C’est la faute à Charlemagne  (Troisième partie et Compléments)

 

La formation professionnelle

 

La déviance de l’Éducation Nationale  est criminelle. Malheureusement elle s’accompagne d’un autre travers, grave par ses conséquences : le mammouth  est gourmand, c’est un vrai goinfre. Il se nourrit partout. Il ratisse large. La Formation Professionnelle, c’est lui et lui quasiment seul.

C’est d’ailleurs ce que lui demande la constitution de 1946.

 

L’Éducation Nationale s’est doté d’un râteau pour ramasser son foin dans le pré de la vie commune, dans le monde du travail,  une arme absolue, le Certificat d’Aptitude Professionnelle, le CAP. On cite :

« Le certificat d'aptitude professionnelle (C.A.P.) donne une qualification d'ouvrier ou d'employé qualifié dans un métier déterminé. Il existe environ 200 spécialités de C.A.P. dans les secteurs industriels, commerciaux et des services. »

Mais ne pas oublier les BEP, les Bac pro en secondaire et ensuite les DUT et BTS.

On note tout de suite l’ambition du Mammouth : il ne se contente pas de reconnaître une aptitude, il la « donne ». Il revendique la formation. Non content de n’avoir pas su ou pas pu apprendre à lire à quelques dizaines de pour cent d’une tranche d’âge il s’arroge le droit d’expliquer à l’illettré (innocente Macronade) qu’il a produit comment il doit tenir sa baguette de soudure, son ciseau de coiffeur ou son bâton de ski afin que l’impétrant fasse la soudure, la coupe ou le virage que lui impose le document pédagogique du formateur.

On a donc aussi le Formateur du Mammouth, l’instituteur des travaux manuels, extrait de son univers professionnel mais à son tour formaté, endoctriné et fonctionnarisé, devenu étranger à son milieu d’ouvrier soudeur, de coiffeur, de moniteur de ski. Les même causes produisent les mêmes effets et le pédagogisme abscons s’est introduit dans le monde du planté de bâton.

Pour le lecteur intéressé qui souhaite se dégourdir les jambes il faut absolument lire l’article « formation professionnelle » de Wikipédia. Comme dit Carole, comprenne qui pourra. Mais, c’est rassurant, l’aspect contribution fiscale de la chose n’est pas oublié.

 

On note aussi son éclectisme : 200 spécialités, Diable, difficile d’y échapper. En rentrant dans le détail de ces formations professionnelles imposées au monde du travail on ne s’étonne pas de trouver dans les contenus une manifestation d’humilité, puisqu’une large part est consacrée à des reprises de ce qui aurait dû être transmis et acquis au niveau des enseignements antérieurs et dont on constate l’échec..

 

Une formule comme on les aime : l’Éducation Nationale qui a tant de difficulté à former des Citoyens doit-elle se poser en École des Métiers ?

 

Pour ne pas sombrer dans le déclinisme qui prévaut, on veut croire et on croit que beaucoup de ces outils fonctionnent, et fonctionnent à la satisfaction des entreprises.

 

Le sujet est trop important pour que les syndicats ouvriers ne s’en emparent… comme source de financement ; et les syndicats patronaux comme… source de financement. Preuve que le régime paritaire fonctionne efficacement… comme source de financement ; et peut-être , accessoirement pour « placer » quelques responsables qui seraient autrement obligé de retourner… travailler.

 

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Quand on constate le degré de détérioration de l’enseignement en France, on est simplement conduit à se demander si, comme en référence au début de cette note, le Marché ne ferait pas moins mal.

 

Et pourtant comme elle était belle, l’École de la République.

 

29 septembre 2016

 

 

Un dernier sourire de Wiki, pour une fondation de la pédagogie moderne.

Hors sujet, mais pas tout à fait.

La philosophie de Deleuze est celle d'une immanence absolue. Pas de transcendant, pas de négation, pas de manque, mais un « complot d'affects », une « culture de la joie », une « dénonciation radicale des pouvoirs ». Une philosophie de la vie et de la pure affirmation, de l'immanence, donc, comme sortie des frontières du sujet.

