Une fois encore un sujet auquel je ne connais absolument rien. Seulement le sentiment vague en écoutant les bavardages des médias que beaucoup de sottises étaient dites. La chose est malheureusement habituelle. Habituelle aussi le besoin du Naïf de comprendre de quoi « on cause » et d’y apporter le grain de sel d’un incompétent notoire. Je mets en exergue un petit couplet que j’avais réservé pour la fin. Il n’est pas inutile de le placer en introduction car c’est un fil que ce papier se propose des suivre.

 

L’homme est un animal complexe composé d’un squelette habillé de muscles. Cette architecture permet le mouvement et l’action sur l’environnement. Cette action consomme de l’énergie : le corps est donc doté d’un système d’absorption et d’utilisation d’énergie, alimentation et respiration. L’homme se « fait » une image de son environnement par les capteurs que sont les sens. Pour coordonner le fonctionnement du corps et tirer parti des informations sensorielles l’homme est pourvu d’un système nerveux. Ce système s’est élaboré au fil de l’évolution depuis un langage chimique et hormonal primordial jusqu’au vaste et infiniment complexe tissu neuronal qui regroupe les fonctions les plus élaborées dans le cerveau.

Ce qu’il importe de comprendre est que les systèmes anciens chimiques et neuronaux qui collectent et transmettent des informations de et à toutes les parties du corps ne sont en rien distincts du cerveau. Il n’y a dans le corps de l’homme qu’un système neuronal intégré qui gère le corps de l’homme, du mieux qu’il peut dans l’environnement, nature et société. L’erreur est de penser qu’il soit possible de toucher à une partie quelconque du corps de l’homme sans mettre en cause l’ensemble de ce corps.

Au temps pour le corps et l’âme : l’homme n’est qu’un animal, corps et âme confondus.

 

Quant au Naïf, il ne peut être assimilé à une machine : il est trop imparfait ; une ébauche au mieux.

 

IA, Mein Herr

 

L’année écoulée fut une année merveilleuse. Merveille de la venue sur terre du Divin Enfant tenu en main par sa Sainte Femme, merveille de l’effacement des gens de Solférino longtemps considérés comme des apôtres ineffa(ça)bles, merveille et surprise de la vie politique de nos amis-alliés-libérateurs de toujours, merveille d’une Île voisine rêvant d’une nouvelle Pax Britannica et encore plein d’autres merveilles toutes plus merveilleuses les unes que les autres.

Chacun y nourrira son propre émerveillement.

Année de dévotion et de recueillement au cours de laquelle les français ont pu avoir le sentiment qu’un monde ancien s’effaçait, façon PS et LR, par le départ pour le royaume des souvenirs d’une foule de gens de notre vie et presque de notre famille. Des gens du spectacle, du monde des idées et de celui bien distinct du précédent, de la vie publique. On se souviendra avec émotion du doublé Ormesson-Johnny, improbable gémellité dans la ferveur populaire, avec cependant une nuance de regret, comme une faute de goût : aucune infraction fiscale à reprocher à l’académicien.

Dans ces nombreuses disparitions chacun nourrira sa propre affliction.

 1917 fut aussi, avec un retentissement à peine inférieur à ceux qui viennent d’être évoqués l’année de l’irruption dans la vie médiatique de l’Intelligence Artificielle. En 2016, peut-être sous influence de notre ex-président l’IA somnolait encore, déjà présente mais n’avait pas encore envahi le PAF. Insupportable attente que tous les commentateurs des choses de l’esprit et de l’économie se devaient de faire cesser. C’est fait et le bébé nous a été délivré : plus rien ne sera comme avant, les machines dotées de IA, elles aussi, sont en Marche et l’homme de télévision prend peur.

 Intelligence Artificielle, quelle curieuse appellation ! Il n’y a dans cet objet médiatique mal identifié ni intelligence, ni artifice.

Alors de quoi s’agit-il ?

 Au commencement était l’artéfact. L’homme le fabriquait avec son énergie. Le temps passe, l’artéfact dure et devient outil. L’homme complète son énergie par celle de l’animal, du vent et de l’eau. L’outil lui aussi dure. L’homme complète son énergie par celle du feu.  L’outil devient machine. Celle-ci, touchée par la baguette de la fée électricité, nouvelle manifestation de l’énergie, devient robot et envahit notre monde. La fée électricité au-delà de l’écriture et de l’imprimerie, dans un nouveau mouvement, augmente dramatiquement la capacité de stockage et de traitement de l’information, de toutes les informations, des hommes et de la nature.

