L’homme, comme les autres organismes vivants est une merveilleuse et mystérieuse machine biologique. L’origine, l’évolution et le devenir de cette machine échappe à peu près complétement à l’entendement de cette insaisissable partie de lui-même qu’il appelle sa conscience. Cela est vrai des autres animaux.

Les êtres vivants (animés) subissent le milieu dans lequel ils se trouvent et agissent en retour sur lui : ils y trouvent l’énergie nécessaire à leur croissance et à leur fonctionnement.

Cette consommation de l’animal dans son environnement ne doit pas épuiser les ressources de celui-ci.

Il faut donc qu’il y ait un mouvement relatif du vivant et du milieu.

Le corail vit dans une eau en constant renouvellement et la lionne court à la poursuite de l’antilope.

Les êtres vivants statiques acquièrent leur nourriture en prélevant des éléments dans  le sol où ils sont plantés, en filtrant l’eau qui les baigne, en absorbant les rayons du soleil et en récupérant le gaz carbonique de l’atmosphère.

Les êtres vivants mobiles vont brouter des végétaux ou projettent leur corps sur les proies qu’ils veulent saisir et manger.

Il convient de s’arrêter sur le mot : projeter. Il s’applique d’abord au chasseur qui bondit sur le gibier mais aussi à l’herbivore qui étend son cou vers le sommet de l’acacia.

Bien des êtres vivants connaissent cette jouissance du mouvement et possèdent cette capacité à explorer le monde pour y trouver leur pitance. Les arbres migrent, lentement, il est vrai. Les herbivores recherchent les prairies d’herbe abondante ; les rapaces et les carnassiers les suivent et les prélèvent.

L’homme accomplit ces actes et en vérité bien d’autres. Il court inlassablement, il gratte le sol à toute profondeur, il atteint la cime de l’arbre là où la girafe n’atteint pas et déniche sa nourriture en des lieux inaccessibles…avant qu’il ne les atteigne.

L’homme dans cette quête se dote de moyens supplémentaires : outils, instruments, procédés de toute nature.

La lecture qu’il fait de son environnement le conduit à en utiliser des éléments bruts ou fabriqués pour mener à bien sa recherche et sa chasse : il jette (projette) la pierre, la sagaie, la flèche.

Il s’en est saisi avec sa main (quelle merveille !) et propulse le projectile avec son bras (quelle merveille !).

La connaissance qu’il a de lui-même le conduit de la même façon à utiliser un autre  élément de son corps.

Il produit et projette des sons. Il les organise en langage et projette ses désirs vers les autres hommes. Les processus de socialisation et de « conversation » sont indissociables.

Il le fait avec un tel talent qu’il parvient, muni de cet artefact qu’il génère et projette hors de lui-même, à organiser les groupes d’hommes qui prennent possession de la planète. Qu’il le fasse bien ou mal n’est pas l’argument : il est indéniable qu’il y parvient au prix de la disparition des autres formes de vie (sauf microbiennes) et de l’épuisement des ressources de la terre. Il le fait avec un tel succès qu’il occupe désormais toute la planète et continue de croître et de se multiplier.

Comme d’autres artefacts, le langage est transmissible. Il n’est en réalité « que » transmissible. Si l’enfant n’apprend pas la langue « maternelle » dans les toutes premières années de sa vie, il aura ensuite à l’acquérir au prix des mêmes difficultés que nous connaissons quand nous apprenons une nouvelle langue. Ou plus difficilement encore, car notre cerveau a déjà compris ce que signifie parler. Curieux outil dont on nous fait cadeau au berceau et qui représente des millénaires de construction intellectuelle et sociale, des millénaires de culture.

Mesure t on bien le handicap des personnes qui n’ont pas la chance de bien recevoir ce cadeau ; et même le handicap de ceux qui n’en comprennent pas la nature et la valeur ?

 

Dans la cadre de ces réflexions : voir «  Le Mot »

Une piqure de rappel : Artefact

1 Structure ou phénomène d'origine artificielle ou accidentelle qui altère une expérience ou un examen portant sur un phénomène naturel.

2 Altération du résultat d'un examen due au procédé technique utilisé.

3 En anthropologie, produit ayant subi une transformation, même minime, par l'homme, et qui se distingue ainsi d'un autre provoqué par un phénomène naturel.

06 février 2018