Établissons d’abord deux  vérités qui orienteront la suite du propos.

A.

Le parc nucléaire national opérationnel est d’une puissance installée de 63 GW. Dans des conditions normales d’exploitation le coefficient de production devrait ne pas descendre en dessous de 80% en garantissant une production de 63 x 8760 x 0.8 = 440 TWh.

Si le coefficient de production passe de 80 % à 90 %, la production nationale atteint le niveau de 500 TWh.

Le parc hydroélectrique est d’une puissance installée de 25 GW. Il est difficile de définir un facteur de charge pour les centrales hydrauliques. Retenons que, bon an mal an, la production est de 60 à 65 TWh.

La production de ces deux filières est donc au moins de 500 TWh.

La consommation nationale varie de 475 à 480 TWh.

La France n’a aucun besoin d’énergie électrique supplémentaire.

B.

Cette énergie électrique est la plus décarbonnée qu’il soit possible de produire.

Alors :

Les pointes de consommation seront pour la majeure partie satisfaites par l’hydraulique. Il existe lorsque c’est nécessaire deux sources supplémentaires : la production des 10 GW de centrales à gaz toujours installées et les échanges sur le réseau européen, lesquelles « bon an mal an » s’équilibrent. De surcroit la plupart des réacteurs nucléaires français en exploitation sont en mesure d’ajuster sensiblement leur puissance à la hausse ou à la baisse en 30 minutes.

 Conditions nécessaires et suffisantes :

L’État définit une politique énergétique reposant sur des réalités scientifiques, techniques et économiques avérées et réalistes.

L’Autorité de Sécurité Nucléaire émet en temps voulu des avis rigoureux et réalistes.

EDF gère son personnel du mieux qu’elle le peut et ne connait pas de problèmes qui nuiraient à la performance des centrales.

 Question (formule 1) : quel est le besoin pour la France de mettre en place des capacités faibles et excédentaires d’électricité d’origine éolienne et solaire ?

Question (formule 2) : pourquoi adopter des solutions de production qui concernent des pays qui n’ont pas investi dans un parc nucléaire et qui ne dispose pas d’un réseau électrique performant ?

Question (formule 3) : pourquoi l’État qui est propriétaire de son principal producteur d’électricité ne définit-il pas une politique cohérente de l’énergie électrique en laissant EDF faire son métier sous la houlette de l’ASN et d’un éventuel organisme de sécurité des grands (et petits) barrages.

 

Ce préambule simplificateur, que des spécialistes trouveront simpliste, pour dire que toutes les fables qui sont racontées au bon peuple sur le déploiement des énergies renouvelables ne reposent sur rien.

Elles ne reposent que sur des considérations liées à la politique intérieure, politique des partis et plus précisément à l’intrusion dans la vie publique d’amibes politiques : les partis écologiques.

Avant que le vocable ne soit largement utilisé étaient nés ainsi des partis populistes, contestataires et querelleurs, en déni de la globalisation et utilisant toutes les peurs ou toutes les frustrations de la foule pour faire valoir des refus conduisant à l’asphyxie économique, au refus du travail en commun, sauf autour du troupeau de chèvres et de son inévitable conséquence : le petit fromage vendu au marché du bourg ; mais à la condition de percevoir le RSA, les ATP et quoi encore. Et peut-être aussi au refus du travail tout court.

Partis d’Insoumis avant la lettre, toujours prêts à s’associer à l’ultra gauche nihiliste pour former les cohortes disparates des zadistes.

En résulte un étrange discours baroque dans lequel se mêlent les fleurs rares des alpages, les grenouilles des marais, le développement durable (à la mode chiraquienne, ancêtre de nos transitions écologiques), le refus de tel aérodrome, de telle section d’autoroute ou d’un lac collinaire dans une vallée égarée d’une campagne moribonde ; et notre ami de toujours le Gros Méchant Loup dont la présence est devenue une absolue nécessité. Quel dommage qu’on ne puisse réintroduire le mammouth laineux !