Dans cette histoire qui est notre histoire, à aucun moment l’artéfact, l’outil, la machine, le robot n’ont acquis une âme, un esprit, une conscience, des sentiments et des émotions : objets ils ont été créés, objets ils sont restés et inanimés ils sont.

Il y a cependant un artéfact qui échappe à cette simplification : le langage de l’homme. Cet artéfact, l’homme l’a construit en lui-même et l’a intégré pour développer… son âme, son esprit, sa conscience, ses sentiments et ses émotions. On ne dira jamais assez les charmes de l’homéostasie.

 Intelligence : En fait nous parlons de procédés qui autorisent l’homme, par le truchement de certaines machines, à traiter des quantités gigantesques d’informations, à en extraire à sa demande des modèles décrivant des phénomènes, à traduire ces modèles en règles de fonctionnement communiquées à d’autres machines dans le but de réaliser des tâches qu’il ne saurait accomplir seul.

 Si intelligence (terme qui reste à définir) il y a, c’est celle du créateur des machines et aucune autre.

Et d’artifice, au sens moderne du terme, pas la queue d’un. Que de la Science, de la Technique et de l’Énergie.

Le mot Énergie au sens plein du terme : Travail y compris et surtout celui de l’homme.

Puisque d’artifice point, il faut inventer un nouveau mot : artéfactuel conviendrait mieux.

Quelle pesanteur !

 Rien de ceci n’exclut la magie du monde : magie de l’espace et du temps, magie de la matière et suprême magie, celle de la vie.

C’est cette magie que l’homme dans son hubris prométhéen essaie de  transmettre à ses artéfacts. Les esprits simples croient qu’il y parviendra. Ils croient que, comme pour le langage, il intégrera la machine en lui-même par un processus d’augmentation et d’humanisation. Alors qu’il n’aura accompli qu’un processus de mécanisation requérant une quantité d’énergie « venue d’ailleurs ».

 Alors de quoi s’agit-il :

Répétons-le : Nous parlons d’outils susceptibles et peut-être capables de traiter de l’information en très grande quantité, d’en extraire des modèles et de transmettre ces modèles aux machines qui en feront l’usage que nous souhaitons. Point final.

Il faut s’arrêter sur le mot Modèle. Cousin germain du moule où l’on verse le métal fondu et du module qui en définit la taille, le mot implique l’exemplarité et l’incitation à imiter, à reproduire c’est-à-dire à produire à nouveau.

Le Modèle est donc deux choses : dans son élaboration, une description, une image d’une réalité, d’un phénomène puis dans sa présentation, dans son exposition l’incitation à suivre son exemple, son chemin pour produire à nouveau le phénomène décrit.

Sans incitation, rien de cela : et l’incitation, c’est l’homme. Un ancien aurait dit l’Élan Vital.

L’univers des modèles est vaste comme le monde car l’homme souhaite expliquer le monde, s’en faire des images et en tirer une compréhension.

Certains de ces modèles nous sont familiers et très utiles : les températures, les pressions les vitesses de vent sont mesurées à droite et à gauche et le météorologue prévoit avec une précision étonnante que des ondées passagères viendront verdir notre jardin demain entre 15 et 17 heures.

Un autre modèle, à tort sous-estimé permet à Messieurs EDF et ses cousins germains RTE  et Énédis de faire en sorte que quels que soient les aléas du temps qu’il fait, du jour et de l’heure nous ayons une relation privilégiée et instantanée avec notre bonne fée électricité, et il n’y a là rien de simple ou d’évident.

En fait ces modèles sont partout et sont comme des animaux familiers dans notre vie, dans notre machine à laver, dans notre automobile et dans notre ascenseur. Rappelons-nous les cartes perforées des limonaires et orgues de Barbarie des foires anciennes…

Modèles déjà, modèles encore.

 Prenons les éléments dans l’ordre de l’énoncé : information ou plutôt informations. De fait, tout est information(s) dès qu’il est possible d’identifier et de qualifier le truc qu’on regarde. L’objet, le truc est de la nature, extérieur à l’homme, ou il est « de » l’homme le qualifiant lui-même ou émis par lui. Les deux se rejoignent quand l’objet est « de » l’homme « sur » la nature.

