Chic, il n’y a pas de queue. J’en profite pour faire le plein de la voiture. On ne sait jamais, ils sont encore en grève dans les raffineries.

Mais non, mon gros béta, me dit ma femme, tu n’y es pas : c’est la FNSEA qui se plaint que Total importe de l’huile de palme pour la Mède, pour faire des Biocarburants.

Total, mon sang ne fait qu’un tour… ou plus simplement mon intérêt s’éveille : quelle relation Total peut-il entretenir avec l’huile de palme ?

Vous me connaissez. Fouineur comme pas deux, je m’y colle. Ma copine Wiki, la magicienne, m’aide énormément et il suffit que je fasse quelques clics, comme autant de clins d’œil complices pour qu’elle me révèle tous les secrets de la chose ou pour être plus exact, la complexité du dossier.

 

Dans cette histoire tout se mélange et tout s’imbrique. L’orang-outan qui n’en « peut mais » y joue un rôle important, mais aussi le souci de Total de préserver de l’emploi à la Mède ou encore la réglementation européenne sur les jachères de 92 ou bien les lubies de telle ou telle dame écologisant le gouvernement de tel ou tel Président-fainéant…et la fiscalité tour à tour punitive ou incitative dans des postures qu’on pourrait qualifier de « coups de menton » fiscaux.

Une vraie pelote d’embrouille.

Démêler la pelote ne peut se faire qu’en prenant un fil, en le suivant et en le séparant d’autres fils que d’autres impératifs ou d’autres lubies auront ajoutés à ce tissu froissé que j’appelle la pelote.

Quel est le premier déclencheur et qui ou quoi a initié cette longue comédie des Biocarburants ?

Facile, dit l’expert. On peut même mettre un nom sur l’individu : c’est cheikh Ahmed Zaki Yamani qui organise en 73 l’OPEP et provoque cette même année le premier choc pétrolier.

Et l’expert d’ajouter : il est vrai que dès les années 70 le Club de Rome nous avait prévenu. Il nous disait déjà que, un jour ou l’autre, il faudrait se décider à économiser le pétrole et à réduire la pollution, en ajoutant que ce jour-là était aujourd’hui.

Et l’historien de la finance de rappeler que Nixon et Bretton Woods et la baisse de production des USA et que et que…

Quoiqu’il en soit, bon sens et effet de cette crise circonstancielle, à partir des années 80 s’installe dans la conscience publique l’idée que les économies modernes et celles qui courent derrière pour les rattraper doivent réduire leur dépendance à l’or noir. Avec « en même temps », le paradoxe n’est qu’apparent, la nécessité d’en trouver encore plus… pour repousser le jour où.

Conséquence secondaire : Les Français décident de produire leur électricité en utilisant l’énergie nucléaire et atteignent de nos jours leur objectif d’avoir -avec un zest d’hydraulique- complètement décarbonné leur production électrique. Ce qui déplait aux défenseurs de l’environnement.

Pas facile, dit le géopolitologue de réduire en pleine guerre froide les besoins en pétrole lorsque tous les efforts sont orientés vers un développement économique qui repose largement sur la production d’avions civils et militaires, de voitures et de chars d’assaut.

Facile dit l’historien : souvenez-vous, les Allemands ont connu ce problème pendant la seconde guerre mondiale et ont produit en 1944 jusqu’à une quinzaine de pourcents de l’essence et du gazole nécessaire aux armées  à partir de divers produits agricoles Depuis, les procédés permettant de transformer de la matière organique en carburant ont été perfectionnés mais sont globalement restés en tiroir, sauf dans des exploitations pilotes à caractère R&D ou dans des conditions très spécifiques justifiant leur mise en œuvre.

Ils sont restés en tiroir pour deux raisons.

-Les sources de matières à traiter sont très variables en qualité et presque toujours de faible volume. Les coûts de collecte sont le plus souvent prohibitifs : on dépense autant de carbone à ramasser le déchet qu’on en économisera à essayer d’en économiser.

-Les procédés sont onéreux. Les variations du prix de l’énergie –du pétrole en particulier- rendent impossible la visibilité économique de la rentabilité des investissements nécessaires à l’implantation des raffineries mettant ces procédé en œuvre.

Procédés inutiles dans le moment, de faible rendement écologique, à conserver en mémoire, disent le pétrolier et l’ingénieur énergéticien qui comparent les différents modes de production et de distribution des carburants. Bref, comme tout alcool ou comme d’autres herbes, à consommer avec modération.

