Nous sommes à quelques jours d’un mouvement populaire, une manifestation spontanée de la population rurale et péri-urbaine qui n’accepte pas la hausse des prix à la pompe des carburants et qui s’étonne de surcroit que les pouvoirs publics dénoncent l’usage du gazole après en avoir fait la promotion pendant de longues années. Ce mouvement traduit « en même temps » un mécontentement général et confirme la baisse de popularité du Président.

Le gouvernement révèle son trouble par des bidouillages et des incohérences où se mêlent et s’entrecroisent le pouvoir d’achat, la taxe d’habitation, l’avenir de la planète, les oxydes d’azote et l’incontournable voiture électrique, clé du bonheur futur, source du Bien Commun.

Bien malin qui peut prévoir comment évoluera ce mouvement, ni de quelle façon il sera récupéré par les partis politiques et les syndicats.

Encore plus malin celui qui expliquera à notre Président comment se dépatouiller d’une situation dans laquelle il s’est délibérément laissé enfermer. Il est pris, et les français avec lui, dans un piège.

Il est à craindre qu’il n’y parvienne pas, que nous n’y parvenions pas et que cet épisode ne soit que le prélude de troubles sociaux, politiques qui entraveront notablement les efforts qu’il faudrait poursuivre pour améliorer la situation économique du pays : dépenses publiques, dette… dans l’hypothèse optimiste d’une prise de conscience de la réalité et de l’urgence de ces questions.

La refondation de l’Éducation Publique est un préalable à quelque action que ce soit.

 

Dans quel  piège Macron s’est-il laissé enfermer ? Comment s’articule l’argument ?

Première mâchoire du piège : la place réelle de la France et son rôle dans le problème mondial du réchauffement climatique.

Seconde mâchoire du piège : l’idéologie absurde d’une écologie de l’ignorance et du déni.

 

La place et le rôle de la France dans le réchauffement climatique

 

Rappelons les chiffres utilisés dans un commentaire récent : Mensonges et délires politiques du 9 novembre.

L’économie française produit 1 % de l’énergie mondiale sous forme essentiellement de chaleur nucléaire et de chute hydraulique. Ces deux productions sont par nature inéluctables ; que l’une et l’autre soient captées n’intervient pas dans le bilan global : l’uranium subit la fission (1) et l’eau s’écoule.

La France achète sur le marché mondial de l’énergie 0.7 % du volume global de ce marché sous forme de pétrole et de gaz. Cette énergie est consommée par le transport, le chauffage domestique et les rares vestiges industriels qui subsistent. Du gaz et encore un peu de charbon viennent compléter si nécessaire la production d’électricité nucléaire.

À l’échelle mondiale La France n’est donc pas un acteur de production d’énergie et un acteur réellement minime de la consommation de produits émetteurs de GES.

Agir sur les 0.7 % en question revient à agir au niveau du « pour mille » de la consommation mondiale.

 

Une conclusion brutale est de dire et de faire comprendre que la France n’a pas la moindre influence sur ce vaste problème qui est fondamentalement posé par la consommation des USA et de la Chine.

Au moins 30 % de la production mondiale est absorbée par ces deux pays. Ils sont l’un et l’autre engagés dans des processus qui reposent sur une croissance soutenue, croissance inaccessible à l’économie française, avec au premier chef l’accroissement des dépenses militaires.

Les américains affichent ouvertement leur intention de ne pas respecter les accords –non contraignants- des COP successives  et de relancer le charbon tout en accélérant les extractions pétrolières et gazières.

Les Chinois pratiquent un jeu plus subtil : leur consommation croit mais ils tentent d’assainir leurs mégapoles qui sont devenues invivables. Cependant dans tous les secteurs énergétiques leur consommation augmente. Ils développent donc massivement leur production électrique nucléaire et photovoltaïque.