 Exemples : nombre de pétales sur une fleur et nombre de lions en Tanzanie…   qui sont des choses de la nature. Ou bien nombre de fautes d’orthographe dans une copie de bachelier ou nombre de crimes en région marseillaise (par jour !) qui sont des choses de l’Homme alors que le nombre d’enfants par femme au Kenya est évidemment une information mixte : nature par le Kenya-lieu et par la femme-animal mais Homme par la femme (qui est, ne l’oublions jamais un Homme).

Cela veut dire que presque tout sur quoi porte le regard, qui se fasse reconnaitre et un peu mesurer pourra devenir information.

Une distinction est à faire entre des informations fournie par des capteurs, certes fabriqués par l’homme mais « lisant » directement le phénomène et les informations « fournies » par l’homme et par conséquent éminemment manipulables…

Les émotions, les sentiments et la conscience échappent-elles à cette mise en fiche ? Certains l’espèrent mais beaucoup dans la catégorie des psychoses font bien des efforts pour refermer les mâchoires de l’étiquetage sur ce qui reste de liberté à l’Homme de l’humus, au nom de la science.

Tout ceci est bien compliqué.

Après avoir perçu, identifier une information il faut la transformer en données. La donnée est l’information lorsqu’elle a été mise dans une forme, un langage que la machine de traitement peut saisir, plus ou moins obligatoirement des chiffres et des lettres comme dans le jeu télévisé. Il y a donc un prétraitement de l’information, un passage sous la toise qui exclut de la donnée toutes les grandeurs qui ne sont pas quantifiables.

 Que fait la machine ? La réponse est simple : elle stocke et à notre demande elle trie.

Elle trie suivant des critères fournis par son opérateur et elle produit des tableaux, des graphiques et des fromages dans lesquels sont mises en relation des grandeurs associées. Nous baignons dans cette forme digérée de l’information que nous n’aurions pu saisir si notre trieuse n’avait rempli sa fonction. Merci à elle.

Cette découverte de relations que nous percevons mais n’avons pas su analyser est possible pour notre trieuse parce qu’elle procède avec un grand nombre de données et qu’elle opère très vite, plus vite que nous. N’oublions pas que, comme nous, pour faire son boulot, elle consomme de l’énergie.

 Ces relations, elle est capable de les reconnaitre quand on lui donne à manger-trier d’autres paquets de données venues d’autres sujets d’enquête. Elle reconnait des histoires communes, qui se répètent suivant les règles qu’elle a découvertes en établissant ses graphiques, tableaux et autres fromages. Son opérateur, qui n’est pas sot, s’est glissé dans cette entreprise avec ses outils logiques, a ajouté son épice sous la forme d’une question et, appliquant la règle qu’il appellera désormais algorithme espère obtenir une réponse, un oui ou non. Les probabilités viennent aussi se mêler à la conversation et notre homme n’aura alors qu’un « peut-être avec un pourcentage ».

Quelle est la forme de cette question ?

Où dois-je m’arrêter se demande la cabine de l’ascenseur ? Dans quel rayon vais-je trouver le livre que M. Naïf a commandé se demande le robot-magasinier de M. Bezos ? Quelle centrale thermique dois-je faire démarrer pour combler le déficit de production électrique provoqué par les stupides éoliennes (1) se dit l’automate-régulateur de RTE ? Et beaucoup plus grave, mais nous en reparlerons : quand la vitesse de l’avion décroit ou n’est plus mesurable, jusqu’à quel moment dois-je rester connecté avant de confier à nouveau la maîtrise du vol aux pilotes se demande la boiboite automatique d’un A330 au-dessus de l’Atlantique ?(2)

 Revenons à notre opérateur. Il est malin, cet opérateur qui converse avec sa trieuse et sait lui faire dire ses secrets. Il est plus malin qu’elle, qui n’est qu’un gros tas de bouts de cuivre et de pastilles de silicium, qu’il faut refroidir tant elle consomme et dégage de chaleur ; quand elle ne fait pas tous les caprices du monde.

À sa question, Il obtient une  réponse.

Cette réponse, ce oui ou non devient le point de départ d’une action et/ou d’une nouvelle question.

Et une action conclue en déclenche une suivante ou une nouvelle question. Et ainsi de suite jusqu’à obtenir l’action finale recherchée.

Ce sont ces suites de questions-actions qui à chaque étape parlent aux machines pour leur faire exécuter à notre place les tâches que nous souhaitons. (3)

 Nous sommes donc en présence d’une machine à laquelle nous avons expliqué, dans un langage qu’elle entend ce que nous « voulons » qu’elle fasse à notre place.