Mais le fonds de commerce, la plateforme, la fondation de ce discours reste la haine du nucléaire qui est dans le discours de la décroissance le fil conducteur permanent.

C’est le sujet le plus grave car il devient impossible pour un gouvernement qui pactise avec ces parodies de partis de définir une politique énergétique cohérente.

Ces vérités étant dites, limites évidentes de la naïveté, posons d’autres lignes guides visant à préciser l’orientation du propos.

Formulons encore quelques questions auxquelles nous essaierons d’apporter des réponses de bon sens, c’est-à-dire des réponses naïves.

A.

Quelles sont les réserves en uranium ? Elles sont importantes à l’échelle du globe et il faut souhaiter que l’État (qui s’occupe de tout) ait fait en sorte qu’une certaine garantie soit obtenue sur l’approvisionnement à long terme de la filière. Il serait dommage que la France ait investi entre 200 et 300 milliards d’euros dans une filière énergétique qui satisfait l’essentiel de nos besoins sans en garantir les approvisionnements. Naïf ou pas, on ne connait pas la réponse à cette question mais on sait que la ressource est abondante ; au moins jusqu’au moment où la Chine absorbera l’essentiel de la production.

B.

Pourquoi faudrait-il ou faut-il arrêter une centrale nucléaire ?

Une centrale nucléaire à eau pressurisée est d’abord une gamelle d’acier dans laquelle des matériaux radioactifs dégagent de la chaleur. Cette chaleur est transférée par un échangeur à une source de vapeur d’eau. Cette vapeur d’eau actionne des turbines qui génèrent de l’électricité.

La dernière partie de cette installation n’est rien d’autre qu’une unité de production électrique semblable à celles dans lesquelles la chaleur résulte d’une combustion quelconque.

Il en va différemment du récipient principal (la gamelle) et de l’échangeur de chaleur qui contiennent ou sont au contact du combustible radioactif. Aucune fuite n’est admissible et l’intégrité mécanique, ainsi que la stabilité de comportement doivent être en tout temps garantis.

Ces organes sont dans une enceinte en béton destinée à les isoler totalement des agressions extérieures.

Principe Réacteur Eau Préssurisée

 

Avec la cuve, il faut faire preuve d’un certain manichéisme : elle est étanche et le restera ou… elle ne l’est pas. Si elle ne l’est pas il faut la refaire. Si elle est étanche, il faut qu’elle le reste.

Ce n’est pas de la sorcellerie mais de la métallurgie. Métallurgie dans le temps car il s’agit de vérifier que les qualités mécaniques de l’acier sont pérennes et qu’aucun risque de fissuration ou de fragilité n’est envisageable. Il faut garantir que l’enceinte échappe à l’usure et au vieillissement et se donner les moyens de vérifier que cette robustesse est assurée en tout temps.

La cuve est un bidon d’acier d’un diamètre de 4 à 5 m, haut de 10 à 12 m aux parois épaisses de 20 à 25 cm et pesant entre 400 et 500 t. Il règne dans une telle enceinte une pression de 160 bars et une température de 350 °C. De plus cette enceinte est visitable ; elle a ses portes, ses fenêtres et tous les tuyaux, petits et gros qui permettent la circulation des fluides caloriporteurs.

La chose est délicate à fabriquer et demande que le chaudronnier ait une grande maitrise de toutes les facettes du métier de métallurgiste : qualité et homogénéité de l’acier, qualité de la fonderie, qualité de soudage ou absence de soudure, expertise de contrôle et plus encore ! Travail d’orfèvrerie à la dimension de plusieurs centaines de tonnes.

 Dans l’enceinte en béton sont placés également les échangeurs de chaleur qui fourniront la vapeur aux turbines. Ces organes sont soumis à des opérations de maintenance qui imposent des manutentions de très grosses pièces dans le cadre réduit et peu accessible de l’enceinte de confinement.   Un sas permet de rentrer et de sortir les pièces de grandes dimensions, en premier lieu les générateurs de vapeur.