« En chacun de nous, il y a comme une ascèse, une partie dirigée contre nous-mêmes. Nous sommes des déserts, mais peuplés de tribus, de faunes et de flores. (...) Et toutes ces peuplades, toutes ces foules, n'empêchent pas le désert, qui est notre ascèse même, au contraire elles l'habitent, elles passent par lui, sur lui. (...) Le désert, l'expérimentation sur soi-même, est notre seule identité, notre chance unique pour toutes les combinaisons qui nous habitent. »

 

 

Quand les auteurs du désastre…

Anne-Sophie Le Tac

 

Comme Les assassins sont parmi nous, le premier «film des décombres» allemand réalisé en 1945, le titre du livre de Carole Barjon, Mais qui sont les assassins de l'école?, sonne comme une alarme. Le constat frappe d'autant plus qu'il émane, une fois n'est pas coutume, d'une journaliste de L'Obs a priori bienveillante à l'égard du monde éducatif et peu coutumière de l'outrance. Elle endosse même avec modestie le rôle du parent d'élève consciencieux qui, durant une réunion, du fond de la classe de collège de son fils, découvre l'absurdité de la disparition de l'orthographe et de la grammaire légitimée par un professeur de français.

 

20% des élèves ne maîtrisent pas le français à l'entrée en 6e

Ne nous y trompons pas cependant: le livre n'est pas écrit par une gentille maman, mais par une redoutable enquêtrice. Se concentrant sur l'enseignement du français, elle reconstitue patiemment le puzzle qui révèle un pays développé où 20% des élèves ne maîtrisent pas le français à l'entrée en 6e et qui dévisse pitoyablement dans le classement Pisa. Avec une exquise politesse, Carole Barjon inflige une magistrale paire de claques à ses interviewés et partant, au système qui les légitime et les reconduit dans leurs fonctions depuis des lustres.

Une idéologie a dominé l'Éducation nationale durant des décennies, imposant la méthode de lecture globale et bannissant la grammaire au mépris des avancées des neurosciences.

Elle montre comment s'est imposé dans les années 1960 un projet politique de «démocratisation par la linguistique» qui a voulu détruire l'éducation bourgeoise pour éradiquer les inégalités. Le constat existait déjà, chez Sophie Coignard (Le Pacte immoral) ou François-Xavier Bellamy (Les Déshérités), mais cette enquête démonte minutieusement le processus par lequel une idéologie totalisante a dominé l'Éducation nationale durant des décennies, imposant la méthode de lecture globale et bannissant la grammaire au mépris des avancées des neurosciences, qui démontrent le caractère structurant des disciplines abstraites.

Elle souligne le paradoxe du mot d'ordre «l'élève au centre du système» qui implique qu'«on demande aux élèves de disséquer une matière, d'en comprendre l'intérêt, en même temps qu'on la leur enseigne». Elle montre comment on a confié la formation des maîtres aux experts des «sciences de l'éducation», fortement engagés à gauche. C'est oublier qu'une science ne saurait être étudiée à travers un prisme idéologique, sauf à ressembler à la génétique de Lyssenko dans l'URSS des années 1950. Le livre est le signe de l'émergence d'une société civile qui ne supporte plus que l'éducation de ses enfants soit galvaudée et que les plus démunis soient sacrifiés par des réformes qui respirent la condescendance, comme en témoigne le thème «gym et français» proposé par le site officiel Éduscol, «Fais bouger ta littérature» et l'obsession pour la lecture de modes d'emploi d'appareils ménagers.

 

Des preuves solides et concordantes

Le j'accuse de Carole Barjon est d'autant plus impitoyable qu'il est étayé par des preuves solides et concordantes. En effet, elle fait parler les responsables, qui, mis en confiance, se livrent parfois à un surprenant mea culpa. «On a déconné», résume ainsi Christian Forestier, l'un des principaux inspirateurs des réformes, à la manière du «je n'ai pas eu de bol sur le chômage» de François Hollande. De son côté, le sociologue François Dubet, sincèrement consterné, se retranche pourtant derrière son «idéalisme» et accuse les «didacticiens» d'avoir pris le pouvoir.

Le président du Conseil supérieur des programmes n'hésite pas à accuser les professeurs réticents d'être « nostalgiques d'un monde qui n'a jamais existé »

L'aggiornamento de ce petit monde sonne plutôt faux, ce que Carole Barjon suggère en filigrane. Elle présente certes les responsables du désastre comme des «repentis», soulignant que leurs intentions sont bonnes, mais cela ne saurait suffire à les disculper. Elle interviewe ainsi le président du Conseil supérieur des programmes, attelé à une réforme des collèges directement inspirée des idées qui ont échoué depuis trente ans et qui n'hésite pas à accuser les professeurs réticents d'être «nostalgiques d'un monde qui n'a jamais existé». Loin d'être des «coquilles vides», les ESPE, écoles de formation des professeurs qui ont succédé aux IUFM, sont toujours les véhicules avant blindés du pédagogisme. Un mea culpa très relatif donc, et qui n'entraîne surtout aucun changement dans les structures de l'Éducation nationale, comme si on confiait aux assassins le soin de ressusciter leurs victimes.