Par convention appelons ces assemblages Instruction-Machine des Robots. (4)

Elles ont envahi tous les espaces de nos vies. Il est inutile d’insister sur ce point, il suffit de regarder.

L’opérateur est devenu de plus en plus habile et il converse de plus en plus aisément avec la trieuse originelle qui s’est transformée en un ersatz de machine « à penser », à penser ce qu’elle doit faire faire. (5)

Leur nombre augmente et leur rôle est maintenant déterminant dans les équilibres économiques.

Inquiétude, peur et même angoisse : « ILS » contrôlent tout et « ILS » vont prendre notre place.

 

A

 

Sans avoir à se poser beaucoup de question, il est un domaine dans lequel cette peur est indéniablement justifiée. Le moindre progrès réalisé par l’Homme pour maîtriser et affronter les forces de la nature a été immédiatement utilisé pour asservir et anéantir d’autres Hommes : cela s’appelle la Guerre.

L’arc  du chasseur devient à Azincourt une Arme de Destruction Massive (6) après avoir été décliné en catapulte et autre scorpion et baliste. Le cheval percheron ou ardennais est le premier blindé médiéval, bien moins effectif que le terrible char des Hittites et Assyriens mais ces exemples sont roupie de sansonnet si l’on considère ce que le génie humain est arrivé à faire à partir des innocentes découvertes de Marie Curie. 

Bref, les progrès que nous connaissons dans ces matières où on associe machine et « intelligence » des machines, se feront d’abord et principalement pour concevoir, fabriquer, tester et utiliser des armes.

Aucun doute sur ce sujet : nous ne sommes pas dans l’hypothèse mais dans la certitude.

 Il est impossible d’oublier cette peur, mais dans le cadre optimiste de ce papier oublions la et restons dans le domaine civil et industriel de l’emploi des robots.

 

B

 

Est-il besoin de parler de l’emploi domestique ? Les auxiliaires ménagers, les moyens de communication, les nouveaux moyens de transport saturent l’espace consommateur et colonisent nos maisons, cités et  automobiles et se présentent tous, un à un comme des « marqueurs » du progrès dans le monde enchanté qui est le nôtre. Dans ce qui devient un fatras, le temps opère son tri et beaucoup de ces progrès retournent à l’état de gadget mais force est de reconnaitre que la capacité de l’Homme moderne à communiquer et à se déplacer apporte des satisfactions ; satisfactions à des besoins que l’Homme ancien ne connaissait pas et que le progrès a créé tout comme il en apportait la réponse. (7)

En fait nous pourrions ne pas nous sentir menacer par ces auxiliaires : qui pourrait avoir peur du petit aspirateur qui trottine dans le salon ? Seulement voilà ! Toutes ces gentilles machines qui peuplent nos vies sont d’une certaine façon et d’une façon certaine reliée à une autorité d’un rang supérieur, leur fabricant d’abord qui les a enseignées et qui les MAJ régulièrement, que nous le sachions ou pas. Souvent de surcroit elles communiquent entre elles, tel le téléphone avec l’ordi ou la télé ou le four à pizza…

Le fabricant appartient lui au cercle des Grands Collecteurs d’Information, des informations sur nous ; il sait qui nous sommes, il connait nos numéros de tous ordres et nos carnets d’adresse mieux que nous-mêmes.

Les membres de Ce cercle des Grands Collecteurs qui provoque la jalousie et l’envie des États qui brûlent de faire de même, savent tout de nous : qu’en font-ils et que peuvent-ils en faire. Sans aucun doute nous contrôler, nous piloter et finalement en nous faisant consommer, nous consommer. Sommes-nous libres de devenir des consommateurs consommés ? Ou de refuser…

Mais il faut reconnaitre la difficulté qu’on rencontrerait à faire vivre 7 milliards de gens sur des îles désertes dans l’Éden des premiers âges.

Une dernière remarque dans le domaine du robot domestique : le petit aspirateur qui tourne autour des pieds de meuble en ronronnant est alimenté par des batteries Lithium-ion. Le but de ce petit gadget est d’éviter à un membre de la maisonnée d’avoir à balayer la pièce dans laquelle se déroule le drame du nettoyage. Il aurait pour cela fourni une certaine quantité de travail, d’un travail simple et digne. Cette énergie « économisée » est remplacée par l’énergie dépensée tout au long de la chaine extraction des matières premières, élaboration des composants, assemblage et commercialisation du produit avec en prime l’énergie ajoutée à la machine au moment de sa mise en œuvre. On peut gager que les deux dépenses énergétiques sont d’ordre de grandeur largement différent. Mais l’aspirateur aspire, ce que ne faisait pas le balai et la chaine des actions nécessaires à la production a fourni de l’emploi à un grand nombre de gens.