À la différence de la cuve dont le remplacement est difficilement envisageable, ces éléments peuvent et doivent être entretenus  ou remplacés dans le cadre des programmes de maintenance.

Reformulons la question initiale sous une forme imagée :

Si la cuve est bonne et tant qu’elle est bonne, pourquoi faudrait-il arrêter une centrale nucléaire ?

 

C.

Une question subsidiaire de moindre importance : si l’on est conduit à arrêter une centrale, pourquoi faut-il la démanteler ?

Quand elle est en marche les radiations à l’extérieur des enceintes sont de l’ordre du micro sievert.

L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire a pris des mesures de la radioactivité partout en France et notamment autour des centrales. Sa conclusion est qu’en France la pollution radioactive liée à la production d’énergie nucléaire est « faible » (c’est-à-dire généralement inférieure à la radioactivité naturelle émise par le soleil par exemple). Concrètement, cela veut dire qu’en situation normale, les taux de pollution radioactive autour d’une centrale nucléaire sont négligeables.   Source E-RSE  mars 2017

Si une centrale en fonctionnement n’émet pas de radioactivité lorsqu’elle fonctionne, il est tentant de conclure qu’elle en émettra encore moins si on interrompt le fonctionnement après avoir ôter le combustible et dépolluer l’eau du circuit primaire. Dans ces conditions que reste-t-il à « démanteler », si ce n’est de récupérer ce qui peut être réutilisable « ailleurs », en particulier dans des centrales de même modèle.

Ne s’agit-il que de récupérer un foncier qui s’exprime en dizaines d’hectares ? Sur quoi est fondé le principe importé d’outre-Atlantique du retour à la pelouse : back to the turf.

Ne peut-on tolérer une friche industrielle de dimensions modestes et moins polluantes que des friches industrielles anciennes qui émettent du radon depuis des générations et sur lesquelles on fait du ski ? Nos chers terrils ! Faut-il envisager de les remettre là d’où ils viennent en remplissant à nouveau les galeries dont on les extraits ? Back to the turf.

S’agit-il de fournir de nouvelles activités à nos entreprises de génie civil alors qu’on les prive d’autoroute et que l’on construit les nouvelles centrales à une vitesse de fourmi ou plutôt de cigale.

Question de moindre importance ? Cela dépend du point de vue. Les budgets prévisionnels sont compris entre 15 et 20 milliards d’euros. On peut donc légitimement se poser la question de savoir s’il est urgent de « démanteler » des machines qui ne servent plus alors que dans le même temps il faudra financer les machines qui les remplaceront. 

 

°°°°°°°°°°°°°°°

 

Il n’en reste pas              moins que les performances du parc nucléaire doivent être améliorées. Améliorer signifie obtenir de l’outil existant les performances qu’il peut et doit « naturellement » atteindre.

Rappel : Si le coefficient de production passe de 80 % à 90 %, la production nationale nucléaire atteint le niveau de 500 TWh et couvre seule les besoins français.

Ce n’est pas le cas pour deux familles de raisons, certaines de caractère technique et d’autres concernant le fonctionnement et la gestion de l’opérateur lui-même.

 A.

L’accident de Fukushima a conduit la communauté des opérateurs nucléaires à conduire des enquêtes et une réflexion sur la sécurité des parcs de centrales nucléaires, puis à formuler des recommandations pour remédier à des défauts existants ou pour mettre en œuvre des sécurités supplémentaires. Ces recommandations sont de véritables directives et conduisent un renforcement des normes de sécurité des installations et à ce a qu’on appelle pour EDF le Grand Carénage.

