Sortir de la confusion et ne pas répéter constamment les mêmes erreurs      04 septembre 2018

 

Le mot confusion est revenu dans la première partie de ce texte comme une litanie. Il faut préciser en quoi consiste cette confusion et comment la résoudre.

Il s’agit de définir  une frontière entre ce qui, dans la pensée écologique « globale » comme elle a été analysée, retentit fortement sur l’activité économique et ce qui relève du bon comportement des citoyens-consommateurs.

Cette frontière est difficile à déterminer : le guru et la passionaria ne s’embarrassent pas de cette subtilité et mettent au même plan des sujets aussi différents que celui des mégots sur les plages ou du nucléaire dans la production énergétique.

L’image est exagérée certes.

Pour le mégot sur les plages, pour la carcasse de frigidaire jetée à la rivière, pour le matelas abandonné sur le trottoir le bon sens (pas aussi commun qu’on le croit) donne immédiatement la réponse. Il faut vouloir être propre et assumer pleinement, soi-même, les conséquences de sa consommation. Le citoyen reste propriétaire de ses rejets et la collectivité ne peut que l’aider à en disposer afin d’en assurer la meilleure réutilisation.

Se pose alors le problème de la qualité de la consommation. Toutes les consommations ne se « valent » pas. Se loger, se nourrir sont de consommations incompressibles (même si on peut porter jugement sur des excès ou des carences) alors que le fait de traverser la France en voiture pour aller passer un weekend  « au ski » ou au « festival de jazz » constitue une consommation sinon inutile, du moins d’intérêt discutable pour la collectivité. Cependant on ne peut attendre du législateur-fiscaliste-pigouvien qu’il établisse un barème des taxes carbone pour différencier le gasoil du monsieur qui conduit sa parturiente de femme à l’hôpital de celui qui, par discrétion, rejoint sa maîtresse loin de chez lui.

Il est donc difficile de « qualifier » la consommation dans un système économique qui  repose  sur la nécessité  de constamment « relancer » la consommation. Le dilemme est que la consommation est à la fois (en même temps) ressource fiscale et maillon d’une croissance vertueuse, alimentant production et emploi ou gaspillage de ressources inutilement consommées.

On parle ici de façon générale.  Le cas de la  France est différent : comme les français ne travaillent plus et ne produisent plus, leur consommation ne peut que produire du déficit (commerce extérieur et budget) et de la  dette et, serait-on tenté de dire, ne « sert » à rien.

Il faut donc admettre un panachage entre des consommations éminemment légitimes et une certaine quantité de consommation économiquement-écologiquement admissible et nécessaire.

Heureusement, sinon le monde devient –c’est la mode du moment- Orwellien.

Donc, les Écolos !

La protection de l’environnement, le discours sur l’équilibre du vivant dans la maison, sur la terre, voilà leur terrain et leur origine. Malheureusement depuis Dumont, Saint-Marc* et quelques autres la compétence en ses sujets a disparu pour laisser la place au galimatias démago-bonimenteur de personnages secondaires de la vie publique occupant  désormais un terrain, hélas insuffisamment couvert par les gouvernements successifs.

On ne revient pas sur le problème de la  pollution industrielle : les arbitrages sont  complexes et le problème est rarement national. Le plus souvent l’industrie polluante opère dans un cadre de compétition entre pays producteurs sur un marché mondial. Vouloir bien faire, comme on l’a déjà dit, conduit à la délocalisation et à la perte de l’emploi. La pollution se fera ailleurs. Il est alors facile de penser qu’une pollution « ailleurs » ne nous concerne pas, comme ne nous concerne plus l’emploi en question. Il est à craindre que dans le cas des émissions de GES et dans bien d’autres domaines cette manière de repousser le problème chez le voisin ne soit pas une réponse.

Le mot confusion ne convient plus et nous allons en abordant le sujet de l’approvisionnement énergétique du pays être conduit  à parler de contradiction.

Que cela plaise ou non, à des degrés divers, la croissance de l’économie suppose, exige et repose sur une augmentation de la consommation énergétique. Ce n’est pas un acte de foi, ce n’est pas un axiome ou une vérité révélée. Ce n’est qu’un constat.