Intervient alors des personnages d’une autre trempe. Ils suivent un autre fil du tissu froissé.

Mais dit l’écologiste averti, animal en voie de disparition, il ne s’agit pas seulement de produire au moindre coût. Il faut « en même temps » réduire les émissions de GES. Indéniablement le « biocarburant » qui convertit du CO2 atmosphérique en CO2 végétal n’en produit que la quantité requise pour sa fabrication.

Si l’écolo en question est normalement instruit en ces matières, il ajoute : d’ailleurs le raffinage du pétrole est lui-même consommateur d’énergie et producteur de GES. Ce personnage averti est plutôt rare.

Il continue : pour développer ces filières et leur donner une chance de devenir compétitives, il faut donc encourager leur développement.

Chic, dit l’écologiste moins averti et plus zélé, homme de foi jalouse, nous allons pouvoir nous affranchir de la pollution causée par les carburants fossiles et désormais nous consommerons un carburant vertueux, aussi vert que le colza dont il est issu. La vérité écologique est révélée.

Chouette, dit l’écologiste politicien, je peux ajouter cette nouvelle nuance de vert à ma palette de peintre d’une nature enfin débarrassée des encombrants problèmes du monde de l’énergie. L’arme du colza me permet de fermer toutes les centrales nucléaires que je souhaite et d’améliorer mon assise électorale chez les Verts.

Banco, dit l’écologiste politicien de la commission européenne (le même ?), je décide que les carburants européens devront –dans un avenir immédiat, 2020- contenir 10 % de carburants « durables »  issus-de. La PAC étant bonne fille, quoique de caractère un peu compliqué, se débrouillera pour qu’une certaine partie des huiles et alcools nécessaires soit produite à partir de cultures locales en dépit de la concurrence des pays d’agriculture intensive. Une fraction de la jachère –libérée en 92- y sera consacrée.

Je ne vais pas freiner un mouvement aussi digne d’éloge (vert) dit le fiscaliste pigouvien tapi à Bercy. Je serai bon-enfant et j’abaisserai mes taux de TICPP de manière significative. Et puis si le méchant pétrolier ne met pas assez de liqueur verte dans son coco, je lui ferai payer la TGAP correspondante.

Produisons donc des biocarburants disent l’entrepreneur, le raffineur et l’agriculteur dans ce qu’on pourrait appeler un chœur du progrès écologique.

Je cultive du colza dit l’agriculteur et je participe à la production d’un certain volume de biodiésel qui trouve sa place sur le marché pour une fraction de ce marché.

Mais vous n’en faites pas assez constate l’homme de bon sens. Bruxelles tient à ses pourcentages et l’automobiliste roule toujours.

Importons disent l’entrepreneur et le raffineur car le marché offre tout ce qu’il nous faut pour satisfaire la demande que la réglementation a créée. Justement le biodiésel à l’huile de palme est sensiblement moins coûteux que le produit local, et tant pis s’il est moins vert ou pas vert du tout.

Donc ils importent.

Mais vous n’y pensez pas disent tous les écologistes, l’huile de palme c’est kif-kif le nucléaire comme truc à proscrire. La forêt de Sumatra, l’orang-outan, le tigre aux babines retroussées, la biodiversité… autant de trésors à protéger. Comment ne pas entendre la plainte de l’orang-outan ?

Mais vous n’y pensez pas dit Greenpeace, toutes ces cultures intensives perturbent artificiellement le monde agricole et provoquent une montée des prix des denrées alimentaires et de véritables pénuries. La faim dans le monde progresse par la faute des pétroliers qui obéissent sottement aux injonctions règlementaires que nous avons initiées…

Cherchez les contradictions mises en évidence par l’adhésion à une idéologie mal digérée introduite dans un problème qui est et reste un problème d’économie. Pas d’économie avec un É majuscule, non, d’économies bêtes, à savoir consommer moins en consommant mieux.

Cherchez bien.

Heureusement l’électricité des panneaux solaires chinois va nous permettre demain de partir en vacances au volant de la petite Zoé que Carlos G nous prépare ou de la Super-hyper-méga Tesla dont nous rêvons tous.

 

Et qu’allait faire Total dans cette galère ?

Souvenez-vous, c’était le point de départ de mes questions et nous découvrons que l’initiative de Total constitue le meilleur révélateur des contradictions que j’évoquais à l’instant.