Cette surenchère sur la sûreté des installations nucléaires est au regard des catastrophes possibles pose la question troublante de savoir jusqu’où aller dans le sens « bretelle et ceinture ». Le naïf se dit : je suis propriétaire (via EDF, Société Anonyme dont l’État est actionnaire à 92%) d’un parc nucléaire qui depuis tantôt 50 ans me donne satisfaction. La rumeur, les médias, les passagers clandestins de la vie politique me disent que je suis en danger et qu’il faut accroitre la sécurité de l’outil. Soit, je n’ai pas envie que Tricastin se Fukushimaïse ; mais jusqu’où ? Une boite en béton, puis deux et pourquoi pas trois. Un échangeur de chaleur, puis deux puis quatre  et pourquoi pas cinq. Un séisme de de force S, puis deux S et pourquoi pas 10 S : faut-il une nouvelle échelle de Richter ?

Une des conséquences de cette escalade à la sécurité est la complexité accrue des systèmes et leur robotisation croissante. On connait ce phénomène qui conduit à ce que l’opérateur de la machine en devienne l’agent, simple observateur sidéré d’un système qu’il ne pilote plus.  Voir encadré infra. Syndrome de l’A320.

Et le coût.

Accepter la direction de l’ASN revient à endosser une responsabilité gigantesque. Nul ne doute que M. Lacoste puis M. Chevet n’aient les qualités scientifiques, techniques et morales pour remplir cette mission de garant de « notre » sécurité ; mais peuvent-ils se comporter autrement qu’en se bordant de tous les côtés transférant ainsi des parts de cette responsabilité aux agents en charge de la production.

Inversement ceux-ci, directeurs de centrales ou responsables d’entretien, soumis à ces contraintes qu’ils jugent excessives et non urgentes ne sont-ils pas tentés de s’en affranchir et d’assouplir une réglementation devenue une prison de procédures.

L’arrêt de Tricastin dans l’été 2017 est révélateur de ce type de conflit : intransigeance de l’ASN, défaut de réalisme dans l’estimation du séisme possible, défaut de prise en compte des réalités opérationnelles d’EDF versus procrastination de l’opérateur à effectuer des travaux qu’il ne juge pas urgents.  Ou tout simplement problème de personnes ?

 

B

Les critiques formulées par l’ASN mettent également en évidence les difficultés internes que rencontre EDF en matière  de gestion de personnel. La nouvelle Société Anonyme est une vieille dame. Depuis 1946 EDF a été, comme sa cousine SNCF au cœur du développement économique national du pays. On lui doit tout : la houille blanche, le réseau, la maîtrise du nucléaire. Mais sa taille et l’importance de son rôle ne l’ont pas protégée du vieillissement.

Comme toute entreprise publique elle fut et elle reste ce qu’on peut appeler un laboratoire du progrès social. Son comité d’entreprise est (était) une véritable mafia mais la paix sociale est garantie : imagine-t-on le pays sans électricité ?

Comme chez les pétroliers le chiffre d’affaire est immense et la facilité règne.

Comme pour toutes les émanations de l’État la connivence politique n’est jamais loin, connivence et nécessaire soumission.

Choisissons deux exemples  pour illustrer ces faiblesses.

 

Dès 2003, Christian Bataille, rapporteur de l’étude sur la durée de vie des centrales nucléaires et les nouveaux types de réacteurs auprès de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques soulignait (une) forte variabilité (du coefficient d’utilisation) : le coefficient d’utilisation avait varié de 78 % à 92 % entre 1978 et 2000, et s’interrogeait si « il ne conviendrait pas, à la fois pour maximiser la durée de vie des réacteurs et pour augmenter la performance économique globale du parc, qu’EDF s’attache à développer la motivation de ses équipes en restaurant l’impératif économique et en fixant des objectifs de production à court et à long terme. Ces objectifs pourraient être l’augmentation de la disponibilité du réacteur et la diminution de la durée des arrêts de tranche ».  (Wiki : Centrales nucléaires en France)…   

On peut sourire des euphémismes du rapporteur qui signifient traduits en français : il serait important que le confort des agents d’EDF ne soit pas une entrave à la production d’électricité.

C’est un des aspects du problème qui traduirait les abus du syndicalisme.

