En être ou ne pas en être

 

Depuis hier matin, j’éprouve un grand sentiment de solitude.

 Hier matin, un chanteur populaire est mort au terme, comme on dit, d’une longue et douloureuse maladie.

Comme chacun j’avais écouté, distraitement je le reconnais, cette voix qui nous a offert des chansons célèbres et, je reprends le mot « populaires », chansons qu’il interprétait avec talent, énergie et le plus grand professionnalisme.

Sa vie ne fut pas un modèle de rectitude et il a été une image fortement médiatisée des errements de notre époque et plus particulièrement des errements du monde qui était le sien : le Show Business.hnny, d'Ormesson, 

Je dois dire que j’associais son nom en première réaction, davantage aux problèmes d’évasion fiscale des artistes, joueurs de tennis et autres personnalités de tous horizons et que je ne lui confiais pas, dans mon petit Panthéon personnel, un rôle particulier et encore moins un rôle flatteur.

Qu’on me comprenne bien : aucune hostilité à l’endroit du personnage ! Il était comme il était, il a mené sa vie comme il a pu, il a fait preuve des qualités qui étaient les siennes et il a révélé les défauts qui étaient les siens et ceux de notre temps.

Bref un homme qui a gagné sa croute et une certaine notoriété en chantant avec talent des chansons qu’on lui offrait et qu’il transformait en succès populaires.

 Suis-je le seul à ne pas ressentir une « peine immense » et à trouver naturel qu’un homme de 74 ans, ayant mené une vie déréglée, souffrant d’un cancer quitte ce monde ?

 Il meurt. La veille nous avions perdu une autre « icone » : le très médiatique écrivain-académicien-chroniqueur Jean d’Ormesson.

 Terrible conflit dans l’esprit de gens de presse rapidement résolu pour la très vaste (écrasante) majorité des journaleux, commentateurs, personnalités-de-la-culture et Toute la classe politique.

Ne pas monter dans le train Smet, ne pas s’inscrire dans cette grande communion populaire, donc nationale serait terriblement imprudent et dommageable. Allons courage, communions et rassemblons-nous autour de cet exemple d’une vie courageuse, tellement remplie, tellement riche !

D’Ormesson, c’était bien aussi, mais tout de même un peu trop typé : pognon réussite, classe bourgeoise…

Ça fait un peu élite ! Danger…

Mais l’incertitude n’a duré que 48 heures : Johnny, sans nul doute.

Le passage de Jean, vieille France s’il en fut, à Johnny et ses vieilles canailles s’opère tout naturellement. Sous les yeux et dans les oreilles du cher et vieux pays déferle en un instant un tsunami médiatique géant.

Il faut avoir, hier, tourné le bouton du poste pour mesurer l’ardeur mise par tous à cette célébration. Proprement étonnante, cette communion autour du chanteur qui, je le crois serait tout aussi surpris que moi de voir le rôle qu’on lui fait jouer.

 Étonnante ? J’avais déjà exprimé mon étonnement quant à ces phénomènes médiatico-politiques à l’occasion de la mort de Mme Simone Veil, dans les premiers jours du mois de Juillet.

Je dois dire étonnement et gêne, dans un curieux mélange qui, sans pousser trop loin, s’apparente à de la honte. Je disais alors ressentir un malaise :

 D’où vient ce malaise que je ressens ? Il n’y a en moi aucune animosité à l’endroit de Simone Veil. Je respecte profondément sa vie, son parcours, ses actions, tous éléments, je dois le reconnaître, qui me sont plus familiers depuis son décès qu’ils ne l’étaient avant. Pas le moindre antisémitisme …

Alors cette gêne, ce malaise dis-je ? Mme Veil mérite ces hommages mais mérite-elle une fois de plus, sinon une fois de trop qu’on lui fasse jouer à titre posthume son rôle d’icône, d’incarnation et que, encore,  à la façon d’un graffiti on vienne la plaquer sur la façade d’une République délabrée, décors d’un théâtre « même pas » plein de bruit et de fureurs.  Graffiti ou mieux image projetée, ombre et lumière, spectacle audio-visuel tant la chose est éphémère, inconsistante, fugace, artificielle.

Mme Veil posée sur du vide.

 Je persiste et signe.

Alors je m’effraie : si j’ai pu écrire ces quelques mots lors du décès d’une personnalité, O combien estimable  que vais-je dire pour la disparition d’une personnalité dont l’exemplarité fut à tout le moins discutable et qui révéla par sa vie davantage les travers de notre époque que ses vertus ?

Le vide, le vide de notre époque, le vide de notre monde…

Le même jour Trump, sans qu’on puisse discerner l’ombre d’une logique à son action, relance une crise qui, soyons-en sûr, sera sanglante au Moyen-Orient et partout dans le monde. Détail de l’histoire.

Aujourd’hui et probablement pour quelques jours, l’Histoire est Johnny. Et la République rend hommage. Il aura le privilège, la famille du chanteur le suggère, le demande, l’exige de descendre les Champs Elysées pour rejoindre sa dernière demeure. L’Élysées s’engouffre dans la brèche.

 Personne n’a parlé de Panthéon. Quelle délicate pudeur,  toute de modestie et de retenue.

 07 décembre 2017

 Je me demande, me dit ma femme, si François, le Saint Père n’aurait pas l’idée que… Mais non, où ai-je la tête, il a déjà Gardel sur sa liste !