumule les fautes et les erreurs, petites et grandes comme autant de ces cailloux qu’il glisse dans ses chaussures de en marche.

En espérant qu’il soit moins sottinet ou gaminou en matière de politique européenne et internationale.

Le Naïf retire le sujet de sa tête et passe à autre chose.

 

Commencé dans la première semaine de janvier et conclu, si l’on veut, le 12 février.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 17:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 février 2020

Bravitude et vacuitude.

 

Qui dira la servitude des mots toujours enfermés en une cage de significations et une exactitude orthographique. On ne remerciera jamais assez les esprits libres qui parviennent à les affranchir au risque révéler leur solitude dans le langage.

Cet envol des esprits libres à l’altitude des idées incomprises mérite notre gratitude et « en même temps » cette échappée aux habitudes ne nous enferme pas dans de nouvelles certitudes et écarte à jamais les platitudes.

C’est donc, sans once de mansuétude que nous pouvons dire merci à celle qui ne reculant pas devant l’inexactitude nous a ouvert le domaine merveilleux de la Bravitude et des fantaisies du langage.

 

Sur un autre registre : le refus de l’exactitude sur le nombre de sous-marins nucléaires. Attitude qui conduisit certains de ses admirateurs à y voir l’inaptitude d’une toujours jeune et séduisante candidate drapée de féminitude. Cette phrase illustre les turpitudes intellectuelles du macho de magnitude et témoigne à l’endroit de la Belle une ingratitude teintée d’une dose d’envie.

 

Depuis la Belle navigue d’interlude en interlude, un petit verre d’écologie, vit’ fait su’lzingue, mais sans la moindre sollicitude pour les glaces des pôles, des petits commentaires à droite et à gauche, toutes latitudes, de constantes inquiétudes sur la capacité de ses ex, ex-mari et ex-rivaux politiques et des commentaires réguliers sur les vicissitudes de notre vie sociale et politique bref une multitude de saillies au hasard des événements lesquels , il faut le reconnaitre, offrent une foultitude d’occasions.

 

Ce petit texte aurait pu servir de prélude à une étude sur le caractère de la Royale mais la lassitude me gagne et je retourne à mes études.

En me relisant, si, si ! Parfois je me relis et je me dis que j’ai tout de même bien habillé la Belle qui rêve de revenir et nous offre une affligeante image de désuétude et de …vacuitude.

 

Ce papier pour dire ce qu’est l’insomnie des vieillards impotents aux heures où tournent les idées.

Cela justifiait-il la grande heure consacrée à mettre cette insomnie sur le papier ?

 

6 février 2020

Posté par Dufourmantelle à 11:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 janvier 2020

Dans la série Les Cailloux, encore un épisode.

 

À Marseille le mot empégué est encore d’usage courant. On est empégué dans une histoire embarrassante,  dans une situation dont on ne sait plus comment sortir.

Donc, je suis empégué dans la réflexion que je mène pour éclaircir mes idées ou plutôt pour me construire une opinion sur le Grand Bazar qu’est devenue la réforme des retraites.

Empégué dans le fatras des commentaires visant principalement à instruire le procès des impréparations et des maladresses multiples du  gouvernement dans le déclanchement de ce qui devient un marais politique et social. Quel travail, Mamma mia !

Donc je cherche un sujet plus rafraichissant et qui, comme on dit, me prenne moins la tête.

Donc, j’explore mon jardin familier, celui dont les chemins sont parsemés des petits cailloux qui se glissent dans ma chaussure et me gênent assez pour que je souhaite non pas les ôter –je n’en ai pas les moyens- mais les ajouter aux perles du collier que porte le macrono-perplexe. La macrono-perplexité est immédiatement suivie du macrono-scepticisme avant que ne se développe le macrono-rejet qui précède la peur du vide et le refus de l’abime. 

Un petit caillou de rien du tout mais tellement révélateur.

Le Divin Enfant invite des patrons étrangers afin de mettre en évidence les talents des Français et l’attractivité du territoire. Un p’ti coup de Versailles avec en prime un p’ti coup de champagne, pardon, une petite coupe, ça fait de mal à personne. Chirac faisait ça très bien et il est bon d’assurer une certaine continuité républicaine. Ce que Chirac n’aurait pas fait, Ô, quel plaisir de faire parler une figure déjà du passé, ce qu’il n’aurait pas fait c’est d’appeler sa p’tite guinguette « Choose France ».

Cela donnerait à penser que les gens qu’invite le Président sont incultes au point de ne pas comprendre ce que signifie l’expression « Choisir la France ». Cela serait regrettable et légèrement injurieux pour eux.  Non, le Président veut faire djeune et il choisit la langue des rappeurs à la mode pour suivre la mode.

La stupidité se glisse partout, elle a une contagiosité infinie et n’épargne personne, même pas des personnes dont les trompettes nous clament la prodigieuse intelligence.

Pour ajouter à ma navritude, personne ne semble avoir noté ce petit caillou qui, je le crains, n’a trouvé comme endroit à gêner que la chaussure du Naïf.   Scrogneugneu, que font l’Académie Française et Giscard ?   

Un très gros caillou qui fait mal depuis, pour faire simple, 2007. Ce caillou a une histoire.

Le candidat puis le président Hollande promet(tent) la fermeture de la centrale de Fessenheim. Normal, elle fonctionne, fait de l’électricité et ne casse les couilles de personne. Mais les écolos allemands, tous et tout au charbon, Ja, mein Herr ! seraient tellement content. Et la Duflot aussi avec qui il fait bon électo-flirter. L’Homme de Léonarda est élu, rameau latéral du Sapiens Royalis.

La chose traine, EDF se plaint puis cède et négocie une compensation.

Arrive le Divin Enfant et avec lui le superman de l’Énergie en France, l’Écolo à la triste mine. Avec lui pas de demi-mesure, ou plutôt si une mesure à demi : fermer la moitié du parc nucléaire. Enfin, quelque chose comme ça.

Le bazar mis en place, en gestation depuis l’autre super-spécialiste Ayrault existe toujours avec à son crédit (!) quelques Gilets Jaunes qui sont, on le découvre, une espèce tenace.

Alors de « promesses électorales » en « respect de l’engagement pris » le Gouvernement se retrouve entravé par sa propre incompétence dans l’obligation de prendre en considération les bavasseries préélectorales de Hollande et Duflot et les initiatives législatives de la Batho, brève Ministre de patin-couffin et de l’Énergie.

Que dit l’ASN dans son rapport 2019 sur l’année 2018 :

L’ASN considère que les performances en matière de sûreté nucléaire du site de Fessenheim, dans la continuité des années précédentes, se distinguent de manière favorable par rapport à la moyenne du parc. En matière de protection de l’environnement, le site reste à un bon niveau. Enfin, dans le domaine de la radioprotection, le site rejoint l’appréciation générale portée sur EDF.  ASN rapport 2019 sur année 2018.

Mais patatra ! Tout se détraque pendant cette funeste année 2019, l’an dernier pour ainsi dire. La sémillante Brune Poirson, dans le cadre d’un entretien sur le populisme vert, nous confirme que la fermeture de Fessenheim « fait partie d’un calendrier général établi sur la base de critères techniques et non politiques ». Il faut dire qu’elle a été à bonne école, la Secrétaire d’État de Hulot, François de Rugy et Élisabeth Borne tous fins spécialistes des problèmes de l’énergie, tant au niveau national que mondial.

Voilà, Fessenheim, la pauvrette, bonne à mettre à la poubelle et ça tombe bien car la Sémillante est justement la spécialiste du recyclage, du ramassage des cotons tiges et des vilaines pailles en plastique.

N’est-il pas naturel de fermer une unité d’une valeur d’usage de 1.8 GW, (soit un peu plus qu’un EPR qui enfin entrerait en service si l’ASN le voulait bien), puisque c’était une promesse de campagne de François Hollande ? C’est beau les valeurs de la République et le respect de la parole des Anciens.

Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin puisque depuis les hululements de la chouette nous sommes convenus, nous les Français, qu’il est vital de fermer une petite poignée de centrales en état de marche pour encore longtemps et dont la production est irremplaçable. EDF embarrassée mais bonne fille, ne voulant pas faire de jalouse les a choisi par ordre alphabétique mais comme cela faisait sourire a rajouté Tricastin ; normal, on vient juste de dépenser un pognon de dingue sur son carénage et il n’y a pas de centrale en uvwxyz.

Une autre dame spécialiste des problèmes d’Énergie, Emmanuelle Wargon, énarque de la promo d’Édouard Philippe (ça crée des liens) et ancienne Danone-girl nous assure de sa voix ferme de dame à qui on ne la fait pas : « 72 % d’électricité dans le nucléaire, c’est trop ». Comment résister au poids d’un tel argument et comment ne pas être saisi d’effroi à l’idée que nous puissions conserver notre parc nucléaire pendant encore 10, 20 ans et plus si besoin ?