 

Citons maintenant l’incident-accident survenu en mars 2016 lors du remplacement d’un générateur de vapeur à la centrale de Paluel. Cet épisode n’a eu que peu de retentissement et n’a pas provoqué d’émoi médiatique. Il s’agit pourtant d’un évènement d’une gravité exceptionnelle, révélateur de très graves dysfonctionnements chez EDF.

Cette discrétion explique que nous nous attardions plus longuement sur ce qui pourrait n’apparaitre que comme un détail.

En mars 2016 lors d’une opération de maintenance un générateur de vapeur s’effondre dans l’enceinte d’une unité de la centrale de Paluel. Sa gravité est liée à son côté banal, reflet d’un laxisme « ordinaire » à ceci près que la scène se passe dans l’enceinte d’une unité et que l’accident aurait pu fissurer la piscine du réacteur. Ce générateur de vapeur est un cylindre de 22 m de long, d’un diamètre d’environ 6 m et pesant 450 t. 

Même L’ASN ne semble pas avoir attaché une importance particulière à l’accident car il se produisit, comme il vient d’être dit, lors d’une opération de maintenance, réacteur arrêté et ouvert.  Cependant :

La poursuite en 2016 de l’arrêt pour visite décennale du réacteur 2 a été marquée par la chute, le 31 mars 2016, d’un générateur de vapeur usé lors de sa manutention dans le bâtiment réacteur dans le cadre du remplacement des quatre générateurs de vapeur engagé sur ce réacteur. Au cours de la première opération de ce type menée sur les centrales du palier 1 300 MWe, et lors de la manutention du troisième générateur de vapeur usé, une défaillance est survenue au niveau du dispositif de levage constitué d’élingues reliées à un palonnier, lui-même relié à un engin fixé sur le pont polaire du bâtiment du réacteur. L’ASN a contrôlé les dispositions prises par EDF en vue, dans un premier temps, de sécuriser le générateur de vapeur tombé au sol et celles envisagées pour l’évacuer ensuite par des moyens spécifiques. L’ASN examinera les comptes rendus des expertises demandées à EDF pour tirer le retour d’expérience de cet événement et s’assurer de l’état correct des matériels du réacteur. Concernant l’exploitation, la réalisation des essais périodiques et la conduite des réacteurs, l’ASN considère que le site doit améliorer ses performances dans certains domaines. L’ASN note en particulier que la rigueur dans la réalisation des opérations relatives à la préparation et au contrôle a posteriori des activités d’exploitation et de maintenance reste insuffisamment mise en œuvre par les intervenants, notamment pour les manœuvres d’exploitation des réacteurs. L’ASN relève par ailleurs une augmentation de la part d’événements significatifs, dont plusieurs sont liés à l’utilisation d’une documentation opérationnelle partielle voire inadaptée. Au cours de l’année 2016, l’ASN a contrôlé la visite décennale du réacteur 1 qui a vu la réalisation d’importantes opérations de maintenance et de modifications de systèmes visant notamment à améliorer la sûreté du réacteur.   ASN  Paluel  2016

Euphémisme encore : qualifier de défaillance une longue série de lacunes dans la conduite d’une opération délicate et la totale déresponsabilisation de la direction de la centrale. Il s’est progressivement glissé dans l’idée de l’agent du service public que !a sous-traitance transfère « totalement » la responsabilité de l’opération à un tiers et qu’il n’aura plus à «s’en mêler ».

Effectivement : « le site doit améliorer ses performances… ».

Citons Nolwenn Weiler dans l’Observatoire de multinationales du 4 décembre 2017

Comment un tel accident, qui laisse de vieux baroudeurs du nucléaire encore incrédules, a-t-il pu se produire ? « Les préconisations essentielles du levage n’ont tout simplement pas été respectées », résume un salarié. Tel qu’il a été conçu, le système d’accroche du palonnier ne pouvait pas résister aux forces exercées. Difficile d’imaginer comment une erreur aussi élémentaire a pu passer à travers les différents niveaux de contrôle. Le rapport des experts du cabinet Aptéis, mandatés par le Comité d’Hygiène et de Sécurité lève le voile sur cette question : le recours à la sous-traitance serait directement responsable du fait qu’un équipement défectueux ait pu être conçu, puis utilisé sans que les diverses alertes émises avant l’accident ne soient prises en compte.

