L’homme est un mammifère de la famille des hominidés. L’espèce est bien définie.  Le grand nombre des individus ainsi que la mobilité des groupes d’humains font que l’espèce présente une certaine homogénéité résultant des brassages interethniques.

 L’homme est bipède : c’est un redoutable coureur, il force le gibier.

 La ligne de ses épaules est disposée de telle sorte qu’il peut lancer des projectiles : il achève sa chasse par le jet du javelot.

 Les membres antérieurs se terminent par des mains à 5 doigts dont un pouce opposable qui autorise la préhension des projectiles et le maniement des objets : il lance la pierre qui abat la volaille, il cueille le fruit de l’arbre, il façonne l’hameçon  et la pointe de flèche.

Le larynx permet l’articulation d’un grand nombre de sons différents et identifiables : il parle et surtout il commande.

 En dépit de son apparente fragilité, il est un redoutable prédateur.  Sa férocité peut prendre des formes extrêmes.  De plus,  il opère en meute et, en meute, sa sauvagerie n’a aucune limite.

Son cerveau est un ordinateur puissant et complexe ; la plasticité de ce cerveau l’autorise et l’oblige à se reprogrammer en permanence et à intégrer les programmes des autres individus de la meute: il s’en sert  pour satisfaire son insatiable curiosité.

Le petit d’homme nait très fragile et les soins qu’il faut consacrer à son élevage sont une charge lourde pour la mère. Le père doit contribuer à la tâche surtout si les conditions de vie sont rudes. La constitution d’une cellule familiale est une nécessité. Cette cellule ne peut que disparaitre ou croitre. Ainsi se constitue le groupe et c’est là que nait l’organisation sociale.

Le groupe est stable et il atteint une certaine dimension ; l’environnement permet la chasse et la cueillette dans un climat favorable et sur une période suffisante.

D’entrée de jeu s’affirment les différences entre individus.

Entre les mâles et les femelles, différence permanente qui résulte d’abord de la différence du rôle joué par les deux sexes dans la continuation de l’espèce, et plus généralement sur les rapports entre les sexes.                                                                                                                                                                                                                          Entre individus du même sexe et peut-être davantage chez les mâles, différence entre individus de même statut.  Certains possèdent plus de force physique; ou encore plus de force morale, entre savoir et sagesse.

L’individu le plus apte  affirme sa prééminence et l’individu le moins adapté aux conditions recherche l’appui du groupe. Le groupe est  dès son origine soumis à des forces opposées : des forces centrifuges qui  permettent aux éléments les plus « forts » de bénéficier du groupe pour améliorer leur situation dans celui-ci, fut-ce au détriment de sa cohésion  et des forces centrifuges qui  conduisent les « faibles » à en rechercher la protection, renforçant ainsi sa cohésion.  On retrouve en toute chose de l’homme l’action de ces forces et leur antagonisme.

De la cohésion du groupe, de la communauté d’intérêts et d’activités  naissent ensemble le mot et le signe, image du mot : ce sont les nécessaires outils de la communication.

Le groupe est stable, il atteint une certaine dimension car l’environnement a permis la chasse et la cueillette dans un climat favorable et sur une période suffisante. Le langage s’enrichit et les progrès fondamentaux du développement se réalisent.

Qu’il s’agisse de construire et de renforcer le lien social, qu’il faille donner au groupe sa langue et son écriture, que ce soit simplement  de survivre, de trouver de nouveaux territoires, de veiller sur les femelles et leurs petits, au-delà de la force du bras qui lance, des jambes qui courent, c’est le cerveau de l’homme qui va faire le travail.

Et l’homme, plus que tout autre chose, est un animal d’une curiosité sans limite. Il lui faut savoir ce qui se trouve derrière la colline, de l’autre côté de la mer ; jusqu’où s’écoule la rivière,  pourquoi la foudre apporte le feu…et plus confusément que signifie sa présence sur cette terre.  Au fil du temps cette curiosité, ce besoin de savoir se sont aiguisés comme se perfectionnaient les outils de son intelligence.

