Cette note est écrite comme un préambule à ce que serait une leçon sur l’Énergie délivrée aux élèves d’une école de commerce, de Sciences Politiques ou d’une école d’administration, c’est-à-dire à des élèves non ingénieurs ou techniciens familiers de ces problèmes et ayant vocation à en traiter.

Commençons par un dessin, une représentation de ce qu’est ce Monde de l’Énergie.

 

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Ne figurent pas sur ce schéma, les multiples flèches qui relient les termes entre eux et les chiffres de production ou de puissance qui les caractérisent, ou encore les pourcentages qui permettent de les classer par ordre d’importance. Un professeur, au tableau, en parlant des productions et consommations d’énergie dans un cadre donné illustrerait ce schéma en ajoutant ces relations et ces grandeurs.

 

Faisons simple : l’énergie c’est avant tout de la chaleur !  Cette chaleur est « révélée » dans la combustion des choses qui brulent et dans la transformation des choses qui se modifient en irradiant ou possiblement qui fusionnerons pour concentrer la matière. On peut rêver.

C’est aussi le travail des forces en mouvement : c’est notre domaine familier, bagnole, vélo, ça tourne, ça monte, ça bouge, quoi !…

C’est en dernier lieu la Fée électricité, filleule du magnétisme et du mouvement, ou fille du photon frappant la matière et ce chemin là nous entraine loin, jusqu’au clavier de cet ordinateur qui permet ce texte sermonneur.

Dans ce schéma tout est lié et l’homme, gros consommateur d’énergie, a appris à passer d’une forme à une autre, de l’électricité au mouvement et du mouvement à l’électricité ; de la chaleur au mouvement et hélas du mouvement à la chaleur. En effet pour habile qu’il soit, l’homme ne peut empêcher la dégradation des formes d’énergies et in fine leur perte en terme de quantité globale.

La terre se refroidit et nous vieillissons.

 

Les conversions d'énergie

Mais laissons cela : ce serait l’objet de la leçon.

 

Ma femme change une pile dans l’invisible appareil qui lui permet d’entendre les compliments qu’elle reçoit quotidiennement pour l’excellence de sa cuisine ; l’objet, on dirait l’œil d’un insecte, porte la mention « 1.35 V, 150 mAh ». Distrait par le journal posé sur la table –celle de l’excellente cuisine- je lis que, grâce aux efforts de Sheik Trucmachin, la production mondiale resterait dans la zone des 90 millions de barils/jours et qu’en conséquence le Brent ne devrait pas dépasser les 50 dollars. Bienvenue dans le monde des unités de mesure d’Énergie !

C’est que chacun a les siennes : le pétrolier à l’évidence, grand maître de l’ordre ; mais aussi le régulateur d’EDF qui vous suit les performances de Fessenheim comme le bénédictin assiste aux offices ; et le diététicien qui vous enjoint de ne pas dépasser tant de  kilocalories au repas vespéral sous peine d’un sommeil troublé ; et l’électronvolt, petite animal sournois qui se glisse dans les prêches des agents du CERN, que vous croiriez qu’il s’agit du fameux ennemi de James Bond ; dans un registre voisin, la tonne de TNT chère au détenteur de la mallette nucléaire ; déjà mentionnée dans sa version mini, on trouve la batterie de votre camping-car qui vous avise qu’elle pèse « 230Ah en 24 V »,  évidemment ; on a oublié le mètre de chute du constructeur de barrage et de centrale hydraulique (vieille cicatrice de l’auteur) ;  et tant d’autres qui célèbrent les mémoires de savants autrement oubliés mais présents par leurs initiales, les Watts, Joules Ampère, Newton… on s’y perd.

Là est le piège ou plutôt le premier piège. 

Aucun secret, aucune méthode, aucun truc : il faut apprendre et une fois apprises les unités et après les avoir situées, passer du mieux possible des unes aux autres en adoptant des chemins souvent parcourus. Aucun amateurisme dans cela, rien que de l’obligatoire avec cette remarque apaisante : on ne peut vouloir être le spécialiste de tout ! Si vous êtes diététicien vous n’avez pas vraiment besoin de jongler avec les Térawattheures ou les millions de tep. Si vous traitez de l’énergie dans le monde et des équilibres géopolitiques qui en résultent, ne vous embarrassez pas des mAh de la batterie de votre portable ou des électronvolts du savant cosinus.