Pilotées par la Division de l’Ingénierie du Parc, de la Déconstruction et de l’Environnement d’EDF, les opérations de changement des générateurs de vapeur usagés sont entièrement réalisées par des prestataires extérieurs. Ceux-ci sont réunis et se coordonnent au sein d’un groupement d’entreprises. Celui qui opérait à Paluel était emmené par Areva Nuclear Power, avec Eiffage Construction Métallique (BTP), Kaefer Wanner (isolation industrielle) et Orys (sous-traitance). Les employés de Bouygues présents intervenaient comme sous-traitant d’Areva.

Ces quatre entreprises ont elles-mêmes fait appel à environ 70 sous-traitants. Ajoutés aux entités EDF mobilisées, cela a rendu très complexe la circulation d’informations. Cette profusion d’acteurs, dont les rôles étaient parfois mal compris par les autres, aurait ainsi créé un climat de confusion, tout en diluant les responsabilités. « C’est tellement compliqué, que l’on ne sait plus qui fait quoi », illustre ainsi un salarié.

Comment peut-on se passer efficacement des informations dans ces conditions ? D’autant que tout le monde est prié d’aller vite pour respecter les délais irréalistes qui sont imposés. « Dans le nucléaire, pour calculer la durée des chantiers, la direction dit : sans aléas, on peut le faire en tant de jours, explique un agent EDF. Et c’est ce temps-là qui est retenu, et que tout le monde s’efforce de respecter. Le problème, c’est que ces délais sont complètement en dehors de la réalité. Il y a toujours des aléas, surtout pour un chantier comme celui du remplacement du GV de Paluel qui constitue une tête de série. »Jamais, auparavant, un générateur d’un réacteur aussi puissant (1300 MW) n’avait été remplacé par EDF. Pourtant le caractère inédit du chantier n’a, à aucun moment, été pris en compte. « Ces délais, reprend un salarié de Paluel, poussent les gens à faire des conneries, c’est évident. En plus, si on ne les respecte pas, on est montré du doigt comme celui qui a retardé le chantier. »

La journaliste ajoute :

« Pour nous, tranche un agent de l’ancienne génération, il est impossible de contrôler correctement quelque chose que l’on n’est pas capable de réaliser soi-même. Ce principe nous oppose à la direction depuis très longtemps. Si les personnes qui ont surveillé le chantier du GV à Paluel avaient eu des compétences en levage, elles auraient aussitôt signalé qu’il y avait un problème susceptible d’avoir de graves conséquences. » Car surveiller ne signifie pas se contenter de valider « le respect de procédures normées »« sans avoir à comprendre ou à entrer dans la réalité des activités réalisées », rappellent les experts de l’Aptéis.

C’est un autre aspect du problème qui traduirait l’éloignement du personnel de direction des réalités de la machine et de son fonctionnement et le fait que cette direction « s’éloigne » de ses propres responsabilités.

La recherche de l’économie passe par la meilleure organisation possible et certainement pas par une grande désorganisation comme celle qui a été mise en évidence dans l’épisode Paluel.

 

C.

L’énergie nucléaire produit des déchets. Un des premiers objectifs est d’apprendre à les réutiliser.

Il en restera toujours des volumes qui ne seront pas réutilisables. On ne peut que les enfouir.

Depuis 40 ans l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs gère ces stocks de matières dangereuses.

Cette gestion passe par l’enfouissement de certains volumes dans des réservoirs souterrains profonds et étanches. La durée de vie de ces stockages s’inscrit dans le temps géologique.