En 2015 Total envisage de fermer la raffinerie de La Mède, site historique de la Compagnie Française de Raffinage construite en 1935. On ne peut plus raffiner économiquement sur ce site qui emploie environ 450 personnes. La concurrence des produits finis importés est trop forte : le raffinage européen disparait au profit du raffinage du Golfe Persique ou de la Mer Rouge.

Pouyanné –eh oui, déjà lui- décide de convertir les installations pour traiter des huiles alimentaires de récupération, au moins 25 % promet-il, et toute forme d’huile végétale. De la sorte 250 emplois seront préservés en regard d’un investissement complémentaire de 275 millions d’Euros. C’est une opportunité pour Total qui peut ainsi conserver sa raffinerie et des emplois tout en consolidant sa position sur le marché d’un biodiésel rendu obligatoire par Bruxelles. Excellent pour l’inversion de la courbe du Culbuto.

Suez, associé à Total pour la fourniture des huiles de récupération s’engage à en fournir 20.000 tonnes/an et serait susceptible d’améliorer ce chiffre. Le solde de la charge sera assuré par des huiles végétales, ce qui n’est pas un détail.

Total profite de l’opportunité pour remettre en service les lignes de production rentable de la raffinerie historique en jet-fuel et en additif diésel en particulier.

Total fait la même démarche à Dunkerque, dans le cadre du projet BioTfuel pour la production de biocarburants dits de 2ème génération.

À la Mède, la production sera de 500.000 tonnes de biodiésel par an et compenserait le plus gros des volumes de biocarburants importés par Total…pour satisfaire à la règle des 10 %.

On voit que les 20 ou 30.000 tonnes d’huiles alimentaires représenterons au mieux 5 à 8 % des besoins de la raffinerie en matières premières.

La filière colza s’inquiète de cette modification des équilibres du marché car Total importera l’huile de palme nécessaire pour atteindre ces quantités, de l’ordre de 3 à 400.000 tonnes par an et produira un biodiésel bien moins coûteux que celui de la filière colza. Jusqu’à ce jour, la raffinerie Total de la Mède était autorisée à importer 250 000 tonnes de biocarburant de palme. Pour les dirigeants de Total, cela n'aura donc aucune incidence sur la filière colza. Cependant celle-ci restera plus onéreuse.

Alors d’où viendra l’huile végétale nécessaire ?

La suite du feuilleton dans « les Mystères de Bruxelles ».

En attendant les agriculteurs manifestent et je remplis, par précaution mon réservoir.

 

Quelles sont les victimes ?

La première et la plus évidente est l’opinion que nous pourrions avoir sur les compétences de nos gouvernements en matière d’approvisionnement énergétique. Ce n’est pas réellement une nouveauté.

Une autre est l’opinion que nous pourrions avoir sur les compétences de Bruxelles et sur le rôle que la France joue dans la prise de décision sur les sujets en question.

L’orang-outan : sa forêt disparaitra de toute façon même si les bobo-écolos, franchouillards et Greenpeaceux s’en préoccupent, en oubliant totalement les forces du méchant marché. Les chinois mettront la main sur l’huile de palme de la discorde et nous l’achèterons aux chinois sous une forme ou sous une autre.

 

 

Je cite en annexe deux articles récents comme illustration de la pelote du début de ce texte.

Ils sont confus à souhait et la parole est donné aux défenseurs de… Pour ces qualités-là, il faut les lire.

En gros, l’Europe calme le jeu pour une douzaine d’années –le temps que Total amortisse ses investissements- et continue de promettre que, par  ses soins, l’avenir sera verdoyant.

 

 

L’Europe interdira le biocarburant à l’huile de palme en 2030.

Le figaro du 16 juin, Delphine Denuit et Isabelle Ory.

L'accord entre le Parlement et les États intervient alors que la bioraffinerie Total de La Mède fait polémique.

L'Union européenne s'attaque à l'huile de palme et aux agrocarburants les moins vertueux sur le plan environnemental. D'ici à 2030, ils devront avoir totalement disparu des réservoirs à essence européens. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Parlement européen et les représentants des 28 États membres ont réussi à se mettre d'accord sur un compromis révisant la directive sur les énergies renouvelables. Celles-ci devront finalement atteindre 32 % de notre consommation d'ici à douze ans avec une clause de revoyure possible à la hausse en 2023. «C'est la première fois que la part des énergies renouvelables est accrue depuis l'accord de Paris», salue Neil Makaroff, responsable de la politique européenne au Réseau Action Climat.

