Agacements variés et inversions différées

 

 

Cette note écrite en octobre 2015 a d’abord été une réflexion amusée sur un point de langage bien véniel. Ce qui a conduit à considérer un autre point de langage lié à une affaire qui n’est pas, mais alors pas du tout, vénielle.

Ces agacements se sont donc, au fil du clavier, transformés en une brève réflexion sur le monde de l’énergie.

 

La courbe du chômage s’inversera !

Dans la bouche d’un élu du peuple, bénéficiaire d’une certaine forme réputée d’éducation élitiste l’expression peut passer pour une licence doucement poétique destinée à faire comprendre que l’on souhaite qu’une courbe, traduisant graphiquement la croissance ou la décroissance d’une grandeur quelconque, tel que le nombre de chômeurs en France, aille vers le haut d’un graphique ou vers le bas.

En Math Elem, comme s’appelait il y a déjà longtemps la Terminale S, l’inversion d’une courbe désignait un tour de magie mathématique qui permet à une droite du plan de devenir un cercle ou à une sphère dans l’espace de devenir un plan. Plus généralement le mot inversion traduit le fait « d’aller en sens inverse » dans le cours d’une action. Si au moins, notre homme s’était limité à l’inflexion de la courbe.

Bon, on comprend que le vocable « inversion » : action d’invertir, soit d’obtenir l’effet contraire à celui qui se produit en l’instant, se glisse dans le propos ; et comme il vient d’être dit on comprend qu’une certaine liberté d’expression l’ait associé au mot « courbe ». C’est une impropriété vénielle.

On comprend moins que l’expression se soit introduite en force dans le vocabulaire courant, et dans le jargon du monde des politiques/politiciens et journalistes associés. Cela n’est plus véniel et traduit un relâchement dans l’emploi du Français. Mais c’est ainsi qu’évoluent les langues et qui sommes-nous pour nous en plaindre. Laissons ce travail à nos Académiciens qui prennent leur temps et à Etiemble. Quant à Bouvard, il remarquerait sans doute que l’inversion conduit à être inverti, ce qui de nos jours mène droit aux liens désacralisés du mariage et à la PMA.

 

Au même moment, dans les temps troublés qui sont les nôtres,  nous avons vu sortir une autre association de mots qui, elle aussi, connait un grand succès : la Transition Energétique.

Ne nous arrêtons pas sur l’emploi de l’adjectif « énergétique » dont on comprend bien qu’il signifie, non pas une fourniture d’énergie, comme dans les barres chocolatées du même nom, mais bien de quelque chose relatif à l’Energie, concernant l’Energie avec toute la cérémonie que traduit ici l’emploi de la majuscule.

Il s’agit donc de parler d’une Transition qui concerne ou concernera, ou concernerait le monde de l’Energie. Vaste Programme, pour reprendre une expression déjà utilisée.  En l’occurrence, il s’agissait de l’éradication des imbéciles et il se pourrait que l’analyse de cette association de vocable nous mène, sur la même piste, à la conclusion que les imbéciles n’ont pas été éradiqué(e)s et qu’ils(elles) sévissent toujours et plus encore dans les très hautes instances de notre gouvernement.

 

Transition : Action, manière de passer d’un état à un autre…

Il s’agit donc de faire passer le monde de l’énergie, production et consommation, d’un état à un autre. En empruntant aux particularités de langage d’une des principales responsables de l’usage de ce concept, et peut-être même son inventeur(trice, teuse),  la vastitude du projet s’impose et se confirme!

 

On écoute, on lit, on suit avec attention les émissions télévisées, on a lu M. Rifkin (aimable mélange d’escroc et de gourou), on connait son Jancovici sur le bout des doigts, on observe le paysage politique national et la lumière jaillit :

 

Les écologistes, comme il est naturel, sont de gauche puis d’extrême-gauche et représente un certain électorat à défaut d’être un électorat certain.

Et ils sont conscients, belles âmes qu’ils sont, plus que les autres, vous ou moi, qu’il faut faire quelque chose pour protéger la planète. Il faut limiter les émissions de gaz carbonique et autre gaz à effet de serre qui, la démonstration semble indiscutable, provoquent un réchauffement de la planète. Celui-ci, au-delà des désordres climatiques qu’il entraine ou entrainera, provoque ou  provoquera une fonte des calottes glaciaires et une lente mais inexorable montée du niveau des mers. Cela n’est pas bien : c’est effectivement inéluctable et gênant. Il convient donc de réduire la consommation de combustibles fossiles, qui sont du carbone pur ou mélangé à de l’hydrogène, pour limiter l’effet de serre, cause de ce réchauffement. Comment ?

