Comme je le dis en conclusion, ce texte a été écrit après une conversation avec un ami. Cet ancien gendarme partageait mon étonnement de voir des agents de police, armés, être victime d’agressions violentes sans qu’ils aient fait usage de leur arme. On pourrait lire ce texte comme un reproche adressé aux policiers et policières, victimes de ces agressions. Ce n’en est pas l’intention. La surprise a sans doute joué un grand rôle dans ce qu’on pourrait prendre pour de la passivité. Mais il faut tout de même expliquer comment, surprise ou passivité, on peut en arriver là.

Personnes sensibles et Belles Âmes s’abstenir.

 

La médaille de quoi ?

 

Collomb (1) promet des réponses fermes, les trompettes du « plus-jamais » retentissent, Les Syndicats s’indignent, Macron reste sur la réserve, Obono est muette, Marine qui est sans voix émet des râles.

Et le Naïf s’étonne.

J’ai tort de m’étonner car dans le monde merveilleux qui est le nôtre les sujets d’étonnement sont nombreux et trop d’étonnement tue l’étonnement.

 Donc il est naturel qu’en quelques semaines le citoyen ordinaire doive trouver naturel d’assister –hélas, en différé- aux spectacles de policiers et policières frappés par des jeunes gens (2) au vu et sus de tous, sous les applaudissements et encouragements de spectateurs ravis de la représentation. Spectateurs ou auteurs et animateurs : l’important, c’est le « Partage ».

 Je ne récapitule pas la liste déjà longue des scènes ainsi offertes au public concerné : nous les avons tous en mémoire avec voitures brulées et intention manifeste de tuer.

 La routine.

 Réponse pénale nulle assortie de la litanie, dans l’ordre :

Justice débordée, pas de place dans les prisons, les prisons foyers de la radicalisation, tous mineurs, en somme des enfants qui s’amusent ; touche finale, des néo-victimes des crimes d’un 19ème siècle colonial.

 Y aurait-il réponse pénale que rien dans cette routine ne changerait : l’offre est trop importante ; le nombre des délinquants potentiels, pardon, des tueurs potentiels est trop grand ; l’ordre républicain ne peut plus être respecté. On verra à s’occuper de ça, plus tard ; quand l’inévitable Guerre Civile aura commencé.

Mais n’a-t-elle pas déjà commencée ?

Il suffit de se dire que cela est normal. C’est ainsi que la République Française garantit la sécurité par la garantie de l’impunité de l’agression.

Que voulez-vous, les temps changent et l’État qui s’occupe de bien des sujets qui nous concernent et le concernent fort peu, ne peut pas s’égarer à veiller au respect des fonctionnaires de la Police et de la Gendarmerie. Quand je dis respect, je veux dire respect de la vie des fonctionnaires de…

 Rechercher les causes de ce vide dans l’autorité nous conduirait à analyser les causes générales d’un déclin général dont la maltraitance des forces de Police et de Gendarmerie n’est qu’une manifestation.

 Alors pourquoi mon étonnement ?

 Dans toutes ces agressions criminelles on serait tenté d’oublier qu’il s’agit de personnes représentant la Force Publique et équipés d’une arme. Peut-être l’oublient-elles aussi ?

C’est peu probable. Quand vous êtes aux prises avec une bande de voyous qui en veulent à votre vie, il doit bien vous rester un zest d’instinct de survie qui vous fasse réaliser que vous êtes en état de légitime défense et que vous êtes armé.

 Je déplace mon étonnement et je reformule la question. Par quel mécanisme sommes-nous arrivés à « persuader » nos représentants, « notre » force de l’ordre que l’usage de moyens de défense est rigoureusement interdit, au point que ces personnes acceptent une forme de martyr en respect d’une règle dont on ne perçoit pas l’origine.

Comment est-on arrivé à les inhiber, à les aseptiser et en fait à les désarmer.

Car enfin il est de la responsabilité des forces de l’ordre de se faire respecter puisqu’on exige d’elles qu’elles fassent respecter un ordre d’ordre supérieur, celui de l’État.

Ce manque de responsabilité serait-il celui de l’État ou plus exactement celui de ses représentants, élus, fonctionnaires de haut-rang et autres dignitaires.

D’où vient cette démission collective et quelles formes prend-elle ?

 J’arrête les questions.

 En tout premier lieu le déni et le refus par l’État de reconnaître l’existence sur le territoire national de portions de ce territoire sur lesquelles les Lois de la République ne s’appliquent pas ; sur lesquelles d’autres modes de gouvernance se sont installés.

La principale est la gouvernance islamique qui intervient sur de nombreux quartiers des grandes villes et certaines zones rurales. Tout a été dit sur un sujet qui concerne quelques millions de nos cooccupants du pays. (3)

Une autre est le zadisme qui est une forme d’anarchisme nourri aux allocs, au chômedu et au RSA avec des points de fixation qui s’enkystent comme NDDL ou qui bourgeonnent à l’occasion des manifs des cégétistes et autres Insoumis.

Déni veut dire ne pas voir ou plutôt ne pas vouloir voir.

Refus dans le sens où l’on dit qu’un cheval refuse l’obstacle : on sautera plus tard !

 Les causes sont bien connues. Inutile de s’attarder à les évoquer à nouveau, mais la tentation est trop forte.

 Le progrès social passe avant tout, en France, par la réduction du temps de travail et la création d’une administration obèse pour la mise place des acquis. La compétitivité décroit et la dépense publique croit.

Il en résulte un processus de désindustrialisation, de recul des investissements et un chômage endémique.

Ce chômage diminue la capacité que pourrait avoir l’économie nationale à « intégrer » les immigrants en leur fournissant du travail. Les belles âmes rajoutent et facilitent le regroupement familial,  qui fonctionne comme une véritable pompe à migrants.

