Ségolène et Emmanuel, une passion carbone

Ou

C’est quoi l’industrie ? Vous avez dit pétrole ?

Comédie bourgeoise des beaux quartiers et des belles âmes

 

L’énergie produite et consommée dans de monde provient en majeure partie du carbone stocké sous terre, associé à des degrés variables à de l’hydrogène.

Carbone pur, Charbon, Houille : on le brule tel quel.

C’est l’histoire du 19ème siècle.

En lui ajoutant de l’hydrogène, on en fait aussi un gaz qui éclaire les villes.

Carbone et un bon paquet d’hydrogène, Pétrole : on le distille et on le brule en supplément du charbon. C’est l’histoire du 20ème siècle.

Le moteur au pétrole est plus léger et plus commode que le moteur « au » charbon.

Carbone et le plus possible d’hydrogène (4H pour un C), le Gaz : on le brule en supplément du charbon et du pétrole. C’est et ce sera l’histoire du 21ème siècle.

Ces histoires se chevauchent et s’entremêlent. Aucune n’est achevée et spécialement celle du charbon.

Charbon et pétrole sont faciles à transporter et à stocker et faciles ou très faciles à distribuer. (1)

Le gaz est d’usage commode mais de gros investissements sont requis pour le transporter, le stocker et le distribuer.

Le pétrole produit relativement aisément par raffinage toute un catalogue de substances liquides (et du gaz plus ou moins utilisé) qui satisfont à une vaste gamme de besoins. (2)

Leur distribution est facile et d’une grande sûreté. (3)

Très lourds, visqueux : sur les routes ou comme base pour d’autres usages, lubrifiants, pétrochimie…

Lourds mais liquides : Chaudières industrielles, moteurs diésel de la marine.

Diésel et essence : tout le transport terrestre, une large part du chauffage domestique, industrie…

Kérosène : tout transport aérien, pour très longtemps.

Plus léger encore, naphta : la pétrochimie surtout et on le brule utilement si on peut.

Le gaz : on essaie de le récupérer si on peut ou on le brule inutilement.

Un premier préambule, bien inutile pour beaucoup de lecteurs, peut-être rafraichissant pour d’autres.

Avant d’en arriver au propos du jour, voici un second préambule.

À un moment donné, de sa petite menotte invisible le Marché de l’Or Noir a établi un équilibre (toujours précaire) entre cette offre de produits (le catalogue) et la demande (leur usage), équilibre ô combien instable au plan financier et en conséquence fragile dans le rapport entre capacité de production, de transport, de stockage et de distribution d’une part, et consommation de l’autre.

Madame Machin ou Monsieur Truc « pense » qu’il est bon pour la planète de consommer plus de ceci ou moins de cela. Ils le pensent parce qu’ils le « croient » ou parce qu’ils pensent et croient que leur électorat le pense et le croît. Vaste sujet.

C’est de la politique et l’économie (l’intendance) suivra. Haute ou basse politique, chacun en jugera, mais stupidité chacun en conviendra…plus tard et trop tard. L’intendance qui ne suit pas, c’est l’histoire des campagnes de Russie et des Bérézina(s).

Donc, par exemple, on ne veut plus de diesel (4) et tout le monde doit rouler à l’essence avant bien évidemment de ne rouler qu’à l’électricité du Dieu Soleil, ce qui chacun le sent (le pense, le croît) sauvera la Planète. Les particules fines n’ont qu’à bien se tenir !

On affirme et on renforce cette volonté en bricolant l’impôt et les subventions, en multipliant les déclarations d’intentions. En réaffirmant sa volontéde, sa résolution-à, sa détermination…

Madame Machin et Monsieur Truc occupe leur  espace politique et s’y pantomimise à l’envi.

On observe alors de petites conséquences immédiates car le consommateur final réagit aux incitations bidonnantes : il se débarrasse de son diesel qui soudainement ne vaut plus rien à l’occaz. Il profite de la subvention pour faire l’achat (ni nécessaire, ni urgent) d’une voiture qui satisfasse (2) à la mode Machin-Truc et qui satisfasse Machin et Truc, les casses débordent ; le recyclage explose et les voleurs de voiture ressentent cette distorsion du marché à l’export.

On découvre, mais un peu tard, l’ampleur du phénomène.

Les fabricants de voiture ferment quelques usines, transfèrent (ailleurs) quelques lignes de production en « rationnalisant » au passage, les fonderies sous-traitantes font faillites, certains équipementiers disparaissent, les stocks invendus sont passés en provision ou exportés à perte

Rien de cela n’affecte Machin(e) et Truc qui dans leur business de politicien n’ont rien à  cirer de l’industrie automobile ou autres, des emplois d’icelles et de la vie de leurs concitoyens, car ils sauvent la planète ce qui, reconnaissons-le, a plus de classe.

