La désinformation documentairisée

 

Mercredi 30 mai, la 5 diffusait un documentaire : Nucléaire, l’impasse française. Je l’ai regardé et écouté attentivement. Un débat –le mot ne s’applique pas réellement- suivait la diffusion du documentaire –le mot ne s’applique pas réellement- et je l’ai regardé et écouté attentivement.

Je ne sais pas si ce documentaire aura été largement regardé. Les éventuels lecteurs de ce texte ne l’auront probablement pas vu. Cela n’est pas grave : il n’est qu’un prétexte pour taper une fois encore sur la tête d’un clou qui ne s’enfonce pas. Et les personnes intéressées peuvent toujours retrouver la chose et la voir enfin.

Le documentaire est bien fait, bien construit. Les séquences sont logiques et s’emboitent avec rythme. Les interlocuteurs « présentent » bien, s’expriment bien. Leur présence est légitime car ils sont concernés ou compétents. Qu’ils soient concernés ET compétents serait à démontrer. Les arguments portent et le spectateur conclut, il ne peut faire autrement, que l’arrêt du nucléaire est une nécessité vitale et urgente. Le nucléaire est une forme moderne du Malin.

Ce documentaire est un chef d’œuvre de désinformation, en quelque sorte un Grand Prix de la Fake News.

Tout l’argument du documentaire repose sur la pétition de principe suivante : les EnR peuvent satisfaire les besoins en énergie électrique partout et toujours, sans recours à des productions par combustion de charbon ou de pétrole. Donc le nucléaire est « en trop ». C’est une énergie (primaire) excédentaire, complexe de mise en œuvre, ayant donné lieu à des accidents graves, dont il convient de s’affranchir sans délai.

 

Un premier détail : L’auteur, Patrick Benquet semble ne pas être au courant du fait qu’EDF est une société anonyme dont l’État est actionnaire majoritaire à 88 %. (1) Il perçoit en permanence un complot de l’entreprise dont la direction, instituée en Caste et par un Lobby mercenaire, pervertirait le pouvoir politique. Il y aurait d’un côté les méchants dirigeants de l’entreprise et de l’autre les gentils propriétaires-actionnaires abusés par les gens de la caste des ingénieurs.

Que ce fossé existe est fort possible mais que la caste soit seule responsable des erreurs est discutable.

Un des intervenants M. Laponche –ancien du sérail- est le seul qui argumente, je dirais de façon philosophique, sur la nature même de la fission et sur le fait que les dangers qu’elle comporte ne soient pas pris en compte.

Cet argument n’est d’ailleurs pas développé dans le documentaire. Voilà une chose qui aurait dû être dite quand en 1939, il y a 80 ans maintenant, MM Dautry et Joliot initiaient les premières recherches pour l’utilisation militaire et civile de l’atome ; ou encore, aux mêmes, lorsqu’après avoir été écarté par les américains des programmes nucléaires alliés, ils organisent à la demande du Général, à l’automne 45, le Commissariat à l’énergie atomique ; ou encore à Pierre Guillaumat dont la carrière mi-pétrole-mi-atome va illustrer l’entrée de la France dans le monde de l’énergie alors que le charbon n’existe plus qu’en souvenir du passé. Quel dommage que M. Laponche qui ne fut touché par la grâce du syndicalisme et de la pensée écologiste qu’en 1970 n’ait pas été en mesure de faire part de ses craintes aux grands ancêtres.

Et comme il est dommage qu’il n’ait pu peser dans les négociations sur la limitation des armements nucléaires.

Les difficultés que connaissent les deux chantiers en cours, en Finlande et à Flamanville sont réelles, hélas trop réelles. Le documentaire ne nous propose pas une analyse des causes de ces difficultés et met dans le même panier l’amateurisme d’Areva en face des Finlandais et les problèmes de réception des pièces de chaudronnerie rencontrés par EDF. Seule l’histoire du projet EPR permet de comprendre comment une étude portée par Framatome a pu en quelques années devenir le bourbier qui a entrainé Areva dans le gouffre et EDF au bord du gouffre. Il est remarquable que Jean-Bernard Levy soit présenté à quelques reprises comme un guignol radotant alors que le nom de Mme Lauvergeon n’est pas mentionné dans les 60 minutes de l’exercice. La sherpani, que j’appelle par ailleurs la « croqueuse d’Uramin » est tout naturellement exonérée des responsabilités qu’elle pourrait avoir dans la vente hâtive d’un projet en cours d’élaboration, aux finlandais d’abord puis à EDF ensuite. Les ambitions personnelles des dirigeants d’Areva et d’EDF, leur incapacité à définir ensemble une politique commune, l’éviction de Dominique Vignon, responsable technique du projet n’apparaissent pas en toile de fond d’une tragi-comédie à gros budget.