 

 

Conversion Unités Énergie

 

L’autre piège est celui de l’ambiguïté entre Puissance et Travail, ou entre Puissance et Énergie produite. Cette ambiguïté est facile à localiser : elle se trouve dans la tête de tous les gens qui abordent ces problèmes sans réellement savoir de quoi ils parlent, c’est-à-dire au premier chef les Ministres  placé(e)s au sommet de la hiérarchie du Gouvernement. Faisons cette distinction qui fait intervenir une variable supplémentaire : le temps. Une tonne de charbon brule : se dégage une quantité de chaleur et la messe est dite. La quantité d’énergie a été produite, dissipée et que la combustion se soit produite en quelques minutes ou quelques heures ne change rien. En revanche, quand on veut exprimer la quantité d’énergie consommée ou produite par unité de temps d’une machine ou d’un système quelconque, on parlera de sa Puissance. La quantité d’énergie produite ou consommée sera fonction du temps pendant lequel la machine aura fonctionné et accessoirement à quel fraction de son rendement. Ainsi quand on exprime la consommation de son auto, on dit qu’elle consomme 10 litres « à » l’heure ; c’est l’expression de la puissance qu’elle consomme et ce chiffre dépend de la façon dont on conduit et de la route empruntée.

Ces remarques peuvent sembler être du pinaillage mais ont en réalité une importance extrême dans l’art de communiquer : Parabole.

 

La Ministre veut expliquer qu’il est urgent de fermer une Centrale Nucléaire. Le Bon Peuple s’étonne. La Centrale chante bien, d’une voix forte, claire et toujours elle résonne. N’ayez crainte, braves gens, je la remplacerai par de merveilleuses cigales champêtres de puissance équivalente. Elles viennent à tire-d-élytres du pays des Goths, nos amis de toujours. Grâce soit rendue à la Ministre dit le Bon Peuple reconnaissant de la prévoyance du Prince, tout occupé à sauver la planète. Hélas, les cigales de la Ministre comme celles de la fable ne chantent pas tout l’été mais seulement quand bon leur semble (20 %) et ne donnent pas toute leur voix mais rien qu’un petit filet (re-20 %) : elles ne s’expriment qu’à voix basse et de temps en temps. Le Bon Peuple fond en larme car il comprend que la taille et la gabelle par lui acquittées,  ont servi à faire chanter sporadiquement (20% de 20 %) des cigales teutonnes qui encombrent les champs et ne remplaceront jamais la Centrale qui a une si belle voix comme il convient aux filles du Rhin.

 

Cette confusion entre puissance installée et énergie produite est si fréquente qu’il est important de bien insister sur ce point.

 

Reste le troisième piège tout aussi sérieux que les deux points cités dans les § précédents. Commençons par une Contine à écrire :

 

Qui aurait le talent, hélas dispersé, des Inconnus, pourrait composer une contine, façon Auteuil, Neuilly, Passy. Un bobo-écolo y expliquerait comment le monde enchanté des énergies vertes assurera la croissance indispensable au maintien (bien légitime) de son niveau de vie…  à Auteuil, Neuilly…

Le méchant Ingénieur, versé et bercé dans le monde de l’énergie lui répondrait après chaque couplet décrivant les vertus d’un monde écologiquement purifié, en refrain : Téra, Giga, Méga, Kilo, Zéro.

 

Que signifie cette amorce de fable en forme de contine? Cette comptine signifie que les solutions de remplacement envisagées dans le monde complexe de la production et de la distribution d’énergie  reposent toujours sur des chiffres qui sont cent fois, mille fois inférieurs aux chiffres des objectifs à atteindre. Et qu’il ne faut pas traiter des problèmes en ne sachant pas ce que signifie le petit préfixe qui se trouve devant le nombre exprimant la quantité dont on parle. Un Téra quelque chose est mille fois un Giga quelque chose qui est mille fois un Méga quelque chose qui est ….

Cette échelle des quantités doit s’imprimer et rester présente, comme est présente pour un historien une chronologie à laquelle on n’échappe pas, ou la table des ères géologiques pour le géologue.

 

Les besoins, c’est-à-dire la consommation –gaspillée ou pas- d’énergie dans le monde s’exprime en Giga tonne-équivalent- pétrole (12 par an exactement), et les beaux esprits vous répondent au mieux en Mégatep… Il leur parait urgent, vital, indispensable d’arrêter une centrale nucléaire dont la production annuelle s’exprime en Giga Wattheures et ils remplaceront cette production par des Méga Wh produits à l’occasion….  La France dispose d’un parc électrique d’une puissance de 80 Giga Watt et on vous rétorque que des panneaux de 100 W feront l’affaire (surtout l’affaire du chinois qui vend le panneau).

Cette discussion revient cent fois comme un disque usé, avec le plus souvent ce décalage de trois puissances de 10 entre du substitut en EnR à de l’existant en thermique ou en nucléaire et on réalise que la pensée molle du petit monde des écologistes a oblitéré tout jugement sur les ordres de grandeur des besoins en énergie. Pensée molle et ignorance crasse.

 

Et telle ou telle solution qui fonctionne bien sur votre bateau de plaisance pourrait bien ne pas s’appliquer à l’échelle de la Chine : il est rare qu’on soit conduit à fabriquer de l’acier ou du ciment sur son bateau en vue des Iles Grecques ou à faire voler des flottes d’avions de ligne. D’ailleurs sur son bateau, quel bonheur d’avoir une petit groupe électrogène. Mais comme dit le voyageur anglais du temps passé : ceci est une autre histoire.

 

24 avril 2017