La dernière, vit’fait su’le gaz : RTE envisage des parcs de batteries pour stocker 48 MWh de camelote afin de ne pas perdre les pincées d’énergie dite renouvelable quand par chance cette énergie est produite.

Je glisse en annexe un article qui, je crois illustre bien l’état d’incohérence dans lequel la France de l’énergie (EDF) est plongée.

Bon, j’arrête de me répéter mais tout comme la connerie de nos responsables me semble infinie, infinie est la rage que cela fait surgir en moi.

Le prochain caillou portera sur l’exercice du droit de grève, la définition du service public, l’aspect obligatoire de son maintien dans bien des domaines et la critique de l’action syndicale quand elle évolue de la manifestation à l’émeute puis au comportement insurrectionnel, criminel et terroriste.

Annoncer la chose me crée une obligation et c’est bon pour ce qui me reste de jugeote.    

24 janvier 2020 

J’allais mettre sous presse comme disent les journalistes et vla’ti pas comme dit le Naïf que le Divin Enfant nous refait, impromptu, au hasard d’un entretien le coup de la repentance. Il entend nous instruire dans l’histoire de la guerre d’Algérie et suggère un parallèle avec l’Holocauste. 

Que son âge et son parcours l’aient tenu éloigné des réalités de ces périodes de notre histoire et de l’histoire universelle, qu’il en mesure maintenant l’importance et qu’il cherche à comprendre est à inscrire à son crédit.

Malheureusement, jacassant à tort et à travers, il nous livre un gloubi-boulga historique avec du Chirac, du Vel d’Hiv, de l’Algérie, des exactions et, audace revendiquée, de la Shoah en fond de sauce.

Ses explications embarrassées aggravent la situation à chaque pas qu’il fait pour justifier ses propos et sa sottise.

Consternant, navrant, inquiétant et destructeur au plan politique : À qui s’adresse-t-il ? Cherche-t-il à faire monter les voix de la Marine qui se garde bien, elle, d’effleurer ce genre sujet et celui-là en particulier. Son père avait suffi.

Ce caillou de la repentance était déjà dans la chaussure et cette nouvelle et stupide intervention constitue une confirmation. C’est chez Macron une obsession. Il faut qu’il patauge dans le passé non pas pour en tirer des enseignements mais pour nous démontrer qu’il n’a qu’une vision simpliste de l’histoire et qu’il souhaite la faire partager à tous. Nul doute que les Israéliens, les Juifs de toute sensibilité, les Français qui ont vécu les évènements d’Algérie et qui était jeunes mais présents en 44 et 45 seront sensibles au bon goût de ces amalgames.

Ce jeune homme est-il vraiment aussi cultivé et intelligent que nous clame la renommée ?

 25 janvier 202

RTE teste des batteries pour stocker de l’électricité renouvelable

Cyrille Pluyette  23 janvier 2020

L’objectif du projet est d’éviter des pertes de production et la construction de nouvelles lignes de haute tension.

La montée en puissance programmée des éoliennes et des panneaux solaires, confirmée par le dernier projet de feuille de route énergétique de la France, constitue un défi de taille pour RTE, le gestionnaire du réseau de transport électrique. Ces sources d’énergie intermittentes doivent en effet remplacer des installations dont la production est beaucoup plus simple à piloter. La France prévoit parallèlement l’arrêt de ses quatre dernières centrales à charbon (pour l’essentiel, d’ici à 2022) et la fermeture de 14 réacteurs nucléaires (d’ici à 2035). «Nous devons être capables d’assurer la même mission de service public avec un mix énergétique qui changeIl nous faut donc de la flexibilité» et ce besoin va «augmenter significativement» à partir de 2030, résume François Brottes, le président de RTE, dont le rôle consiste à équilibrer l’offre et la demande d’électricité.

Une solution envisagée consiste à stocker dans des batteries les surplus ponctuels et localisés de production des énergies renouvelables ne pouvant pas être transportés par le réseau et de les déstocker ailleurs simultanément, en utilisant d’autres batteries. Objectif: éviter des pertes de courant, ainsi que la construction de lignes à haute tension supplémentaires. RTE a annoncé, mercredi, le lancement des travaux d’un projet de ce type, baptisé Ringo. Cette expérimentation, qui représente un investissement de 80 millions d’euros, va être menée sur trois sites jusqu’en 2025. Vingeanne (Côte-d’Or) sera équipé par Nidec France ; Bellac (Haute-Vienne), par Saft avec Schneider Electric ; Ventavon (Hautes-Alpes), par un consortium mené par le groupe Bolloré. Chaque site disposera d’une capacité de 10 à 12 mégawatts. (1 !!) RTE cherche à acquérir une expertise sur les batteries de grande taille, qui pourraient «être déployées demain à grande échelle». Il faudrait toutefois que leur prix «baisse vraiment beaucoup pour que cette solution devienne une alternative au développement du réseau», explique Olivier Grabette, directeur général adjoint du groupe.

Présent à la même conférence de presse ce mercredi, Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), a martelé que la flexibilité devait être le «maître mot», au vu du coût de nouveaux équipements et de la «réticence de nos concitoyens» face à l’impact environnemental. Parmi les réponses citées: les interruptions de courant en cas d’urgence sur des sites industriels rémunérés pour cela, la réduction de la consommation ou le stockage. Il ne semble, en revanche, pas enclin à approuver les 33 milliards d’euros sur quinze ans que RTE estime nécessaires pour moderniser son réseau. «Dit comme ça, c’est non!», a insisté le patron de la CRE. La délibération devrait intervenir en mars…

 

Deux remarques naïves :

La première concerne les compétences et la carrière préfectorale de Jean-François Carenco qui a demandé à occuper le poste de Président de la CRE. À qui ? Va donc savoir !

En février 2017, il est nommé président de la Commission de régulation de l'énergie. Il déclare à cette occasion qu'il a « sollicité cette nomination, non parce qu'il avait peur d’être viré au lendemain de la présidentielle, mais parce qu'il serait atteint un an plus tard par la limite d’âge de 65 ans pour les carrières préfectorales ».En juin 2017 il devient président de Coallia, association gestionnaire de résidences sociales et autres structures à vocation sociale et médico-sociale. Par décret du 19 mars 2018 il est admis à faire valoir ses droits à la retraite de préfet à compter du 8 avril 2018. .Le 18 janvier 2019, il renonce à rejoindre les rangs du promoteur immobilier Altarea-Cogedim en raison d'un possible conflit d'intérêt lié à son ancienne fonction de Préfet de la région Ile de France. Jean-François Carenco va donc rester à la tête de la CRE pour laquelle son mandat court jusqu'en 2023.   Wiki

C’est ti pas beau ce parcours, tout marqué au sceau de la compétence dans le domaine « qui lui convenait » pour une pantoufle probablement dorée en attendant de rejoindre quelque promoteur de ses amis.

Cela donne tout son sel au dernier § de Cyrille P.

La seconde concerne justement Cyrille P. Ce bonhomme qui écrit dans un journal sérieux ne sait toujours pas, article après article après article faire la différence entre la puissance et l’énergie. Supra (1)

Montéty devrait relire Pluyette, cette dernière remarque à l’intention des lecteurs du Figaro.

 

Posté par Dufourmantelle à 17:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 janvier 2020

Sonnez la retraite

 Ce papier pour dire que comme certainement un grand nombre de mes concitoyens et néanmoins amis, le Naïf n’a pas vraiment compris les subtilités de la Réforme des Retraites et qu’il n’a pas succombé à son charme simplificateur. Alors pourquoi en parle-t-il ? La réponse est toute simple : ce papier avait été entamé en vue de clarifier les idées de son auteur. Il est devenu la démonstration qu’il n’y comprend toujours rien et qu’il patauge sur le sujet avec une naïveté provocatrice et outrancière.

Rédigé dans les derniers jours de décembre il n’est édité que presque trois semaines plus tard. Le Naïf respecte la trêve des confiseurs. "En même temps" se déroule la tragédie, digne de l'antique de l'Âge Pivot qui se transforme en âge de glace des relations syndicales.

 

Sonnez la retraite

 

Les lions ont chassé ; ils dévorent leur proie sous l’œil des charognards qui attendent les vestiges du festin royal. Le Naïf est comme le chacal qui s’approche craintivement de la carcasse pour en arracher quelques reliefs.

Ou bien :

La police des séries télévisées enquête. Tout le monde a des pattes bleues pour préserver l’intégrité de la scène de crime. Le légiste annonce au policier (en général une policière, parité oblige) que la victime est encore en vie mais qu’on ne saurait l’interroger vu son état. Le(a) journaliste naïf(ive) présent(e) sur les lieux participera t’il ou t’elle à l’enquête ? Le blessé survivra-t-il ?

Ou bien :

Était-ce possible que le Naïf ne mette pas son grain de sel dans le grand fourniment, dans la grande peinture naïve (elle aussi) dessinée sur le mur de l’École lors de dernière récré ?

École d’Administration ou Pension pour ados-qui-se-croient-surdoués.

