Au royaume des aveugles

 

La détestation que j’éprouve pour Nicolas Hulot est forte. Quelle soit fondée ou non n’y change rien et j’accepte le commentaire qui dirait qu’un zest de jalousie vient pimenter ce sentiment.

Très récemment, alors que les Ordonnances étaient posées fumantes sur la table du législateur, alors que la France (oublieuse qu’elle est du pauvre Gregory qui reste cependant une valeur sûre, un peu comme les pétrolières), s’inquiétait du destin de la petite Maelys, alors que la grosse Irma ouvrait l’œil, je me faisais la remarque qu’un des aspects positifs de ces nouveautés médiatiques était que Hulot était réduit au silence.

 Espoir vain, Patatras, je tourne le bouton du poste et le troisième personnage du Gouvernement (c’est ce qui se dit) ressurgit tel un diablotin maléfique pour nous annoncer que l’octroi de nouvelles concessions d’hydrocarbures sera, dès l’automne interdite sur les territoires de la République, en métropole et outremer, ainsi que sur l’ensemble du domaine maritime. Le projet de loi est présenté au conseil des ministres.

 Macron l’avait dit, Hulot le fait.

 Alors je m’informe, ce qu’aucun journaleu commentant la chose n’a fait pour moi.

 La production nationale varie entre 700 et 800.000 tonnes de pétrole par an, soit de l’ordre de 16.000 barils/jour. Cela représente 

assez précisément 1 % de la consommation du pays et 0.0018 % de la consommation mondiale : ces chiffres ont cohérents car la France ne participe que pour 0.018 % à la production mondiale de pétrole.

 Il en va différemment pour la consommation : ne parlons que de pétrole. La France consomme, environ 80 millions de tonnes par an ou encore 1.600.000 bl/jour, ce qui représente 1.6 % de la consommation mondiale.

Normal, le pays ne travaille plus et l’électricité (30 % de la consommation) est produite à 70 % par de la chaleur nucléaire. 

 La démarche audacieuse de notre ministre aura un effet incitatif sur les pays qui produisent et consomment du pétrole : elle doit les conduire à ne pas continuer à accroître leurs productions et leurs consommations au taux de quelques pourcents par ans comme ils continuent à le faire avec l’insouciance qui les caractérisent.

Nul ne peut douter de l’effet salutaire qu’aura la décision française sur Trump, Poutine, Salman ben Abdelaziz, Xi Jinping, Trudeau, Ali Khamenei et l’improbable irakien de service. Pardon, j’oublie Maduro, Mélenchon me le reprocherait. Ces messieurs qui produisent environ 60 % du pétrole mondial à la cadence de 100 millions de barils par jour (je répète, avec un taux de croissance annuel de quelques pourcents) vont être frappés de stupeur devant l’audace du Président français, exprimée comme elle l’est par la voix prophétique de l'expert internationalement reconnu dans le monde très fermé de l’Énergie, j’ai nommé Nicola Hulot.    

 Ces 800.000 tonnes de pétrole représente aujourd’hui une économie sur nos importations de 

800.000 t  x  7.5 bl/t  x  50 $/bl

Soit 300 millions de dollars ou si l’on préfère autour de 240 à 250 millions d’Euros.

Ce chiffre n’a aucune chance de baisser.

Le coût de production de ce pétrole est essentiellement celui de la main d’œuvre opérant en France et acquittant l’impôt, des taxes (d’abord des taxes locales), un rien d’amortissement, sans doute pas mal d’entretien et de consommables et souhaitons-le, quelques profits pour les Sociétés qui exploitent ces concessions.

La principale de ces sociétés, Vermilion est canadienne et affiche un chiffre d’affaire de 160 ou 170 millions d’Euros. On voit aussi des Norvégiens égarés, Lundin qui ayant réalisés qu’ils avaient atterri dans un pays de fous ont rapidement isolé leur petite exploitation en prenant conscience des risques fiscaux et réglementaires, décidant ainsi de ne pas investir dans un pays où un créateur de richesse est à priori indésirable. Enfin, il y a même un monsieur qui produit 1000 bl/jour : il emploie une quarantaine de personnes  et réalise un chiffre d’affaire de 16 millions d’Euros.

A 40 $/bl il est évident que ces gens souffrent ; à 50, peut-être respirent-ils un peu mieux et dans tous les cas ils attendent, comme tout le monde la remontée des cours : eux la souhaite, Macron devrait s’en méfier et en tout cas nous y préparer.

                                     

                                                            Pétrole en France par société

 

Je ne parle pas du gaz : le tableau et les acteurs sont sensiblement les mêmes. 2% de la consommation nationale ; 12 milliards d’importation de gaz environ en 2014 soit une économie sur ce poste de 240 millions d’Euros. Quelques centaine d’emplois…et les canadiens qui gèrent.