De cette curiosité et dans le cadre social qui s’est formé nait une culture qui est propre au groupe, qui le caractérise, dont la langue et les croyances (exprimées dans cette langue et enfermées dans son inconscient) sont les supports. C’est le terreau où germeront les pratiques de l’organisation politique du groupe et l’organisation de sa vie sociale.

Satisfaire sa curiosité conduit l’homme à découvrir et plus précisément à découvrir qu’il peut agir sur le monde et qu’il peut en utiliser les ressources.

Cette action qu’il exerce, comme les autres animaux sur son milieu naturel prend une autre dimension ;  sa consommation d’énergie ne se limitera pas à la recherche de nourriture et le désir d’accroitre son emprise sur les éléments l’obligent à diversifier sa propre production d’énergie : il va lui falloir travailler.

La vie de l’homme sera alors la recherche permanente de l’équilibre entre sa consommation d’énergie et sa production d’énergie dans le but de parfaire sa maitrise du monde. Ce monde qui est double, celui de la nature, ce qu’il est convenu d’appeler l’environnement et celui des sociétés qu’il a fondé et au sein desquelles il agit.

Dans ces ensembles sociaux, de toute taille, de la famille à l’empire, l’individu le plus fort, le plus apte à comprendre et maîtriser les fonctionnements de son groupe et les outils de son expansion acquerra des biens, des privilèges, des pouvoirs et il en revendiquera naturellement la propriété. Tout aussi naturellement  il transmettra son acquis à sa descendance, à ses héritiers qu’ils soient ses enfants, ses disciples, ses acolytes ou ses complices. Cette création de la propriété et sa transmission sont un autre fil directeur de la compréhension en profondeur des mécanismes qui régissent notre monde.

Cette action sur le monde sensible s’accompagne toujours d’une recherche sur la nature profonde de ce qu’est la vie et l’homme au-delà de son animalité applique sa pensée à la recherche d’une signification élargie de son existence : il introduit le sacré dans son univers mental, il le transcende.  La création du monde, la mortalité et la pérennité de son esprit, de son âme lui font construire des systèmes qu’il introduit dans le fonctionnement de ce qui devient la cité. Avec le langage il traduit ces interrogations en mots ayant vocation à désigner, à nommer l’innommable. D’où les merveilles de l’Art. Dans le même temps ces systèmes de pensée, devenus croyances, servent alors de supports et d’outils à l’action politique. Cette aptitude à l’irrationalité qui peut conduire à tous les excès est, elle aussi, une des composantes majeures de la compréhension du comportement des groupes d’hommes.

Au-delà de toutes ces constructions, quelque niveau de développement qu’il ait atteint, aussi sophistiquée que soit sa culture, l’homme reste l’animal primordial. Enfouie en lui, cachée sous les structures de la culture, reste la sauvagerie immanente de l’espèce et il n’est que de voir le monde et ses drames pour ne pas oublier cette difficulté, cette impossibilité que connait l’homme à se civiliser, à s’humaniser… Les chefs de bande, les meneurs de meutes, les dictateurs sanglants, et tous les violeurs-prédateurs de tout temps et de notre temps ont illustré et illustrent ce retour permanent à la condition originelle de l’animal. Violence sexuelle, violence meurtrière, on peut y voir une pathologie, hors la normalité de l’espèce, mais cette pathologie dort, comme un virus caché, en chaque individu.

Quelque problème qu’il aborde, d’organisation politique, de société, d’organisation sociale, de développement  du commerce ou de l’industrie, nationale ou internationale, l’analyste, s’il mène assez loin son raisonnement viendra buter, se heurter à une question, un choix fondamental  relevant de ces lignes de réflexion qui sont comme des fils d’Ariane pour explorer le labyrinthe des réflexions sur l’homme, la cité et le monde.

En premier lieu, first and foremost : Nature du lien social qui oppose l’homme individu, libre, à l’homme du groupe, associé et contraint.

Une conséquence immédiate de la nature de ce lien : Propriété et sa transmission, Héritage.

Tout développement économique le suppose, le nécessite : Production et consommation d’énergie.

Le cerveau, machine puissante mais imparfaite, associés en réseau à d’autres cerveaux imparfaits, tisse une toile d’un tissu également imparfait : L’Irrationalité et les Croyances.