Ne reculant devant aucun mauvais jeu de mot, le lecteur rétorquera : nous y pensions…  Pensions de retraite, naturellement.          Tout récemment, une nuance a été subtilement introduite par notre Manu national entre la pension des militaires et la retraite des retraités. Pour lui, dans ce distingo, retraite signifie montant de la pension alloué au retraités. En réalité, « effectivement » dit-on à la télé, la retraite est la situation résultant de la fin de la vie professionnelle pour les damnés de la terre ayant eu à travailler dans la France du dernier demi-siècle.  Donc pour Manu et, reconnaissons-le, dans la langue courante la retraite est devenu le montant de la pension. Bref !

Sans peur et sans reproche le Naïf se demande : c’est quoi, toute cette agitation ?

Elle est provoquée par la Réforme des Retraites.

De quel animal parle-t-on ?

La première et principale réponse est qu’il s’agit d’une promesse de campagne du candidat Macron et qu’en conséquence je suis par naïveté lié à cet objet administratif non identifié par les liens imprescriptibles de l’élection de mon représentant à l’Élysée. Ainsi soit-il.

La seconde réponse est qu’un torrent de justice sociale dévalera de la pyramide administrative nouvellement érigée et qu’il n’est pas temps de s’arrêter aux détails de ce flot « naturellement » bénéfique. C’est beau comme la pub de Rozana.

Les détails en question me seront communiqués en temps utile, autre variation de la notion du temps, qui s’ajoute au temps des regrets, au temps perdu, au temps libre devenu ministère et au temps passé de la belle époque.

Une partie importante est que la rupture flagrante d’égalité due aux régimes dits spéciaux, privilège des employés d’entreprises sous contrôle publique sera gommée et que chacun sera soumis à un même régime qui devient général….Général de Division, dirait l’auteur de mauvais bons mots. 

Plus ou moins gommée également la recherche de l’équilibre financier des systèmes, l’actuel et celui de la machine à point. 

Le discours continue de tourner en rond autour d’un triangle : montant des cotisations, temps de cotisations (de travail) et montant de la pension.

Comme on n’ose pas parler d’une baisse des pensions ni d’une augmentation du montant des cotisations, la seule variable est l’allongement du temps de travail, le déséquilibre résultant du vieillissement de la population.

Si on ne travaille pas davantage (plus longtemps) et si on ne cotise pas davantage, il ne restera qu’à baisser les pensions, après avoir pendant  quelque temps, « naturellement » glissé le déficit dans la dette.

Comme dans tous les triangles d’incertitude le résultat prévisible est qu’il faudra cotiser plus, travailler plus longtemps et accepter des pensions moins élevées. 

Muni de ce viatique* de principes et d’attentes, je me suis d’abord penché sur mon cas et celui de ma tendre épouse. La conclusion est que, au-delà de quelques rabotages subreptices type CSG, sauf importants changements dans le régime des reversions, nous n’étions pas réellement concernés par le schmilblick. Au demeurant, le serions-nous, qu’y pourrions-nous ? Voter FN à l’élection prochaine ?    * Viatique : Argent, provisions que l’on emporte pour voyager. J’emploie le mot car il s’agit d’un véritable voyage vers des terres inexplorées et visiblement pleines d’embuches.

Poursuivre la réforme de la façon dont elle a été introduite, puis présentée, puis floutée comme dans un film où des images pourraient heurter…, conduit à revenir à l’évocation de la cour d’École. Le lecteur note la majuscule ; il ne s’agit pas d’une cour d’école ordinaire, de quartier ou de village semblable à celles que vous et moi avons fréquentées. Ce qui autorise la comparaison est la puérilité et l’immaturité du comportement des élèves devenus anciens élèves devenus, l’un grand chef et les autres ses conseillers.

Deux points saillants :

Vouloir tout, d’un coup, tout de suite. En tout début de mandat et avant les conséquences de la persévérance sur la très sotte loi de la transition du bidule, i.e. écotaxe mal placée, gilets jaunes et troubles afférents, peut-être, avec un vrai projet, vraiment ficelé et bon à tirer.

Un vrai projet, voilà le vrai problème !  La retraite par répartition devient une retraite « à point ».

Le point est cotisé par moi pour moi et j’en percevrais un retour lorsque je cesserai de travailler/cotiser pour abonder mon compte de point. Ma pension calculée sur mes acquits ne sera donc pas puisée dans un bas de laine rempli par les cotisations de tous les travailleurs après mon départ en retraite mais dans un bas de laine portant mon nom à charge pour moi de le remplir. Je suis rassuré mon bas de laine sera accroché au râtelier des bas de laine  et « en même temps » les points des jeunes travailleurs rempliront les leurs en cotissant comme il convient.

Ai-je mal compris ? Tout mécanisme de répartition aurait-il disparu ou se trouve-t-il, tel un passager clandestin caché dans un « point » capitalisé ? Capitalisé dans la mise en commun de tous les bas de laine ?

Le point que j’ai acquis est-il mon point ou bien le point de tout le monde ?

La valeur d’achat du point : Delevoye nous dit qu’elle est fixe, 10 E.  La valeur du point au moment du calcul de la pension : le même suggère 0.55 E.

Pourquoi pas, mais cela parait un peu trop simple. On se demande pourquoi Arrco calcule chaque année un coût d’acquisition du point de retraite et sa valeur à échéance et au-delà…et pourquoi les suédois y introduisent un facteur de conjoncture économique.

Serait-on encore en phase d’élaboration du projet ?

On peut le croire en apprenant tous les jours qu’une nouvelle catégorie de cotisants émerge de la mer d’universalité promise dans les déclarations initiales. Il semble que le gouvernement soit en réalité (effectivement dit-on de nos jours) engagé dans un processus de pérennisation ou au mieux de mise en forme sous de nouveaux vocables des bazars, trucs et anomalies existantes.

Ce qui semble être pérennisé en premier lieu est le régime de retraite des agents des sociétés étatiques ou para étatiques qui sont les acteurs essentiels du désordre actuel. La fameuse règle du grand père ressemble furieusement à ce qu’on appelait naguère « renvoyer à la Saint Glin-Glin » ; pour un coût qui lui n’est renvoyé que sur la feuille d’impôt du contribuable et pour l’essentiel sur la dette. 

Mais comment se débrouiller pour qu’un régime universel s’accommode de multiples cas particuliers. Deux options : offrir des points « moins chers » ou accorder des ponts gratuits.

Delevoye navigue entre ces deux lectures : points attribués sur la base du Smic : point minimum.    Dans le cas des naissances une majoration de la pension est prévue : « Chaque enfant donnera lieu désormais à l’attribution d’une majoration de 5% des points acquis par l’assuré ». Il s’agit de reconnaitre que les enfants perturbent la carrière des femmes, ce qui n’est pas faux !    Il est discret sur ce qui transformera les régimes spéciaux en régime particuliers : des points en plus ou des points moins chers ? Le sujet ne mérite pas qu’on s’y attarde, l’idée générale étant que le système universel (c’est son nom) ne s’appliquera qu’à la saint Glinglin… 

La grève se poursuit et il se trouve toujours des citoyens qui trouvent normal que des poignées de conducteurs de train et un grand nombre de conducteurs du métro paralysent impunément le pays. 

Mais pourquoi les grévistes se gêneraient-ils puisque tout est permis et que les français dans une large proportion soutiennent, nous dit-on, les revendications. Pour preuve l’extraordinaire indifférence de tous, pouvoir politique, syndicats, usagers, média et « naturellement » la justice, lorsque une poignée d’excités sûrs de leur impunité, prend l’initiative de couper le courant sur certains quartiers des villes, ce qui pour un Naïf ordinaire relève de l’acte criminel… 

Les naïfs qui avaient compris qu’un des objectifs de cette réforme était de mettre un terme au scandale social de ces régimes spéciaux n’avaient pas compris que la réforme interviendrait donc à la Saint Glin-Glin. Mais soyons rassurés, Manu est très ferme : il ira jusqu’au bout. Que Dieu lui prête vie !

Un des problèmes est que le « cotiseur » ou « souscripteur » ou simplement « travailleur percevant revenu » ne sait pas et par conséquent ne comprend pas comment se détermine la valeur du point à l’acquisition puis bien plus tard lorsque ce point détermine le montant de la pension.

Formulé différemment qui gère l’escarcelle dans laquelle sont accumulés, conservés puis redistribués les points ? Une caisse nationale des retraites pilotée par une AG en forme de salade russe assistée d’une assemblée de citoyens tirés au sort nous dit candidement le bon Delevoye.

Le vrai problème, je le répète, est qu’on ne perçoit pas comment il est possible de faire tenir les trois termes du fameux triangle dans une seule entité « ponctuelle », prisonnière dans le triangle. Sauf à expliquer que la valeur du point dépend du montant de l’escarcelle (résultant du trinôme « nombre de cotisants, temps de travail, montant du prélèvement sur salaire ») et du nombre de personnes souhaitant faire valoir leur droit à la retraite. Ce qui est une façon de tourner autour du triangle. Et dirait un esprit naïf de tourner autour du pot.