Alors, où se trouve l’équilibre entre Gadget-couteux-inutile et Outil-utile-libérateur ?

Que fait le membre de la maisonnée pendant que l’aspirateur ronronne ?

 

C

 

Assez plaisanté, passons aux choses sérieuses. Le robot, Super-Machine tel un héros de BD entre à l’usine.

À dire vrai, il est entré à l’usine depuis belle lurette (8) et en réalité depuis que l’usine existe. (9)

Le commentateur nous ressort sa panoplie de précédents et de références, métiers à tisser, machine à ceci, machine à cela et d’énumérer les conséquences de ces changements de mode de production : il nous ressort le couplet des luddites, des canuts, de la naissance du socialisme et incontournable cerise sur le gâteau, l’ode à Schumpi qui comme un baume apaisant nous promet que la disparition des emplois en créera de nouveaux.

Tous ces discours sont familiers et nos quotidiens nous les ressassent inlassablement ; il faut un drame national comme la disparition d’un chanteur-évadé-fiscal pour que la télé nous parle d’autre chose.

 

La peur est donc révélée, mise sous la lumière : le robot vole le travail du travailleur qui devient un spectateur impuissant de l’univers de la production qui se développe sans lui. La messe est dite.

Une seule réponse est offerte par les Économistes qui nous prédisent que nos enfants n’auront d’autres choix que de devenir concepteur de logiciel dans leur innovante « start-up » ou plus probablement au service d’une GAFA qui traine dans les environs.

Non content d’avoir détruit de l’emploi, notre robot améliore la compétitivité. C’est bien connu.

La compétitivité de qui ? À l’évidence, celle des gens qui peuplent l’usine en remplacement de ceux qui la peuplaient quand les tâches étaient « moins » automatisées. Ils sont beaucoup moins nombreux et  la machine produit beaucoup plus vite. En fait c’est la compétitivité de la machine qui a augmenté et le travailleur a disparu.

Quant à la consommation d’énergie elle continue sa tranquille ascension jusqu’à épuisement.

Schumpi se tromperait-il ?

Non, il ne se trompe pas. De l’emploi a bien été créé dans ce processus. Il n’a pas été créé chez l’utilisateur du robot mais chez le fabricant du robot. 

Dans notre univers franchouillard tout empêtré dans la dépense publique et le progrès social que le monde nous envie, fabriquer quoi que ce soit est devenu impossible et pire encore, impensable.

Voilà donc une étape de l’évolution du monde industriel moderne que nous ne vivrons pas comme acteur mais comme témoin passifs et comme victimes, rejoignant, la tête haute et le regard altier, les rangs des pays sous-développés. Pardon, des pays en voie de… Nous pourrions participer utilement, car nous avons de l’expérience, à de nouveau Bandung aux côtés des Philippins, Laotiens et quelques Africains en plein décollage économique.

La vraie question est de savoir qui fabrique les robots qui viennent jusque dans nos bras détruire nos emplois. Avec quel acier et quel cuivre et quel silicium, avec quels logiciels.  Et qui sont les ouvriers (si, il en reste ailleurs dans le monde) qui ont coulé l’acier, usiné la machine, conçu et réalisé les programmes et testé les robots qu’ils viendront installer, si nous pouvons les acquérir, dans nos usines, si nous en avons encore.

Les réponses sont connues et désignent des pays dans lesquels la fraction active de la population s’exprime par des pourcentages que nous ne connaissons plus depuis exactement un demi-siècle. C’est dire l’importance que revêtent les commémorations du prochain l’anniversaire de Mai 68.

 

Un exemple

 

Il convient de faire une place exemplaire à un modèle de robot, qui n’est visiblement pas perçu comme tel par le public mais qui en présente toutes les caractéristiques : l’avion de ligne. Les français devraient en avoir conscience : ils sont associés étroitement dans la fabrication de pratiquement la moitié des avions de ligne qui sillonnent le ciel. Sillonnent car plus rien ne permet de nos jours de comparer ces engins à des oiseaux qui égayeraient l’azur.

