Le Naïf dans le Monde

23 novembre 2018

Mensonges et délires politiques

 

L’exercice consiste à le dire de la façon la plus courte et si cela est possible de la façon la plus indiscutable qui  soit.

Cet exercice suppose que le lecteur croit en la véracité des affirmations qui conduisent le  raisonnement. Il a au demeurant le loisir de vérifier les assertions s’il ne fait pas crédit à l’auteur.

Dire quoi ? Ce sera la conclusion de ce papier.

 

La production d’énergie primaire dans le monde est au niveau de 300 millions de barils équivalents pétrole par jour.

-Le baril équivalent pétrole par jour est l’unité de mesure la plus communément utilisée. Cela est légitime car le prix du baril de pétrole affecte immédiatement le coût de toutes les autres productions d’énergie. Il s’agit donc d’un marqueur physique mais aussi financier.

-Primaire veut produite directement sans transformation ; ainsi la plus grande quantité de l’électricité produite n’est pas de l’énergie primaire mais issue de combustibles fossiles.

Pour les dix dernières années cette production a connu une croissance entre 1 et 2 % par an. Et cette tendance n’a pas la moindre raison de s’inverser.

La part des énergies dites renouvelables, solaire, éolienne et autres est de l’ordre de 2 %.

En comptant l’hydraulique ce chiffre passe à 5 %.

 

Conso énergie monde 2010 2020 2035

  

Au moins un tiers de cette production est consommée par la Chine et les USA.

Rien n’indique que ces pays aient inscrit dans leur programme des réductions de production ou de consommation. Bien au contraire toute l’économie américaine est tendue pour une augmentation de production conduisant à l’autonomie énergétique. Dans le cas de la Chine la tendance serait de réduire relativement la dépendance au charbon et au pétrole dans le but d’assainir l’air des mégapoles en favorisant le solaire et le nucléaire. Ce transfert reste marginal et la croissance chinoise reste soutenue.

 

La France produit 400.000 tonnes équivalents pétrole, tep, par jour de chaleur nucléaire et d’énergie renouvelable, hydraulique pour la plus grande part. Attention : 1 tep vaut dans ces calculs simplifiés 7 barils.

Soit environ 1 % des 300 millions de barils équivalents pétrole mondiaux.

 

La France achète 300.000 tep/jour de gaz et de pétrole en comptant dans le chiffre encore une pincée de charbon.  De 30 à 70milliards d’Euros au bon gré de Trump ou de MBS.

Soit 0.7 % des 300 millions de barils produits dans le monde…

 

Bilan Energie Fr 2015

 

Donc, achat ou production, la France contribue pour 1.7 % dans la production-consommation d’énergie dans le monde.

Agir de quelque façon que ce soit sur la production ou la consommation énergétique de la France revient à agir au niveau du  « pour mille » au niveau mondial et plus probablement au niveau du « pour 10.000 ».

Considérant l’attitude des USA et de la Chine, des pays producteurs de pétrole et la croissance inexorable de la population mondiale, parler de transition énergétique constitue à proprement parler un mensonge ou un délire. Tout simplement la France n’est pas un acteur dans ce dossier.

Certes une part croissante mais toujours marginale d’électricité primaire entre dans la composition du magasin énergétique, mais ne provoque en rien une Transition et constitue à peine, en regardant les chiffres, une faible inflexion, le pour-cent qui traine derrière la virgule.

 

Alors se pose la vraie question : comment un mensonge de cette importance s’est-il glissé et imposé dans la vie politique et comment peut-il servir de cœur de programme aux représentants de la nation et aux gouvernements ?

Fallait-il que la vie politique française soit vide pour que cette fantaisie prenne corps et conduise aux absurdités que nous offre une Loi de Transition dont on mesure à chaque développement l’inanité ; Loi dont la mise en application fut confiée à des experts reconnus, heureusement disparus.

 

Mais les Français n’ont que peu de leviers dans ces affaires.

 

Économiser l’énergie, ne pas la gaspiller est le premier de ces leviers. C’est une évidence écologique et budgétaire. On le dit : le fait-on ?

 

Ne pas accroître la dette par des achats subventionnés de gadgets écolo-éolo-solaires entièrement importés ; car la France désindustrialisée n’est pas en mesure de participer à ce marché : panneaux solaire, éoliennes sont fabriqués ailleurs et il n’est même pas certain que dans le cas des installations offshores, nous soyons en mesure de les installer sans quelques amis hollandais. Ces équipements encombrent le paysage et perturbent la bonne marche du réseau électrique sans constituer pour autant une ressource.

 

Savoir si le territoire national et le domaine maritime ne possèdent pas les ressources de pétrole ou de gaz que la France achète sur un marché auquel elle participe passivement.

Cf les 70 milliards d’Euros de l’année 2016 et les chiffres inconnus des années à venir.

 

Laisser EDF faire son travail : assainir la gestion de son personnel et sa situation financière, gérer son réseau et reconstruire la filière nucléaire mise à mal par les incompétences et soumise à des impératifs de sécurité légitimes mais croissants.                                                                                                                    

chiffres-production-energie-monde-2012_zoom (1)

 

                              

 

 

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15 novembre 2018

Les gilets jaunes : le piège de l’écologie fiscale

 

Nous sommes à quelques jours d’un mouvement populaire, une manifestation spontanée de la population rurale et péri-urbaine qui n’accepte pas la hausse des prix à la pompe des carburants et qui s’étonne de surcroit que les pouvoirs publics dénoncent l’usage du gazole après en avoir fait la promotion pendant de longues années. Ce mouvement traduit « en même temps » un mécontentement général et confirme la baisse de popularité du Président.

Le gouvernement révèle son trouble par des bidouillages et des incohérences où se mêlent et s’entrecroisent le pouvoir d’achat, la taxe d’habitation, l’avenir de la planète, les oxydes d’azote et l’incontournable voiture électrique, clé du bonheur futur, source du Bien Commun.

Bien malin qui peut prévoir comment évoluera ce mouvement, ni de quelle façon il sera récupéré par les partis politiques et les syndicats.

Encore plus malin celui qui expliquera à notre Président comment se dépatouiller d’une situation dans laquelle il s’est délibérément laissé enfermer. Il est pris, et les français avec lui, dans un piège.

Il est à craindre qu’il n’y parvienne pas, que nous n’y parvenions pas et que cet épisode ne soit que le prélude de troubles sociaux, politiques qui entraveront notablement les efforts qu’il faudrait poursuivre pour améliorer la situation économique du pays : dépenses publiques, dette… dans l’hypothèse optimiste d’une prise de conscience de la réalité et de l’urgence de ces questions.

La refondation de l’Éducation Publique est un préalable à quelque action que ce soit.

 

Dans quel  piège Macron s’est-il laissé enfermer ? Comment s’articule l’argument ?

Première mâchoire du piège : la place réelle de la France et son rôle dans le problème mondial du réchauffement climatique.

Seconde mâchoire du piège : l’idéologie absurde d’une écologie de l’ignorance et du déni.

 

La place et le rôle de la France dans le réchauffement climatique

 

Rappelons les chiffres utilisés dans un commentaire récent : Mensonges et délires politiques du 9 novembre.

L’économie française produit 1 % de l’énergie mondiale sous forme essentiellement de chaleur nucléaire et de chute hydraulique. Ces deux productions sont par nature inéluctables ; que l’une et l’autre soient captées n’intervient pas dans le bilan global : l’uranium subit la fission (1) et l’eau s’écoule.

La France achète sur le marché mondial de l’énergie 0.7 % du volume global de ce marché sous forme de pétrole et de gaz. Cette énergie est consommée par le transport, le chauffage domestique et les rares vestiges industriels qui subsistent. Du gaz et encore un peu de charbon viennent compléter si nécessaire la production d’électricité nucléaire.

À l’échelle mondiale La France n’est donc pas un acteur de production d’énergie et un acteur réellement minime de la consommation de produits émetteurs de GES.

Agir sur les 0.7 % en question revient à agir au niveau du « pour mille » de la consommation mondiale.

 

Une conclusion brutale est de dire et de faire comprendre que la France n’a pas la moindre influence sur ce vaste problème qui est fondamentalement posé par la consommation des USA et de la Chine.

Au moins 30 % de la production mondiale est absorbée par ces deux pays. Ils sont l’un et l’autre engagés dans des processus qui reposent sur une croissance soutenue, croissance inaccessible à l’économie française, avec au premier chef l’accroissement des dépenses militaires.

Les américains affichent ouvertement leur intention de ne pas respecter les accords –non contraignants- des COP successives  et de relancer le charbon tout en accélérant les extractions pétrolières et gazières.

Les Chinois pratiquent un jeu plus subtil : leur consommation croit mais ils tentent d’assainir leurs mégapoles qui sont devenues invivables. Cependant dans tous les secteurs énergétiques leur consommation augmente. Ils développent donc massivement leur production électrique nucléaire et photovoltaïque.

 

En ne considérant que le pétrole, la production croit de 1 à 1.5 % annuellement ; l’équilibre du marché est au hasard de leurs humeurs et de leurs besoins assuré par les producteurs du Moyen-Orient qui compensent jusqu’à présent les déficits de production libyen et vénézuélien. Nul doute qu’à un moment donné, il faudra retourner s’occuper des réserves du pays de Maduro.

La France comme unité économique, n’est ni coupable, ni responsable ; seulement un figurant impuissant du drame.

 

L’utopie écologique en matière de consommation énergétique

 

Une autre formulation est de dire que le monde de l’énergie, considéré globalement, ne s’est en rien engagé dans ce qu’il est convenu d’appeler une Transition Énergétique. Ce concept de transition repose sur l’idée que dans un avenir proche, de façon pratique la production d’électricité éolienne et photovoltaïque, actuellement au niveau  de 2 % du total, pourrait remplacer une quantité significative des autres formes de production, qui reposent toutes sur la combustion du carbone. Il est bien possible que la résolution du problème de stockage de l’électricité permette plus tard d’avancer dans cette voie n augmentant la part de l’électricité primaire mais rien ne permet de mettre une date sur cette possible évolution. Et si transition il doit y avoir elle se fera sans que la France y contribue.

De plus les réserves de charbon restent abondantes. La réduction sur le pétrole provoquera d’abord un retour sur le marché du charbon…

En tout état de cause les aéroplanes exigeront du kérosène et la pétrochimie exigera du pétrole ou du charbon…

 

Lorsque les ressources diminueront et que la raréfaction de la matière se fera sentir, le monde des hommes s’adaptera suivant des modalités que notre temps n’imagine pas et qu’il est illusoire pour une fraction infime de la population mondiale, le 1 % de la France, penser les prévoir et les piloter. Cette illusion est d’autant plus absurde que ce 1 % de la population mondiale vit à crédit dans une économie qui ne produit plus grand-chose et qui  ne dispose au-delà d’une relative autonomie agricole d’aucune ressource naturelle.

 

Mais rien n’y fait, l’utopie prend le pas sur la bon sens et la  France tombe dans la démesure, perd le sens des réalités. Par ignorance, stupidité et calcul politique cette utopie est devenue une vérité, puis un dogme et même une Loi.

 

Cette Loi est la célèbre Loi de transition…

 

Fabuleuse est la capacité des dirigeants de notre pays à ne plus percevoir les réalités, tout occupés qu’ils sont à courir après des gloires anciennes depuis longtemps évanouies.

C’est que la France a de l’influence. Elle n’a plus que cela, mais cette influence elle entend la conserver à tout prix. Pour satisfaire cet appétit d’influence il lui faut des causes à défendre.

Accueillir des immigrés est un bon thème mais le peuple semble réservé sur le sujet. Un sujet moins directement ressenti dans la rue ferait mieux l’affaire : la lutte contre le réchauffement climatique, voilà le sujet idéal. Le peuple ne peut que souscrire. Jusqu’au point où…

Ainsi elle fait sienne un combat qui la conduit à sauver la planète. Elle va jusqu’au récent : « Make our planet great again » pour tancer le plus mauvais élève qui, il faut le regretter, se conduit mal.

Elle soutient les moulins à vent d’une écologie des illusions.

Dans ce combat, auquel elle est seule à donner un sens, elle mène la charge. Elle entraine la troupe des nations derrière elle. Le grand œuvre est la fabuleuse COP 21. Tous se sont ralliés. Quel succès ! Un triomphe Royal.