 

Ce petit livre roboratif ouvre des perspectives à développer. La première, c'est que les élèves ont fait les frais d'une lutte des classes interne à l'Éducation nationale dans laquelle le «prolétariat» aurait pris le pouvoir, imposant l'idée que «la méthode syllabique, c'est un truc de bourgeois» et que la globale était adaptée au peuple. Sauf qu'il ne s'agit en rien d'un prolétariat, mais d'une caste éloignée de la réalité. Le mot «assassin» retrouve son origine, les Hashashin, une secte de fumeurs de haschich dont la devise est «Rien n'est vrai, tout est permis». La deuxième, c'est que cette caste éprouve un immense mépris, manifeste dans certaines interviews, pour ceux qu'elle appelle les «profs». La troisième, c'est que «l'élève au centre du système» est une idée dogmatique et stupide. Carole Barjon propose de remplacer «l'élève» par «le savoir». Permettons-nous de suggérer «le professeur».

 

26 septembre 2016

 

 

Liberté scolaire Figmag 17 02 2017

 

 

Cette page du Figaro Magazine de février 2017 permet de mesurer la désaffection des Français pour l »école de la République, au moins pour ceux qui peuvent l’exprimer en envoyant leurs enfants vers les établissements sous-contrat.

 

 

 

«L'évaluation et la mémoire doivent revenir au centre de l'école»

Entretien de Daisy Christodoulou avec Eugénie Bastié 

Le FIGARO MAGAZINE - L'éducation est l'un des thèmes majeurs de l'élection présidentielle en France. Il y a un débat entre ceux qui pensent que l'école devrait être un lieu de mixité et d'égalité sociale et ceux qui pensent qu'elle devrait être le lieu de l'excellence et du mérite. Quel doit être l'objectif principal de l'école?

DC - Je pense que l'objectif principal de l'école est de donner aux élèves les compétences dont ils auront besoin pour bien réussir dans le monde actuel - les compétences dont ils auront besoin pour réussir sur le plan économique mais aussi pour devenir de bons citoyens dans une démocratie. Le moyen le plus efficace de leur inculquer ces compétences consiste à leur enseigner des connaissances.

 

Il y a l'objectif et les moyens pour y parvenir. Quelle est la méthode idéale pour transmettre des connaissances aux enfants?

Un point important, que je souligne dans mon nouveau livre, est que les objectifs finaux en matière d'éducation ne sont pas les mêmes que les méthodes d'éducation. La performance n'est pas liée à l'apprentissage. Souvent, nous regardons des experts dans certains domaines en pensant que nous devrions dire à nos élèves d'imiter leurs activités afin de devenir comme eux. Par exemple, nous pourrions vouloir que nos élèves soient de bons penseurs avec un esprit critique, ce qui pourrait être un objectif judicieux. Mais cela signifierait alors que les élèves devraient pratiquer l'analyse critique tout le temps. En fait, cela n'aiderait nullement les élèves à effectuer de bonnes analyses critiques, car ces compétences reposent sur un ensemble de connaissances. Ce sont justement ces connaissances que nous devrions enseigner à l'école.

 

 «La réussite aux examens n'est pas le but ultime de l'éducation, mais une mesure indirecte de l'objectif ultime de l'éducation.» Certains spécialistes de l'éducation pensent que nous devrions supprimer les notes et les examens, car cela revient à établir la concurrence entre les enfants. Pensez-vous que cette évaluation est essentielle à l'apprentissage des enfants?

Je pense que l'évaluation est essentielle à l'éducation parce que c'est la seule façon de savoir réellement si les enfants apprennent. Selon Dylan Wiliam, c'est le fossé entre l'enseignement et l'apprentissage. Si les enfants apprenaient tout ce qu'on leur enseigne, nous n'aurions pas besoin d'évaluation. Mais ce n'est pas le cas! Il est beaucoup plus difficile qu'on ne le pense de savoir si les élèves ont réellement appris ce que nous voulons qu'ils apprennent, car l'apprentissage est invisible. C'est pour cette raison que les élèves et les enseignants ont tous besoin d'être évalués. Sur le fond, l'évaluation est une forme de mesure et, dans tous les domaines imaginables, l'amélioration des mesures conduit à des améliorations et des innovations de manière plus générale. Par exemple, le développement de la médecine va de pair avec l'amélioration des méthodes de mesure et de diagnostic.

