Cet email fut adressé à un chroniqueur du Figaro au lendemain d’une série de commentaires indignés, assez unanimement repris dans la presse et les journaux télévisés : la France à l’instar de quelques-uns de nos voisins aurait dû interdire des réunions politiques et électorales à destination de la communauté turque résidant en France. Yves Thréard n’a pas répondu à ce mail, ni même accusé réception. Signe de désintérêt au regard de la faiblesse de l’argument ou emploi du temps trop chargé ? Nous ne le saurons pas. 

 

Claude Dufourmantelle

claude.dufourmantelle@wanadoo.fr

 

Mon cher Yves

Pardonnez cette familiarité. C’est le prix de la notoriété que votre présence sur les écrans petits provoque. Cette notoriété sans doute encombrante parfois, peut-elle vous procurer une petite satisfaction ? Je veux dire au-delà de la fréquentation de la piquante Caroline.

Prenez donc cette familiarité pour une marque d’affection. J’y suis encouragé par une grande différence d’âge qui me conduit à voir les commentateurs politiques comme de grands enfants plus que comme des mentors austères. Seul Cayrol me parait  proche en âge et souvent aussi en opinion.

J’aime beaucoup votre façon de ramener la balle au centre dans des débats construits ou convenus, parfois un peu généraux ; votre consœur-compère Nay possède également cette qualité de remettre sur la table « ce dont on parle ».

 

Maintenant un point de désaccord et comme la chose est rare je vous la signale.

Dans votre édito d’aujourd’hui 14 mars, vous regrettez la décision des autorités françaises d’avoir permis qu’une réunion de caractère politique concernant les ressortissants turques vivant en France ait lieu à Metz sous les auspices du Ministre turc des Affaires Étrangères. M. Arthur Berdah, hier se faisait l’écho de la position de notre bon Ayrault.

 

Il y a bien deux sujets distincts et qui doivent être traités distinctement.

 

Le premier : Des citoyens turcs résident en  Lorraine. Ils résident de façon licite et les droits élémentaires des citoyens français leur sont dus dans la mesure où leurs actions s’inscrivent dans le cadre des lois de la République. Parmi ces droits, celui de réunion sous réserve que…bla, bla…ordre public… et après accords des autorités territoriales et nationales concernées. Dans ces réunions nos Turcs peuvent parler de philatélie, de la cuisson des kebabs et pourquoi pas de la vie de leur pays. Comme disaient jadis les Inconnus, cela ne nous regarde pas ! Au nom de quel principe l’État Français interdirait-il une réunion de citoyens turcs si toutes les conditions sont réunies pour que…bla, bla,bla.

L’État a suffisamment de choses dans son assiette pour ne pas aller grappiller dans l’assiette du futur dictateur ottoman, et grappiller sur le mauvais sujet.

 

L’autre sujet : Vous, Moi et plein d’autre français pensons que la Turquie file un mauvais coton : la politique turque ne nous plait pas, le président Erdogan nous inquiète, la Turquie s’éloigne…

Votre édito dit ces choses-là.

Tout comme le citoyen turc a le droit de réunion, le citoyen français a le droit d’exprimer ses sentiments, ses réflexions, ses opinions et sa pensée sur la politique de la Turquie et même sur la personnalité de son président. Cela suppose que le citoyen français ait, dans l’ordre : une pensée, qu’il réfléchisse, et que son opinion soit construite. Quant au sentiment, c’est couleur du ciel.

 coté du Ministre de l’Intérieur est assis notre Ministre des Affaires Étrangères. Le bonhomme est là, pour quelques jours encore, car notre système démocratique l’y a conduit. Il exprime, avec plus ou moins de force ou de conviction, où et quand il le veut des opinions à peu près semblables aux opinions du vulgum, Vous et Moi, opinions qui sont d’abord l’expression d’une inquiétude plus que le  vade-mecum d’une action que la France et l’Union Européenne pourrait conduire. Souhaitons qu’un jour avant le chaos, un Président français voudra bien se réapproprier l’Europe et en faire à nouveau notre projet. Mais ceci est une autre histoire.

 

La confusion est de penser qu’il appartenait au préfet de Moselle ou au Roux de service de prendre parti dans les affaires turques par une interdiction illégitime dans un registre qui est celui des relations internationales et de la politique européenne. Que notre Président ne préside plus et que notre Ministre-sans-aéroport soient impuissants, incompétents et déjà absents est Notre problème. N’y mêlons pas les Turcs.

 

Amitié de téléspectateur.

 

14 mars 2017