 

En ne considérant que le pétrole, la production croit de 1 à 1.5 % annuellement ; l’équilibre du marché est au hasard de leurs humeurs et de leurs besoins assuré par les producteurs du Moyen-Orient qui compensent jusqu’à présent les déficits de production libyen et vénézuélien. Nul doute qu’à un moment donné, il faudra retourner s’occuper des réserves du pays de Maduro.

La France comme unité économique, n’est ni coupable, ni responsable ; seulement un figurant impuissant du drame.

 

L’utopie écologique en matière de consommation énergétique

 

Une autre formulation est de dire que le monde de l’énergie, considéré globalement, ne s’est en rien engagé dans ce qu’il est convenu d’appeler une Transition Énergétique. Ce concept de transition repose sur l’idée que dans un avenir proche, de façon pratique la production d’électricité éolienne et photovoltaïque, actuellement au niveau  de 2 % du total, pourrait remplacer une quantité significative des autres formes de production, qui reposent toutes sur la combustion du carbone. Il est bien possible que la résolution du problème de stockage de l’électricité permette plus tard d’avancer dans cette voie n augmentant la part de l’électricité primaire mais rien ne permet de mettre une date sur cette possible évolution. Et si transition il doit y avoir elle se fera sans que la France y contribue.

De plus les réserves de charbon restent abondantes. La réduction sur le pétrole provoquera d’abord un retour sur le marché du charbon…

En tout état de cause les aéroplanes exigeront du kérosène et la pétrochimie exigera du pétrole ou du charbon…

 

Lorsque les ressources diminueront et que la raréfaction de la matière se fera sentir, le monde des hommes s’adaptera suivant des modalités que notre temps n’imagine pas et qu’il est illusoire pour une fraction infime de la population mondiale, le 1 % de la France, penser les prévoir et les piloter. Cette illusion est d’autant plus absurde que ce 1 % de la population mondiale vit à crédit dans une économie qui ne produit plus grand-chose et qui  ne dispose au-delà d’une relative autonomie agricole d’aucune ressource naturelle.

 

Mais rien n’y fait, l’utopie prend le pas sur la bon sens et la  France tombe dans la démesure, perd le sens des réalités. Par ignorance, stupidité et calcul politique cette utopie est devenue une vérité, puis un dogme et même une Loi.

 

Cette Loi est la célèbre Loi de transition…

 

Fabuleuse est la capacité des dirigeants de notre pays à ne plus percevoir les réalités, tout occupés qu’ils sont à courir après des gloires anciennes depuis longtemps évanouies.

C’est que la France a de l’influence. Elle n’a plus que cela, mais cette influence elle entend la conserver à tout prix. Pour satisfaire cet appétit d’influence il lui faut des causes à défendre.

Accueillir des immigrés est un bon thème mais le peuple semble réservé sur le sujet. Un sujet moins directement ressenti dans la rue ferait mieux l’affaire : la lutte contre le réchauffement climatique, voilà le sujet idéal. Le peuple ne peut que souscrire. Jusqu’au point où…

Ainsi elle fait sienne un combat qui la conduit à sauver la planète. Elle va jusqu’au récent : « Make our planet great again » pour tancer le plus mauvais élève qui, il faut le regretter, se conduit mal.

Elle soutient les moulins à vent d’une écologie des illusions.

Dans ce combat, auquel elle est seule à donner un sens, elle mène la charge. Elle entraine la troupe des nations derrière elle. Le grand œuvre est la fabuleuse COP 21. Tous se sont ralliés. Quel succès ! Un triomphe Royal.

 

Un facteur aggravant : la haine du Nucléaire

 

Le texte qui suit est extrait d’un papier précédent. Il est encombrant dans le cadre de cette mise au point, mais il met en perspective d’autres segments du dogme évoqué ci-dessus. Ref : l’Électricité en France, 4ème partie de mars 2018

 

L’autre sujet concerne … la « haine du nucléaire ». En tout cas son rejet. Ce syndrome est mondial et la France n’est pas le pays le plus affecté.

Le mal est profond.

