Je tourne le bouton du poste. On disait comme ça, avant. Je suis dans ma petite auto. Mme E R, journaliste et chroniqueuse musicale (de musique) me raconte sur le ton de l’intimité et de sa voix acidulée qu’elle ressent une émotion profonde à visiter la maison de Georges Bizet à Bougival. Son évocation est confortée par des extraits de l’œuvre du maître, interprétés par Cécilia et Placido. Je ne suis pas un grand mélomane mais je sais qui sont la Berganza et le Domingo. Le propos est disert et notre chroniqueuse fait preuve d’une grande maîtrise de ce qu’on appelle les éléments de langage de la chronique musicale (de la musique) lesquels sont d’ailleurs empruntés à d’autres domaines de l’expression journalistique. Ainsi Térésa possède une voix cuivrée, ou peut-être citronnée, je ne sais plus, non, cuivrée, je confirme ; et Placido « projette » sa voix avec une ampleur étonnante. Sport, gastronomie et géométrie descriptive viennent au secours de l’émotion musicale (de la musique)…

Mme E R, chroniqueuse au nom pétillant comme un chianti me confie qu’elle est inquiète : la maison mémorielle du musicien pourrait être vendue ; des associations de mélomanes et de musiciens souhaitent donc que ce souvenir de l’auteur de Carmen ne tombe pas dans les mains de promoteurs insensibles et s’organisent pour en faire l’acquisition.

Eve, oui, c’est elle, étend alors son propos et englobe dans son élan de Bougivalerie certains des peintres, écrivains et musiciens les plus connus des deux derniers siècles,  exprimant le souhait que Bougival devienne en quelque sorte une commune commémorative d’un passé que l’on peut craindre définitivement révolu.

Eve a pleinement conscience que cette démarche entraine des coûts et, fine mouche,  fait valoir que les retombées touristiques compenseraient les dépenses inévitables.

Bougival contre Disneyland.

Je suis de l’avis de la Ruggieri et je lui sais gré de ne pas avoir eu –la chose est si rare- l’idée que ce travail patrimonial ne pouvait incomber qu’à l’État. C’est, en effet, le reflexe habituel des Nantis de la culture.

Ève et Darmanin en garant de la rigueur budgétaire. Bruxelles est enfin rassurée.

Et je ne pousserai pas la goujaterie jusqu’à lui faire remarquer que Bizet n’a pratiquement jamais vécu à Bougival, où il n’aurait séjourné que les quelques mois précédant sa mort.

 

30 juin 2017  en référence à Radio Classique : Ève Ruggiéri raconte  jeudi 29 juin 2017 à 09 00.