Ces immigrants se communautarisent. Ils sont majoritairement musulmans et l’islam leur offre une valeur refuge pour « loger » leur identité ; ces populations sont culturellement rétives à l’assimilation.*

Pour tenter de capter cet électorat, pour ne pas avoir à heurter les bons sentiments et pour circonscrire le problème l’État ne fait rien ou fait de l’électoralisme au prix de dépenses immenses qui sont inefficaces et contre-productives.

Il est facile de critiquer l’action publique du passé mais force est de reconnaitre qu’au-delà d’une certaine taille le problème ne se résoudra pas dans la joie et la bonne humeur et que maintenant plus personne ne sait quoi faire.

*Les allemands ont parfaitement intégré leur abondante population turque mais, pas plus que nous, ils ne l’assimilent. Comme nous, ils verront plus tard.

 Déni et refus du Législateur de reconnaitre l’aspect particulier de ce problème social et juridique. Il aura fallu l’entrée violente du terrorisme dans le jeu pour que l’appareil législatif s’adapte timidement à ce que le Président du moment appela la « Guerre contre… », qui est une guerre contre les ennemis de l’intérieur. Car enfin il nous faut comprendre que le djihadiste syrien qui fomente et recrute chez nous est un enfant de ces banlieues, de ces zones de non-droit et qu’il est, comme nous passé par l’école de la République.

La prise de conscience de la réalité de ces périls n’a en rien été favorisée par des Taubira et des Najat.

 Déni peut-être pas mais refus certainement des tenants de l’Autorité de la Force Publique d’assumer pleinement leur responsabilité en défendant leurs agents lorsque les circonstances les ont exposés à faire usage de la force ou plus simplement à remplir leur rôle.

Surtout, pas de vagues : cela déplairait aux « politiques » et l’opinion ne comprendrait pas. « Moyennant quoi »(4) une quasi moitié de la France vote FN à la présidentielle.

Le résultat est que les Forces de l’Ordre n’ont plus aucune confiance dans leur hiérarchie, dans la Mission qu’elles remplissent et dans l’État qu’elles servent.

Pourquoi garderaient-elles confiance dans la Nation ?

 Déni certainement pas mais refus des agents eux-mêmes, semble-t-il, de simplement se défendre. Des années de serinage administratif et psychologique ont sans doute été nécessaires pour faire accepter à tout un corps de policiers qu’éviter l’incident est plus important que leur propre survie.(5)

Car enfin quelle que soit la rapidité des agressions il est difficile de penser que le policier menacé et son équipier aient été totalement empêchés  dans tous les cas qui nous ont été présentés, de sortir leur arme et de s’en servir.

On finit par se demander s’il ne serait pas plus logique de ne pas leur faire porter d’arme.

 Exemplaire, M. Philippy.  Exemplaire la peine infligée à un assassin âgé (ce n’est plus le Jeune-issu-de…), peine qui, nous apprend-on sera aisément ménagée : pourquoi se priver si on peut tenter de tuer un flic et s’en tirer avec quelques mois de préventive.

Je cite, c’est trop beau !

Nicolas Fensch, l'homme qui a porté les coups... devrait pouvoir bénéficier d’un aménagement de peine. Ce quadragénaire, qui a reconnu les faits, a écopé de cinq ans de prison assortis pour moitié du sursis. Une peine couverte en partie par la détention provisoire, et potentiellement aménageable pour le reste. « Vous vous en êtes violemment pris à un policier qui tentait de sortir de son véhicule en flamme et donc à la mort », a déclaré le président, saluant le « courage » de Kévin Philippy qui « a préféré ne pas sortir son arme et donc vous blesser ». Video, Caroline Politi  11 nov 1917

La scène a été filmée par un participant à cette insurrection urbaine (il s’agit d’un zadisme ordinaire) et nous l’avons tous vu.

Dans le cas de Philippy, aucun soupçon de peur dans l’évènement ; il fait preuve d’un sang-froid admirable. Pas de peur si ce n’est, nécessairement, la peur des conséquences qu’entrainerait le simple fait de se défendre. (6)

Dans les autres exemples on ne sait pas ; les documents existent car il y a toujours un bon samaritain pour immortaliser la scène et faire le buzz mais ils n’ont pas la clarté et l’évidence du refus de Philippy d’agir comme le simple bon sens le lui conseillerait.

 Alors peur instillée chez les policiers ?

Peur de leur hiérarchie : un comble !

Peur de l’agresseur : mieux vaut se mettre en boule et attendre que ça passe.

Peur de leur responsabilité : prendre le risque de blesser un agresseur (encore enfant) ou de tuer.

Et finalement peur de leur fonction, de leur mission.

 Récemment j’évoquais ces drames avec un ami, ancien gendarme. Il me disait que tous ces policiers allaient être décorés et nous nous interrogions sur la signification de cette médaille.

C’est « La médaille de la Peur » me dit-il. Non, lui ai-je répondu, c’est plus grave.

Nous parlons de « La Médaille de la Soumission ».

 

  1. 1.       Collomb est père d’un flic et mari d’une magistrate. Son cœur balance.
  2. 2.        Issus de… ?  Zadeurs parfois.
  3. 3.       Ne pas confondre avec concitoyen.
  4. 4.       Curieux ce « moyennant quoi » : expression sans étymologie couramment utilisée et qu’on hésite cependant à écrire.
  5. 5.       On a surtout évoqué la Police. La Gendarmerie est-elle moins exposée ou est-elle moins intoxiquée ?
  6. 6.       Je ne sais si c’est la pudeur ou la honte qui m’interdit de prononcer le nom de Bernanos, l’étudiant en sociologie qui s’en tire également les couilles propres. La génétique n’est pas une science exacte.

 

11 janvier 2018