Sauf à empaqueter les déchets et à les immerger dans la fosse des Mariannes, il n’existe en réalité aucune autre solution.

Pour un observateur qui ouvre les dossiers se dégage le sentiment que l’Andra a pris toutes les précautions possibles pour assurer la sécurité et la pérennité du site d’enfouissement choisi.

Il existe peu de base pour argumenter sur ce sujet : après 50 années de production les déchets existent et quoiqu’on en pense ou dise, le parc nucléaire produira de l’électricité pendant au moins un autre demi-siècle.

En mettant en ligne la première unité nucléaire on a creusé les premiers m3 du site de stockage !

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°

Revenons sur l’essentiel.

Le parc nucléaire est avec la houille blanche et l’interconnexion européenne, suffisant pour garantir la production d’énergie électrique française.

Cela sera d’autant plus vrai que l’EDF sera gérée de meilleure manière en prenant appui sur la connaissance acquise du métier et sur une vision réaliste de la gestion des machines. Une formation professionnelle spécifique rigoureuse est la première réponse à cet impératif.

Jusqu’à la mise en place d’une nouvelle lignée de centrales opérant selon de nouveaux procédés (Thorium, sels fondus..) aucune raison ne peut être mise en avant pour justifier qu’on arrête la production d’une unité dont la cuve est intègre.

Il n’y a rien à « démanteler » dans une centrale vidée de son combustible et du fluide caloriporteur : la murer soigneusement suffit largement.

 

Quelques remarques complémentaires.

 

1. Il est stérile et coûteux de demander à un producteur d’utiliser des procédés qui font perdre du temps et de l’argent au motif qu’ils sont « à la mode » dans une classe politique de faible (!) culture industrielle. Faible ou nulle.

Qu’EDF maîtrise l’éolien et le solaire pour exporter ces procédés dans les pays sans énergie de fond et sans réseau est peut-être déjà une perte de temps mais il est du privilège de l’État de vendre ou d’offrir de l’électricité à qui bon lui semble. Les producteurs coréens de poste de télévision partagent sûrement ce point de vue.

Cela ne signifie nullement que la recherche scientifique et les développements techniques et technologiques nécessaires à la maîtrise des EnR solaires et éoliennes soient négligés. Mais on ne peut que déplorer que les actions menées par l’État dans ces domaines ne résultent qu’en achat de panneaux solaires fabriqués en Chine, qui fournissent des quantités faibles d’une électricité coûteuse qui embarrasse le producteur-distributeur. On a donc mis en place une pompe à phynance qui crée de la dette et qui grève la balance des paiements. Cette diatribe concerne aussi l’éolien : il suffit de remplacer Chine par Allemagne.

 

1. Notre époque vit un dilemme cruel et peut-être insoluble.

Nos machine deviennent de plus en plus puissantes et complexes à la fois. Quand elles sont petites nous savons les maîtriser physiquement : lorsque mon PC m’ennuie je peux le fermer et s’il insiste, il ira direct au recyclage. Il n’est pas certain cependant que je maîtrise l’usage que mon PC fait de moi, mais dit le poète, ceci est une autre histoire.

Quand les machines sont  très grosses et très puissantes comme sont les centrales nucléaires ou les très gros aéroplanes il est plus difficile de s’accommoder de leurs humeurs.  Elles ont acquis une forme de vie propre car tout a été fait pour les rendre autonomes et indifférentes aux erreurs humaines.

Quand la machine déconne, ce qui reste son privilège car elle est le reflet de l’imperfection de son créateur, l’homme est sidéré devant sa création d’apprenti-sorcier. Le Naïf appelle ce phénomène « le Syndrome de l’A320 ».

Le syndrome de l’A320

La machine à sa naissance ou encore adolescente imparfaite est opérée par un pilote dont les performances sont parfois risquées mais qui fait corps avec l’engin. Des accidents se produisent qui sont des conséquences des imperfections de ce couple : la machine se casse ou le pilote commet des sottises.