La nature nous guide et il suffit de maîtriser –to harness- les forces naturelles pour résoudre ce problème, par un « élémentaire-Watson » qui vous laisse penaud de n’y avoir pas pensé avant : Le soleil d’abord, le vent ensuite et pour finir, là où se trouve les serpents du même nom, la mer.

 

L’énergie solaire est immense, on peut dire infinie et elle est immédiatement disponible, directement en échauffant de l’eau par exemple ; ou de façon moins évidente lorsque les rayons solaires frappent des surfaces ad hoc qui transformeront les photons en électrons et en courant électrique continu, sous un faible voltage.

L’énergie du vent est elle aussi immense ; elle fait tourner les moulins et les moulins font tourner des alternateurs qui fourniront de l’électricité.

Oublions la mer : Tout ce qu’on lui offre, elle l’engloutit.

 

Nous parlons donc d’électricité. Et seulement d’électricité. Et seulement d’électricité primaire.

 

L’électricité est une fée : elle est magique et magicienne. Elle transporte. Energie et Information.

 

Dans le long chemin pour la maîtrise de l’énergie, un des problèmes constant aura été celui du transport de cette énergie.  Le charbon est ici, on le consomme là bas, le pétrole est extrait ici et il faut le livrer au gallon, à la pompe, partout. Souvenons-nous que Rockefeller, était d’abord et avant tout un transporteur de produits pétroliers et regardons ce qui arrive à un bassin industriel exploitant charbon et minerai lorsque le charbon et le minerai disparaissent. Même un esprit aussi puissant que A. Montebourg n’y peut rien, c’est tout dire.

L’électricité est d’abord et avant tout le procédé le plus souple, d’un excellent rendement, pour distribuer en la répartissant aussi finement qu’on le souhaite de l’énergie, en grande masse ou en quantités ténues.

 

Quel dommage qu’on ne sache pas la stocker, la mettre en tas ou en bidon (baril) et qu’il faille la dépenser sitôt qu’on l’a produite même quand on dit qu’elle est renouvelable. C’est un grand péché originel. Cela a une conséquence lourde.

Lorsque pour des raisons météorologiques les parcs d’énergie renouvelable ne produisent pas ou  produisent peu, longues périodes sans vent ou longues périodes de trop de vent, de tempête, couvertures nuageuses persistantes, sans oublier ces périodes pendant lesquelles le soleil cède la place aux étoiles, appelées nuits, il faut bien remplacer cette énergie qui s’intégrait dans le schéma global de production et de distribution du marchand d’électricité. Le facteur de charge pour ces sources d’énergie qui mesure de quelle manière la puissance installée a effectivement fonctionné est de 22% pour les éoliennes et de 14% pour le photovoltaïque, ce qu’on pourrait imager en disant que ces outils ne servent que 4 à 5 heures par jour. Chaque source d’énergie renouvelable suppose de façon immanente, pour parler bien, une source fantôme capable de se substituer à elle et pouvant démarrer au quart de tour, autant dire une centrale à gaz. Seuls des esprits chagrins noterons que de la sorte on a doublé les investissements. Qui s’en plaindrait, puisqu’aussi bien le fournisseur de l’éolienne et celui de la centrale thermique pourrait bien être la même personne. Personne Morale s’entend, en gardant présent à l’esprit que derrière une Personne Morale se cachent sans doute des personnes moins morales.

 

Parlons production. En 2010 dans le monde, l’énergie électrique représentait 14% de l’énergie globale produite. Hors 0.08% provenant d’énergie renouvelable, solaire et éolienne, cette électricité a été générée par la combustion de charbon, de pétrole, de gaz ou la chaleur émise par des produits fissiles et un zest par la houille blanche.

 

Nous parlons donc de 1% de l’énergie produite à la surface de la terre. Depuis ces chiffres ont évolués à la marge dans le sens d’une augmentation du poids des renouvelables sans modifier notablement le tableau, ce qui explique que nous utilisions le chiffre de 1%.

 

Dans le cas de la France, l’éolien représente 3.1% de la production électrique pour une puissance installée de presque 8% de la puissance totale du parc électrique en 2013. Cela représente 0.5% de la consommation globale d’énergie primaire, soit de l’ordre d’environ 1% de la ressource nationale.