Bref, on ne sait pas pourquoi nous en sommes arrivés à la situation actuelle et le documentaire ne s’empare pas de ce sujet ; pour Benquet l’EPR est moche et il faut le jeter dans la grande poubelle des échecs.

Ce qui est très grave dans un documentaire destiné par nature à l’édification des citoyens est que les difficultés de l’EPR qui sont « nos » difficultés et auxquelles nous devons trouver des solutions soient portées au débit de la filière dans son ensemble. Oublié le fait que depuis un demi-siècle nous disposons d’une électricité très bien distribuée, au meilleur prix qui soit. Oublié le fait que depuis un demi-siècle, hors accidents climatiques, la notion de « panne de courant » est sorti de la tête des gens. Oublié le fait que les Allemands dont la production nucléaire est insuffisante n’arrivent pas –et de beaucoup- à réduire  leurs émissions de GES et à tenir leurs engagements dans ce domaine ? Oublié le fait que la France ne produit AUCUN des équipements nécessaires pour mettre en place des EnR photovoltaïques ou éolien. Oublié…

 

Puisque nous sommes dans l’oubli, oublions quelques instants le documentaire-fake-news.

Les EPR seront deux, voire trois fois plus chères que ce qui était initialement prévu. C’est bien dommage, mais c’est de l’histoire, récente certes mais néanmoins passée. Nous n’y pouvons plus rien. La chose deviendrait réellement grave si les centrales en question ne fonctionnaient pas à la satisfaction du producteur. Une image : vous construisez une maison et pour diverses raisons elle vous coûte plus que vous ne pensiez quand vous avez pris la décision de la construire. Elle est pratiquement terminée et vous allez l’habiter. Il ne vous reste qu’une option qui est de l’occuper et vous y trouver bien, sachant que vous l’avez construite pour y vivre très longtemps, 50, 60 ans ou plus si affinités. Une fois payée et finie, il n’est plus l’heure de la « démanteler » ; puisque c’est le mot consacré.

Il faut être optimiste : l’EPR fonctionnera.

L’heure est donc à la faire fonctionner du mieux qu’elle le peut. En particulier de s’assurer qu’elle parte à l’heure, qu’elle arrive à l’heure, que les wagons soient propres, que le contrôleur contrôle, que le quai de la gare soit au bon niveau et autres détails de fonctionnement qui peuvent indisposer le client-usager-citoyen s’ils ne sont pas de la qualité requise.

Ce glissement de vocabulaire vise à faire sentir que les vieilles et grandes entreprises publiques peuvent souffrir des mêmes maux et que leur gestion reste un exercice délicat.

La mort programmée d’Air France dont on parle en ce moment est une parfaite illustration de cette difficulté.

C’est avec l’EPR la principale préoccupation d’EDF. Nous ne devrions pas oublier que sous chaque agent d’EDF, un cheminot sommeille.

Faire Confiance à l’EPR n’est pas un acte de foi d’aujourd’hui. Cet article (de foi) est inscrit dans  la décision nationale de développer le nucléaire massivement à partir des chocs pétroliers des années 70.

Cette confiance est celle des dirigeants d’EDF. Elle se traduit par la volonté qu’ils ont démontrée en signant dernièrement les contrats de construction des centrales anglaises.

Ont-ils tort, ont-ils raison ?

Ce qui est certain est que les dirigeants d’EDF et de ce qui reste d’Areva jouent dans le temps long. Il semble qu’ils aient pour l’instant l’oreille du Président et que les prétentions du pitre-ministre à s’occuper de ces sujets soient oubliées… dans la mesure où chacun fait semblant de vouloir satisfaire aux impératifs de la fameuse et fâcheuse Loi de Transition Énergétique.

 

Hinkley Point est une toute autre histoire. La décision et la conclusion des négociations est récente. C’est donc en toute connaissance de cause qu’EDF s’est engagée par ce contrat. Pour que soit prise cette décision à 25 milliards d’investissement, il a bien fallu que l’État le souhaite en dépit des incertitudes.