 

Un facteur aggravant : la haine du Nucléaire

 

Le texte qui suit est extrait d’un papier précédent. Il est encombrant dans le cadre de cette mise au point, mais il met en perspective d’autres segments du dogme évoqué ci-dessus. Ref : l’Électricité en France, 4ème partie de mars 2018

 

L’autre sujet concerne … la « haine du nucléaire ». En tout cas son rejet. Ce syndrome est mondial et la France n’est pas le pays le plus affecté.

Le mal est profond.

L’énergie nucléaire, en 1945, a fait son entrée dans nos vies par la mauvaise porte : la porte de la guerre et de la destruction. Qu’importent les comparaisons entre Dresde et Hiroshima, le versant « magique et apocalyptique » de l’arme ne disparaitra jamais.

Le nucléaire civil, chaleur-vapeur-électricité, aurait sans doute pu ne pas être ignominieusement marqué par la Bombe mais les accidents de Three Miles Island en 1979 et de Tchernobyl en 1986 ont, pour longtemps fait entrer l’atome civil dans le royaume des Forces du Mal. La catastrophe de Fukushima en 2011 vint achever cette descente dans l’enfer des opinions publiques.

C’est un état de fait et seuls les régimes autocratiques qui « font » les opinions arrivent à passer outre et à conduire des programmes nouveaux de construction de centrales nucléaires…et thermiques aussi bien !

L’origine de ce malentendu entre l’homme et la radioactivité tient au caractère secret de celle-ci. La foudre frappe et incendie, le vent abat les forêts, la tempête ravage les côtes, les volcans explosent  alors que la radioactivité est simplement là, endormie, recouvrant tout mais paisible et sans le moindre excès. Elle est l’essence même du soleil, elle rayonne avec lui dans notre ciel. Notre terre irradie elle-aussi en souvenir de son origine, en quelque sorte chaude et « radieuse ».

Elle n’est entrée dans nos vies, et cette fois ci par la petite porte des laboratoires, qu’au seuil du 20ème siècle. Les historiens de sciences nous disent par quels chemins, depuis les images des Rayons X, nous en sommes arrivés aux savants fous des années noires murissant l’idée que la concentration de cette force omniprésente et diffuse autoriserait les Prométhées de notre temps à domestiquer cette immense énergie.

Comme presque toujours dans l’histoire de l’Homme, le chemin est celui de la bataille, de la guerre.

L’arc du chasseur tue la biche mais mille arcs éradiquent la chevalerie du bon Roi Philippe. Une bombe lancée depuis le biplan de la grande guerre détruit le nid de mitrailleuse mais dix-mille bombes font disparaitre Dresde. Pour Hiroshima, une seule bombe suffira.

La paix reconnait cette énergie et veut, elle-aussi la domestiquer : il suffit de ne pas aller jusqu’à l’explosion.

Simple, non ? Pas d’explosion : reste la chaleur.

La règle du jeu est donc de maîtriser en toutes circonstances le combustible-explosif que nous mettons dans la marmite à bouillir : l’erreur conduit le combustible à redevenir l’explosif.

Cependant l’homme ne hait pas l’arc, il adore l’avion et les américains, nous dit-on, ne peuvent pas s’endormir sans un colt sur leur table de nuit ; alors que l’atome est resté invisible, secret et magique. On ne le voit pas et on ne le comprend pas. Cette peur de l’énergie nucléaire empêche l’acceptation de l’existence même d’un phénomène naturel qui, littéralement nous imprègne.

Cette peur et cette diabolisation surplombant les réalités techniques s’engouffre dans le vide intellectuel d’une oligarchie politique inculte scientifiquement et coupée du monde de l’industrie et de l’énergie.

Le fait brut est que depuis 50 ans la France produit, avec l’appoint de la houille blanche, l’essentiel de son électricité au moyen d’un outil qui a fonctionné parfaitement, régulièrement et à un coût comparable à celui des sources carbonées. L’Autorité de contrôle dont l’exigence ne saurait être mise en doute donne son accord pour continuer l’exploitation de cet outil par tranche de 10 ans au prix d’efforts de sécurité accrus.

Et bien non ! Nos ombres chinoises mettent toute la puissance des rumeurs en action, entrainent dans leurs errements les « forces du progrès » de la présidence Hollande et vont finir par obtenir qu’on mette à la casse un parc de production, déjà amorti et susceptible de travailler longtemps encore.

L’exemple allemand, pourtant exemplaire ne sert de rien.

Le très cultivé Macron n’a pas de temps pour ces détails et en confie le suivi à son pitre de service.

Leur triomphe est la Loi de Transition Énergétique qui devient la Bible de l’Antinucléarité.

 

La taxe carbone

 

Au-delà du fatras le l’expression d’un grand nombre de « bonnes intentions » la Loi de Transition… s’articule sur trois thèmes.

 

La France doit réduire sa production d’électricité nucléaire : c’est le dogme. Donc il faut fermer des unités de production qui fonctionnent de façon satisfaisante, n’émettent pas de GES, sont amorties et certifiées opérationnelles pour encore de nombreuses années par l’ASN. Comprenne qui  pourra.

Leur production sera remplacée par de l’électricité éolienne ou photovoltaïque. Les équipements nécessaires sont entièrement importés car l’industrie nationale n’a  développée aucune filière dans ces domaines. Ils demandent un espace qui dans le pays est maintenant compté donc onéreux. Mais surtout la production de ces outils est soumise à des variations climatiques qui obligent à la compenser par des productions de centrale thermique ou par des acrobaties dans l’exploitation des centrales nucléaires, acrobaties consistant à réduire délibérément la production nucléaire pour pouvoir consommer l’électricité dite verte. Avec l’aide de la CGT, mais cette remarque est hors sujet.

Il faut limiter la consommation de combustibles carbonés : charbon, gaz, pétrole.

Il est plus que légitime de réaliser des économies sur un tel poste de dépense : tous les produits sont importés et leur importation accentue un déficit commercial qui n’en a nul besoin. Il est idiot de gaspiller de l’énergie en émettant des GES. Le citoyen doit donc dans la mesure du raisonnable limiter sa consommation. Son civisme est le principal vecteur de ce comportement économe et vertueux.

L’État encourage cette évolution en appliquant une taxe nouvelle précisément qualifiée de Taxe Carbone. L’idée n’est pas neuve et la vente des produits pétroliers est depuis longtemps/toujours affectée par la taxation. Cette taxation représente un élément important des ressources fiscales.

Cette taxe aurait pu prendre la forme d’un droit de douane affectant les hydrocarbures et le charbon à leur entrée dans le pays. La réglementation européenne n’autorise pas une telle mesure ; au demeurant de nombreux secteurs industriels déjà en grande difficulté n’y survivraient pas.

La Taxe Carbone (Contribution Climat-Énergie) adoptée par le gouvernement Hollande dès 2014, et incorporée à la très ancienne Taxe Intérieure appliquée à la pompe est perçue par Bercy comme un cadeau tombé du ciel où scintillent les astres de l’écologie et sera donc saupoudrée et ponctionnée sur les prix à la consommation.

 

Sa particularité est son caractère automatique : Elle est programmée par la loi et augmentera fortement et rapidement. Il est délicat pour le public de mesurer son montant car elle est calculée sur des poids de CO2 produit par tonne de carburant.(2)

Ironie mais il n’y a pas de petit profit, la taxe est soumise à la TVA.

Son impact initial en 2014, sur la base de 7 E/t ne fut pas sensible : le gouvernement baissa la taxe existante du montant ajouté par la nouvelle  taxe.

Mais la loi de 2015 rend effectives ces augmentations et en prévoit la croissance à la façon d’une charge héroïque : de 8.4 E/tCO2 en 2014, la taxe passe à 53.5 E en 2018, puis sera de 78.5 E en 2020  pour atteindre 100.3 E en 2022 ; certains souhaitent voire la taxe atteindre plusieurs centaines d’euros à l’horizon 2050. (3)

 

Remarque sur les taxes à la consommation

 

En affectant une fraction estimée des conséquences négatives d’une consommation (les externalités) au prix d’une marchandise, le fisc dote l’État d’un levier pour agir sur un marché donné en réduisant son volume. Il accroit « en même temps » ses revenues même si le produit de la taxe est déclaré affecté à la lutte contre les dommages de la consommation : l’acheteur taxé est aussi le contribuable ordinaire et doute en général du bienfondé et de l’honnêteté de la démarche.

Sur un marché donné une réduction de la consommation par la taxation entraine chez les producteurs des difficultés qui retentissent dans le système global et donnent naissance à des mouvements en retour et mettent en évidence des effets secondaires sous-estimés lors de l’instauration des mesures coercitives.

Mais le consommateur est affecté par l’augmentation du prix de la marchandise ; il n’entend le message transmis par le fisc que dans la mesure où il croit qu’il participe à une action légitime et « juste » ; mais aussi dans la mesure où il peut « naturellement » agir sur sa dépendance au produit consommé.

 

Dans toutes les  consommations ces facteurs se prêtent à l’analyse : il est clair pour tous que consommer des stupéfiants n’est bon ni pour l’individu, ni pour le corps social. Cependant laisser se poursuivre le commerce des drogues dans les banlieues des métropoles est toléré car cela génère une activité rémunératrice dans des zones dans lesquelles l’État n’a plus d’existence ; on laissera donc ce marché s’organiser tout seul. Parallèlement le gouvernement marocain n’exerce probablement pas tous ses efforts pour réduire la production du cannabis. Alors le marché étant reconnu et toléré, n’est-il pas légitime de le légaliser. La tentation est grande car la ressource fiscale en serait augmentée.

Alcool, viticulture, santé publique, sécurité routière, marché à l’exportation, désarroi de la jeunesse et quoi encore offrent le plus évident de ces entrelacs où s’englue le pouvoir public.

À d’autres moments pour les meilleurs raisons du monde, on voit le sucre ou l’huile de palme jouer ce rôle de produit coupable : si le produit est peu addictif, cela fonctionne. Est-ce le cas du sucre et comment lutter autrement contre une obésité devenue « normale » ? Qu’en pensent les industriels de l’industrie agroalimentaire ?

 

Il faut retenir de ces remarques le point important suivant : pour accepter une taxe pigouvienne, (4) il faut que le consommateur puisse « naturellement » réduire sa consommation et modifier son comportement.

Ainsi, on peut naturellement ne pas fumer, boire pas ou moins d’alcool, mettre moins de sel dans sa cuisine (pas facile !) (5) ou ne pas prendre son auto pour éviter de marcher quelques centaines de mètres. Mais on ne peut pas « naturellement » marcher 25 km AR chaque jour si on habite à cette distance de son usine.

Voici le cœur de l’argument : si on habite à  25 km de son lieu de travail la voiture individuelle est la réponse « naturelle » au problème. L’État  dépend (emploi, balance commerciale) de l’industrie automobile et a encouragé l’accession à la propriété de petit véhicule diésel. Organiser les transports publics suppose une capacité d’organisation et d’efficacité qui ne soit pas grevée d’entrée de jeu par la fonctionnarisation, les lourdeurs de l’administration…et les coûts qui en résultent.

L’usager est donc contraint et il perçoit la taxe supplémentaire comme illégitime et injuste.

 

En résumé

 

Les nations qui consomment de l’énergie continuent d’accroître leur production et d’une façon générale, le monde n’est en rien engagé dans une « transition énergétique ». Les États-Unis affichent une politique de production accrue et les Chinois, sans en faire une politique affichée font de même.

 

La France n’est pas un acteur de cette production ; sa consommation est insignifiante. Son rôle sur la scène internationale est celui d’un relais d’opinion sur le problème climatique reposant sur une influence supposée. La France souhaite se poser en exemple et le dit haut et fort.

 

Un mélange toxique d’hubris, d’idéologie politico-écologique, de déni des réalités et des chiffres conduit la France à adopter sans raison réelles des politiques d’abandon de l’outil nucléaire. En compensation on favorise des investissements inutiles dans des filières de production non rentables, inadaptées au réseau électrique national et financées par la dette.

 

S’ajoutent de maladroites tentatives de réduction de la consommation de produits pétroliers par des taxes imposées rapidement et inopportunément, perçues par l’usager comme « la goutte d’eau qui… » : Adoption d’une taxe carbone frappant d’abord des utilisateurs contraints professionnellement, socialement donc financièrement au moment où intervient un renchérissement du brut.