Un lecteur attentif aura noté que les chiffres de puissance installée (8,3) et de production (3,1) définissent un facteur de charge de 27%, donc supérieur au 22% que l’on vient de citer précédemment : illustration de la difficulté de trouver des sources cohérentes et non biaisées.  Pour le solaire, les ordres de grandeur sont à peu près moitié de ceux de l’éolien. On ne peut que constater que nous parlons ici de quantités marginales d’énergie qui ont peu de chance de modifier le tableau d’ensemble.

Il est piquant de remarquer que la façon la plus simple et la plus naturelle d’utiliser l’énergie solaire qui consiste à faire chauffer de l’eau circulant dans des serpentin sombre sur le toit du cabanon et à utiliser cette eau pour le chauffage et l’eau chaude domestique, est un procédé répandu dans tous les pays du pourtour méditerranéen, mais bien sûr, très peu en France. Trop simple, peut-être ou bien pas assez cher, mon fils. Ou bien les chinois n’ont pas perçu l’intérêt qu’ils avaient à produire aussi des panneaux solaires thermiques et à les vendre à un pays incapable de les fabriquer…Vous avez dit, plomberie ! Fi donc.

 

L’électricité est donc toujours, nonobstant l’immense bonne volonté de nos édiles produite par de la combustion de gaz et de charbon ou par la fission d’atomes d’uranium. Le vilain marché, véritable empêcheur de penser en rond est responsable de ce déplorable état de fait : les hommes, les gens, vous et moi, nous tous avons tendance à rechercher en toute chose et surtout sur des sujets aussi onéreux que le marché de l’énergie le meilleur rapport qualité-prix, pour parler comme la fameuse ménagère. Pour faire simple, nous produisons et utilisons l’énergie la moins coûteuse disponible sur le marché. Les énergies renouvelables sont très utiles pour fournir occasionnellement de petites quantités d’énergie dans des zones non desservies par un réseau électrique. Dans les territoires couverts par un réseau, en compétition avec les productions énormes et moins onéreuses des autres procédés, elles sont simplement disqualifiées et les subventions, aide à ceci, aide à cela et autres connivences de pouvoir n’y changent rien.

 

Les énergies renouvelables sont coûteuses lorsqu’on les compare aux énergies issues de la combustion ou de la fission. Pourquoi ?

La raison est que les panneaux solaires, les pales des éoliennes, les tours qui les soutiennent, les fondations qui les supportent, le cuivre des alternateurs, bref tous les composants de ces machines à faire peu d’électricité ne poussent pas sur les branches des arbres et ne se déplace pas au gré du vent, mais sont les produits d’autres secteurs industriels qui en leur temps ont consommé l’énergie conventionnelle requise pour leurs fabrications et leur transport. Leur coût est donc en quelque sorte indexé à celui du prix de l’énergie du trinôme pétrole-gaz-charbon, qui définit lui, les prix de l’acier, de l’aluminium, du cuivre, du ciment et des transports. Un très bon indicateur de ces relations est le jadis-fameux bilan carbone que l’élan, la fougue écologique laisse maintenant glisser dans l’oubli. Pour les panneaux solaires, la chose est complexe; il s’en fabrique beaucoup et leur coût a baissé ; de surcroit ils ne demandent aucun entretien et ont une assez grande durée de vie. C’est tant mieux pour les lieux dans lesquels leur installation se justifie. Quant aux éoliennes offshores, l’avenir nous dira ce que cela signifie d’assurer l’entretien de moitiés de Tour –Eiffel tournant sur elles-mêmes dans les tempêtes de la Mer du Nord.  Gageons que le prix de ce kWh s’en trouvera affecté.

Et puis, comme il a déjà été dit, la puissance installée à grand frais ne fonctionne guère qu’un cinquième du temps, même si l’Offshore nous promet mieux.

A noter que les Chinois fabriquent tellement de panneaux solaires, qu’ils sont maintenant contraints de les installer dans leur désert mongolien, nonobstant le fait que le peu d’énergie ainsi produite ne sera pas utilisée, faute de réseau. Mais les chiffres de la puissance installée en solaire grimpe et cela fait chaud au cœur de Mme Royal tout en montrant aux Français qu’ils ne sont pas les seuls à faire des sottises.