L’énergie nucléaire, en 1945, a fait son entrée dans nos vies par la mauvaise porte : la porte de la guerre et de la destruction. Qu’importent les comparaisons entre Dresde et Hiroshima, le versant « magique et apocalyptique » de l’arme ne disparaitra jamais.

Le nucléaire civil, chaleur-vapeur-électricité, aurait sans doute pu ne pas être ignominieusement marqué par la Bombe mais les accidents de Three Miles Island en 1979 et de Tchernobyl en 1986 ont, pour longtemps fait entrer l’atome civil dans le royaume des Forces du Mal. La catastrophe de Fukushima en 2011 vint achever cette descente dans l’enfer des opinions publiques.

C’est un état de fait et seuls les régimes autocratiques qui « font » les opinions arrivent à passer outre et à conduire des programmes nouveaux de construction de centrales nucléaires…et thermiques aussi bien !

L’origine de ce malentendu entre l’homme et la radioactivité tient au caractère secret de celle-ci. La foudre frappe et incendie, le vent abat les forêts, la tempête ravage les côtes, les volcans explosent  alors que la radioactivité est simplement là, endormie, recouvrant tout mais paisible et sans le moindre excès. Elle est l’essence même du soleil, elle rayonne avec lui dans notre ciel. Notre terre irradie elle-aussi en souvenir de son origine, en quelque sorte chaude et « radieuse ».

Elle n’est entrée dans nos vies, et cette fois ci par la petite porte des laboratoires, qu’au seuil du 20ème siècle. Les historiens de sciences nous disent par quels chemins, depuis les images des Rayons X, nous en sommes arrivés aux savants fous des années noires murissant l’idée que la concentration de cette force omniprésente et diffuse autoriserait les Prométhées de notre temps à domestiquer cette immense énergie.

Comme presque toujours dans l’histoire de l’Homme, le chemin est celui de la bataille, de la guerre.

L’arc du chasseur tue la biche mais mille arcs éradiquent la chevalerie du bon Roi Philippe. Une bombe lancée depuis le biplan de la grande guerre détruit le nid de mitrailleuse mais dix-mille bombes font disparaitre Dresde. Pour Hiroshima, une seule bombe suffira.

La paix reconnait cette énergie et veut, elle-aussi la domestiquer : il suffit de ne pas aller jusqu’à l’explosion.

Simple, non ? Pas d’explosion : reste la chaleur.

La règle du jeu est donc de maîtriser en toutes circonstances le combustible-explosif que nous mettons dans la marmite à bouillir : l’erreur conduit le combustible à redevenir l’explosif.

Cependant l’homme ne hait pas l’arc, il adore l’avion et les américains, nous dit-on, ne peuvent pas s’endormir sans un colt sur leur table de nuit ; alors que l’atome est resté invisible, secret et magique. On ne le voit pas et on ne le comprend pas. Cette peur de l’énergie nucléaire empêche l’acceptation de l’existence même d’un phénomène naturel qui, littéralement nous imprègne.

Cette peur et cette diabolisation surplombant les réalités techniques s’engouffre dans le vide intellectuel d’une oligarchie politique inculte scientifiquement et coupée du monde de l’industrie et de l’énergie.

Le fait brut est que depuis 50 ans la France produit, avec l’appoint de la houille blanche, l’essentiel de son électricité au moyen d’un outil qui a fonctionné parfaitement, régulièrement et à un coût comparable à celui des sources carbonées. L’Autorité de contrôle dont l’exigence ne saurait être mise en doute donne son accord pour continuer l’exploitation de cet outil par tranche de 10 ans au prix d’efforts de sécurité accrus.

Et bien non ! Nos ombres chinoises mettent toute la puissance des rumeurs en action, entrainent dans leurs errements les « forces du progrès » de la présidence Hollande et vont finir par obtenir qu’on mette à la casse un parc de production, déjà amorti et susceptible de travailler longtemps encore.