 

La Loi dit que cette nouvelle taxation doit croître pour atteindre des niveaux que l’automobiliste juge inacceptables.

 

Confusément chacun perçoit clairement la nécessité de ne pas gaspiller l’énergie carbonée mais tout aussi confusément le citoyen-contribuable-automobiliste ne croit pas à l’efficacité de la politique du gouvernement pour la solution d’un problème mondial.

 

Les moyens modernes de communication permettent sur de initiatives privées de rassembler et de souder les doutes et les mécontentements.

 

Les gilets jaunes se rassemblent et font ce que tous les manifestants savent faire : bloquer la circulation.

 

 

 

1. L’uranium subit la fission mais il est certain que la concentration qu’il subit accélère la vitesse et le niveau des radiations. Un spécialiste dirait combien.

2. Pour des estimations d’ordre de grandeur, une règle simple (simplifiée) est qu’une tep  produit une tonne de CO2.      

Tonne de CO2 et tep

   

3. Imaginons un baril à 50 $, soit une tep à 400 $. Si la taxe est de 400 E, on constate que la taxe est d’un montant à peu près équivalent au coût du produit. Le client à la pompe paie alors 1 E de produit, 1 E de TICPE « ordinaire et en prime 1 E de CCE (Taxe carbone).

4. On ne peut pas résister au délicat plaisir de pigouver un brin.

5. On ne regrettera pas la disparition de la gabelle.

13 novembre 2018

Addendum le 20 novembre

La manifestation a eu lieu le 17 novembre, s’est poursuivie les jours suivants et continue au moment où s’écrivent ces lignes.

Le piège a de puissantes mâchoires. Le prix des carburants a servi à allumer l’incendie mais toutes sortes d’autres frustrations ont trouvé leur expression. Le « pouvoir d’achat » devient mot d’ordre.

Un rejet massif de tout le système politique et syndical s’exprime et dérive dans le vide d’un refus global, sans programme et sans support théorique.

Le gouvernement, coincé dans le piège, maintient et affirment le bienfondé de ses bêtises : Il a impérativement besoin des milliards de la taxe. Les bricolages évoqués tournant tous autour de l’achat de nouvelles autos prennent l’allure d’une nouvelle provocation.

La manifestation importante le premier jour ne gagne pas en ampleur ; comme il était prévisible des éléments perturbateurs se sont mêlés aux gilets jaunes et certains d’entre eux se « radicalisent »…

Elle gagne en violence : 2 morts, des centaines de blessés.

 

Une analyse simpliste : Macron avait agrégé lors de l’élection présidentielle un électorat centriste, séduit par sa jeunesse ; en adoptant une large partie du programme de Fillon,  il n’avait pas effarouché l’électorat centre-droit de ce dernier. Il a été élu mais une moitié de la population sensible aux voix des extrêmes n’a jamais réellement admis la défaite.

En dépit de certaines réalisations partielles, Macron n’a pas su conserver l’appui provisoire du centre-droit en majeure partie en conséquence de trop nombreuses maladresses et de quelques grosses sottises. Il ne doit qu’au retrait de Juppé de ne pas avoir d’opposition réelle à droite.

Mais les groupes extrêmes (hâtivement qualifiés de populistes) finissent par se rejoindre, hors programme et hors support théorique. Ils se rejoignent dans l’expression populaire, confuse et maladroite d’une jacquerie qui laissera des cicatrices, si elle s’arrête et quand elle s’arrêtera.

Sans être un grand clerc, on peut imaginer le pire lors des prochaines élections européennes et le pire du pire dans trois ans.

 

 

 

 

 

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20 octobre 2018

Les charmes de la mémoire artéfactuelle

 

Il faut en premier lieu établir la différence qui existe entre l’Artifice et l’Artefact. Ensuite il faut établir la différence qui existe entre intelligence et capacités de la mémoire. (1)

 L’Artifice est un très vieux mot, attesté depuis le 14ème siècle et  dérivé du latin « artificium » couvrant le champ : métier, art, habileté.

Après avoir longtemps signifié : Art consommé, habileté dans l’exécution, le sens a glissé vers :

Moyen habile, ingénieux destiné à améliorer, à corriger la réalité ou la nature.

-soit procédé pour améliorer une technique, un art, une manière de faire ou d’être, pour y ajouter un raffinement.

-soit procédé d’imitation inventé pour créer l’illusion de la réalité.

-soit détour ou astuce, allant jusqu’à ruse et imposture.

Oublions les sens dérivés concernant la pyrotechnie.

L’Artefact est en mot récent d’origine anglaise employé surtout par les archéologues pour qualifier un objet clairement fabriqué par l’homme : produit de l’art, de l’industrie. Ajoutons : produit d’un travail sur la matière à des fins artistiques, liturgiques ou utilitaires.

Oublions le sens que donne au mot les chercheurs lorsque, au cours d’une expérience les procédés utilisés pour conduire cette expérience donnent des résultats parasites par l’introduction de phénomènes secondaires.

 

Ainsi, un ordinateur et/ou un programme de calcul introduit dans un ordinateur sont clairement, en français, des Artefacts. Ils n’ont pas vocation à améliorer ou corriger la nature et ils sont bien des produits de l’activité de l’homme. Ce ne sont pas des Artifices et ce qu’ils produisent n’est pas Artificiel.

 

Pour l’intelligence la chose est plus compliquée.

En partant du latin « intelligere », comprendre, action et faculté de comprendre, le vocable a acquis et conservé deux significations :

-Fonction mentale d’organisation du réel en pensées chez l’être humain, en actes chez l’être humain et l’animal.  (2)

-Action de s’entendre, de se comprendre ; résultat de cette action.

Oublions le second sens qui nous mènerait, en bonne intelligence avec le lecteur, sur d’autres chemins suivis en particulier par les anglais qui retiennent à la fois le sens profond mais y ont largement adjoint le sens très dérivé de « renseignement sur des puissances étrangères ». (3)

Fonction mentale… d’organisation en pensée.

On résume ainsi cette capacité propre au cerveau de construire avec des perceptions, sensations et émotions, des images nouvelles, appelées ici des pensées.  Celles-ci évolueront vers d’autres pensées et/ou vers des actes que le cerveau commandera spontanément dans une première réaction ; ou qu’il analysera en projetant, toujours  par la pensée, dans le cerveau, les conséquences de ses actes : ce que le dictionnaire désigne par : fonction d’organisation.

Contrairement à la machine, ce cheminement des pensées dans le  cerveau couvre un vaste champ de possibles, et donc entraine l’impossibilité de prévoir ce que sera l’acte. Les liaisons entre les sensations, le cerveau et le corps ne sont pas et ne seront jamais des liaisons au sens où les mécaniciens définissent le mot. Le cerveau humain ne comporte pas d’embiellage transformant « mécaniquement » tel  mouvement en tel autre et les circuits électriques qu’il comporte passent le plus clair de leur temps à se modifier.

Depuis Héraclite et ses copains on ne cesse de répéter que l’homme pense librement notre monde et que cette faculté peut être appelée intelligence. Les artistes utiliseront les vocables créativité, invention, originalité…

De grâce, n’accordons pas d’intelligence à quelques kilos de cuivre, de silice, nourris à l’électricité, même si ces choses, convenablement organisées dans de jolies boites de plastique ou d’aluminium facilitent, comme les bons outils qu’ils sont, nos envies de communications et notre besoin d’assister nos défaillantes mémoires ; et contentons-nous d’utiliser du mieux que nous le puissions notre intelligence.

Mais alors comment le mot intelligence s’est-il glissé dans le vocabulaire de notre époque pour désigner la capacité qu’ont certaines  machines à assister l’homme dans ses raisonnements et travaux scientifiques.

L’explication est simple : Il s’est introduit une confusion sémantique entre « le génie de la pensée humaine » et le rôle essentiel que jouent dans les démarches créatrices « la mémoire et la capacité d’organiser matériellement les données acquises dans cette mémoire », données qui résultent de l’expérience ou de l’examen du monde physique, de la nature.

D’une part l’observation de la nature conduit à accumuler des données. Elles sont mémorisées et classées.

Puis le cerveau élabore un système qui, au-delà du simple examen descriptif et statistique, débouche sur une véritable et nouvelle interprétation de la nature, sur une lecture des mécanismes du monde.

L’homme voit le soleil se lever et se coucher chaque jour au gré des saisons dans des conditions qu’il observe et qu’il note. Alors il en déduit, au prix d’énormes efforts d’imagination sur un temps long, que la terre tourne autour du soleil, que la terre tourne sur elle-même et que l’axe de cette rotation est incliné de façon constante sur le plan du mouvement de la terre… Son imagination, son génie créatif lui propose cette théorie astronomique. Il en vérifie la validité, il cherche à comprendre les causes de ce phénomène et il en déduit qu’une force retient la terre autour du soleil. Enfin il note les anomalies de ce fonctionnement et en déduit qu’il existe d’autres planètes qui obéissent à la règle qu’il a inventée. Pendant des millénaires, lors même que ce processus créatif prenait corps, les croyances, les religions révélées fournissaient des réponses à ces questions que l’observation du phénomène conduisait l’homme à se poser. Elles constituaient de la sorte de véritables barrières à connaissance et à la recherche. (4)

Cette fable met en évidence qu’il existe bien deux choses distinctes : l’accumulation des données et leur classement d’une part, et ensuite l’idée qu’un système « explique » ces données et les intègre comme des faits résultants.

Les machines sont dans ce domaine de la conservation et du classement des données collectées des outils fondamentaux par leur dimension et la rapidité de leur fonctionnement.

Que sont ces machines et comment les faisons-nous fonctionner ?

Sur ce sujet le dictionnaire n’aide guère et de fait, ne clarifie rien.

Limitons nous à l’ordinateur.

Ordinateur : Emprunté au lat. d'époque impériale ordinator «celui qui met en ordre, qui règle» formé sur le supin ordinatum de ordinare,

Machine algorithmique composée d’un assemblage de matériels correspondant à des fonctions spécifiques, capable de recevoir de l’information, dotée de mémoires à grande capacité et de moyens de traitement à grande  vitesse, pouvant restituer tout ou partie des éléments traités, ayant la possibilité de résoudre des problèmes mathématiques et logiques complexes, et nécessitant pour son fonctionnement la mise en œuvre et l’exploitation automatique d’un ensemble de programmes enregistrés.

Voilà pourquoi votre fille est muette. Pris de honte, le dictionnaire apporte une précision :

Un ordinateur n'est en fait qu'une vaste opération de mécanisation d'un processus portant sur des données. Ces données ayant été enregistrées dans une mémoire, à partir d'un dispositif d'entrée dans le système, vont donc être manipulées un certain nombre de fois par certains opérateurs, puis renvoyées soit dans une autre partie de la mémoire où elles sont stockées en vue d'opérations ultérieures, soit à la sortie où elles seront présentées sous une forme utilisable dans le monde extérieur.

La fille reste muette.

 

Ce qui ressort de ce charabia est qu’il existe des gens qui comprennent comment fonctionnent ces machines et une vaste majorité de gens, y compris les rédacteurs du dictionnaire et le rédacteur de cette note, pour qui elles sont pure magie.

L’expression de ce sentiment de magie, la baguette de la fée, l’incantation du sorcier est l’Algorithme.

Sens moderne : Ensemble de symboles et de procédés propres à un calcul et par extension, ensemble de formules, de signes et de conventions accessibles aux seuls initiés.

Il est normal que la magie soit le privilège ésotérique des initiés. Un pas plus avant et pour faire simple :

Mécanisme réglant le fonctionnement de la pensée organisée et s’explicitant par des représentations analogues à celles des mathématiciens.

Puis encore plus simple :

Méthode et notations de toute espèce de calcul… de l'esp. Alguarismo,… issu de l'arabe Al Ḫuwārizmī,  surnom du mathématicien du IXe siècle Abdallāh Muhammad ibn Mūsā.

La confusion de pensée que l’on ressent en lisant ces embarrassantes définitions embarrassées trouve son origine dans le besoin de mettre des mots sur des réalités physiques qui restent pour le commun inintelligibles donc ineffables. Les mots ne signifient plus rien. On se croirait dans le monde de la politique.

Il faut revenir en arrière et revenir à une vue démystifiée de la machine et de son fonctionnement.