 

Sans s’attarder sur les évidences, il convient de se souvenir que ces parcs consomment de l’espace, et parfois beaucoup d’espace. Et de se souvenir aussi que des nuisances peuvent résulter de leur implantation en grand nombre. Les journalistes nous renseignent largement sur ces aspects de la bienvenue Transition Energétique, qui parfois déplaisent au petit peuple.

 

Prétendre que ces 1% d’énergie d’origine éolienne et photovoltaïque pourront croître pour réduire les 99% d’énergie fossile et nucléaire et, pourquoi-pas, se substituer à eux traduit une ambition que n’autorise pas la différence de coût entre les diverses sources et qui résulte d’abord et presque exclusivement de postures politiques. L’aveuglement et l’inculture –ignorance crasse- de la classe politique nous renvoie au discours sur la République des anciens, qui confiaient aux métèques et aux esclaves les tâches domestiques de la production de richesse dans les mines de Lavrion.

Avec une belle constance, qu’on pourrait qualifier d’obstination, les ministres de l’écologie, des deux sexes mais portant à gauche même issus de ce qu’on appelle la Droite, ont donc assuré la promotion du développement des énergies éoliennes et  solaires, au premier degré dans l’opinion publique puis dans les faits. Pour cela une taxe très lourde a été mise en place, qui permet aux producteurs et distributeurs d’électricité nationaux de recevoir et de gérer les quantités d’électricité -marginales pour eux- produites ici et là dans les prés et dans les champs et bientôt dans les mers agitées de la Manche. Comme le pompiste l’électricien est pour l’Etat un Percepteur avant d’être un distributeur d’énergie.

Cette taxe, la Contribution au Service Public d’Électricité, CSPE, est de 20% du montant de la facture du fournisseur d’électricité et elle est soumise à la TVA. Cela représentera en 2015 7.5 milliards d’Euros. Elle n’est d’ailleurs pas la seule taxe qui vienne alourdir cette facture, car c’est au total un montant de 31% de taxe qui s’ajoute à cette facture, résultant en une ponction fiscale de 11.6 milliards. Fiscalité et aberration écologique font donc bon ménage.

Environ 3 de ces 11 milliards servent tout de même à alimenter l’industrie chinoise des panneaux solaires, l’industrie allemande des éoliennes, à huiler les diverses connivences de ce système et à enrichir les maires des nombreuses communes qui ont eu la sagesse d’ériger ces pompes à phynance sur le terrain de leur grand-mère ou de leur beau-frère. Il est rassurant de penser que tout ce bel argent n’est pas perdu.

Il n’apparait pas clairement que la production de gaz à effet de serre ait été réduite, ce qui est normal pour un pays qui en produit très peu (9 fois moins que le voisin allemand) mais il est par contre évident que notre Etat a eu la capacité de créer, somme toute de façon assez artificielle une bulle financière et administrative qu’il faudra bien dégonfler un jour et dont les bénéficiaires sont chinois, coréens ou allemands, ce qui est plus européen, et en tout cas pour des montants qui s’inscrivent dans la colonne débit de la balance des paiements.

 

 

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L’histoire contemporaine est au plan économique et au plan géopolitique dominée par l’accès à l’énergie, à sa disponibilité et à son prix.

Le 19ème siècle avait été le siècle du charbon. Le 20ème siècle n’a pas vu l’abandon du charbon, bien au contraire, mais l’apparition d’une nouvelle forme d’énergie très disponible et d’une grande souplesse d’emploi : le pétrole.

Cette commodité d’usage et cette disponibilité qu’offre le pétrole se sont traduites dans le développement, dans l’explosion du monde industriel qu’a connu le siècle dernier, dont les bénéfices et les insuffisances sont le cœur des préoccupations actuelles. Un caractère particulier de la mise en œuvre de cette nouvelle ressource est que, jusqu’à une époque récente, proche du tournant du siècle, le pétrole n’a pas été soumis à la loi du Marché.

Pour des raisons historiques : monopole des Compagnies pétrolières, géographiques : concentration exceptionnelle des gisements dans le « corridor du pétrole », géopolitiques : sujétion puis émancipation des pays producteurs, l’offre s’est construite sur des considérations de caractère politique dominées par l’hégémonie des Etats Unis et les forces en butte à cet impérialisme militaire, économique et culturel.

 

Longtemps les pays industrialisés, et spécialement la puissance américaine (pétrolière et politique à la fois) ont acheté l’énergie du pétrole qu’ils consommaient en consentant à des monarchies archaïques une rente importante et en  garantissant leur sécurité. Cela s’inscrivait de surcroit dans la lutte contre l’ennemi soviétique, alors toujours puissant,  tout en préservant le monopole du cartel des compagnies pétrolières américaines, alors toujours puissant.