À ce niveau de l’argument il est légitime des se poser la question de savoir pourquoi Machin(e) et Truc font partie du gouvernement de la République. Vaste sujet et sujet particulièrement délicat si Truc occupe dans le Système une position élevée. Vaste sujet au carré.

Cependant, déjà les premiers frémissements du «Diesel-le-retour » se font entendre Les chiffres du chômage vont parler et l’inanité sera révélée.

Fin des préambules mais suite de l’exemple Vilain Diesel.

Tout ce tohubohu se développe, à l’insouciance des sauveurs de la planète, dans le monde mondial de l’économie, de la production, « en même temps » que dans le monde du travail et dans l’équilibre social des pays concernés. Les pétroliers qui connaissent ces choses utiliseraient le mot « Aval » pour désigner les répercussions en question.

Ces mêmes pétroliers connaissent aussi les répercussions de cette insouciance dans leur propre domaine, leur « Amont ».

Illustration et parabole :

Suite aux considérations précédentes, TOUS les pays européens dans une belle unité s’efforcent de réduire le nombre de voitures diésel et en l’espace d’un an ou deux peut-être et obtiennent la disparition du diesel dans l’UE. Dans l’hypothèse où cela correspondrait à un basculement de 260 MT de gazole vers 260 MT d’essence il faudrait donc que le système de raffinage qui alimente l’Europe change rapidement son mode de fonctionnement pour réduire le gazole de 260 MT en accroissant la production d’essence de la même quantité, la consommation globale étant stable ou en légère croissance.

Ce basculement implique un traitement supplémentaire de 260 MT de gazole, en fait une nouvelle distillation, sur les raffineries offrant cette possibilité… Annexe

Ou bien le choix d’un cocktail de brut différent pour toutes les raffineries…

Ou bien d’étendre le problème du raffinage pour l’Europe à l’échelle mondiale et changer de fournisseurs de produits en s’éloignant des raffineries de la Mer Rouge…

Ou bien, ou bien…

Quand une Belle Âme s’imagine, pense, croît que ces changements (5) se feront sans coût supplémentaire et sans augmentation des émissions de GES, elle se trompe et elle trompe son électorat bobo-ifiiant.

Mais évidemment les pétroliers, comme l’intendance, n’ont qu’à suivre.

Ils le feront mais le consommateur le paiera. Et seront émis les GES.

Et si le système pétrolier ne réagit pas, s’il n’opère pas les changements requis le retour d’information sera rapide. Le prix du gazole baissera, celui de l’essence augmentera et les forces du vilain marché amèneront nos rêveurs à réaliser qu’il est vain et dangereux politiquement de vouloir et de promettre des résultats irréalistes sur des sujets dont ils ne maîtrisent ni le fonctionnement, ni l’importance réelle.

C’est le retour au Diesel qui a été naïvement prévu il y a quelque temps déjà.

 

L’exercice pourrait continuer en partant cette fois de la récente déclaration de la Commission Européenne ou des admonestations du Président Macron visant un avenir « Sans Carbone » à «  l’horizon » 2050.

Ce que recouvrent précisément ces déclarations n’est pas clair. Les multiples organismes destinés à orchestrer cette symphonie évoquent tant de facteurs décisifs qu’un esprit simple n’y retrouve pas ses petits. On  y passe de l’albédo au carbone négatif et les vaches remplacent les boucs émissaires (de GES).

Il suffira ici de retenir l’intention –également déclarée- de « passer » le transport routier au tout-électrique l’année qui vient ou bien en 2030, en tout cas demain.

Il conviendrait de transformer l’essentiel de la coupe carburant du raffinage en autre chose ou alors à ne plus raffiner que les quantités strictement requises par le  GIERC…ce qui en gros reviendrait à ne plus raffiner du tout.

Et les aéroplanes dont nous sommes si fiers voleraient en consommant l’immense désir d’avenir des sauveurs de la planète ou bien le transport aérien s’arrêterait.

Et les portes conteneurs navigueraient à la voile comme au bon vieux temps.

Et nos routes seraient recouvertes de briques intelligentes et solaires guidant des bagnoles autonomes et éoliennes vers des lendemains plus respectueux de la terre.

Mais soyons en sûr, comme ni la Chine, ni les USA, ni l’Inde, ni le Brésil ne suivront le chemin de Machin et de Truc, rien de tout ceci ne se produira et… émis seront les GES.

 

Retour sur le propos et conclusion.

