La Grèce a vu déferler des vagues de migrants sur ses îles, dans ses villes et dans ses campagnes. Cela a duré des années et cela continue sans doute. Ce phénomène, provoqué par la pauvreté africaine ou afghane, exacerbé par les guerres du Moyen-Orient nous parait, vu de notre confort hexagonal avoir été supporté avec équanimité par les grecs. Ils ne se sont pas réjouis, mais aucun trouble majeur n’a été rapporté, aucun drame et somme toute peu de réactions hostiles de la population à l’endroit des intrus mais bien plutôt de l’aide, de la compréhension, en un mot une forme d’hospitalité. Cette lecture du passage des migrants par le Grèce est sans doute un peu « arrangée » mais pour notre propos restons-en là.

Les Italiens ont pris à leur corps défendant le relais des Grecs : L’Autriche et  la Hongrie se murent ; dans la mesure où Erdogan a du creux dans son immense Anatolie et à la mesure des généreux pourboires de Mme Merkel, les Turcs absorbent un peu du stock. Erdogan nourrit-il l’espoir d’en faire des Frères Musulmans ? L’Avenir nous le dira. Mais le courant ne se tarit pas.

La France, pays des Droits de l’Homme, regarde le phénomène : les migrants vont en Allemagne, pays dans lequel pour des raisons mystérieuses ils trouveront du travail, ou bien souhaitent aller en Grande Bretagne, pays dans lequel ils trouveront, grâce à leurs relations, du travail. Beaucoup d’entre eux passent donc sur le territoire et souhaitent continuer leur chemin. Certains, d’expression française resteraient bien mais où, quand et comment trouveraient-ils du travail ? Bref, ils ne sont pas bienvenus. Les frontières se referment et les pouvoirs publics, comme de la poussière qui s’infiltre partout les saupoudrent dans le paysage avec l’espoir que le temps résoudra tout seul le problème posé. On en cache sous les tapis, comme à Calais, mais le tapis se plaint et on saupoudre à nouveau. La France gronde, la menace est insupportable, la migration est une peste.

Combien ont-ils été, combien sont-ils, combien seront-ils ? Nous savons tous que les chiffres d’abord acceptables sont devenus ou vont devenir insupportables pour les Grecs, les Italiens, les Allemands et …nous autres, les Français.

Tout est vrai mais on ne peut qu’être frappé par le fait qu’un pays pauvre de 11 millions d’habitants, dans une situation économique lamentable a, sans gémir, vu passer sur son territoire un million de damnés démunis, alors que la présence de quelques milliers des mêmes plonge la France dans la détresse et que notre pays se révèle incapable de réagir à la sollicitation, au choc provoqué, autrement que par le gémissement.

C’est un paradoxe.

 Au passage formulons une remarque : nous faisons une distinction entre le droit d’asile dont nous disons qu’il est gravé dans le marbre de nos institutions et l’accueil ou le rejet de migrants économiques que notre bon cœur n’a pas vocation à tous recevoir.

Sur quoi repose ce droit d’asile ?

Dans une version réalpolitique, il peut être utile d’accueillir les ennemis de nos ennemis…

Dans une version noble, généreuse et droitdelomiste il est beau et grand de recueillir les personnes maltraitées par les régimes qui n’ont pas été touchés par la grâce démocratique et qui se comportent mal avec leurs sujets. Nous les protègerons donc contre les méchancetés de leurs vilains dirigeants.

En considérant la Turquie, la Syrie, la Saoudie, le Venezuela et pourquoi-pas le Pakistan, le Nigéria et la Chine on comprend que cela offre de nombreux candidats.

Au-delà de ces cas, il convient de parler de réfugiés, c’est-à-dire de personnes qui ne peuvent plus vivre là où elles vivaient avant que des événements particuliers les contraignent à l’exil : guerre, catastrophes ou tout simplement la misère, la sécheresse, les inondations, les ouragans et n’oublions pas les volcans et les tremblements de terre.

On voit bien que de nos jours ce distinguo subtil s’effondre devant les chiffres : tous les migrants sont en eux-mêmes des réfugiés et peu importe de savoir si leur départ de Syrie ou d’Éthiopie est provoqué par leur opposition à Assad ou par la sécheresse ou plus généralement si la personne concernée est le douzième enfant d’une famille résidant sur une terre aride qui ne peut la nourrir.

On ne va pas énumérer les pays qui sont de la sorte susceptibles de déverser leur trop plein de population, car la liste serait trop longue pour un papier qui se veut assez court.

Ces réfugiés s’ajoutent à la liste précédente des « demandeurs d’asile ».

De quoi parle-t-on ? Cent millions, deux cent millions, un milliard de gens qui sont « mal sur terre » et qui n’ont pas eu la chance de venir au monde dans l’enfer capitaliste dans lequel nous vivons.

 De sorte que lorsqu’on nous raconte des histoires absurdes d’OFPRA qui consacre un an et pourquoi pas deux, à examiner le cas du paysan du Sahel ou de la jeune femme yézidie ou encore de l’adolescent malien, on se demande quels critères les employés de la préfecture du département dûment mandaté par l’Office retiennent pour déterminer que tel est éligible et que son voisin d’infortune ne l’est pas. Mais soyons rassurés : les procédures vont s’accélérer et, nous dit-on, il faudra qu’en trois mois le dossier du demandeur d’asile soit plié et qu’il soit reconnu « bon pour le service » ou renvoyé chez sa mère.   

Il est difficile de ne pas ressentir devant cette apparente définition d’une politique, rien d’autre que des annonces et la quasi-reconnaissance d’une absence de réelle politique.

Nous sommes coincés entre une large fraction d’opinion « bonne conscience » et une encore plus importante fraction d’opinion « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».