Au-delà des habillages de vocabulaire ce qu’on peut penser est que le système proposé consiste à remplacer dans les mécanismes actuels les durées de cotisation minimum en les ramenant du trimestre au mois ou pourquoi pas, au niveau de la journée œuvrée. Ai-je mal compris ? Le point serait quelque chose comme le pourcentage du salaire prélevé à l’unité de travail salarié. Ai-je mal compris ? 

Le désordre s’installe. Dans les pensées, la mienne en tout cas, et sur la place publique.

Maladresse et incertitude font que la lutte obscène des Syndicats des agents de la SNCF et de la RATP constitue l’ossature d’un rejet assez général de la réforme envisagée. En fait la nécessaire réforme des régimes spéciaux disparait dans un projet plus vaste, mal expliqué et visiblement incomplet.

Tout ce désordre est amplifié par le fait que d’un projet important, décisif politiquement et socialement, l’opinion, les français et même les médias et commentateurs éclairés ont fait un sujet cheval de bataille d’opposition globale au personnage incarnant une époque dans laquelle en dépit des réalités ils se sentent dépossédés et abandonnés.

Les analystes fournissent des foules d’explications sur ce désenchantement d’une population qui, au regard des chiffres et des comparaisons est une des mieux « loties » du monde.

Chaque lecteur de ce petit papier cherchera dans sa propre expérience les raisons profondes de ce désenchantement.

Voici ce que pourrait être une liste de ces raisons pour un Naïf macron sceptique. Elles sont toutes d’une façon ou d’une autre liées à des pertes de valeurs. Le mot valeur est bien galvaudé mais faute de mieux on fera avec, comme on dit, donc les valeurs républicaines. Le mot incapacité a été utilisé dans cette liste alors que dans une large proportion il s’agisse banalement d’indifférence, de méconnaissance, voire de mépris ou de crainte de la connaissance ou du déni des réalités.

Échec et discrédit de l’Enseignement Public* du Primaire jusqu’à l’Université et à la gabegie des Facultés de Lettres. Le mal est ancien. Le Président n’est pas responsable du désastre. Les efforts du Ministre en charge sont réels mais comment combattra-t-il le corporatisme et l’incivisme juvénile des élèves ?  *J’aime bien cette vieille expression qui qualifiait jadis le mammouth. 

Incapacité des gouvernements depuis 40 ou 50 ans à élaborer dans le cadre déjà bien défini de la mondialisation la moindre ébauche d’une politique industrielle et énergétique réaliste. Certains font commencer la chienlit avec 68 et ils n’ont pas tort alors que d’autre pensent que le mal ne s’est vraiment installé qu’en 81, et ils ont raison.

« En même temps », pour des raisons incompréhensibles, enlisement dans la dérive qualifiée d’écologique de la politique énergétique menée depuis une vingtaine d’année.   L’acme de la stupidité est écrit dans la loi depuis l’an de grâce 2000 sous le nom de loi NOME. Le pouvoir est-il à ce point inepte qu’il ne puisse définir son attitude en face du nucléaire ?

Refus de reconnaitre l’impossibilité de l’intégration des musulmans rigoristes, chariaphores, ne connaissant les lois de la République que par leur habileté à profiter des avantages qu’elles leurs offrent témoignant d’un entrisme toujours toléré et souvent encouragé.

Incapacité à lutter contre l’influence des puissances étrangères qui financent ces mouvances radicales qui forment chaque jour davantage l’ossature de l’Islam en France. 

Incapacité à lutter contre cette haine du travail qui sous-tend toute mesure de progrès social et tout discours social. 

Inexplicable culture de la repentance dans les audiences les plus inappropriées dont on sait qu’elles les percevront a priori comme signe de faiblesse.

Exhumer l’affaire Audin et transformer un passeur de valise du FLN en martyr national est l’archétype de ce contresens politique et historique ; ce qui n’exonère en rien les militaires. Ce qui les exonère pour l’essentiel est le fait que la vague d’attentats (314 morts et 917 blessés) a pris fin et qu’il nous est loisible jusqu’à la fin des temps de regretter (chacun dans son for intérieur) l’extrême brutalité de leurs méthodes.

 

Par charité, on oublie la tragique (dans ses conséquences) reculade de NDDL et toutes celles qui en découleront …   NDDL est la Léonarda de Manu. Avouons qu’elle a plus d’allure que la Léonarda de Hollande. 

La liste des cailloux dans la chaussure est maintenant trop longue pour qu’une seule chaussure y suffise. Chaque lecteur peut à son gré ajouter les cailloux de ses chaussures.  Avec tous ces cailloux comme le fit le petit poucet sera balisé le chemin qui conduira(it) à l’élection de la candidate d’un parti creux mais bien rempli.    

ref : Des cailloux dans ma chaussure de février 2018

 

22 décembre 2019   relu    3 janvier 2020    

 

Comme je le fais souvent j’ai eu envie de rajouter ici le seul texte qui à ce jour donne corps à cette réforme, c’est-à-dire des extraits du rapport Delevoye. Je ne le fais pas : cela pourrait donner l’impression que je cherche à discréditer une réforme que je n’arrive pas à juger et évaluer. Je n’en perçois que le report « à plus tard » des objectifs qu’elle vise. On ne peut que souhaiter qu’il existe quelque part une proposition construite sur laquelle s’appuient les interlocuteurs opposants et défenseurs pour qu’on soit bien certain qu’ils parlent tous de la même chose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 16:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 décembre 2019

Façons de parler

 

Je ne sais pourquoi les tics de langage me tapent sur le système au point que je finis par ne plus entendre qu’eux sans plus rien saisir de ce que l’auteur des tics cherche à dire. 

La plupart des tics n’ont aucune signification ; ce sont comme des ponctuations et comme par les ponctuations le locuteur peut y arrêter son propos et reprendre son souffle.

Par exemple : Voilà ! Ce voilà la peut aussi bien dire, j’ai fini et je n’ai plus rien à dire lorsqu’on subit l’entretien du journaliste ; l’entretien du genre : il y a eu un grand boum, je suis descendu, il y avait de la fumée, les gens courraient…Voilà. Le JT quoi !  Ou simplement comme un « Voilà, c’est comme ça 

Dans le genre populo+  on entend avec une belle régularité le « par rapport à » qui établit une relation causale : je mets plus ma voiture ici par rapport aux parcmètres. Très utilisé et vise « un p’ti peu » le haut de gamme.

Dans la même catégorie, enfin en ++, on trouve le « entre guillemets » qui signifie qu’on dit quelque chose de spécial auquel l’auditeur doit prêter une attention particulière ou bien un propos que peut-être on ne devrait pas tenir, les guillemets comme une confidence. Excellente fréquence chez les commentateurs de la télévision.

Très bon score pour le « c’est vrai que » qui atteste d’une vérité d’une affirmation et de la reconnaissance de cette vérité. Les Gilets Jaunes nous ennuient, c’est vrai que la taxe sur le gazole, c’était un peu gros.  Très, très fréquent, comme l’eau et le gaz, à tous les étages.

Mais moins que « effectivement », champion toute catégorie du tic universel, spécialement cultivé dès que le propos prend une certaine hauteur. Son emploi est fréquent au point qu’on éprouve un manque quand on est privé de ces quatre syllabes. Le bruit court que certains voudraient insérer deux « effectivement » dans la même phrase, instaurant ainsi un effectivement à deux coups  qui effectivement augmenterait la cadence et améliorerait l’effectivité du discours. Le « C dans l’air » quotidien de la 5 doit atteindre la centaine d’effectivement à chaque émission !

Excellent classement pour le « quelque part » qui introduit dans la phrase la possibilité d’une cachette où quelque part se trouveraient d’autres choses à confier comme un recoin dans le propos. Dans les propos de M. on discerne « quelque part » un rien d’arrogance.

« Un p’ti peu » tient un rang honorable comme un édulcorant qui adoucit une vérité ou un fait dont la véracité ou « l’effectivité » choquerait l’auditeur.

« On peut dire » pour une chose qu’on devrait pouvoir dire mais qui ne s’avance que prudemment : courant et facile à dissimuler dans un discours fourni. Très utilisé, produit de qualité qui évoque l’image et le possible, en léger conflit d’usage avec le « On va dire » qui est moins affirmatif, davantage dans la proposition voire dans l’image.

« Pas forcément », autre produit édulcorant qui atténue l’impact d’une affirmation tout en la confirmant. Un personnage public entouré d’une foule hurlante déclare : Ils (la foule) tenaient des propos « pas forcément » sympathique.

Dans la grande famille des clichés devenus « incontournables » on se presse. Une position défendue trouve son ultime rempart dans un « C’est clair et net » qui clôt toute discussion.

Ils sont trop nombreux, on s’y perd et seule l’Intelligence Artificielle pourrait aider l’Homme Augmenté à en dresser une liste.