L’exemple allemand, pourtant exemplaire ne sert de rien.

Le très cultivé Macron n’a pas de temps pour ces détails et en confie le suivi à son pitre de service.

Leur triomphe est la Loi de Transition Énergétique qui devient la Bible de l’Antinucléarité.

 

La taxe carbone

 

Au-delà du fatras le l’expression d’un grand nombre de « bonnes intentions » la Loi de Transition… s’articule sur trois thèmes.

 

La France doit réduire sa production d’électricité nucléaire : c’est le dogme. Donc il faut fermer des unités de production qui fonctionnent de façon satisfaisante, n’émettent pas de GES, sont amorties et certifiées opérationnelles pour encore de nombreuses années par l’ASN. Comprenne qui  pourra.

Leur production sera remplacée par de l’électricité éolienne ou photovoltaïque. Les équipements nécessaires sont entièrement importés car l’industrie nationale n’a  développée aucune filière dans ces domaines. Ils demandent un espace qui dans le pays est maintenant compté donc onéreux. Mais surtout la production de ces outils est soumise à des variations climatiques qui obligent à la compenser par des productions de centrale thermique ou par des acrobaties dans l’exploitation des centrales nucléaires, acrobaties consistant à réduire délibérément la production nucléaire pour pouvoir consommer l’électricité dite verte. Avec l’aide de la CGT, mais cette remarque est hors sujet.

Il faut limiter la consommation de combustibles carbonés : charbon, gaz, pétrole.

Il est plus que légitime de réaliser des économies sur un tel poste de dépense : tous les produits sont importés et leur importation accentue un déficit commercial qui n’en a nul besoin. Il est idiot de gaspiller de l’énergie en émettant des GES. Le citoyen doit donc dans la mesure du raisonnable limiter sa consommation. Son civisme est le principal vecteur de ce comportement économe et vertueux.

L’État encourage cette évolution en appliquant une taxe nouvelle précisément qualifiée de Taxe Carbone. L’idée n’est pas neuve et la vente des produits pétroliers est depuis longtemps/toujours affectée par la taxation. Cette taxation représente un élément important des ressources fiscales.

Cette taxe aurait pu prendre la forme d’un droit de douane affectant les hydrocarbures et le charbon à leur entrée dans le pays. La réglementation européenne n’autorise pas une telle mesure ; au demeurant de nombreux secteurs industriels déjà en grande difficulté n’y survivraient pas.

La Taxe Carbone (Contribution Climat-Énergie) adoptée par le gouvernement Hollande dès 2014, et incorporée à la très ancienne Taxe Intérieure appliquée à la pompe est perçue par Bercy comme un cadeau tombé du ciel où scintillent les astres de l’écologie et sera donc saupoudrée et ponctionnée sur les prix à la consommation.

 

Sa particularité est son caractère automatique : Elle est programmée par la loi et augmentera fortement et rapidement. Il est délicat pour le public de mesurer son montant car elle est calculée sur des poids de CO2 produit par tonne de carburant.(2)

Ironie mais il n’y a pas de petit profit, la taxe est soumise à la TVA.

Son impact initial en 2014, sur la base de 7 E/t ne fut pas sensible : le gouvernement baissa la taxe existante du montant ajouté par la nouvelle  taxe.

Mais la loi de 2015 rend effectives ces augmentations et en prévoit la croissance à la façon d’une charge héroïque : de 8.4 E/tCO2 en 2014, la taxe passe à 53.5 E en 2018, puis sera de 78.5 E en 2020  pour atteindre 100.3 E en 2022 ; certains souhaitent voire la taxe atteindre plusieurs centaines d’euros à l’horizon 2050. (3)

 

Remarque sur les taxes à la consommation

 

En affectant une fraction estimée des conséquences négatives d’une consommation (les externalités) au prix d’une marchandise, le fisc dote l’État d’un levier pour agir sur un marché donné en réduisant son volume. Il accroit « en même temps » ses revenues même si le produit de la taxe est déclaré affecté à la lutte contre les dommages de la consommation : l’acheteur taxé est aussi le contribuable ordinaire et doute en général du bienfondé et de l’honnêteté de la démarche.