Il a fallu que l’ennemi, de moins en moins puissant s’approche des côtes de Floride pour qu’une réaction autre que le « containment » à la Kennan se produise.

Déjà les pays producteurs, plus nombreux, plus dispersés s’étaient émancipés, dans le plus grand désordre, désordre qui a retenti, au hasard des crises, sur la disponibilité et le prix de l’or noir. Mais dans toutes ces phases la rente, habilement répartie entre les pays producteurs et les filles de la Standard Oil, s’est maintenue à un niveau suffisant pour alimenter la puissance américaine et au-delà, la croissance mondiale, tant par les efforts d’armement que par l’explosion de l’hyperconsommation.

 

Longtemps aussi, on a cru que les ressources en énergie fossile allaient se tarir dans un futur immédiat, de quelques années à quelques dizaines d’années.

Et puis l’exploration profonde, le traitement des terrains bitumineux, l’amélioration du rendement des machines ont rendu cette dépendance à l’énergie du pétrole moins aigüe alors même que technologie et marché se développant, le gaz ne devienne à son tour, de résidu inutile qu’il était, une source irremplaçable d’énergie au même niveau que le pétrole et le charbon, compensant pour la production d’électricité le ralentissement de l’approvisionnement en or noir.

 

L’ennemi soviétique disparu, la paranoïa et l’impérialisme des américains se sont  ensuite manifestés dans un remue-ménage politique et militaire dont les esprits sceptiques pensent qu’ils n’avaient d’autres objectifs que de permettre à Haliburton, Dick Cheney, Donald Rumsfeld et à la famille Bush de faire de bonnes affaires, en pérennisant dans la mesure du possible l’Alliance Saoudienne.

 

Et maintenant le marché de l’énergie retrouve son équilibre, les effets de rente s’atténuent, les utilisateurs choisissent leur approvisionnement gaz, charbon, pétrole ou uranium en fonction des données du marché comme ils peuvent l’anticiper à moyen terme pour les énergies fossiles et à long terme pour le nucléaire. On parle ici d’un plateau de l’énergie dont la taille, la durée s’exprime au mieux en décennies et qui penche inéluctablement vers la décroissance. L’entrée massive du gaz sur le marché de l’énergie est le facteur principal dette nouvelle configuration. Cette stabilisation, qui pourrait n’être que temporaire, dans la fourniture énergétique a comme corollaire une stabilisation de la croissance économique. (1) Ce diktat de la nature semble échapper à la perception du personnel politique qui ne réalise pas qu’il faille dorénavant vivre dans un monde à croissance très faible, voire dans la  décroissance. Maintenir, dans le climat de compétition internationale qui prévaut, une croissance faible impose d’améliorer sans cesse la compétitivité du système productif au moyen de la seule variable d’ajustement qui reste : le temps de travail. En France, cette idée est mal perçue. 

 

Heureusement, il y a la dette !

 

Néanmoins, on peut dès lors et pour quelques décennies augurer (souhaiter ?) que dans un marché de l’énergie qui serait enfin un marché vrai les Energies Renouvelables trouveront leur place, connaîtront les développements technologiques qu’elles doivent connaître et viendront sans distorsion compléter en leur temps la gamme des sources d’énergie que l’homme continuera d’utiliser dans les territoires où elles se justifient.

 

Il ne s’agit pas pour les Etats, en parlant des pays qui en possèdent un, de renoncer à jouer un rôle dans ce grand jeu. Il est absolument essentiel que des moyens publics soient consacrés à de la recherche fondamentale dans tous les domaines de l’énergie; une étape plus loin, des systèmes pilotes peuvent être mis à l’épreuve et il est loisible d’encourager une forme de recherche appliquée mais il ne faut pas voir la puissance de l’Etat introduire des distorsions dans le jeu d’un marché mondial, dans ce qui est strictement le jeu industriel de la concurrence par et pour le progrès. ITER, en souhaitant que l’option soit judicieuse, voilà le domaine de l’Etat.

Les critiques concernant le choix de la filière fusion ne manquent pas et de nombreuses voix recommandent de financer d’abord les études sur les centrales au thorium. Sans doute faut-il conduire les deux projets ! Les militaires ont-ils toujours le même besoin pressant du plutonium que leur fournissent les centrales à uranium ?

