Suis-je cinglé ou sont-ils fous ?

Sur un ton de plus en plus personnel.

 

C’est ainsi que je terminai la quatrième partie de ces commentaires sur le sujet des programmes d’EDF.

Le préambule habituel :

Les vues exposées dans la première et la quatrième partie de ce texte sont péremptoires et les vérités y sont assénées. Les opinions sont tranchées et il y a dans ce texte une atmosphère de « Circulez, y a rien à voir ».

J’ai fait mon choix et j’ai classé : d’un côté, les gentils pronucléaires et de l’autre les imbéciles, incultes et fanatiques antinucléaires. Je persiste et signe.

Cela ne signifie nullement que je méconnaisse les problèmes du nucléaire, ni que j’en sous-estime les difficultés et les coûts. (1)

Cela ne signifie nullement que je ne crois pas à la nécessité de maîtriser les techniques, la production et les métiers des EnR solaire et voltaïque. En particulier il est sans nul doute essentiel de progresser dans le stockage de l’électricité, ne fût-ce que pour pouvoir en faire profit à l’export.

Il n’y aurait aucune honte à ce que nous fabriquions les panneaux photovoltaïques qui devraient recouvrir à l’infini nos campagnes  et que nous projetons d’acheter en nombre infini aux Chinois; ni à ce que nous fabriquions les éoliennes qui viendraient (jusque dans nos bras) illustrer les paysages de nos campagnes, (2)Ne serait-ce que pour les exporter et les installer dans les pays qui en ont « pour de vrai » l’usage.   Ne serait-ce que pour faire travailler les Français qui le souhaitent…et le peuvent.   Ne serait-ce que pour réduire la dette.

Mais je ne crois pas que la France ait à jouer un rôle messianique dans les réponses au dérèglement climatique du monde.

Et je ne crois pas que la France qui a pris le parti, il y a plus d’un demi-siècle de s’équiper en houille blanche et en énergie nucléaire doive, en l’instant et sans le moindre argument mettre ses centrales à l’encan au motif que tel ou tel personnage secondaire de notre vie politique en attrape la lubie et en fasse une Cause.

Je mesure donc parfaitement ce que mes propos ont de définitifs et je sais – ce fût mon métier – que produire, transporter et vendre de l’énergie ne peut se réduire à des simplifications didactiques teintées, je l’avoue, de manichéisme.

Les choses de la vie et l’énergie nucléaire en particulier sont en tout point l’objet de nombreux compromis mais la production d’énergie en tolère moins que d’autres sujets.

J’ai déjà évoqué ce point : le nucléaire pour lequel nous avons appris à concentrer une énergie répandue et diffuse demande dans sa mise en œuvre des précautions et de la permanence dans ces précautions. Il faut pour le nucléaire accepter de payer le prix de ces contraintes. En utilisant un autre registre : on ne peut laisser à la main invisible le soin de choisir, sur des critères strictement économiques le meilleur procédé de production d’électricité. Il faut « valoriser » la sécurité.

Cela a été le cas pour la houille blanche : peu importe le prix de l’ouvrage. Seul comptent la robustesse et la longévité du barrage.

On me fera remarquer que les sujets pour lesquels ce propos s’applique également sont nombreux et je ne pourrais que souscrire. On me dira : et l’ÉducNat et la Justice et l’État lui-même, ne sont-ils pas en déshérence, orphelins à l’abandon laissés aux mains des idéologues et des incompétents.

 

Il n’en reste pas moins que, ces remarques de modération ayant été formulées l’essentiel de mon propos reste sur la table : le Gouvernement et son Ministère nous offrent une Bouffonnerie, conçue, orchestrée et interprétée par des personnages de Guignol qui interprètent des rôles : Rôle de Ministre, Prince et Princesse des Bouffons, Rois et Reines d’une improbable Cour des Miracles Écologiques.

Je me pose d’ailleurs la question de savoir où situer M. Lévy ?

