Le Naïf dans le Monde

14 avril 2018

Les réformes du Divin Enfant prennent le Train : Est-il à l’heure ou un peu en avance ?

 

Mais, Bon sang de bonsoir, Quelle purée ! Que de sottises alignées comme des perles !

Je parle de la convulsion médiatique et syndicale provoquée par le malencontreux projet de réforme de la SNCF. Malencontreux parce que maladroit. Maladroit car il concerne « en même temps » des interlocuteurs différents. Malencontreux et maladroit et cependant indispensable.

Qu’il faille à un moment donné s’attaquer au problème du fonctionnement de la SNCF est une évidence.

Qu’il faille attribuer la dette de la SNCF au véritable débiteur est une évidence.

Qu’il faille considérer les injonctions de Bruxelles pour ce qu’elles sont…

Et enfin que la France se dote d’un Ministère des transports et de l’Aménagement du Territoire qui ne soit pas un lieu d’asile pour personnalités politico-médiatiques par ailleurs inutiles et inclassables…

La France n’est pas que la fille ainée de l’Église ; elle est aussi le pays de la centralisation et le pays des monopoles d’État. Dans de nombreux domaines cette façon d’organiser la vie économique de la Nation a donné de très bons résultats. Elle a aussi conduit à des échecs souvent dus au fait que le pouvoir politique considérait la direction des Entreprises Publiques comme des sinécures commodes aux incompétents de l’oligarchie.

Nous disposons, seuls au monde, d’un réseau et d’un appareil de production électrique qui est « en même temps » le plus sûr, le moins coûteux et le plus écologique du monde.

En dépit des critiques le réseau ferroviaire et la SNCF est sans doute le plus performant qui soit au monde.

Notre réseau routier est indéniablement exemplaire.

Et notre système de santé en dépit de ses incohérences et de son coût est sans doute, là encore, le ou un des meilleurs du monde.

Mais le Plan Calcul n’a pas fonctionné, l’ÉducNat pourrait faire mieux et L’Université s’égare.

Mais notre Industrie est morte et l’emploi avec.

Mais nous n’avons plus de Ports; Marseille est une ville fossile.

Mais nos agriculteurs se suicident.

Cette culture jacobine, inscrite dans les territoires ne s’efface pas d’un revers de Traité Européen ou par les foucades de Lois de Décentralisation plus ou moins mal foutues et empilées en tas comme des ébauches rejetées.

Cette culture et les achèvements qui lui sont associés entraient et entrent toujours en conflit avec la vision de l’Establishment Bruxellois pour qui la libéralisation financière et la destruction des économies dirigées prévaut sur toute autre considération historique ou simplement pratique.

Mais la France a perdu pied en Europe et nous obéissons faute d’avoir su commander.

Ces conflits entre notre pratique centralisatrice et le libéralisme des agioteurs luxembourgeois et bataves dans lesquels nous cédons toujours sans grand combat surplombent de façon incongrue les programmes de gestion et de développement de nos grandes entreprises publiques : la SNCF et EDF. Ils réapparaîtront en toile de fond dans les brefs développements qui suivent.

Sur ce sujet, l’État est seul avec sa créature, l’Europe, et le cheminot est un citoyen ordinaire.

La maladresse du Gouvernement est lié pour l’essentiel au fait que, emporté par son élan réformateur, le gouvernement a présenté de façon assez primesautière un projet de réforme qui recouvre des domaines bien distincts qu’il n’était en rien utile de réunir sous le même titre.

L’aspect institutionnel

L’Europe demande à ce que, au moins au plan comptable les activités gestion du réseau ferré et exploitation de ce réseau soit distincte.

La France en 1997 est allée en apparence plus loin puisque les deux entités ont été dans une première phase séparées.

En apparence car le propriétaire du réseau, RFF,  n’était en réalité qu’une façade juridique qui confiait son activité opérationnelle à son unique client-utilisateurs. La SNCF payait à RFF le droit d’utiliser le réseau et faisait payer à RFF le fait qu’elle en assurait la gestion…Mais dans le processus la dette avait été transférée en majeure partie chez RFF et de toute façon ne participait  pas à la dette de l’État, ce qui, in fine semble être l’objectif de ces montages et de ceux qui suivront. Cette situation baroque dure cependant quelques années pendant lesquelles SNCF perd les 2/3 de son activité fret…

Enfin en janvier 2015 les deux branches de l’activité ferroviaire sont de nouveau regroupées sous l’appellation SNCF qui devient une EPIC mère assurant la coordination d’une EPIC Réseau et d’une EPIC Mobilité. Il serait tentant d’oublier les 650 autres filiales de droit privé tenues par la société de portefeuille SNCF Participations : cela ne donnerait pas une idée claire de ce qu’est la complexité du Groupe SNCF.

Un lecteur curieux trouvera en Annexe 1 un document de septembre 2014 expliquant cette organisation du groupe.

Le projet de loi, présenté le 14 mars, prévoit de transformer ce statut juridique de la SNCF, actuellement Établissement Public à caractère Industriel et Commercial (Epic), en société anonyme (SA). Une "SA" n'est pas forcément privée et, dans ce cas, les deux branches de la SNCF deviendraient des "sociétés nationales à capitaux publics". Le statut de "SA", s'il permet de lever plus facilement des fonds, a en revanche un fonctionnement très cadré, avec de plus fortes contraintes concernant son endettement. Mais une "SA" est aussi la forme juridique la mieux adaptée pour une entrée en bourse. Ce qui pourrait, plus tard, ouvrir à la possibilité d'une privatisation.

Sur ce sujet, l’État est seul et le cheminot est un citoyen ordinaire.

La dette

Elle est pour l’heure logée chez Réseau pour 47 milliards et chez Mobilités pour 8 milliards. L’entreprise supporte le service de cette dette.

En réalité il n’existe qu’un seul débiteur ou plus exactement 65 millions de débiteurs.

Donc le problème de cette dette est double :

Elle en doit pas peser sur la gestion de la SNCF et il faut qu’elle bénéficie des taux les plus avantageux.

La réponse est clairement à Bercy mais, au train où est menée la réduction des dépenses publiques on peut craindre que l’objectif du respect des limites du déficit ne conduise Bercy à repousser la décision, cependant inéluctable, d’enregistrer cette dette dans les comptes de l’État.

Il faut ensuite et surtout ne pas rester dans les schémas qui ont conduit à cette situation.

Sur ce sujet, l’État est seul avec sa créature, l’Europe, et le cheminot est un citoyen ordinaire.

 

La gestion et la rentabilité de la SNCF : Vaste programme !

Premier sujet : l’État est le vrai patron et doit se comporter comme tel. Il doit définir clairement ses objectifs et choisir les dirigeants des entreprises strictement sur des considérations de compétence.

Si l’État utilise SON service public à des fins de politique sociale il doit aller au bout de son argument et expliciter son engagement

Cette ambiguïté se retrouve dans toutes les entreprises publiques gérant un monopole national mises en place dans l’après-guerre.

D’abord déterminer le niveau de dépense publique consacrée à l’avantage social offert par le service considéré. Pour certaines missions qui ne revêtent pas une prestation de caractère commerciale la réponse est facile à formuler : la Police ne se vend pas et l’État en assure la charge. Pour le transport de passager la réponse devrait définir le niveau de subvention et la nature du bénéfice social accordé.

L’attitude libérale consisterait à oublier le bénéfice social et à exiger la rentabilité de l’entreprise en faisant payer l’usager pour le service qu’il obtient.

Ensuite l’État doit intégrer le programme de la SNCF dans un plan général du développement des transports en France et en Europe : ce plan existe-t-il ?

La construction de tel tunnel transalpin, la construction ou la décision de ne pas construire tel aéroport régional, la décision de commander des rames de TGV pour un usage de tramway, le projet du Grand Paris sont-ils des éléments de ce plan ?

EDF, Air France, les acteurs du transport routier, les Autorités portuaires ont-ils connaissance de ce plan ? Le Gouvernement et M. Hulot en ont-ils connaissance ?

Cherchons le ensemble, et si le lecteur le trouve avant l’auteur, qu’il n’hésite pas à le lui communiquer. Poil au nez.

Pour alléger le propos et introduire un peu de légèreté dans un sujet qui ne se prête pas à la drôlerie, on propose un échantillon de la prose de notre ministère de la chose : il s’agit de logistique, ce que nous appelions jadis le fret. Le document date de février 2017 et Hulot n’avait encore introduit dans le sujet la sagesse qui caractérise ses interventions.

Capture 12

Pour poursuivre cette dynamique avec l’ensemble des parties prenantes, le Gouvernement a décidé de mettre en place un Conseil d’orientation et de suivi France Logistique 2025. Installée le mardi 21 mars, cette instance de concertation, lieu privilégié d’échanges et de dialogue, rassemble tous les acteurs de la logistique (parlementaires, collectivités territoriales, représentants professionnels, organisations patronales et syndicales). Alimentée par les retours d’expérience, elle a pour objectif d’assurer le suivi des actions menées par l’ensemble des parties prenantes dans le cadre de la feuille de route France logistique 2025.

     On ne peut douter que, fort de cet outil dont la performance sera à la mesure du nombre de ses interlocuteurs, notre Ministre sera en mesure de revitaliser le secteur moribond du fret, pour l’heure abandonné à la route, sinon perdu en route.

 Sur ce sujet, l’État est seul et le cheminot est un citoyen ordinaire.

Deuxième sujet : Vieillissement d’une entreprise de dimension nationale pour laquelle la mission de service public et le besoin de rentabilité sont étroitement associés mais contradictoires.

Sont mis en question la durée réelle des temps de travail, le cloisonnement des tâches et la capacité d’évaluer réellement la performance professionnelle jusqu’à la sanction.

Soit la capacité pour la direction de gérer vraiment les missions et les personnels.

Le problème est amplifié par le Corporatisme de professions nées au temps des machines à vapeur et des mines de charbon qu’on a pas su faire évoluer, moderniser et qui sont devenues les kystes d’un Syndicalisme anachronique. La grève actuelle ne traduit qu’une purulence de ce bubon.

Il n’est pas utile d’épiloguer sur ce point : il est largement couvert par les médias et chacun a son opinion sur le travail des cheminots et la pérennité de leur statut.

Sur ce sujet, l’État est naturellement au contact des personnels qu’il emploie : les cheminots.

La Concurrence

La première réaction à l’annonce de la décision  que SNCF Mobilité soit concurrencée par des tiers sur le réseau de SNCF Réseau est d’abord l’étonnement. Ainsi, SNCF-tout-court reconnaîtrait que sa filiale Mobilité, celle qui joue avec les trains et avec les voyageurs, peut être concurrencée sur son pré-carré par des gens venus d’ailleurs. Il est vrai que la décision lui est imposée.

Le béotien se pose ensuite des questions pratiques :

S’agit-il d’une cohabitation sur les mêmes secteurs du réseau ou de la location de tel secteur du réseau à un autre opérateur ?

Dans l’un et l’autre cas comment pourrait se calculer ce loyer ou ce péage ? Au passager, au kilomètre, au passager-kilomètre, au forfait –saison ou à la gueule du client (1) ?

Le libéral après réflexion reprend ses esprits. On lui a expliqué que SNCF faisait un tiers de son chiffre d’affaire à l’étranger. Difficile de discuter à Bruxelles sur l’intérêt que nous trouvons à « rouler » hors les frontières et prétendre que la réciproque est impossible. Il semble que Deutsche Bahn rêve de Méditerranée et que Trenitalia aspire aux joies de la Baltique.

Le libéral pense aussi que un zest de concurrence permettrait d’utiles comparaisons pour une meilleure évaluation des performances de SNCF Mobilité.

D’ailleurs les opérateurs privés adoreraient faire rouler nos chers disparus : les trains de nuit lesquels, on le sait bien, perturbent le sommeil des cheminots.

Comment Sir William Pepy (ENA, Louise Michel 1984) ou plutôt comment son successeur gèrera-il ces choix ?

Sur ce sujet, l’État est seul avec sa créature, l’Europe, et le cheminot est un citoyen ordinaire.

Puisque l’État n’envisage pas de modifier le statut des cheminots en exercice, il convenait d’éviter ce prévisible tintamarre sur des sujets qui ne concernent que l’État lui-même et sa relation avec une des sociétés dont nous sommes propriétaires. L’avis du bon peuple serait bien préférable dira le démocrate. Ce que n’est pas le Naïf.

Le Naïf attend sans la moindre impatience les mouvements sociaux d’EDF qui ne manqueront pas de se produire dans un avenir prévisible.

        1.  La gueule du client : C’est ainsi que nous désignons les conniventes connivences. Je te passe un p’ti bout d’ma SNCF et tu m’files un p’ti morceau de ton Veolia…

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On joint deux annexes qui peuvent aider le lecteur à reprendre l’historique et comprendre l’organisation de l’entreprise :

La prise de position de l’Union Européenne en 1990. 

L’organisation du Groupe SNCF de 2014.

 

Les types de séparation de l'infrastructure et de l'exploitation dans le secteur ferroviaire en Europe

Afin d'enrayer le déclin du transport ferroviaire de marchandises, l'Union européenne (UE) a mené, à partir du début de la décennie 1990, une politique de libéralisation progressive.

Le premier changement, introduit par la directive communautaire 91-440, relative au développement des chemins de fer au sein de l'UE, a concerné la séparation de l'infrastructure et de l'exploitation. La directive a imposé a minima une séparation sur le plan comptable entre le gestionnaire de l'infrastructure et la ou les entreprises ferroviaires qui utilisent cette infrastructure.

Cette obligation communautaire a été respectée par tous les Etats membres, mais sous des modes différents. On distingue trois types généraux de séparation parmi les 27 pays étudiés1, avec deux pays qui se rapprochent de l'exception, dont la France.

  • Séparation de type comptable : C'est le minimum requis par la réglementation communautaire. La gestion de l'infrastructure n'est séparée de l'exploitation que sur le plan comptable. 7 pays s'en sont contentés : l'Estonie, la Hongrie, l'Irlande, le Luxembourg, la Lettonie, la Slovénie et la Suisse (qui n'est pas membre de l'UE).
  • Séparation de type organisationnelle : La séparation est matérialisée par la création d'unités autonomes. Elle prend généralement la forme de filiales au sein d'une holding qui détient alors indirectement le gestionnaire d'infrastructure et l'entreprise ferroviaire. Elle est en vigueur dans 7 pays : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Italie, la Lituanie, la Pologne et la République tchèque.
  • Séparation de type institutionnelle : La séparation se matérialise juridiquement en créant deux entités indépendantes et est alors totale, sauf à travers un éventuel contrôle commun de l'Etat. Le propriétaire de l'infrastructure est généralement public, mais peut être privé.

 

Ce type séparation prévaut dans 11 pays : la Bulgarie, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Suède, Slovaquie. 

Au Royaume-Uni, le propriétaire de l'infrastructure est semi-privé.

  • Exception de la Grèce : La séparation adoptée est organisationnelle, comptable et légale, mais non fonctionnelle. Les fonctions entre les différentes structures ne sont pas clairement définies.
  • Exception de la France : Théoriquement, la France a fait le choix d'une séparation institutionnelle très poussée. Etant allé au-delà de ses obligations minimales, et ce dès 1997, la France a devancé les autres pays, de plus en plus nombreux à suivre cet exemple.

Mais « l'exception française » réside dans la particularité, par ailleurs unique au monde, que le gestionnaire de l'infrastructure (RFF) doit déléguer une part très importante de ses fonctions à l'opérateur ferroviaire (SNCF). La séparation se révèle alors insatisfaisante et bâtarde, car la SNCF est ainsi à la fois gestionnaire d'infrastructure délégué (GID) et entreprise ferroviaire.

Dans l'absolu, il n'existe pas de « modèle idéal » en matière du type de séparation à adopter. Si la Commission européenne a laissé aux Etats membres le choix du type de séparation en ne requérant qu'une séparation au minimum comptable, c'est qu'elle était bien consciente de la nécessité pour chaque Etat d'établir une séparation selon son contexte particulier. En réalité, le type de séparation adopté s'est généralement fait selon l'importance de l'opérateur historique.

Par ailleurs, de nombreux Etats ont connu des situations historiques très diverses, qui les ont amené à choisir tel type de séparation plutôt qu'une autre : réunification politique pour l'Allemagne, conséquences de la libéralisation thatchérienne pour le Royaume-Uni, effondrement de l'Etat communiste dans les pays d'Europe de l'Est...

Ainsi, dans le cas allemand, il aurait été difficile d'adopter une séparation de type institutionnelle alors même que l'impératif, en matière ferroviaire, était de fusionner les deux réseaux nationaux allemands pour permettre une unification du transport. A l'inverse, dans le Royaume-Uni qui sortait d'une décennie de réformes ultra-libérales, une séparation de type uniquement comptable aurait été équivalente à un retour en arrière...

Pourtant, toutes choses étant égales par ailleurs, on peut tout de même penser que la séparation de type institutionnel est la plus transparente, car il est plus facile pour les nouveaux opérateurs de s'adresser à une entité indépendante pour l'attribution d'un sillon que de s'en remettre à une filiale du principal concurrent.

Quant à l'exception française en matière de séparation, elle semble à terme dommageable à la crédibilité de la libéralisation du secteur ferroviaire dans l'Hexagone. En effet, la séparation est certes institutionnelle, comptable mais légale mais ne peut être réellement effective tant qu'existeront des contrats de gestion d'affaires entre RFF et la SNCF sur les secteurs essentiels de l'infrastructure.

De fait, en 2007, la France s'est vue attribuée une très mauvaise notation dans l'indice de libéralisation du transport ferroviaire2 : elle est 25ème sur 27 pays étudiés.

En outre, cette notation a été « confirmée » par les rapports publics parus en 2008 sur le réseau ferré en France, qui ont fortement critiqué les modalités de la séparation qui prévalent entre RFF et la SNCF.

Jugée aussi bien « anormale » (rapport de la Cour des comptes) « qu'absurde » (rapport Haenel), la séparation « à la française » apparaît pour beaucoup comme un montage juridique, un mécanisme destiné à transférer l'ensemble des dettes de la SNCF à une nouvelle structure, RFF, qui est souvent perçue comme une coquille vide. Et ce n'est pas avec ses 800 employés que RFF, qui a en charge la gestion de l'infrastructure alors que la SNCF dispose de 55 000 personnes affectées à la même infrastructure, va combattre cette perception...

Car c'est ici que se trouve le cœur du problème de cette « exception française » : dans tous les autres pays ayant fait le choix de la séparation institutionnelle, le gestionnaire d'infrastructure assure lui-même la grande majorité des missions avec ses propres moyens. A cause de cette carence, la séparation qui prévaut en France demeure forcément insatisfaisante, car inachevée.

 

LA NOUVELLE ORGANISATION DU GROUPE SNCF     08 septembre 2014

 

Présentée le 15 juillet 2015 à Saint-Denis, la nouvelle organisation du groupe SNCF intègre l'opérateur de transports et le gestionnaire des infrastructures et du réseau. Soixante-quinze ans après sa constitution, c'est tout le système ferroviaire national qui se voit rénover en profondeur, en application de la loi du 4 août 2014. Cette réforme "donne naissance à une SNCF plus économique, plus efficace et plus simple", a résumé au cours de son allocution le premier ministre Manuel Valls, en visite au siège. L’objectif est d’améliorer la qualité du service public, de garantir un haut niveau de sécurité ferroviaire et de consolider les équilibres financiers du système. A travers cette transformation, SNCF réaffirme son ambition d'être la référence mondiale des réseaux et des services de mobilité durable. 

3 Epic formant une entreprise baptisée SNCF

Au sein du système de transport ferroviaire national, trois établissements publics indissociables, SNCF, SNCF Réseau et SNCF Mobilités constituent le groupe public ferroviaire.

  • A la tête de ce groupe public ferroviaire, un nouvel EPIC, SNCF, assure le contrôle et le pilotage stratégiques, la cohérence économique, l’intégration industrielle et l’unité sociale de l’ensemble. SNCF Réseau et SNCF Mobilités sont liés dans ce même ensemble pour que l’entretien de l’infrastructure et la gestion des circulations prennent en compte les contraintes de l’exploitation des services de transport ferroviaire.
  • SNCF Réseau regroupe les fonctions de gestionnaire d'infrastructure du réseau ferré national, jusqu’alors réparties entre Réseau Ferré de France, et SNCF Infra et la Direction de la voie ferroviaire (DCF).
  • SNCF Mobilités assure l’ensemble des activités d’exploitation des services de transport ferroviaire qui étaient celles de « l’opérateur historique » SNCF.
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En Chiffres

  • 32 milliards d'euros de chiffre d'affaires** Estimation à fin 2015
  • 27 % : volume d'affaires réalisé à l'international (SNCF Mobilités)*
  • 8,4 milliards d'euros d'investissements (tous financements)*
  • 240 000 collaborateurs*
  • Présence dans 120 pays*

Deux principes de gouvernance

Les deux principes de gouvernance :

  • une responsabilité = un décideur. Priorité à la décentralisation et à la simplification.
  • Pas de redondance dans les organisations. Pas de double appartenance des dirigeants (sauf ceux du Directoire).
  •  

Cinq choix stratégiques

  1. Priorité absolue aux fonctions d’excellence métier : sécurité, technique et vision système sont placés au plus haut niveau, avec les dirigeants les plus expérimentés et reconnus. Ainsi seront nommés un DGD du système (Epic SNCF), un patron Audit et risques qui réunit l’audit RFF et celui de SNCF (Epic SNCF), un inspecteur général de sécurité au sein de Epic SNCF, et un DGD Sécurité, Innovation et performance technique au sein de SNCF Réseau.
  2. L’importance stratégique du digital, comme levier de transformation industrielle, produit et client, avec la création d’une Direction Digital et Innovation (Epic SNCF).
  3. La valorisation du patrimoine avec la création de SNCF Immobilier, une ligne métier entière de SNCF de 2015. Cette branche a en charge la gestion du foncier et de l’immobilier, l’aménagement et la valorisation ainsi que le logement.
  4. L’atteinte des objectifs de performance de SNCF Mobilités avec la création d’une direction générale déléguée performance qui regroupe l’ensemble des fonctions transverses.
  5. La réponse aux attentes des clients de simplification avec le regroupement au sein de SNCF Mobilités des activités Voyageurs dans une direction unique. Cette direction générale Voyageurs regroupera TER Intercités, Transilien, Voyages et Gares &Connexions.

 

Cinq métiers structurants

SNCF 2015 s’organise ainsi autour de cinq métiers dénommés :

  • SNCF Réseau
  • SNCF Voyageurs
  • SNCF Logistique
  • Keolis (urbain / mass transit)
  • SNCF Immobilier
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Une impulsion nouvelle pour prolonger les transformations engagées

Guillaume Pepy et Jacques Rapoport ont présenté, en septembre 2014, aux cadres dirigeants du groupe l’organisation projetée de SNCF mise en œuvre en 2015, après avis des instances représentatives du personnel compétentes et concertation de toutes les instances concernées. Cette organisation est aussi une impulsion nouvelle pour prolonger les transformations engagées et répondre aux ambitions des projets d’entreprise.

