Identité 

Etymologie : du latin idem, le même.

Sens 1 :

L'identité est le caractère de ce qui est identique ou confondu.

En mathématique, une identité est le constat que deux membres, deux objets, sont en fait les mêmes, quelles que soient les valeurs que peuvent prendre les différents paramètres de l'équation.
Synonymes : égalité, équivalence.

Sens 2 :

L'identité est ce qui fait qu'une chose ou un être vivant est le même qu'un autre. C'est aussi la possibilité de regrouper plusieurs de ces choses ou êtres vivants sous un même concept, une même idée.
Ex : identité nationale.

Sens 3 :

L'identité est ce qui permet de différencier, sans confusion possible, une personne, un animal ou une chose des autres.
Ex : carte d'identité, photo d'identité.
Ces informations permettent d'individualiser quelqu'un : nom, prénom, filiation, date et lieu de naissance, empreinte digitale, empreinte génétique, etc.

En psychologie, l'identité est la conscience que l'on a soi-même, ainsi que par la reconnaissance des autres, de ce que l'on est, de son moi. Elle permet à l'individu de percevoir ce qu'il a d'unique, c'est-à-dire son individualité.

L'identité judiciaire est un service de la police judiciaire chargé de la recherche et l’identification des auteurs de délits ou de crimes.

Exemples :


"Culpabilisation et dévalorisation constituent des entraves à l'action sociale collective, non seulement parce ce que les acteurs n'ont pas confiance en leur capacité d'action, mais parce qu'ils répugnent à se reconnaître dans une identité collective négative, et à se faire connaître à travers elle. C'est la honte de se voir semblable à ceux qui sont méprisés, et que l'on méprise soi-même, qui empêche de s'unir pour agir ensemble."
Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada - La lutte des places - 1994, page 206

"J'ai dit l'égalité. Je n'ai pas dit l'identité."
Victor Hugo - 1802-1885 - Quatre-vingt-treize - 1874

"Par une singulière équivoque, on cherche à confondre deux notions pourtant bien distinctes : l'identité et l'égalité. L'une réfère aux qualités physiques ou mentales des individus ; l'autre à leurs droits sociaux et juridiques. La première relève de la biologie et de l'éducation ; la seconde de la morale et de la politique. L'égalité n'est pas un concept biologique. On ne dit pas que deux molécules ou deux cellules sont égales."
François Jacob - 1920-2013 - Le jeu des possibles - 1981 - page 127

"La stratégie des marchés est triple : les "guerres régionales" et les "conflits internes" prolifèrent ; le capital poursuit un objectif d'accumulation atypique ; et de grandes masses de travailleurs sont mobilisées. Résultat : une grande roue de millions de migrants à travers la planète. "Etrangers" dans un monde "sans frontières", selon la promesse des vainqueurs de la guerre froide, ils souffrent de persécutions xénophobes, de la précarité de l'emploi, de la perte de leur identité culturelle, de la répression policière et de la faim, quand on ne les jette pas en prison ou qu'on ne les assassine."
Sous-commandant Marcos - Armée zapatiste - Le Monde Diplomatique, août 1997

"La démagogie s'introduit quand, faute de commune mesure, le principe d'égalité s'abâtardit en principe d'identité."
Antoine de Saint-Exupéry - 1900-1944 - Pilote de guerre - 1942

"La loi de séparation des Eglises et de l'Etat établit une distinction entre l'espace public et la sphère de la vie privée. La religion appartient à la vie privée. Le communautarisme réduit l'individu à son identité ethnique ou religieuse. C'est le contraire de la citoyenneté républicaine. La citoyenneté ouvre sur l'universel, le communautarisme enferme. La citoyenneté intègre et rassemble dans un projet collectif. Le communautarisme divise, oppose, attise les conflits, mène au racisme et à l'exclusion. La République est le destin commun de tous ceux qui ont choisi la France, quelle que soit leur origine ou leur religion. C'est elle qui est la cible des communautaristes et des intégristes qui veulent imposer une société cloisonnée, fermée, à l'anglo-saxonne, où à chaque ethnie correspond un quartier, où plus personne ne communique avec l'autre parce qu'il est différent."
Georges Sarre - 6 mai 2003

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L’identité est donc la qualité de ce qui est identique : j’achète un kilo de moule et je ne relève pas de différences entre les moules que j’ouvre et qui me paraissent semblables –identiques- dedans et dehors. Je suis alors fondé à définir l’ « identité » des moules qui sont à mes yeux  un ensemble défini composé d’individus, je reviens sur le mot, identiques.