D’autres tics sont chics, ils font class. Exemple :

Plus de problèmes, l’horizon est dégagé, on ne connait que des problématiques. Une problématique est comme une plante qui n’est pas un problème mais une famille de problèmes comme les branches d’un arbre à problèmes. Pourquoi évoquez un problème particulier lorsqu’on peut à la façon des petits pains en cuisiner d’autres ? D’ailleurs comme on dit : pas de problème !

De la même manière, plus de question. On ne se pose plus de question, la formule est désuète. On fait face à des questionnements qui à l’instar des problèmes volent en escadrille et attaquent en groupe reléguant la question au niveau de l’écolier qui dit : c’est quoi une racine carrée et s’entend répondre par son professeur des écoles qu’il ouvre un questionnement sur les nombres entiers.

Une survivance de l’emploi de problème comme on vient de le suggérer est à trouver dans le très courant,«  Pas de souci, pas de problème » qui traduit la « résilience » d’un quidam au contraintes de la vie courante. 

Apparaissent également des mots à la mode. L’exemple type est le « nauséabond » qui vient illustrer tous les discours de défense de quelque idée ou de quelqu’un qui passent par l’agression de l’idée ou du quelqu’un dont les propos sont nauséabonds. Le fascisme et l’antifascisme ainsi que l’antisémitisme ou la défense des Palestiniens ne sont jamais loin car ils sont les jardins où fleurit cette épice du langage. Tout près du nauséabond, se cache « La bête immonde », qui est, on le comprend bien, l’origine de la puanteur.

Un évènement regrettable est sanctionné d’un « Plus jamais ça » qui traduit à la fois un optimisme revendiqué et la douleur ressentie d’un passé toujours présent.

Sur un mode souriant et même enfantin en réaction à un changement dans un ordre acquis…  « Même pas peur » directement issu de la cours d’école et des slogans, Ô combien nombreux, des Ô combien nombreux anti-quelque chose.

Pour ne pas alourdir un papier qui se veut léger, les « éléments de langage » et le « prêt à dire » des personnages de la vie politique n’ont pas été évoqués. Pourtant quelle mine ! Larges emprunts au vocabulaire sportif : On siffle une fin de partie, on botte en touche, on marque un essai, on slalome entre les alternatives, on abat ses cartes et on réalise un carton plein.

Que se passerait-t-il si un défenseur rigoureux jusqu’au rigorisme de la langue obtenait cette dépollution et atteignait le résultat d’une expression débarrassée de ces tics, des mots à la mode et des à peu près ?  

Serait-t-il honoré par l’Académie Française, lieu le plus élevé dans le domaine de la défense du français ?

Ou bien pour rester dans le populo, pisserait-t-il dans un violon ? Pardon, chercherait-t-il à vider un tonneau des Danaïdes ? À remonter une pierre de Sisyphe pour la nuit des temps ? À couper inlassablement les têtes d’une Hydre qui sans cesse sur la bête repoussent.

Allons, rassurons-nous, la foultitude des bonshommes et bonnes femmes qui causent dans le poste n’ont pas l’exclusive du tic, du cliché ou de l’expression précuite. Les personnes qui causent bien, ont, elles aussi, sur une étagère culturelle leur arsenal d’images patinées par l’usage, de citations usées jusqu’à la corde, qui donnent à grands coups de Tocqueville, Nietzsche, Simone Weil, Aristote et Arendt-la-petite-dernière le vernis final de leur leçons. 

Alors double dépollution ?

On n’en finirait plus et on ne dirait plus rien !

 

22 décembre 2019  L’Hiver est là et le vent souffle en rafale.

 

Une petite cerise sur le gâteau : « C’est dans l’air », 17 45 sur la 5, le 23 décembre, pendant que je fais ma demi-heure de vélo, une journaliste, femme sensée, experte et évidemment très cultivée prononce le mot magique, « effectivement », effectivement 6 fois en 80 secondes et, là est la cerise, trois fois dans la même phrase. Le tic devient effet litéraire.

Dans cet exemple, on est dans le tic authentique ; ce n’est pas du toc.

Posté par Dufourmantelle à 19:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 décembre 2019

Taxe Carbone perdue dans le labyrinthe d’oncle Pigou

 

Quelle bonne idée, cette taxe carbone. Elle rendra le consommateur vertueux et contribuera à la réduction des émissions de ….Bla, bla, bla…

Si on parle des objets de consommation qu’on aimerait faire disparaitre du marché sans avoir le courage de les interdire, la taxe « à la consommation » peut servir de préliminaire (mais pas de substitut) à l’interdiction différée. Le tabac est l’exemple le plus clair.

En revanche lorsque le produit est consommé nécessairement  par un grand nombre et une grande variété de clients il convient de faire preuve de discernement dans le choix du point d’application de la taxe laquelle sera d’abord ressentie, même habillée de louables intentions, comme une peine, comme une taxe en plus et comme une manifestation d’inégalité, du fait de la variété des groupes de consommateurs.

Le prix du produit soumis à la taxe est dans l’instant comparé à son prix chez le voisin qui ne l’applique pas. Les frontaliers vont faire leurs emplettes au supermarché installé à l’emplacement de l’ancienne douane en même temps que s’organise et se pérennise un marché parallèle, ainsi à nouveau, le tabac et à un degré moindre les carburants, sans oublier l’alcool qui imbibe la société.

L’année écoulée est une brulante et brillante illustration de ce qu’il ne faut pas faire.

Il est d’ailleurs assez remarquable qu’à seulement un an d’intervalle nos très éclairés ministres d’on ne sait plus très bien quoi réédite le gag d’une augmentation de taxe sur le gazole en plein démarrage de troubles sociaux annoncés ajoutant sans surprise une petite cerise sur le gâteau des revendications. Les gilets jaunes ne leur avaient pas suffi, ils voulaient vérifier que les mêmes erreurs produisent les mêmes effets.

Ont été évoqués tabac, carburants, alcool comme produits pour lesquels la taxe d’oncle Pigou (1) provoquent ces trafic. Mais on n’oublie pas le cannabis et un degré plus avant toutes les drogues.

Une erreur qui se manifeste chez la plupart (2) des commentateurs avocats de la taxe carbone est de ne pas reconnaitre que cette taxe concerne non pas un produit, un élément de consommation dont il est possible de se passer sans mettre en cause l’ensemble du processus économique puis social puis politique dans son ensemble mais une matière première qui irrigue tous les circuits économiques.

On peut ne pas manger de Nutella, il est possible de ne pas boire régulièrement 4 Ricards avant chaque repas, il est souhaitable de ne pas fumer deux paquets de gitanes maïs par jour (3) mais il n’est pas possible de réduire, ni même contrôler le flux de l’énergie dans le monde comme il n’est pas possible de réduire la circulation sanguine dans le corps du promoteur de la taxe alors qu’il faudrait au contraire l’accroitre afin que son cerveau soit mieux irrigué et qu’il raisonne mieux.

On veut croire possible de réduire ce flux de l’énergie localement, France, Europe… en cachant le fait qu’une réduction observée des nuisances résulterait d’abord d’une baisse d’activité en général  et industrielle en premier lieu.

La taxe carbone locale intervient comme le coût de la main d’œuvre et son application conduit les industries et les productions à migrer vers les pays à faibles coûts d’énergie et de main-d’œuvre. Ce qui est de pure logique : la main-d’œuvre en matière de production industrielle et autre (agricole en particulier) n’est qu’une autre forme d’énergie.

La discussion pour savoir par quels mécanismes taxe Carbone et activité productive sont liées est complexe et déborde le cadre de ce papier mais personne ne peut nier qu’elles le sont.

 

Toute taxe carbone locale ou sectorielle sur des produits relevant du commerce mondial provoquera des transferts des activités de production vers des pays qui n’auront pas appliqués de taxes ou des modifications de consommation accompagnées des fraudes ainsi provoquées. Le libéralisme génère ses contraintes propres et la main invisible caresse qui elle veut.

Le seul point d’application d’une taxe carbone qui ne donne pas lieu à ces mouvements, à ces désordres  est situé  précisément à la sortie du puit de pétrole ou de gaz et sur le carreau de la mine de charbon. (4)

Le seul document qui entraine la création de la taxe est la facture du premier fournisseur au premier client. Ce premier producteur, inventeur du produit est le collecteur de la taxe.

Il suffit alors de rappeler à cette entité  la nécessité de transférer les sommes collectées à un organisme international, fonds souverain du carbone, ayant vocation à utiliser cette ressource pour atteindre les objectifs qui ont été définis à l’instauration de la taxe et agréés par tous les producteurs d’énergie.

Quels sont ces objectifs ? Comment mettra-t-on en œuvre, après les avoir définis, les moyens nécessaires ? Comment fonctionnera cette banque du carbone ?

Rêver d’une unanimité mondiale sur ces principes et sur les réponses à ces questions  relève de l’utopie et du déni des réalités géopolitiques. 