 

14 avril 2018

 

 

 

 

 

 

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06 avril 2018

La Production d’Électricité en France (5ème partie)

 

Suis-je cinglé ou sont-ils fous ?

Sur un ton de plus en plus personnel.

 

C’est ainsi que je terminai la quatrième partie de ces commentaires sur le sujet des programmes d’EDF.

Le préambule habituel :

Les vues exposées dans la première et la quatrième partie de ce texte sont péremptoires et les vérités y sont assénées. Les opinions sont tranchées et il y a dans ce texte une atmosphère de « Circulez, y a rien à voir ».

J’ai fait mon choix et j’ai classé : d’un côté, les gentils pronucléaires et de l’autre les imbéciles, incultes et fanatiques antinucléaires. Je persiste et signe.

Cela ne signifie nullement que je méconnaisse les problèmes du nucléaire, ni que j’en sous-estime les difficultés et les coûts. (1)

Cela ne signifie nullement que je ne crois pas à la nécessité de maîtriser les techniques, la production et les métiers des EnR solaire et voltaïque. En particulier il est sans nul doute essentiel de progresser dans le stockage de l’électricité, ne fût-ce que pour pouvoir en faire profit à l’export.

Il n’y aurait aucune honte à ce que nous fabriquions les panneaux photovoltaïques qui devraient recouvrir à l’infini nos campagnes  et que nous projetons d’acheter en nombre infini aux Chinois; ni à ce que nous fabriquions les éoliennes qui viendraient (jusque dans nos bras) illustrer les paysages de nos campagnes, (2)Ne serait-ce que pour les exporter et les installer dans les pays qui en ont « pour de vrai » l’usage.   Ne serait-ce que pour faire travailler les Français qui le souhaitent…et le peuvent.   Ne serait-ce que pour réduire la dette.

Mais je ne crois pas que la France ait à jouer un rôle messianique dans les réponses au dérèglement climatique du monde.

Et je ne crois pas que la France qui a pris le parti, il y a plus d’un demi-siècle de s’équiper en houille blanche et en énergie nucléaire doive, en l’instant et sans le moindre argument mettre ses centrales à l’encan au motif que tel ou tel personnage secondaire de notre vie politique en attrape la lubie et en fasse une Cause.

Je mesure donc parfaitement ce que mes propos ont de définitifs et je sais – ce fût mon métier – que produire, transporter et vendre de l’énergie ne peut se réduire à des simplifications didactiques teintées, je l’avoue, de manichéisme.

Les choses de la vie et l’énergie nucléaire en particulier sont en tout point l’objet de nombreux compromis mais la production d’énergie en tolère moins que d’autres sujets.

J’ai déjà évoqué ce point : le nucléaire pour lequel nous avons appris à concentrer une énergie répandue et diffuse demande dans sa mise en œuvre des précautions et de la permanence dans ces précautions. Il faut pour le nucléaire accepter de payer le prix de ces contraintes. En utilisant un autre registre : on ne peut laisser à la main invisible le soin de choisir, sur des critères strictement économiques le meilleur procédé de production d’électricité. Il faut « valoriser » la sécurité.

Cela a été le cas pour la houille blanche : peu importe le prix de l’ouvrage. Seul comptent la robustesse et la longévité du barrage.

On me fera remarquer que les sujets pour lesquels ce propos s’applique également sont nombreux et je ne pourrais que souscrire. On me dira : et l’ÉducNat et la Justice et l’État lui-même, ne sont-ils pas en déshérence, orphelins à l’abandon laissés aux mains des idéologues et des incompétents.

 

Il n’en reste pas moins que, ces remarques de modération ayant été formulées l’essentiel de mon propos reste sur la table : le Gouvernement et son Ministère nous offrent une Bouffonnerie, conçue, orchestrée et interprétée par des personnages de Guignol qui interprètent des rôles : Rôle de Ministre, Prince et Princesse des Bouffons, Rois et Reines d’une improbable Cour des Miracles Écologiques.

Je me pose d’ailleurs la question de savoir où situer M. Lévy ?

Ce Jean Bernard Levy, à ne pas confondre avec le respectable Raymond Lévy de Renault, ni avec le portant beau BHL est un pur exemple de la réussite professionnelle. X, Télécom il navigue avec succès de la gestion  du personnel chez France Télécom au cabinet d’un ministre de l’industrie. Un crochet chez Matra, un saut à la banque et le gros sucre d’orge : la direction puis la présidence de Vivendi pour une dizaine d’années. Encore un crochet chez un Thales qui requiert quelques soins ; puis il y a 5 ans, en 2014 il est nommé à EDF pour « inscrire durablement le Groupe dans la transition énergétique conformément à la loi votée le 14 octobre à l'Assemblée nationale ». (Wiki)

J’exprime un regret : j’aimerais tant qu’EDF soit dirigée par un électricien ; par une personne en possession d’un métier, ce métier étant de « faire » de l’électricité. Une personne pour qui les machines à « faire » de l’électricité ne seraient pas que des lignes dans des tableaux, des références à de postes budgétaires, des centres de profit ou pire encore des foyers d’agitation sociale à calmer. Une personne qui sentirait ce que ressent la machine et, je suis lyrique jusqu’à l’extrême, qui vivrait avec elle et qui en  quelque sorte l’aimerait charnellement. Charnellement voulant dire scientifiquement, techniquement, et technologiquement, au diapason da la personne qui a construit la machine.

Cet élan n’est peut-être intelligible que pour ceux qui devant une œuvre, modeste ou importante, ayant participé à cette œuvre, de façon modeste ou importante peuvent dire : J’y étais, je l’ai « faite ».

Sans évoquer le bâtisseur de cathédrale, cette fierté de l’œuvre et la fierté héritée d’en prolonger la vie et de reconnaître l’apport des constructeurs restent les fondements de l’intérêt que l’homme de métier porte à son action. (3)

Comme toute relation chargée d’affect, cet attachement à la machine du métier et au métier-machine peut devenir un frein ; il faut du temps à l’ancien pour qu’il comprenne ou qu’il ressente que l’âge s’est fait sentir, qu’il lui faut rêver à une nouvelle machine et qu’il la construise pour que sa passion du métier reste entière, épousant cette nouvelle machine avec le respect et la nostalgie de l’ancienne.

M. Lévy ressent-il ces choses ?

Soyons optimistes : l’avantage de ce polytechnicien est qu’il sait ce que le préfixe Giga signifie et qu’il a compris qu’il faut beaucoup de kilo et de méga pour en fabriquer un de plus. Il se pourrait même qu’il ne participe pas de l’hystérie antiatome. Il se pourrait même qu’il ne soit pas amoureux de Nicolas Hulot et qu’il attende, comme moi que Macron nomme un Ministre de l’Énergie. Lui, peut-être ?

Sur le ton différent d’une poésie à l’ancienne : Mais que sont les ingénieurs devenus ?

Donc je me pose toujours la question de savoir où situer M. Lévy ? Il a accepté la mission de mettre en œuvre une Loi que je trouve inepte et qui, comme une infection étend le mal qu’elle provoque. Qu’en pense-t-il ?

Ce polytechnicien a-t-il été un Ingénieur, même brièvement ? Cela ne se lit pas dans son parcours. Est-il seulement devenu un animal politique, homme de cabinet,  pour qui le problème de la production électrique n’est qu’une étape, une façon d’inscrire sa carrière dans le camp des favoris du moment ? Souscrit-il aux inepties ?

Et revient cette phrase qu’on pourrait croire sortie d’une chanson de Barbara ou de Brassens, Mais que sont les ingénieurs devenus ?

Le mal est répandu.

Chaque ministère doit disposer d’un échelon de techniciens dont la mission est de traduire la vision politique du Ministre afin que cette volonté se transforme en action de gouvernance ou en action législative. Ces Hauts Fonctionnaires sont le bras armé du ministère. Ils ne peuvent qu’être des « techniciens » de la matière : sinon ils ne seraient que la reprise, la répétition de l’intention politique sans qu’elle soit traduite et transmise. Leur rôle est fondamental. Il leur faut faire entrer la vision dans le domaine du possible et il leur faut, « en même temps » faire évoluer les modes d’action pour qu’ils suivent et participent à l’intention.

Le président Macron est parfaitement conscient de ce problème. Il franchit même une étape puisqu’il monte d’un cran et qu’il choisit comme ministres des haut-fonctionnaires dont il connait la compétence : Buzin à la Santé, Borne au Transport, Pénicaud au Travail, Belloubet à la Justice, Blanquer à l’ÉducNat ou dont il espère la compétence : Villani à je ne sais trop quoi, Nyssen à la Culture, Mahjoubi au numérique…et d’autres encore.

Mais pour l’Énergie, Macron ne suit pas la même ligne.

Je ne qualifierai pas le Ministre qui est inqualifiable, mais en second et directement sur l’Énergie il nomme un Secrétaire d’État, Lecornu, Master de Droit Public ;  cet Homme-de-Parti-pur-jus dont je n’ai aucune raison de soupçonner le bon sens ne peut-il être enclin à penser que la foucade politique doit prendre le pas sur les vérités du monde de la production. L’explication est que, pour Macron l’Énergie est un sujet simple dont il n’a pas vraiment le temps de s’occuper. Cela fait partie de cette intendance qui suivra. Ce n’est que le monde des Ingénieurs. (4)

Pour le bon sens de Lecornu, avec Fessenheim, cela commence mal. Il suit le sillon.

Tout porte à penser qu’il n’existe pas au ministère de l’Énergie, d’ingénieurs capables par leurs compétences et leurs positions d’expliquer à M. Hulot qu’il ferait mieux de se taire ; qu’il déconsidère le Gouvernement par ses dégoisages incongrus.

Mais la vraie question est de savoir s’il existe réellement une structure qui jouerait le rôle d’un ministère de l’Énergie ; ou si l’empilement des Commissions, Conseils, Autorités n’a pas rendu totalement inaudible la voix des Ingénieurs en les asservissant aux billevesées des politiciens marginaux sous le regard indifférent du Président.

Ce phénomène de dissociation du réel et du politique n’est pas nouveau. Il y a eu Vauban et Turgot et de nos jours il y a Sapin et son prélèvement à la source. L’Énergie n’est pas seule concernée ! (5)

Chaque lecteur de ce papier trouvera dans sa mémoire des exemples de ces lubies, certaines risibles car franchement puériles et d’autres gravissimes comme celles objets de ce papier. (6)

Je ne m’attarde pas.

Une dernière question : ce divorce n’est-il pas lié à la prééminence de la filière H4- SciencePo-ENA dans la vie de l’État Français ? Je qualifiai, quelque temps auparavant, cette filière d’Allée Royale, en référence à Ségolène, puisqu’aussi bien notre ex-future Présidente a empruntée l’Allée en question et qu’elle est une de mes cibles préférées comme première protagoniste de la Loi de Transition Énergétique.

Macron aussi.

Une spécifité française ; l’Allée Royale.  Février 2016

 

 

  1. Les difficultés et les coûts du nucléaire. En réalité le seul vrai problème est de définir l’échéancier des dépenses d’EDF entre le coût du carénage et le coût de la construction des nouvelles unités. Coût du carénage au regard de la longévité raisonnable des unités existantes vs Coût des nouvelles unités compte tenu des retours d’expérience des aventures de Finlande et de Flamanville.
  2. Il n’y a pas en France de filière de l’industrie de l’éolien. Il y a eu Alizeo qui fabriquait une éolienne rabattable d’un MW. Le procédé est repris par Softwind. Il y aurait des projets à la réunion et à la Martinique. Il y a eu l’installation par OVH d’un parc de 6.5 MW d’éoliennes DDIS… Il y a les éoliennes Vergnet dont 120 unités de 1 MW furent installées en Éthiopie. Après difficultés la société est reprise récemment par un nouvel entrepreneur. En un mot : rien, mais comme à l’habitude du « savoir-faire » !    Ademe, Filière éolienne 2017 : ….sur les maillons de la fabrication et de l’assemblage de turbines, qui concentrent une grande part de la valeur ajoutée de l’éolien, l’offre française reste trop limitée. Aucun fabricant majeur de turbines de plus de 1 MW n’a émergé au niveau international parmi les entreprises françaises, et les implantations en France de turbiniers étrangers restent faibles. L’offre française est évidemment beaucoup mieux positionnée sur les activités difficilement délocalisables, comme le développement, la conduite d’études, les travaux de génie civil et de raccordement, ou encore l’exploitation et la maintenance
  3. Le verbe « faire » est abondamment utilisé. C’est que nous ne sommes pas seulement, et peut-être même pas du tout dans le domaine des idées ou des croyances mais dans celui de la production.
  4. Ingénieurs qui n’ont pas tous lu leur Ricoeur, les pauvres.
  5. La décision bientôt mise en œuvre du Prélèvement à la source de l’IR n’est-elle pas que le résultat de la soumission des spécialistes de Bercy à la passade d’un Sapin décérébré ? Je cite Migaud toujours prudent et bien élevé : La pertinence d’une extension du prélèvement à la source devrait dès lors être réexaminée s’il était décidé de procéder à une réforme profonde de l’imposition des revenus…. Sous-entendu passer de l’impôt familial à l’impôt personnel.    Et Darmanin qu’en pense-t-il ?
  6. Les 80 km/h pour tous et partout ?

 

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04 avril 2018

L’Électricité en France (4èmè partie) Théâtre d’ombres et jeux de sociétés, sur un ton plus personnel

Théâtre d’ombres et jeux de sociétés, sur un ton plus personnel

J’aurais aimé commencer avec une image – c’est mon habitude - et comme à l’habitude j’hésitais entre deux images : les marionnettes de nos jardins d’enfants pendues à leurs fils ou les wayangs kulits des javanais perchés au sommet de leurs tiges de bambous ; qui sont à tout prendre la même image, celle des marionnettes chinoises. Ces ombres portées sur l’écran d’une réalité trop claire pour qu’on la lise encombrent la pensée et attirant les regards empêchent de voir.

Dans ce qui suit, je vais évoquer fréquemment deux de ces ombres car elles sont, par analogie linguistiques, ce que je qualifierai des personnalités « valises ».

Valises dont la vacuité autorise le bourrage par toutes sortes de concepts qu’on ne peut assembler en un corpus élaboré mais auquel l’empilement en vrac, en tas donne l’apparence d’une construction.

Je parle de Mme Royal et de M. Hulot et je parle du contenu de la valise : l’écologie politique.

Pourquoi de telles cibles ? La raison est simple ; ce sont les noms les plus directement associés à la Loi de Transition Écologique. Je ne leur fait pas l’honneur de croire qu’ils aient, elle et lui, la moindre responsabilité réelle dans l’élaboration de ce monument mais comme je viens de le dire leur vacuité s’en remplit.

 

Pourquoi tant de hargne ? Et quels en sont les objets ?

Le premier sujet concerne ce que j’appelle l’hubris française.

La France est la nation qui mène (seule) en tête le combat contre le réchauffement climatique. Cela est bien et mérite des éloges. Elle s’impose donc des mortifications qui montreront au vaste monde ce qu’un pays responsable peut et doit faire pour éviter les désordres que nous promettent les climatologues. La France entraine dans son sillage les dirigeants éclairés de la planète : la COP 21 est un réel succès et la diplomatie française en ressort grandie.

Évidemment un esprit chagrin ou naïf se demandera si un pays désindustrialisé comme la France, « pesant » 1 % de la population mondiale, occupant 0.3 % de la surface émergée et participant pour quelques % au PIB mondial, a la moindre chance d’influencer directement et effectivement ce phénomène désiré d’autolimitation thérapeutique et climatique, autrement qu’en jouant le rôle de martyr volontaire.

On ne voit pas que les Américains infléchissent leur politique énergétique, la consommation de charbon des Chinois continue de croître régulièrement et nos amis allemands brulent leur lignite sans sourciller.

Cet esprit chagrin ou naïf en conclut qu’il serait temps de remettre ces bouffonneries dans les valises dont elles sont sorties.

Ceci ne signifie pas que le problème du réchauffement ne se pose pas : cela signifie seulement que le Petit Poucet ne triomphe des Géants que dans l’univers des Contes et Légendes ; dans le monde des hommes, il se fait bouffer, point-barre.

L’autre sujet concerne ce que j’appelle la  haine du nucléaire . En tout cas son rejet.

Ce syndrome est mondial et la France n’est pas le pays le plus affecté.

Le mal est profond.

L’énergie nucléaire, en 1945, a fait son entrée dans nos vies par la mauvaise porte : la porte de la guerre et de la destruction. Qu’importent les comparaisons entre Dresde et Hiroshima, le versant « magique et apocalyptique » de l’arme ne disparaitra jamais.

Le nucléaire civil, chaleur-vapeur-électricité, aurait sans doute pu ne pas être ignominieusement marqué par la Bombe mais les accidents de Three Miles Island en 1979 et de Tchernobyl en 1986 ont, pour longtemps fait entrer l’atome civil dans le royaume des Forces du Mal. La catastrophe de Fukushima en 2011 vint achever cette descente dans l’enfer des opinions publiques.

C’est un état de fait et seuls les régimes autocratiques qui « font » les opinions arrivent à passer outre et à conduire des programmes nouveaux de construction de centrales nucléaires…et thermiques aussi bien !

L’origine de ce malentendu entre l’homme et la radioactivité tient au caractère secret de celle-ci. La foudre frappe et incendie, le vent abat les forêts, la tempête ravage les côtes, les volcans explosent  alors que la radioactivité est simplement là, endormie, recouvrant tout mais paisible et sans le moindre excès. Elle est l’essence même du soleil, elle rayonne avec lui dans notre ciel. Notre terre irradie elle-aussi en souvenir de son origine, en quelque sorte chaude et « radieuse ».

Elle n’est entrée dans nos vies, et cette fois ci par la petite porte des laboratoires, qu’au seuil du 20ème siècle. Les historiens de sciences nous disent par quels chemins, depuis les images des Rayons X nous en sommes arrivés aux savants fous des années noires murissant l’idée que la concentration de cette force omniprésente et diffuse autoriserait les Prométhées de notre temps à domestiquer cette immense énergie.

Comme presque toujours dans l’histoire de l’Homme, le chemin est celui de la bataille.

L’arc du chasseur tue la biche mais mille arcs éradiquent la chevalerie du bon Roi Philippe. Une bombe lancée depuis le biplan de la grande guerre détruit le nid de mitrailleuse mais dix-mille bombes font disparaitre Dresde. Pour Hiroshima, une seule bombe suffira.

La paix reconnait cette énergie et veut, elle-aussi la domestiquer : il suffit de ne pas aller jusqu’à l’explosion.

Simple, non ? Pas d’explosion : reste la chaleur.

La règle du jeu est donc de maîtriser en toutes circonstances le combustible-explosif que nous mettons dans la marmite à bouillir : l’erreur conduit le combustible à redevenir l’explosif.

Cependant l’homme ne hait pas l’arc, il adore l’avion et les américains, nous dit-on, ne peuvent pas s’endormir sans un colt sur leur table de nuit ; alors que l’atome est resté invisible, secret et magique. On ne le voit pas et on ne le comprend pas. Cette peur de l’énergie nucléaire empêche l’acceptation de l’existence même d’un phénomène naturel qui, littéralement nous imprègne.

Cette peur et cette diabolisation surplombant les réalités techniques s’engouffre dans le vide intellectuel d’une oligarchie politique inculte scientifiquement et coupée du monde de l’industrie et de l’énergie.

Le fait brut est que depuis 50 ans la France produit, avec exploitation de la houille blanche, l’essentiel de son électricité au moyen d’un outil qui a fonctionné parfaitement, régulièrement et à un coût comparable à celui des sources carbonées. L’Autorité de contrôle dont l’exigence ne saurait être mise en doute donne son accord pour continuer l’exploitation de cet outil par tranche de 10 ans au prix d’efforts de sécurité accrus.

Et bien non ! Nos ombres chinoises mettent toute la puissance des rumeurs en action, entrainent dans leurs errements les « forces du progrès » de la présidence Hollande et vont finir par obtenir qu’on mette à la casse un parc de production, déjà amorti et susceptible de travailler longtemps encore.

L’exemple allemand, pourtant exemplaire ne sert de rien.

Le très cultivé Macron n’a pas de temps pour ces détails et en confie le suivi à son pitre de service, héritier de la Royal.

Leur triomphe est la Loi de Transition Énergétique qui devient la Bible de l’Antinucléarité.

Il faut s’arrêter sur le mot Transition : le propos n’est pas pour l’État de produire l’électricité nécessaire et suffisante à la satisfaction des besoins du pays en tenant compte des politiques des pays riverains, d’une façon pérenne et au meilleur coût mais de produire de l’électricité différemment à la suite d’une « transition » qui ferait que de l’électricité « mauvaise » se soit transformée en électricité « vertueuse », ou mieux encore en électricité « verte ». 

Ce qui ne signifie pas que l’objectif de réduction des émissions de GES n’ait pas de légitimité ; mais cet objectif est déjà satisfait au-delà de toute promesse d’amélioration. Alors il ne reste que le rejet du nucléaire parce qu’il est le nucléaire !

C’est ainsi que l’électricité « verte » cesse d’être un moyen de production pour devenir une « Cause ».

Chacun sait que les Causes produisent des effets.

 

Ce laborieux préambule pour aborder le délicat sujet de l’évolution de la Loi de Transition Énergétique.

 

Le dernier développement en est le Bilan provisionnel 2017 de la SA Réseau de Transport d’Électricité.

EDF à la demande de l’Europe avait en 2004 filialisé son réseau sous cette appellation. En mars 2017 EDF, toujours sous la pression de Bruxelles cède (ou confie) 49.9 % du capital à la Caisse des Dépôts.

La lecture de cet étonnant document pose une première question : par quel mécanisme est-ce le transporteur d’électricité qui soit en charge d’élaborer les programmes de production de ses fournisseurs ? La filiale d’EDF aurait-elle le pouvoir d’un organisme gouvernemental qui aurait justement cette vocation ou serait-elle simplement mandatée par EDF pour conduire ces études ?

La réponse nous est donnée dans l’introduction du rapport : Le législateur a confié la réalisation de cet exercice à RTE, entreprise de service public en charge de la gestion du système électrique et dont l’indépendance et la neutralité à l’égard des producteurs et des fournisseurs d’électricité sont garanties en vertu du droit européen et français.

C’est donc la filiale distributrice du principal producteur qui élabore la politique nationale pour le quart de siècle à venir. La section « Plan » d’EDF a-t-elle été transférée à RTE ?

Bon, pourquoi pas, si la soupe est bonne.

Le mot soupe convient parfaitement.

Le fond de sauce est « Le Code de l’Énergie ». Celui qui a servi à l’élaboration du potage est enfoui dans les replis de la toile mais le dernier du 26 mars 2018 fera l’affaire… infra Annexe 3

Le Code incorpore les dispositions de la Loi de Transition Énergétique.

Nous parlons d’un volume : 556 pages de dispositions, d’ordonnances, de textes de Loi ; le tout complété comme il en est besoin par 549 pages de textes complémentaires référencés dans le texte principal. Le lecteur ne devrait pas télécharger la chose : un PC du commerce pourrait ne pas le supporter.

Nous ne retiendrons que la définition des objectifs de la politique énergétique national qui constituent donc ce fameux fond de sauce.