 

Vous critiquez l'apprentissage basé sur des projets concrets et les compétences polyvalentes. Pourquoi?

L'apprentissage basé sur des projets concrets ne fonctionne pas, car apprendre et travailler sont deux choses différentes. Il semble évident que si nous voulons être bons dans un domaine, nous devons y travailler. Si nous souhaitons que les élèves pensent comme des scientifiques, ils devraient alors faire la même chose, ce qui inclut faire des hypothèses, planifier des expériences et analyser les résultats. Si nous voulons que les élèves soient de bons historiens, il faudrait qu'ils étudient les sources et construisent une argumentation sur le sujet en question. Cependant, des dizaines d'années ont prouvé que cette approche est inadéquate, car l'apprentissage est différent du travail concret. L'apprentissage se définit comme un changement dans la mémoire à long terme. Les historiens et les scientifiques sont capables de penser comme des historiens et des scientifiques grâce aux connaissances qu'ils ont acquises dans leur mémoire à long terme.

«Si vous voulez que vos élèves soient bons dans un domaine, vous devez passer du temps en classe à étudier les connaissances spécifiques nécessaires et non travailler sur des projets»

Les tâches qu'ils effectuent maintenant se distinguent de celles qu'ils exécutaient lorsqu'ils apprenaient car, selon trois chercheurs reconnus, «exercer une profession est différent du fait d'apprendre à pratiquer cette profession». Les experts sont devenus des experts grâce notamment aux connaissances qu'ils ont emmagasinées dans leur mémoire à long terme. Si vous voulez que vos élèves soient bons dans un domaine, vous devez passer du temps en classe à étudier les connaissances spécifiques nécessaires et non travailler sur des projets. Laissez-moi vous donner un exemple: un projet multidisciplinaire dans lequel les élèves doivent trouver le meilleur endroit pour installer un nouvel aéroport et doivent ensuite rédiger un rapport à ce sujet. Le projet nécessite clairement des connaissances géographiques, scientifiques, en écriture et en mathématiques, mais il ne leur inculque pas ces connaissances. Ce projet exige que les élèves sachent beaucoup de choses sur les effets des aéroports, mais il ne leur enseigne pas ces choses. Quand les élèves arrivent au moment de rédiger le rapport, ils doivent savoir comment épeler correctement, comment construire une phrase et comment dessiner un graphique, mais le projet ne leur enseigne pas toutes ces choses.

Et c'est pour la même raison que nous ne pouvons pas enseigner de compétences polyvalentes. Des compétences telles que l'analyse critique et la résolution de problèmes dépendent de connaissances spécifiques à certains sujets. Un professeur de poésie peut analyser sans problème un poème inconnu, mais aura du mal à analyser une équation quadratique. Si nous voulons vraiment que nos élèves aient un bon esprit critique dans divers domaines, nous devons nous assurer qu'ils ont des connaissances dans une multitude de domaines!

 

On dit souvent qu'avec internet, la mémoire n'a plus d'importance. Qu'en pensez-vous?

La mémoire est absolument vitale pour l'apprentissage. Nous ne pouvons pas utiliser internet pour faire des recherches, à moins que nous ayons en mémoire des choses qui nous aident à travailler sur ce que nous cherchons et à interpréter les résultats! Nous savons, grâce aux sciences cognitives, que la mémoire à long terme n'est pas une partie fixe de l'architecture du cerveau. Elle est plutôt une partie intégrante de tous nos processus mentaux. Lorsque nous essayons de résoudre des problèmes, nous puisons dans toutes les connaissances que nous avons acquises dans notre mémoire à long terme.