Sans besoin d’analyse poussée, émettre  beaucoup moins de GES signifie:

Réserver les combustibles aux tâches que l’électrique ne sait pas effectuer. L’avion est le meilleur exemple et tout bêtement l’acier, le ciment et mille autre babioles produites avec de la chaleur.

Convertir à l’électrique tout ce qui peut l’être en plus de tout ce qui l’est déjà. Ce qui veut dire, qu’on le souhaite ou qu’on le déplore, accroitre la production nucléaire.                          Il s’agit en premier lieu du transport. Ce désir de conversion provoque l’immense flot de rêveries sur la voiture qui dit papa-maman et évite tous les accidents sauf ceux qu’elle crée.

Vaste programme et bien du courage à Sainte Greta et à ses affidés.

 

Une dernière remarque : Aucune mention n’est faite des Énergies Solaires et Éoliennes. Il y a à cela deux raisons, la première étant qu’elles ne peuvent qu’être marginales en quantité. La seconde est que cela donne des boutons à l’auteur de ce papier. Ces deux raisons sont liées.

Une autre dernière remarque : Un commentaire avisé, lu après rédaction de cet article est joint en annexe ainsi qu’à l’habitude. L’auteur, M. Gollier dit l’essentiel et en tout cas ne profère pas les sottises habituelles. Mais visiblement il ne conçoit ou ne comprend pas que l’Europe ne peut, à elle seule, constituer une plateforme suffisante pour l’instauration d’une taxe carbone européenne sauf à accentuer encore, s’il en est besoin les déséquilibres dans les coûts de production avec toutes les autres parties du monde. La Banque Centrale du Carbone dont il reconnait la nécessité financerait des acteurs économiques « dans un cadre prévisible sur le long terme ». Il ne peut pas ne pas revenir dans le flou et l’univers des bonnes intentions : Qui définit ce cadre sur le long terme et qui sera en capacité de sélectionner des projets « vertueux » ? 

La der de der des remarques : On a beaucoup utilisé le mot rêve ou rêverie. La faute n’en revient pas à l’auteur mais aux rêveurs.

 

  1. À ne pas confondre avec l’oncle Picsou, encore que…
  2. La majorité, pour ne pas dire tous.
  3. Souvenir d’un passé déjà lointain ; cela replace l’auteur dans une époque qui ignoraient ces questions.
  4. Le Carbone de la fabrication des éoliennes et des panneaux solaires sera mis à leur débit.

 

11 décembre 2019

 


Réchauffement climatique: Il faut fixer un prix universel du carbone

Christian Gollier : entretien avec  Bertille Bayart Le Figaro 6 décembre 2019

.

LE FIGARO. - La COP25 est réunie à Madrid. Faut-il espérer que la lutte contre le changement climatique progresse?

Christian GOLLIER. -Ce qui est très encourageant, c’est le basculement récent du débat. Nous n’en sommes plus à nous convaincre de la réalité du changement climatique, mais à réfléchir à comment nous pouvons le combattre. Cette discussion-là n’est pas encore construite. Elle reste prisonnière d’un complet relativisme. Tout peut être dit, et tout se vaut. Les utopistes, d’un côté, et les collapsologues, de l’autre, s’en donnent à cœur joie…

Sans être ni l’un, ni l’autre, l’immense difficulté de l’exercice ne rend-elle pas pessimiste?

L’énergie fossile peu chère a été la base de notre prospérité depuis deux siècles. Or la lutte contre le réchauffement climatique implique d’y renoncer, alors même que les stocks sont encore abondants, et de basculer vers une énergie plus coûteuse, difficile à utiliser et aléatoire. Ces inconvénients des énergies renouvelables sont une réalité, du moins tant que le verrou technologique du stockage de l’électricité n’aura pas été levé, et il ne l’est pas du tout à ce jour. L’autre problème, c’est le prix. Produire 1 kilowatt/heure d’électricité au charbon coûte autour de 7 à 9 centimes, contre 14 centimes pour l’éolien, et 20 à 30 centimes pour le photovoltaïque en France. La transition énergétique ne sera pas heureuse. Elle sera attentatoire au pouvoir d’achat à court terme pour des bénéfices importants, mais éloignés. Et c’est pourquoi les politiques doivent prendre leurs responsabilités.

Ne le font-ils pas?

Les États occidentaux, singulièrement en Europe et en particulier en France, font certes beaucoup d’efforts. Mais ils se dispersent en réalité dans une multitude de micropolitiques: bonus automobiles, tarifs de rachats de l’électricité produite par les renouvelables, normes dans le bâtiment, etc. Il est intéressant d’évaluer chacune de ces mesures en termes de coût par tonne de CO2 évitée. C’est… instructif! Par exemple, l’État a subventionné à partir de 2010 les installations photovoltaïques sur les toitures des particuliers avec un tarif de rachat garanti (60 centimes le KWh). Ce surcoût, comparé aux 6 centimes le kWh nucléaire, s’élève à 1300 euros la tonne de CO2 évitée, payée par le consommateur. À titre de comparaison, substituer le charbon par le gaz ne coûterait que 30 euros la tonne.

Comment mettre plus de rationalité dans les choix?

Une stratégie efficace, ce serait de réaliser tous les efforts qui coûtent moins de 50 euros la tonne de CO2 évitée, qui est une estimation du dommage climatique. Comment y parvenir? Avec une seule mesure, simple. Il faut fixer un prix universel du carbone, de 50 euros la tonne de CO2. Ce signal-prix, c’est la seule façon de mettre en branle la myriade d’actions climatiques que l’État ne saura jamais planifier. Ce sera plus efficace que ces micropolitiques, car le mécanisme de prix du carbone organise la décentralisation efficace du processus de décision. Et ce sera plus acceptable que la coercition, attentatoire à la liberté individuelle.

Mais ce prix renchérit évidemment celui des carburants par exemple. C’est très exactement ce contre quoi les «gilets jaunes» s’étaient révoltés. N’est-ce pas utopique?

Non, si quelques conditions sont réunies. D’abord, ce prix fixé pour le carbone ne doit connaître aucune exception, pour qui que ce soit, ni pour quelque activité que ce soit. Ce qui avait poussé les «gilets jaunes» sur les ronds-points, c’est aussi de savoir qu’ils allaient payer leur essence quand le kérosène des avions restait exempté. Le prix du carbone, universel, a donc un gros avantage: il est «lobby-résistant»! Ensuite, il faut redistribuer le produit de cette taxe en surcompensant les ménages modestes et en finançant des politiques bénéficiant prioritairement à ceux-là, comme l’enseignement. Chaque Français émet en moyenne 6 tonnes de CO2 par an. Cela représente une facture de 300 euros. Enfin, ce prix n’est pas seulement économique. Il représente la valeur de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures. Ne nous trompons pas: il ne s’agit que d’un mécanisme qui vise à résoudre un problème qui est d’abord moral et politique.

Vous évoquez un prix à 50 euros la tonne qui rend l’idée acceptable. Mais pour s’approcher des objectifs de la COP21, et de la trajectoire à 2 degrés, certains estiment que le prix du carbone doit être fixé à plusieurs centaines d’euros! Cela change tout.

La valeur de 50 euros est en effet un point de départ, évidemment insuffisant pour parvenir à la neutralité carbone visée à l’horizon 2050. Dans une quinzaine d’années, ce prix aura été porté à 250 euros, et en 2050, à sans doute 400 euros. Ce qui est important, c’est que la trajectoire soit prévisible et transparente.

Le prix du carbone ne peut-il exister que s’il est mondial, ce qui rend son adoption très improbable?

Il faut réussir à le mettre en place à une échelle large. Autrement, cela crée deux problèmes. D’une part, il peut y avoir un effet de «passager clandestin», c’est-à-dire qu’un pays qui adopterait une taxe carbone supporterait tout l’effort alors que le bénéfice est au profit de toute l’humanité. D’autre part, il existe un risque de «fuite de carbone» ; on verrait les entreprises fortement émettrices déménager hors de la zone. Ce serait une double peine, puisque l’impact environnemental serait nul pour un prix élevé en termes d’emplois et d’activité. Il faut donc créer une large coalition. L’Europe est selon moi l’échelon minimum, et elle peut s’entendre sur un prix du carbone assorti d’une taxe carbone aux frontières et d’un abattement au bénéfice des exportateurs. Si le coût à rester à l’extérieur est élevé et si l’intérêt à en faire partie est substantiel, alors cela créera une incitation qui permettra d’élargir la coalition.

Qui serait garant du dispositif?

Il faut créer une banque centrale du carbone. C’est-à-dire une institution indépendante à laquelle sera démocratiquement confié le mandat de piloter le système. Comme pour la politique monétaire, une telle «banque» permettra de crédibiliser le système. Et les acteurs économiques pourront inscrire leurs investissements dans un cadre prévisible sur le long terme.