L. 100-4 LOI n°2015-992 du 17 août 2015 - art. 1 (V) - NOR: DEVX1413992L1

La politique énergétique nationale a pour objectifs :

1° De réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030 et de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050. La trajectoire est précisée dans les budgets carbone mentionnés à l'article L. 222-1 A du code de l'environnement ;

2° De réduire la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 par rapport à la référence 2012, en visant un objectif intermédiaire de 20 % en 2030. Cette dynamique soutient le développement d'une économie efficace en énergie, notamment dans les secteurs du bâtiment, des transports et de l'économie circulaire, et préserve la compétitivité et le développement du secteur industriel ;

3° De réduire la consommation énergétique primaire des énergies fossiles de 30 % en 2030 par rapport à l'année de référence 2012, en modulant cet objectif par énergie fossile en fonction du facteur d'émissions de gaz à effet de serre de chacune ;

4° De porter la part des énergies renouvelables à 23 % de la consommation finale brute d'énergie en 2020 et à 32 % de cette consommation en 2030 ; à cette date, pour parvenir à cet objectif, les énergies renouvelables doivent représenter 40 % de la production d'électricité, 38 % de la consommation finale de chaleur, 15 % de la consommation finale de carburant et 10 % de la consommation de gaz ;

5° De réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 % à l'horizon 2025 ;  p 7 du Code.

Certains de ces objectifs laissent perplexe ; en particulier réduire la consommation énergétique nationale de moitié en préservant la compétitivité et le développement du secteur industriel est un objectif surréaliste.

 

Après avoir défini la politique, l’État ne voudrait pas qu’on néglige son rôle. Il va élaborer un Programmation Pluriannuelle de l’Énergie ; nous citons :

La programmation pluriannuelle de l'énergie, fixée par décret, établit les priorités d'action des pouvoirs publics pour la gestion de l'ensemble des formes d'énergie sur le territoire métropolitain continental, afin d'atteindre les objectifs définis…. La programmation pluriannuelle de l'énergie se fonde sur des scénarios de besoins énergétiques associés aux activités consommatrices d'énergie, reposant sur différentes hypothèses d'évolution de la démographie, de la situation économique, de la balance commerciale et d'efficacité énergétique…  p 62 du Code.

Munie de cette feuille de route –comme on dit de nos jours- notre entreprise de transport, RTE s’est mise au travail. Elle élabore des scénarios de besoins, lesquels se transformeront sans difficultés en objectifs de production puisque les moyens ont déjà été fixés.

Si le lecteur se demande s’il a bien compris, nous le rassurons : il a compris. Point n’est besoin de savoir ce que l’on peut faire, il suffit de savoir ce que l’on veut.

On ne veut plus de nucléaire ou à défaut, on veut moins de nucléaire : Y a qu’à dire !

On veut plus de solaire ou d’éolien, soit : Y a qu’à dire et disons-le.

On veut 15,6 millions de voitures électriques : Pourquoi pas et admirons la virgule ; ne pas pousser l’audace jusqu’à 16 millions.

L’intendance suivra. On va voir qui est le chef, Scrogneugneu !

Alors évidemment RTE qui n’oublie pas sa maman, biaise et fait semblant d’avoir compris mais pas complètement : elle élabore des scénarios qui débordent du cadre de la Loi de Transition Énergétique et, bonne fille, elle s’en excuse.

Le but de cette incursion dans l’univers législatif est de saisir comment un sujet assez technique et par conséquent assez simple peut se transformer en un marais dans lequel les explorateurs les plus avertis se perdront.

Comme on ne cesse de le répéter le sujet simple est de produire 480 TWh avec 63 GW installés.

Le sujet de complication est : comment justifier de mettre à la poubelle 25 GW existants en ordre de marche pour encore 20 ans en ayant que dalle pour les remplacer.

 

Me voici donc, tenant en main mon sujet : ce Bilan prévisionnel 2017.

Loin du boursouflement jargonneux du Code de l’Énergie,  la Synthèse du Bilan (suffisante pour faire bonne chère) ne comporte qu’une quarantaine de pages : on imagine une bande de jeunes ingénieurs, encore un peu rigolards, auxquels « on » a confié le soin d’étudier les fameux scénarios. Sans doute auraient-ils pu travailler chez un fabricant de jeux vidéo ou pour les studios Pixar, mais le hasard des recrutements les a fait tomber dans la case RTE. Ils nous préviennent :

Le Bilan prévisionnel est une étude approfondie de l’évolution de la production et de la consommation d’électricité et des solutions permettant d’en assurer l’équilibre. Il est prévu par le Code de l’énergie, qui détaille ses objectifs et conditions d’élaboration.

Approfondie, pas moins et en respectant (ou presque) les objectifs du Code.

Donc les moyens suivront et la volonté du politique prévaudra : que la science, la technique, la technologie et la finance n’entrave pas la volonté du décideur.

L’objet est facile à lire ; il est construit comme un vaste jeu de société, le jeu des familles par exemple.

Dans la famille Nucléaire, je demande la grand-mère : on ferme Fessenheim et 9 ou 25 ou 52 réacteurs…

Dans la famille Vent, je demande le fils ainé : on construit 10.000 éoliennes ou 15.000, sur terre ou en mer…

Dans la famille Photovoltaïque je demande la sœur : on installe 10 Gigas de panneaux ou 20 ou 30…

Dans la famille Client et consommation : 15 millions de véhicules électriques….ou un demi-million de rénovation d’habitations par an … ou 1 point de PIB ou 2 points…et 69 ou 72 million d’habitants…

On imagine les jeunes gens, toujours rigolards, conscients de faire une niche organisant leur jeu de l’oie, leur vaste matrice ; de nouveau ils préviennent :

Le travail de recensement des variantes a conduit à identifier environ 15 000 variantes possibles. RTE  a étudié une centaine d’entre elles pour établir les scénarios, et restitue des résultats issus des 50 variantes les plus structurantes dans le document de référence et ses annexes.

Trop, c’est trop ! Ne sont retenues en conclusion du jeu de société que 5 scénarios.

Toujours d’esprit taquin nos experts les désignent par des noms d’unités électriques : Ohm, Ampère, Hertz, Volt et Watt.  Pour que le lecteur participe à ce jeu, est jointe en exemple la présentation d’un de ces scénarios, extrait du Rapport RTE : celui que je trouve le plus divertissant.

 

Watt

                         

 

Il faut noter que la houille blanche sort indemne de l’exercice : elle est renouvelable par nature, tant qu’il pleut, et on ne peut pas fermer les barrages car EDF n’a pas prévu de porte.

Pour qu’on comprenne bien : ce scénario prévoit 48 GW photovoltaïques et 16.500 éoliennes pour avoir la satisfaction d’arrêter 52 réacteurs qui pourraient peut-être/probablement rester en fonctionnement.

Regardons ces chiffres et ce qu’ils signifient :

48 GW de photovoltaïque requièrent une surface minimum « de panneaux » de l’ordre de 500 Km2, à implanter sur des parcs qui seraient donc au moins d’une taille avoisinant les 1000 Km2 dans l’hypothèse où il suffit de 2 m2 de terrain pour accommoder 1 m2 de panneaux. Il est vraiment dommage qu’on ne puisse pas les empiler.

Pour l’éolien terrestre prévu au niveau de 52 GW, en s’en tenant au chiffre usuel de 6 MW par km2 habituellement retenu pour des machines d’un MW,  les 14.300 éoliennes du scénario Watt occuperaient un espace d’au moins 2.400 km2…  Je jette le voile de l’oubli sur l’éolien en mer.

En gros il faudrait un (petit) département pour implanter ces parcs terrestres d’EnR.

Il faut noter et c’est sans doute la seule chose réaliste de ce scénario, que le chiffre retenu comme facteur de charge pour ces EnR est proche des résultats historiques : en effet les 48+52 GW en question ne produiraient que 58+115 TWh, soit un coefficient de 0.21. Traduit en français, cela veut dire que ces bazars ne fourniraient qu’un cinquième de leur capacité nominale ou en quelque sorte, ne travaillent que 1/5 du temps.

Pour ne parler que des panneaux : à 2 Euros le Watt « installé » l’investissement dans cette aventure s’exprime donc au niveau de 2 x 48 Giga Euros ou encore 100 milliards d’Euros…Sur les 2 Euros en question, 1 Euro représente le coût du m2 de panneau : dans l’état actuel du marché, cela veut dire 50 milliards d’achat sec aux Chinois…

50 milliards d’Euros, c’est aussi une poignée d’EPR nouvelles vagues (sans sherpani) pour une poignée de 25 à 30 GW opérant avec un coefficient de charge de 80 à 90 %.   

C’est aussi de la dette.

 

Mais au gouvernement, on ne rigole pas ; Hulot ne s’est pas encore saisi du lancinant problème des ours béarnais(es) ou catalan(e)s. Cinq scénarios, c’est beaucoup, cela embarrasse. Heureusement le respect de l’environnement prévaut et sur cette base, seul deux scénarios seront considérés : ceux qui limitent le plus les émissions de GES : Volt et Ampère.

Évidemment le scénario le plus favorable au plan du respect climatique est celui qui réduit le moins la production nucléaire, Volt.

Je glisse sur Ampère, tout aussi délirant que Watt pour jeter un œil sur Volt.

Dans ce scénario ne disparaissent que 8 GW de nucléaire et on ne met en place « que » 96 GW d’EnR éolienne et photovoltaïque : cela traduit l’audace de RTE, audace ou pire : transgression.

Nouvel embarras : comment respecter les objectifs de la Loi Royal en matière de réduction du nucléaire?  

En Annexe 1 : Revue Générale Nucléaire du 22 mars 2018 de Boris Le Ngoc

Résonnent le chœur des anges écologiques, muni de ce viatique le Gouvernement va élaborer la Programmation Pluriannuelle de l’Energie. Il existe depuis 2014 un projet de PPE, validé, remis en question puis finalement adopté et approuvé en juillet et octobre 2016. Il s’agit donc d’une révision qui sera présentée à l’été 2018…pour être examinée et évaluée par le Conseil national de la transition écologique et par l’Autorité environnementale. S’ensuivra un Débat Public organisé par la Commission nationale du débat public assistée par la Commission particulière du Débat public sur la révision de la PPE.

En Annexe 2, à ne pas manquer : Première Révision de la PPE. Wiki

Nous verrons la suite de ce passionnant feuilleton cet été qui selon mes prévisions sera aussi marécageux que les saisons qui l’ont précédé.

Marécage de la pensée ; le seul fil rouge de toute l’affaire est le souci de respecter la décision de réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité. Ramener la part du  nucléaire (qui devrait et peut fournir TOUTE notre électricité) de 80 à 50 % est un objectif qu’on ne peut ni envisager, ni atteindre. Remplacer 25 à 30  GW nucléaire par 120 GW d’éolien et de photovoltaïque qui produisent quand ils ont le temps pour le faire et le temps de le faire. De plus ce parc nucléaire a le charme d’être la machine à « faire de l’électricité » qui émet le moins de GES. Alors nous avons un gouvernement empêtré dans ces propres contradictions puisque l’objectif impératif est déjà satisfait.

Marécage de la forme : L’État est propriétaire du Producteur. Il ne parait pas qu’il soit réellement utile et efficace pour que M. Levy parle au Haut-Fonctionnaire du Ministère de l’Énergie en charge de cette PPE de faire intervenir une bonne douzaine de Commissions, de Conseils, d’Autorités, de Codeurs et de Transitionneurs en tout genre pour, fin du fin et en fin du compte, consulter 400 citoyens tirés au hasard… L’État Français ne confond-il pas la politique énergétique nationale avec l’élection du président du club de boule de la Madrague ?

La procédure normale ne serait-elle pas que M. Levy, dont c’est la fonction et peut-être le métier, remette au Ministre, enfin à un vrai Ministre, le programme de l’Entreprise Nationale pour approbation et mise en œuvre ?

À l’évidence il n’en est rien : les marionnettes, les ombres chinoises sont les plus fortes et leur action ne s’arrêtera qu’avec la destruction d’EDF et l’accroissement d’une dette sans objet.

Suis-je cinglé  ou sont-ils fous ?

Je conclue ce papier sur cette interrogation.

 

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Annexe 1   SFEN   article de M. Le Ngoc

 

Début novembre 2017, le gestionnaire de transport d’électricité, RTE, a publié cinq scénarios de prospective électrique. Deux d’entre eux ont été retenus pour la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Pourquoi ce choix ?

Le climat d’abord

La France a placé la lutte contre le changement climatique comme la première de ses priorités pour sa politique énergétique. Cet engagement se traduit par la volonté d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Un objectif ambitieux qui nécessite de fermer progressivement les installations « émettrices » (les centrales thermiques).

Plus précisément, le gouvernement a annoncé que la réduction de la part du nucléaire impliquait le respect de trois invariants, qui sont autant de principes directeurs dans le cadre de la PPE : pas d’augmentation des émissions de CO2, pas de construction de nouvelles centrales thermiques (hors centrale à gaz de Landivisiau) et fermeture des centrales à charbon d’ici la fin du quinquennat.

C’est donc à l’aune de la priorité climatique qu’il convient de comprendre la sélection des scénarios RTE.

Deux scénarios parviennent à contenir les émissions de CO2

Compte-tenu de ces priorités, trois des cinq scénarios présentés par RTE sont exclus : Watt, Ohm et Hertz.

  • Watt implique la fermeture 55 GW de capacité nucléaire d’ici 2035 mais entraine l’ouverture de 21 GW de centrales à gaz.
  • Ohm respecte les 50 % de nucléaire en 2025 mais maintient les centrales à charbon et ouvre 12 GW centrales à gaz.
  • Hertz suit la même logique à l’horizon 2035 mais nécessite l’ouverture de 10 GW de centrales à gaz pour le passage de la pointe.

Ces trois scénarios prévoient une augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur électrique.

Deux scénarios sont donc compatibles avec l’objectif climatique : « Volt » et « Ampère ». Ce sont ces derniers qui ont été retenus dans le cadre des discussions et débats de la PPE.

  • Volt prévoit la fermeture de 9 réacteurs de 900 MW (hors Fessenheim) à l’horizon 2035.
  • Ampère prévoit la fermeture de 16 réacteurs.

Le scénario Volt est celui qui permet de réduire les émissions de CO2 du secteur électrique à 9 Mt (vs 12 Mt pour Ampère). C’est d’ailleurs le scénario qui conserve la plus importante part de nucléaire.

Un choix favorable au climat qui ne fait pas consensus

A l’annonce du choix du gouvernement de retenir ces deux scénarios, plusieurs associations ont pointé le manque d’ambition concernant la réduction de la part du nucléaire. Ils regrettent notamment que les scénarios RTE soient trop conservateurs en matière d’efficacité énergétique. Pourtant, RTE estime que la consommation d’électricité n’augmentera pas à court et moyen termes...

En outre, les détracteurs estiment que la part des exportations d’électricité reste trop élevée. RTE les justifie par le maintien d’un mix nucléaire et renouvelables, avec des capacités renouvelables en hausse, dans un contexte de baisse de la consommation. Pour mémoire, la France exporte en moyenne 10 % de son électricité vers ses voisins. Aujourd'hui, le charbon fournit un quart de la production d’électricité en Europe (mais émet 70 % des émissions de CO2 de l’électricité), l’exportation d’une énergie bas carbone est plutôt une bonne nouvelle. La France se place ainsi comme le "poumon vert" de l’Europe avec 90 % d’électricité bas carbone, et contribue, à son échelle, à l’atteinte des objectifs climatiques de l’UE.
  

 La question du recyclage

 La trajectoire d’évolution de l’énergie électrique présentée par le gouvernement indique : « La PPE définira également les modalités du maintien du recyclage du combustible nucléaire qui revêt un caractère stratégique pour la France. » La chronique de fermeture des réacteurs doit également prendre en compte la préservation de ce savoir-faire stratégique. Le parc nucléaire français actuel comprend 22 réacteurs « moxés » sur 58, permettant de produire 10 % de l’électricité. Une évolution brusque du parc nucléaire déstabiliserait rapidement les équilibres économiques et sociaux existants de l’aval, et mettrait à risque la confiance des pays étrangers qui souhaitent acquérir cette technologie comme la Chine.

 

Par Boris Le Ngoc (SFEN)

 

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Les annexes 2 et 3 ont pour objet d’illustrer ce que je qualifie de marécage administratif.

Ou encore comment faire pour qu’aucune responsabilité ne puisse être attribue à qui que ce soit ?


Annexe 2 : La naissance d’une PPE  

 

Première révision (projet de seconde PPE)  Wiki  PPE

Un projet de version révisée est attendu pour l'été 2018, où il sera notamment soumis à une évaluation de pertinence et de crédibilité énergétique (par des experts du Conseil national de la transition écologique et à une évaluation environnementale par l'Autorité environnementale (Ae)... pour aboutir à une seconde version, consolidée à publier. Sa rédaction s'appuiera sur un débat public (mi-mars à juin 2018) à échelles nationale et territoriale

Sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP, saisie par l'Etat qui est le maitre d'ouvrage de la PPE) et d'une Commission particulière du débat public sur la révision de la PPE un grand débat public est organisé de mars à juin 2018 ; il s’appuie sur une plateforme en ligne (ouverte le 19 mars)24, un état des lieux, une comparaison de la politique énergétique de la France et de celles des pays voisins et une « synthèse de l’état de l’opinion sur la question énergétique » (…) « des ateliers de controverse seront menés, autour de sujets tels que l’évolution de la consommation de l’énergie, le coût de l’énergie, les nouveaux usages de l’électricité (voitures électriques notamment) et leur compensation, le nucléaire, et l'acceptabilité des énergies renouvelables » a annoncé Jacques Archimbaud (vice-président de la CNDP et président de la commission particulière) qui souhaite que le débat parte des besoins (consommation et de la demande) pour arriver à la production énergétique.

L’autoconsommation sera aussi traitée, pour les enjeux de régulation globale et de solidarité qu’elle fait émerger.

Les débats pourront être nourris par les conclusions des concertations qui se sont tenues en 2017-2018 sur la mobilité, l’économie circulaire ou l’alimentation.

400 citoyens tirés au sort formeront un « G400 » de la consultation citoyenne ; ils suivront le débat durant 3 mois, aidés en cela par des synthèses, des newsletters, des questions-réponses, avant d’être réunis le 9 juin 2018 « pour se prononcer sur les quatre ou cinq questions fondamentales qui auront été soulevées depuis mars ».

Rencontres avec les territoires :

Des régions en processus de planification (Centre-Val-de-LoireNouvelle Aquitaine et Occitanie, et

quelques métropoles et agglomérations comme MarseilleLyonNantesRouenStrasbourg ou Grenoble) seront aussi sollicitées par la consultation, de même que quelques territoires à énergie positive (TEPOS, dont Loos-en-Gohelle) et des territoires ruraux lorrains ou occitans, ainsi que « territoires intenses en énergie » (Fos-sur-MerGravelines, ou encore la Vallée de l’Arve), pour notamment aborder le lien énergie-pollution de l’air.

Des « publics cibles » seront rencontrés en partenariat « avec des organisations de la société civile (jeunesconsommateursentreprises et salariésprécaires énergétiquesartisans et commerçants ou encore innovateurs…) en lien avec la ligue de l'enseignementUFC-Que choisir, les chambres de commerce et de l'industrie, des chambres de métiers et de l'artisanat, ou encore les grandes écoles et universités. Des initiatives seront encouragées par « un kit débat proposant une méthodologie à l’attention par exemple, d’associations qui souhaiteraient prendre part au débat ». Les débats seront filmés et retransmis en ligne, dès mi-mars 2018.

Budget : 500.000 euros sont annoncés, dont 100.000 pour établir le panel de citoyens.

Commentaires et analyses critiques

En 2015 puis 2016 des ONG, revues, presse spécialisée... après s'être félicités de la publication de la loi et de l'annonce de la 1ère PPE, se sont ensuite inquiétées du retard pris par sa publication et/ou de l'absence de décision claire concernant la réduction de la production nucléaire.
Selon la Cour des comptes en février 2016, de 2016 à 2025, à « hypothèses constantes de consommation et d’exportation », la production nucléaire devrait approximativement être réduite d’un tiers pour respecter l’objectif de 50 %. Ceci correspondrait à l’arrêt de la production moyenne de 17 à 20 réacteurs (dont la puissance est comprise entre 900 et 1 450 MW). Selon la Cour et de nombreux experts c'est une condition au développement des énergies renouvelables et un encouragement aux économies d'électricité.
Un groupe d'ONG (Réseau Action Climat-France, GreenpeaceFrance Nature Environnement et le CLER ont publié un document intitulé « Vraie programmation pluriannuelle de l’énergie ». Selon Greenpeace, la programmation pluriannuelle de l'énergie ne respecte pas la loi de transition énergétique, votée par le parlement.
Après la publication de la PPE au journal officiel, les associations Greenpeace et Réseau Action Climat-France déplorent que l'évolution du parc nucléaire ne soit toujours pas abordée (si ce n'est la fermeture de la centrale de Fessenheim). Selon elles les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique risquent d'en pâtir. Selon le réseau Sortir du nucléaire, la PPE sert à faire perdurer le nucléaire.

 

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Annexe 3 : La naissance d’un Code

Dans le mouvement général de codification du droit français, la conception d'un code de l'énergie a été décidée dès 2005, avec l'habilitation du Gouvernement à adopter ce code par ordonnance dans la loi du 13 juillet 2005. Le périmètre du code est choisi le 7 avril 2006. Si un premier plan a été approuvé le 9 mars 2007, la rédaction du code est retardée durant toute l'année 2008. Ce retard est dû en particulier aux recouvrements partiels de périmètres avec deux autres codes, celui de l'environnement ainsi que le code minier, dont la refonte est prévue à la même époque, mais aussi à la question du nucléaire, le gouvernement ne souhaitant pas codifier les lois du 13 et du 28 juin 2006 touchant au secteur du nucléaire, que la commission supérieure de codification souhaitait voir intégrer dans des codes. À la suite d'un avis défavorable de la commission le 18 mars 2008, le gouvernement a tranché pour mettre finalement dans le code de l'environnement les dispositions sur les installations nucléaires, en admettant par ailleurs globalement les vues de la commission sur les rapports avec le code minier.

Les parties législative et réglementaire du code de l'énergie sont donc à nouveau soumises à la commission le 7 avril 2009, mais la nouvelle mouture déplait à la commission, qui reproche notamment un conservatisme excessif dans les dispositions relatives à l'électricité, un plan qui rapproche trop les dispositions sur l'électricité et sur le gaz naturel, dont les situations juridiques tendent à s'éloigner, enfin de ne pas assez préparer les évolutions prévisibles, notamment celles induites par le paquet climat-énergie du droit de l'Union européenne.

Le gouvernement a donc repris le texte, aboutissant à l'avis favorable de la commission pour les trois premiers livres du code le 17 novembre 2009. Une dernière séance de la commission supérieure de codification conduit à l'adoption du code le 23 mars 2010.