Reconnaissons également qu’admettre son impuissance ne constitue pas davantage la base d’une politique de l’immigration.

Fin de la remarque

 Cette comparaison entre l’attitude des grecs et celle des français est sans doute abusive : en réalité l’objet est de comparer une société qu’on qualifierait « ouverte » à une société « fermée » ou plutôt étanche.

 Exemple en forme de récit de vacances ou de parabole absurde :

J’amarre mon petit bateau dans une ile grecque de la mer Égée, je fais les quelques mètres qui me séparent de la terrasse du café sur le quai. Je commande mon café (ou mon ouzo) et je paie. Aucun papier (facture) n’est apparu et aucune caisse enregistreuse n’a crépité. Je rejoins mon bateau et commence les inévitables bricolages de ce qu’on appelle la « Plaisance ». Ayant besoin d’eau, le cafetier me tire un tuyau d’arrosage en travers du quai et je rebois un café (ou un ouzo). Ce soir, j’irai diner chez mon cafetier et demain matin je repartirai. Ou pas.

Je souhaite relâcher dans un port du sud de la France. Contact radio avec le port en question qui est géré par une capitainerie. Elle me répond qu’il me faut la contacter sur le canal trucmuch de 17 h à 19 h et qu’on me dira alors si une place est disponible. J’essaie le port voisin. Miracle, on me réserve une place jusqu’à 18 h 45 si mon bateau ne mesure pas plus de Alpha mètres et si il dispose, comme la réglementation l’impose d’une caisse à eaux noires. Mon bateau (et moi) remplissons les conditions. Je me présente, j’amarre et on m’intime de me présenter à la capitainerie du port. Je décline l’identité du bateau en fournissant les papiers du bord ainsi que l’attestation de paiement de la redevance annuelle, puis je montre ma carte d’identité. Comme je m’apprête à partir, conscience tranquille, on me rappelle que je dois aussi présenter l’assurance « obligatoire » du bateau.

Bien sûr, je paie.

Si je veux de l’électricité ou de l’eau, rien de plus simple : il suffit de se brancher à une borne qui se trouve commodément sur le quai, à l’arrière de mon bateau : enregistrer mon numéro de carte bleue suffira à matérialiser ce petit contrat de livraison, après, tout de même une petite signature sur un papier illisible qui spécifie que…

Cette procédure d’admission, dans laquelle chaque étape est totalement, complètement, intégralement légitime, se répètera au départ, à peine allégée.

Je me renseigne : le port est géré par une entité commerciale sélectionnée par appel d’offre de la Mairie. Mais le port dépend du Conseil Général en ce qui concerne l’attribution des places permanentes et sans doute les aménagements.

La qualité des eaux du port est contrôlée par la mairie qui rend compte à…

Il y a des gendarmes de… et des gendarmes maritimes et, mais je n’en suis pas certain, des douaniers, pour faire bon poids. J’imagine que le gérant du port, celui qui a vérifié ceci et cela, est dûment mandaté par les Affaires Maritimes (division Plaisance dans le cadre du Ministère de l’Environnement de l’Énergie et de la Mer) : si ce n’est pas le cas, n’y aurait-il pas un agent de cette division présent à la Capitainerie ? En grattant un peu on trouverait sans doute que la Région ou la Communauté de Communes ont quelques raisons de s’intéresser à ma présence dans ce port.

Rappelons-nous qu’à chaque étape et à chaque paiement se glisse une petite taxe qui servira à rémunérer l’opération de contrôle (pour mon bien) que je viens de subir.

Heureusement qu’il n’existe plus de Renseignements Généraux : peut-être aurais-je eu leur visite ?

Les traits sont grossis et il ne manque pas en Grèce de ports dans lesquels les formalités soient comparables à celles du port français. Mais il n’existe pas en France de port où l’on puisse relacher (se reposer) sans être au contact de… l’État, L’État présent par son Administration. L’État, dans sa globalité, dans son omni présence, du garde-champêtre  à l’hyper-Président, l’État présent de façon directe et permanente, à travers toutes les tranches du fameux mille-feuille, les milliers de fonctionnaires ou para-fonctionnaires qui font que la gigantesque machine ronronne –pour notre bien- et pour le leur.

 Imaginons un migrant venant d’un port sur la côte syrienne sur son petit bateau : il pourrait naviguer longtemps en mer Égée sans que quiconque se préoccupe jamais de savoir qui il est, d’où il vient et où il ira.

Chez nous il ne serait jamais perçu comme un navigateur mais seulement comme un migrant qui va « voler » l’emploi des travailleurs français… 

Que signifie cette parabole :

 Une société est plus ou moins dense, plus ou moins compacte selon qu’elle laisse ou non des interstices, des vides dans lesquels des éléments allogènes peuvent s’introduire, se glisser et même subsister. Cette notion est difficile à percevoir pour les français qui sont culturellement formatés (vocabulaire du moment) par des siècles de centralisation jacobine et de prépondérance en tout domaine de l’État.

Cette compacité qui nous protège nous enferme et nous ferme aux autres.

 Evidemment la réponse est dans le travail.

Le nouveau venu sera bienvenu s’il participe au revenu.

Mais en France le travail est un privilège réservé à ceux qui ont déjà un travail et qui, façon corporations, gildes, jurandes et syndicats de tout acabit protègent leurs « acquits ».

Alors inévitablement le migrant, leurré dans sa recherche d’une terre promise, regroupé en tribus reconstruites continue de migrer et parcours notre pays comme une humeur indésirable avant que de s’enkyster en bubons qu’on ne sait plus traiter.

 Et, pour tout arranger, majoritairement ils sont musulmans.

 

1er août 2017    Il faut prendre ce papier pour une ébauche : une graine qui devra germer.