La magie des courbes, les courbes dont on rêve comme la silhouette des femmes ou la trace d’un virage en neige douce quand vole le skieur ou encore l’arabesque d’une trajectoire d’un avion d’acrobate…

 

Soyons clair :

Dans l’espace et dans la nature en général est courbe ce qui n’est pas plan, ni marqué par des cassures. La courbe suppose la continuité et n’admet pas la falaise.

Dans le plan est courbe ce qui n’est pas droit, ce qui n’est pas ligne droite. Là encore la courbe n’aime pas la cassure, l’angle et le zig-zag. Elle suppose une certaine continuité, la continuité.

 

Quand le Président de la République considère les chiffres du chômage et leur évolution il utilise l’image de la courbe du chômage. Il utilise alors une représentation mathématique, un graphique destiné à quantifier et rendre visible l’évolution du nombre des chômeurs au-delà du simple énoncé des chiffres. Il est légitime de parler de courbe avec en abscisse le temps qui fuit et en ordonnée le nombre, hélas croissant des demandeurs (ou pas) d’emploi.

 

Dans l’univers des maths, plus précisément des Mathématiques Élémentaires, l’Inversion, on s’en souviendra peut-être, est une des transformations : par un tour de passe-passe cette transformation-là vous « transforme » une droite en un cercle et n’importe quelle courbe en autre chose : les mathématiciens en profitent pour découvrir dans les figures nouvelles des propriétés évidemment révélées qui restaient cachées dans les images d’origine. Bref, en mathématique, Inversion a un sens précis et n’est pas un mot valise pour dire (à peu près) n’importe quoi et son contraire.

 

La courbe du chômage s’inversera !

Dans la bouche d’un élu du peuple, bénéficiaire d’une certaine forme réputée d’éducation élitiste l’expression peut passer pour une licence doucement poétique destinée à faire comprendre que l’on souhaite qu’une courbe, traduisant graphiquement la croissance ou la décroissance d’une grandeur quelconque, tel que le nombre de chômeurs en France, aille vers le haut d’un graphique ou vers le bas.

 

Plus généralement le mot inversion traduit le fait « d’aller en sens inverse » dans le cours d’une action. Dans le cas de notre fléau national, le chômage, il faudrait en quelque sorte remonter le cours du temps, aidé par Wells et retrouver l’époque à laquelle Gouverner n’excluait pas de Gérer.

 

Bon, on comprend que le vocable « inversion » : action d’invertir, soit d’obtenir l’effet contraire à celui qui se produit en l’instant, se glisse dans le propos ; et comme il vient d’être dit on comprend qu’une certaine liberté d’expression l’ait associé au mot « courbe ». C’est une impropriété vénielle si elle ne se répète pas.

 

On comprend moins que l’expression se soit introduite en force dans le vocabulaire courant, et dans le jargon du monde des politiques/politiciens et journalistes associés. Cela n’est plus véniel et traduit un relâchement dans l’emploi du Français.

La coupe est pleine quand un journaliste du Figaro sans référence à la parole d’un tiers (comme Hollande ou son entourage) utilise le vocable, si l’on peut dire, de « plain-pied », tout naturellement dans le titre d’un article du Figaro Économie. Le faux-sens est rentré dans la langue.

 

Qu’ils soient tous pardonnés car ils écrivent comme causent tous les autres.

 

Si au moins, notre homme s’était limité à l’inflexion de la courbe, ou simplement à sa décroissance.

 

Mais c’est ainsi qu’évoluent les langues et qui sommes-nous pour nous en plaindre. Laissons ce travail à nos Académiciens qui prennent leur temps et à Etiemble.

Quant à Bouvard, il remarquerait sans doute que l’inversion conduit à être inverti, ce qui de nos jours mène droit aux considérations sur les liens désacralisés du mariage pour tous, de la PMA. Et à l’anti-taubirisme.

 

Septembre 2016

 

Cette brève exaspération est reprise d’un autre texte dont elle était un préambule : elle méritait  d’être séparée de ce texte qui parle de tout autre chose.