La loi du 12 mai 2009 habilite à nouveau le Gouvernement à codifier la partie législative du droit de l'énergie ; mais entre-temps ont été adoptées les deux directives 2009/72 et 2009/73 dont la transposition a vocation à s'intégrer dans le nouveau code. Le Gouvernement obtient donc par la loi du 5 janvier 2011 une habilitation à transposer ces deux directives. Le texte final résulte donc de la version adoptée le 23 mars 2010 modifiée et complétée par la transposition des deux directives. Ce texte est soumis le 15 mars 2011 au conseil supérieur de l'énergie et le 14 avril 2011 devant l'assemblée générale du Conseil d'État.

La partie législative du code de l'énergie est donc promulguée par l'ordonnance no 2011-504 du 9 mai 2011 et publiée au Journal officiel du 10 mai pour une entrée en vigueur le 1er juin 2011. Cette ordonnance a été ratifiée (et modifiée) par l'article 38 de la loi n°2013-619 du 16 juillet 2013 portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne dans le domaine du développement durable.

La partie réglementaire du code de l'énergie est crée par le décret n° 2015-1823 du 30 décembre 2015.

Le 22 août 2015, ce code intègre d'importantes modifications à la suite du vote de la Loi relative à la transition énergétique LOI n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte 

 

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30 mars 2018

Production d’Électricité en France (3ème partie)

 

Nolwenn Weiler dans L’Observatoire de Multinationales du 4 décembre 2017

 

En mars 2016, lors d’une opération de remplacement, un générateur de vapeur de 465 tonnes chute en plein cœur de la centrale nucléaire de Paluel, en Normandie. Un accident grave et inédit, qui par miracle ne cause ni blessé grave ni contamination radioactive. Depuis, des experts ont enquêté sur les causes de l’accident. Leur rapport, dont les conclusions ont été résumées aux salariés ce 1er décembre, révèle des dysfonctionnements majeurs dans la préparation et la surveillance du chantier, en grande partie liés au recours massif à la sous-traitance. Des failles inquiétantes, alors que les chantiers de rénovation des centrales vont se multiplier.

Le 31 mars 2016, aux alentours de 13 heures, un vacarme assourdissant retentit à l’intérieur de la tranche 2 de la centrale nucléaire de Paluel, située en Normandie, entre Dieppe et Le Havre. « Nous n’avions jamais entendu ça, rapportent des salariés présents ce jour-là. On a senti une forte secousse. C’était impressionnant. » Après quelques instants de confusion, ils finissent par comprendre que le générateur de vapeur, qui est en train d’être retiré du bâtiment réacteur et remplacé par un neuf, vient de s’effondrer. Ce cylindre en acier de 22 mètres – l’équivalent de deux autobus alignés – pèse 465 tonnes.

Situé à l’intérieur même de l’enceinte de confinement du bâtiment qui abrite le réacteur nucléaire, le générateur de vapeur est un équipement essentiel au fonctionnement d’une centrale. Il récupère la chaleur du « circuit d’eau primaire », l’eau qui est réchauffée par le combustible nucléaire, pour la transmettre au « circuit secondaire », où l’eau transformée en vapeur est destinée à faire tourner les turbines qui produisent l’électricité.

Comment celui de Paluel a -t-il pu s’effondrer, mettant en péril la vie des travailleurs présents, endommageant les plateaux de protection de la « piscine » où le combustible nucléaire refroidit – piscine qui heureusement était vide à ce moment-là –, risquant de se fissurer et de laisser échapper la radioactivité accumulée ? « La sûreté de l’installation est restée assurée » déclare le lendemain l’Autorité de sûreté nucléaire, aucune contamination radioactive n’ayant découlé de l’accident [1]. Nous avons pu consulter en exclusivité l’expertise indépendante diligentée à la demande des salariés suite à cet accident. Elle a été réalisée par un cabinet indépendant, l’Aptéis, à la demande du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) qui la présente ce 1er décembre aux salariés d’EDF. Ses conclusions interrogent : la sûreté du nucléaire français est en jeu.

Un accident grave évité grâce à « une chance extraordinaire »

Ces générateurs de vapeur ont le même âge que les centrales, dont la majorité approche désormais les quarante ans de service. Leur remplacement fait partie du « grand carénage » : un programme de rénovation industrielle destiné à prolonger la durée de fonctionnement des centrales et à améliorer leur sécurité depuis la catastrophe de Fukushima, au Japon. Pour remplacer un générateur de vapeur (GV), il faut le dessouder, le hisser, le déplacer – on parle de « translation » – puis le coucher sur un chariot qui l’emmène ensuite hors du bâtiment réacteur.

Ces opérations sont réalisées grâce à un engin conçu spécialement, installé au sein des bâtiments réacteur avant le début du chantier : il s’agit d’un palonnier, une solide poutre d’acier horizontale, percée d’un trou par lequel passent un ensemble de câbles censés retenir l’énorme générateur. À Paluel, c’est au cours de la délicate opération de couchage que le système a lâché [2].

Entraînant le palonnier dans sa chute, le générateur a atterri à cheval sur la dalle en béton et sur les plaques d’acier protégeant la piscine du bâtiment réacteur. « Par une chance extraordinaire, il n’y a eu aucun blessé grave, s’étonne encore un salarié [3].Les dégâts, bien qu’importants, n’ont pas entraîné de dommages irréversibles. » Le générateur aurait pu écraser quelqu’un, neuf personnes étant alors présentes sur le site : quatre employés d’Areva et cinq de Bouygues, l’un des sous-traitants, mais aucun d’EDF. La pièce de 465 tonnes aurait pu aussi tomber au fond de la piscine, ou se fendre. Une fissure aurait eu des conséquences dramatiques, laissant s’échapper la radioactivité accumulée à l’intérieur du générateur, l’eau y circulant ayant été en contact avec l’uranium. Des drones ont d’ailleurs été envoyés dans le bâtiment réacteur les jours suivant l’accident, pour s’assurer qu’aucune radiation ne s’échappait.

 

Générateur de vapeur de Paluel

                                       

 70 entreprises sous-traitantes pour un seul chantier

Comment un tel accident, qui laisse de vieux baroudeurs du nucléaire encore incrédules, a-t-il pu se produire ? « Les préconisations essentielles du levage n’ont tout simplement pas été respectées », résume un salarié. Tel qu’il a été conçu, le système d’accroche du palonnier ne pouvait pas résister aux forces exercées. Difficile d’imaginer comment une erreur aussi élémentaire a pu passer à travers les différents niveaux de contrôle. Le rapport des experts du cabinet Aptéis, mandatés par le CHSCT, lève le voile sur cette question : le recours à la sous-traitance serait directement responsable du fait qu’un équipement défectueux ait pu être conçu, puis utilisé sans que les diverses alertes émises avant l’accident ne soient prises en compte.

Pilotées par la Division de l’ingénierie du parc, de la déconstruction et de l’environnement d’EDF (DIPDE), les opérations de changement des générateurs de vapeur usagés sont entièrement réalisées par des prestataires extérieurs. Ceux-ci sont réunis et se coordonnent au sein d’un groupement d’entreprises [4]. Celui qui opérait à Paluel était emmené par Areva Nuclear Power, avec Eiffage Construction Métallique (BTP), Kaefer Wanner (isolation industrielle) et Orys (sous-traitance). Les employés de Bouygues présents intervenaient comme sous-traitant d’Areva.

« Ces délais poussent les gens à faire des conneries »

Ces quatre entreprises ont elles-mêmes fait appel à environ 70 sous-traitants. Ajoutés aux entités EDF mobilisées, cela a rendu très complexe la circulation d’informations. Cette profusion d’acteurs, dont les rôles étaient parfois mal compris par les autres, aurait ainsi créé un climat de confusion, tout en diluant les responsabilités. « C’est tellement compliqué, que l’on ne sait plus qui fait quoi », illustre ainsi un salarié.

Comment peut-on se passer efficacement des informations dans ces conditions ? D’autant que tout le monde est prié d’aller vite pour respecter les délais irréalistes qui sont imposés. « Dans le nucléaire, pour calculer la durée des chantiers, la direction dit : sans aléas, on peut le faire en tant de jours, explique un agent EDF. Et c’est ce temps-là qui est retenu, et que tout le monde s’efforce de respecter. Le problème, c’est que ces délais sont complètement en dehors de la réalité. Il y a toujours des aléas, surtout pour un chantier comme celui du remplacement du GV de Paluel qui constitue une tête de série. »Jamais, auparavant, un générateur d’un réacteur aussi puissant (1300 MW) n’avait été remplacé par EDF [5]. Pourtant le caractère inédit du chantier n’a, à aucun moment, été pris en compte. « Ces délais, reprend un salarié de Paluel, poussent les gens à faire des conneries, c’est évident. En plus, si on ne les respecte pas, on est montré du doigt comme celui qui a retardé le chantier. »

Des alertes ignorées

L’accident s’est déroulé lors de la dépose du troisième générateur sur les quatre que compte la tranche 2 de la centrale [6]. À l’intérieur du bâtiment, on avait bien remarqué, au cours du hissage des deux premiers générateurs que le palonnier tanguait dangereusement. L’information avait d’ailleurs circulé au sein de la centrale plusieurs jours avant l’accident, y compris entre des salariés non concernés par le chantier. « On a vraiment insisté sur le fait que le palonnier était tordu. On a remonté l’information », ont confié des salariés aux experts. Dans leur rapport, ces derniers précisent : « Plusieurs de nos interlocuteurs ont en outre laissé entendre que l’information n’était pas seulement remontée aux encadrants de l’équipe de remplacement du GV, mais bien également à la direction du projet à Marseille ainsi qu’à celle de la DIPDE. »

Les ingénieurs qui pilotent l’opération sont donc censés être au courant des premiers signes de défaillances. Au moment de ces diverses alertes, une réunion se tient au sein de la centrale. « On le sait parce que des salariés nous l’ont rapporté, raconte Thierry Raymond, animateur du collectif nucléaire au sein de la Fédération nationale des mines et de l’énergie de la CGT (FNME). Mais nous n’en avons aucune trace écrite. On ne sait pas qui était là, ni ce qui s’y est dit. »

Seule certitude : le chantier s’est poursuivi, comme si de rien n’était, jusqu’à ce que le tout s’écroule. « Tout ça, nous le savions, soupire un salarié de Paluel. Mais ce que l’on a découvert avec cette étude, c’est que des gens de la DIPDE savaient avant l’ouverture du chantier qu’il y avait un problème de conception, et que rien n’a été fait ! » Pour Aptéis, la masse de travail des ingénieurs EDF est en cause, de même que l’obligation, là encore, de faire les choses « au plus vite ».

Une chaîne de contrôle défaillante à plusieurs niveaux

« Ils ont trop de dossiers à contrôler en même temps, c’est évident, estime un agent EDF. C’est impossible pour eux d’assurer un suivi sérieux. Ils peuvent signaler quelque chose de tout à fait incroyable, sans qu’il n’y ait de conséquences derrière. » La tâche de surveillance des ingénieurs EDF est d’autant plus ardue qu’elle dépend des informations que les prestataires veulent bien donner. Dans le dossier Paluel, il y a une entorse manifeste à cette obligation de transmission d’information : Areva n’a signalé que tardivement le fait que la conception du palonnier différait de ceux qui avaient été fabriqués jusque-là par EDF. Or, cette différence de conception aurait dû impliquer une surveillance renforcée de la part des ingénieurs d’EDF.

Ceux-ci n’ont pu constater ces problèmes que fin 2014, une fois le palonnier déjà fabriqué par Areva et livré à la centrale de Paluel, cinq mois avant le début des opérations. « C’était tellement avancé qu’on pouvait difficilement arrêter, commente Thierry Raymond de la CGT. Il aurait fallu que quelqu’un ose prendre cette décision, avec le risque de faire stopper le chantier pour rien, et celui de voir sa carrière brisée. »Contactée par Basta ! l’entreprise Areva a répondu avoir analysé en profondeur les causes de l’accident de manutention, en coordination avec son client, EDF. Elle n’a pas souhaité en dire plus.

Du côté de la centrale de Paluel, où le service de communication n’a pas de commentaires à faire sur l’expertise, on assure que des leçons ont été tirées de l’accident. « Les équipes en charge du levage des GV ont été formées, l’ensemble de la chaîne de levage a été équipée de dispositifs de contrôle, le chantier est suivi pas à pas, et les données remontées très régulièrement. » « La direction a mis le paquet , concède un syndicaliste. La DIPDE a repris en main la conception, elle a été très présente. La surveillance était si serrée que le second palonnier qui a été construit n’a pas été validé, des soudures défectueuses ayant été détectées. » Pour la construction du troisième palonnier, les soudures ont été vérifiées à chaque phase de fabrication. Mais rien ne dit que cette procédure sera mise en œuvre sur les autres changements de générateur du parc nucléaire.

« On s’inquiéterait trop facilement. On serait « catastrophistes » »

« Le rapport met aussi en cause une partie de notre organisation, en l’occurrence celle qui concerne la surveillance des chantiers », ajoute un agent EDF. Ces quinze dernières années, en même temps que la masse d’activités sous-traitées a augmenté, le personnel interne à EDF s’est beaucoup renouvelé. La plupart de ceux qui ont connu la grande époque des constructions de centrales sont partis. Ceux qui arrivent au service ingénierie, un BTS en poche, se retrouvent très rapidement à surveiller des chantiers sur des installations qu’ils n’ont pas construites eux-mêmes. Il est donc difficile pour eux d’évaluer les risques réels.

« Pour nous, tranche un agent de l’ancienne génération, il est impossible de contrôler correctement quelque chose que l’on n’est pas capable de réaliser soi-même. Ce principe nous oppose à la direction depuis très longtemps. Si les personnes qui ont surveillé le chantier du GV à Paluelavaient eu des compétences en levage, elles auraient aussitôt signalé qu’il y avait un problème susceptible d’avoir de graves conséquences. » Car surveiller ne signifie pas se contenter de valider « le respect de procédures normées »« sans avoir à comprendre ou à entrer dans la réalité des activités réalisées », rappellent les experts de l’Aptéis.

Pire : les compétences détenues par les personnels d’EDF sont ignorées. C’est ainsi que le service levage de la centrale de Paluel, qui compte des techniciens aguerris, n’a pas été sollicité une seule fois pour le chantier de remplacement du générateur. « Le principe de la sous-traitance, c’est qu’ils se débrouillent, sans que l’on intervienne en quoi que ce soit. Même si on sait le faire », grince un agent EDF. Les lanceurs d’alerte internes ne sont pas les bienvenus. « Ils essaient de nous faire passer pour des gens qui se posent trop de questions. On s’inquiéterait trop facilement. On serait « catastrophistes ». » Se poser des questions au sein d’une centrale nucléaire, quoi de plus normal…

« On arrive aux limites de la sous-traitance »

La direction de Paluel aurait pourtant eu intérêt à prendre en compte les remarques de ses salariés. « Nous n’avons eu de cesse de leur dire que ce qu’ils faisaient était dangereux, remarque un syndicaliste. On avait même évoqué la chute d’un générateur de vapeur. » Les salariés de la centrale ont également, à plusieurs reprises, pointé du doigt le sous-traitant en charge de la manutention du palonnier défectueux, Orys. Selon le témoignage d’un des employés du sous-traitant, Orys aurait laissé entrer et travailler dans la centrale un soudeur qui n’en était pas un, avec de fausses habilitations ; un palonnier extérieur aurait été entreposé à l’air libre, rouillant à cause de la proximité de la mer ; enfin, le circuit de refroidissement de secours situé au cœur du bâtiment réacteur aurait été endommagé lors d’une intervention.

La situation était si critique que des représentants CGT sont allés demander au directeur national en charge des prestataires de retirer l’entreprise de la liste des sous-traitants qualifiés pour intervenir en centrale nucléaire. « On outrepasse notre représentation syndicale quand on fait ce genre de chose. C’est vraiment extrêmement rare », souligne Thierry Raymond. La société Orys a pourtant été récompensée par EDF, trois mois après l’accident, pour sa « bonne prise en compte de la sécurité et [sa] contribution à la prévention des risque » sur un autre chantier, dans la centrale nucléaire du Tricastin [7].

La poursuite du « grand carénage » en question

« De plus, il est très délicat pour nous de faire remonter ce que nous disent certains salariés sous-traitants sans qu’ils soient identifiés,ajoute Thierry Raymond. C’est très important de les couvrir parce qu’ils ne sont pas protégés. » « Le collègue de chez Orys, qui nous a parlé, a été assigné au ménage pendant plusieurs semaines, avant de quitter l’entreprise via une rupture conventionnelle », rapporte-t-on au sein de la centrale de Paluel. « Avec la chute du générateur, on arrive aux limites de la sous-traitance à tout va, juge Thierry Raymond. Mais on continue quand même. »

À Paluel, le générateur de vapeur a finalement été sorti du bâtiment réacteur par un sous-traitant néerlandais qui avait postulé, sans succès, pour assurer le chantier de remplacement initial . « Sans doute était-il trop cher », soufflent des salariés. Mais, entre le coût d’une centrale à l’arrêt – un million d’euros par jour – et les surcoûts d’études, de conception, de construction et de manutention d’un matériel de levage adéquat, le chantier de la tranche 2 de Paluel a dépassé le milliard d’euros. Sans oublier les risques encourus par les salariés, sauvés par une « chance extraordinaire » pas vraiment synonyme de « sûreté nucléaire ». A l’heure où l’allongement de la durée de fonctionnement des centrales au-delà des 40 ans se pose, le « grand carénage » commence mal. Étrangement, l’Autorité de sûreté du nucléaire n’a pas souhaité répondre à l’expertise ni écouter sa restitution alors qu’elle est censée rendre son avis sur le prolongement de l’activité des centrales. Ce qui est peu rassurant.

Nolwenn 

Notes

[1] Voir le communiqué de l’ASN ici

[2] Des infographies EDF décrivent la chute ici.

[3] Une personne a été touchée au thorax. Elle a été emmenée à l’hôpital d’où elle est ressortie rapidement.

[4] Un Groupement momentané d’entreprises solidaires (GMES).

[5] Seulement les réacteurs de 900 MW avaient vu leurs générateurs renouvelés.

[6] La centrale de Paluel compte quatre tranches. Le chantier de grand carénage prévoit de changer les générateurs de vapeurs des tranches 1, 3 et 4 en 2023 et 2024.

[7Voir ici, sur le site du groupe EDF.

 

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L’Électricité en France (2ème partie)

 

La cour des Comptes et le Nucléaire

En 2012 puis en 2016 la CdC s’est adressée au problème des coûts de maintenance du parc nucléaire et a relevé les incertitudes qui pesaient sur son avenir rendant impossible l’élaboration d’une politique cohérente.

Un extrait du rapport de 2012 et les commentaires de M. Migaud sur ce rapport.

Un extrait du rapport de 2016 qui ne fait que constater que l’état du dossier s’et encore compliqué et qu’aucune réponse n’a été apportée pour clarifier la politique énergétique nationale.

Il n’est sans doute pas commode pour M. Migaud de dire que le Gouvernement navigue dans l’incohérence.

 

Synthèse du Rapport public thématique de la Cour des comptes.  Janvier 2012

 Les questions en suspens

 Parallèlement, la crise financière aggrave les incertitudes sur la rentabilité à moyen et long terme des actifs constituant les portefeuilles et donc sur leur capacité à couvrir, à terme, les besoins de financement des charges futures. Les évolutions du dispositif ont eu lieu sans que la commission qui devait structurer la gouvernance de ce dispositif soit mise en place, ce qui est très regrettable. La CNEF (Commission nationale du financement des charges de démantèlement des installations nucléaires de base et de gestion des combustibles usés et des déchets radioactifs) est désormais en état de fonctionner, de donner un avis sur l’état actuel du dispositif et, éventuellement, sur son adaptation à la situation financière actuelle.

La Cour recommande que ce sujet fasse l’objet d’un nouvel examen car il n’est pas sain que la structure et la logique initiale du dispositif soient profondément modifiées par des dérogations successives, chaque fois que se présente une nouvelle difficulté. La durée de fonctionnement des centrales est une variable stratégique qui devrait faire l’objet d’orientations explicites

La durée de fonctionnement de chaque centrale fait l’objet d’un examen décennal par l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) qui précise les conditions d’une éventuelle autorisation de poursuivre l’exploitation. Actuellement, seuls deux réacteurs des centrales du Triscastin et de Fessenheim ont reçu une autorisation de fonctionnement jusqu’à 40 ans, sous réserve de la réalisation de travaux significatifs pour en améliorer la sécurité. Toutefois, comptablement, les centrales d’EDF sont amorties sur 40 ans depuis 2003. Or, la durée de vie des centrales a un impact significatif sur le coût de production réel en permettant d’amortir les investissements sur un plus grand nombre d’années. D’autre part, elle repousse dans le temps les dépenses de démantèlement et le besoin d’investissement dans de nouvelles installations de production. La Cour constate que, d’ici une dizaine d’années (fin 2020), 22 réacteurs sur 58 atteindront leur quarantième année de fonctionnement. Par conséquent, dans l’hypothèse d’une durée de vie de 40 ans et d’un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel, il faudrait construire 11 EPR d’ici la fin de 2022, ce qui paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles. Cela signifie qu’il est fait l’hypothèse soit d’une durée au-delà de 40 ans, comme semble l’indiquer la « programmation pluriannuelle des investissements » (PPI) de production d’électricité pour la période 2010-2012,  qui « privilégie un scénario central de prolongation au-delà de 40 ans du parc nucléaire », soit d’une évolution du mix énergétique vers d’autres sources d’énergie, sans que ces orientations stratégiques n’aient fait l’objet d’une décision explicite, connue du grand public, alors qu’elles nécessitent des actions de court terme et des investissements importants. Des investissements importants sont à prévoir à court/moyen terme avec des conséquences significatives sur le coût de production global Ainsi, le prolongement de l’autorisation de fonctionnement jusqu’à 40 ans, la prise en compte des conséquences des évaluations de sûreté faites à la suite de Fukushima (rapport de l’ASN) et le maintien du taux de disponibilité des centrales à un niveau acceptable (entre 80 et 85 %) nécessitent un doublement du rythme actuel d’investissement de maintenance, ce qui représente une augmentation d’environ + 10 % du coût courant économique de production (CCE). Par ailleurs, si les centrales actuelles étaient remplacées par des EPR dont le coût de construction (au moins 5 Md€ pour un EPR « de série ») sera très sensiblement supérieur à celui des centrales actuelles, et dans l’hypothèse d’une durée de vie des centrales actuelles de 50 ans, cela supposerait un investissement de 55 Md€ (11 EPR) dans les 20 ans qui viennent. Quelles que soient les réponses données à ces questions dans l’avenir, la Cour relève qu’à court et moyen terme des dépenses importantes d’investissements sont prévisibles tant en matière de maintenance que de construction de moyens de production de remplacement ; elles viendront s’ajouter aux dépenses d’investissement dans les réseaux de distribution ou dans la recherche, s’il est décidé de poursuivre le programme de développement des réacteurs de 4ème génération, qui devrait conduire à des investissements sensiblement supérieurs à ceux faits actuellement dans ce domaine, sans qu’il soit actuellement possible de les chiffrer. Les conséquences stratégiques et financières de cette situation doivent être analysées de manière à pouvoir en tirer des orientations de la politique énergétique à moyen terme, publiquement connues et utilisables par tous les acteurs du secteur. En effet, compte tenu du délai, en matière de politique énergétique, entre la prise de décision et ses effets, particulièrement long pour le nucléaire mais qui existe aussi pour toutes les autres filières, y compris pour les économies d’énergie, ne pas prendre de décision revient à faire un choix, celui de faire durer le parc actuel au-delà de 40 ans.

