J’étais bien embarrassé. Un couple de mes amis est venu me visiter. Il s’agissait de remplir je ne sais quel document pour l’inscription de leur enfant à l’école de leur bourg.

Ils offrent un cas particulier.

Mon ami, le pauvre mari, avait des spermatozoïdes défaillants et comble de malheur son épouse ne présentait à leurs appétits que des ovocytes paresseuses.

Ces braves gens étaient cependant, en dépit de ces circonstances défavorables et peut-être encouragés par l’adversité, tenaillés par un très légitime « désir d’enfant ».

Je ne parle pas de cette chose car je fais partie des déficitaires affectifs qui ont toujours pensé que les enfants « advenaient » et que leur avènement à la position d’Enfant Roi n’était rien d’autre que du présent se transformant en avenir. Peu de place pour le désir ou le besoin d’enfant…

Mes amis, effarés et effrayés par les démarches et les aléas de l’adoption, ont choisi une fabrication artisanale en regrettant au passage qu’il n’y ait pas d’AOC ou de label rouge, sans oser penser à l’étiquette Bio.

Ils ont donc fait leur marché et ont fait emplette de spermatrucs actifs et d’ovocytes accueillants auprès de producteurs des deux sexes dument agréés, sans discuter les tarifs, tout concernés qu’ils étaient par la qualité des produits.

Munis de ces ingrédients ils se sont mis en quête d’une auxiliaire de vie –au vrai sens du terme- désireuse de servir de support à leur entreprise et ont passé marché avec une dame qui fait métier de cette activité.

Requérir les services d’une porteuse locale, bretonne par exemple n’est malheureusement pas autorisé dans notre cher et vieux pays.

Aux USA, le portage pour autrui est un vrai business, la chose est commode et les avocats peuvent documenter le deal. Mais l’enfant tant désiré est et reste américain et ne peut légalement pas devenir l’enfant « désiré » du couple.

On écarte a priori les Indes : on ne sait pas de quelle caste serait le rejeton.

Je ne sais si mes amis ont choisi le chemin de la production française, chemin Montebourgeois mais illégal ou s’ils ont trafiqué l’immigration clandestine d’un jeune américain, Trumpiste à rebours.

Surgit donc dans leur vie le papelard d’inscription scolaire.

Dans un souci de transparence je leur conseille donc de tout mettre en lumière et sur la table.

Parent 1 : Le père

Parent 2 : La mère

En se référant aux fonctions ultérieures.

Mais aussi

Parent 1bis ou Parent 3 au choix : le fournisseur de spermatrucs.

Parent 2bis ou Parent 4 : la productrice d’ovocyte

En référence à des fournitures indispensables.

Et enfin

Parent 5 : la dame qui a porté, dernier étage de cette fusée du miracle des temps modernes de la conception à la carte.

 

Ils soumettent cette idée à Madame ÉducNat.

Gageons que cette proposition qui prévoit presque tous les cas et dont la clarté s’impose sera retenue. Dorénavant le cas de mes amis ne sera plus oublié.

Il ne me reste qu’un doute ou plutôt un regret : que se passera-t-il lorsqu’une cocotte-minute –forcément intelligente et artificielle- aura remplacé la dame du portage ? Faudra-t-il désigner le robot-porteur et lui conférer un rôle parental ?

Je reste en contact avec les députés de la majorité : un amendement en ce sens est à l’étude.

 

Naïvement votre                                                                                                                                   16 février 2019