L’assemblage de silicium, de cuivre et de plastique qui a été fabriqué de la main de l’homme est susceptible, pour qui sait le piloter, de faire des calculs de tous ordres, à grande vitesse, en manipulant de très grands nombres. Il sait aussi classer, trier et ordonner des quantités importantes de données.

Cet assemblage et ses capacités résultent du travail et de l’intelligence des concepteurs et des fabricants de cette machine.

Qu’il s’agisse de calculer ou d’ordonner, il faut que quelqu’un (qui n’est pas un pur esprit) « dise » à la machine ce qu’elle doit faire et comment le faire. Le médiateur en question sait parler au cuivre de la machine car la machine a été construite autour d’un langage. On parle de code et de programme et ces deux mots recouvrent l’instruction de faire et de comment faire transmise à la machine. C’est évidemment à ce niveau que se situe l’intelligence –ce qui est notre sujet- et non pas dans le cuivre.

On a ici remplacé un charabia par un autre, mais dans celui-ci on précise la notion que ni la machine, ni son langage n’ont d’existence en dehors de leur concepteur.

 

Ces deux niveaux d’intelligence sont indissociables : la machine a été conçue pour servir et l’opérateur doit savoir s’en servir. (5)

 

Calculer pour la machine est d’appliquer, très souvent de façon itérative, des formules mathématiques complexes. Ces calculs échappent par leur dimension davantage que par leur nature au calcul à la main, sur le  coin du bureau. Les astres eux-mêmes comme les fusées et autres satellites se plient aux rigueurs des calculs des calculateurs, au point qu’on ne sait plus qui commande qui…

 

D’une autre façon, le « trier- ordonner » présente une  particularité qui  trouble les esprits. Cette particularité réside dans le fait que la machine, infiniment véloce, peut analyser dans un jeu bien défini, aux règles précises, échecs, jeu de go…ce que seront les répercussions d’un « coup » joué par l’adversaire jouant contre elle ; et quelle sera la probabilité des conséquences du coup qu’elle même avancera ; et ainsi de suite en éliminant tous les coups de moindre qualité ; jusqu’à gagner par enfermement de l’adversaire.

Rien n’est plus facile que de prendre cette capacité d’analyse et de prévision avec de l’Intelligence. Mais bien évidemment l’intelligence se trouve chez le programmeur qui a su apprendre au cuivre et au silicium ce qu’il fallait déduire de chaque étape du jeu et ce qui, statistiquement laisserait le moins de champ possible à l’homme contre qui joue le binôme programmeur-machine.

 

On a insisté sur le cuivre et le silicium. Il s’agit bien évidemment d’une erreur : il n’y a pas de silicium dans un ordinateur…Le Naïf est simplement entrainé par la défiance qu’il ressent à l’usage indu des panneaux solaires qui fleurissent dans « nos campagnes, jusque dans nos bras » bien qu’ils « n’égorgent » que notre balance commerciale. Du coup il voit du silicium partout !

Mais il ne faut pas oublier le  carburant de la machine. Tous ces bazars doivent être alimentés puis refroidis. Ce sont des machines électriques. Leur nourriture, leur sang et leur sueur dépendent de la fée électricité. La magie est à tous les niveaux. Seulement la magie de l’électricité est devenue notre quotidien et nous n’en percevons plus les sortilèges.

Une conclusion

L’appellation Intelligence Artificielle est un véritable double faux-sens. Mais, raisonne le Naïf, un mot n’est que convention culturelle et si, dorénavant nous convenons de désigner par ce vocable l’ensemble des artéfacts qui permet à une machine d’aider l’homme à jouer tout seul aux échecs ou à mieux prévoir le temps qu’il fera demain et les jours d’après, pourquoi le Naïf critiquerait-il cet usage ?

Un dernier emprunt à Albert Camus

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.

 

  1. Tout ce qui  est noté en rouge est extrait du dictionnaire cnrtl. En rédigeant ce papier, l’intention était à l’origine de n’utiliser que des extraits de dicos. Mais la vacuité des définitions de ces derniers sur le sujet « ordinateur » et « algorithme » a conduit à prendre le relais en schématisant à l’extrême des choses bien trop complexes pour l’entendement du Naïf.
  2. On notera que notre dictionnaire refuse aux animaux la capacité de penser.
  3. On se convaincra facilement que la CIA n’est pas le temple de l’Intelligence.
  4. On voit bien que le rôle des croyances ne cesse pas de nos jours et se nourrit de l’inculture et de la bêtise qui sont et restent  les choses du monde les plus répandues, les plus partagées.
  5. Difficile de ne pas penser aux avions modernes qui volent quasiment sans pilote, mais conservent la faculté de disparaître au milieu de l’Atlantique, ce qui n’arrive pas, Dieu merci, aux ordinateurs.

 

15 octobre 2018

 

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08 octobre 2018

Méfiance : un ectoplasme peut toujours en cacher un autre

 

Il faut distinguer deux formes de vacuité dans la façon dont le monde de la vie politique s’est emparé de la pensée écologique.

Le vide idéologique pur, cristallin, parfait qui repose sur le déni constant des réalités économiques, géopolitiques et surtout démographiques. C’est le vide du croyant qui prie un Dieu (lointain car absent) afin que l’humanité change de trajectoire dans son ensemble et retrouve une communion primordiale avec la Terre, la Nature…

C’est aussi, fréquemment, le vide de l’esprit simple (simplet) et scientifiquement-techniquement-technologiquement inculte qui ne sachant rien, croit lui aussi que son verbe changera le monde de l’économie, de la production industrielle et de la consommation.

Ils ont fondamentalement raison car l’exploitation de planète, comme nous en voyons le terme, devrait raisonnablement conduire à une modération de la consommation des richesses naturelles.

Cette modération interviendra sans grands efforts avec la disparition des ressources.

Cette pensée écologique se fracasse régulièrement en percutant le monde des individus consommateurs et celui des autocrates en mal de construction d’empires, de califats et de bombes atomiques.

Elle trouve une certaine résonnance, une relative écoute dans les démocraties molles des pays favorisés par la géographie, encore riches et héritiers d’une certaine histoire. La France est l’archétype.

Une autre forme du vide de la pensée écologique est incarnée dans un personnel de la politique qui, en absence de philosophie politique construite* endosse des habits à la mode, pris sur l’étagère des idéologues décrits précédemment, s’empare de leurs discours et cuisine sa carrière sur ce fond de sauce en ayant en réalité « trou du cul » d’opinion.

*Dieu, comme était confortable la pensée marxisante et comme étaient généreux les nantis parisiens qui en étaient les apôtres.

Cette forme du vide dans la pensée politico-écologique est par les aberrations qu’elle provoque un contributeur important au déficit commercial et à l’accroissement de la dette.

Des noms :

Dans la première catégorie en priorité les ONG et la foule des Défenseurs de… ou des Antis quelque chose. La liste est longue et leur combat est souvent légitime dans la mesure où il constitue une barrière aux excès inévitables d’un capitalisme et d’un consumérisme devenus incontrôlables.

Puis ils se radicalisent, comme on dit de nos jours et leurs mouvements se sectarisent.

Dans la seconde catégorie : tous ceux et celles dont on connait le nom et en particulier nos deux gloires nationales : La Royale et l’acrobate grimpant François de Rugy.

Hulot est hors catégorie car il participe à part égale aux deux précédentes : il a bien les convictions et l’inculture des idéologues et « en même temps », il aimerait tellement faire carrière et accéder aux honneurs.

Justement Hulot, personnalité préférée des Français, après quelques propos que la décence ne permet pas de qualifier, quitte le gouvernement. La République vacille.

Macron n’hésite que quelques instant : Ferrand a tellement envie du perchoir et de Rugy est un écologiste bon-teint très propre-sur-lui.

Toc, l’affaire est faite.

Les personnes que la présence d’Hulot au gouvernement inquiétait et chagrinait ne vont pas jusqu’à se réjouir mais ils voient dans ce mouvement de personnel une garantie d’immobilité : en matière d’écologie « pure » que souhaiter d’autre ?

Naturellement une fois affirmé le côté résolu de l’action gouvernementale par l’héliportage télévisé des pauvres oursonnes slovènes et enceintes,  il faudra un jour aborder le problème d’EDF et du nucléaire.

Sur le nucléaire notre nouvel ectoplasme s’exprime :

"Il y a plusieurs questions : D'abord il y a un processus d'accompagnement, y compris social, parce qu'il y a des personnes qui travaillent et qu'il faut les reconvertir". Il ajoute : "Il y a un processus aussi d'économie du territoire, qui ne vivait que là-dessus et donc il faut aussi diversifier. Et puis enfin il y a une question d'approvisionnement en électricité.

Notre inquiétude se dissipe : notre nouveau ministre de l’Énergie a perçu toute l’ampleur du problème : C’est « aussi » une question d’approvisionnement en électricité.

Le voile se déchire et la vérité est enfin révélée : les centrales atomiques et EDF d’une façon plus générale produisent de l’électricité.

Il serait grand temps que le Président, entre deux selfies hasardeux, comprenne que l’approvisionnement énergétique du pays n’est pas un problème secondaire à confier aux incompétents.

Sur EDF, il s’exprime aussi en réponse à une question d’un journaliste :

M. Hulot avait dit qu’il fallait réfléchir à l’« architecture » d’EDF. Etes-vous de cet avis ?

J’ai quelques idées sur la question. On en reparlera avec le président de la République, avec le premier ministre, avec les principaux concernés. Je ne suis pas pour le changement par principe, mais je pense que le statu quo n’est pas dans l’intérêt de l’Etat et de l’entreprise. Il faut vraiment tout regarder, pas seulement le sujet de la transition énergétique, mais aussi l’endettement de l’entreprise, et cela peut en effet inspirer des évolutions.

Nous ne sommes là, non plus dans la « Révélation » mais dans la pensée mûrement réfléchie, exprimée de façon constructive.

Jean-Bernard Levy ne dit rien mais qu’en pense-t-il ?

08 octobre 2018

 

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07 octobre 2018

De la Grotte à la galette de Caverne

L’arpent ne doit pas coûter bien cher. Peu de raisons de vouloir économiser l’espace. Si un musée ou une salle d’exposition sont à construire dans cette partie de la lande ardéchoise, l’aménageur peut prendre ses aises et faire grand.

Tout est traité « à l’hectare » et le visiteur peut flâner avec plaisir et à loisir dans le paysage et les éléments du complexe touristique.

Le mot monument vient à l’esprit, mais vite le visiteur réalise que le parti est résolument de ne pas gagner en  hauteur mais de rester à plat ; l’ouvrage principal surprend par son étalement et non par son élancement.

Pas plus haut que les arbres.

Le lieu d’exposition se présente donc une fois franchis les accès et parcouru le chemin initiatique et pédagogique qui y mène, comme une imposante galette de béton circulaire de 70 mètres de diamètre, haute d’une quinzaine de mètres.

Cette galette de panneaux préfabriqués assemblés en un crénelage rigoureux nous rappelle la verticalité des parois calcaires. Une telle  architecture minimaliste et efficace donne une des clés de la construction : tout le béton est préfabriqué de sorte que la construction apparait comme un jeu d’assemblage de lamelles verticales.

Pour la façade, s’introduit une dose de mouvement. Les lames de béton offrent une géométrie de dièdres et d’arêtes. Il est d’ailleurs curieux qu’on ne puisse la voir qu’au moment d’accéder à l’intérieur du bâtiment, au moment où l’esprit du visiteur s’est détourné de l’architecture pour porter son intérêt sur le contenant du musée.

Cela fonctionne et l’ensemble est imposant dans une simplicité épurée.

Tous les murets et tous les soubassements des autres constructions de l’ensemble sont au contraire édifiés en pierres jointes à sec rétablissant ainsi un équilibre entre le monde minéral du pays et le monde lissé d’un béton venu  d’ailleurs.

 

chauvet enemble

 

Musée, exposition certes, mais de quoi ?

 

En 1994 trois spéléologues familiers du karst ardéchois pénètrent dans une cavité jusqu’alors inexplorée et invente la grotte Chauvet, du nom de l’un d’entre eux.

Sitôt découverte, sitôt « prise en main » par le monde officiel de la préhistoire universitaire la grotte Chauvet, laquelle après Clottisation et exploration complète deviendra la Caverne du Pont d’Arc.

La visite du site n’est pas envisageable. Il convient d’en offrir un fac-similé au public.