Ce Jean Bernard Levy, à ne pas confondre avec le respectable Raymond Lévy de Renault, ni avec le portant beau BHL est un pur exemple de la réussite professionnelle. X, Télécom il navigue avec succès de la gestion  du personnel chez France Télécom au cabinet d’un ministre de l’industrie. Un crochet chez Matra, un saut à la banque et le gros sucre d’orge : la direction puis la présidence de Vivendi pour une dizaine d’années. Encore un crochet chez un Thales qui requiert quelques soins ; puis il y a 5 ans, en 2014 il est nommé à EDF pour « inscrire durablement le Groupe dans la transition énergétique conformément à la loi votée le 14 octobre à l'Assemblée nationale ». (Wiki)

J’exprime un regret : j’aimerais tant qu’EDF soit dirigée par un électricien ; par une personne en possession d’un métier, ce métier étant de « faire » de l’électricité. Une personne pour qui les machines à « faire » de l’électricité ne seraient pas que des lignes dans des tableaux, des références à de postes budgétaires, des centres de profit ou pire encore des foyers d’agitation sociale à calmer. Une personne qui sentirait ce que ressent la machine et, je suis lyrique jusqu’à l’extrême, qui vivrait avec elle et qui en  quelque sorte l’aimerait charnellement. Charnellement voulant dire scientifiquement, techniquement, et technologiquement, au diapason da la personne qui a construit la machine.

Cet élan n’est peut-être intelligible que pour ceux qui devant une œuvre, modeste ou importante, ayant participé à cette œuvre, de façon modeste ou importante peuvent dire : J’y étais, je l’ai « faite ».

Sans évoquer le bâtisseur de cathédrale, cette fierté de l’œuvre et la fierté héritée d’en prolonger la vie et de reconnaître l’apport des constructeurs restent les fondements de l’intérêt que l’homme de métier porte à son action. (3)

Comme toute relation chargée d’affect, cet attachement à la machine du métier et au métier-machine peut devenir un frein ; il faut du temps à l’ancien pour qu’il comprenne ou qu’il ressente que l’âge s’est fait sentir, qu’il lui faut rêver à une nouvelle machine et qu’il la construise pour que sa passion du métier reste entière, épousant cette nouvelle machine avec le respect et la nostalgie de l’ancienne.

M. Lévy ressent-il ces choses ?

Soyons optimistes : l’avantage de ce polytechnicien est qu’il sait ce que le préfixe Giga signifie et qu’il a compris qu’il faut beaucoup de kilo et de méga pour en fabriquer un de plus. Il se pourrait même qu’il ne participe pas de l’hystérie antiatome. Il se pourrait même qu’il ne soit pas amoureux de Nicolas Hulot et qu’il attende, comme moi que Macron nomme un Ministre de l’Énergie. Lui, peut-être ?

Sur le ton différent d’une poésie à l’ancienne : Mais que sont les ingénieurs devenus ?

Donc je me pose toujours la question de savoir où situer M. Lévy ? Il a accepté la mission de mettre en œuvre une Loi que je trouve inepte et qui, comme une infection étend le mal qu’elle provoque. Qu’en pense-t-il ?

Ce polytechnicien a-t-il été un Ingénieur, même brièvement ? Cela ne se lit pas dans son parcours. Est-il seulement devenu un animal politique, homme de cabinet,  pour qui le problème de la production électrique n’est qu’une étape, une façon d’inscrire sa carrière dans le camp des favoris du moment ? Souscrit-il aux inepties ?

Et revient cette phrase qu’on pourrait croire sortie d’une chanson de Barbara ou de Brassens, Mais que sont les ingénieurs devenus ?

Le mal est répandu.

Chaque ministère doit disposer d’un échelon de techniciens dont la mission est de traduire la vision politique du Ministre afin que cette volonté se transforme en action de gouvernance ou en action législative. Ces Hauts Fonctionnaires sont le bras armé du ministère. Ils ne peuvent qu’être des « techniciens » de la matière : sinon ils ne seraient que la reprise, la répétition de l’intention politique sans qu’elle soit traduite et transmise. Leur rôle est fondamental. Il leur faut faire entrer la vision dans le domaine du possible et il leur faut, « en même temps » faire évoluer les modes d’action pour qu’ils suivent et participent à l’intention.

Le président Macron est parfaitement conscient de ce problème. Il franchit même une étape puisqu’il monte d’un cran et qu’il choisit comme ministres des haut-fonctionnaires dont il connait la compétence : Buzin à la Santé, Borne au Transport, Pénicaud au Travail, Belloubet à la Justice, Blanquer à l’ÉducNat ou dont il espère la compétence : Villani à je ne sais trop quoi, Nyssen à la Culture, Mahjoubi au numérique…et d’autres encore.

Mais pour l’Énergie, Macron ne suit pas la même ligne.