 

Une objection à cette attitude est justement que la France par un effort et une volonté de l’État a développé, avec un succès éclatant la filière énergétique nouvelle du nucléaire: c’est précisément la démonstration du fait que, en ce temps-là, la France avait un Etat et que cet Etat a fait les bons choix.

La même satisfaction concerne l’aéronautique. En contre-exemple, pour le Plan Calcul, il est difficile d’être aussi laudatif. Malheur aux perdants et adieu les ordinateurs ! Laissons également le voile retomber sur les performances de Mme Lauvergeon, égérie socialisante du système, que l’État –Actionnaire a laissé patauger dans les marais des mines vidées de leur minerai et des contrats de construction de centrale-prototype hâtivement bâclés. Comme dit le poète, ceci est une autre histoire. Qui trop embrasse, mal étreint.

La conclusion serait sans doute que, en même temps qu’il est important que les structures n’entravent pas l’action, il est important que les actions soient conduites par les bonnes personnes.

 

Dans ces quelques remarques agacées, aucune mention n’a été faite à l’énergie nucléaire, le mot n’a pas été écrit et même on s’est abstenu d’y penser. Évoque-t-on le Malin dans une béate liturgie du bonheur éolien, sinon pour le repousser ? Excommunié,  celui qui fera remarquer que la Bête Infâme ne produit que le CO2 de sa construction, qu’elle fonctionne vraiment longtemps et qu’elle produit une des énergies les moins coûteuses.

Pourquoi tant de haine ?

L’énergie nucléaire est une énergie qui est émise spontanément, dans la nature, dans le sol, qui est répandue –on n’ose pas dire distribuée- partout et qui nous irradie en permanence. Il s’agit du résultat de la fission, une forme de vieillissement, de métaux assez communs, le plus connu étant l’uranium. Les hasards de la géologie font que certains minerais contiennent plus de ces principes fissiles, autorisant ainsi leur extraction et leur concentration. Il faut partir de là : l’homme ne crée pas la radioactivité ; il la collecte, la conditionne et capte la chaleur émise dans le processus de vieillissement du métal pour faire bouillir sa marmite-à-faire-de-l’électricité : la machine à vapeur.

Les procédés d’extraction du métal sont dans le cas de l’uranium long, coûteux et sont très dommageables pour l’environnement. C’est aussi le cas du charbon, des minerais de fer, de cuivre et autres sources de matières premières. Il faut prêter la plus grande attention à ces nuisances, mais grâce au Bon Dieu elles se développent principalement chez les autres, ce qui, convenons-en, nous arrange bien. La ressource est abondante ; l’humanité aura eu beaucoup d’autres haies à sauter avant d’avoir à résoudre le problème d’une pénurie dans ce domaine.

La fission de l’uranium peut se produire de deux façons.

La première, au moins au sens historique, consiste à prendre une grosse motte de ce concentré d’énergie et à la cuire de telle façon qu’elle libère tout ce qu’elle a de caché en elle dans une seule fraction de seconde. Une vraie bombe.

Sitôt réalisée, déjà périmée et rapidement remplacée par la bombe à hydrogène qui fonctionne sur un autre principe.

Il n’y a que 19000 de ces jouets dans la panoplie mondiale, dont seulement, nous voilà rassurés, 4400 sont dits opérationnels ; les autres dorment dans des hangars, qui ne sont peut-être pas ouverts à tout vent. La France ne possède que 300 têtes nucléaires, le solde se trouvant grosso modo chez nos amis et alliés de toujours les Américains et chez nos anciens amis de toujours, les Russes. Dormons en paix, Fessenheim sera bientôt fermée et le danger nucléaire écarté.

L’autre manière d’accommoder l’uranium est d’en prendre une grosse pincée, avec précaution, et de lui laisser vivre sa vie en récupérant la chaleur liée, comme il a été dit, à ce processus de vieillissement. La chose est complexe et cette cuisine-là ne peut pas être confiée à n’importe quel marmiton. Lorsque l’opérateur, le cuisinier en charge, n’utilise pas le meilleur récipient, ne surveille pas assez attentivement le fourneau, manipule maladroitement ses robinets, place ses installations dans des lieux inondables et ne peut pas garantir la pérennité de ses circuits de refroidissement il transforme la machine qu’il a conçu avec légèreté et économie et qu’il n’a pas fait fonctionner avec une rigueur extrême, en une boule de feu inextinguible qui irradie des régions entières et échappe à son créateur.

