Un an déjà. En mai 2017 je formulais cette remarque sur le rôle que joue une particularité anatomique de la ceinture scapulaire humaine. Nous élisions alors une Chambre en Marche et la réédition de ce papier n’a pas comme objet de mesurer dans cette marche le chemin parcouru. Cela serait difficile.

Il ne s’agit en fait que d’une réédition visant à améliorer la forme du papier et son titre sans en modifier le contenu.

 

Un détail anatomique

 

Bon sang, pas moyen de retrouver où j’ai été pêcher ce truc-là. Je ne l’ai pas inventé quand même. En plus, je trouve que c’est super important et que c’est un aspect du problème qui est, me semble-t-il, insuffisamment mis en lumière…

Je recherche et exhume : Ruffié, Morin, Leroy-Gourhan et puis ceux du cerveau (même rayon…) le Changeux et les Vincent et les primatologues, Chance et Premack. Tout ce que j’ai lu, un peu, tout ce que j’aurais dû lire, beaucoup et tout ce que je lirai plus tard ou jamais. Même Jared Diamond  a droit au dépoussiérage.

Mais, me direz-vous, de quoi parles-tu ?

Mais si, souvenez-vous, je vous l’ai déjà dit.

Ah, vous n’avez pas lu « Le Labyrinthe » ! Cet oubli est facile à réparer ; c’est un texte assez court, vous n’aurez aucune difficulté à le retrouver d’abord et à le lire ensuite. (1)

En rappel, l’extrait qui me conduit à rechercher la source de l’information, une confirmation, plus de précision : on parle, en toute simplicité, de l’Homme.

La ligne de ses épaules est disposée de telle sorte qu’il peut lancer des projectiles : il achève sa chasse par le jet du javelot.

Les membres antérieurs se terminent par des mains à 5 doigts dont un pouce opposable qui autorise la préhension des projectiles et le maniement des objets : il lance la pierre qui abat la volaille, il cueille le fruit de l’arbre, il façonne l’hameçon  et la pointe de flèche.

Ce n’est pas un détail anatomique cette chose-là !

J’ai eu la chance de voir, d’assez près, peut-être de trop près, des gorilles ; comme ça, dans leur bambous. Papa, assez distant, pas vraiment concerné (tant mieux), des mamans, très désireuses de vous refiler leur lardon et des tas d’ado-gorilles, joueurs en diable et tout prêt à faire copain-copain.

On sent bien que ça ne peut pas durer, hélas, alors, sous la pluie et dans la brume, on repart plein de questions avec un soupçon de nostalgie pour quelque chose qu’on ne connaitra pas.

 voir Papa, le dos argenté, on réalise qu’il peut vous mettre une torgnole sans la moindre difficulté, mais on ne l’imagine pas ramasser un pavé, façon Jeune-issu-de, et vous le balancer par le geste auguste du lanceur de grenade. Le peut-il ? Toute la question est là. Le singe lance-t-il ?

Je crois que non. Les macaques de Gibraltar ou du temple indou sont réputés le faire : je crois qu’ils ne font que copier sans résultat l’homme qui a voulu les éloigner de son étal de fruits et légumes. On parle aussi du chimpanzé du zoo de Stockholm :

Santino (c’est le nom du singe) façonne ces pierres en forme de disques qu'il utilise ensuite, … comme des «missiles». «Ainsi, quand il est surexcité et veut montrer qu'il est le mâle dominant, il a son petit tas, prêt à l'emploi», raconte le chercheur qui relève par ailleurs qu'il n'y a jamais eu de blessés graves puisque la plupart du temps, les pierres tombent dans l'eau. La raison est simple : ces animaux n'ont pas de bras et de poignets aptes à lancer fort et loin. Ils lancent donc «à la cuillère» car ils ne peuvent casser leur poignet à 90 degrés comme le font les êtres humains. Les scientifiques ont retrouvé plusieurs dizaines de tas de cailloux soigneusement rangés.  Mmes Jouan et  Lutaud. Figaro du 11 mars 2009.

 

Lucy  pouvait lancer la pierre.

Énorme différence : le lancer du projectile.

Question subsidiaire, mais pas tant que ça : Existe-t-il d’autres animaux qui lancent ?

Le Kangourou frappe, le caméléon lance…sa langue, et les autres lancent des cris. Les prédateurs lancent tout leur corps.