Incertitude sur le fonctionnement de l’EPR et sur les relations franco-britanniques dans un après-brexit compliqué.

On peut critiquer ce volontarisme, s’en étonner, le regretter mais au bout du chemin, la France en a décidé ainsi.

M. Piquemal, le Directeur Financier d’EDF considère qu’EDF ne pouvait pas faire ce choix. Ce monsieur doit savoir de quoi il retourne et on ne peut s’empêcher de partager ses craintes. EDF est déjà très endettée et dans un instant il faudra bien que l’État mette au pot la joncaille nécessaire. Piquemal en doute-t-il ?

Mais alors quid d’EDF ? Qui subventionnera les EnR ? Qui fera marcher notre demi-milliard d’investissement logé dans des centrales en voie d’abandon ?

Après avoir enquiquiné son producteur d’électricité par les mômeries des écolos, la France sera-t-elle obligée de le lâcher au milieu du gué ?

Nous voici coincés entre l’hubris des constructeurs de centrales et l’impuissance économique nationale sur fond de gémissements des âmes sensibles.

Mais 25 milliards, ce n’est que la moitié d’un plan Borloo. Il reste que 25 milliards d’engagement à court terme plus les 37 milliards de la dette actuellefont une sérieuse contribution à la dette nationale, même si la comptabilité européenne fait semblant de croire qu’elle est logée ailleurs ; oui, mais où ?

Ce sont les propos feutrés du patron de l’ASN qui sont le clou de l’émission, façon faux-cul et « je n’y suis pour rien ». Cette impression résulte de la manière dont sont présentées ces propos, hors contexte et pour l’un d’entre eux au plan très général d’un commentaire sur les activités humaines.

On lui fait dire qu’on ne peut pas exclure la possibilité d’un accident nucléaire en France comme s’il annonçait un accident imminent. En fait Pierre Franck Chevet n’avance rien d’autre qu’un point de vue général qui est qu’on ne prévoit jamais tout et que l’imprévisible, par nature, n’a pas été prévu.

L’ASN entretient des rapports complexes avec EDF. Sa mission est de garantir un niveau satisfaisant de sûreté et de sécurité sans entraver déraisonnablement le fonctionnement de la production. Son indépendance est réelle mais sa relation avec EDF ne peut reposer que sur un consensus parfois difficile à établir : jusqu’où ne pas aller trop loin dans l’univers « ceinture et bretelle ».

Une remarque personnelle : il semble que l’ASN s’exonère rapidement des épisodes pendant lesquels les Forges du Creusot ont produit et livré des cuves dont « on » s’aperçoit  après mise en place, qu’elles présentent des défauts de fabrication. Cela signifie qu’Areva et l’ASN elle-même n’ont pas effectué les épreuves de réception de ces cuves ? Pour Areva, on mettra cela au débit de la sherpani, mais pour l’ASN ?  Ensuite il est facile de rejeter la responsabilité sur le client utilisateur, EDF (vous, moi) et de lui imputer le retard et les coûts correspondants.

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Le documentaire était suivi d’une réunion (rien dans la chose n’autorise à utiliser le mot débat) qui éclairait assez bien les différences de point de vue des personnes présentes.

Deux intervenants sont des « rustiques convaincus ». Ils « croient » qu’ils vont produire une électricité différente, vertueuse et citoyenne, en libérant leurs amis, associés ou administrés de la tutelle de… l’État, de l’EDF, du marché, et cetera.

Un autre, profil de l’entrepreneur sympa, est celui qui organise la démarche des précédents sans oublier, j’imagine, d’en faire un business. Aucune phrase prononcée sans que figure les mots valeurs, social, sociétal, équitable et durable. Je vous passe le « partage éco-citoyen »…On finirait par penser que l’électricité est devenue de l’énergie au sens où les gurus emploient le terme. C’est un fédérateur Rifkinien qui va remplacer le gros par beaucoup de petits. On observe une boboïsation rurale de l’énergie.

La plus intéressante est la Green-Peaceuse. (2)

C’est une belle jeune fille et elle a l’honnêteté ou la naïveté de ne pas trahir sa pensée. Elle n’enveloppe rien. Comme on dit, elle est cash. Elle nous dit benoitement que la production nucléaire est suffisante pour satisfaire aux besoins nationaux. Donc continuer à produire de l’électricité par les moyens actuels empêche de leur substituer des moyens nouveaux et ce d’autant plus qu’il faut entretenir le parc de centrales. La seule façon de développer les EnR est par conséquent de stopper le nucléaire et de le remplacer totalement par des procédés vertueux. Aucun fard, aucune embrouille : le propos est clair. Il faut arrêter le nucléaire parce que c’est du nucléaire. C’est la vertu du panneau solaire chinois qui l’emporte.

