Le Président inscrit dans son action la lutte contre le réchauffement climatique. Je ne le crois pas inculte ou sourd : il sait donc que la France, qui émet fort peu de GES n’aura pas d’influence physique sur la réduction de ces émissions au plan mondial. L’annonce du retrait des États-Unis de l’accord de Paris, conclu il y a juste un an lui laisse une ouverture et l’autorise à jouer les animateurs dans ce combat.

Ce combat n’a de sens que par la participation des chinois et l’avenir nous dira ce que sera cette participation.

 Suite à une COP 23 bien terne, Macron souhaite relancer rapidement le processus et organise à Paris le « One Planet Summit ». Des américains, Industriels ou personnalités, sont présents qui se démarquent du pouvoir fédéral et rassurent la communauté sur le rôle que leur nation pourra jouer après Trump.

Ce combat n’a de sens que par la participation des américains et l’avenir nous dira ce que sera cette participation.

 On parle Climat mais on parle aussi Géopolitique, car il s’agit bien pour la France, à la suite des efforts déployés pendant les précédents quinquennats, de gagner « de la face » et d’être sur un sujet difficile un des acteur principal sur la scène internationale.

 Cette réunion parisienne se termine sur de nouveaux engagements et conduit des interlocuteurs du monde productif à reconsidérer leur consommation d’énergie, par une réduction de la part charbon et une augmentation de la part d’ENR dans la production électrique.

 Bref, Macron fait son boulot et tape dans sa gamelle qui est la nôtre.

 L’occasion lui est offerte par France 2 et un gentil ballot d’animateur TV de s’exprimer devant les français et en premier lieu à l’occasion de cette réunion, à l’instant même où elle se termine. Nous sommes le 12 décembre.

 L’émission du gentil ballot est diffusée 5 jours plus tard, le 17 décembre dans le cadre d’une émission régulièrement proposée par le ballot en question, quoiqu’en général avec des interlocuteurs moins pesants.

 Le format (comme on dit) de l’émission est inhabituel. En fin, pas tant que ça, puisque tous les présidents ont, à l’occasion tenté d’établir un dialogue vaguement familier et pédagogique avec le téléspectateur pendant ou juste après le repas du soir, comme un adjuvant de digestion.

 J’ai vu et entendu l’entretien en question.

 Le Président est habile et le ballot se garde bien de l’asticoter. Je ne le lui reproche pas : l’agressivité des journalistes, souvent à la limite de la simple courtoisie me rend agressif à leur endroit et me donne l’envie de leur botter leur arrière. Donc, le Président promène le téléspectateur dans le Palais, nous glisse quelques détails et nous expose, rapide, léger et didactique quelques-unes des lignes de son action, et plus particulièrement celles qui concernent la lutte contre le réchauffement climatique, son sujet du jour.

Le personnage commence à devenir familier et nous nous habituons à ce subtil mélange de simplicité arrogante et de conviction. Cette habitude qui devient familiarité (dans l’autre sens du terme) est, j’imagine, ressentie davantage dans l’électorat du mari de Pénélope que dans l’électorat du vociférateur en errance.

 Au-delà du prévisible de ces propos, je retiens deux choses importantes.

 Ouf ! La France aura en Syrie une politique étrangère reposant sur des objectifs, dans son intérêt, et non plus sur des principes ou des valeurs ou des considérations morales ou l’humeur de tel ou tel intellectuel à la mode.

 Ouf ! La France considère l’énergie nucléaire comme une source de production électrique ordinaire dont la sécurité doit être garantie par l’Agence de Sûreté Nucléaire qui définira les conditions d’exploitation des unités de production au regard de…leur « sûreté ».

La France arrêtera la production d’électricité par des centrales à charbon sur la durée du mandat.

En réalité Macron a dit « centrales thermiques » mais il s’agit à l’évidence d’un lapsus : tout comme il n’est pas possible d’arrêter les centrales nucléaires, il est impossible de fermer les centrales thermiques. Les premières sont indispensables pour produire le gros de la consommation et les autres pour faire face aux fluctuations de la demande, fluctuations qui grandissent au  fur et à mesure que se développent les ENR.

Peut-être ai-je mal compris, peut-être suis-je stupide, peut-être mes vœux prennent-ils le pas sur la réalité, mais il me semble néanmoins que j’ai entendu, ce soir du 17 décembre, en descendant au bras du Président un escalier du Palais, l’abandon de la très regrettable Loi sur la Transition Énergétique. Envolés les 50 % de notre Triste Chouette empesée, envolée l’encombrante Fessenheim de la mal-nommée Royal, on fera comme on peut avec ce qu’on a, et si l’ASN est contente, le Président aussi. Et moi, donc !

Pour la taxe carbone, fiscalité elle est, fiscalité elle reste. Évitons les sujets qui fâchent trop.

Sitôt terminé le JT du ballot, je dis à ma tendre épouse : tu vas voir la presse et les médias demain matin ! Ils vont hurler à la mort ; Ségolène va faire un infarctus ; Hulot va nous confirmer qu’il prend son temps avant de démissionner mais que la menace est réelle ; et qui sait, un Bové ressuscité nous apportera quelque antique lune d’un Larzac embourgeoisé.

Que nenni.

Le lendemain la presse et les médias bruissent et s’émeuvent, certes mais à quel propos ?

Ben voyons, soyons sérieux, à propos de Delahousse, évidemment.

Le lecteur pourrait croire que la parole du Président a quelque signification, mais il se trompe : c’est la prestation de l’animateur, celui que j’appelle « le Ballot » qui fait l’objet de critiques ou de commentaires au sujet de ces 45 minutes de télévision.

Un véritable florilège de persiflages, de commentaires méprisants, d’attaques en nullité s’est répandu dans l’ensemble des médias, papier et ondes uni(e)s dans le même opprobre, dans le même dégoût à l’endroit du pauvre garçon.

Non que le Président échappe aux critiques,  mais pour lui comme pour Delahousse, ce qui est retenu est en premier lieu le style de l’entretien et ce qu’il a dit apparait comme secondaire ou n’apparait pas

Il est vrai que l’exercice était préparé et que le journaliste n’avait guère d’autre mission que de « faire valoir » le Président qui avait, à l’évidence mis en scène leur rencontre.

Est-il réellement anormal et scandaleux que le Président de la République choisisse pour s’exprimer un mode inhabituel et vienne sur le terrain familier de la familiarité avec un interlocuteur amical (gentiment benêt) faire passer deux messages importants au bon peuple de France.

 Suis-je seul à avoir entendu qu’il nous dit que la diplomatie au Moyen Orient serait celle d’un retour à une forme de « real politique » ?

Suis-je le seul à avoir entendu qu’il nous dit que le nucléaire est et reste l’outil essentiel de la production d’électricité ?

Suis-je le seul à comprendre que par cet artifice, l’abandon de la loi de transition énergétique est passé tout naturellement, avec en prime une petite tape dans le dos de la chouette-qui-bougonne ?

 Détail que ces choses-là : pour Bourdin, l’important est que Delahousse n’a pas été assez agressif à l’endroit de notre Président et ne l’a pas mis dans l’embarras, plaisir délicieux du commentateur politique médiocre.

 Mais les choses se précipitent ! Vite oublié le pauvre Delahousse : le centre d’intérêt de notre presse et de notre télévision s’est rapidement déplacé et s’est focalisé sur l’avion maladroit de Philippe, sur le week-end à Chambord et autres « pointages du doigt » comme les médias nous les servent.

 

20 décembre 2017