Encouragés et instruits par l’expérience réussie de la reconstitution de la Grotte de Lascaux, les responsables décideront très vite, immédiatement en vérité, de réitérer le succès en appliquant le procédé à cette nouvelle découverte. La Filippetti puis la Pellerin de service mordent à cet hameçon-là et la décision devient officielle.

C’est la Clottisation.

Il est bien qu’il en soit ainsi mais était-il indispensable de débaptiser le site en oubliant (volontairement ?) l’appellation Chauvet et en faisant passer la grotte au rang de Caverne ? Caverne comme l’homme des…. ?

Grotte, crypte et caverne, long combat étymologique…au détriment des beaumes, baumes et balmes, de l'occitan bauma, signifiant « grotte »…

À l’instant de la découverte tout s’accélère : Étonnement.

Dans un pays où il faut un demi-siècle pour ne pas construire un aérodrome voulu par l’État et souhaité par les collectivités locales, en moins de vingt ans, à partir d’un découverte préhistorique, il est possible de réaliser avec succès l’ensemble d’un projet de complexe touristique en mobilisant un budget qui ne saurait être inférieur à la centaine de millions sans provoquer l’émoi d’une foule de désoccupés zassistés. Une seule explication : même les chèvres pensent (miracle de la conscience animale) que la vie sur le plateau ardéchois est bien rude.

Bien des corps de l’État pourraient partager cet étonnement lorsqu’on connait les difficultés que rencontrent beaucoup d’entre eux pour obtenir les moyens de leur survie.

Mais enfin, pour une fois que « quelque chose » se fait, il vaut mieux s’en réjouir et en profiter plutôt que d’ouvrir de nouvelles critiques sur l’action d’un État au comportement de headless chicken.

Le visiteur prudent ne vient pas au cœur de la saison touristique ; il  choisit une fin d’après-midi des premiers jours de l’automne. Peu de cars mais assez de voitures pour garantir que le « quelque chose » est en opération.

Confiant, dès l’accueil il prend immédiatement conscience du sérieux de l’exploitant du complexe : sourire, anglais, documentation et recommandations calibrées et surtout l’horaire retenu pour la visite de la grotte Chauvet ainsi offerte au touriste. Il fera partie du groupe de 15 heure trente.

Il s’agit d’un groupe d’une trentaine de personnes.

Il faut de la précision et respecter cet horaire car le visiteur est immédiatement happé par une mécanique rigoureuse ponctuée de discours éducatifs ; sur le bonne  tenue du visiteur lors de la visite qui prend dès lors la forme d’un rite ; sur l’exceptionnel talent des concepteurs du fac-simile de la grotte et sur la manière dont le talent des artistes a été mis en œuvre ; et sur la grotte Chauvet elle-même… et sur les Aurignaciens dont la création artistique constitue in fine l’objet de tout ceci.

La visite doit être silencieuse car l’espace est par construction resserré et clos : plusieurs groupes peuvent se trouver simultanément dans l’enceinte. Donc le guide-conférencier-animateur-acteur se produit par micro et écouteurs interposés afin que sa voix ne résonne pas dans le calme multiséculaire des grottes. Le visiteur, de la sorte est bâillonné par ses écouteurs et ne peut questionner ou réagir aux propos du guide. Une des clés de la réussite dans l’enseignement ou le spectacle est d’obtenir le calme dans la classe ou dans le public.

Pas de photos, la chose est entendue et c’est très bien ainsi.

Le groupe évolue sur une plateforme métallique posée un ou deux mètres au-dessus du sol de la grotte nouvelle. Celle-ci se présente comme un parcours en colimaçon de façon à ce que les 9000 m2 de l’original  soient condensés sur une surface de 3.000 m2. Le trajet de quelques 200 m (1) respecte l’éloignement progressif de l’entrée vers le fond de la grotte et constitue aussi une gradation dans l’audace et le génie des artistes du temps passé. La « galette » du musée-caverne est ainsi pleine d’une Grotte Chauvet enroulée sur elle-même comme un serpent. Le génie civil de la galette est à l’évidence moins coûteux que n’aurait été la construction d’une galerie linéaire longue des 200 m  en question. : C’est le charme de π !

Sur la passerelle de visite s’organisent une demi-douzaine d’arrêts pendant lesquels le guide explique l’intérêt des œuvres représentées sur les parois reconstituées. Son texte est dit de façon parfaite et on ne peut  douter un instant qu’il ne le possède comme un acteur du Français possède son Athalie et ses serpents qui…

Les blagounettes additionnelles visant à alléger le récit sont calibrées et répondent à des réactions calibrées d’un public standard(isé). Le contenu, très pédagogiquement digestible est parfaitement adapté à la variété du public et ne s’y glisse aucun dogmatisme, aucune certitude. On aime l’Aurignacien et on respecte son intimité. Les commentaires artistiques sont discrets et on se garde bien de faire le moindre parallèle entre l’art de ce temps et celui du nôtre.

La caverne est obscure comme il convient à une grotte.

Aussi des éclairages mettent en valeur et accompagnent les propos du récitant. À chaque « station » le guide actionne un jeu de lumière révélant progressivement (mais assez rapidement) ce qu’il convient de voir et de  savoir à cet endroit. L’éclairage est programmé et il est certain qu’il s’éteindra si le groupe traîne un peu…

Le visiteur, élève dans une classe de trente, se trouve dans un espace clos, frais et obscur (entre deux stations) et il parcourt le circuit de la visite en 6 fois 5 à 6 minutes (2), déplacements et rassemblements des élèves compris.   

Moins de 60 minutes, montre en main, après avoir validé son précieux ticket, l’amateur de sensations balmo-préhistoriques est donc rendu à la lande ardéchoise et aux facilités du complexe touristique : bar, restaurant, point de vue sur de distantes collines, petits musées annexes et abris pédagogiques.

 Réussite absolue : Si on s’y prend bien, si on sait faire, on peut « faire » la caverne en moins de deux heures. Comment résister au plaisir, voire à la nécessité de l’inscrire dans un programme touristique. Pour seulement une dizaine d’euros, prix de groupe à la carte, la France du troisième âge saura tout sur l’aurignacien. Comment résister à cette offre de gratuité pour les enfants de moins de 10 ans et à ce demi-tarif pour les moins de 17 ans.

Réussite absolu : la perfection de bout en bout. Du parking jusqu’au magasin de souvenirs qui clôt la visite, tout est parfait. Parfait les bâtiments, les chemins, l’aménagement du site, les explications du guide, la température de la caverne…Mais surtout, et c’est bien l’essentiel, parfaite la reproduction de la grotte. On s’y croirait ! Cette perfection amène Vincent Speller, l’architecte, à une conclusion en forme d’autosatisfaction : « La seule chose qui ne soit pas reproduite ici, c’est le gaz carbonique et le radon ». (Wiki)

Le public bêle de satisfaction.

 

À ce point de la lecture, le lecteur se demande ce qui provoque chez l’auteur (le Naïf) ce grincement et ce ton pamphlétaire et agressif. Si tout est parfait comme il l’affirme, de quoi se plaint-il et quel grief peut-il formuler ?

C’est très simple : l’ensemble du système, accueil, bâtiments, caverne, reproduction des œuvres du passé et l’exploitation de ce système conduisent au résultat inverse de celui recherché : le visiteur, bénéficiaire de toutes ces prestations est exposé pendant 6 fois deux ou trois minutes, dans des conditions sympathiques mais exécrables au spectacle de ce qu’il venu voir et possiblement admirer. En un mot comme en mille, il ne voit rien, ou si peu et si brièvement. Le babil du guide, même si aucun reproche ne peut lui être adressé, ne suffit pas à remplir le vide de la visite.

La raison est le nombre. Il n’est simplement pas possible de mettre sur une plateforme nécessairement exiguë trente personnes piétinantes, évidemment désireuses d’être au plus près du spectacle et susceptibles d’oublier la plus élémentaire civilité. Trente personnes, c’est le début de la foule.

Donc, le visiteur piétine avec et comme les autres, il tend le cou, suit le jeu des lumières mettant en évidence telle particularité du dessin révélé, prend grand soin de ne pas rester à la traine ou bien, au contraire s’attarde délibérément dans l’obscurité pour voir un peu plus, encore un peu, davantage, ce qu’il est venu  voir, ce pour quoi, il  est là.

 

Qui trop embrasse mal étreint : le projet est parfait et il ne se comprend, ne se justifie que pour un tourisme massifié qui sera dans une phase suivante victime de son succès, comme Venise ou la Tour Eiffel. Totalement incompatible avec ce qu’impose de recueillement (plus simplement de calme) et de temps la contemplation du génie de nos si lointains ancêtres. Du début de la visite jusqu’à la fin il est impossible de ne pas ressentir de façon pressante le besoin de solitude et du temps de cette solitude.

Alors, échec ?

Non, réussite, mais réussite du monde moderne, du monde de la consommation, du monde de la collection et de l‘accumulation, au prix de l’abandon du propos initial : révéler les splendeurs de cet art ancien et au-delà, de la vie de ces ancêtres, aux sauvages nouveaux que nous sommes devenus.

Dans la Caverne du Pont d’Arc, la Grotte Chauvet risque de n’être plus que prétexte à un trajet touristique qui s’apparente au Train Fantôme des anciennes Foire du Trône ; trajet précédé d’un cérémonial pédagogique hâtif : Culture oblige !

L’aurignacien, vocable, animaux reconstitués (eux aussi) et dessins mélangés deviennent une pilule culturelle ingérée en une brève demi-journée, dont il probable que le souvenir marquant sera pour le plus grand nombre le prix de la pizza servie au troquet prévu à cet effet ou tel autre incident de l’ingestion.

 Le Naïf nous la baille bonne ! Que fallait-il faire ? Ou mieux encore, qu’aurait-il fait ?

 Une première réponse en forme de répétition : ce qui a été fait est parfait. En deux saisons les visiteurs au nombre d’un million ont visité la caverne et le taux de satisfaction est élevé. L’Ardèche du sud voit son activité augmenter de façon sensible et toute la  région bénéficie de cet effort. La caverne et le canoë naviguent la main dans la main…

Les promoteurs du projet sont probablement heureux et peut-être surpris de ce succès. Comme on disait jadis : pourvu que ça dure !

  

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Une autre réponse : Une sélection de quelques-uns des fac-similés en tout point semblables à ceux mis en place dans la caverne pour une longueur de quelques mètres, les lions, les chevaux, les rhinos trouveraient tout à fait leur place dans les musées nationaux. Par exemple dans un Mucem semi-désert et –euphémisme- peu « employé » ou dans quelque Villa Méditerranée (3) qui trouverait enfin le début d’une justification à son existence.

°°°°°°°°°°°°°

Ce propos,  indépendamment des éloges ou des critiques formulés à l’endroit de la Caverne traduit le désir naturel de l’amateur citoyen, donc copropriétaire des œuvres de ses ancêtres, de pouvoir  s’en pénétrer autrement que « à la minute, sur le pouce » dans un système qui ressemble  davantage à Disneyland qu’à la cathédrale de Chartres. Avantage des cathédrale, les sièges sont fournis et certains peuvent encore y prier.

 En un mot il faut pour que l’œuvre Chauvet soit offerte, que le spectateur ait le temps et l’espace pour voir.

Dans le monde actuel, cela veut dire éditer et diffuser. C’est le rôle des musées Nationaux et des Musées Régionaux, pour autant que des sièges y soient installés et qu’on puisse y…contempler.

 

1. Absolument impossible de trouver la longueur effective de la passerelle de visite.

2. 6 et 5 dans le souvenir imprécis de l’auteur : il retournera avec un chrono, promis.

3. Pas de critique sur la nature ou la forme du projet de la Villa; mais s’il ne s’agit que d’un objet, d’une sculpture, il était inutile d’y adjoindre un accès, des équipements et des espaces creux. Creux dans tous les sens du terme : vide. S’exprime ici une opinion marseillaise.

 

07 octobre 2018

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21 septembre 2018

Le droit à l’horticulture

Je traverse la rue, je vous en trouve…    Le propos a fait du bruit.

Notre président s’adresse à un jeune homme horticulteur qui se plaint de ne pas recevoir de proposition de Pôle Emploi.

Evidemment Macron se réfère au fait que de nombreux secteurs se plaignent, au contraire, de ne pas trouver de main-d’œuvre. Comme la scène se déroule à Paris, il engage le garçon à rechercher un emploi dans l’hôtellerie ou la restauration du voisinage….

