Pratiquer l’alpinisme consiste à beaucoup rêver, à imaginer, on pourrait presque dire à croire et puis enfin, quand même, à faire une course en montagne, une ascension.

Une ascension, on l’a dit ailleurs, c’est une pilule d’aventure, une bouffée de voyage à portée de main, à portée de bourse, à portée de vacances.

L’alpiniste pénètre dans cette auberge espagnole de l’aventure et il y met ce qu’il veut : de la neige, de la glace, du rocher facile ou difficile, du vent, pas mal de froid et beaucoup d’effort et surtout un grand désir de reconnaissance : il s’est élevé au-dessus du commun, du vulgaire.

On se souvient de la célèbre (en son temps) « Race des Seigneurs ».

Les modestes sont les plus orgueilleux parmi les orgueilleux : ils n’ont même pas besoin des autres pour ressentir la plénitude de leur supériorité.

Ses qualités de cuisinier de la montagne lui permettent de réaliser les courses dans lesquelles il mettra et trouvera le bon dosage d’esthétique, d’épreuves et en prime ou en premier lieu, l’amitié de la cordée et au-delà l’appartenance à un clan, qu’on vient d’évoquer, à une élite…

Tout cela est bel et bon et l’individu, animal transitoire sur terre, d’une société transitoire sur terre peut y trouver de la satisfaction : il se regarde dans le miroir qu’il est lui-même, qu’il montre aux autres et il se trouve beau.

Quoi de plus humain.

Si notre alpiniste est homme d’esprit, il range son miroir, remet sa promenade en montagne au niveau de ce qu’elle est : une promenade en montagne, cesse de se prendre pour un demi-dieu et retourne, après promenade, aux choses de la vie.

Si notre alpiniste est intoxiqué, on dit maintenant dans un anglicisme commode, addict, il continue à croire que le sens de sa vie est dans l’ascension des montagnes. Quasi inéluctablement,  il atteint la limite de son rêve, il finit par traverser son miroir et il se tue dans sa promenade.

Il faut raison garder.

 

C.D.  2014