Un calendrier décevant

Dans un contexte tendu par l'ouverture de la bioraffinerie Total de La Mède en septembre, le volet transport du compromis trouve un écho particulier en France. Le texte prévoit de plafonner les productions agricoles qui émettent trop de gaz à effet de serre à leur niveau de 2019 jusqu'en 2023. Entre-temps, la Commission planchera sur des critères précis qui permettront d'évaluer qui est vraiment vert et qui ne l'est pas. Il faudra tenir compte de l'affectation des terres - est-ce que la biodiversité est menacée? - et des émissions de gaz à effet de serre. À partir de 2023, les cultures trop polluantes devront représenter une part déclinante du mix énergétique jusqu'à leur interdiction en 2030.

Toutes ces dispositions doivent encore être validées formellement par le Parlement et les ministres de l'Énergie. Elles correspondent à ce qu'espérait la France, mais déçoivent les ONG et les producteurs hexagonaux de colza et de tournesol. Et ce, pour deux raisons essentielles. D'abord, «la date de 2019 fixée pour servir de référence n'est pas anodine, explique Neil Makaroff, puisque la bioraffinerie Total de La Mède sera en activité et pourra même accroître son importation d'huile de palme pour se laisser une marge de manœuvre». Contactés hier, les industriels se montrent prudents. Les deux grands groupes Total et Avril attendent d'analyser le texte avant de réagir. Le pétrolier prévient déjà que «La Mède a été spécifiquement conçue pour traiter tout type d'huiles». Ensuite, tous les biocarburants de première génération - colza et tournesol compris, donc - verront leur utilisation plafonnée à partir de 2020. «L'Union européenne envoie un signal pour favoriser les carburants de la deuxième génération et l'électricité verte», explique Laura Buffet de l'ONG Transport et Environnement: d'ici à 2030, les pays européens devront en effet utiliser jusqu'à 7 % de carburants à base de déchets agricoles ou d'électricité renouvelable.*

*Note naïve : je pense qu’il s’agit d’une référence à ce qu’on appelle les « électrofuels ».     

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L'UE repousse la sortie de l'huile de palme à 2030   Aude Massiot   Libé du 14 juin 2018

Dans la nuit de mercredi, les Etats membres, le Parlement et la Commission européenne se sont accordés pour repousser la fin des importations d'huile de palme pour le diesel dans douze ans 

Les négociations ont été ardues et se sont terminées dans la nuit de mercredi à jeudi. Finalement, le dossier de l’huile de palme, qui cristallise l’attention publique depuis plusieurs semaines, s’est conclu par un recul du Parlement européen.

Les eurodéputés demandaient la fin des importations d’huile de palme pour les agrocarburants (ou biocarburants) en 2021. Mais la Commission européenne et les Etats membres ont réussi à repousser l’échéance à 2030 pour tous les agrocarburants issus de cultures agricoles (soja et colza compris). Cela veut dire que les Etats peuvent toujours inclure ces carburants à base d’huile de palme et de soja, qui participent beaucoup à la déforestation et à l’émission de gaz à effet de serre, dans leurs objectifs d’énergies vertes, et leur donner les subventions qui vont avec.

 «C’est une honte que les Européens puissent continuer à brûler de l’huile de palme pendant encore douze ans, interpelle Laura Buffet de l’ONG bruxelloise Transport & Environnement. Et c’est triste que la Commission européenne ait joué un tel rôle d’obstruction dans les négociations finales.»

Les quantités de diesel à base d’huile de palme et de soja utilisées dans les pays européens ne pourront, par contre, pas s’élever au-dessus du niveau de consommation de 2019 et devront diminuer à partir de 2023 pour arriver à zéro en 2030. Les autres agrocarburants, comme le colza (pour lequel il existe de gros intérêts économiques français) sont seulement plafonnés au niveau de 2020.

Une avancée française de dernière minute.

Ainsi les Etats seront soumis à une visée non contraignante de 14% d’énergies renouvelables dans les transports pour 2030. Les gouvernements seront cependant obligés de consommer au moins 7% d’agrocarburants dits avancés (issus de biomasse, d’huiles usagées par exemple), dont 3,5% de carburants à base de déchets, les moins climaticides. «Il est regrettable que le secteur des transports, qui est un enjeu fondamental pour la transition écologique, ait subi les concessions sur d’autres secteurs de la négociation, déclare l’eurodéputée EE-LV Karima Delli.* La France a tenu une position en retrait pendant longtemps, avant d’avancer vers plus d’ambitions au dernier moment. Cela n’a pas été suffisant.»

