Une petite fille est à l’hôpital. Elle s’appelle Inès. Elle est âgée de 14 ans. Depuis hier et pour quelques jours les médias vont parler d’elle.

Inès souffre d’une maladie neuromusculaire auto-immune (1). Elle est hospitalisée depuis juin au CHRU de Nancy à la suite d’une crise cardiaque. Après des soins, les médecins ont jugé son cas sans espoir et ont lancé une procédure visant à l’arrêt des traitements, conformément à la loi de 2016 sur la fin de vie. (Le Monde)
Les parents s’opposent à l’arrêt des traitements et parcourent le trajet des recours en contestation de la décision du corps médical.

Le tribunal administratif puis le Conseil d’État ont validé cette décision et il reste aux parents un dernier recours auprès de la cour Européenne des Droits de l’Homme. L’avis de celle-ci n’est pas contraignant pour la juridiction française.  

Suivant une formule que j’utilise régulièrement, de quoi s’agit-il ?

 Sauf à penser que le jugement des médecins de Nancy soit hâtif et infondé, il semble que la jeune fille ne soit plus qu’un squelette entouré de muscles inactifs et que ses fonctions vitales soient à l’arrêt. On lui injecte donc du sucre et de l’oxygène pour faire fonctionner ce qui veut bien encore fonctionner dans son organisme. Son système neuronal est décrit comme détruit de façon irréversible. Elle est, si j’ose l’image, dans la situation d’une culture dans une boite de Pétri. La seule façon de clore l’histoire et d’éteindre la douleur est de reconnaître que le sort en a décidé ainsi et qu’Inès ne peut pas vivre. Les Dieux sont aveugles et l’Homme n’échappe pas à leurs caprices.

 Les parents « croient » que le destin de leur fille n’a pas à être dicté par les lois du pays. Ils sont musulmans et leur soumission est à la parole du prophète avant de l’être à l’ordre républicain. Soyons justes, ils pourraient être Évangéliste ou Témoins de ceci ou de cela, ils tiendraient le même discours et chacun d’entre nous, père ou mère, conviendra qu’il y a matière à affliction et, pourquoi pas, à espoir au-delà du désespoir.

 Le corps médical exprime quant à lui la vision et le jugement de la Société. Les médecins sont persuadés que l’état d’Inès est irréversible. Ils en ont convaincu les instances judiciaires et la décision finale est entre leurs mains. Est-ce réellement leur rôle?

La Société, que représente l’Hôpital, obéit à des impératifs concrets, économiques et osons le mot, budgétaire. Inès égale un lit, des heures de personnel, des consommations  diverses et toute sorte de dépenses liées aux précédentes soit un pourcentage du coût de fonctionnement de l’hôpital. Et l’hôpital assiste beaucoup d’autres malades. À un moment donné l’hôpital ne peut plus s’occuper d’Inès, ni de toutes les Inès du monde.

 Les médecins, c’est bien naturel, gagne du temps avec l’espoir que les parents finiront par accepter le malheur qui a frappé leur famille. Il ne s’agit pas de tergiversation ou de procrastination : leur décision est prise mais ils se sentiraient moins seuls et moins responsables s’ils obtenaient la compréhension des parents.

 Le recours à l’autorité est délicat pour dire le moins.  Que dira Strasbourg ?

 Une brute dans mon genre, utilitariste comme pas deux, serait tenté de prendre la mère insoumise au piège de ses propos : « Notre fille nous appartient, pas aux médecins » dit-elle. Peut-être faut-il la lui rendre.

Allons rassurez-vous. Je plaisante sur un sujet qui n’invite pas la plaisanterie.   

 Je plaisante, certes. Cependant l’amertume qui transparait sous le propos vient du fait que la mère éplorée pour satisfaire ses angoisses métaphysiques et le refus d’accepter son destin, nous transfère la responsabilité de maintenir en état végétatif le petit être qui fut sa fille. Elle souscrit aux bénéfices de son appartenance à notre société et « en même temps » elle se retranche derrière une foi affichée pour en rejeter les règles.        

 Je répète : il se trouve qu’elle est musulmane mais son attitude se retrouve chez des membres d’autres sectes.       

 (1) Myasthénie : une image, les neurones ne sont plus reliés aux organes… 

 

6 janvier 2018