Le nombre de machines augmente et les pilotes et machines sont parfois défaillants. Il faut augmenter la sécurité du fonctionnement de la machine en améliorant sa robustesse et en lui conférant de l’ « intelligence ».

Cela autorise à ce que le pilote nouveau soit moins spécialisé que le pilote de la machine initiale. On passe ainsi progressivement d’un pilote à un opérateur puis, en améliorant encore les performances et l’intelligence de la machine d’un opérateur à un surveillant.

La complexité de l’opération, la crainte de l’erreur, conduisent à la mise en place de procédures.

La procédure réduit l’initiative et l’expertise de l’agent qui voit sa qualité moins appréciée, son rôle diminué et dévalorisé en même temps que sa responsabilité est déplacée.

La machine résiste : elle invente des situations (pannes nouvelles sur circuits secondaires, sur signalisation…) que la procédure n’a pas prévues (infinité de cas possibles). Le pilote de jadis, ami intime de la machine, a été écarté. Reste le surveillant qui suit la procédure mais ne connait pas intimement la machine, ne se l’est pas appropriée.

L’avion chute et le réacteur fond: ce sont les accidents de la machine livrée à elle-même en présence de son opérateur- surveillant sidéré.

Dilemme : le retour en arrière n’a pas sens que dans l’optique de la décroissance et la fuite en avant, la « robotisation » aggrave le problème. La seule réponse possible est que la formation des opérateurs arrive à associer ces deux tendances contraires : L’opérateur doit être confident et ami de sa machine, familier de son fonctionnement intime, tout en maîtrisant les suppléments d’intelligence que le concepteur a introduits et qui peuvent eux-mêmes être à l’origine du désordre.

Combien de sondes Pitot à Flamanville ?

 

3. Pour ne pas indisposer un lecteur éventuel,  mention n’a pas été faite dans cette brève mise au point d’Areva, des exploits de la Sherpani croqueuse d’Uramin et gérante attentive de sa fonderie du Creusot.

La sherpani ne sévit plus dans le nucléaire mais elle dispense sa sagesse dans une demi-douzaine de conseils d’administration et une autre demi-douzaine d’organismes de conseil : souhaitons que personne n’oublie de la rémunérer.

Qu’elle rejoigne Nicolas Hulot au rang des grands oubliés de l’histoire du nucléaire français est le vœu que formule le Naïf.

Un lecteur averti ne manquera pas de faire remarquer que ces simplifications sont excessives et que les choses sont beaucoup plus compliquées dans « la vraie vie » et que et que…

Le Naïf lui répondra que définir une politique est précisément parvenir à dégager l’essentiel de l’accessoire.

Le Naïf conseille la lecture de l’article de Mlle Weiler : il sera l’objet d’un article prochain : L’électricité en France, 3ème partie.

La vraie conclusion, après ces attendus partisans, sera obtenue après lecture des papiers de la cour des comptes et par les commentaires de l’inestimable Didier Migaud qui s’est longuement exprimé sur ces sujets.

D’abord en 2012.  II définit la nécessité de prendre des décisions sur un choix fondamental : prolonger la vie des centrales existantes ET-OU construire de nouvelles centrales rapidement pour remplacer les centrales promises à la fermeture. C’était peu de temps après la monstruosité de la Loi de Transition Énergétique.

Donc tout naturellement il revient en 2106 sur le sujet en actant l’existence du chancre législatif et la question se résume à l’évaluation du coût de maintenance du parc existant (amputé ou pas) et à la nécessité de former les personnels en conséquence de besoins accrus.

Tout contribuable qui touche un interrupteur électrique et qui paie ses impôts doit lire ces textes.

Conclusion : en réalité, au-delà de la retenue tout diplomatique de Didier Migaud la seule conclusion qu’on puisse tirer est que nous n’avons pas de gouvernement. Et que Mme Royal peut casser à sa guise EDF sans même s’en apercevoir. 

Ref article suivant : L’électricité en France, 2ème partie.

 

20 mars 2018