Maladresse de communication pour ceux qui ne  veulent pas entendre ce que dit le Président.

Quelle levée de boucliers : humiliation, déconnexion des réalités, mépris des français, toute la logorrhée des oppositions stériles et pleurnichardes y passe.

Comment ne pas prendre en compte la détresse du pauvre jeune homme qui ne trouve pas d’emploi dans l’horticulture… surtout et tout naturellement en admettant qu’il a épuisé les ressources de son ingénuité pour trouver l’emploi qu’il revendique.

Comme ce Macron est maladroit de réagir aussi brutalement à cette humble besoin : trouver un travail, oui mais, dans l’horticulture. Alors que Macron devrait savoir gré au jeune homme de ne pas avoir précisé de quelles plantes il souhaitait prendre soin : roses pour leur parfum ou chrysanthème ou fragiles et tendres violettes. Cela aurait rendu plus intéressante encore la tâche de Pôle Emploi.

Ce qui fait réagir notre président est le sous-entendu de la demande. Notre chômeur ne cherche pas un travail ; il cherche un emploi d’horticulteur ; tenez-le-vous pour dit.

Il ne  fait qu’exercer un droit acquis ; il a fait des études (ou pas) d’horticulture.

Quelqu’un, quelque chose lui ont (ou pas) décerné un papelard certifiant (ou pas) sa compétence.

Il a donc acquis le droit de ne pas travailler tant que le corps social, vous, moi et Macron ne lui auront pas  trouvé l’emploi qui lui convient ; de préférence près de chez lui, peut-être de chez ses parents, si par extraordinaire notre petite plante vivait encore chez eux ; et sans doute avec un salaire à la mesure de son mérite.

Reconnaissons que le travail dans la  restauration n’est pas exaltant mais bien des gens sont satisfaits de simplement gagner leur vie de la sorte…en travaillant.

Nous connaissions dans les droits de l’Homme et du Citoyen un certains nombre de droits inaliénables. Refaire l’histoire de l’acquisition de ces droits reviendrait à réécrire depuis Cyrus l’histoire des rapports entre les individus et les nations, puis pour chaque nation entre les individus (ou groupes d’individus) et les états. Ce serait écrire l’histoire du progrès social. Vaste programme !

Le droit à l’horticulture est la dernière, pardon, la plus récente sinon la plus importante avancée de cette marche du progrès dont on esquive ici la description.

Ce petit grincement aurait pu constituer le premier paragraphe d’une réflexion sur la véritable signification des indemnités de chômage dans un moment où il est patent que de nombreuses offres d’emploi ne sont pas satisfaites ; moment dans lequel ne sont pas comptabilisées* les foules d’emplois industriels tenus par des ressortissants européens qui n’ont pas honte d’être soudeurs ou maçons ou charpentiers. Chacun se souvient du plombier polonais qui devait retirer le pain de la bouche du travailleur français. Il est heureux que le soudeur polonais fasse travailler les Chantiers de St Nazaire où sont construits* les grands paquebots qui sont les bijoux des rares productions industrielles du cher et vieux pays. Car les enfants de la petite, moyenne et grande bourgeoisie française sont exonérés d’avoir à produire et deviennent étudiants longuement, chercheurs d’emploi longuement, quémandeurs d’aides en tout genre assidument.

 

*En orthographiant le mot « comptabilisées » le Naïf se pose la question de savoir si au lieu de supprimer la règle des accords participe passé au verbe avoir, il ne serait pas plus logique de l’étendre au verbe être.

 

20 septembre 2018

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19 septembre 2018

Audin, eau de boudin

Il est des sujets qu’il faut aborder avec le plus grand sérieux et un savant dosage de connaissances historiques et de philosophie politique.

La colonisation et son envers, la décolonisation sont de tels sujets et tout particulièrement, comme nous en vivons cruellement les pires séquelles, le drame de l’Algérie.

Alors, tout de go, comme on sort un lapin d’un chapeau sur la scène d’un music-hall, le Divin Enfant nous refait le coup de la repentance en revisitant le printemps 57 et un épisode de la Bataille d’Alger.

Peut-être dans quelque recoin de cette note, dirais-je ce que pense de ce triste épisode un ancien lieutenant du contingent qui a vécu à Alger bien avant* que M. Macron –le père- ne conçoive son brillant rejeton, notre Président. Peut-être pas.

*18 ans

Le drame est immense : 8 années de conflit, le million de morts et autant de personnes déplacées…

Dans le million de morts et de disparus, nul ne peut dire combien sont ce que l’on appelle de nos jours des victimes « collatérales » c’est-à-dire des personnes qui se sont trouvés emportées dans le flot de l’horreur s’en avoir activement participées aux évènements. Leur tort était simplement de vivre là où se déroulait le drame et d’en avoir été les jouets, comme des fétus sous les pas des soldats et des assassins.

Ceux-là d’abord ne doivent pas être oubliés.

D’autres ont participé.

Volontairement, par conviction : de quelque façon que cela soit ils ont combattu.

En face des nombreux mouvements indépendantistes qui ont animé le conflit, le premier et le plus important de ces combattants fut le  Gouvernement Français qui jusqu’au printemps 60 resta déterminé à maintenir par les armes un statuquo social et politique condamné**. La décision fut prise de confier à l’Armée la mission d’assurer l’ordre public : « François Mitterrand, garde des sceaux, est chargé par le Conseil des ministres de défendre le projet de loi remettant les pouvoirs spéciaux à l'armée à l'Assemblée Nationale. » Wiki

**Il est plus facile de porter ce jugement avec un recul de soixante années, qu’il ne l’était pendant les 8 années du conflit et les turbulences qui ont suivies. Faire remarquer comme le font justement les commentateurs que les gouvernements en question étaient socialistes n’ajoute rien au dossier et ne conduit qu’à enlever une feuille à la couronne de laurier qui ceint le front de l’idole Mitterrand.

 

Alors ce conflit fut désolant et chacun regrette que l’histoire soit tragique comme a dit on ne sait plus qui.

Dans cet immense gâchis, Macron choisit une disparition : celle d’un jeune militant communiste, promis posthumément à un brillant avenir de mathématicien, membre du Parti Communiste Algérien qui fut arrêté en peine bataille d’Alger en juin 57 et qui disparut, probablement victime d’interrogatoires trop appuyés, victime de la torture. Il était directement impliqué dans l’action des terroristes.

Macron suit en cela l’initiative de son prédécesseur : « En 2012, François Hollande se rend devant la stèle élevée à la mémoire de Maurice Audin à Alger et fait lancer des recherches au Ministère de la Défense sur les circonstances de sa mort. »  Wiki

 

On entend tout, on lit tout.

Certains se félicitent du « courage » de reconnaître les exactions de l’Armée Française ; pour eux aucun doute Audin n’est qu’une victime et n’a aucune responsabilité dans l’évènement.

D’autres comme on le fait ici expliquent que l’évènement ne peut être « perçu » hors du contexte et de la passion de l’époque.

L’ineffable Stora nous dit que l’expression de la vérité sera bénéfique et permettra d’apaiser des douleurs qui ne s’apaisent pas.

Villani, toujours cohérent regrette le mathématicien trop tôt enlevé à ses études…

 

L’étonnement porte sur deux points.

L’étonnement premier :

On ne peut détacher l’évènement de son contexte et n’établir aucune relation entre la disparition du jeune homme et la mort des quelques 350 victimes des attentats commis à Alger ayant déterminée l’attitude du Gouvernement et la répression violente qui en résultat. L’urgence de la situation rendait-elle impossible le traitement judiciaire du cas Audin reste une véritable question mais on ne peut résumer l’ensemble du drame à cet épisode isolé et sans nul doute regrettable.

Dans son élan, EZ nous donne la  réponse et affirme que le garçon était un traître ; on  craint qu’il n’ait raison mais avant les douze balles dans la peau il méritait certainement un jugement et un châtiment exemplaire.

 L’autre étonnement :

Pourquoi accomplir cette contrition à ce moment et sous cette forme ? Pour plaire à qui ?

Notre Divin Enfant, quoi qu’il fasse, n’adoucira pas ses rapports avec ce qui reste de la gauche ou avec les Insoumis.

Pourquoi prend-il le risque provoquer une inutile polémique sur un sujet largement oublié, sur lequel sa repentance sera perçue comme une incompréhension complète de ce que fut l’affaire algérienne.

Cherche-t-il à s’aliéner davantage le Centre Droit qu’il n’a pas su conquérir comme il le fallait ?  Soit le seul électorat qui lui resterait s’il ne persistait pas dans ses ambiguïtés.

L’électorat de ceux qui, de près ou de loin, ont vécu le drame. Disons-le : les retraités !

Cherche-t-il à enrichir l’argumentaire de Marine Le Pen ?

Certains nous disent qu’en agissant de la sorte, il « gagne de la face » sur la scène internationale. Grands Dieux, aux yeux de qui ? Erdogan, Trump, Poutine ou Oncle Xi ?

 Enfin, et en conclusion de cette note, cette nouvelle repentance sera prise par les islamistes et les autocrates qui  nous entourent comme une nouvelle marque de faiblesse.

De cela soyons assurés.

 

19 septembre2018

 

 

 

 

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18 septembre 2018

Participe passé : triste signe venu de Belgique (complément de "Le Mot")

Dans un texte précédent, Le Mot, il était dit clairement qu’on ne pouvait séparer dans l’évolution des langages l’écrit de l’oral. Les deux expressions avancent de pair et on ne peut les dissocier.

Récemment M. Borer vient apporter à ce petit ruisseau une contribution essentielle.

Il le fait à l’occasion d’une récente micro-polémique se développant autour d’un point de grammaire, connu de tous : l’accord des participes passés du verbe avoir.

Les enseignants qui proposent la simplification de la règle en usage arguent du fait qu’elle est inutile et qu’ils consacrent –leur chiffre est précis- 80 heures de cours à son enseignement.

Inutile d’insister sur le côté ridicule de ce chiffre qui  illustre surtout le fait que les  gentlemen en question se sont trompés de métier et auraient dû choisir une profession demandant moins de pédagogie élémentaire.

Il est vrai que l’énoncé de la règle pourrait être différent et il se peut qu’une autre formulation de cette règle en facilite la compréhension : Le participe passé s’accorde si on sait que ce qu’il concerne (l’objet, le truc, le machin) est connu lorsqu’on l’écrit. Il ne s’accorde pas si on ne le  sait  pas encore.

Ce qui perturbe  l’élève est l’emploi du vocable « complément d’objet direct », vocable auquel il ne rattache rien de concret…Pour peu que l’objet, le truc, le machin devienne un COD, la messe est dite et, pour l’élève la règle est entrée dans le monde de la complexité des grands, des adultes et a rejoint le mystère des fractions et du système décimal.

M. Borer introduit la notion de « vidimus » laquelle peut se comprendre comme cette similitude entre la  parole et l’écrit qui la confirme et la structure « pour de bon ».

Vidimus : Transcription d’un acte antérieur conforme à l’original. Cnrtl

Il nous dit que ce Vidimus, pour employer son « mot » est la marque absolue de la langue française est cette relation unique de l’oral à l’écrit, qui est phénomène essentiel et curieusement jamais décrit comme tel, par lequel l’écrit est en français inséparable de l’oral.

Matière à  réflexion mais dans l’attente de cette réflexion et comme il se pourrait que tous n’aient pas lu M. Borer, liberté est prise d’ajouter à cette note le texte complet de l’article en question paru dans Le Point du 13 septembre dernier.

 

Participe passé : triste signe venu de Belgique

 

Pour l’écrivain, remettre en question l’accord du participe passé revient à saccager notre grammaire, d’une logique implacable qui la rend non négociable.       

Alain Borer. Dernier livre publié : « De quel amour blessée. Réflexions sur la langue française » (2014).

 

Entrer si peu que ce soit dans le vif de la controverse venue de Belgique et qui enfle au sujet de l’abandon des accords du participe, présentés comme « trop compliqués », engage d’abord à expliquer comment pense la grammaire : l’enjeu est d’importance. Disons simplement en quoi notre langue française est logique (d’une logique particulière), extraordinairement précise, formatrice et originale, et quelles sont les conséquences de ces propriétés. 