Le souci est bien réel et personne ne met en doute qu’il faille, en matière de consommation d’énergie faire preuve d’économie.

La première et principale raison est dans le mot lui-même : faire des économies, économiser. L’argument est particulièrement pertinent pour les pays (la plupart) qui achètent leur consommation chez l’Émir du coin.

Deuxième point. Toute consommation d’énergie doit avoir un sens…économique. Vaste sujet.

Changer les régimes chinois et américains ou simplement infléchir leur vision du problème, embarqués qu’ils sont dans une compétition létale, me parait relever du désir enfantin d’un jeune quadra qui n’a pas accès au pot de confiture des affaires du monde et qui  en cherche la clé dans son coffre à jouet, pardon, dans sa boite à outil aurait dit son prédécesseur.

Alors que les acteurs de ces comédies semblent incapables de mesurer les conséquences de leurs postures sur le monde industriel de leur pays ou même simplement d’y penser, comment s’étonner qu’ils ne puissent imaginer que le monde de l’énergie et plus spécialement du pétrole en sera affecté d’une façon ou d’une autre.

 

11 mars 2019

 

1. Encore plus facile d’usage quand ils ont pris l’habit de l’électricité.

2. J’ai vérifié : un produit satisfait À un besoin et j’ai satisfait mon envie d’orthographe.

3. Je suis l’usage : sûreté concerne la vie du produit et les dangers liés à son usage alors que sécurité concerne les actions des méchantes gens qui…

4. C’est l’Effet Hidalgo et l’Effet Particules Fines qui sont les premiers déclencheurs du bazar. Incidemment et pas tout à fait hors sujet : d’où sort le fameux chiffre des 40 mille morts par an en conséquence des teneurs en particules fines ? Et de quel chapeau sort l’exonération d’une essence qui ne produit pas de particule?

5. Hollande aurait dit Inversion. Il aime le mot et il l’emploie encore sans en avoir saisi la signification.

 

 

 

Piqure de rappel.

Charbon : Du latin carbo (braise) dont est aussi issu carbone.

Possiblement du grec ancien χάρϕω (faire sécher).Ou du celtique car (bois)

Houille : équivalent francisé du wallon hoye  ou hougne  Dans la Province de Liège, le mot remonterait au xie siècle, le mot « hoye » aurait existé avant la découverte de la houille, signifiant « fragment, éclat, motte » en wallon liégeois. Avec la découverte du charbon, « hoye » fut utilisé pour désigner la houille en morceaux et le mot se répandit à partir dans la Wallonie dialectale.

Pétrole : emprunt au latin médiéval petroleum, proprement  huile de pierre  de petra et oleum, en latin classique.

 

Gaz :Au tout début du xviie siècle, un chimiste flamand, Jean-Baptiste Van Helmont, utilisa le mot « gas » par rapprochement avec le mot « chaos » venant du grec το χαος-χαους qui désigne l'espace immense et ténébreux qui existait avant l'origine des choses . Il voulait introduire une notion de vide. Peu après, les français écrivirent « gas » avec un z : gaz. Ce n'est qu'à la fin du xviiie siècle que le mot prit son sens moderne.

 

Annexe

Il n’est pas facile de rassembler les chiffres qui permettraient d’évaluer pour l’Europe l’impact du passage du cocktail diesel-essence actuel à une utilisation tout-essence d’un parc automobile qui ne cesse de croître.

Une tentative est la suivante.

France 2018       Essence 8 MT       gazole 32 MT             Carburant  40 MT            vérifié

Europe (8 x Fr suivant PIB)                                           Carburant  320 MT/an      hypothèse

Rapport gazole/essence Europe identique à celui de la France : 4/1                        hypothèse forte

Besoin de conversion gazole vers essence :                                     256  MT

Exprimé en baril raffiné carburant (x10 environ)                            2.560 M bl /an   hypothèse

Coupe carburant  45 % (hors kérosène)                                        1.150 M bl /an             

Exprimé en baril de brut                                                              5.700 M bl /an  ou  15.7 M bl/j

Ce résultat traduit le fait que la décision européenne retentirait sur le raffinage de 16 M bl/j.

80 % (gaz/ess) de 45 % (coupe carburant) de ces 16 M bl/j devront être traités pour passer de Gazole à Essence.

Une très grande partie de ce trajet est déjà réalisé dans les raffineries, spécialement aux USA où le marché essence domine.

Mais pour les raffineries européennes et de Mer Rouge qui sont davantage réglées diésel  l’impact serait considérable.

Tout ceci pour produire un carburant qui émet davantage de GES puisque le moteur à essence est d’un moins bon rendement que le moteur diesel.

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