Danièle Obono-edzodzomo est une jeune femme de 36 ans. Originaire du Gabon et citoyenne gabonaise, elle a acquis la nationalité française. Elle est, depuis 2003, thésarde en sciences politiques à la Sorbonne.

Depuis la semaine dernière, elle est aussi député de la 17ème circonscription de Paris, sous l’étiquette de la France Insoumise.

Elle est connue pour ses engagements dans les combats altermondialistesféministes et antiracistes. Elle fut d'abord membre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) puis du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) avant de rejoindre la France Insoumise.

Elle a en particulier soutenu des rappeurs attaqués en justice par des défenseurs des valeurs de la République pour avoir commis une chanson dont le titre est « Nique la France ». On ne peut évidemment voir dans ce titre la preuve d’une forte adhésion aux dites valeurs. S’ensuivirent Pétitions, contre-pétitions et le tintouin habituel des belles Âmes et de la Fachosphère, raccourci de la Vie Parisienne.

Cette relative célébrité et son accession à la députation font qu’elle fréquente désormais les plateaux de télévision. Récemment elle fut invitée sur RMC, Les Grandes Gueules. Sans doute faut-il être insoumise pour avoir l’idée de participer à une émission de commentaires politiques qui porte ce nom. Mais cela aurait pu être chez Ruquier.

 

Mme Obono, député insoumise

J’ai regardé la séquence de cet entretien.

De façon un peu inattendue, le présentateur, individu dont on peut craindre que la postérité ne retienne pas le nom, de but en blanc en quelque sorte, lui demande de dire : Vive la France. La donzelle s’émeut de la requête et répond, pas si maladroitement qu’on a bien voulu le dire, qu’elle n’a pas à fournir de gage et que son « républicanisme » est de bon aloi. L’occasion de cette demande est qu’elle a soutenu, comme il vient d’être dit, les profanateurs-rappeurs.

Un esprit taquin (en connaissez-vous ?) pourrait faire remarquer en écoutant sa réponse que pour une doctorante de 14 ans d’âge son expression manque de charpente et que les « Ben, voilà » y sont abondants. Mais il n’est pas illégitime d’être un peu désarçonnée, même pour une Elue de la Nation par une question incongrûment posée. Elle tergiverse, sans réellement dire au malotru d’aller se faire voir chez les Grecs.

D’autant plus qu’elle ne peut même pas rougir comme aurait fait NKM avec tant d’élégance à sa place.*

 

Hurlements dans la foule des défenseurs de la liberté d’expression avec quelques sommets dans l’art du pamphlet.

Hurlements dans les rangs des défenseurs des Valeurs et de (soyons fou) l’Identité Nationale…

 

Bref, beaucoup de bruit pour pas grand-chose et un festival de fautes de goût dont personne, et surtout pas l’auteur de cette note n’est exonéré.

 

Cependant, la question reste posée.

Mme Obono est une personne libre de ses opinions et on comprend, sans en  être certain, qu’elle défend la liberté d’expression de quelques zinzins rappeurs au motif qu’on a le droit de dire ce qu’on veut dans notre beau pays. Soit.

 

On craint qu’elle ne partage –un peu, beaucoup, passionnément- leur opinion. On dit, elle dit qu’elle déteste notre pays, son pays. Cela reste son droit.

 

On peut alors légitimement se poser la question de savoir pourquoi elle ne va pas couler des jours heureux dans son Gabon d’origine ou en tout autre endroit où elle n’aura pas à subir le sort épouvantable d’une bibliothécaire victime de l’oppression coloniale du siècle écoulé et de 14 années de doctorance** à la Sorbonne.

 

 rebours il est notre droit de penser que nous avons affaire à une petite sotte qui trimballe dans sa psyché les drames bien réels d’une autre époque au lieu de vivre comme une jeune femme épanouie les temps qui sont les nôtres. On se dit que, quelles qu’aient été les problèmes qu’elle a connu, son destin n’est pas misérable et on aimerait qu’elle finisse enfin sa thèse quitte à occuper ses après-midi à défendre les pov’rappeurs, eux-mêmes sans doute victimes de l’odieuse République.

Bref incohérence initiale, primordiale : si on déteste la France, il ne faut pas aller brouter à la mangeoire.