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Commentaires de Didier Migaud dans la    Revue Générale Nucléaire  du 22 février 2012

Dans son rapport public annuel, la Cour des comptes se penche sur la situation et les défis de la maintenance nucléaire. Pour les experts de la rue Cambon, l’objectif de 50 % de production d’électricité nucléaire en 2025, fixé par la Loi Transition énergétique, impliquerait la fermeture d’un tiers du parc en exploitation, l’équivalent de 17 à 20 réacteurs. Si la Cour recommande au gouvernement d’identifier les conséquences industrielles et financières de l’application de la loi sur le programme de maintenance « Grand carénage », elle suggère qu’en l’état, ce programme soit « intégralement révisé » pour éviter les « dépenses inutiles ». Décryptage avec Didier Migaud.
 

RGN - Quelles sont les priorités en matière de maintenance nucléaire ?

Didier Migaud - Entre 2003 et 2007, les investissements de maintenance de centrales nucléaires étaient inférieurs à 1 Md€ par an, la priorité étant donnée aux investissements internationaux. Du fait de ce faible niveau de dépenses, le parc des réacteurs nucléaires français a affiché de mauvaises performances et sa disponibilité s’en est trouvée affectée, ainsi que le résultat de l’entreprise EDF. En 2013, la perte de production due à la prolongation des arrêts de tranches a ainsi pu être estimée à près de 800 M€. La priorité est donc de rétablir les indicateurs de performance des réacteurs sur le plan de la disponibilité.

La Cour identifie trois axes prioritaires et formule des recommandations en ce sens. Tout d’abord, il est essentiel d’analyser l’impact de la loi sur la transition énergétique sur le parc de réacteurs, et donc sur le programme de maintenance. Ensuite, dans la perspective de l’élaboration du plan stratégique d’EDF, arrêté dans le cadre de la PPE (1), il convient de mettre à jour les évaluations des opérations de maintenance, en tenant compte des incertitudes et aléas qui leurs sont associés. Enfin, en raison des difficultés attendues en matière de recrutement et de formation, la Cour recommande d’intensifier la mobilisation des acteurs de la filière, publics et privés, visant à combler les pénuries de compétences identifiées dans la perspective du « Grand Carénage ».
  [1] La PPE va permettre de décliner de façon opérationnelle les orientations de la politique énergétique fixées par la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte.

Les dépenses de maintenance ont augmenté ces dernières années, les résultats sont-ils au rendez-vous ?

DM - Les investissements de maintenance dépassent aujourd’hui les 4 Mds par an. On constate que les indicateurs de performance se redressent, même si le coefficient de disponibilité reste inférieur à ce qu’il était dans la première moitié des années 2000.

 

Le programme « Grand Carénage » est-il nécessaire ? Qu’elles en sont les composantes et les logiques propres ?

DM - Outre le redressement des performances, la logique économique du programme est cohérente : prolonger la durée d’exploitation d’un investissement rentable et largement amorti.

Afin de limiter la durée des arrêts et donc de la production électrique, tout en améliorant la qualité des interventions, EDF a d’abord cherché à optimiser l’organisation des travaux de maintenance. Le programme « Grand Carénage », qui doit s’exécuter entre 2014 et 2025, couvre l’ensemble des investissements de maintenance des centrales nucléaires et est considéré par EDF comme un projet industriel unique, depuis les études d’ingénierie jusqu’à la mise en œuvre concrète sur les sites. Sur le plan organisationnel, le « Grand Carénage » s’est traduit par la mise en place, au niveau national, d’une instance spécifique qui doit coordonner et arbitrer en permanence les projets selon les ressources humaines et financières disponibles. Ce schéma a été reproduit au niveau local, pour chaque centrale nucléaire. En outre, les équipes chargées de la maintenance ont été renforcées soit par des créations de postes, soit par la mise en place de services d’appui mutualisés.

EDF a également renouvelé la gestion de ses pièces de rechange. Avant 2010, chaque site gérait un stock local, mais, selon EDF, la disparité des nomenclatures rendait difficile la vision globale et la gestion des urgences. À partir de cette date, la gestion des pièces de rechange a commencé à être intégrée dans sa politique de maintenance, avec la volonté d’homogénéiser les pratiques et de regrouper les commandes aux fournisseurs. L’entreprise a donc désigné un de ses services centraux, responsable de l’approvisionnement de toutes les pièces de rechange.

Les investissements sont liés, pour moitié environ, à la sûreté des réacteurs. Dans cette catégorie, le principal poste de dépenses concerne les contrôles réglementaires et les épreuves des appareils à pression ainsi que le déploiement des nouveaux référentiels de sûreté. L’autre poste significatif regroupe les modifications à apporter aux installations nucléaires consécutivement à l’accident de Fukushima. Elles concernent essentiellement la mise en place d’une Force d’action rapide nucléaire (FARN) et la réalisation du « noyau dur » prescrit par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

L’autre moitié du montant des investissements est nécessaire pour permettre le maintien de la production d’électricité. Ils concernent essentiellement des opérations de remplacement ou de rénovation de composants lourds, ou encore des opérations de maintenance lourde sur certains composants. Elle exclut la cuve et l’enceinte de confinement des réacteurs, qui sont les seuls composants non remplaçables d’une centrale nucléaire.


La Cour parle d’une enveloppe de 100 Mds€. De son côté, l’exploitant communique sur 55 Mds€. Quelles différences ces chiffres recouvrent-ils ?

DM - EDF a regroupé l’ensemble des investissements de maintenance prévus sur la période 2014 à 2025 sous la terminologie de « Grand Carénage ». Estimé à 55 Md€ en valeur 2011, soit 56,4 Md€ en valeur 2013, ce programme correspond au seul montant des investissements prévus sur cette période de 11 ans. Le périmètre et la période retenue par la Cour, pour l’évaluation des dépenses de maintenance, sont différents. Elle prend pour référence une période plus longue, 16 ans, de 2014 à 2030, et ajoute les dépenses d’exploitation à celles d’investissement. Les deux évaluations sont cohérentes. Les dépenses d’investissement sont estimées à 74,73 Md€ (en valeur 2013) entre 2014 et 2030 et celles d’exploitation à 25,16 Md€ (en valeur 2013) pendant la même période.

Emplois, retombées économiques pour la filière, etc. vous conseillez à EDF de « réviser » son programme, le « Grand carénage » est-il trop ambitieux ?

DM - La Cour se préoccupe surtout de la cohérence de ce programme, défini par l’entreprise publique, avec les orientations de politiques énergétiques votées par le Parlement.

Le plan de maintenance du parc des réacteurs nucléaires a été conçu par EDF de façon globale, afin d’optimiser ses opérations et ses dépenses afférentes. Il repose sur l’hypothèse du prolongement de la durée d’exploitation des centrales au-delà de quarante ans et du maintien du parc dans son périmètre actuel. Je tiens à souligner que la réglementation française n’impose aucune limite à la durée d’exploitation des réacteurs nucléaires, mais la conditionne au respect des normes de sûreté imposées par les prescriptions de l’ASN. À cet égard, les exigences en matière de sureté se sont accrues, notamment après Fukushima et évolueront sans doute encore à l’avenir, ce qui est un facteur d’incertitude.

Le projet de maintenance d’EDF a pour objectif de permettre au parc actuel d’être exploité avec le meilleur rendement, si possible au-delà de 40 ans, durée pour laquelle les réacteurs d’EDF ont été conçus dès l’origine. Afin d’y parvenir et d’optimiser l’organisation des opérations de maintenance, leurs coûts et leurs effets sur la capacité de production d’électricité, EDF a donc élaboré son projet sur le long terme et à l’échelle des besoins pour l’ensemble du parc existant de 58 réacteurs.

Mais la loi sur la transition énergétique entraîne la perspective d’une fermeture de plusieurs réacteurs, ce qui implique la nécessité pour l’entreprise d’élaborer un nouveau programme de maintenance, afin d’assurer que les réacteurs encore en service produisent de l’électricité dans des conditions de sûreté et avec une rentabilité suffisantes, tout en l’adaptant aux réacteurs dont la fermeture est programmée.

Vous parlez d’ « incertitudes », à quoi sont-elles liées ?

DM - Outre celles sur l’avenir des réacteurs eux-mêmes, les incertitudes concernent essentiellement l’impact de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, l’évolution du référentiel de sûreté, comme je l’ai indiqué précédemment, ainsi que la stratégie industrielle du groupe EDF.

Sur ce plan industriel, elles tiennent au fait que la plupart des opérations d’investissements de maintenance seront réalisées par des prestataires extérieurs, car elles font appel à des compétences rares dans des métiers tels que la chaudronnerie, la robinetterie, la réparation et l’expertise. EDF fait appel à des entreprises spécialisées, qui interviennent aussi pour d’autres secteurs industriels. Toutefois, EDF doit s’assurer de conserver des compétences lui permettant d’exercer sa responsabilité de maître d’ouvrage. Par ailleurs, les arrêts de réacteur pour raison de maintenance, sont, pour la plupart, réalisés entre mars et octobre, période pendant laquelle la demande en électricité est la moins forte. Cette saisonnalité nécessite, dans des délais courts, un apport très important de main d’œuvre qualifiée. L’ensemble des projets industriels d’EDF et leurs répercussions sur la filière nucléaire devraient nécessiter 110 000 recrutements d’ici 2020 dans les emplois directs et indirects, dont environ 70 000 recrutements allant du niveau Bac professionnel au niveau Bac + 3, dans un contexte de forte tension pour les recrutements de profils techniques. Près des deux tiers des entreprises de la filière connaissent, en effet, des difficultés de recrutement en personnel qualifié dans plusieurs segments industriels mais aussi dans les bureaux d’étude. EDF a également identifié une faiblesse de la ressource d’encadrement, générale à tous les segments, alors même que les délais de formation sont longs. Plus généralement, l’entreprise considère que les capacités des dispositifs de formation sont sous-dimensionnées. La filière nucléaire est donc confrontée à un défi, puisque les capacités des entreprises, déjà en deçà des besoins actuels d’EDF, sont appelées à augmenter considérablement avec le programme « Grand Carénage ».

Les risques d’incohérence entre une loi très volontariste et les contraintes techniques, économiques, de sûreté… ont-ils été suffisamment anticipés ?

DM - La mise en œuvre de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte est susceptible de remettre en cause les investissements envisagés et d’obliger l’entreprise à fermer jusqu’à un tiers de ses réacteurs, avec des conséquences importantes en termes d’emplois, sans écarter l’éventualité d’une indemnisation prise en charge par l’État.

Pour autant, et malgré ces enjeux majeurs pour l’entreprise et l’État, aucune évaluation économique de ces conséquences potentielles n’a été réalisée avant la publication de la loi. Cette évaluation doit être réalisée à l’occasion de l’élaboration de la PPE et traduite dans le plan stratégique de l’entreprise.

Comment avez-vous calculé la fermeture d’un tiers des réacteurs ?

DM - C’est la conséquence mécanique de l’objectif fixé par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité de 77 % en 2014 à 50 % à l’horizon 2025. À hypothèses constantes de consommation et d’exportation d’électricité à cet horizon, cet objectif aurait donc pour conséquence de réduire d’environ un tiers la production nucléaire, soit l’équivalent de la production de 17 à 20 réacteurs. Seule une augmentation très significative de la consommation électrique ou des exportations serait de nature à limiter le nombre des fermetures. Or, à l’horizon 2030, l’hypothèse d’une telle augmentation n’est pas retenue par les experts.

Bien entendu, ceci suppose que la montée en puissance des énergies renouvelables se déroule elle-même selon les objectifs prévus, et qu’elle puisse être financée.

Quand faudrait-il avoir les évaluations des conséquences économiques pour inclure des directives dans la PPE (sachant que les investissements du Grand Carénage doivent être planifiés et engagés) ?

DM - La loi a prévu que l’adoption de la PPE, dont l’échéance est prévue pour avril ou mai 2016, soit assortie d’une étude sur l’impact économique, social et environnemental de la programmation et sur la soutenabilité pour les finances publiques.

Les conséquences potentielles sur l’entreprise EDF, qui a besoin de visibilité à long terme pour programmer ses investissements, sont telles que des décisions nous semblent devoir être arrêtées dans les meilleurs délais.

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Cour des comptes : Rapport public annuel 2016

Chapitre 2 : Énergie et développement durable

 La maintenance des centrales nucléaires. Une politique remise à niveau, des incertitudes à lever.

Les 58 réacteurs nucléaires exploités par EDF en métropole font l’objet d’opérations de maintenance pour remplacer ou rénover des équipements et les entretenir, afin d’assurer la fourniture d’électricité dans des conditions de sûreté soumises à des normes impératives.

EDF a remis à niveau sa politique de maintenance

Entre 2006 et 2011, le parc nucléaire d’EDF a affiché de mauvais indicateurs de performance, mais ceux-ci (capacité technique à produire de l’électricité, sûreté nucléaire, « temps métal ») se redressent depuis 2011, notamment en raison d’un effort d’investissement significatif. Le « temps métal » est un indicateur interne à EDF qui représente le degré d’organisation des opérations de maintenance lors d’un arrêt de réacteur.

Ils doivent néanmoins faire l’objet d’une vigilance constante de la part d’EDF.

La maintenance des centrales nucléaires : une politique remise à niveau, des incertitudes à lever

EDF a pris des mesures pour améliorer la maintenance des centrales

En 2011, EDF a lancé le programme «  Grand Carénage  » qui couvre l’ensemble des investissements de maintenance de ses centrales nucléaires actuelles. Il a pour objectif de permettre leur exploitation avec le meilleur rendement, si possible au-delà de 40 ans, durée pour laquelle les centrales ont été conçues dès l’origine. EDF a également révisé son organisation interne, le déroulement des arrêts de réacteurs et la gestion de ses équipements et pièces de rechange.

La maîtrise des conditions d’externalisation doit rester une priorité pour EDF

EDF externalise 80 % des opérations de maintenance auprès de prestataires extérieurs, dans le cadre de règles de concurrence et de transparence maîtrisées. Au regard des indicateurs disponibles et des contrôles réalisés par les organismes indépendants que sont l’Autorité de sûreté nucléaire et l’Inspecteur général pour la sûreté nucléaire et la radioprotection, les prestataires interviennent dans des conditions qui ne mettent pas en cause leur sécurité mais nécessitent une attention permanente de la part d’EDF.

Sécuriser la production d’électricité requiert un programme de maintenance ambitieux

La réalisation du programme de maintenance d’EDF pourrait atteindre 100 Md€ (2013) entre 2014 et 2030, soit 1,7  Md€(2013) en moyenne par réacteur. Ce chiffre inclut les investissements et les dépenses opérationnelles de maintenance.

Le projet ne devrait avoir qu’un impact limité sur le coût de production de l’électricité nucléaire, contrairement aux variations de la production dont les effets sont potentiellement plus importants. En effet, l’augmentation de 50 % des investissements entrainerait moins de 5 % de hausse de ce coût, alors qu’une baisse de 50 % de la production moyenne entrainerait son doublement.

Le programme de maintenance d’EDF est soumis à de fortes incertitudes

Le besoin de recrutement de la filière nucléaire est estimé à 110 000 emplois directs et indirects d’ici 2020, y compris pour répondre aux besoins du groupe dans ses nouveaux projets nationaux et à l’export. Il se heurte à des tensions sur certains segments industriels (soudage, tuyauterie, etc.) et aux incertitudes stratégiques qui n’incitent pas les entreprises à investir et embaucher. Malgré des initiatives d’EDF, des pouvoirs publics et des acteurs de la filière nucléaire (information, fidélisation des partenariats industriels), leur mobilisation reste insuffisante, notamment en matière de formation professionnelle.

Le projet industriel est aussi dépendant de l’évolution du référentiel de sûreté. Les incertitudes qui en découlent pourraient modifier le calendrier du projet et ses options techniques, avec un effet potentiel de 5,11 Md€ (2013) au minimum, sur son coût.

La maintenance des centrales nucléaires : une politique remise à niveau, des incertitudes à lever

Les budgets d’investissements intègrent, en outre, un niveau important d’incertitudes, estimé à 13,30 Md€2013 entre 2014 et 2030. Mais l’insuffisance du modèle d’évaluation des coûts d’EDF ne permet pas de valider cette évaluation. Enfin, l’application de la récente loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte d’août 2015 devrait conduire EDF à réviser en profondeur son programme de maintenance. En effet, le plafonnement légal de la puissance installée à 63,2 GW pourrait impliquer l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim et l’objectif de réduction de la part du nucléaire dans la production nationale d’électricité à 50 % à l’horizon 2025, celui de 17 à 20 autres réacteurs. Aucune évaluation n’a encore été réalisée, ni par l’État ni par EDF, sur les conséquences économiques potentielles de l’application de la nouvelle loi. Les enjeux s’élèvent pourtant à plusieurs milliards d’euros par an. Ainsi, dès 2025, les pertes de recettes annuelles d’EDF pourraient s’élever à 5,7 Md€, tandis que ses charges d’exploitation ne seraient réduites qu’à hauteur de 3,9  Md€. Le montant des investissements pourrait diminuer jusqu’à 1,5 Md€ annuels et le patrimoine d’EDF être réduit de la valeur des actifs de production fermés (entre 1,7 Md€ et 2 Md€2013 annuels). Ces évaluations ne tiennent compte ni des effets des fermetures sur le coût de l’énergie, avec des impacts sur l’emploi et la croissance, ni des éventuelles compensations ou indemnisations que EDF pourrait obtenir de l’État et dont le montant n’a pas encore été évalué. Les implications de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte devront être spécifiquement identifiées et évaluées dans la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) en cours de définition sous la responsabilité de l’État, afin qu’EDF puisse en intégrer les orientations dans le volet «  maintenance  » de son plan stratégique, prévu par la loi.

Recommandations

1. Identifier dans l’étude d’impact de la PPE, prévue par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, ses conséquences industrielles et financières sur le programme de maintenance des réacteurs nucléaires ;

2. Dans la perspective de l’élaboration du plan stratégique d’EDF, arrêté dans le cadre de la PPE, mettre à jour les évaluations des opérations de maintenance en tenant compte des incertitudes et aléas qui leurs sont associés ;

3. En raison des difficultés attendues en matière de recrutement et de formation, intensifier la mobilisation des acteurs de la filière, publics et privés, visant à combler les pénuries de compétences identifiées dans la perspective du « Grand Carénage ».

NB : Il manque à cette présentation un graphique qui montre l’envolée de coûts de maintenance d’EDF pour le parc nucléaire, coûts qui passent de 500 millions en 2003 à 5 milliards maintenant.

Posté par Dufourmantelle à 18:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Production d’électricité en France (1ère partie)

 

Établissons d’abord deux  vérités qui orienteront la suite du propos.

A.

Le parc nucléaire national opérationnel est d’une puissance installée de 63 GW. Dans des conditions normales d’exploitation le coefficient de production devrait ne pas descendre en dessous de 80% en garantissant une production de 63 x 8760 x 0.8 = 440 TWh.

Si le coefficient de production passe de 80 % à 90 %, la production nationale atteint le niveau de 500 TWh.

Le parc hydroélectrique est d’une puissance installée de 25 GW. Il est difficile de définir un facteur de charge pour les centrales hydrauliques. Retenons que, bon an mal an, la production est de 60 à 65 TWh.

La production de ces deux filières est donc au moins de 500 TWh.

La consommation nationale varie de 475 à 480 TWh.

La France n’a aucun besoin d’énergie électrique supplémentaire.

B.

Cette énergie électrique est la plus décarbonnée qu’il soit possible de produire.

Alors :

Les pointes de consommation seront pour la majeure partie satisfaites par l’hydraulique. Il existe lorsque c’est nécessaire deux sources supplémentaires : la production des 10 GW de centrales à gaz toujours installées et les échanges sur le réseau européen, lesquelles « bon an mal an » s’équilibrent. De surcroit la plupart des réacteurs nucléaires français en exploitation sont en mesure d’ajuster sensiblement leur puissance à la hausse ou à la baisse en 30 minutes.

 Conditions nécessaires et suffisantes :

L’État définit une politique énergétique reposant sur des réalités scientifiques, techniques et économiques avérées et réalistes.

L’Autorité de Sécurité Nucléaire émet en temps voulu des avis rigoureux et réalistes.

EDF gère son personnel du mieux qu’elle le peut et ne connait pas de problèmes qui nuiraient à la performance des centrales.

 Question (formule 1) : quel est le besoin pour la France de mettre en place des capacités faibles et excédentaires d’électricité d’origine éolienne et solaire ?

Question (formule 2) : pourquoi adopter des solutions de production qui concernent des pays qui n’ont pas investi dans un parc nucléaire et qui ne dispose pas d’un réseau électrique performant ?

Question (formule 3) : pourquoi l’État qui est propriétaire de son principal producteur d’électricité ne définit-il pas une politique cohérente de l’énergie électrique en laissant EDF faire son métier sous la houlette de l’ASN et d’un éventuel organisme de sécurité des grands (et petits) barrages.

 

Ce préambule simplificateur, que des spécialistes trouveront simpliste, pour dire que toutes les fables qui sont racontées au bon peuple sur le déploiement des énergies renouvelables ne reposent sur rien.

Elles ne reposent que sur des considérations liées à la politique intérieure, politique des partis et plus précisément à l’intrusion dans la vie publique d’amibes politiques : les partis écologiques.

Avant que le vocable ne soit largement utilisé étaient nés ainsi des partis populistes, contestataires et querelleurs, en déni de la globalisation et utilisant toutes les peurs ou toutes les frustrations de la foule pour faire valoir des refus conduisant à l’asphyxie économique, au refus du travail en commun, sauf autour du troupeau de chèvres et de son inévitable conséquence : le petit fromage vendu au marché du bourg ; mais à la condition de percevoir le RSA, les ATP et quoi encore. Et peut-être aussi au refus du travail tout court.

Partis d’Insoumis avant la lettre, toujours prêts à s’associer à l’ultra gauche nihiliste pour former les cohortes disparates des zadistes.

En résulte un étrange discours baroque dans lequel se mêlent les fleurs rares des alpages, les grenouilles des marais, le développement durable (à la mode chiraquienne, ancêtre de nos transitions écologiques), le refus de tel aérodrome, de telle section d’autoroute ou d’un lac collinaire dans une vallée égarée d’une campagne moribonde ; et notre ami de toujours le Gros Méchant Loup dont la présence est devenue une absolue nécessité. Quel dommage qu’on ne puisse réintroduire le mammouth laineux !

Mais le fonds de commerce, la plateforme, la fondation de ce discours reste la haine du nucléaire qui est dans le discours de la décroissance le fil conducteur permanent.

C’est le sujet le plus grave car il devient impossible pour un gouvernement qui pactise avec ces parodies de partis de définir une politique énergétique cohérente.