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 16:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 décembre 2019

Une image à commenter

 

Toujours je me réfère à des pourcentages d’énergie produites et d’énergies consommées pour en déduire que ni la France, ni même l’Europe ne sont des acteurs du réchauffement climatique et que tout ce qui nous est seriné à longueur de discours dégoulinants n’a aucun sens au regard du comportement des Américains, des Chinois, des Indiens et autre Indonésiens.

Grace à Marc Cherki qui a pêché pour nous chez Global Carbon Project un tableau des émissions de CO 2 dans le monde en 2018. Figaro du 4 dec 2019.  Comme à l’habitude je joins en annexe l’article en question.

Puisque l’objet est précisément de réduire les émissions de ce vilain gaz, il est donc plus instructif de regarder les effets, d’aller aux résultats, plutôt que de gloser sur les causes. Les écolos fervents y trouveront peut-être une nourriture plus consommable pour leurs délicats intellects.

Lisons ce tableau, que le lecteur doit examiner attentivement.

USA, Chine, Russie, Indonésie, Corée, Inde (et Pologne pour une quantité insignifiante) sont des pays dont la production de CO 2 progresse de 3 à 5 % par an, disons 4 par commodité.

Ces mêmes pays contribuent à la production mondiale de CO 2 pour une très large moitié, environ 24 milliards de tonnes sur une estimation de 40 milliards au total. On oublie les incendies de forêt.

Capture 2

Par comparaison l’Europe émet 3,4 milliards de tonnes en réduction prévue de 2.1 %.

Un calcul simple (simpliste, j’en conviens) nous dit que les 4 % d’augmentation des pays qui produisent plus de 24 milliards de tonnes, soit près de 1 milliard de tonnes démontrent que ….       

les efforts européens, 2.1 % de 3.4 milliards, soit 70 millions n’ont aucune portée réelle et n’influencent que pour une faible fraction de 7 % la tendance générale. 

Cette tendance peut-elle évoluer.

Oui, en empirant si comme la Chine l’a fait, l’Inde se réveille.

Oui en empirant si la Chine et les USA accentuent leur confrontation.

Et qui peut entrevoir une diminution ? Les rêveurs utopistes et les politiciens surfant sur une vague écolo-démago. Les songes creux de voitures électriques, de panneaux magiques, de remettre le gaz dans la bouteille, de croissance verte-vertueuse n’y changeront rien.

Pour la France, porte étendard de la Cause, les chiffres sont encore plus cruels : émissions de 340 millions de tonnes en diminution de 2.5 % prévue en 2018,  placent la France au niveau du pour cent mondial.

Ce que je dis depuis quelque temps déjà. 

Alors les chimères, les rêveries de taxe carbone et autres affichages se révèlent dénués de sens.

Si l’État qui ne sait plus compter souhaite lever des taxes il est inutile et trompeur qu’il habille ces besoins budgétaires d’oripeaux écologiques qui habillent ou déshabillent inégalement les citoyens.

Ce que je répète : s’il nous faut consommer moins et mieux, c’est simplement pour faire des économies dans le sens le plus ordinaire du mot.

J’ajoute qu’une taxe pigouvienne doit concerner l’ensemble de la population de manière uniforme sauf si on souhaite alimenter le désordre social ou si on est trop sot pour mesurer les conséquences de ses actions.

 

6 décembre 2019

 

Pourquoi cette annexe ?

Pour montrer jusqu’à quel point, à partir d’informations précises, des spécialistes parviennent à édulcorer le propos et même laisser ce glisser des doutes : plus de charbon ou moins de charbon, par exemple.

Et manient l’euphémisme : Les énergies renouvelables augmentent en quantité, mais pas aussi rapidement que la demande énergétique mondiale. Il ne faut pas faire de peine aux gentils écolos.

Et manient l’ironie : Une dame, Mme Le Quéré influencerait la politique du gouvernement ? À condition qu’elle trouve où on a bien pu la cacher.

Et ne remettent pas en perspective la place de l’Europe et de la France dans le grand concert de l’émission de GES. Gentille Mme Le Quéré !

 

Les émissions de CO2 en faible hausse   Marc Cherki   Figaro du 4 décembre 2019

Les émissions mondiales de CO2 sont 60 % plus élevées qu’en 1990. PHILIPPE LOPEZ/AFP

Alors que la COP25 a démarré cette semaine à Madrid, c’est encore une mauvaise nouvelle pour le climat. En 2019, les émissions de dioxyde de carbone augmentent encore, mais à un rythme qui a beaucoup ralenti. La hausse de 0,6% projetée pour cette année, à cause notamment de la Chine (+2,6%), premier émetteur mondial de CO2, et de l’Inde (+1,8%), quatrième contributeur après les États-Unis (-1,7%) et l’Europe (-1,7%). Le CO2 est le principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement du climat.

Au total, les émissions liées à la combustion d’énergies fossiles, atteignent 36,8 milliards de tonnes de CO2. En tenant compte du changement d’affectation des terres, qui estime les feux de forêts et les nouvelles surfaces pour les cultures agricoles, le bilan annuel serait autour de 43,2 milliards de tonnes de dioxyde de carbone selon les données du Global Carbon Project.

 Ici l’image qui figure plus haut dans mon texte.

 

Ces résultats sont publiés le 4 décembre dans la revue Earth System Science Data. La tendance annuelle «est principalement due à la croissance continue des émissions liées à la combustion de gaz, en hausse de 2,6%, et de pétrole, en progression de 0,9%», explique Pierre Friedlingstein, premier signataire de l’étude, chercheur CNRS et professeur à l’université d’Exeter en Angleterre. Les rejets de CO2 issus des centrales au charbon «diminuent de 0,9%, mais pas assez pour compenser les hausses liées au gaz et au pétrole», ajoute le chercheur. En tant que premier auteur du Global Carbon Project, Pierre Friedlingstein succède à celle qui l’avait créé, la climatologue franco-canadienne Corinne Le Quéré, par ailleurs présidente du Haut Conseil pour le climat instauré en novembre 2018 par Emmanuel Macron pour commenter et influencer la politique du gouvernement français.

Récemment, plusieurs rapports, réalisés ou approuvés par l’Unep (l’Agence des Nations unies pour l’environnement) ont souligné que d’importantes capacités de production d’électricité à partir de centrales au charbon ont encore été installées en Chine entre juin 2018 et juin 2019. Hélas, ces équipements sont faits pour durer plus de quarante ans. «La production d’électricité à partir de charbon en Chine et en Inde, malgré le ralentissement économique, explique la hausse des émissions de ces deux pays et contribue à la hausse des émissions globales», constate Philippe Ciais, cosignataire de l’article et directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) du CNRS et du CEA Paris-Saclay. Il précise: «Il y a toujours une forte demande de ciment et d’acier en Chine, des secteurs très énergivores en électricité, produite principalement par des centrales à charbon.»

 Il est à noter, par ailleurs, que la diminution des émissions en Europe et aux États-Unis suit un rythme de baisse identique (-1,7 %) en 2019. Une diminution qui s’explique en grande partie par le remplacement de centrales au charbon par des installations brûlant du gaz naturel. «Pour la même quantité d’énergie produite, le charbon émet environ deux fois plus de CO2 que le gaz naturel», rappelle le chercheur du LSCE. De nombreux pays européens, à l’exception notable de la Pologne, ont déjà décidé d’arrêter d’utiliser du charbon. Ce bilan est presque ironique pour les États-Unis, où malgré les velléités de Donald Trump de soutenir l’industrie du charbon, «le développement d’énergies renouvelables se poursuit, notamment en Californie», précise Philippe Ciais. Au niveau de la planète: «Les énergies renouvelables augmentent en quantité, mais pas aussi rapidement que la demande énergétique mondiale.»

La production de CO2 en Chine par habitant (7 tonnes) est devenue bien supérieure à celle d’un Européen (6,7 t), mais elle reste loin derrière celle d’un Américain (16,6 t). Les courbes entre le Vieux Continent et l’empire du Milieu se sont «croisées en 2014», ajoute le chercheur français, et la tendance se confirme année après année.

Le Global Carbon Project souligne que les émissions mondiales de CO2 sont, en 2019, en hausse de 4% par rapport au niveau de 2015, lors de l’accord de Paris. Or la tendance devrait être à «une baisse d’environ 25% en 2030, par rapport à celles de 2015, pour limiter la hausse de la température au-dessous de 2 °C», rappelle Philippe Ciais. Et cette année, les émissions mondiales de CO2 sont «60 % plus élevées qu’en 1990, année de publication du premier rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, NDLR)», déplore Pierre Friedlingstein. Bref, selon les scientifiques on va dans le mur, d’autant que la hausse de la température moyenne est déjà comprise en 1 °C et 1,2 °C à la fin de 2019 par rapport à l’ère préindustrielle.

 

Posté par Dufourmantelle à 15:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 décembre 2019

Le Paquebot, les Capitaines et les rameurs de Greta.

Encore une très courte fable. Elle ne vient pas du vieux grimoire des fables que connaissent les lecteurs du Naïf. Elle est beaucoup plus récente et sa brièveté en est la principale qualité. C’est une histoire de bateau dans lequel nous sommes tous.

