C’est vaste le monde. Ne dit-on pas le Vaste Monde.

Regardons les extrémités.

 

Dans un sens il y a l’espace, les galaxies, les trous noirs et on ne sait quoi. Tout ceci intrigue les astronomes, les astrophysiciens : on les comprend, il y a du mystère là-dedans (ou plutôt là-dehors) et le mystère, c’est son truc à l’homme. Cela intéresse aussi, mais ils voient moins loin, les astronautes qui ne sont après tout que de grands enfants-aviateurs dévoyés, extraits de leurs antiques biplans de meetings aériens.

Pour vous et moi, ce bazar est bien distant, encore que ce soient nos impôts qui autorisent (décision de la Cité) et permettent (O cher budget) tous les astrochoses à jouer dans leur immense cour de récréation. Il faut bien que jeunesse-progrès se passe !

Dans l’autre sens, à l’autre bout du monde, il y a la matière et ses mystères à elle. L’atome, les particules, les quarks, les vibratos quantiques enchantent les sciences modernes lesquelles, il faut le reconnaître, retentissent bruyamment dans nos vies de grands consommateurs d’électricité et d’iPhones. Nous pourrions être conduits à évoquer à nouveau ce bout du monde en parlant Uranium ou Lithium. 

 

Au milieu est la Terre.

La planète bleue est belle, tout le monde le dit. Le monde qui le dit, c’est le Monde des Hommes qui précisément habitent la jolie planète. Donc la terre est double : d’abord la planète et ensuite, brièvement mais lourdement les Hommes.

 

Regardons les Hommes.

On feuillette le livre de l’Histoire, on regarde le registre de l’ONU, on écoute-regarde le Journal télévisé de l’instant (c’est devenu permanent, ces trucs-là) et on se fait une idée.

 

Il y a les Nations, plus ou moins.

Ces Nations s’incarnent dans des Etats, plus ou moins, qui s’incarnent dans des représentants (homme) qualifiés de Chefs d’État. Tout cet ensemble fait dans le flou, comme disait ma couturière de mère. L’hétérogénéité règne partout.

Les Nations se déchirent qui ne doivent souvent leur existence qu’à des Sykes-Picotteries. Elles se divisent comme des cellules mécontentes d’être elles-mêmes. Elles s’asphyxient de leurs religions, de leurs communautés, de leurs langues mal-enseignées, de leurs économies mal-gérées, de leurs territoires partagés… et quoi encore.

Pour les Etats, c’est pire : on va du féroce et sanguinaire tyranneau africain jusqu’aux oligarchies impérialistes et capitalistes drapées dans les houppelandes du libéralisme à l’américaine ou du parti unique à la chinoise. Drôle de cuisine !

Quant aux chefs d’État, ils émergent par des luttes fratricides des oligarchies régnantes, ayant oublié dans ces combats que leur fonction n’est pas de survivre et prospérer mais de faire prospérer la Nation qu’ils incarnent.

 

Il y a les Multinationales.

L’appellation dit tout : elles s’étalent sur le Monde et finissent par ne plus connaître, pour les plus importantes d’entre-elles, les pays dont elles proviennent. Elles ont nécessairement des liens avec les Etats sur les territoires desquels elles s’activent mais ces liens sont mal définis, puisque justement elles ne sont plus nationales mais opèrent dans les limbes mondiaux. C’est ainsi que bien qu’étant d’immenses centres de profits, elles s’exonèrent quasi-complètement de l’impôt et ne rémunèrent aucun Etat des services qui leur ont été fournis. Cette mobilité tentaculaire les autorise à faire leur marché pour trouver les moins-disants en coût du travail et en petits arrangements fiscaux et réglementaires. Difficile d’échapper à l’image de pieuvres recouvrant les territoires des nations !

Mais ce sont elles qui font les choses : on n’aime pas les GAFA mais on s’en sert et ce ne sont pas nos Etats qui nous ont fourni les outils que les GAFA nous offrent. On boit de la bière et on ne se pose pas la question de savoir d’où vient l’aluminium de la canette qui sera rejetée négligemment dans la poubelle du tri (si ! on est comme ça). Et heureusement que Mittal fait encore un peu d’acier, sinon le moindre morceau de ferraille serait chinois.

 

Nous avons donc ces grosses amibes Etat-Nation recouvertes, enveloppées des tentacules des Multinationales.

 

Tout cela flotte dans un liquide qui est le fond de sauce remplissant le bassin du monde, un véritable liquide amniotique où se développe le monde qui constamment se crée.

 

Manquent les épices.

 

Les Idéologies, les Croyances, les Religions sont des ingrédients déterminants : pensons aux Etats Islamiques, aux Républiques dites Populaires, à la  théocratie persane et autre insanités. Et ne parlons pas de la religion des Droits de l’Homme et des Valeurs de la République dont on nous rebat les oreilles. L’humanité baigne dans ces bastringues depuis la nuit des temps et trouve une nouvelle chanson quand elle cesse de chanter l’air précédent. Quitte-t-on l’étouffant Catholicisme qu’on se jette dans un Calvinisme rigoureux et austère. On adore la Science. On vénère la Liberté sans limite et on finit en prenant les pulsions de l’animal pour des principes fondamentaux. Ce qu’elles sont d’ailleurs.