Sur un marché donné une réduction de la consommation par la taxation entraine chez les producteurs des difficultés qui retentissent dans le système global et donnent naissance à des mouvements en retour et mettent en évidence des effets secondaires sous-estimés lors de l’instauration des mesures coercitives.

Mais le consommateur est affecté par l’augmentation du prix de la marchandise ; il n’entend le message transmis par le fisc que dans la mesure où il croit qu’il participe à une action légitime et « juste » ; mais aussi dans la mesure où il peut « naturellement » agir sur sa dépendance au produit consommé.

 

Dans toutes les  consommations ces facteurs se prêtent à l’analyse : il est clair pour tous que consommer des stupéfiants n’est bon ni pour l’individu, ni pour le corps social. Cependant laisser se poursuivre le commerce des drogues dans les banlieues des métropoles est toléré car cela génère une activité rémunératrice dans des zones dans lesquelles l’État n’a plus d’existence ; on laissera donc ce marché s’organiser tout seul. Parallèlement le gouvernement marocain n’exerce probablement pas tous ses efforts pour réduire la production du cannabis. Alors le marché étant reconnu et toléré, n’est-il pas légitime de le légaliser. La tentation est grande car la ressource fiscale en serait augmentée.

Alcool, viticulture, santé publique, sécurité routière, marché à l’exportation, désarroi de la jeunesse et quoi encore offrent le plus évident de ces entrelacs où s’englue le pouvoir public.

À d’autres moments pour les meilleurs raisons du monde, on voit le sucre ou l’huile de palme jouer ce rôle de produit coupable : si le produit est peu addictif, cela fonctionne. Est-ce le cas du sucre et comment lutter autrement contre une obésité devenue « normale » ? Qu’en pensent les industriels de l’industrie agroalimentaire ?

 

Il faut retenir de ces remarques le point important suivant : pour accepter une taxe pigouvienne, (4) il faut que le consommateur puisse « naturellement » réduire sa consommation et modifier son comportement.

Ainsi, on peut naturellement ne pas fumer, boire pas ou moins d’alcool, mettre moins de sel dans sa cuisine (pas facile !) (5) ou ne pas prendre son auto pour éviter de marcher quelques centaines de mètres. Mais on ne peut pas « naturellement » marcher 25 km AR chaque jour si on habite à cette distance de son usine.

Voici le cœur de l’argument : si on habite à  25 km de son lieu de travail la voiture individuelle est la réponse « naturelle » au problème. L’État  dépend (emploi, balance commerciale) de l’industrie automobile et a encouragé l’accession à la propriété de petit véhicule diésel. Organiser les transports publics suppose une capacité d’organisation et d’efficacité qui ne soit pas grevée d’entrée de jeu par la fonctionnarisation, les lourdeurs de l’administration…et les coûts qui en résultent.

L’usager est donc contraint et il perçoit la taxe supplémentaire comme illégitime et injuste.

 

En résumé

 

Les nations qui consomment de l’énergie continuent d’accroître leur production et d’une façon générale, le monde n’est en rien engagé dans une « transition énergétique ». Les États-Unis affichent une politique de production accrue et les Chinois, sans en faire une politique affichée font de même.

 

La France n’est pas un acteur de cette production ; sa consommation est insignifiante. Son rôle sur la scène internationale est celui d’un relais d’opinion sur le problème climatique reposant sur une influence supposée. La France souhaite se poser en exemple et le dit haut et fort.

 

Un mélange toxique d’hubris, d’idéologie politico-écologique, de déni des réalités et des chiffres conduit la France à adopter sans raison réelles des politiques d’abandon de l’outil nucléaire. En compensation on favorise des investissements inutiles dans des filières de production non rentables, inadaptées au réseau électrique national et financées par la dette.