 

 moins que la démarche, entrisme vicelard, soit de s’introduire au sein du pouvoir honni pour le miner de l’intérieur en perturbant les mécanismes des institutions et en sapant les fondations de l’ennemi.

D’où l’Insoumission mélucharde.

Mais le Tribun est farouchement patriote. Kif-kif Le Pen. Autant : il est difficile de faire plus !

On éprouve tous le regret que Mélanchon n’ait pas eu l’opportunité, que dis-je, le privilège de vivre l’exaltante vie des Lieutenants d’Algérie. Et en plus il a loupé Valmy. Moi aussi et j’en souffre.

 

Donc la Damoiselle a viré sa cuti : elle n’est toujours pas patriote, mais elle est Député, élue de la Nation et mandatée par les électeurs de la Goutte d’Or pour les représenter. Sa légitimité n’est pas à mettre en question. Encore que : 60% d’abstention et 50.7 % des suffrages exprimés. Enfin, « ça marche » comme ça et elle n’est pas la seule dans cette ambiguïté électorale.

 

Nouvelle question : les 20 % d’électeurs inscrits qui ont votés pour elle et ont fait qu’elle devienne député partagent-ils 100% de son ressentiment à l’égard de la France ?

Admettons que ce soit le cas (ce qui n’est pas improbable) : elle est fondée comme député à tenir le même discours que celui qu’elle tient ordinairement et qui est le discours majoritaire.

Sinon, mais comment le saurait-elle ?, son discours doit refléter l’opinion moyenne de l’électorat de sa circonscription. Et je rappelle  que l’autre moitié de cet électorat se serait accommodée d’une candidate En Marche. Or cette concurrente à peine distancée adopte sur beaucoup de problèmes une attitude plus classique et disons-le, franchement patriotique et surtout européenne.

 

Cruel dilemme.

En fait cela ne relève pas du dilemme mais bien davantage du désormais classique –au moins pour le Naïf- trilemme : l’individu (la sosotte intrinsèque, brute de fonderie), puis le Député des gens qui ont voté pour elle et eux seulement et enfin le Député de la circonscription s’exprimant pour tous. Tout ça dans la même petite jeune femme insoumise.

 

Ce trilemme pourrait se désigner comme le trilemme de Macron. Autre histoire.

 

Une dernière question : dans le cas où un très grand nombre d’électeurs manifeste à l’endroit de notre ordre républicain la même aversion que l’insoumise Danièle, ne faut-il pas en conclure qu’ils occupent un territoire dont la population a cessé de se considérer comme française, qui ainsi est devenu « étranger » et qui s’est, en douce, avec les outils de la République donné une représentation. Celle-ci devrait en toute logique traiter avec les Affaires Étrangères et, pourquoi-pas demander son adhésion à l’Europe. Pardon, j’oubliais Mélenchon, oublions l’Europe. Peut-être pensais-je à la Corse ?

La Goutte d’Or et la Corse ne sont-ils pas ce qu’on appelle des territoires perdus de la République ?

 Tout ceci me mets « mal à l’aise ». Cela mérite une autre formulation.

Député implique, jusqu’à ce qu’on en convienne autrement, représentation d’un certain groupe (sous-ensemble) de Citoyens.

Accepter la Citoyenneté est une adhésion au groupe et dans notre cas, impose de se reconnaître français ; plus encore de vouloir être français.

Le refus de la France (Nique la France) suppose et entraine le refus de la Citoyenneté et l’impossibilité de trouver une représentation dans le cadre institutionnel.

La Député(e) Insoumise (et non patriote) peut souhaiter changer l’ordre établi en France, dans le cadre des institutions, en représentant des Citoyens qui partagent ses ambitions mais étant devenu Député(e) elle ne peut plus Niquer la France.

En réalité, à la suite de sa prestation sur un plateau de télévision, le citoyen (non député et sans majuscule) que je suis aimerait beaucoup qu’elle revienne sur des ondes mieux choisies, expliquer ce qu’elle pense vraiment et comment elle peut être à la fois patriote avec Mélenchon et non-patriote quand elle est elle-même.

 

*Je sollicite le pardon du lecteur : la tentation était trop forte

 

**J’ai choisi le vocable doctorance, alors que tout naturellement le mot thésardification me venait. Puis j’ai pensé que l’assonance évoquerait par trop le lézard. Déjà qu’il y a anguille sous roche !

 

25 juin 2017