L’Institut Montaigne publie ce mois-ci, sous la plume de M. Frémaux une réflexion destinée à servir de cadre à la définition d’une politique énergétique du pays.

Ces recommandations ont un objectif bien précis : l’intitulé nous le dit, Priorité au Climat.

 

Il n’y a rien qui doive éloigner les français de la nécessité de réduire mondialement les émissions de GES ; et il n’existe pas davantage de raison qui les conduisent à croire que leur bonne conduite dans ce domaine sauvera la planète.

 

La France dans toutes ces choses intervient au niveau du pour-cent et en réalité seuls les États-Unis et la Chine possèdent des économies et des consommations énergétiques signifiantes.

 

Il est donc « Bien » de vouloir moraliser notre consommation d’énergie, mais cela ne prend du sens que si, « en même temps », nous en retirons un bénéfice économique.

 

Tous les observateurs de la vie politique nationale ont pu constater que la question de l’approvisionnement énergétique nationale était singulièrement absente de la campagne présidentielle… sauf pour réaffirmer l’impérieuse nécessité de fermer une centrale nucléaire, bouc émissaire sacrifié sur l’autel de l’Écologie-à-la-mode.

 

M. Frémaux ne bat pas la campagne : il dit les choses et cependant à la lecture de son rapport, il est difficile de ne pas éprouver une gêne ou plutôt un sentiment de manque.

 

Comme tous les responsables de la vie publique, notre auteur semble réticent à épurer sa pensée et à en extraire une ligne simple qui soit la colonne vertébrale d’une politique cohérente et profitable.

 

Dans cette optique de réduction des émissions de GES :

 

Nous ne produisons pas pétrole et de gaz et nous en consommons beaucoup. Quasi 70 % de l’énergie consommée est d’origine fossile.

Réduire cette consommation sans affecter le peu de consommation industrielle qui reste signifie :

Transférer si possible de la consommation chauffage urbain du fioul à l’électricité.

Transférer si possible de la consommation transport du binôme gasoil-essence à l’électricité.

Il serait opportun que l’État se souvienne que ce genre de déplacement ne s’opère efficacement qu’avec l’assentiment du Marché et de sa petite main invisible.

 

Si ces transferts s’effectuent, nous ne produirons pas assez d’électricité.

Cette électricité doit être décarbonnée.

Les ressources en houilles blanche sont totalement exploitées.

Le solaire et l’éolien qui s’expriment en 3/5 % du total et dont le bilan carbone est, pour le moins incertain, ne peuvent que constituer un appoint. Leur utilisation marginale ne sert à rien et leur utilisation massive suppose la présence d’un double thermique (gaz) prêt à pallier les irrégularités inhérentes à ce mode de production.

Reste la filière nucléaire : elle existe. On peut évaluer à 150 milliards l’investissement passé.

Elle fonctionne. La durée de vie d’une unité ne dépend que de la qualité de la cuve. L’ASN fait preuve de la plus extrême vigilance sur ce sujet. On soutient ici le point de vue qu’il n’y a aucune raison qu’une centrale nucléaire soit arrêtée sauf obsolescence du procédé de fission… et/ou raréfaction (par impéritie) du combustible.

On oublie souvent de remarquer que la situation économique (balance des paiements) serait dramatique si 36 % de notre consommation énergétique ne provenait de la filière nucléaire.

 

Toutes les autres considérations interviennent à la marge.

Comme il est « convenu » on trouve les références aux voitures électriques, à l’électrification des transports publics et autres tartes à la crème écolocompatibles.

 

M. Frémaux ne manque pas de remarquer que l’action à poursuivre reposera sur l’incontournable

Taxation du Carbone, en suggérant que le produit de cette taxe soit consacré précisément à cette mission.

 

Ce paragraphe est trop savoureux pour en priver le lecteur. On notera que dans le premier point exprimé ci-dessus, l’objectif de minimiser les coûts des importations de pétrole et de gaz n’est pas absent des préoccupations de l’Institut. Allons, tant mieux, nous voici rassuré : ils pensent à tout.

 

Comme on l’a déjà dit par ailleurs, on comprend bien que ce rapport ne concerne en réalité que le domaine de l’électricité : il y a bien longtemps que l’État français a perdu toute ambition en matière de pétrole et de gaz. La France n’est qu’un client sur ce Marché et on peut simplement souhaiter que notre politique internationale n’oublie pas ce facteur.

 

Dans cette vision plus étroite, à qui s’adresse ce rapport ?

EDF et ENGIE produisent à elle deux la quasi-totalité l’énergie consommée en France.

EDF est un SA à capital public que l’État contrôle absolument : on dit que la structure est étatisée alors même que cette disposition l’autorise à investir à l’étranger.

ENGIE est un groupe actif dans plusieurs secteurs de l’énergie et de l’environnement dans lequel l’État possède 37 % des parts.

Il semble difficile de trouver un cadre plus simple pour mettre en place une politique nationale de production et de distribution d’énergie électrique : l’État est en position de « diriger » les deux producteurs nationaux.

 

Et on n’en reste là !

 

Il est vrai que le rapport ne concerne que la protection du Climat.

 

Quel progrès ne ferait-on pas si l’État laissait les énergéticiens faire leur travail et être guidé –même maladroitement- par la main invisible !

 

15 juin 2016