Ces vérités étant dites, limites évidentes de la naïveté, posons d’autres lignes guides visant à préciser l’orientation du propos.

Formulons encore quelques questions auxquelles nous essaierons d’apporter des réponses de bon sens, c’est-à-dire des réponses naïves.

A.

Quelles sont les réserves en uranium ? Elles sont importantes à l’échelle du globe et il faut souhaiter que l’État (qui s’occupe de tout) ait fait en sorte qu’une certaine garantie soit obtenue sur l’approvisionnement à long terme de la filière. Il serait dommage que la France ait investi entre 200 et 300 milliards d’euros dans une filière énergétique qui satisfait l’essentiel de nos besoins sans en garantir les approvisionnements. Naïf ou pas, on ne connait pas la réponse à cette question mais on sait que la ressource est abondante ; au moins jusqu’au moment où la Chine absorbera l’essentiel de la production.

B.

Pourquoi faudrait-il ou faut-il arrêter une centrale nucléaire ?

Une centrale nucléaire à eau pressurisée est d’abord une gamelle d’acier dans laquelle des matériaux radioactifs dégagent de la chaleur. Cette chaleur est transférée par un échangeur à une source de vapeur d’eau. Cette vapeur d’eau actionne des turbines qui génèrent de l’électricité.

La dernière partie de cette installation n’est rien d’autre qu’une unité de production électrique semblable à celles dans lesquelles la chaleur résulte d’une combustion quelconque.

Il en va différemment du récipient principal (la gamelle) et de l’échangeur de chaleur qui contiennent ou sont au contact du combustible radioactif. Aucune fuite n’est admissible et l’intégrité mécanique, ainsi que la stabilité de comportement doivent être en tout temps garantis.

Ces organes sont dans une enceinte en béton destinée à les isoler totalement des agressions extérieures.

Principe Réacteur Eau Préssurisée

 

Avec la cuve, il faut faire preuve d’un certain manichéisme : elle est étanche et le restera ou… elle ne l’est pas. Si elle ne l’est pas il faut la refaire. Si elle est étanche, il faut qu’elle le reste.

Ce n’est pas de la sorcellerie mais de la métallurgie. Métallurgie dans le temps car il s’agit de vérifier que les qualités mécaniques de l’acier sont pérennes et qu’aucun risque de fissuration ou de fragilité n’est envisageable. Il faut garantir que l’enceinte échappe à l’usure et au vieillissement et se donner les moyens de vérifier que cette robustesse est assurée en tout temps.

La cuve est un bidon d’acier d’un diamètre de 4 à 5 m, haut de 10 à 12 m aux parois épaisses de 20 à 25 cm et pesant entre 400 et 500 t. Il règne dans une telle enceinte une pression de 160 bars et une température de 350 °C. De plus cette enceinte est visitable ; elle a ses portes, ses fenêtres et tous les tuyaux, petits et gros qui permettent la circulation des fluides caloriporteurs.

La chose est délicate à fabriquer et demande que le chaudronnier ait une grande maitrise de toutes les facettes du métier de métallurgiste : qualité et homogénéité de l’acier, qualité de la fonderie, qualité de soudage ou absence de soudure, expertise de contrôle et plus encore ! Travail d’orfèvrerie à la dimension de plusieurs centaines de tonnes.

 Dans l’enceinte en béton sont placés également les échangeurs de chaleur qui fourniront la vapeur aux turbines. Ces organes sont soumis à des opérations de maintenance qui imposent des manutentions de très grosses pièces dans le cadre réduit et peu accessible de l’enceinte de confinement.   Un sas permet de rentrer et de sortir les pièces de grandes dimensions, en premier lieu les générateurs de vapeur.

À la différence de la cuve dont le remplacement est difficilement envisageable, ces éléments peuvent et doivent être entretenus  ou remplacés dans le cadre des programmes de maintenance.

Reformulons la question initiale sous une forme imagée :

Si la cuve est bonne et tant qu’elle est bonne, pourquoi faudrait-il arrêter une centrale nucléaire ?

 

C.

Une question subsidiaire de moindre importance : si l’on est conduit à arrêter une centrale, pourquoi faut-il la démanteler ?

Quand elle est en marche les radiations à l’extérieur des enceintes sont de l’ordre du micro sievert.

L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire a pris des mesures de la radioactivité partout en France et notamment autour des centrales. Sa conclusion est qu’en France la pollution radioactive liée à la production d’énergie nucléaire est « faible » (c’est-à-dire généralement inférieure à la radioactivité naturelle émise par le soleil par exemple). Concrètement, cela veut dire qu’en situation normale, les taux de pollution radioactive autour d’une centrale nucléaire sont négligeables.   Source E-RSE  mars 2017

Si une centrale en fonctionnement n’émet pas de radioactivité lorsqu’elle fonctionne, il est tentant de conclure qu’elle en émettra encore moins si on interrompt le fonctionnement après avoir ôter le combustible et dépolluer l’eau du circuit primaire. Dans ces conditions que reste-t-il à « démanteler », si ce n’est de récupérer ce qui peut être réutilisable « ailleurs », en particulier dans des centrales de même modèle.

Ne s’agit-il que de récupérer un foncier qui s’exprime en dizaines d’hectares ? Sur quoi est fondé le principe importé d’outre-Atlantique du retour à la pelouse : back to the turf.

Ne peut-on tolérer une friche industrielle de dimensions modestes et moins polluantes que des friches industrielles anciennes qui émettent du radon depuis des générations et sur lesquelles on fait du ski ? Nos chers terrils ! Faut-il envisager de les remettre là d’où ils viennent en remplissant à nouveau les galeries dont on les extraits ? Back to the turf.

S’agit-il de fournir de nouvelles activités à nos entreprises de génie civil alors qu’on les prive d’autoroute et que l’on construit les nouvelles centrales à une vitesse de fourmi ou plutôt de cigale.

Question de moindre importance ? Cela dépend du point de vue. Les budgets prévisionnels sont compris entre 15 et 20 milliards d’euros. On peut donc légitimement se poser la question de savoir s’il est urgent de « démanteler » des machines qui ne servent plus alors que dans le même temps il faudra financer les machines qui les remplaceront. 

 

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Il n’en reste pas              moins que les performances du parc nucléaire doivent être améliorées. Améliorer signifie obtenir de l’outil existant les performances qu’il peut et doit « naturellement » atteindre.

Rappel : Si le coefficient de production passe de 80 % à 90 %, la production nationale nucléaire atteint le niveau de 500 TWh et couvre seule les besoins français.

Ce n’est pas le cas pour deux familles de raisons, certaines de caractère technique et d’autres concernant le fonctionnement et la gestion de l’opérateur lui-même.

 A.

L’accident de Fukushima a conduit la communauté des opérateurs nucléaires à conduire des enquêtes et une réflexion sur la sécurité des parcs de centrales nucléaires, puis à formuler des recommandations pour remédier à des défauts existants ou pour mettre en œuvre des sécurités supplémentaires. Ces recommandations sont de véritables directives et conduisent un renforcement des normes de sécurité des installations et à ce a qu’on appelle pour EDF le Grand Carénage.

Cette surenchère sur la sûreté des installations nucléaires est au regard des catastrophes possibles pose la question troublante de savoir jusqu’où aller dans le sens « bretelle et ceinture ». Le naïf se dit : je suis propriétaire (via EDF, Société Anonyme dont l’État est actionnaire à 92%) d’un parc nucléaire qui depuis tantôt 50 ans me donne satisfaction. La rumeur, les médias, les passagers clandestins de la vie politique me disent que je suis en danger et qu’il faut accroitre la sécurité de l’outil. Soit, je n’ai pas envie que Tricastin se Fukushimaïse ; mais jusqu’où ? Une boite en béton, puis deux et pourquoi pas trois. Un échangeur de chaleur, puis deux puis quatre  et pourquoi pas cinq. Un séisme de de force S, puis deux S et pourquoi pas 10 S : faut-il une nouvelle échelle de Richter ?

Une des conséquences de cette escalade à la sécurité est la complexité accrue des systèmes et leur robotisation croissante. On connait ce phénomène qui conduit à ce que l’opérateur de la machine en devienne l’agent, simple observateur sidéré d’un système qu’il ne pilote plus.  Voir encadré infra. Syndrome de l’A320.

Et le coût.

Accepter la direction de l’ASN revient à endosser une responsabilité gigantesque. Nul ne doute que M. Lacoste puis M. Chevet n’aient les qualités scientifiques, techniques et morales pour remplir cette mission de garant de « notre » sécurité ; mais peuvent-ils se comporter autrement qu’en se bordant de tous les côtés transférant ainsi des parts de cette responsabilité aux agents en charge de la production.

Inversement ceux-ci, directeurs de centrales ou responsables d’entretien, soumis à ces contraintes qu’ils jugent excessives et non urgentes ne sont-ils pas tentés de s’en affranchir et d’assouplir une réglementation devenue une prison de procédures.

L’arrêt de Tricastin dans l’été 2017 est révélateur de ce type de conflit : intransigeance de l’ASN, défaut de réalisme dans l’estimation du séisme possible, défaut de prise en compte des réalités opérationnelles d’EDF versus procrastination de l’opérateur à effectuer des travaux qu’il ne juge pas urgents.  Ou tout simplement problème de personnes ?

 

B

Les critiques formulées par l’ASN mettent également en évidence les difficultés internes que rencontre EDF en matière  de gestion de personnel. La nouvelle Société Anonyme est une vieille dame. Depuis 1946 EDF a été, comme sa cousine SNCF au cœur du développement économique national du pays. On lui doit tout : la houille blanche, le réseau, la maîtrise du nucléaire. Mais sa taille et l’importance de son rôle ne l’ont pas protégée du vieillissement.

Comme toute entreprise publique elle fut et elle reste ce qu’on peut appeler un laboratoire du progrès social. Son comité d’entreprise est (était) une véritable mafia mais la paix sociale est garantie : imagine-t-on le pays sans électricité ?

Comme chez les pétroliers le chiffre d’affaire est immense et la facilité règne.

Comme pour toutes les émanations de l’État la connivence politique n’est jamais loin, connivence et nécessaire soumission.

Choisissons deux exemples  pour illustrer ces faiblesses.

 

Dès 2003, Christian Bataille, rapporteur de l’étude sur la durée de vie des centrales nucléaires et les nouveaux types de réacteurs auprès de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques soulignait (une) forte variabilité (du coefficient d’utilisation) : le coefficient d’utilisation avait varié de 78 % à 92 % entre 1978 et 2000, et s’interrogeait si « il ne conviendrait pas, à la fois pour maximiser la durée de vie des réacteurs et pour augmenter la performance économique globale du parc, qu’EDF s’attache à développer la motivation de ses équipes en restaurant l’impératif économique et en fixant des objectifs de production à court et à long terme. Ces objectifs pourraient être l’augmentation de la disponibilité du réacteur et la diminution de la durée des arrêts de tranche ».  (Wiki : Centrales nucléaires en France)…   

On peut sourire des euphémismes du rapporteur qui signifient traduits en français : il serait important que le confort des agents d’EDF ne soit pas une entrave à la production d’électricité.

C’est un des aspects du problème qui traduirait les abus du syndicalisme.

 

Citons maintenant l’incident-accident survenu en mars 2016 lors du remplacement d’un générateur de vapeur à la centrale de Paluel. Cet épisode n’a eu que peu de retentissement et n’a pas provoqué d’émoi médiatique. Il s’agit pourtant d’un évènement d’une gravité exceptionnelle, révélateur de très graves dysfonctionnements chez EDF.

Cette discrétion explique que nous nous attardions plus longuement sur ce qui pourrait n’apparaitre que comme un détail.

En mars 2016 lors d’une opération de maintenance un générateur de vapeur s’effondre dans l’enceinte d’une unité de la centrale de Paluel. Sa gravité est liée à son côté banal, reflet d’un laxisme « ordinaire » à ceci près que la scène se passe dans l’enceinte d’une unité et que l’accident aurait pu fissurer la piscine du réacteur. Ce générateur de vapeur est un cylindre de 22 m de long, d’un diamètre d’environ 6 m et pesant 450 t. 

Même L’ASN ne semble pas avoir attaché une importance particulière à l’accident car il se produisit, comme il vient d’être dit, lors d’une opération de maintenance, réacteur arrêté et ouvert.  Cependant :

La poursuite en 2016 de l’arrêt pour visite décennale du réacteur 2 a été marquée par la chute, le 31 mars 2016, d’un générateur de vapeur usé lors de sa manutention dans le bâtiment réacteur dans le cadre du remplacement des quatre générateurs de vapeur engagé sur ce réacteur. Au cours de la première opération de ce type menée sur les centrales du palier 1 300 MWe, et lors de la manutention du troisième générateur de vapeur usé, une défaillance est survenue au niveau du dispositif de levage constitué d’élingues reliées à un palonnier, lui-même relié à un engin fixé sur le pont polaire du bâtiment du réacteur. L’ASN a contrôlé les dispositions prises par EDF en vue, dans un premier temps, de sécuriser le générateur de vapeur tombé au sol et celles envisagées pour l’évacuer ensuite par des moyens spécifiques. L’ASN examinera les comptes rendus des expertises demandées à EDF pour tirer le retour d’expérience de cet événement et s’assurer de l’état correct des matériels du réacteur. Concernant l’exploitation, la réalisation des essais périodiques et la conduite des réacteurs, l’ASN considère que le site doit améliorer ses performances dans certains domaines. L’ASN note en particulier que la rigueur dans la réalisation des opérations relatives à la préparation et au contrôle a posteriori des activités d’exploitation et de maintenance reste insuffisamment mise en œuvre par les intervenants, notamment pour les manœuvres d’exploitation des réacteurs. L’ASN relève par ailleurs une augmentation de la part d’événements significatifs, dont plusieurs sont liés à l’utilisation d’une documentation opérationnelle partielle voire inadaptée. Au cours de l’année 2016, l’ASN a contrôlé la visite décennale du réacteur 1 qui a vu la réalisation d’importantes opérations de maintenance et de modifications de systèmes visant notamment à améliorer la sûreté du réacteur.   ASN  Paluel  2016

Euphémisme encore : qualifier de défaillance une longue série de lacunes dans la conduite d’une opération délicate et la totale déresponsabilisation de la direction de la centrale. Il s’est progressivement glissé dans l’idée de l’agent du service public que !a sous-traitance transfère « totalement » la responsabilité de l’opération à un tiers et qu’il n’aura plus à «s’en mêler ».

Effectivement : « le site doit améliorer ses performances… ».

Citons Nolwenn Weiler dans l’Observatoire de multinationales du 4 décembre 2017

Comment un tel accident, qui laisse de vieux baroudeurs du nucléaire encore incrédules, a-t-il pu se produire ? « Les préconisations essentielles du levage n’ont tout simplement pas été respectées », résume un salarié. Tel qu’il a été conçu, le système d’accroche du palonnier ne pouvait pas résister aux forces exercées. Difficile d’imaginer comment une erreur aussi élémentaire a pu passer à travers les différents niveaux de contrôle. Le rapport des experts du cabinet Aptéis, mandatés par le Comité d’Hygiène et de Sécurité lève le voile sur cette question : le recours à la sous-traitance serait directement responsable du fait qu’un équipement défectueux ait pu être conçu, puis utilisé sans que les diverses alertes émises avant l’accident ne soient prises en compte.

Pilotées par la Division de l’Ingénierie du Parc, de la Déconstruction et de l’Environnement d’EDF, les opérations de changement des générateurs de vapeur usagés sont entièrement réalisées par des prestataires extérieurs. Ceux-ci sont réunis et se coordonnent au sein d’un groupement d’entreprises. Celui qui opérait à Paluel était emmené par Areva Nuclear Power, avec Eiffage Construction Métallique (BTP), Kaefer Wanner (isolation industrielle) et Orys (sous-traitance). Les employés de Bouygues présents intervenaient comme sous-traitant d’Areva.

Ces quatre entreprises ont elles-mêmes fait appel à environ 70 sous-traitants. Ajoutés aux entités EDF mobilisées, cela a rendu très complexe la circulation d’informations. Cette profusion d’acteurs, dont les rôles étaient parfois mal compris par les autres, aurait ainsi créé un climat de confusion, tout en diluant les responsabilités. « C’est tellement compliqué, que l’on ne sait plus qui fait quoi », illustre ainsi un salarié.

Comment peut-on se passer efficacement des informations dans ces conditions ? D’autant que tout le monde est prié d’aller vite pour respecter les délais irréalistes qui sont imposés. « Dans le nucléaire, pour calculer la durée des chantiers, la direction dit : sans aléas, on peut le faire en tant de jours, explique un agent EDF. Et c’est ce temps-là qui est retenu, et que tout le monde s’efforce de respecter. Le problème, c’est que ces délais sont complètement en dehors de la réalité. Il y a toujours des aléas, surtout pour un chantier comme celui du remplacement du GV de Paluel qui constitue une tête de série. »Jamais, auparavant, un générateur d’un réacteur aussi puissant (1300 MW) n’avait été remplacé par EDF. Pourtant le caractère inédit du chantier n’a, à aucun moment, été pris en compte. « Ces délais, reprend un salarié de Paluel, poussent les gens à faire des conneries, c’est évident. En plus, si on ne les respecte pas, on est montré du doigt comme celui qui a retardé le chantier. »

La journaliste ajoute :

« Pour nous, tranche un agent de l’ancienne génération, il est impossible de contrôler correctement quelque chose que l’on n’est pas capable de réaliser soi-même. Ce principe nous oppose à la direction depuis très longtemps. Si les personnes qui ont surveillé le chantier du GV à Paluel avaient eu des compétences en levage, elles auraient aussitôt signalé qu’il y avait un problème susceptible d’avoir de graves conséquences. » Car surveiller ne signifie pas se contenter de valider « le respect de procédures normées »« sans avoir à comprendre ou à entrer dans la réalité des activités réalisées », rappellent les experts de l’Aptéis.

C’est un autre aspect du problème qui traduirait l’éloignement du personnel de direction des réalités de la machine et de son fonctionnement et le fait que cette direction « s’éloigne » de ses propres responsabilités.

La recherche de l’économie passe par la meilleure organisation possible et certainement pas par une grande désorganisation comme celle qui a été mise en évidence dans l’épisode Paluel.

 

C.

L’énergie nucléaire produit des déchets. Un des premiers objectifs est d’apprendre à les réutiliser.

Il en restera toujours des volumes qui ne seront pas réutilisables. On ne peut que les enfouir.

Depuis 40 ans l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs gère ces stocks de matières dangereuses.

Cette gestion passe par l’enfouissement de certains volumes dans des réservoirs souterrains profonds et étanches. La durée de vie de ces stockages s’inscrit dans le temps géologique.

Sauf à empaqueter les déchets et à les immerger dans la fosse des Mariannes, il n’existe en réalité aucune autre solution.

Pour un observateur qui ouvre les dossiers se dégage le sentiment que l’Andra a pris toutes les précautions possibles pour assurer la sécurité et la pérennité du site d’enfouissement choisi.

Il existe peu de base pour argumenter sur ce sujet : après 50 années de production les déchets existent et quoiqu’on en pense ou dise, le parc nucléaire produira de l’électricité pendant au moins un autre demi-siècle.

En mettant en ligne la première unité nucléaire on a creusé les premiers m3 du site de stockage !

 

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Revenons sur l’essentiel.

Le parc nucléaire est avec la houille blanche et l’interconnexion européenne, suffisant pour garantir la production d’énergie électrique française.

Cela sera d’autant plus vrai que l’EDF sera gérée de meilleure manière en prenant appui sur la connaissance acquise du métier et sur une vision réaliste de la gestion des machines. Une formation professionnelle spécifique rigoureuse est la première réponse à cet impératif.

Jusqu’à la mise en place d’une nouvelle lignée de centrales opérant selon de nouveaux procédés (Thorium, sels fondus..) aucune raison ne peut être mise en avant pour justifier qu’on arrête la production d’une unité dont la cuve est intègre.

Il n’y a rien à « démanteler » dans une centrale vidée de son combustible et du fluide caloriporteur : la murer soigneusement suffit largement.

 

Quelques remarques complémentaires.

 

1. Il est stérile et coûteux de demander à un producteur d’utiliser des procédés qui font perdre du temps et de l’argent au motif qu’ils sont « à la mode » dans une classe politique de faible (!) culture industrielle. Faible ou nulle.

Qu’EDF maîtrise l’éolien et le solaire pour exporter ces procédés dans les pays sans énergie de fond et sans réseau est peut-être déjà une perte de temps mais il est du privilège de l’État de vendre ou d’offrir de l’électricité à qui bon lui semble. Les producteurs coréens de poste de télévision partagent sûrement ce point de vue.

Cela ne signifie nullement que la recherche scientifique et les développements techniques et technologiques nécessaires à la maîtrise des EnR solaires et éoliennes soient négligés. Mais on ne peut que déplorer que les actions menées par l’État dans ces domaines ne résultent qu’en achat de panneaux solaires fabriqués en Chine, qui fournissent des quantités faibles d’une électricité coûteuse qui embarrasse le producteur-distributeur. On a donc mis en place une pompe à phynance qui crée de la dette et qui grève la balance des paiements. Cette diatribe concerne aussi l’éolien : il suffit de remplacer Chine par Allemagne.

 

1. Notre époque vit un dilemme cruel et peut-être insoluble.

Nos machine deviennent de plus en plus puissantes et complexes à la fois. Quand elles sont petites nous savons les maîtriser physiquement : lorsque mon PC m’ennuie je peux le fermer et s’il insiste, il ira direct au recyclage. Il n’est pas certain cependant que je maîtrise l’usage que mon PC fait de moi, mais dit le poète, ceci est une autre histoire.

Quand les machines sont  très grosses et très puissantes comme sont les centrales nucléaires ou les très gros aéroplanes il est plus difficile de s’accommoder de leurs humeurs.  Elles ont acquis une forme de vie propre car tout a été fait pour les rendre autonomes et indifférentes aux erreurs humaines.

Quand la machine déconne, ce qui reste son privilège car elle est le reflet de l’imperfection de son créateur, l’homme est sidéré devant sa création d’apprenti-sorcier. Le Naïf appelle ce phénomène « le Syndrome de l’A320 ».

Le syndrome de l’A320

La machine à sa naissance ou encore adolescente imparfaite est opérée par un pilote dont les performances sont parfois risquées mais qui fait corps avec l’engin. Des accidents se produisent qui sont des conséquences des imperfections de ce couple : la machine se casse ou le pilote commet des sottises.

Le nombre de machines augmente et les pilotes et machines sont parfois défaillants. Il faut augmenter la sécurité du fonctionnement de la machine en améliorant sa robustesse et en lui conférant de l’ « intelligence ».

Cela autorise à ce que le pilote nouveau soit moins spécialisé que le pilote de la machine initiale. On passe ainsi progressivement d’un pilote à un opérateur puis, en améliorant encore les performances et l’intelligence de la machine d’un opérateur à un surveillant.

La complexité de l’opération, la crainte de l’erreur, conduisent à la mise en place de procédures.

La procédure réduit l’initiative et l’expertise de l’agent qui voit sa qualité moins appréciée, son rôle diminué et dévalorisé en même temps que sa responsabilité est déplacée.