Je ne qualifierai pas le Ministre qui est inqualifiable, mais en second et directement sur l’Énergie il nomme un Secrétaire d’État, Lecornu, Master de Droit Public ;  cet Homme-de-Parti-pur-jus dont je n’ai aucune raison de soupçonner le bon sens ne peut-il être enclin à penser que la foucade politique doit prendre le pas sur les vérités du monde de la production. L’explication est que, pour Macron l’Énergie est un sujet simple dont il n’a pas vraiment le temps de s’occuper. Cela fait partie de cette intendance qui suivra. Ce n’est que le monde des Ingénieurs. (4)

Pour le bon sens de Lecornu, avec Fessenheim, cela commence mal. Il suit le sillon.

Tout porte à penser qu’il n’existe pas au ministère de l’Énergie, d’ingénieurs capables par leurs compétences et leurs positions d’expliquer à M. Hulot qu’il ferait mieux de se taire ; qu’il déconsidère le Gouvernement par ses dégoisages incongrus.

Mais la vraie question est de savoir s’il existe réellement une structure qui jouerait le rôle d’un ministère de l’Énergie ; ou si l’empilement des Commissions, Conseils, Autorités n’a pas rendu totalement inaudible la voix des Ingénieurs en les asservissant aux billevesées des politiciens marginaux sous le regard indifférent du Président.

Ce phénomène de dissociation du réel et du politique n’est pas nouveau. Il y a eu Vauban et Turgot et de nos jours il y a Sapin et son prélèvement à la source. L’Énergie n’est pas seule concernée ! (5)

Chaque lecteur de ce papier trouvera dans sa mémoire des exemples de ces lubies, certaines risibles car franchement puériles et d’autres gravissimes comme celles objets de ce papier. (6)

Je ne m’attarde pas.

Une dernière question : ce divorce n’est-il pas lié à la prééminence de la filière H4- SciencePo-ENA dans la vie de l’État Français ? Je qualifiai, quelque temps auparavant, cette filière d’Allée Royale, en référence à Ségolène, puisqu’aussi bien notre ex-future Présidente a empruntée l’Allée en question et qu’elle est une de mes cibles préférées comme première protagoniste de la Loi de Transition Énergétique.

Macron aussi.

Une spécifité française ; l’Allée Royale.  Février 2016

 

 

  1. Les difficultés et les coûts du nucléaire. En réalité le seul vrai problème est de définir l’échéancier des dépenses d’EDF entre le coût du carénage et le coût de la construction des nouvelles unités. Coût du carénage au regard de la longévité raisonnable des unités existantes vs Coût des nouvelles unités compte tenu des retours d’expérience des aventures de Finlande et de Flamanville.
  2. Il n’y a pas en France de filière de l’industrie de l’éolien. Il y a eu Alizeo qui fabriquait une éolienne rabattable d’un MW. Le procédé est repris par Softwind. Il y aurait des projets à la réunion et à la Martinique. Il y a eu l’installation par OVH d’un parc de 6.5 MW d’éoliennes DDIS… Il y a les éoliennes Vergnet dont 120 unités de 1 MW furent installées en Éthiopie. Après difficultés la société est reprise récemment par un nouvel entrepreneur. En un mot : rien, mais comme à l’habitude du « savoir-faire » !    Ademe, Filière éolienne 2017 : ….sur les maillons de la fabrication et de l’assemblage de turbines, qui concentrent une grande part de la valeur ajoutée de l’éolien, l’offre française reste trop limitée. Aucun fabricant majeur de turbines de plus de 1 MW n’a émergé au niveau international parmi les entreprises françaises, et les implantations en France de turbiniers étrangers restent faibles. L’offre française est évidemment beaucoup mieux positionnée sur les activités difficilement délocalisables, comme le développement, la conduite d’études, les travaux de génie civil et de raccordement, ou encore l’exploitation et la maintenance
  3. Le verbe « faire » est abondamment utilisé. C’est que nous ne sommes pas seulement, et peut-être même pas du tout dans le domaine des idées ou des croyances mais dans celui de la production.
  4. Ingénieurs qui n’ont pas tous lu leur Ricoeur, les pauvres.
  5. La décision bientôt mise en œuvre du Prélèvement à la source de l’IR n’est-elle pas que le résultat de la soumission des spécialistes de Bercy à la passade d’un Sapin décérébré ? Je cite Migaud toujours prudent et bien élevé : La pertinence d’une extension du prélèvement à la source devrait dès lors être réexaminée s’il était décidé de procéder à une réforme profonde de l’imposition des revenus…. Sous-entendu passer de l’impôt familial à l’impôt personnel.    Et Darmanin qu’en pense-t-il ?
  6. Les 80 km/h pour tous et partout ?