L’argument est naturellement repris par l’entrepreneur sympa qui nous confirme que si EDF voulait bien ne pas entretenir les centrales, il aurait plus de subventions à recevoir pour acheter ses panneaux chinois.

Moi, je bois du petit lait : j’avais l’impression d’avoir poussé le bouchon quand je disais la même chose dans la première partie de cette analyse  (Production d’électricité en France, 1ère partie) et je suis rassuré de recevoir un appui distingué.

J’ai dit subvention ? Quel mauvais esprit. Les interlocuteurs que je viens de citer oublient deux détails.

Le premier est qu’ils ont l’usage d’un réseau qui appartient à EDF (vous, moi, l’État) sans lequel leur came ne pourrait leur servir qu’à faire fonctionner de temps en temps leurs écrans plats.

Eh oui, il y a un réseau électrique et sans ce réseau, il faudrait que toutes ces générosités antinukes en construisent un et apprennent à l’exploiter comme seul EDF sait le faire.

Le second est qu’ils vendent leur came à EDF à un prix supérieur au coût de production d’EDF : ils sont subventionnés.

Toutes ces personnes nous disent que les EnR, grâce à leurs efforts, suffiront à satisfaire la consommation française et ils en paraissent convaincus.

 

Et puis Xavier Ursat, responsable des programmes nucléaire d’EDF.

Chapeau l’artiste : il est d’un calme et d’une équanimité sans limite. Il entend les énormités sans sourciller. Son sourire est si discret qu’on pourrait le prendre pour de l’assentiment. Est-il passé par le cours Florent ?

Non, il n’est que X-Télécom et n’a même pas pris la peine de faire SciencePo. Un ingénieur, quoi !

Son expérience est dans l’hydraulique. Je le regarde avec l’œil attendri d’un grand père qui découvrirait la personne qui a surveillé la phratrie des barrages. Bref, naturellement il me plait.

Et puis aucune agressivité : il est fana EnR, et il est un chaud partisan de leur développement. Il se garde bien d’évoquer les problèmes de coût et de parler des coefficients de charge. Il entend la parole des rustiques qui déballent leurs discours mous.

Et puis il respecte et respectera les « prescriptions » de la Loi de Trans…  50/50. C’est promis, juré, croix de feu, croix de fer, si je mens…

Mais il reste ferme sur les 50 % du nucléaire car il faut tout de même qu’il y ait un peu de stabilité sur le réseau. Il ne développe pas l’argument et il n’a pas besoin puisque la jeune femme de Greenpeace a déjà dit que le nucléaire suffisait mais il a une compréhension réelle pour les agriculteurs-électriciens.

Je suis positif. Il a fait le cours Florent.

Je ne suis pas certain que les intervenants, ni même Mme Carrère (3) aient réalisé que Xavier Ursat qui depuis trois ans a récupéré la patate chaude des EPR présentes et à venir était dans cette émission bâclée l’authentique représentant du Gouvernement.

Car enfin, une personne qui gère les dossiers nucléaires à EDF est la voix technique d’un gouvernement qui a endossé la signature des contrats d’Hinkley Point.

Marina aurait dû lui trouver des interlocuteurs plus affutés et capable de lui demander si, les yeux dans les yeux comme disent les politiques, il est convaincu que Flamanville va marcher tip-top à la fin de l’année et si il va, lui, nous construire les deux Hinkley trucs dans les délais prévus et pour le coût prévu.

Ce qui est la seule chose importante pour nous-autres, propriétaires à 88 % (4)d’une boutique qui jusqu’alors marchait plutôt bien.

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Tout ça pour dire quoi ?

Beaucoup de gens considèrent que l’énergie nucléaire est dangereuse. Ils n’ont pas tort. La libération de l’énergie nucléaire est une entreprise délicate qui doit être conduite avec  prudence et rigueur. Il est sans doute dangereux de laisser les forces du marché agir seules en régulatrice de l’emploi de cette forme d’énergie. La main invisible ne prête que peu d’attention aux dégâts collatéraux de ses mouvements, dégâts qui ne sont pour elle que de nouveaux marchés.