La machine résiste : elle invente des situations (pannes nouvelles sur circuits secondaires, sur signalisation…) que la procédure n’a pas prévues (infinité de cas possibles). Le pilote de jadis, ami intime de la machine, a été écarté. Reste le surveillant qui suit la procédure mais ne connait pas intimement la machine, ne se l’est pas appropriée.

L’avion chute et le réacteur fond: ce sont les accidents de la machine livrée à elle-même en présence de son opérateur- surveillant sidéré.

Dilemme : le retour en arrière n’a pas sens que dans l’optique de la décroissance et la fuite en avant, la « robotisation » aggrave le problème. La seule réponse possible est que la formation des opérateurs arrive à associer ces deux tendances contraires : L’opérateur doit être confident et ami de sa machine, familier de son fonctionnement intime, tout en maîtrisant les suppléments d’intelligence que le concepteur a introduits et qui peuvent eux-mêmes être à l’origine du désordre.

Combien de sondes Pitot à Flamanville ?

 

3. Pour ne pas indisposer un lecteur éventuel,  mention n’a pas été faite dans cette brève mise au point d’Areva, des exploits de la Sherpani croqueuse d’Uramin et gérante attentive de sa fonderie du Creusot.

La sherpani ne sévit plus dans le nucléaire mais elle dispense sa sagesse dans une demi-douzaine de conseils d’administration et une autre demi-douzaine d’organismes de conseil : souhaitons que personne n’oublie de la rémunérer.

Qu’elle rejoigne Nicolas Hulot au rang des grands oubliés de l’histoire du nucléaire français est le vœu que formule le Naïf.

Un lecteur averti ne manquera pas de faire remarquer que ces simplifications sont excessives et que les choses sont beaucoup plus compliquées dans « la vraie vie » et que et que…

Le Naïf lui répondra que définir une politique est précisément parvenir à dégager l’essentiel de l’accessoire.

Le Naïf conseille la lecture de l’article de Mlle Weiler : il sera l’objet d’un article prochain : L’électricité en France, 3ème partie.

La vraie conclusion, après ces attendus partisans, sera obtenue après lecture des papiers de la cour des comptes et par les commentaires de l’inestimable Didier Migaud qui s’est longuement exprimé sur ces sujets.

D’abord en 2012.  II définit la nécessité de prendre des décisions sur un choix fondamental : prolonger la vie des centrales existantes ET-OU construire de nouvelles centrales rapidement pour remplacer les centrales promises à la fermeture. C’était peu de temps après la monstruosité de la Loi de Transition Énergétique.

Donc tout naturellement il revient en 2106 sur le sujet en actant l’existence du chancre législatif et la question se résume à l’évaluation du coût de maintenance du parc existant (amputé ou pas) et à la nécessité de former les personnels en conséquence de besoins accrus.

Tout contribuable qui touche un interrupteur électrique et qui paie ses impôts doit lire ces textes.

Conclusion : en réalité, au-delà de la retenue tout diplomatique de Didier Migaud la seule conclusion qu’on puisse tirer est que nous n’avons pas de gouvernement. Et que Mme Royal peut casser à sa guise EDF sans même s’en apercevoir. 

Ref article suivant : L’électricité en France, 2ème partie.

 

20 mars 2018

 

Posté par Dufourmantelle à 18:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 mars 2018

La ville où le diesel était Roi

Il y a longtemps déjà, je m’en souviens, un garçon avec qui je travaillais, me voyant peiner sur une lettre qui demandait réflexion me dit qu’il valait mieux une lettre imparfaite qui parte en temps utile plutôt qu’une lettre parfaite qui resterait sur mon bureau.

Cette « sorte » de maxime s’applique aux propos du naïf. N’ayant aucun espoir d’atteindre la perfection, laquelle comme on le sait est inaccessible par essence, il est un moment où il vaut mieux reconnaître et matérialiser la médiocrité de sa pensée et de son expression et se décider à mettre sous presse.

Cela s’applique à ce texte qui ne me plait guère. Mais, réussi ou pas il a le mérite d’exister.

 

La ville où le diesel était Roi

 

La Déesse du Raffinage tient une balance. Comme la Justice elle est aveugle et, comme la Justice elle prend son temps. Pour la Déesse du Raffinage l’unité de temps est la décennie.

Dans un plateau de la balance s’étale le Pétrole qui vient on ne sait d’où à un prix qui dépend d’on ne sait qui.

Sur l’autre plateau une demande de produits différents et d’usage répandu et indispensable. (1)

 

Parlons Diesel ou plutôt Gazole pour en rester à une terminologie que ne devrait pas ignorer les commentateurs. (2)

 

Quelques années après la guerre,  dans la décennie 1960-1970 … la France…

importe du pétrole brut et raffine les produits dans des raffineries situées en France,

consomme de l’essence pour un parc auto en expansion,

se chauffe au fuel domestique (c’est du gazole moins lourdement taxé),

a épuisé son charbon et en importe pour produire de l’électricité,

a terminé l’aménagement hydroélectrique du territoire,

confirme la mise en place de son parc nucléaire et

EDF fait la promotion du chauffage électrique.

On peut discuter (3) du rôle de chacun de ces facteurs mais le résultat est :

 

Les raffineries françaises font face à un excès de gazole.

 

Il serait alors possible de moderniser les raffineries pour que du gazole excédentaire soit « réformé » (4) en essence.

Investir dans la modernisation des raffineries n’est guère possible : les marges de raffinage sont absentes car depuis la fin de la guerre et jusqu’1981, les prix à la pompe sont fixés réglementairement à un niveau qui ne laisse aucune marge aux raffineurs. (5)

En conséquence le gazole va passer progressivement et de plus en plus rapidement de la case « chauffage » à la case « carburant » : cela passe par l’usage du moteur diésel et par la promotion du chauffage domestique à l’électricité.

La fiscalité incite l’usager automobiliste à l’emploi d’un gazole moins taxé que l’essence ; de surcroit le moteur a un meilleur rendement et consomme moins de carburant, en litre, en kilo et en francs. Les constructeurs automobiles participent à ce mouvement qui correspond en termes de prix à une montée en gamme de l’industrie, le coût de la motorisation étant dans ces années de développement plus élevé pour un diesel que pour un moteur à essence. (6)

La réussite des constructeurs est telle que le parc automobile bascule largement du côté des voitures motorisée diesel. Celles-ci  deviennent aussi souples et propres que les voitures à essence.

Les constructeurs perfectionnent les moteurs et mettent au point les procédés de contrôle de la combustion et ajoutent aux échappements les filtres à particules et à oxyde d’azote nécessaires.

Le mouvement est encouragé par tous les acteurs de la chaine et l’État Français qui se mêle prioritairement de ce qui ne le regarde pas favorise la motorisation diesel et maintient une fiscalité favorable au gazole.

 

Intervient la pantomime « à la française » du réchauffement climatique. Il faut réduire les émissions de GES. (7)

On réglemente.

On ne réglemente pas sur le chauffage urbain, ni sur l’industrie manufacturière, ni sur …

On règlemente sur l’automobile alors que le transport routier ne représente que 12 % des émissions de particules fines. (8)

 

Les règlements se traduisent par des normes.

Quelles que soient les normes, quel que soit l’organisme prescripteur, les normes sont faites pour être détournées ou confisquées par les constructeurs. Le propos ici n’est pas d’entrer dans le détail du dieselgate mais de constater que les normes en vigueur sont en réalité inapplicables : c’est une preuve par l’absurde. Si elles étaient applicables, les constructeurs les respecteraient. Qu’ils ne les respectent pas est la preuve qu’elles ne reflètent pas les performances « possibles » des moteurs à explosion, essence ou diesel tout pareil.

Survient le dieselgate : Secret de polichinelle, mais enfin rendu public et proclamé. Honte à VW qui fait amende honorable, bat sa coulpe et crache au bassinet américain.

L’émotion traverse (galion retour d’Eldorado, câble sous-marin jadis, ondes variées de nos jours) l’océan et arrive tout droit et toute droite au pays de la Rumeur, notre cher et vieux pays.

 

L’émotion tombe dans le vide, le vide de notre classe politique au plus creux de la fin du quinquennat de François Hollande. Dans le vide elle résonne. La rumeur enfle et se transforme en haine. Cette haine, naissante rejoint son ainée toujours « verte », si l’on peut dire : la haine du nucléaire.

 

J’hésitais entre deux images : celle du bouc émissaire  et celle de la rumeur, style rumeur d’Orléans.

Il s’agit en fait de la même image.

Une peur diffuse ressentie dans un groupe donné se cristallise sur un responsable ressenti, désigné par le hasard.  Le groupe expulse ce responsable choisi et celui-ci dans son exil ou par son trépas emportera la peur du groupe. Peurs ou péchés, le bouc émissaire emporte avec lui les émotions du groupe.

La rumeur est locale, agile et fugace. Le sacrifice du bouc ou son rejet sont des processus plus lents plus profonds.

Inutile de chercher une justification ou une logique ; la foule avale tout et s’en empare avidement. Le citoyen aussi est avalé par la foule.

Les belles âmes, lorsqu’elles parlent de la foule disent le Peuple.

 

Dans Paris et dans les mégapoles du monde roulent des bagnoles. Trop de bagnoles.

Le Prince de la Cité n’a pas aménagé en temps voulu les transports urbains et la population (les gens) sont contraints de se déplacer en bagnole. Cela coûte cher à tout le monde et cela salit l’atmosphère de la cité.

Depuis quelque temps, on appelle ce phénomène la pollution. (9)

Le problème du transport urbain est que la  ville moderne est encapsulée dans la carapace d’une ville du Moyen-Âge. Le Prince ou Mme le Maire n’ont pas abordé ce problème dont la solution demande des visions et des moyens qui lui faisaient (Le Prince) ou lui font (Mme le Maire) défaut.

Encore heureux que Napoléon III et son baron aient en leur temps fait quelques percées ; encore heureux qu’on ait trouvé dans les années 1900 assez de ressources pour réaliser un Métro déjà tardif ; encore heureux qu’on ait trouvé assez de ressources dans les années 70 pour réaliser le RER… qui conduit à la Défense.

Puis 68, 81 et Chirac, Chirac et Chirac…(le Prince)…Puis l’empilement des feuilles du millefeuille et la dilution des responsabilités et des volontés…puis la Folle des Voies sur Berge.

Et Paris s’éveille !

 

La boule est lancée : dans quelle case de l’incohérente roulette écolo gauchisante va-t-elle s’arrêter ?

Premier numéro : le chauffage urbain… Non, pas assez classe.

Deuxième numéro : la petite ou la grande industrie qui parvient à se maintenir en Île de France…Non, un peu risqué : tout pour l’emploi !

Troisième numéro : la bagnole…Voilà une idée qu’elle est bonne ! Mais mieux encore, pas n’importe quelle bagnole, non, la voiture de tout le monde : le diésel.

 

Chasse aux particules : les miennes sont plus fines que les vôtres.

Le corps médical, comme on dit, monte aux créneaux, comme on dit et confirme la toxicité du moteur diésel ; ce qui vaut quasi exonération du gentil moteur à essence.

Hidalgo se déchaine : elle est encore populaire dans les cercles qui sont les siens.

Everest de la bêtise et de l’absence de réflexion, Sommet de la pensée creuse et déconnectée du monde de l’énergie, Miracle d’incompétence et de vacuité Hulot s’exprime.

C’est naturel. Il est Ministre de l’Énergie.

Il confirme et la parole nous est, une fois encore, révélée : Plus de Diesel en France d’ici demain matin.

Dans la foulée, on passe même au tout-électrique, mais seulement après-demain. Non sans avoir fait disparaitre (baguette magique) un tiers ou peut-être la moitié du parc nucléaire.

 

Quel sociologue nous expliquera comment un tel niveau de sottise peut s’emparer du monde politique et de son clone, le monde médiatique.

 

Reprenons notre calme et laissons s’apaiser la colère et la honte que la simple évocation de Hulot provoque et revenons à notre propos.

Ce propos est par le détour des aléas du raffinage, par la saga du tout diésel et la bascule au diesel-bouc, par la sottise des édiles de parler de l’urbanisme des très grandes villes.

L’activité des hommes nomades ou sédentaires, utiles ou précaires, intégrés ou assimilés s’est concentrée dans des villes devenues mégapoles. (10)

Aménager ces bazars s’appelle l’Urbanisme.

 

L’Urbanisme se traduit par un projet nécessairement régional puisque l’argument est de favoriser l’habitat autour de la ville et l’accès des zones d’activité de la ville aux habitants de la périphérie de la ville. (11)

Un plan d’urbanisme inclut un schéma de transport urbain. Ce schéma prend en compte la desserte de pôles d’activité situé « hors les murs » comme Saclay par exemple.

Dans le cas de Paris le projet est donc d’abord un projet Île de France dans lequel la Municipalité de Paris n’est que l’un des acteurs et pas nécessairement le plus important.

En 2010 a donc été mise en place une nouvelle structure qui doit produire du nouveau métro tout autour de la capitale. Il faut lui souhaiter bonne chance, mais on sait déjà qu’elle ne répondra qu’à certains aspects du problème.

 

La dette financera.

 

Les embarras de Paris ne datent pas d’hier et Boileau nous dit ceux que connaissait la ville de Louis XIV :

                     Vingt carrosses bientôt arrivant à la file    Y sont en moins de rien suivis de plus de mille

Les embarras ont changé de visage et couvrent maintenant la Province qui est devenue la Ville.

Faire du moteur Diésel le bouc émissaire de ce permanent retard de développement est simplement ridicule et n’est que répondre par la rumeur à nos incompétences.

 

°°°°°°°°°°°

  1. 1.       On peut stocker quelques semaines ou quelques mois pour des raisons stratégiques mais en pratique la gestion du flux des produits pétroliers se fait plus ou moins au fil de l’eau.
  2. 2.       En effet il arrive que dans la prose des commentateurs on ne sache plus très bien si l’argument porte sur le carburant ou sur le moteur.
  3. 3.       On entend l’idée que le Général en poussant le programme nucléaire a déséquilibré le marché des carburants. Cette Baupinade permet de charger encore un peu le bouc nucléaire.
  4. 4.       Le reforming est le passage du gazole dans un nouveau cycle de distillation : la valeur des produits finis augmente bien que ce nouveau cycle consomme quelques % d’énergie. Et occasionne un coût.
  5. 5.       Giscard ne les libéralisera pas et Mitterand le fera : comprenne qui pourra.
  6. 6.       Quand s’opère ce passage, « dans le même temps » les distributeurs importent davantage de produits raffinés du Moyen-Orient au détriment du raffinage européen qui, de ce fait n’a plus besoin des se moderniser. En 2015 la France importa 56 Mt de brut et 24 Mt de gazole.
  7. 7.       Pantomime : la France, 1/300 de la surface des continents, 1/100 de la population mondiale et quelques bribes de PIB mondial obtenus à coup de dépenses de progrès social, d’une poignée d’aéroplanes et de quelques hectos de pinard va sauver la planète par l’ampleur de ses actions en faveur du climat. Roulements de tambour et ricanements de Trump.
  8. 8.       Source : Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique  2015
  9. 9.       Salissure : on peut nettoyer et on revient à l’état propre. Pollution : il faut traiter sinon la pollution reste : on ne peut que la mettre sous le tapis.
  10. 10.   Lapsus révélateur qui ravirait un psytruc : la première frappe de ce mot a été : mégalo-pôle
  11. 11.   Ce qu’on appelait les banlieues avant qu’elles ne deviennent des territoires abandonnés et pour certains finalement perdus. On admet que l’intérieur de la ville est déjà saturé et qu’il est difficile d’y loger plus de monde.

21 mars 2018

 

 

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23 février 2018

Peuplier et conditionnel : La Joconde à portée de toutes les bourses

 

Le plus difficile serait de trouver une planche de peuplier. Imaginez-vous, chez Leroy-Merlin, disant au préposé du rayon : je voudrais une planche de peuplier d’environ 60  par 80 ; vous ajouteriez : si elle est un peu fendue, ce n’est pas gênant.

Muni de votre précieuse planche, vous iriez trouver un de mes amis. Il est habile de ses mains et il a l’œil pour les couleurs : c’est un peintre. Il sait tout sur l’histoire de la peinture et il connait les pigments qu’utilisaient les peintres du temps jadis. Le sfumato n’a aucun secret pour lui et sa patience n’a d’égale que sa minutie.

Vous lui demanderiez de vous faire le portrait d’une jeune femme vêtue à l’ancienne, assise et regardant devant elle avec une promesse de sourire. Vous lui demanderiez un travail soigné, un peu à la manière de…

Comme on dit dans les émissions de télé : il peut le faire.

Il consacrerait à ce travail du temps, de la technique, du talent et il utiliserait les mêmes matières que les peintres que vous lui avez demandé de copier : « à la manière de » !

Il vous referait La Joconde.

Ce travail serait reconnu comme un faux par les experts car il serait sans doute facile de démontrer que votre planche de peuplier ne date pas de l’an de grâce 1600.

Peut-être et même certainement les experts mettraient en évidence que le vieillissement artificiel mis en œuvre par mon ami n’est pas semblable au vieillissement naturel du tableau original. Les craquelures ne seraient pas identiques et…

Mais, vous, moi et le chinois moyen qui visitons le Louvres ne verraient entre la copie et l’original aucune différence.

La Joconde a une longue histoire et de nombreuses autres « versions » ont été réalisés ; on en voit ici ou là. Aucune n’est une reproduction parfaite, comme celle qu’aurait faite mon ami. Les visages sont assez similaires mais les fonds sont différents et dans toutes, il manque ce petit je-ne-sais-quoi qui charme, à l’évidence, le touriste chinois. Ce ne sont pas des copies : ce sont des imitations.

Le travail de mon ami et les dépenses faites auraient  un coût ; imaginons qu’il ait travaillé un an et qu’il ait dépensé 50.000 Euros : le coût du tableau serait alors de 100.000 Euros.

C’est une grosse somme ; vous ne seriez pas disposé à faire cette opération.

Alors, vous découvririez qu’un tableau retrouvé récemment, le Salvator Mundi, attribué à Léonard a été vendu 450 millions de dollars. Il n’est même pas clairement établi que Léonard en soit l’auteur, mais peu importe, le marché décide que c’est forcément lui.

Alors, tout naturellement vous vous poseriez la question de la valeur de Votre Joconde.

Vous n’abandonneriez pas l’artiste et l’auteur à son destin d’artisan et vous raisonneriez en co-propriétaire et mécène.

Valeur matière : inutile de partir à la recherche du temps perdu et pas d’avantage d’envisager la récupération des pigments, huiles et vernis appliqués sur la planchette de peuplier. Reste uniquement celle-ci, autant dire pas grand-chose. Sur le Bon Coin, aucune demande pour des planches de peuplier.

Valeur sentimentale : vous sauriez, avec mon ami, que beaucoup d’efforts, de talent, d’ingénuité diraient les Anglais ont été littéralement déposés sur la planchette et vous trouveriez dommage que ces efforts et cette ingénuité vous échappent. De fait au-delà du morceau de bois, cette œuvre vous « appartient » et vous ne pourriez oublier les efforts et le talent de l’artiste. Ils viennent en parallèle des efforts de Léonard et ils n’en sont séparés que par le génie de l’inventeur et la merveille de l’invention, ce qui est beaucoup mais ne se voit pas.

Bref, vous aimeriez le tableau et pour vous, il « vaudrait » beaucoup, sans que toutefois vous puissiez lui attribuer une valeur marchande.

Oublions l’ami qui… et abandonnons cette fable et son encombrant conditionnel.

Valeur commerciale : On me dit que le Louvres reçoit 8 millions de visiteurs dans l’année et que la moitié de ceux-ci ne sont venus « que » pour voir La Joconde. Cela m’étonne grandement mais il doit y avoir une part de vérité dans cette assertion. Soyons modéré, appliquons un abattement de 50 % et admettons que seulement 2 millions de touristes viennent au Louvres dans le seul but de voir le tableau ; cela revient à dire que le tableau génère des profits au niveau du quart des revenus de billetterie du musée soit environ 20 millions d’Euros. Pour rester dans l’ordre de grandeur des placements boursiers classiques, on conclut que le tableau « vaut » 400 millions.

Bigre, bougre ! Avec cet abattement de 50 % sur le nombre de Jocondistes exclusifs !

On pourrait dire que, à la condition d’avoir en main un bazar comme le Musée du Louvres, La Joconde vaut entre un demi-milliard et un milliard.

Rebigre ! Un demi-milliard : C’est précisément le chiffre atteint par le Salvator Mundi vendu à un particulier particulièrement discret.

La Joconde ne vaut que ce que vaut un artéfact réalisé par Léonard et parce que c’est Léonard : la valeur de La Joconde est d’illustrer l’Histoire du 15ème siècle, ses rapports avec la France et la vision de l’artiste sur son monde. Si Léonard n’était pas vu à travers le reste de son œuvre, son tableau, pour « sympa » qu’il soit, serait resté anonyme, perdu dans la foule des œuvres comparables.

Il existe un marché de l’art :

Ce marché peut être un véritable marché au sens usuel du terme si vous disposez de la boutique pour vendre le produit après en avoir fait une longue et laborieuse promotion. Le propriétaire du musée du Louvres se réjouit de l’engouement du public pour La Joconde tout en s’interrogeant sur la signification de cette appétence et ce d’autant plus que la promo du tableau s’est faite naturellement sans que des galeristes avisés et retors n’aient construit « l’image du produit ». Bref, une pub qui s’est faite au fil du temps et sans calcul initial.

Il existe un grand nombre de ces boutiques où le produit peinture est exposé. Elles ne sont pas en concurrence car le public de l’une est public de l’autre. Tout client d’un musée est client d’un autre. C’est ça, la culture !

Elles peuvent même se développer et organiser, comme Carrouf des chaines de distribution : un Louvres ici, un Louvres là ! La chose est rendue possible par la taille du stock géré dans l’entrepôt de la maison mère.  À Paris la collection est de 560.000 pièces. De plus, à la différence de l’aspirateur ou du frigidaire, la consommation est locale, sans usure réelle du produit qui, s’il est bien vendu, se bonifie comme le vin avec le temps.

Bien sûr, la mode s’en mêle et il faut suivre les tendances de ce marché faute de pouvoir les orienter.

Car il existe un autre marché : celui des acheteurs discrets qui mettent un demi-milliard de dollars pour acquérir un possible « Vinci » ou 120 millions pour « Le Cri » de Munch.

Curieux mélange que cet autre marché : l’acheteur est-il un passionné de l’expression picturale pour qui l’argent ne compte pas et qui va jouir en solitaire de la contemplation du cauchemar de Munch. Ou n’est-il qu’un spéculateur, lassé du côté « grand public » du Bitcoin et qui espère plus-valoriser son emplette sans avoir les frais d’entretien qu’un achat immobilier lui occasionneraient. Ou bien encore n’est-il qu’un maniaque, collectionneur maladif qui consomme de la peinture comme il stockerait des bouteilles de vin de crus anciens et renommés…

Je crains que dans tout ce bouillon la peinture ne disparaisse et que, au bout du compte plus personne ne « voit » La Joconde.