Dans l’Hexagone, la pression publique était montée alors que le gouvernement a autorisé, en mai, l’ouverture de la bioraffinerie Total de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. «Total a réussi à éviter la condamnation de son approvisionnement à court terme mais la décision de l’Europe montre bien l’absurdité de ce projet et condamne sa viabilité économique sur le longterme», assure Sylvain Angerand de l’ONG les Amis de la Terre. Une fois ouvert, le projet pourrait consommer entre 300 000 et 600 000 tonnes d’huile de palme.

Seulement, l’accord final laisse une porte ouverte aux Etats les plus vertueux. Il permet aux gouvernements de décider d’objectifs plus ambitieux, et même d’abandonner dès 2021 les importations d’huile de palme et de soja destinés aux moteurs diesel, s’ils le veulent. «Nicolas Hulot peut et doit programmer cette sortie, en saisissant l’opportunité de la stratégie nationale sur la déforestation importée, qui doit être adoptée en juillet», appelle Greenpeace France.**

Des progrès pour les énergies renouvelables

Si le Parlement européen a fait des concessions sur le dossier huile de palme, il a obtenu une victoire conséquente, mercredi soir : l’UE devra rehausser ses objectifs d’énergies renouvelables à 32% pour 2030 par rapport aux 27% initialement proposés par la Commission européenne. Cette ambition est pour l’instant contraignante uniquement au niveau européen. Mais les discussions sur la gouvernance de l’Union de l’énergie, qui se tiendront le 19 juin, pourraient la rendre obligatoire pour les Etats. Une première. «Etant donné le poids de la France dans l’UE, cela voudrait dire que le pays devrait dépasser cet objectif de 32% fixé dans la loi de transition énergétique de 2015, explique Neil Makaroff du Réseau action climat France. Cela nous rapprocherait des ambitions de l’accord de Paris sur le climat, de limiter à au moins 2°C la hausse des températures mondiales d’ici la fin du siècle.»

Les trois institutions européennes se sont aussi accordées pour la première fois à soutenir officiellement le développement des énergies renouvelables citoyennes, avec une possible exemption pour les particuliers de certaines taxes auxquelles sont soumis les énergéticiens.

De son côté, la FNSEA, le syndicat français agricole majoritaire, a annoncé mercredi un arrêt du blocage de dépôts et raffineries pétroliers qui duraient depuis dimanche, s’estimant satisfaits des garanties accordées par le ministre de l’Agriculture sur certaines revendications.

*Note : Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.

**Autre note naïve : nul ne doute que la participation de Hulot à ce dossier apportera un éclairage nouveau.

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Total pourrait bien céder à la tentation de bazarder définitivement La Mède en oubliant les 250 emplois et en économisant ce qui reste des 275 millions d’investissement non encore engagés. Total s’en relèverait.

Ce scénario est improbable car Total ne saurait se désengager du marché national de la distribution, biocarburant ou pas. Mais je suis convaincu que plus d’un dirigeant du groupe n’en pense pas moins qu’on les fait tourner en bourrique sans trop voir de finalité, ni de fin à ces postures règlementaires. 

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 Une conclusion empruntée à l’excellent Jancovici qui nous disait en août 2010 :

 …. l’on peut néanmoins envisager quelques millions de tonnes de biocarburants en France sans inconvénient ingérable. Encore une fois, nous n’y sommes pas pour faire rouler la voiture de Monsieur tout le monde au biocarburant, mais sachant que la consommation de produits pétroliers de l’agriculture est de l’ordre de 4 Mtep dans le pays, pourquoi ne pas affecter prioritairement ces biocarburants pour faire rouler les tracteurs ? On pourrait ainsi partiellement protéger une profession qui est souvent financièrement tendue – les agriculteurs – des soubresauts du marché pétrolier, le prix des biocarburants ne variant pas aussi vite que ceux du diesel en cas de hausse brutale de ce dernier (et ne variant pas du tout si ces biocarburants sont produits avec des calories nucléaires).

On achèverait ainsi de traiter ce dossier des biocarburants pour ce qu’il est vraiment, au moins aujourd’hui : un intéressant problème de politique agricole, mais un enjeu secondaire de politique énergétique. Sur ce dernier point, il vaut bien mieux commencer par faire de sérieuses économies d’énergie pour s’affranchir du pétrole que de tout miser sur un « pétrole vert », qui sera justement d’autant plus intéressant en proportion de la consommation que cette dernière aura commencé par sérieusement baisser avant.

 

17 juin 2018