Ce préalable aurait pu être formulé dans les années 1850 quand l’exploitation des mines de charbon a connu le développement que l’on sait ou encore un siècle plus tard quand le pétrole a fait « éruption » dans le monde industriel et connu le développement que l’on sait. Et ceux qui croient que ces trucs-là ne sont pas dangereux sont ceux qui n’ont jamais eu à en connaître.

Il n’en reste pas moins que, danger ou pas danger, l’humanité continue de consommer de l’énergie avec une croissance annuelle de 2%. Trois quarts de cette énergie est fossile. L’hydraulique (7%) et le nucléaire (5%) contribue pour 12%,  et les EnR solaire et éolien pour 3%.

Pour deux raisons il faut modifier ces équilibres.

D’abord les fossiles sont en voie rapide d’épuisement. Il convient de les conserver pour des usages dans lesquels ils sont irremplaçables.

Ensuite, leur combustion dégage du gaz carbonique et il est admis qu’une élévation de la température atmosphérique créera des désordres importants. Le processus est largement entamé.

La réponse est qu’il faut produire d’avantage d’électricité primaire décarbonnée.

Quatre sources :

Le soleil en direct, sans retransmission, plein cadre, plein soleil.

L’énergie cinétique de la croute terrestre, vent et chutes d’eau en priorité

L’énergie thermique de la croute terrestre.

L’atome en le cassant ou en le « fusionnant ».

Les trois premières sont –un peu légèrement- qualifiées de renouvelables.

Elles doivent se substituer du mieux possible à la plus grande quantité possible des énergies fossiles. (5)

C’est louable mais le danger est de mettre la charrue avant les bœufs et de nier les réalités techniques.

Dans l’instant la vérité est qu’on ne sait pas produire « beaucoup » d’énergie électrique avec les procédés actuels, solaires et éoliens. De plus comme on ne sait pas la stocker, l’énergie vertueuse (6) doit être consommée comme le soleil ou le vent en décide. Or on doit satisfaire aux besoins même si le soleil ou le vent sont en panne.

La France, sans charbon ni pétrole, a choisi le nucléaire qui sait produire « beaucoup ».

C’est une chance considérable puisque la fourniture d’énergie électrique décarbonnée est assurée et que le temps est offert pour développer les filières techniques et technologiques de solaire et d’éolien. Filières industrielles également car ces développement ne peuvent pas reposer uniquement sur du déficit du commerce extérieur.

Si ces filières sont d’emploi commode, si elles sont comparables économiquement, si leur précarité n’est plus un facteur, elles se développeront et le producteur national –qui n’est pas sur terre l’incarnation du Mal- les mettra tout naturellement en œuvre quand elles existeront vraiment.

Nous sommes dans la situation d’un monsieur qui possède une maison. Elle a des fenêtres et elle est bien éclairée. Mais madame voudrait encore plus de lumière. Il reste un mur sur lequel on peut faire des ouvertures. Monsieur  et Madame vont donc discuter de la meilleure façon d’ouvrir ce mur et vont se poser la question de savoir comment réaliser la chose. Rapidement ils conviennent que leur problème ne peut être résolu par une décision hâtive qui serait de fermer les fenêtres existantes. Le problème de la nouvelle ouverture sera résolu lorsque le marché de la fenêtre nouvelle aura été développé à leur satisfaction… Faute de quoi ils installeront sur leur mur des fenêtres anciennes qui donnent beaucoup de lumière. Et ce même si les crémones sont d’un emploi délicat.

Le cas de notre Monsieur n’est en rien comparable à celui de cet autre Monsieur qui vit dans le noir et pour qui la plus petite ouverture est déjà un progrès considérable. Celui-là doit d’abord reconstruire sa maison…avec des fenêtres.

Mais tout ça est familier aux lecteurs du Naïf et n’apporte rien d’original.  Je radote.

 

  1. État : 86 %. Institutionnels français 2 %.
  2. Je sollicite le pardon : quand la tentation est forte, comment ne pas céder ?
  3. Qu’allait-elle faire dans cette galère ?
  4. Les actions d’EDF du PEA de Geneviève ne peuvent en rien faire basculer les choses.
  5. On néglige, si l’outil a une grande durée de vie, le coût carbone de sa fabrication. Les barrages, panneaux solaires, éoliennes et centrales nucléaires ne poussent pas sur les branches des arbres et leur fabrication génèrent des GES.
  6. Vertueuse, ça sonne bien. Mieux que verte.

 

5 juin 2018