 

Le Paquebot, les Capitaines et les rameurs de Greta.

 

Un gros paquebot à moteur navigue au cap que lui imposent les grands capitaines depuis la passerelle. Sa vitesse croit constamment.  Toujours au moins à 1.5 nœud de plus et souvent 2 nœuds…

Les moteurs brulent en quantités toujours croissantes (jamais moins de 1.5 %/an et souvent 2 %/an) du charbon, du pétrole et du gaz.

L’équipage, chef mécano, bosco et autres intendants observent la course du paquebot. Ils en jactent d’abondance et critiquent les grands capitaines. Le cap disent-ils mène le paquebot à la perdition car les moteurs consomment trop. Cela présage du mauvais temps et des mers agitées.

 

Immense est le nombre des passagers. On pense que toute la population du monde est embarquée dans ce voyage.

Énorme est la cargaison du paquebot qui remplit les soutes du progrès.

Bien des passagers ont accès aux soutes et viennent s’y fournir, qui en nourriture, qui en objets du quotidien de leur cabine. On dit même que des automobiles et des aéroplanes seraient disponibles, ce qui est très surprenant sur un paquebot.

D’autres passagers sont moins lotis et des ponts inférieurs n’ont guère accès aux soutes. Ils s’en plaignent. S’ensuivent des querelles à propos des quelles tous, Capitaines, équipage et passagers jactent d’abondance.

 

À l’arrière du paquebot des passagers et même quelques maîtres d’équipages, qui à la rame, qui en pagayant, déploient de louables efforts pour ralentir la vitesse du paquebot sur son erre. Ils sont foule et suivent avec ferveur la parole de Sainte Greta, vierge révélée qui leur insuffle une foi qui les anime dans leur entreprise de ralentir et sauver le paquebot.  Parmi eux on reconnaît un rameur énergique, encore jeune et vaillant, le Divin-Enfant-Président-Jupitérien-Sauveur-De-La-Planète et la toute nouvelle venue Présidente de la Commission Européenne, elle aussi Sauveuse-De-La-Planète, disciple fervente de la déesse Écologie.

En ramant et pagayant tous jactent d’abondance.

 

Les passagers admirent leur foi et leurs efforts.

 

À la passerelle les capitaine Trump et Oncle Xi se chipotent pour savoir qui a la plus grosse…production-consommation de charbon, pétrole et gaz pour faire avancer le plus vite le paquebot. Rien n’altère leur bonne humeur.

 

Un passager naïf après avoir reconnu que ces deux personnages le font pour assoir leur pouvoir personnel et s’étant persuadé que Trump n’a aucune autre idée en tête, pose la question : Xi le fait-il aussi pour le bien des Chinois, qui pour lui aurait précédence sur le Sauvetage de la Planète ?

 

Morale

Sacrée Greta Sauveur(e) du genre humain et de la Planète notre mère.

 

3 décembre 2019

Posté par Dufourmantelle à 14:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

De nouveau, la France en émoi.

Charlie Hebdo a publié dans un « esprit satirique » des dessins dans un registre humoristique sur le sujet des militaires récemment tombés en opération au Mali. Les mots sont ceux de M. Riss.

Satire, subst. fém.  cnrtl    Écrit dans lequel l'auteur fait ouvertement la critique d'une époque, d'une politique, d'une morale ou attaque certains personnages en s'en moquant     Par extension : Toute œuvre écrite, chantée, peinte, tout propos comportant une raillerie, une critique virulente.

La satire implique une critique sur un adversaire en  première forme d’un combat contre un ennemi.

La satire n’est jamais neutre. Elle est prise de position et jugement sur l’objet moqué, satirisé.

Humour,  subst. masc.     Forme d'esprit railleuse qui attire l'attention, avec détachement, sur les aspects plaisants ou insolites de la réalité.

Les dessins qui provoquent l’émoi sont donc des railleries attirant l’attention… en formulant une critique d’une morale ou de certains personnages, et plus encore de certaines institutions.

          

L 1 Charlie2

 L’objet de l’émoi

 

L’opinion s’émeut en désordre et l’Armée, comme un seul homme, s’émeut beaucoup.

Que dire, naïvement :

Formellement,

M. Riss a bien le droit de faire des dessins et de les publier dans un journal.

Les personnes qui sont émues par ces images ont le droit de dire à M. Riss ce qu’ils pensent des images et de leur auteur et diffuseur.

Un pas plus avant :

Le mot émotion surplombe ce préambule. Les images ou des propos provoquent des réactions émotionnelles que chacun peut ressentir et traduire en jugement de valeur sur l’auteur. L’Armée et bien des citoyens ressentent ces images comme une insulte, comme un crachat.

Cette émotion est légitime car M. Riss a quitté le domaine de l’humour (détachement, distance) pour entrer dans celui de l’analyse et de la critique d’une institution. Par cette démarche il ouvre un conflit avec celle qu’il stigmatise : l’Armée Française.

M. Riss qui assure une publication destinée à ses lecteurs peut se limiter à cette forme d’insulte somme toute gratuite et sans conséquence pour chercher ensuite d’autres sujets qu’il traitera avec la même dérision. Ce serait purement de la lâcheté.

Ou bien M. Riss persiste et signe.

Qu’a-t-il voulu dire précisément par « ses » dessins ? Qu’attaque-t-il ?

Le fait que la France dispose de Forces armées ?

Que les Forces Armées recrutent des soldats ?

Que la France intervienne au Mali dans un combat dont il mettrait en  cause la légitimité ?

Qu’il pense illégitime de conduire un combat armé contre le développement de l’islamisme militant dans le sahel ? De sa part cela serait un vrai trait d’humour.

Quand on frappe un adversaire on ne peut pas sortir du ring avec désinvolture au motif qu’on a bien le droit de rire de tout.

Car il est difficile de penser que qui que ce soit ait ri en voyant ces dessins. Au mieux le public aura reconnu un certain talent dans son métier à l’auteur.

Il est donc difficile de croire que M. Riss n’ait pas autre chose à dire que ces assez minables agressions à l’endroit des sentiments des autres…

C’est bien là le fond du problème : la Liberté s’arrête là où elle rencontre le domaine de liberté de l’Autre.

Entre citoyens, rien n’interdit et il est même essentiel qu’il en soit ainsi, d’opposer avec civilité et sans insulte des points de vue antagonistes.

Entre citoyens  rien n’oblige à vouloir discréditer les convictions intimes de l’Autre, ce qui est un irrespect de la personne.

On finit donc par parler politesse, civilité, respect, ce qui, il faut le reconnaître vaut mieux que insulte, crachat, impolitesse pour que la vie de tous avec tous soit la plus agréable possible.

Car n’en déplaise à M. Riss (qui ne refuse pas qu’on sache d’être sous protections policière de l’État) il a insulté les sentiments profonds d’un grand nombre de citoyens.

La frontière entre l’humour libératoire de Laurent Gera, qui au demeurant ne ménage guère ses sujets et l’insulte sur les convictions des personnes est ténue. C’est une ligne de crête et certains humoristes ont bien du mal à ne pas glisser dans la grossièreté, la vulgarité et le mauvais goût.

Ce sera la conclusion : ce qui est insupportable en fin de compte c’est la faute de goût.

3 décembre 2019

En relisant, une fois encore le papier, je l’ai trouvé plat, sans piment. Dans le calme de la nuit m’est venue une petite touche de dérision rissienne qui ajoutera cette pointe de piquant. 

M. Riss, en publiant ces dessins a ouvert une boite de pandore. Ont surgis dans les esprits des images et des textes et surgit l’idée de lui en faire part pour alimenter sa verve satirique et humoristique. 

Il a été blessé grièvement lors de l’attentat de Charlie Hebdo :

Un petit dessin : un bonhomme dans un lit d’hôpital avec un bandeau, Le prix de l’humour vient d’être décerné à...

Il a perdu des amis :

Un pendu sous sa potence avec une bulle : Charb avait la langue bien pendue…

Ils étaient tous réunis dans leur salle de rédaction.

Al Baghdadi assis avec sa kalach sur les genoux sermonnant une classe d’impétrants en terrorisme, déclarant dans sa bulle : À Charlie 12 morts, 5 blessés, ça ne va pas, je veux du rendement, pas de blessés, la munition coûte et Allah tient les cordons de la bourse. 

Il pourrait également recycler (c’est la mode) les dessins des cercueils des militaires du Mali en adaptant les textes à une sauce « attentat Charlie », Mort pour l’humour…. Mourir de rire….Satire dans la rédac….

Mais satiriste et humoriste comme il est, M. Riss aura déjà eu ces idées, du meilleurs goût, chacun en conviendra. D’ailleurs l’humour implique que l’auteur puisse en être l’objet. 

Si ce n’est pas le cas, ces illustrations suggérées montrent que M. Riss n’a pas l’exclusivité du bon goût.

4 décembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 11:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]