L’A330 200 est un avion très réussi. Il fait tout.  Tout seul. Il suffit d’une personne familière de jeux électroniques pour le faire décoller en quelques minutes après quelques minutes d’apprentissage. Il se pourrait même qu’il sache atterrir en obéissant à des instructions venues du sol ou d’une autre puissance intervenante. Inutile de mettre dans le cockpit un pilote d’avion : un opérateur de machine suffira. Au demeurant un pilote d’avion serait désemparé en face de cette machine car les commandes de vol n’offrent aucune « sensations » de vol : entre l’intention du pilote et la manœuvre de la gouverne s’interposent des intermédiaires électroniques, logiques, électriques et mécaniques. Restent les instruments classiques que l’opérateur n’a plus besoin de regarder puisque le monstre le fait pour lui. Les verraient-ils encore, qu’il ne leur ferait pas confiance car sa confiance, il l’a placé dans l’absolu perfection de la machine. Il est en quelque sorte devenu l’esclave observateur des évènements. Et tout vole dans le meilleur des ciels, jusqu’au disfonctionnement de la machine et de ses algotrucs pour des conditions que le géniteur du système n’a pas encore inscrit dans le cahier des charges. L’avion vole normalement, tout baigne. Mais un capteur de vitesse donne soudain une valeur erronée et inacceptable à « l’intelligence » de l’avion. À partir de cet instant, plus rien ne se passe comme le « bon sens » et le « sens du pilotage » l’exigeraient. Le monsieur derrière le psychédélique panneau auquel il fait face, en qui il placé sa confiance lui transmet des informations contradictoires qu’il ne comprend plus. Il tombe dans un état de sidération et cesse de penser comme un aviateur même dans le cas devenu improbable où il serait réellement un aviateur. Familiarité excessive et sidération sont les deux états qui guettent l’opérateur des très gros, très puissants robots.

Au sol, on finit par couper le jus et on respire. À 30.000 pieds on sort de la sidération en s’écrasant dans l’Atlantique après 3 minutes et trente secondes de chute libre.

 

Un autre exemple

 

Les esprits s’agitent, les novateurs innovent. C’est la course à qui ira le plus vite, à qui aura le plus d’audace et d’imagination. Il s’agit de rendre « autonome » notre compagne d’un siècle : la voiture, la bagnole, la tire…

Suivant les interlocuteurs le mot autonome prend d’ailleurs des significations différentes.

Pour les plus conservateurs (réalistes) il pourrait s’agir de moyens de transport à la fois individuels dans l’usage et collectifs dans le fonctionnement. Cela n’est pas sot.

Pour les esprits résolument tournés vers le progrès, il s’agit d’une machine avec laquelle vous conversez, oralement de préférence et qui vous conduira dans la quiétude où vous le souhaitez pendant que vous vous consacrerez à vos activités. Le sujet est trop comique pour que nous y arrêtions ici et il faut craindre une suite à ce papier dans un futur proche.

 Ce gémissement décliniste (comme c’est mal de ne pas porter de message d’espoir) nous conduit au point suivant.

Augmentation de la productivité implique accroissement de la demande en énergie, en matières premières et en capacité créatrice et implique aussi accroissement des marchés de consommation. Bref, de la croissance par la production et la consommation. C’est bien ce qui se produit.

Parlerions-nous seulement de la Chine et de l’Inde ? (10)

On comprend alors que le grand ordonnateur, le juge de paix de toutes ces questions, sera, l’épuisement des ressources et les conflits qui en résulteront dont nous voyons chaque jour se dessiner les contours.

Quand et sous quelle forme exactement se produiront ces inéluctables événements est une prévision à laquelle on ne saurait se hasarder, mais il est certain que la Chine, l’Inde et des États Unis remodelé y joueront le premier rôle.

 Le réchauffement climatique, comme on appelle le phénomène qui agite notre atmosphère, résulte de cette surchauffe économique et n’arrange pas les choses. Mais peut-on croire ou espérer que les Chinois vont s’arrêter au milieu du gué et que les Indiens bien qu’englués dans leur castitude vont continuer de végéter dans un demi-sommeil. La consommation d’énergie de ce tiers de l’humanité continue et continuera de croître en dépit des efforts cosmétiques qu’ils réalisent pour continuer à occuper leurs immenses villes.

 Pour une France qui vit à crédit, rien de tout ceci ne la concerne dans la mesure où le système monétaire dans lequel nous vivons l’autorise à imprimer de la dette ad libitum. Pour l’heure.

