Thalassa revient sur les écrans avec un très intéressant sujet sur les parcs marins, façon Marineland d’Antibes. On nous montre des précurseurs anglais ou espagnols, mi-zoo, mi-cirque qui ont pour la plupart été fermés pour cause d’une maltraitance animale dénoncée par des associations sensibles à ces sujets.

On nous montre surtout Marineland.

Le parc est doté de piscines vastes : ça doit couter* bon-bon un bazar pareil, se dit le spectateur.

Des dauphins, vachement sympas, des orques plus inquiétants, tellement plus gros et qui comme le loup-grand-mère ont de grandes dents. On sent bien que traiter de l’orque comme du dauphin n’est pas raisonnable : avec celui-ci on ne peut que jouer alors que celui-là peut négligemment vous boulotter.

Les soigneurs aiment bien leur travail. Ils, mais surtout « elles » aiment bien leurs animaux. Il y a plus d’elles que d’ils car au plongeon « elle » est plus sexy que « il »; le spectateur est très sensible à la différence lors du spectacle.

Le mot est dit : Spectacle.

Zoo, cirque, ballet aquatique, que voilà une belle auberge où le public que nous sommes vient distraire ses enfants.

 

Thalassa nous montre alors le point de vue des « défenseurs » de la cause animale. Car le spectateur qui paye son ticket d’entrée à Marineland paie aussi, mais le sait moins, un certain nombre de détracteur de la chose dont l’objectif premier est d’obtenir la fermeture de l’établissement. Ce sont des chercheurs –ainsi sont-ils qualifiés- de divers organismes façon CNRS dans lequel trouvent refuge les excédents** de l’université. L’une d’entre elles est choisie comme interlocutrice. Comme pour Marineland le beau sexe est plus photogénique. Le CNRS est son Marineland à elle : elle y barbote avec ses dauphins à elles, qui sont, il est vrai, en mer ouverte ; ils sont donc moins domestiqués même si ils sont régulièrement nourris par notre belle. D’orque point : la bête est ailleurs ou bien elle se nourrit seule.

Ce qui frappe dans ces séquences où s’exprime le souci de la jeune femme de stopper le scandale de la captivité des bestioles, est la hargne qu’elle exprime et qui l’anime, à la limite de la haine et l’importance qu’elle accorde, la symbolique qu’elle exprime quant au rejet du zoo. Dans une séquence, en particulier, on la sent, pleine de son sujet, au bord de l’hystérie.

Cela fleure bon la Secte.

 

Un premier sujet : Les dauphins et les orques de Marineland ne sont pas des animaux sauvages. Cela est interdit depuis longtemps déjà. Le niveau auquel cela concerne l’État n’est pas clairement établi mais le téléspectateur est habitué à ce que ses voix et ses impôts servent des causes dont il n’a pas connaissance. Il s’agit donc de la gestion et de la gestation d’animaux en captivité. Comme les veaux, vaches, couvées et tout le reste de l’élevage. Mais pour les cétacés cela est inadmissible. Il n’est pas exclu que le législateur sanctionne cette grave faute obstétrique et morale en interdisant des pratiques qu’il est par ailleurs tout disposé à considérer pour le Sapiens de base et comme elles existent pour les chevaux de course ou les bœufs de concours.

Deuxième indignation : les animaux sont captifs. Sur ce point aucun argument possible car il est indéniable, au point qu’il est même inenvisageable de les relâcher, le souhaiterait-on. Captif, ils sont nés, captifs ils sont, captifs ils doivent rester. Leur monde est celui de leur piscine.

 

Le philosophe tourne l’idée dans sa tête de philosophe : elle est faite pour ça. Le sociologue réfléchit au phénomène d’aliénation qu’introduit l’homme social dans la vie du globe. Le spectateur observe les courbes décrite par les animaux qui sortent si joyeusement de l’eau et observe les courbes des nageuses. Le directeur de Marineland regarde son tiroir-caisse et s’interroge sur le futur des investissements qu’il a réalisés. La municipalité d’Antibes se dit qu’il serait bien dommage qu’une attraction touristique de cette taille laisse la place à une friche. Le lecteur de cette note se dit : tout ça pour ça ?

 

La jeune femme irritée ne nous parle pas des élevages de canards, des haras, des porcheries géantes, des poulaillers monstrueux, des élevages de rat de laboratoire, des singes inoculés, des rhinocéros décornés, des éléphants dé-défensés, des chiens par-chinois-boulottés, des chats de concours indignement pomponnés, des crocodiles dépouillés ; elle ne nous dit rien de la  dévastatrice empreinte de l’homme sur la nature. Non, son truc à elle ce sont ses dauphins avec lesquels elle peut jouer dans sa baie de Cancale, ce qui l’autorise, car elle a le respect de la Nature comme allié, à démolir le business du Charmeur d’Orque sur la côte d’azur.

 

Pourquoi, au-delà de la bêtise.

En forme d’excuse, il est tentant de faire du cétacé un être avec lequel l’homme communique, avec lequel il entretient une relation particulière et non pas l’animal vulgaire os et viande tel le mouton. On peut entendre ce point de vue et vouloir intégrer le dauphin dans une communauté élargie Homme-Cétacé.

Mais pour un esprit cynique  (auteur de ce papier) il est plus tentant encore de penser que c’est le succès de Marineland qui excite la hargne et la jalousie de notre empêcheuse d’orque à tourner en rond. C’est que Marineland plait, que le public s’y presse, que les enfants s’émerveillent et, insulte suprême que les dauphins et les orques donnent le sentiment d’être heureux.

Et qui sommes-nous pour dire ce qu’est le bonheur d’une orque d’élevage ?

 

Ce que la jeune femme entreprend en France, les mêmes spécimens d’âmes nobles y sont parvenus aux États-Unis où les Marineland sont maintenant des souvenirs.

 

*Couter, côuter…. Faudrait vraiment qu’on se décide. On oublie le « s » ou pas ?

**Â la façon de cétacés échoués sur des plages…

1 mars 2017