On notera toutefois que Three mile island, Tchernobyl et Fukushima, traumatisant l’opinion publique, n’ont en réalité causés que d’infimes dégâts en terme de vie humaine et de destruction environnementale. La vie animale et végétale se réinstalle rapidement et avec force sur les territoires abandonnés. Depuis Fukushima, l’exploitation du charbon a fait plus de mille victimes. (octobre 2015)

 

L’exploitation de l’énergie nucléaire en France se réalise-t-elle avec le sérieux qui convient, les installations sont-elles bien conçues, correctement construites et gérées suivant des normes de sécurité suffisamment contraignantes, minutieusement respectées ? Depuis 1980 aucun accident grave n’est survenu en France dans une centrale et les incidents qui ont lieu au fil du temps, qui justifient légitimement l’attention médiatique qu’ils suscitent, sont les incidents que tout système produisant 400 TWh d’énergie électrique par an, ne peut pas ne pas connaître, quel que soit le niveau de maintenance préventive que ce système requiert.

Cette forme de satisfecit ne doit pas faire oublier deux points essentiels :

Il n’est pas envisageable de faire jouer les forces de la concurrence dans le domaine de la production d’électricité nucléaire, car il faut accepter de payer le prix de la plus grand sécurité possible et les forces du marché ne peuvent pas et ne doivent pas  jouer sur ce terrain-là. Il s’agit d’un domaine véritablement régalien. Rendue sur le réseau, la chose étant domestiquée, que les autres impératifs des lois du Marché entrent en jeu, c’est une autre affaire.

Comme il s’agit d’une activité pour laquelle l’Etat est le garant de la sécurité, alors qu’il est le premier et pratiquement le seul actionnaire des entreprises chargées de la mission, il est fondamental qu’il prenne son rôle sérieusement et ne se conduise pas comme un gamin dans un jardin d’enfants avec un  petit hochet écologique et ne manifeste plus la complète incompétence qu’il a montré dans la gestion de l’amont de la filière, Areva. On peut même formuler le souhait que cela ne continue pas, mais rien n’est moins certain.

L’utilisation de l’énergie nucléaire pause d’autres problèmes.

En premier lieu, il convient de traiter et réutiliser les résidus de la fission du combustible. Les procédés sont onéreux et nécessitent à leur tour une grande rigueur. Malheureusement il reste encore, à la fin de tous les traitements des matières radioactives ou à leur stockage pour utilisation ultérieure, un certain volume de déchets pour lesquels on ne connait pas d’usage et qu’il faut enfouir à très grande profondeur dans un conditionnement stable. L’Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs  (ANDRA) procède à ces opérations d’enfouissement et dispose ou disposera de volumes de stockage nécessaires. Elle organise ou contrôle le stockage des volumes promis à un retraitement. Ce domaine constitue une filière industrielle complexe et le savoir-faire français peut être un atout important dans le cadre des exportations de services.

L’autre question que pose le parc nucléaire concerne le démantèlement des centrales dites en fin de vie. On est d’abord surpris par la violence du terme démantèlement; s’agit-il de faire disparaître du sol sacré tout ce qui pourrait rappeler la  présence d’une énergie nucléaire et, tel Daech raser Palmyre ? La réponse est bien celle-là. Le combustible doit être enlevé, ce qui parait le moins, mais au-delà l’objectif est de rendre à la collectivité la propriété foncière comme elle  avait été confiée à l’électricien à l’origine du projet* afin, en quelque sorte qu’il ne reste rien qui puisse témoigner de la présence infernale.** Cette position, sur d’autres terrains reviendrait à demander aux défunts Charbonnages de France de remplir les mines avec les terrils du poète après avoir dépoussiéré les corons, ou peut-être encore car, nous sommes dans le sacré, d’aplanir au nom de la laïcité les hideuses cathédrales qui sont les vestiges d’une époque de fanatisme religieux, dont on voit qu’il est une pollution difficile à éradiquer. Pour faire bonne mesure, ces opérations de retour à la nature doivent être menées immédiatement après la décision d’interrompre l’exploitation au motif que les personnels qui ont produit sont immédiatement disponibles pour entamer ces chantiers, évidemment gigantesques. Attendre qu’une fraction de la radioactivité qui se manifeste dans l’enceinte de la centrale, le combustible étant évacué se  soit dissipée n’est pas envisageable et l’exorcisme doit se pratiquer dans l’heure.  Les turbines à vapeur, les auxiliaires de refroidissement et le  matériel non-irradié sortent du jeu. Reste le réacteur. On a dit dans l’enceinte, car il faut souhaiter qu’il n’y ait jamais, d’aucune façon, eu de danger radioactif à l’extérieur de la centrale. Qu’il s’agisse de Tricastin, Golfech ou Chinon le citoyen est enclin à croire qu’on ne l’a pas obligé à vivre sous le feu de radiations incontrôlées ! Et si cela est vrai, s’il n’y a pas de radioactivité extérieure, pourquoi faut-il « démanteler » la forteresse –c’en est une- pierre à pierre. Le but est-il seulement de récupérer de la propriété foncière. Fermer, murer la porte du bazar, aménager un beau jardin d’enfant, installer un mur d’escalade sur un échangeur, bref en tirer le meilleur parti possible constitue sans doute une solution trop simple. Les beaux esprits***, il en existe partout, qui se préoccupent de ne pas laisser de friches industrielles à la génération qui arrive, seraient sans doute bien inspirés de ne pas accroître la dette qui sera la sienne en faisant supporter le  surcoût de ce démantèlement à une énergie dont ce qui reste de notre industrie a bien besoin dans le cadre de l’économie nationale.