Il y a un principe, non-dit et très facile à retenir, qu’il faut exposer à ceux qui apprennent notre langue, aux écoliers et à quelques professeurs belges : à tel ou tel moment de la phrase, regardez bien ce que l’on sait. C’est un principe de roman policier. Par exemple, quand je dis : « tu as perdu les clés », si vous suspendez la phrase à « perdu », à ce moment-là vous ne savez pas encore de quoi il s’agit ; donc vous écrivez perdU. Si je parle « des clés que tu as perdues », quand vous lisez « perdues », vous savez qu’il s’agit des clés et vous accordez pour bien le confirmer : perduES. 

Tout cela, bien sûr, porte des noms techniques (dans la forme dite explicite, le complément d’objet direct est complet : « les clés »), mais le principe est parfaitement logique – c’est-à-dire que tout le monde peut comprendre facilement la même chose. Et cette logique est originale. Elle est même singulière, avec celle des langues romanes. Elle est même unique au monde ! Voyez cet exemple, encore plus précis : « Le peu d’eau que j’ai buE m’a désaltéré », buE, parce qu’il est question de l’eau. Mais voyez (ou oyez) cet autre : « Le peu d’eau que j’ai bU ne m’a pas désaltéré », bU, parce que c’est le peu dont je parle. Vous pouvez le vérifier : il n’y a pas une langue au monde qui se soucie de cette précision. Cela s’appelle une nuance, d’un mot purement français et intraduisible. Y renoncer, ce n’est pas une évolution, c’est un saccage. 

Poursuivons : cette logique singulière implique quatre considérations.

La première est une relation unique de l’oral à l’écrit, qui est la marque absolue de la langue française, phénomène essentiel et curieusement jamais décrit comme tel, par lequel l’écrit est en français inséparable de l’oral – ce que nous proposons d’appeler le vidimus, la vérification par l’écrit. Le vidimus est une sorte de sous-titrage permanent de l’oral qui, par les liaisons, et précisément par ces accords du participe, fait entendre l’écrit, contribuant à la vérification précise et constante de tout énoncé. 

Trésor. 

La deuxième implication est anthropologique : de chaque grammaire on peut déduire une certaine conception de l’interlocuteur. En langue française, l’interlocuteur peut à tout instant (à l’instant même où, en cours de phrase, je lis-écris « perdu » ou « perdues ») saisir un sens précis, ce qui nous différencie absolument de l’allemand, du turc, du coréen et des langues ouralo-altaïques, qui asservissent constamment l’interlocuteur en plaçant le sens (le « déterminé ») tout à la fin de chaque phrase (après tous les « déterminants »), et même très loin si celui qui parle en décide. A l’opposé de ces grammaires potentiellement tyranniques, la grammaire de langue française présuppose un interlocuteur aussi intelligent que le locuteur (puisqu’il reçoit le sens tout de suite et peut l’interrompre librement), demandeur de fines précisions : elle conçoit en somme l’espace démocratique du débat et l’échange entre personnes exigeantes. C’est par cela que se distinguent les langues : par leurs projets ; c’est en cela que diffèrent les grammaires : par leurs idéalisations. La grammaire pense, mais à notre insu. La grammaire nous pense : c’est cela que nous idéalisons à notre insu.

La troisième implication des accords n’est pas la moindre : la langue française exige à chaque instant de préciser ma propre pensée. Il n’y a au monde que les francophones pour se demander (dans l’exemple donné) s’il faut un e à « bu » ou pas ! Ils doivent réfléchir à ce qu’ils disent. Ils n’y arrivent pas toujours, mais ils sont dans cet effort qui les distingue. Et ils précisent tous cette nuance qui n’est nulle part ailleurs. Cela s’appelle la valeur heuristique : c’est en cela que la langue française est par excellence la langue de la littérature, pour cela que tant de grands écrivains étrangers nous font cet honneur de la choisir. Cette grammaire exigeante est un trésor. La langue française n’est pas seulement une langue d’échange, elle n’est pas seulement un alliage unique de précision et de beauté : elle est ainsi un extraordinaire outil de formation. Des dizaines de générations d’enseignants ont eu à cœur de le transmettre (dont Grevisse et Hanse, deux grands grammairiens belges). Un « professeur » qui croit perdre son temps à offrir cette formation devrait changer de métier. 

Jardin.

 Une grande question est de savoir qui a conçu cela. Ce n’est pas une lubie de quelques inspecteurs d’académie du XIXe siècle qu’il serait temps de dépoussiérer : ces règles dérivent du « cas-sujet » médiéval ! On attribue au poète Clément Marot le mérite de les avoir conçues, à Vaugelas de les avoir formulées, mais, au fond, personne, ni un Etat ni une classe sociale, ne peut ni n’aurait pu les transformer en usage populaire quasi millénaire, pour cette raison même qu’il s’agit d’idéalisations collectives (non pas de l’ordre de l’inconscient, mais de l’insu…), c’est-à-dire de représentations liées à des pratiques sociales, à une nation étendue à la collectivité des francophones, dans la relation du symbolique et du réel. Il s’agit en un mot d’une question de civilisation – et tel est bien l’enjeu. 

Il en va d’une langue comme d’un jardin, il faut l’entretenir régulièrement. Tailler les roses, corriger les anomalies (chariot et charrette), ce travail a été accompli récemment avec une réforme de l’orthographe, demandée naguère par Michel Rocard ; quoi qu’il en soit, elle fut menée dans les règles de la concertation internationale, en respectant (à peu près) les prérogatives historiques de l’Académie française, de l’Académie royale de Belgique, des institutions québécoises, suisses, africaines, caraïbes, polynésiennes… Mais alors, que signifie cette pratique de fissure, de délitement, lancée par deux retraités belges à leurs heures perdues (qui s’ajoutent aux « 80 heures » (sic) déjà perdues chaque année à rater leur enseignement du participe) et ce procédé unilatéral de la Fédération Wallonie-Bruxelles, désolidarisée de la communauté francophone ? 

Cette mauvaise manière et cette forme séparatiste ne viennent pas par hasard d’un pays en pleine crise linguistique, royaume en pointe dans la disparition symbolique, incapable de défendre sa propre part francophone, paralysé et même lâchement passif quand l’agglomération flamande de Menin interdit par la loi (!) et par des pancartes de parler français (comment peut-on interdire de parler quelque langue que ce soit, notamment une langue nationale et internationale, au cœur même de l’Europe démocratique ?). 

Réchauffement sémantique. 

A vrai dire, on entend craquer le glacier dans cette époque de réchauffement sémantique (d’imitation de l’anglais), et leur initiative illettrée, déjà portée par d’innombrables exemples (« Je ne suis pas surpriS »,déclarait une ministre), relève d’un mouvement beaucoup plus vaste : une tendance générale au neutre anglo-américain, par lequel la langue française s’efforce une fois encore de ressembler à la langue du maître (par exemple « lequel » remplace laquelle, lesquels, lesquelles, etc. : « une explication dans lequel », a déclaré un ancien président). 

L’Europe se construit depuis Bruxelles, comme le Congo belge au siècle dernier. Mais cette fois, c’est la Belgique qui est autocolonisée par l’anglo-américain, et Bruxelles la capitale militante imposant dans tous les domaines et à toute l’Europe la langue du maître. Ce qui se présente platement comme une question pratique de grammaire française s’inscrit, au fond, consciemment ou non, dans une logique géopolitique, un projet de soumission à l’anglo-américain, ou « anglobal », dont les idéalisations opposées – ne rien décliner, ne pas perdre de temps à préciser… – s’accordent au projet politique en cours : une langue de l’échange rapide dont l’interlocuteur idéal n’est pas une personne, mais un client. 

« La langue évolue » est l’un des plus grands poncifs de l’histoire de la bêtise. La langue est un organisme vivant, donc elle peut mourir. Passer au neutre, ne plus accorder (« il enchaîne les mission difficile », vu sur la chaîne de télévision France Info), substituer un mot anglais par jour à un mot français existant, cesser d’inventer en langue française, en finir avec le vidimus qui distingue la langue française de toutes les autres, rendre la grammaire « négociable », offrir la tour Eiffel comme les bourgeois de Calais leurs clés perdUES, ce n’est pas une « évolution », c’est une involution ; c’est se méconnaître, s’humilier soi-même. Sauf résistance par la culture et le respect de soi, la langue française, ce chef-d’œuvre de l’humanité (c’est le mot du poète chinois François Cheng), peut sombrer en trois générations. Triste signe venu de Belgique, fille des beffrois, où tant de poètes ont excellé dans leur langue française. Ah ! Pouvoir nous écrier, comme Rimbaud en 1870 : « Et que la littérature belge nous emporte sous son aisselle »

 

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06 septembre 2018

Je prélève, tu prélèves, ils prélèvent.

 Il nous faut « consentir » à l’impôt. Ce consentement qui se mesure comme d’autres facteurs sociologique est un signe de santé démocratique. Cet indicateur peut être assez élevé si l’assujetti a le sentiment que l’impôt est bien utilisé et qu’il en a « pour son argent ». L’indicateur du consentement baisse dans le cas contraire ; ainsi lorsqu’il perçoit une utilisation inutile ou défavorable de sa contribution.

Il perçoit également comme une aberration d’avoir à suer et se creuser la tête pour pouvoir solder cette contribution. Ainsi certains impôts ou certaines taxes sont-ils facilement acceptés car on ne les « sent » pas alors que d’autres apparaissent intolérables car ils supposent que le contributeur, devenu contribuable remplisse « en même »temps les fonctions de payeur et d’agent du fisc ; c’est toujours le cas de l’ISF, qui a probablement changé d’appellation mais n’a pas perdu son illogisme originel d’impôt déclaratif.  (cf Le crapaud, la cigale et la fourmi  de décembre 2017)

Un des secrets du consentement est donc (plaisant paradoxe) sa simplicité, celle-ci prenant dans l’esprit de beaucoup le pas sur la justice ou l’équité. (1)

Au-delà de la complexité, un autre piège est de changer en permanence les curseurs en donnant au citoyen le sentiment qu’il est une marionnette pendue à un fil fiscal manipulé par un montreur qui ne connait pas la saynète. Cependant la logique est rapidement perçue car les ajustements sont en  général à la hausse.

Il semble que, à très peu d’exceptions près, tous les pays ont une fiscalité qui comporte le volet de l’Impôt sur le Revenu.

Le plus fréquemment il prend la forme d’une taxe qui est un prélèvement sur la transaction financière entre un prestataire et le bénéficiaire de la prestation.

Pour les Sociétés, il s’agit de l’Impôt sur les Sociétés (2) et pour les personnes physiques, de l’IR que nous connaissons. L’IR concerne en premier lieu les salariés et les retraités.

La solution simple est de prélever un pourcentage spécifié du salaire qui sera retenu par l’employeur pour être immédiatement transféré au fisc. N’est concerné dans ce cas que le montant du salaire et n’est prise en compte aucune particularité de l’assujetti. C’est la fameuse « flat tax ».

Il est possible d’introduire de la progressivité dans le dispositif en adoptant un taux croissant avec le montant en question sans que cela complique le dispositif.

Cela marche très bien, ainsi que la CSG nous le démontre et c’est à ce modèle que se réfèrent en général les comparaisons faites avec le système français, suivies de la conclusion incontournable : pourquoi ne pas faire comme les autres ?

 

Le problème est que l’IR en  France n’est en rien une  taxe sur le salaire ainsi qu’on vient de la définir, mais en réalité un impôt sur la situation sociale et financière de la cellule familiale.

Cette situation est éminemment variable pour deux raisons :

La première, évidente, est que la cellule familiale varie et que ses revenus varient.

Un enfant vient de naître, Papa a changé de job ou le petit dernier a quitté le  foyer…

La seconde est que l’État a conçu l’IR comme, « en même temps », un outil de redistribution et un outil d’orientation économique, une sorte de couteau suisse ou pour reprendre un Hollandisme déjà oublié une boite à outil de la fiscalité « au hasard la chance ».

D’où la jungle des niches et nichettes.

Pour ne citer que les plus classiques et on ne s’inspire que d’exemples connus et pratiqués :

Vous avez eu l’honneur de servir votre pays pendant le maintien de l’ordre dans des territoires du Maghreb : Pof, une demie-part… Poli, vous dites merci.