D

 

Nous avons jusqu’à ce moment évoqué les rapports de l’IA (on se résigne à adopter l’acronyme) avec les machines puis de la machine-augmentée avec l’homme, son opérateur maître et esclave. Mais beaucoup sont tentés, considérant après tout l’Homme comme une machine, de faire intervenir l’IA directement avec lui et, soyons fou, sur lui.

Quoi de plus naturel : nous ne pouvons que constater les faiblesses et les imperfections qui sont les nôtres.

 Avec l’Homme : nous sommes déjà tellement immergés dans cette relation que nous avons perdu conscience de sa nature. Mobile, Satellites, Internet, GPS, la MTO déjà citée, la foultitude des programmes de toute nature qui organisent nos transports, nos loisirs, nos relation avec l’État. Addiction, dépendance, nous pouvons qualifier à notre gré le phénomène mais nous ne pouvons plus faire le chemin inverse. Ces relations sont de même nature que la relation établie avec notre aspirateur autonome et ronronnant : il s’agit pour le service en question de faire quelque chose « à la place » de l’utilisateur. Fouiner pour lui dans une plus grande bibliothèque, écrire pour lui des lettres avec un peu moins de fautes d’orthographe, classer un plus grand nombre de photos de sorte qu’il les oublie dans la paix de l’esprit et la conscience tranquille, organiser des blogs que personne ne lira… enfin mille choses qui relèvent du service d’un secrétariat puissant ; en particulier stocker, mettre en mémoire tous les documents qui résultent de sa relation avec la collectivité.

Glissons sur ce point ; nous avons déjà évoqué les Grands Collecteurs de Mes Informations.

Et puis nous sommes toujours dans le domaine d’action de la trieuse, outil premier de l’IA.

 Agir sur l’Homme. Nous changeons ici de registre car nous nous heurtons à cette formidable dualité de la nature humaine si longtemps exacerbée par la religion révélée. Le corps méprisable dont les souffrances autoriseront –si la destinée n’y fourre pas son nez- le sauvetage (pas d’enfer) et la survie (une éternité de paradis) de l'âme. Le tailleur de silex se posait déjà la question et nous continuons avec assez peu de progrès dans la qualité de notre réflexion.

Nous parlons donc de tripoter le corps de l’homme avec nos algotrucs afin d’ne réparer les défauts ou d’en améliorer les performances. Première distinction : médecine ou eugénisme ?

 

Médecine ordinaire (ou presque)

 

Le processus est largement entamé depuis les pacemakers rustiques, les cœurs artificiels, les exosquelettes  plus ou moins connectés et plus ou moins expérimentaux, sans oublier les poumons artificiels et autres machines à suppléer aux disfonctionnement de nos viscères. Quoi de plus naturel que de vouloir guérir et pallier les infirmités (pardon : les handicaps) que le Sort, ce vilain démon qui ressurgit toujours de sa boite, réserve à certain.

Le sujet est largement couvert par les médias et chaque nouvelle béquille « intelligente » est célébrée comme il convient.

Il arrive et il arrivera de plus en plus que ces processus d’assistance à, ou de remplacement d’organes défaillants viennent perturber le fonctionnement de certaines parties du système neuronal. En fait toute action médicale perturbe le système neuronal car il n’y a pas d’espace du corps de l’homme qui ne soit innervé ; toute action médicale retentit en conséquence sur l’indéfinissable intellect de l’Homme.

La règle est de n’avoir aucune règle : juger cas par cas et mesurer quand on le peut, les avantages et les inconvénients de chaque action. Un exemple simple : l’auteur de ce papier souffre d’une lombalgie légère et supportable qui lui occasionne une gêne quasi-permanente : doit-il se nourrir de paracétamol pour oublier le désagrément ou doit-il accepter sa condition d’homme imparfait en absorbant des pilules de stoïcisme ?

Malheureusement tous les cas n’offrent pas cette trivialité.

Assez rapidement dans ces considérations interviennent les facteurs économiques. Tous les progrès sont nécessaires car ils sont des progrès pour les technologies et témoignent du désir de « bien faire » ; mais leurs mises en œuvre posent à la société de très réels problèmes de coût et d’allocation des ressources. Le fauteuil roulant « intelligent » qui vaut une fortune et qui autorise le patient à circuler seul dans les couloirs de l’hôpital est à mettre en balance avec le coût des interventions médicales de MSF dans les centaines de camps de réfugiés du vaste monde.

Qui peut tenir le fléau de cette balance ?

Et qui paiera les pilules de paracétamol de notre auteur Naïf ?