Une forme d’autisme fait dire (on n’ose croire qu’ils pensent) à certains qu’une réduction de la consommation nécessaire d’énergie sera possible sans que l’ossature économique et industrielle du pays en soit affectée.

L’argument est le plus souvent que les services sont moins consommateurs d’énergie que l’industrie lourde et manufacturière. Bien que cela reste à démontrer, on peut entendre cet argument. En conséquence, de la  même  façon que pour la pollution évoquée dans le § précédent, on laissera la production lourde et manufacturière se faire « ailleurs », ce vaste ailleurs des pays qui ont une balance des paiements équilibrée (positive), une dette utile et contrôlée (nulle) et comme par miracle un chômage minimal.

Les pays écologiquement éduqués font le souhait que leur économie repose sur des services cependant que des pays moins sourcilleux n’oublient pas de les ajouter à leur panoplie de compétences et de production.

Que l’on sache, les Gafam qui ne sont pas une spécifité française se sont  bien  développés dans un environnement dans lequel on ne confondait pas constamment la protection du grizzli et l’exploitation des champs de pétrole, fut-ce à l’excès.

Alors les pays en question triomphent dans l’industrie ET dans les services alors que la  France vertueuse mais décroissante s’entête à fabriquer son PIB avec des grèves et un niveau de dépense publique unique au monde.

Il nous reste le tourisme et dans cette branche quelques centaines de milliers d’emplois à pourvoir…Mais ceci est une autre histoire.

L’autre argument déjà largement commenté est que l’on peut sans difficulté, sans s’en apercevoir, remplacer des centaines de Térawattheures thermiques ou nucléaires par des dizaines de Gigawattheures de bricolages solaires ou éoliens. Ne revenons pas sur ce sujet.

Cette contradiction entre croissance-énergie et idéologie-écologie est incontournable.

Pour tracer un chemin d’équilibre entre ces deux pôles il faut une conscience écologique mure et une superbe connaissance des problèmes du monde de la production et de la distribution de l’énergie.

Réunir les  deux problèmes  dans un même ministère suppose de trouver la personne qui serait ce phénix mariant le sentiment écologique et les compétences techniques.

Et non pas la triste succession des pitres et bouffonnes qui ont occupé(e)s le poste.

Séparer les deux choses et créer deux ministères conduit à arbitrer constamment entre des forces opposées.

Il est à craindre que le Divin enfant, notre petit Jupiter encore tout potelé au berceau du pouvoir n’ait même pas la perception de cette difficulté. Aurait-il eu cette perception, sa première décision en prenant ses fonctions aurait été de  mettre prestement au panier la loi de transition du machin du truc de la folle.

 

Mais tout ceci n’est que du rabâchage et a été dit cent fois. Suffit.

 

*« Il faut que nous nous disions que depuis que l’homme est apparu sur la terre, jusqu’à maintenant, nous avons vécu sur une certaine conception : la conception que la nature était un bien gratuit, illimité, éternel. Il faut que nous nous disions au contraire maintenant et pendant tout le temps où l’humanité durera sur la terre, que la nature devient un bien rare, que c’est un bien qu’il faudra payer, payer de plus en plus cher si nous voulons le conserver, c’est un bien qui risque d’être temporaire et temporaire comme nous, c’est à dire que nous disparaîtrons avec lui. C’est donc un bien essentiel et par conséquent, il doit être le bien de tous. C’est ce que j’ai voulu dire quand j’ai parlé de “socialisation de la nature”. J’ai pensé qu’en fait, il fallait une politique humaniste à l’égard de la nature et non pas une politique matérialiste. Une politique qui essaie de préserver ce bien commun, qui essaie aussi d’en faire bénéficier l’ensemble de la population et non pas quelques privilégiés seulement. Nous ne pouvons pas laisser approprier les grandes richesses du monde naturel par une minorité car nous aboutirions sans cela à une situation révolutionnaire. »

— Philippe Saint-Marc, Socialisation de la nature, 1971