Dans le même instant le mot signifie aussi la qualité qui permet de distinguer un élément, un individu d’un autre, des autres d’un groupe nécessairement hétérogène puisque on peut précisément distinguer des différences « identifiantes » entre les membres de ce groupe. D’ailleurs les moules sont semblables mais je les mange une par une et celle que je viens de manger est à tout jamais différente de celles qui restent dans mon assiette.

Reconnaissons d’entrée de jeu qu’un trouble sémantique est introduit dans l’usage du mot dès son emploi : S’agit-il de nier des différences (où d’accepter le refus de les voir, le déni) ou bien de reconnaître ces différences en individualisant, en « identifiant » chaque élément du groupe ?

 

On comprend donc qu’il y a deux choses distinctes.

L’individu, le fragment d’espèce, le galet de la plage, l’arbre de la forêt, la vache du troupeau que la nature laisse à son destin : l’arbre sera foudroyé et la vache ira à l’abattoir ou connaitra la félicité de la machine à traire.

Le groupe dans le sein duquel les individus, les fragments d’espèces, les galets… apparaissent semblables: on peut alors définir le groupe par « son identité » acquise dans l’identité-similitude de ses constituants.

 

L’homme politique toujours soucieux de concentrer la puissance de sa pensée dans des formules que ses électeurs pourront digérer a eu recours depuis quelque temps à cette notion d’identité pour construire des slogans (ainsi appelle t on les formules évoquées car il s’agit de vendre) destinés à mobiliser et unir (dans un cadre identitaire) les dits-électeurs.

On notera que le vénérable Renan en 1882 nous donne un texte dans lequel il définit le concept de Nation comme étant l’essence d’un être, d’une entité. Il parle même de race.

L’explication est que M. Renan ne savait pas, personne ne le lui avait dit, que le mot race ne peut plus être utilisé en français: c'est devenu un gros mot, comme on dit d’un mot qu’il est gros quand on interdit aux enfants de l’employer. Renan emploie donc le mot 40 fois (si, j’ai compté !) pour nous dire que sommes une Nation.

 

N’étant ni naïf*, ni nostalgique  je ne crois pas que la France ait été moins hétérogène dans les dernières décennies du 19ème siècle qu’elle ne l’est maintenant ; la haine du Prussien était probablement l’un des rares facteurs de cohésion nationale et les revendications sociales avaient toutes les raisons de s’exprimer dans un Socialisme qui s’affirmait. Peu importe, les Français sont en ces débuts du 21ème siècle ni plus, ni moins unis que les républicains de la très jeune Troisième République mais ils ont banni de leur vocabulaire le mot Race.

*Bien que je prétende le contraire.

 

Souvenons-nous de l’émotion que les propos, somme toute assez anodins, tenus par la pétillante Mme Morano, avait soulevé au pays des Belles Âmes lorsqu’elle eut la faiblesse de déclarer que la France est un pays de Race Blanche. Il est légitime que le propos donne lieu à débat et en particulier à la reconnaissance de la présence sur le territoire de large fraction de la population pas blanche de peau comme disait Nougaro et française de cœur comme aurait dit Ferrat. L’ineffable Yann Moix sanctionnait et concluait : « Si vous voulez être présidente de la République un jour, n'utilisez plus jamais le mot race, parce que c'est indécent ». Tant pis pour De Gaulle.

 

Alors comme le mot est banni mais que la chose est restée, il a fallu sortir du panier un vocable nouveau et c’est l’identité qu’on a collé à la tâche. Là, plus de couleur, plus d’origine, plus d’ethnicité, plus de religion, rien que des individus désindividualisés mais fiscalisés par le même État.

Le mot d’ordre devient : Unissez-vous pour la lutte finale contre les relents fascisants issus des « sombres heures » pour un vocabulaire plus propre, plus… écologique et laissez la lutte contre les mouvances islamistes aux méchants conservateurs dont il sera commode de dénoncer les bavures et les excès.

 

Sarko, Juppé et les autres ont donc sorti de la besace l’Identité, qui est tour à tour Nationale et buissonnante, heureuse mais promise comme un sucre d’orge qu’on aura à la récré ou plus prosaïquement perçue comme un état de fait, comme une situation que les discours ne changent guère ; ce que Renan définissait en parlant dans son vocabulaire nauséabond de Nation.

Fillon semble s’en tenir au Récit National : est-ce un autre édulcorant ?

 

Pauvre Nadine, ayons une pensée pour elle.

 

 

22 février 2017