Plus nous avons de connaissances, plus nous sommes en mesure de résoudre tout type de problème. La raison pour laquelle nous avons besoin de ces connaissances dans notre mémoire à long terme et que nous ne pouvons pas nous baser uniquement sur les informations disponibles autour de nous, c'est que notre mémoire de travail est limitée. La mémoire de travail ne peut emmagasiner que trois à sept nouveaux éléments d'informations à la fois. Lorsqu'on effectue des recherches sur Google, on utilise tout l'espace de notre mémoire de travail et donc il nous est impossible de traiter de nouvelles informations ou de les combiner avec d'autres. C'est pourquoi il est si important pour les jeunes élèves d'apprendre les connexions entre les nombres et les tables de multiplication. Si vous essayez de calculer 14 × 7 et que vous maîtrisez bien vos tables de multiplication, vous n'avez alors qu'à vous rappeler combien font 10 × 7 et 4 × 7 dans votre mémoire à long terme et additionner les résultats. Si vous n'avez pas mémorisé vos tables de multiplication, vous devrez alors travailler sur chaque calcul séparément, et il est probable que lorsque vous aurez effectué la première partie, vous aurez oublié la deuxième. Le fait d'oublier la deuxième partie de la question parce que vous êtes tellement occupé à travailler sur la première partie est un phénomène que rencontrent souvent les enfants et les adultes, et c'est un problème lié à la limitation de la mémoire de travail. En mémorisant des informations fréquemment utilisées telles que les additions et soustractions basiques de nombres et les tables de multiplication, nous nous assurons que les élèves sont capables de résoudre des problèmes plus complexes sans encombrer leur mémoire de travail.

 

Est-ce une bonne idée d'équiper les élèves d'ordinateurs et de faire des écoles numériques?

Afin que n'importe quel programme d'éducation fonctionne - avec ou sans technologie - il faut d'abord bien comprendre de quelle manière nous nous attendons à ce qu'il améliore l'apprentissage. Et, pour comprendre cela, nous devons savoir avec exactitude ce qu'est l'apprentissage. Cela peut paraître tout à fait évident, mais la définition scientifique de l'apprentissage n'est peut-être pas aussi connue qu'on pourrait le penser. D'après une équipe de chercheurs, «l'apprentissage est défini comme un changement dans la mémoire à long terme… Si rien n'a changé dans la mémoire à long terme, rien n'a été appris.» Par conséquent, il est essentiel de savoir exactement comment les élèves mémorisent les choses, et comment nous pouvons améliorer cela. Il s'avère également que, pour nous souvenir de quelque chose, nous devons y penser.

L'attention et la concentration nous aident à retenir, alors que les distractions et les interruptions produisent l'effet inverse. Toute intervention en classe, technologique ou autre, doit favoriser la concentration et ne pas distraire. Cependant, une grande partie de la technologie moderne est tristement réputée pour son aptitude à détourner l'attention: les smartphones génèrent des flux d'informations et de notifications, les présentations PowerPoint regorgent d'animations colorées et de graphiques et les appareils électroniques ont tendance à être équipés de jeux et d'activités qui détournent l'attention des enfants - et aussi des adultes - loin de ce qu'ils sont censés faire.

Cependant, tandis que la technologie peut constituer une distraction, elle peut aussi améliorer la concentration. Même les jeux vidéo les plus simples comme Tetris sont addictifs. Ils provoquent une dépendance et parviennent à nous transmettre l'obsession d'effectuer des tâches répétitives, ce qui devrait être ennuyeux. Certains des exemples les plus prometteurs de la technologie éducative moderne visent à pousser les élèves à se concentrer sur des activités en classe d'une manière similaire et tout aussi addictive. Times Tables Rock Stars, par exemple, transforme les tables de multiplication en un jeu qui permet aux élèves de devenir des rock stars. Duolingo, une application pour l'apprentissage des langues permet aux élèves d'accumuler des points et des badges pour accomplir des tâches. Ces programmes ainsi que d'autres essaient de transformer l'apprentissage en jeu et d'utiliser la technologie pour améliorer la concentration au détriment de la distraction. Je pense que ces technologies ont un potentiel et nous devrions examiner de plus près ce qu'elles peuvent nous apporter.

 

En France, de plus en plus de parents mettent leurs enfants dans des écoles privées, car l'école publique est une vraie catastrophe. Que pensez-vous de la réforme de David Cameron sur les free
schools (écoles indépendantes)?

Je pense que le mouvement des free schools et des académies a été très bénéfique pour faire entrer de nouvelles idées et pensées dans le système éducatif. Il y a une énergie intellectuelle dense et passionnante dans les écoles en Angleterre en ce moment. Cependant, il est important de mentionner que toutes les écoles indépendantes et académies n'ont pas la même approche, et que beaucoup d'entre elles sont en profond désaccord sur la meilleure façon d'éduquer les enfants! Cependant, l'existence de ces différents types d'écoles signifie que (du moins dans certaines régions) les parents ont le choix de l'établissement dans lequel ils envoient leurs enfants.

 

Figmag du 3 mars 2017