Cependant le lien social, la propriété, le labeur et les mythes n’entravent en rien et toujours les exaspèrent les pulsions fondamentales de l’animal : Sexualité, violence, fureur.

Tout ce qui vient d’être dit concerne l’individu dans son groupe : famille, clan, tribu, cité, nation, fédération de nation. Qu’en est-il si l’on examine le tableau en reculant d’un pas puis de plusieurs pas ?

Les clans, les cités, les nations (qui ne sont in-fine mises en mouvement que sous l’impulsion d’oligarchies minoritaires) ne se comportent elles pas comme des individus, étant de la sorte redescendues au niveau de l’homme-individu pour les rapports qu’elles entretiennent ?

Pour explorer le labyrinthe de la Mondialisation il faudra dans tous les aspects de la vie des nations entre elles, suivre les fils d’Ariane qui nous guident dans la réflexion : on sait bien que les nations ne sont pas plus sages que les hommes qui les composent.

Avril 2016

 

Terminer cette brève réflexion par l’évocation de la Mondialisation ouvre une nouvelle vue sur les rapports entre l’individu, le bipède à gros cerveau et le Groupe. Dans ce qui précède le Groupe est plus ou moins considéré comme une entité bien définie et en tout cas unique. En vérité cette unicité d’un groupe homogène ne se réalise plus depuis les temps très reculés des tribus de taille réduite, plutôt nomades. D’autant plus que, d’entrée de jeu les pouvoirs temporels et chamaniques (alliés et concurrents) offraient deux domaines d’allégeances qu’il n’était pas toujours facile de confondre.

L’Histoire de France est pour une bonne part tissée sur cette trame. Cette dualité existe toujours et elle est vécue chaque instant dans tous les pays du monde.

Il est une autre relation qui s’est introduite dans le jeu : l’individu n’est plus seulement le membre d’un  groupe immédiat auquel il appartient par filiation (ethnie, langue, culture) qui est sa Nation. Il est irrésistiblement devenu membre de la collectivité du monde, qu’il le veuille ou non. Cette obligation d’appartenance se manifeste de plusieurs façons mais la moins discutable, la plus évidente résulte du fait qu’aucune nation (il a bien fallu revenir à cette unité de mesure) ne peut vivre en autarcie. Les nations baignent, s’agitent dans une mare, une marmite dans laquelle le fond de sauce est cuisiné par la finance internationale, la production des multinationales et le commerce international.

L’individu qui tape sur ce clavier coréen est habillé de vêtements venus d’ailleurs, conduit une automobile venue d’ailleurs et regarde sur un téléviseur venu d’ailleurs des films venus d’ailleurs…et pourquoi-pas, même d’un chez-lui qui pourrait bien se transformer en un autre ailleurs.

On mesure déjà combien il est essentiel que la propriété foncière (spécialement les terres cultivables) et l’économie agricole ne tombent pas elles aussi dans cette marmite.

 

L’individu entretient et subit  une relation d’Électeur a Mandaté avec l’État, bras armé de la Nation.

Il entretient une relation de consommateur à producteur avec le reste du monde par la médiation et l’interférence de l’État. Il ne peut établir aucun contact, aucune autre relation avec le Monde en tant qu’Individu mais seulement comme constituant du groupe social auquel il appartient.

Il ne peut lorsqu’il est contraint et s’il le peut, que sauter d’État en État pour trouver le lieu où il sera le moins mal. Ce jeu de marelle s’appelle la Migration.

 

Et encore :

 

Les fils d’Ariane finissent par constituer une pelote : on ajoute un nouveau brin.

L’Homme doit vivre à l’orée de la forêt : il y rencontre le monde végétal, il se nourrit des fruits, il se chauffe avec le bois, il chasse les animaux et il construit des huttes de branchages.

L’Homme doit vivre dans la prairie : il y élève son bétail, il chasse, il cultive les plantes qu’il apprivoise comme les animaux.

L’Homme doit vivre au bord de la rivière : sans eau, pas de vie.

L’homme doit vivre au pied de la falaise : il y rencontre le monde minéral, le silex et l’obsidienne, la pierre à chaux, il y trouve le moellon du mur et le minerais caché.

Ailleurs, il ne sait pas vivre. Il migre.

Février 2017