Vous souscrivez à une mutuelle épargne retraite : Repof, votre versement annuel  est déductible de vos revenus…

Vous employez une personne pour des tâches ménagères : La moitié de votre dépense sera déduite du montant de votre impôt…

Vos économies vous permettent d’acheter un petit bungalow à St Martin ou un bateau de pêche à La Réunion, vous entrez dans le cadre de la Loi Trucmuch : vous pourrez déduire de…

Écoutant les sirènes de l’écologie, vous agrémentez votre chaumière de panneaux photovoltaïques (chinois et vertueux) : vous avez droit à…

Au total presque 500 petits aménagements (arrangements) entre particuliers et le fisc pour un allégement de quelques 50 milliards d’Euros.

Comme il s’agit d’une jungle, il est facile de se perdre. En revanche, certains, munis de la bonne boussole y trouve leur chemin et leur compte.

Et la Corse !

On comprend que la notion même d’impôt sur le revenu s’est, elle aussi, égarée dans la jungle.

Conséquence 1: La structure de cet impôt (qu’on ne sait plus comment appeler) fait que son calcul ne peut s’effectuer qu’après que toutes les opérations évoquées aient été réalisées et le fisc dûment informé.

Conséquence 2 : Il ne peut être « perçu » exactement qu’après son calcul… par feu-le-percepteur.

Conséquence 3 : Il ne peut pas être perçu avant !

Pour que le paiement de cet impôt soit simultané à sa « cause », c’est-à-dire à la perception d’un revenu il faudrait que toutes les niches, nichettes et autres accommodements aient disparues du mode de calcul et que l’on revienne –naturellement- au concept d’une taxe sur salaire uniforme (progressive ou non) applicable à tous. On parle à nouveau de la flat tax.

Que fait-on : on se voile la face et on décide que on réalisera cette simultanéité en dépit du sens commun : bel exemple de volonté politique. Politique dans le sens le plus noble du terme.

Mais il faut tout de même partir de quelque chose pour déterminer quelle sera le montant de cette avance sur paiement (le  fameux prélèvement). Il faut donc  présumer ce que sera à la fin de l’exercice fiscal le vrai montant imposable. Cette hypothèse de montant imposable ne peut résulter que de l’historique des situations antérieures et ne peut  être le fruit de l’imagination du contribuable, même si ce dernier sait mieux que quiconque ce qu’il voudra ou pourra faire dans l’année à  venir.

Donc le fisc part d’une déclaration de revenu initial et hypothétique pour déterminer et effectuer un prélèvement qu’on qualifiera de « à la source ».

Pourquoi « à la source » ?

Trait de génie : le Ministère de l’Économie et des Finances qui n’emploie que 150.000 fonctionnaires trouve astucieux de transférer à l’employeur la charge de la collecte de ce prélèvement. La source est l’employeur.

À cette fin, l’administration fiscale lui communiquera les informations nécessaires à l’employeur ou à la caisse de retraite pour qu’ils calculent le prélèvement en  question, le prélèvent et en alimentent un compte à reverser au Trésor.

Un esprit chagrin en conclue que cette obligation donnera lieu à des contrôles et des vérifications qui  risquent d’être plus lourdes et contraignantes que la  perception elle-même.

On ne parlera  pas ici de ce qu’en pensent les employeurs, les employés et par quel dialectique ils peuvent y percevoir un progrès.

À la fin de l’exercice fiscal, il faudra « aller aux résultats » et constater les écarts entre l’hypothèse initiale (montant estimé) et le montant effectivement imposable de l’exercice écoulé.

Il faudra donc que le Fisc ajuste les choses en réclamant ou reversant les inévitables différences qui existeront entre les deux chiffres.

Inévitables : Le jardinier s’est cassé le bras en faisant du canyoning et il n’est pas venu, sans être remplacé pendant deux mois…

J’avais prévu d’abonder le compte Épargne de 10 mille euros mais j’ai en réalité versé 12 mille…

Patatra, j’ai divorcé, pardon, nous avons divorcé…

 Donc, rebelote, nouveau calcul du montant de l’impôt comme on le faisait (naguère) quand l’impôt était perçu consécutivement à sa « cause », et apurement du compte.

Avec un peu de chance ce travail pourra servir d’hypothèse au prélèvement de l’exercice suivant.

 

En conclusion 1, toutes les opérations liées au calcul de l’impôt sont identiques dans le cas ancien  du paiement l’année suivante ou dans le cas nouveau du « prélèvement à la source ».

L’égalité entre montant dû et montant perçu était automatique avant puisqu’on ne payait qu’après le calcul alors que dans le nouveau dispositif elle ne sera obtenue qu’à la fin de  l’exercice et la prise en compte de la situation de l’assujetti. 

La seule nouveauté est d’avoir introduit un interlocuteur supplémentaire : l’employeur, et une chaine de vérifications supplémentaires.

Conclusion 2.  Comme beaucoup l’ont dit, on serait arrivé à un résultat bien plus élégant en :

  1. Mensualisant tous les contribuables.
  2. Organisant une année blanche.
  3. Reconduisant d’une année sur l’autre le « profil » du foyer fiscal.
  4. Transformant le  prélèvement  à la source en une simple  opération bancaire, un virement SEPA ordinaire, analogue à  celui par lequel  on  paye son assurance auto ou son abonnement téléphonique, ce qui s’inscrit bien dans le métier du banquier.
  5. Régularisant à la fin de l’exercice.

Conclusion 3. Ou plutôt développement  prévisible. Le décalage entre le calcul du montant de l’impôt et les dépenses qui donneront lieu à modification de ce montant fait que le contribuable est conduit à avancer un montant qui ne lui sera reversé qu’en fin d’exercice fiscal.

Je paye la femme de ménage chaque semaine mais ce que le fisc m’accorde comme facilité sur ce poste me sera rendu après l’exercice.

J’abonde mon compte-épargne de 10.000 Euros en janvier mais cette somme n’interviendra dans le calcul de mon impôt que en janvier de l’année  suivante.

Intolérable, comme il est vrai, est intolérable la bêtise au niveau le plus élevé de l’État.

Pour pallier, on plonge les mains dans la  boite à outil et on invente une nouvelle machine à gaz en provisionnant des exonérations et abattements possibles-probables-éventuel(le)s-incertain(e)s….

Nous en sommes là dans le feuilleton, tontaine et tonton.

Conclusion 4 ou question essentielle.

Il manque des cases à notre Président : la case Énergie (Pétrole, Gaz et Électricité) et la case Immigration.

Aurait-il en dépit de son parcours une lacune sur la fiscalité « ordinaire » ?

Conclusion dernière.

Les niches fiscales, les nichettes, les dérogations, les exceptions, les abattements, si on peut se permettre l’image, peuvent dormir tranquilles.

Longue vie au maquis (encore la Corse) de la Fiscalité Française.

 

 1.       Chacun a bien conscience que Macron aurait économisé beaucoup de parlotes stériles (APL, Taxe d’habitation, CSG…) et d’ajustements budgétaires douteux si, au lendemain de son élection surprise il nous avait balancé deux points de TVA dans le museau.

En était-il vraiment empêché ?

 2.       On n’évoque pas ici le maquis des artisans, des professions libérales et autre commerçants qui connaissent les joies de l’exonération, les délices du forfait ou l’examen scrupuleux de leurs comptes traités à telle ou telle sauce.

 

6 septembre 2018

 

 

 

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05 septembre 2018

4 Septembre, l’horizon s’éclaircit.

 

 

 Help, au Secours, je suis pris de court ! La rapidité du Gouvernement de la République à illustrer sa sottise me prend de court. Le Divin Enfant va plus vite que moi.

À peine ai-je le temps d’expliquer qu’il faut cesser de mettre « aux affaires » des gurus uniformément incompétents sur quelque sujet écologique ou économique que ce soit, gurus revêtus par convenance des oripeaux d’une idéologie floue, confuse et toute de contradictions, conduisant à la décroissance…

À peine ai-je le temps de me féliciter de la disparition de l’Espiègle* que je perçois comme un véritable escroc médiatique et dont la tête creuse ne peut que reproduire inlassablement les slogans que les bobos du monde des arts, du spectacle et des médias reprendront inlassablement sans qu’il en émerge autre chose que des sottises techniques, financières et politiques.

Chacun aura noté que l’appellation d’Espiègle est particulièrement inadaptée au personnage en question. Il aurait mieux valu oublier Till Eulenspiegel et l’appeler « Le constipé ».

 

Donc Hulot a démissionné.

 

Donc Macron cherche un autre ectoplasme de la mouvance dite écologique, façon Pompili ou –le nom circule- Canfin. Pourquoi pas Placé ? Au point où on en est.

Oublions Cohn-Bendit : c’est un service à lui rendre et je pense qu’il n’était pour rien dans une histoire rapidement dégonflée, mais révélatrice.

Est-il si difficile de comprendre qu’on ne peut pas mettre entre les mêmes mains la protection de la faune du parc du Mercantour et la définition de la politique énergétique d’un pays en voie de complète désindustrialisation.

Pour l’heure le ministère fonctionne, si les informations que la presse nous transmet sont correctes, sous le regard-contrôle-direction ( ?) de M. Lecornu et de Mme Pierson.

Lecornu s’occupe de l’Énergie et Pierson –plus ou moins- des dossiers plus spécifiquement environnementaux.

Sont-ils compétents, sont-ils actifs nous ne le saurons  que lorsque l’influence délétère de l’Esbroufeur aura cessé de s’exercer.  

Donc dans l’immédiat, Macron n’a qu’une solution :

Reconnaître l’inanité de regrouper dans un seul ministère les p’tites fleurs et l’avenir du nucléaire.

Scinder l’animal Ministère en deux.

Confirmer Lecornu dans sa fonction et Pierson dans la  sienne.

Leur confirmer un certain niveau d’autonomie en face de Bercy : ils auront toujours le temps de mesurer cette autonomie.

Définir lui-même la politique énergétique du pays.

 

Là se trouve la véritable question : Macron a-t-il les compétences et –j’ose- l’intelligence pour aborder ces sujets ? A-t-il la capacité et l’humilité d’entendre les personnes qui portent réellement (« pour de bon »), la responsabilité d’approvisionner et de distribuer l’énergie dans le  pays, aux citoyens et à ce qui reste de l’industrie.

La nomination de Hulot dans le Gouvernement nous avait donné des éléments de réponse à cette question : Reprendre l’héritage de la douairière excitée du bonnet et éternelle rescapée des naufrages antérieurs était la faute initiale.

La faute étant faite, il importait finalement peu que le Pitre Espiègle se consacre à la tâche de patauger dans les médias. Mais tout de même, quel chevalier de la triste figure 

On pourrait penser en lisant ces lignes que je ne tiens aucun compte des problèmes environnementaux qui accompagne la production énergétique : rien n’est plus faux mais la solution à ces difficultés ne peut consister en l’abandon de la production.

Il est maintenant 10 heures ce matin du 4 septembre (oui, souvenez-vous) et je prends ici le pari que la même sottise va se reproduire et qu’on va nous sortir du chapeau un nouveau guru qui refera les mêmes tristes mines en regrettant une fois de plus qu’on ne peut pas à la fois (en même temps) faire du Tout Écologie et de la croissance, du renouveau industriel et…créer de l’emploi.

Rendez-vous en fin de matinée ou dans la soirée.

 

°°°°°°°°°°°°°°

 

Il est maintenant 10 heures ce matin du 5 septembre et je viens battre ma coulpe en sollicitant l’indulgence du lecteur-juré. J’avais, avec légèreté écarté  la carte –l’atout caché dans la manche- de De Rugy car il me paraissait assez stupide de vouloir déplumer le perchoir de son volatil au risque de ne pas lui trouver de remplaçant aussi commode, malléable et dévoué.

Mais je reconnais l’habileté : je garde mes deux secrétaires d’État et je fais semblant de leur mettre à nouveau un mentor dont la conscience écologique ne soulève aucun doute et qui est parfaitement « rompu » aux finesses de la chose  politique, bien davantage que le trublion précédant.

De la sorte Tout Se Passe Comme s’il ne s’était rien produit. (Le fameux TSPCS)

La vague est passée.

Pour le perchoir il vaut mieux se garder de choisir hâtivement un Ferrand déjà ferré pour ne pas courir, le risque d’affronter une nouvelle farce politico-judiciaire concernant cette fois un bonhomme qui serait devenu le quatrième personnage de l’État.

Mais qui ?

Enfin dans tout ceci, rien qui n’entrave ni ne favorise le long piétinement de la PPE.

 

5 septembre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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