Nous venons de parler os, boyaux, cœurs et poumons : petits joueurs ! La tentation est irrésistible de passer au stade suivant : cerveau et génome.

 

Transhumanisme et sottises de niveau élevé.

 

Nous venons d’indiquer deux champs de préoccupations : Agir sur le cerveau ou agir sur le génome.

Agir directement sur un cerveau par des connections électriques afin de permettre à des outils de converser avec celui-ci…

Ou tripoter le génome par une sorte de chirurgie des composants de premier ordre de la nature de l’homme, ce qu’on appelait jadis l’eugénisme.

 L’enfer est pavé de bonnes intentions et la porte d’entrée dans la promotion de procédés visant à remplir ces objectifs sera bien évidemment de pallier des déficiences, de réparer des erreurs de la nature, de rendre supportable des conditions naturelles que nous jugeons incompatibles avec la dignité humaine.

Jusqu’où aller trop loin dans ces domaines : nous le saurons bientôt et bien assez tôt car les appareils réglementaires qui pourraient limiter les excès dans ces matières ne se mettront en place que lorsque les conséquences en seront apparues et ne se mettront en place que dans les pays qui auront les structures pour établir ces limites. Le savant fou opérera sur la carte des paradis fiscaux. Et il se trouvera toujours suffisamment d’américains décérébrés pour servir de cobaye entre deux cures de congélation.

 Toutes les expériences seront conduites et des monstres seront fabriqués.

 En attendant de nombreux personnages voguent sur ces fantasmes à coup d’éditions spectaculaires et de prévisions d’avenirs et de mondes meilleurs peuplés d’hommes-augmentés. Les journalistes, gens de grande culture se régalent, les hommes politiques, gens de grande culture ne voudraient pas rater ce train et le bon peuple reste bouche bée en se demandant de quoi on parle. On est dans la BD et la SF qui, souvenons-nous couvrent le sujet depuis longtemps.

 Les savants fous, quelques savants moins fous et de nombreux illuminés ont de beaux jours devant eux.

 

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  1. 1.       Mille excuses présentées aux Éoliennes. La stupidité réside évidemment ailleurs.
  2. 2.       Nous supposons que le lecteur se souvient des détails ( ?) de l’accident Rio-Paris.
  3. 3.       Vif contentement : ce § a été écrit sans que soit dégainé le vocable « Algorithme ».
  4. 4.       En 1920 un écrivain tchèque utilise pour la première fois le terme de Robot. Le mot signifie labeur et surtout labeur forcé. Il est parent des mots signifiant esclave dans les langues slaves et proche cousin de l’Arbeit des germains, lequel, chacun le sait, nous rend libre. Asimov rendra le terme universel. Tout ceci, bien sûr avant que n’apparaisse le Cyborg qui est un Super-Robot empaqueté dans des biftecks.
  5. 5.       C’est à ce niveau que les Naïfs (les vrais) voient de l’intelligence et elle leur parait artificielle car ils n’y comprennent rien, comme le Naïf (le vrai).
  6. 6.       Nous adorons les MDW de nos amis et alliés et sauveurs-envahisseurs de toujours-trois-siècles qui sont en cet instant occupés à re-fourbir leur arsenal atomique notoirement insuffisant en face de celui de ce gamin de Kim-le-gros.
  7. 7.       À noter que cet étalage du progrès prend parfois des tours curieux : on dit que les populations de sahel et des pays troublés d’Afrique connaissent les joies du téléphone portable et que cela contribue à leur éveil politique, alors qu’elles n’ont pas d’eau et rien à manger. Est-ce vrai ?
  8. 8.       Belle lurette : cela devrait plaire à Macron qui adore remettre à l’usage des expressions fanées.
  9. 9.       Les hommes du néolithiques travaillaient dans des ateliers de taille et ils organisaient leur tâche selon des méthodes que Taylor a cru réinventer des dizaines de milliers d’années plus tard. Si vous ne le croyez pas, demandez-leur !
  10. 10.   Heureusement que les Chinois boivent du vin rouge et du Champagne, mais le danger est grand qu’ils les produisent un peu chez nous et puis beaucoup chez eux. Heureusement, il nous reste la Culture qui ne doit à aucun moment être confondue avec l’agriculture. Il n’est que de « tourner le bouton du poste » pour se convaincre que l’esprit de raffinement et la qualité du langage dont nous sommes si fier se perpétuent harmonieusement dans les productions quotidiennes de nos services publics de l’audiovisuel.

6 janvier 2018