 Le projectile est comme un prolongement du bras de l’homme. Il frappe à distance, loin de la griffe acérée ou de la ruade mortelle. Quelle supériorité de l’Homme!

Il ne reste qu’à perfectionner le projectile.

Kim Jong-un a bien appris cette leçon et s’y emploie.

A lui les protéines de la chasse fructueuse, à lui le poisson frétillant au bout du harpon, et dans le même mouvement du bras-propulseur la victoire au combat contre les hyènes et autres ours des forêts ou des cavernes. De chasseur il n’aura pas de difficulté, en exerçant son art sur ses semblables à devenir le guerrier. C’est un autre volet de cette histoire, dont chacun est familier.

Le chasseur, au-delà du cueilleur garantit l’alimentation du groupe et sa sécurité.

Gros cerveau, c’est sûr mais grâce à ce don, à cette capacité essentielle : cerveau bien nourri.

Je n’irai pas ici, jusqu’à faire au lecteur le coup de l’œuf et de la poule :

Est-ce l’amélioration et la pérennité d’un régime alimentaire qui a permis à l’homme de voir son cerveau, fleur merveilleuse et mystérieuse, s’épanouir ?

Est-ce le cerveau qui a conduit l’homme à maîtriser la nature et par la chasse de garantir qu’il allait « croître et se multiplier » ?

Lorsqu’ on pose la question de la sorte, la réponse peut paraître évidente : il faut d’abord manger.

En conclusion.

Une erreur : à quoi bon dissocier les deux aspects du même mystère de l’évolution anthropique.

Ils sont liés et inséparables.

Un oubli : le modeste auteur de ce petit billet pense que tous les Savants précités, membres de ceci et de cela, Professeur ici ou là, ont négligé et sous-estimé cet aspect de l’aventure humaine : trop musculaire, mon fils. Peut-on glisser de la  transcendance dans le mouvement du poignet ?

N’importe quel malappris libertin et tous les collégiens vous répondraient par l’affirmative.

 

  1. 1.       Je trouve le fait de se citer soi-même en référence extrêmement gratifiant.

 

11 mai 2017 : Aujourd’hui, le petit Jésus de l’actualité nous révèle la liste des six cents apôtres de second rang : ceux de la Chambre. Seront-ils des Élus ?

 

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Fin juillet 2017, M. Picq, Docteur ès Sciences, Maître de conférences au Collège de France nous offre une contribution à un numéro spécial du journal « Le Point » dont le thème est « La Marche et ses étonnant pouvoir ». Cet excellent article illustre combien l’évolution de l’homme est fondée pour une large part sur sa capacité à déambuler. L’article est savant, mais pas trop : j’ai pu le lire. Comme je le  dis fréquemment, « un esprit taquin » remarquerait que son papier ferait une bonne jaquette aux ouvrages (cités en référence dans son article) dont il est l’auteur.

Cette relation entre la marche et la chasse n’échappe pas à M. Picq :

Plus encore, Homo jouit d'une endurance exceptionnelle, avec un corps couvert de glandes sudoripares, une pilosité composée de poils plus courts et une capacité respiratoire renforcée. C'est l'anatomie et la physiologie de l'animal le plus endurant qui ait jamais marché et couru sur la Terre. Homo ne va pas vite, mais il va longtemps. Il pratique la chasse par épuisement et aucune proie ne lui échappe. Ces adaptations lui permettent de s'affranchir du monde des arbres.

Il analyse encore d’autres relations entre la bipédie et certaines particularités de l’évolution humaine : sexualité, pensée et réflexion et sans faire le détail, métaphysique et psychanalyse.

On ne prête qu’aux riches.

Mon propos n’est pas de faire une critique de l’article de M. Picq ; je n’ai aucune compétence pour me livrer à cet exercice ; au demeurant je l’ai lu avec plaisir et intérêt et je partageais son point de vue avant même qu’il ne l’exprime.

Mais je n’ai pas manqué de noter que la particularité de l’espèce que constitue la disposition des épaules et la capacité à projeter des objets (des armes) étaient passées sous silence.

J’en conclue que M. Picq lorsqu’il regarde les championnats du monde d’athlétisme ne voit que les gazelles éthiopiennes et ne s’intéresse pas aux musculeux (souvent poilus) lanceurs de poids lettons.

Comme je le comprends.

Vive Hussain Bolt.

 

6 août 2017    L’esprit taquin mais toujours naïf.