 

Les Nations gèrent mal leurs populations qui, sans cesse augmentent (croissez et multipliez) et comme des électrons d’un élément radioactif s’échappent et vont courir… le Vaste Monde. Ce phénomène de migration a toujours eu lieu : c’est lui qui nous a menés là où nous sommes. Seulement la coupe est pleine, les places sont prises, le Monde est connu, occupé et possédé. Alors que physiquement il est maintenant commode de parcourir la planète, il devient de plus en plus difficile de trouver un lopin de terre pour y planter ses choux-à-soi. Le Migrant est abondant et mal venu. Il flotte dans le fond de sauce en recherche d’une Nation qui l’acceptera et à la population de laquelle il s’intégrera ou s’assimilera. Peut-être.

 

Il y a enfin la Finance. Alors là, comprenne qui pourra. Les monnaies, les Banques Centrales, les Fonds souverains, les autres établissements financiers, les Bourses, les taux d’intérêt, les prêts, les emprunts, les dettes… la tête nous tourne. C’était déjà compliqué au temps anciens où le Roi rognait les piécettes mais on pouvait encore in-fine peser les choses mais depuis que Nixon nous a fait le coup du dollar dématérialisé on est franchement paumé. Le lecteur entendra ce propos avec une certaine commisération indulgente à l’endroit de l’auteur, mais se posera néanmoins la question de savoir si un quelconque Chef d’État est bien mieux armé pour pénétrer ces mystères-là. Ce qu’on observe ce sont les résultats et des questions se posent: par quel mécanisme Grecs et Français arrivent-ils à vivre à crédit pendant si longtemps, cependant que chacun affirme que jamais les dettes accumulées ne seront remboursées ? Pourquoi les sub-primes ? Que signifient ces instruments financiers abscons, ces credit default swap, ces dérivés sur événement de crédit et quoi encore ?

Ce liquide est suffisamment toxique (toxique comme les fonds en question) pour que des municipalités du cher et vieux pays soient en grande difficulté financière pour avoir suivi les recommandations de leur banquier du coin de la rue. Compréhensible ou non, analysable ou pas, la chose existe et nos Etats-amibes baignent dedans et nous avec.

 

On vient de parler des Hommes, de l’Humanité.

C’est une partie envahissante (invasive) de la biosphère.

 

Revenons à la planète.

 

D’abord la boule, le globe. On pourrait le croire indestructible, gros comme il est et peuplé de si petites choses. Cependant le Vivant a considérablement agit sur la grosse boule : il en a modifié et même crée l’atmosphère, il a construit des masses calcaires gigantesques, il a fossilisé et enterré d’énormes quantités d’énergie. Il s’agit du Vivant, mystère absolu, qui sur un ou deux milliards d’années a construit notre terre avec ses arbres, ses plantes, ses animaux.

Et dans le clin d’œil temporel que nous vivons ce même Vivant est parvenu à polluer les océans les plus vastes, à assécher les mers intérieures, à bruler pratiquement toutes les énergies fossiles, à modifier sensiblement l’atmosphère et donc à modifier le climat. En un siècle et demi. Deux remarques qui ne sont pas complètement hors-sujet : l’Uranium est abondant, mais il deviendra onéreux. Le Lithium est rare donc onéreux.

 

Tout ce ramdam parce que le Vivant a atteint son point culminant avec l’Homme. Beaucoup de plantes ont agi en stockant du carbone, on vient de le dire, avant que l’homme n’intervienne. Elles ont pris leur temps.

Beaucoup d’animaux agissent encore en fouissant, en creusant les berges des rivières, en érigeant des termitières mais ce ne sont que travaux d’amateurs au regard des Barrages géants qui inondent des pays ou des Mégapoles qui recouvrent, habitations, aérodromes et autoroutes confondus, des pans entiers de territoire.

 

Dans la Nature l’Homme est un animal superpuissant, comme on le dit d’Ajax ou de Cilit Bang.

 

Une consolation : comme il a bouloté pratiquement tout le pétrole et une bonne partie du gaz, comme il a détruit et continue de détruire les forêts à toute vitesse, le temps du Game Over s’approche à grand pas et la sagesse des temps anciens fantasmés s’imposera d’elle-même. Il est inutile pour les partisans de la décroissance de s’énerver, elle se produira toute seule. Il reste bien une lichette de charbon, mais soyons rassurés, les Chinois s’en occupent.

 

Reste-t-il assez de Lithium pour toutes les voitures électriques qui sont, nous dit-on, l’avenir de l’Homme, surtout si elles marchent toutes seules.

 

Nous, on a Ségolène et la transition énergétique, Fabius et la COP 21. C'est rassurant.

 

22 septembre 2016