 La volonté du Divin Enfant est donc de mettre fin à ce douloureux scandale d’un demi-milliard d’économie réalisé « chez nous », façon roquefort, quasi origine-contrôlée…

Il est de notre devoir de montrer l’exemple et ne produisant pas nous-même ce que nous consommons néanmoins.

 Je sais, je rabâche.  Comme d’autres, je m’indigne. Pas sur les mêmes sujets mais sur la stupidité, la bêtise et l’incompétence. J’oublie le pantin de service, l’histrion que je ne trouve plus espiègle mais pathétique : je pense au Président.

Un de mes amis me dit : « Tu as tort de t‘inquiéter, il ne s’agit que d’une posture politique destinée à endormir les écolos et tu verras il ne fera rien de ce qu’il annonce dans ces domaines ».

Drôle de façon de « faire de la politique autrement » !

 Je fulmine encore : ma femme me rassure. Elle me dit que je ne suis pas allé au bout de la déclaration du pitre : Il ne sera pas délivré de nouvelles concessions mais les exploitations actuelles continueront jusqu’en 2040, date à laquelle le texte déposé prévoit l’arrêt des renouvellements de permis. D’ailleurs cette date pourrait bien être celle de l’épuisement des 63 gisements en question.

Somme toute, ajoute-t-elle, tu t’agites pour rien, ce n’est pas bon pour ta tension.

 Voilà, je suis définitivement rassuré : ce texte ne signifie rien et n’a pas d’autre portée que de signifier à d’éventuels investisseurs qu’ils n’ont aucune raison de s’intéresser à la France pour l’exploitation des ressources dont elle dispose ou disposerait.

 Je ne partage pas le point de vue de mon ami qui voit dans la chose l’habileté manœuvrière du Divin Enfant.

Je vois dans ces prises de position sur la production nationale d’hydrocarbures et sur la prospection de ces ressources, ainsi que dans les précédentes déclarations sur le marché automobile une carence complète dans la pensée présidentielle sur le rôle de l’énergie dans l’économie mondialisée.

Et une arrogance démesurée quant à la valeur d’exemple que cette forme de suicide énergétique aura auprès des personnages déjà cités, qui, eux, produisent le pétrole et le gaz du Monde.

Comment ne pas imaginer les réactions amusées de Poutine, de Xi Jinping si la nouvelle (exemplaire) leur parvenait. Et le sourire narquois ou navré de Tillerson assis derrière le bureau du Général Marshall lorsque la nouvelle (exemplaire) lui parviendra. Trump n’en saura rien car la téléréalité audiovisuelle ne s’emparera pas du sujet.

 Tout cela au moment où tous les pays procèdent à un effort d’armement accru et où chacun considère que le risque d’une mise à feu accidentelle de la Troisième Guerre Mondiale n’est pas à écarter.

 Toujours au plan de l’imaginaire :

Imaginons que sur les vastes étendues de plateau continental que devrait contrôler la France aux termes des accords internationaux du Droit Maritime, tout autour de ces chapelets d’îles assistées que la France devraient gérer, sur les vastes territoires guyanais abandonnés à l’humeur maussade et revendicatrice de populations occupées à des trafics variés, envahis de voisins chapardeurs, imaginons que se cachent quelque bel et grand champ pétrolier susceptible, après labeur de nos géologues, de nos ingénieurs, de nos techniciens et de nos ouvriers, de fournir les fameux 80 millions de tonnes d’or noir que nous consommons…

 Macron souhaiterait-il le savoir, souhaiterait-il les chercher ces 24 milliards d’économie (à 50 $/bl), souhaiterait-il savoir si la France pourrait ne pas dépendre pour ses approvisionnements en gaz des Russes ou des Norvégiens ou de Bouteflika ou du hasard la chance pour encore 24 milliards d’économie et tant d’emploi à pourvoir ?

À 100$/bl, il s’agit alors de 100 milliards.

 Non, ce qui importe est de montrer au monde la voie du salut écologique : ainsi marche le Petit Poucet qui montre le chemin au grand méchant Concert des Nations en s’interdisant de produire ne fut-de qu’un seul baril du liquide honni. Eva Joly, la Duflot, la Lepage rosissent de plaisir dans leurs tombes écologiques et le martyr Placé s’apitoie sur son destin brisé.

 Ci-joint, en forme de piqure de rappel, une prévision de croissance de la consommation mondiale d’énergie dans le monde, telle que le Ministère Américain de l’Énergie la prévoit.

Sans doute faut-il considérer cette prévision comme un travail d’amateur

 

                                        Conso énergie Monde Projection 2040

 11 septembre 2017