 

S’ajoutent de maladroites tentatives de réduction de la consommation de produits pétroliers par des taxes imposées rapidement et inopportunément, perçues par l’usager comme « la goutte d’eau qui… » : Adoption d’une taxe carbone frappant d’abord des utilisateurs contraints professionnellement, socialement donc financièrement au moment où intervient un renchérissement du brut.

 

La Loi dit que cette nouvelle taxation doit croître pour atteindre des niveaux que l’automobiliste juge inacceptables.

 

Confusément chacun perçoit clairement la nécessité de ne pas gaspiller l’énergie carbonée mais tout aussi confusément le citoyen-contribuable-automobiliste ne croit pas à l’efficacité de la politique du gouvernement pour la solution d’un problème mondial.

 

Les moyens modernes de communication permettent sur de initiatives privées de rassembler et de souder les doutes et les mécontentements.

 

Les gilets jaunes se rassemblent et font ce que tous les manifestants savent faire : bloquer la circulation.

 

 

 

1. L’uranium subit la fission mais il est certain que la concentration qu’il subit accélère la vitesse et le niveau des radiations. Un spécialiste dirait combien.

2. Pour des estimations d’ordre de grandeur, une règle simple (simplifiée) est qu’une tep  produit une tonne de CO2.      

Tonne de CO2 et tep

   

3. Imaginons un baril à 50 $, soit une tep à 400 $. Si la taxe est de 400 E, on constate que la taxe est d’un montant à peu près équivalent au coût du produit. Le client à la pompe paie alors 1 E de produit, 1 E de TICPE « ordinaire et en prime 1 E de CCE (Taxe carbone).

4. On ne peut pas résister au délicat plaisir de pigouver un brin.

5. On ne regrettera pas la disparition de la gabelle.

13 novembre 2018

Addendum le 20 novembre

La manifestation a eu lieu le 17 novembre, s’est poursuivie les jours suivants et continue au moment où s’écrivent ces lignes.

Le piège a de puissantes mâchoires. Le prix des carburants a servi à allumer l’incendie mais toutes sortes d’autres frustrations ont trouvé leur expression. Le « pouvoir d’achat » devient mot d’ordre.

Un rejet massif de tout le système politique et syndical s’exprime et dérive dans le vide d’un refus global, sans programme et sans support théorique.

Le gouvernement, coincé dans le piège, maintient et affirment le bienfondé de ses bêtises : Il a impérativement besoin des milliards de la taxe. Les bricolages évoqués tournant tous autour de l’achat de nouvelles autos prennent l’allure d’une nouvelle provocation.

La manifestation importante le premier jour ne gagne pas en ampleur ; comme il était prévisible des éléments perturbateurs se sont mêlés aux gilets jaunes et certains d’entre eux se « radicalisent »…

Elle gagne en violence : 2 morts, des centaines de blessés.

 

Une analyse simpliste : Macron avait agrégé lors de l’élection présidentielle un électorat centriste, séduit par sa jeunesse ; en adoptant une large partie du programme de Fillon,  il n’avait pas effarouché l’électorat centre-droit de ce dernier. Il a été élu mais une moitié de la population sensible aux voix des extrêmes n’a jamais réellement admis la défaite.

En dépit de certaines réalisations partielles, Macron n’a pas su conserver l’appui provisoire du centre-droit en majeure partie en conséquence de trop nombreuses maladresses et de quelques grosses sottises. Il ne doit qu’au retrait de Juppé de ne pas avoir d’opposition réelle à droite.

Mais les groupes extrêmes (hâtivement qualifiés de populistes) finissent par se rejoindre, hors programme et hors support théorique. Ils se rejoignent dans l’expression populaire, confuse et maladroite d’une jacquerie qui laissera des cicatrices, si elle s’arrête et quand elle s’arrêtera.

Sans être un grand clerc, on peut imaginer le pire lors des prochaines élections européennes et le pire du pire dans trois ans.