*Autorité de sureté nucléaire, dossier Démantèlement…

**A noter que les centrales à charbon, à gaz semblent être exonérées de cette obligation de « retour à la pelouse », comme disent les américains. Sans doute, les friches qui sont ainsi abandonnées conservent elles le petit côté sympa qu’avaient les émissions de GES des installations initiales. Ou bien leur éventuel démantèlement serait, lui, gratuit ! De la même manière, nos amis allemands ne manqueront pas de reconstituer le paysage –vaches incluses- lorsqu’ils reboucheront les centaines de km² qu’occupent les mines de lignite.

***On en arrive à se demander si le démantèlement des centrales nucléaires n’est pas devenu, pour les opposants, la raison même de l’arrêt des centrales. Tout se passe comme s’il fallait absolument arrêter les centrales pour pouvoir les démanteler !

 

Revenons en arrière.

L’homme qui court derrière son gibier, qui cueille les fruits des arbres et s’intéresse aux graminées découvre le feu, l’apprivoise et progressivement le maîtrise. Il cuit ses aliments, il se réchauffe et il  éclaire la grotte, éloignant ainsi les bêtes sauvages, puis il transforme la pierre lourde en métal et l’eau en vapeur et la vapeur en moteur et le monde change. Et les tribus éparses à droite et à gauche s’étalent, l’homme croît et se multiplie et tout naturellement en dépit des pestes noires, des génocides variés, des holocaustes et des incessantes guerres il y aura tantôt, disent les auto-proclamés spécialistes, 10 milliards de poilus sur la planète.

Aujourd’hui, le chiffre n’est que de 7.5 milliards. Allons tant mieux, les choses sont encore contrôlables…

Ces 7 milliards et des poussières d’êtres humains ne vivent pas tous dans l’opulence et le confort qui sont les privilèges de ceux qui écrivent et peut-être lisent ce genre de commentaires.

Sans passer trop de temps sur un classement délicat, il est possible de dire qu’un milliard et demi de gens vivent pas trop mal et certains très bien, un autre milliard et demi survivent et une grosse moitié crèvent la dalle et ne survivent qu’en envoyant femmes et enfants chercher l’eau au marigot du coin et en rêvant de rejoindre les paradis des belles âmes qui se préoccupent de leur sort. Ils ont vocation à migrer.

Toutes les rêveries des écologistes reviennent à penser qu’en agissant sur nos modes de vie et par une décroissance heureusement consentie et voulue par tous, il sera possible de conduire l’humanité et plus spécialement les quasi 4 milliards de vrais damnés de la terre sur les prairies d’abondance, même réduite, des bobos gauchisants, lecteurs assidus de Libération et du journal de référence.

Mais l’humanité n’est-elle pas  qu’une avalanche irrésistible au parcours imprévisible qu’aucune force, et surtout pas la force de la tribu des nantis, ne peut détourner de son destin, de sa chute.

Rien ne l’empêchera de suivre sa course et sa trajectoire ne sera modifiée que par les modifications et destructions qu’elle aura, elle-même, provoquées dans son environnement, notre terre.

 

Encore une courbe qu’on n’inversera pas.