Pour me réconcilier avec le Monde-Marché de l’Art, j’ajoute une image de ma Joconde-à-moi.

 

La Belle S

                                 

 

 

23 février 2018

 

 

 

 

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16 février 2018

Le grand déni (par le Naïf et Z le Pétillant)

 

La nature a imaginé et décidé que les mammifères se reproduiraient par voie sexuée. Elle aurait pu imaginer qu’ils ne se reproduisent pas et personne ne tapoterait sur un clavier pour émettre le tissu d’évidences qui va suivre. Elle aurait pu choisir la parthénogénèse ou la scissiparité mais elle a repoussé ces méthodes qui convenaient mal à des machines biologiques complexes. (1)

Mais la Nature, Dieu le Père, Allah et son prophète ont d’un commun accord fixé cette règle du jeu du développement de la vie sur terre qui veut que, je répète, les mammifères se reproduisent par copulation d’un couple d’individus de l’espèce, l’un de sexe mâle, l’autre de sexe femelle.

Dans ce mécano de la reproduction, les mêmes instances supérieures ont introduit -savent-ils pourquoi ?- des différences entre les mâles et les femelles. Ces différences constituent ce qu’on appelle le dimorphisme sexuel.

Prosaïquement cela signifie que Monsieur et Madame ne sont pas semblables.

L’humanité, ces quelques derniers millions d’années, avait reconnu cette différence et faute de pouvoir y faire quelque chose, s’en accommodait comme elle le pouvait.

Il n’est pas utile d’établir une liste de ces différences. Nous les connaissons et comme nos ancêtres nous les acceptons. Retenons cependant la plus significative de ces différences : la femelle « porte » l’enfant, le « met bas » et le nourrit pendant les premières années de sa croissance. Lourde tâche qui demande de la femme des qualités, lesquelles heureusement sont inscrites dans ses gènes.

Cette spécificité et  cette fondamentale différence ont fait que, dans de nombreux schémas de société sinon dans tous, la femme a connu une position subordonnée à la position sociale de l’homme et disons-le, fréquemment un état de complète sujétion. (2)

1  Je n’arrive pas à imaginer la scène : assis dans mon bureau ou allongé sur le canapé du salon, avec ou sans télévision, je me scinderai(s) progressivement en deux nouveaux Moi(s) : l’un d’entre eux serait-il toujours Moi ou le résultat serait-il deux nouveaux Moi-plus-vraiment-Moi(s) ?

2  Je ne vais pas faire au lecteur le coup de l’Islam : la Soumission dans la Soumission, « comme qui dirait » la Soumission au carré.

Une très longue maturation sociale, culturelle et maintenant politique a conduit à considérer que les individus (dans nos Sociétés) devaient jouir de Droits Fondamentaux qu’on appelle encore, sans doute pour peu de temps, les Droits de l’Homme. Chacun connait ce long cheminement : c’est notre Histoire.

Chacun, dans notre pays, se réjouit que la reconnaissance de ces droits permette aux femmes d’échapper à des conditions de servitude indigne et dégradante. (3)

Et nul ne souhaite que le mari puisse battre sa femme !  (4)

Que la femme vote, conduise les automobiles, hérite de ses parents, devienne pilote de chasse ou ministre de la transition écologique (5) est, même pour un macho comme moi, un grand progrès de nos société.

3  J’entendais dans un documentaire récemment diffusé que le Paris de la Belle Époque comptait environ 150.000 femmes en maison close, indépendamment des grisettes, pierreuses et autres péripatéticiennes.

4  Enfin, nous souhaitons tous qu’il résiste à cette tentation.

5  Sur ce point, instruit par l’expérience, j’aurais quelques réserves.

Alors pour quelle raison souhaite-t-on voir le balancier de ce progrès continuer sa course jusqu’à l’absurde en soutenant l’idée nouvelle et folle que la femme est, en tout point, l’égal de l’homme ?

Suis-je moi-même en position de soutenir que je suis l’égal de la femme dont je partage la vie ?

Que non ! Elle a ses qualités et très peu de défauts. J’ai très peu de qualités et beaucoup de défauts.

Nous sommes tout à fait différents. D’abord et cela n’est en rien rédhibitoire, elle n’a pas de barbe !

Peut-on trouver une meilleure illustration de cette différence ?

 Je reviens au point de départ : chez les Sapiens les femelles et les mâles présentent des caractéristiques physiologiques et comportementales différentes.

Cela ne signifie nullement que la femelle ne puisse pas exercer les droits naturels (6) qui lui sont reconnus et plus précisément se comporter comme le mâle quand elle le souhaite et quand elle le peut.

Inversement, le mot est approprié, j’ai acquis le droit de faire la fille comme il me plairait si cela me plaisait. Je plaisante.

6  Pas si naturels, puisqu’il a fallu attendre notre époque pour qu’ils soient reconnus. De plus s’ils étaient réellement reconnus, ce papier n’aurait pas à être écrit.

Nos droits sont les mêmes. Cela entraine-t-il que nos talents soient rigoureusement identiques ?

Et plus encore, que gagnerait l’espèce à ce que les femmes ne soient que des mâles pourvus des organes génitaux de femelle, point de butée du balancier que je viens d’évoquer ?

 

J’abordais sereinement ce sujet à la mode, avant-hier 13 février, pour me clarifier les idées. Sujet tellement à la mode que les éditeurs parisiens ont publié à peu d’intervalle une réédition de « De l’éducation des femmes » de Choderlos de Laclos (1783) et un tout nouveau Peggy Sastre : « Comment l’amour empoisonne les femmes ». Zemmour le Pétillant qui écrit plus vite que son ombre lit les deux ouvrages et me renvoie dans les cordes en publiant, hier 15 février, un commentaire dans lequel il complète et termine mon propos. Je l’inclus ici, par paresse d’abord et puis aussi car il précise les références aux deux ouvrages que je viens de citer. Un autre approche…

 

L’éternel féminin, impossible à dépasser.

Eric Zemmour   Le figaro  15 février 2018

L'homme de l'année sera une femme. Ou plutôt: la femme. La femme adulée, la femme sacralisée, la femme déifiée. Tout assassinat d'une femme est désormais un «féminicide» (si les mots ont un sens, cela signifie qu'il équivaut à l'extermination des Juifs par les Allemands, des Arméniens par les Turcs ou des Tutsis par les Hutus). Une main virile sur un genou féminin est un «viol». Toute plaisanterie grivoise relève d'une «culture du viol». Tout homme est un porc à dénoncer et abattre. Toute femme à qui on refuse une augmentation ou une promotion subit une «discrimination genrée». Tout professeur de grammaire qui continue d'enseigner la règle «le masculin l'emporte sur le féminin» est un potentiel criminel, porc, violeur, nazi…

La révolution féminine est en marche. Et comme toute révolution, elle mangera ses enfants. Ce n'est pas Choderlos de Laclos qui nous démentira. En 1783, un an après avoir publié son chef-d'œuvre libertin, Les Liaisons dangereuses, il répond à la question de l'académie de Châlons sur le moyen de perfectionner l'éducation des femmes. Sa réponse est radicale: «Venez apprendre comment nées compagnes de l'homme, vous êtes devenues son esclave (…). Apprenez qu'on ne sort de l'esclavage que par une grande révolution (…). Parcourez l'univers connu, vous trouverez l'homme fort et tyran, la femme faible et esclave (…). Soit force, soit persuasion, la première qui céda, forgea les chaînes de tout un sexe.»

Laclos fait son Rousseau («l'homme est né libre, et partout il est dans les fers») comme Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe, fera son Marx, réinventant une lutte des classes à l'intérieur du foyer domestique. La cause des femmes paraît condamnée au recyclage d'idéologies de seconde main.

En opposant la «femme naturelle, libre, belle et forte», à la «femme pervertie par la société», Laclos se trompe, et son erreur préfigure celle de Beauvoir avec son célèbre: «On ne naît pas femme, on le devient.»

La réalité est qu'on devient femme parce qu'on est née femme. Autrement dit: «L'évolution biologique est l'assise de nos structures et de nos fonctionnements sociaux, qui sont eux-mêmes la source de nos représentations culturelles.» Le style de Peggy Sastre est bien moins élégant que celui de Laclos, mais le fond est bien plus pertinent. Notre auteur est docteur en philosophie des sciences. Cette spécialiste de Darwin avale goulûment des études statistiques de psychologie évolutionniste, comme d'autres se goinfrent de Nutella. Les résultats sont édifiants et aux antipodes des discours féministes. Ces études, multiples et fort sérieuses, nous dessinent une femme sentimentale en diable, «dépendante de l'amour» comme d'une drogue dure. Une étude américaine de la fin des années 1980 montre que les femmes de toutes les cultures attachent en moyenne plus d'importance que les hommes à un bon parti financier car c'est une garantie d'un meilleur potentiel d'investissement parental dans leurs futurs enfants. Et Peggy Sastre d'ajouter, moqueuse: «Le plus drôle, c'est d'observer que ce choix de partenaire gagne en conformisme à mesure que s'accroît le pouvoir féminin et non l'inverse (surtout chez les militantes de la cause des femmes). »

Les coupables? Nos hormones: dopamine, ocytocine et sérotonine. Et les règles darwiniennes de l'évolution: les femmes doivent procréer et s'occuper de leurs enfants ; elles ont donc besoin d'un protecteur, qu'elles sélectionnent au mieux. «Tous les couples deviennent traditionnels dès qu'ils ont des enfants (…). Les hommes vont travailler plus pour gagner plus et les femmes vont voir dans la famille une de leurs priorités existentielles aux dépens de leur travail rémunéré.» Les hommes ont l'impression de perdre leur temps quand ils s'occupent du bébé ; les femmes ont l'impression de perdre leur temps quand elles ne s'en occupent pas. La fameuse «charge mentale», dernière dénonciation à la mode, n'est donc en rien le fruit pourri de la domination patriarcale, mais celui de la volonté obstinée des femmes.

L'égalité indifférenciée est une utopie irréalisable parce que «si nos environnements ont beaucoup changé depuis trois cents ans, nos gènes sont quasiment identiques depuis trente mille».

Aussi, pas étonnant que 71,5 % des hommes acceptent de coucher avec une femme qui le leur demande de but en blanc, contre seulement 1,5 % des femmes quand cette même proposition sort de la bouche d'un homme. Tout ça pour ça!

Alors, pourquoi une telle opposition entre la réalité féminine et le discours féministe? Là aussi, notre auteur, après avoir endossé son armure d'études, ose transgresser un autre tabou: «Si environ 5,5 % de la population féminine générale n'est pas “exclusivement hétérosexuelle”, le pourcentage s'élève à près de 45 % chez les militantes féministes.»

Bien sûr, cette loi d'airain biologique ne signifie pas que chaque sexe soit enfermé dans son destin de toute éternité. On peut - et c'est le rôle de la civilisation depuis des millénaires - s'éloigner de la contrainte biologique. S'éloigner, se détacher, se libérer, mais pas s'opposer, pas s'arracher, pas la renier, pas la détruire. Car le contrecoup sera terrible. On le voit déjà, comme l'a très bien compris Peggy Sastre, avec cette contre-révolution sexuelle, produit d'un néopuritanisme féministe: «Le sexe féminin redevient un sanctuaire identitaire à protéger à tout prix puisqu'on nous raconte que la moindre intrusion - commençant pour certaines dès la parole, dès le regard - est susceptible de le ruiner. Et si nos sociétés désinvestissent symboliquement la perte de la virginité, c'est désormais le viol et l'agression sexuelle qui en deviennent les équivalents. Le rideau n'est pas près de tomber sur la tragédie de la dépendance féminine.»

Splendeurs et misères de la nature féminine. Même une spécialiste de Darwin ne peut s'empêcher de se révolter in fine contre la dictature des hormones et de l'évolution, sans comprendre - ou vouloir comprendre - que tout son livre démontre que sa révolte est vaine.

 

Un dernier grain de sel en forme de conclusion.

On nait femme, on est femme et femme on reste.

On nait homme, on est homme et homme on reste.

Les hommes et les femmes sont des Hommes.

Les Hommes construisent leurs Sociétés comme ils le peuvent.

La pression ou les idées « vagues » des excitées féministes ne changeront pas les structures fondamentales de l’humanité. (7)

7  Vague ici veut dire vide.

 

16 février 2018

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14 février 2018

Des cailloux dans ma chaussure

 

Ces cailloux n’ont pas tous la même taille et ils ne me gênent pas tous de la même façon. Mais il m’empêche de me mettre « En Marche » et c’est bien dommage : j’aimerais tant être en agrément avec ce que nos responsables politiques se proposent de faire pour le Bien Commun.

Quelques foucades du Divin Enfant.

Avant le sacre, il y avait eu l’épisode de la repentance malvenue à Alger. Quels que soient les jugements qu’on puisse porter sur l’histoire de la colonisation en Algérie et ailleurs, je ne comprenais pas ce qui conduisait un candidat à la présidentielle à tenir ces propos dans l’Alger de l’enterré vivant, Alger dont le paysage nous échappe.

Puis plus récemment, nous avions eu droit à une piqure de rappel, à Ouagadougou, pour nous confirmer les « crimes de la colonisation ».

Je trouve curieux ce besoin de juger l’histoire, de moraliser le passé et de conduire ces exercices dans des audiences improbables. Si le Président souhaite faire travail d’historien (j’allais écrire d’hi-Stora-ien) qu’il le fasse dans le calme de son cabinet et qu’il ne s’en serve pas comme d’un maladroit préambule à un contact diplomatique.  Ref : Macron aborde bien légèrement…. Du 27 février 2017

Et puis je réfléchis : propos de notre temps qu’un vieillard ne peut entendre.

Petit caillou, gros caillou ? Caillou gênant, bien inutile et sans doute contre-productif : les interlocuteurs n’entendent dans ces propos qu’une marque de faiblesse.

 

Gros caillou et caillou qui ne quittera pas la chaussure, caillou irréparable.

Sur un dossier simplissime le refus d’assumer la responsabilité d’une action publique est incompréhensible, donc inexcusable. Je parle de NDDL.   Ref : Une tradition républicaine  et   Fantôme et inversion   des 17 et 23 janvier 2017.

Le mal est fait. L’ordre républicain est bafoué. La tribu des Assistés Zadistes triomphe et se prépare, renforcée à de nouvelles actions ; elle fait la fête sur des territoires conquis.

Reculer pour mieux sauter et perdre la face. NDDL est la Super-Léonarda de Macron ! 

 

Caillou qui partira de lui-même, promesse de campagne hâtive et irréfléchie, nous verrons bien.

Je parle de cette ânerie d’un retour « au » service militaire. La bêtise de la chose est tellement criante que l’objet-non-identifié, tel le caméléon, change de couleur au fil des évocations : militaire puis civil, obligatoire puis facultatif, un mois ou plus si affinité…

Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Si le propos est, au-delà de la famille, de former des Citoyens, c’est clairement et indiscutablement le job de l’ÉducNat. Libre à celle-ci de mettre dans son action le degré de rigueur et de civisme que le politique lui dictera. L’Armée n’a rien à voir dans cette démarche.

Si le propos est de former des soldats, c’est clairement et indiscutablement le job de l’Armée. Encore est-il nécessaire qu’elle recrute des Citoyens et qu’elle dispose de moyens en personnel pour remplir cette mission : en un mois ou peut-être deux ?

Oublions Azincourt et Crécy mais souvenons-nous de 1870, de 1914, de 1940, des enlisements viets et algériens et en cet instant du marais malien. Qui peut penser un instant qu’un camp de vacances d’un mois pourrait avoir la moindre influence sur le comportement d’un jeune français dans des combats dont on ne prévoit pas la nature et l’étendue ?

La réponse serait que l’ÉducNat inclue dans son regard sur l’élève le concept qu’il deviendra, s’il le faut et quand il le faudra, un soldat. Quand j’avance dette idée, je réalise que je ne suis plus dans la réalité mais dans un rêve. Le rêve d’une Éducation Nationale qui remplirait sa mission qui est précisément celle qu’on assigne à cette hypothétique tarte à la crème.

J’ose une formule : comment faire du vent et patauger dedans ! Caillou tout de même.

 

On parle volontiers au sujet des recrutements ministériels, puisant dans le vocabulaire du monde du cinéma, d’erreurs de casting. Je mets sans hésiter deux de ces erreurs dans ma collection de cailloux.

Après tout ce que j’ai déjà dit sur Hulot, personne ne sera surpris qu’il figure dans cette collection.

Ref : Espiègle et autiste   juillet 2017   Au royaume des aveugles   septembre 2017

Ma détestation du personnage grandit chaque jour et je continue à me demander par quel mécanisme ce pitre peut être « populaire » et sur quoi repose sa popularité. La réponse serait qu’il a été un bon Maître de Cérémonie lors de la très réussie COP 21 de Paris. Soit, j’en doute mais, pour reprendre l’expression, « Au royaume des aveugles… »

Un petit mot sur sa dernière prestation et la lecture que j’en fais : il y a vingt ans notre Espiègle a eu une aventure avec une demoiselle Mitterand. Cette dernière n’en garde pas un bon souvenir ; aussitôt passée la prescription et pour nuire à son partenaire d’un instant, elle dépose plainte pour viol. Nicolas n’est pas encore devenu l’idole qu’il deviendra. La justice ne juge pas l’acte prescrit et la presse ne s’empare pas de l’affaire. Mais aujourd’hui l’espiègle indispose et la presse (aidée par Marie M. ?) relance la balle qui, enfin, atteint sa cible. L’espiègle est un violeur prescrit. L’honneur de la bête est en cause. Il supporte difficilement cette atteinte. Puisse l’imposteur retourner à sa famille qu’il souhaite si fort protéger, à ses six autos-bateaux-motos-ciseaux et que Philippe nomme un véritable Ministre de l’Énergie qui ne soit pas analpha-bête.

J’ai craché mon venin et ça fait du bien.

Comparée à Hulot, la bavarde Marlène Schiappa est un caillou minuscule. Je m’interroge simplement sur la nécessité qu’elle éprouve à bavarder comme une sosotte, perchée sur elle-même, sur des sujets de faits divers, oubliant sa fonction ministérielle. Je me pose encore plus de questions sur la raison de sa présence au gouvernement : manquerions-nous de femmes d’esprit et de culture pour remplir ce poste ?

Comme je suis en mode question, une dernière : quelle est la mission de ce ministère ?

 

Je résiste à la tentation de revenir sur le dossier ISF.  Ref : Le crapaud, la cigale et la fourmi   juin 2016

Mais enfin, aussi clairement exonérer certains possédants en maintenant cette pression fiscale sur d’autres moins fortunés me semble, en restant modéré dans le propos, une injustice et une maladresse. « En même temps » bricoler la taxe d’habitation avec la certitude que les taxes foncières seront augmentées en retour relève de l’improvisation maladroite.

C’est un vieux caillou et beaucoup auraient préféré qu’il soit définitivement ôté.

 

Un énorme caillou qui ne fait pas encore mal, mais dont on peut prévoir qu’il deviendra dans un avenir proche un sérieux sujet d’inconfort : le fameux prélèvement à la source.

J’en parlerai peu ici, mais je pense qu’il s’agit d’une inexplicable bêtise à laquelle je n’arrive pas à trouver la moindre justification. Les promoteurs de cette « réforme » n’en ont d’ailleurs proposé aucune !

On a le sentiment qu’il s’agit d’un changement à opérer pour la satisfaction de pouvoir utiliser le vocable : « à la source », comme si, de cette source allait couler le progrès fiscal.

Dans de nombreux pays l’impôt sur le revenu est perçu sur le revenu de l’individu, sans considération de la famille du contribuable. L’impôt n’est alors qu’un prélèvement sur salaire exprimé en un pourcentage de celui-ci ; il s’apparente alors en terme de recouvrement aux contributions sociales qui « illustrent » par leur abondance la feuille de paie du salarié. Sa destination seule est différente : il rentre dans le budget de l’État alors que les contributions sociales pénètrent dans un autre labyrinthe. L’assiette et le recouvrement sont donc quasi-automatiques et le prélèvement s’effectue sans peine et sans frais par les entreprises.

Chez nous,  l’IR est un impôt familial ; l’assujetti est le foyer fiscal, reposant sur le mariage et sur le PACS : entrent dans son calcul une bonne dizaine de facteurs, qui sont tous totalement étrangers à la relation entreprise-employé : nombre d’enfants à charge par exemple ou encore la foule des exonérations, avantages et niches en tout genre. Bercy considère L’IR comme un outil pour piloter des actions gouvernementales aussi variées (et souvent bien injustifiées) que la transition énergétique ou tel autre patin-couffin sorti de l’imagination créatrice d’un Chef « de bureau »  des bords de Seine.

Le taux d’imposition résulte donc d’une cuisine dans laquelle le contribuable fournit des ingrédients et Bercy une recette ou plutôt un choix de recettes : dois-je réaliser tels travaux de rénovation ou est-il avantageux de placer tel épargne sur tel support… ?

Chef de bureau et Chef d’une cuisine fiscale.

N’exagérons pas : pour la plupart des contribuables, les choses ne sont pas si compliquées ; la preuve, j’y arrive ! Quant à ceux pour lesquels la déclaration est complexe, soyons sans inquiétude : ils ont l’habileté d’utiliser au mieux les recettes du Chef afin « d’optimiser » leur impôt.

Le montant de l’impôt sort de cette cuisine et le contribuable l’acquitte auprès du percepteur.

Ce montant est par construction éminemment variable : un enfant n’est plus à charge, tel placement exonéré a été effectué, tel travail donnant lieu à abattement a été réalisé…

Prélever à la source consiste à transférer à l’employeur la responsabilité de la perception de l’impôt par application d’un taux communiqué par le Chef.

Prélever à la source implique donc d’établir le montant de l’impôt avant qu’il ne soit dû, donc sur des bases antérieures qui sont possiblement et probablement erronées.

Il faudra donc, si j’ai bien compris : que le contribuable passe en cuisine pour un exercice fiscal donné (ou en temps réel ?) et que Bercy en déduise un taux d’imposition pour cet exercice fiscal. Les données seront donc nécessairement celles de l’exercice précédent sauf à prévoir l’avenir. Tout changement intervenant dans l’exercice devra donc être pris en compte rétroactivement et donné lieu çà une rectification communiquée ultérieurement à l’employeur-percepteur…qui doit rendre compte et…Bercy vérifiera que…

Je perds pied, le contribuable perd pied et je crains que Bercy ne se perde aussi.

Bercy déraisonne.

Je conclue fermement : le prélèvement à la source n’a de sens que si l’impôt est individuel et devient alors d’une extrême et séduisante simplicité.

Si nous souhaitons garder un impôt sur le revenu des foyers, il est clairement inutile d’y ajouter une boucle « employeur-percepteur » qui allonge et complique grandement le circuit administratif sans économie sur le fonctionnement du Ministère des Finances.

Pour quelles raisons cette Sapinade est-elle maintenue dans la nouvelle Loi de Finance ?

Dans un dossier de ce genre, je me dis parfois qu’il doit, comme on dit, me manquer une case.

D’autres cailloux ? Je crains que la liste ne s’allonge.

 

14 février 2018

 

 

 

Posté par Dufourmantelle à 14:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]