Les textes qui suivent supposent qu’on reconnaisse l’existence d’une Oligarchie politique qui tient les rênes (comme on dit) du pouvoir (comme on dit). Les lecteurs qui pensent que cette Oligarchie n’existe pas sont dispensés de lire la suite et sont priés de lire leur journal quotidien ou simplement de tourner le bouton du poste (comme on dit).

Écrit au début de l’année 2016, ce texte aurait pu, sans doute être « blogué » avant ceux intitulés « Le Mandarin » et « Spoil system » mais il fallait d’abord l’extraire des archives, en se posant la question : N’ai-je pas déjà parlé de ce truc-là ?

 

Enfin, c’est un tel plaisir de citer M. Sérisé.

 

L’Oligarchie des politiciens n’avance pas seule. Elle incarne la tête de l’État mais pour exprimer son pouvoir elle doit se doter d’organes d’exécution dont la mission est de mettre en œuvre les programmes de gouvernement. Ces programmes s’inscrivent dans deux lignes. Ils doivent d’une part répondre aux projets de long terme dont la population réclame les bénéfices et qui pour une large part relève de la santé économique du pays : pouvoir d’achat, chômage, retraite, éducation. Dans le même temps il faut offrir des réponses à des contraintes extérieures liées aux relations internationales : là encore sous l’angle de l’économie et du commerce  et sous l’aspect de la sécurité nationale.

C’est lorsque l’Oligarchie au pouvoir doit s’adjoindre les services d’une Administration qu’elle devient pleinement un Etat, car elle reconnait que l’exercice de la coercition doit faire l’objet d’un contrat, d’une alliance entre elle et les autres.

La mise en œuvre de ces programmes est réalisée par l’Administration qui est  le corps de fonctionnaires, bras armé du corps politique. Ce qu’il importe de remarquer à ce stade est que cette administration, comme tout groupe humain « installé » a une tendance naturelle à grossir, à se scléroser et enfin à s’enkyster. Ayant pris une existence autonome, elle finit par avoir sa propre logique et à ne plus remplir parfaitement son rôle d’exécutant. Elle définit sa propre politique qui vise –comme c’est déjà le cas pour la classe politique- à sa pérennité et à sa croissance. Mais pour l’instant on ne dissociera pas le Politique de l’Administratif pour continuer à parler de l’État.

Voir en annexe : « Le fonctionnaire et le mandarin ».  

 

On n’aura d’ailleurs raison de ne pas faire cette distinction car en pratique elle n’existe pas. En effet le Fonctionnaire s’est accordé une petite faveur supplémentaire : il peut se mettre en vacances le temps qu’il veut (quasi indéfiniment) en ayant la garantie de retrouver une place (peut-être même sa place) dans le nid douillet du corps qu’il a momentanément déserté. Cette cuillère en argent, qu’il s’est mis dans la bouche l’autorise donc sans le moindre risque personnel (carrière, revenue) à aller paître dans le pré voisin, le pâturage politique. Pourquoi ne revendiquerait-il pas une fonction élective puisque, somme toute, le statut de la fonction publique est une véritable assurance tout-risque.

Cette particularité a des conséquences dramatiques sur ce qu’on appelle avec une certaine emphase : la Représentation Nationale.

 

La représentation Nationale : Les Assemblées, Sénateurs et Députés

 

Un peu par paresse mais aussi pour rendre à M. Sérisé l’hommage discret qu’il mérite, on lui emprunte ce qui suit ; l’ironie indulgente qu’il met dans le propos est sans égale.

 

 

La démocratie dite représentative … n’est pas représentative. … La loi en France est expressément conçue pour fausser cette représentativité…Le Fonctionnaires, et de manière plus générale, les salariés du secteur public, c’est-à-dire un très, très grand nombre de citoyens peuvent se présenter aux élections, abandonner provisoirement leurs fonctions administratives, sans que leur carrière professionnelle en souffre le moins du monde. Ils ne courent aucun risque. En cas d’échec électoral, ils reviennent dans leur administration d’origine sans même perdre leur ancienneté. Alors que les citoyens non fonctionnaires… ne sont pas du tout assurés de retrouver leur poste, leur cabinet, leur entreprise dans l’état où ils les ont laissés. D’où l’immédiate conséquence : la proportion des parlementaires issus de la fonction publique (au sens large) est très forte dans notre pays…

Les Fonctionnaires et assimilés comptent pour près de la moitié de l’Assemblée Nationale et les enseignants pour plus d’un quart. La représentativité est bien une fiction.

Un modèle volontairement simplifié de la démocratie représentative française est composé de six sous-ensembles : des fonctionnaires pour préparer les lois, un gouvernement composé d’une grande majorité de fonctionnaires pour les présenter au Parlement, un grand nombre de parlementaires fonctionnaires pour les voter, un Conseil Constitutionnel à large majorité de fonctionnaires pour les contrôler, des fonctionnaires pour les appliquer. Le sixième sous-ensemble est le reste du monde. Jean Sérisé dans Mémoire d’un autre,  p254

 

 

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Le Démos-démiurge a donc donné naissance à cet entité bien au chaud dans son cocon qu’on vient de décrire sans complaisance et qui par choix de clientèles affidées ou d’électeurs bernés se déclare l’État et s’empare des privilèges qu’elle peut licitement s’octroyer.  On dit cocon car le système des partis (club de sélection) assure que les intrus n’auront pas accès au terrain de jeu : la peau en est épaisse ; il faut entrer par la bonne porte et faire longtemps allégeance aux grands mâles de ces meutes pour pouvoir hurler avec eux et accéder en premier à sa part de gnou. On dit « bien au chaud » car si l’entrée dans le cocon n’est pas simple, comme il est agréable d’y séjourner protégé des tracas du Démos… au moins jusqu’à la prochaine élection. Heureux le Haut-fonctionnaire qui n’a pas à subir cette pénible épreuve et qui, compétent ou non, énarque ou non, actif ou non émargera jusqu’à sa retraite fictive en Nouvelle-Calédonie.

Dis, Papa, c’est où la Nouvelle-Calédonie ?

 

Janvier 2016