Révélation 

Inversion de courbe, constante sottise de Hollande ingérée par la majorité des très cultivés personnages qui animent la vie politique du pays ? Macron ne nous parle plus de Transition Écologique lors de sa dernière prise de parole. Je n’ose croire qu’il s’agisse en fait d’une révélation

Le Divin Enfant, après quelques années comme conseiller de ceci et de cela, comme ministre de je ne sais plus quoi aurait-il enfin posé son regard jupitérien sur la Loi de Transition de patin-couffin ; sur les âneries de son mentor, notre précédent Président, Mieux vaut tard que jamais.

Aurait-il eu la révélation qu’il a conservé dans son programme cette grenadée dégoupillée?

Aurait-t-il mesuré l’inanité de cet ensemble de boulets attachés aux chevilles d’une Société Nationale (quoique anonyme sur le papier) qui porte encore le nom d’Électricité de France.

Aurait-il cessé d’agiter son futile hochet écologique ?

Pourtant souvenez-vous, les discours pour une Europe Souveraine de septembre dernier… et la lettre aux européens de mars dernier, hier, avec son zéro carbone d’ici peu.

 

Lors de sa dernière intervention télévisée, sous la forme d’une prétendue conférence de presse, Macron s’est donc monté discret sur le sujet. Il ne brandit plus l’étendard de Sauveur de la Planète et il n’assigne plus,  semble-t-il une  mission d’exemplarité à la nation, qui hélas n’en peut mais.

 

Je suis un peu déçu. Je me voyais bien en Héros Marvel, sauvant en dépit de mon grand âge, mes contemporains, mes frères et plus encore toutes les générations à venir des désastres d’une terre ravagée par les dérèglements climatiques, la montée des eaux, la disparition des banquises. Et je ne parle même pas de la sixième extinction qui doit à court terme laisser Homo en tête à tête avec les fourmis.

Navré de ne pas être l’émissaire de la bonne parole qui convaincrait avec charme et conviction Oncle Xi de ne plus inscrire son pays dans cette consommation effrénée d’énergies de toute nature ; puis Cousin Donald de ne pas vouloir à tout prix un pétrole à plus de 70 $ et une production de 10, 11 pourquoi pas 12 millions de barils ; puis l’autre cousin de l’est, Cousin Vlad de cesser de fourguer son gaz à tout va au seul prétexte qu’il en a besoin pour que ses cosaques puissent acheter leurs barils de vodka ; et même à Tata Merkel qui continue de bruler sa lignite, elle aussi à tout va, pour satisfaire je ne sais qui…

C’est que, voyez-vous, mes arguments auraient d’autant plus de force qu’ils seraient émis par le représentant d’un pays fort de son prestige et fier de ses cathédrales mais n’ayant absolument aucun rôle dans cette Grande Comédia de Transition Écologique del Arte, n’étant pas producteur d’énergie et si peu consommateur. Il serait temps de reconnaître comme un succès que la désindustrialisation à peu près complète du pays offre l’avantage moral de ne plus consommer d’énergie que pour aller en vacances au  ski et alimenter les radars qui ont remplacé les platanes le long des nationales.

Et puis, j’aurais eu l’aide infiniment précieuse de la si touchante petite suédoise.

Mais la révélation, si révélation il y a, arrive bien tard : la taxe carbone a déjà frappé, les éoliennes agitent leurs ailes de moulins à vent, les panneaux solaires chinois recouvrent les champs à défaut de faire de l’électricité, les dix-huit organismes destinés à empêcher EDF de faire son boulot tournent à plein régime et le désordre s’est installé de façon pérenne dans le petit monde de l’énergie en France.

Gageons que le retour à un pétrole au-dessus de 70 $ et un carburant à 1.60 le litre va redonner du souffle aux Gilets Jaunes qui commençaient à donner des signes de fatigue.

Heureusement la jeunesse dorée des black blocs, fraichement issue des universités de lettres « à la française » se joint à eux pour mettre en évidence combien il est licite, dans le cher et vieux pays de conduire des émeutes et des insurrections en toute impunité avec l’assentiment de la moitié de la population et le soutien plus ou moins tacite d’une justice impartialement et apolitiquement de gauche.

Alors justement il fallait faire quelque chose. Le Divin Enfant a pris conscience qu’il fallait agir.

 

Ornières

J’ai beaucoup conduit en Afrique ou en Asie du Sud Est et j’ai appris le danger que présentaient sur les pistes les ornières plus ou moins profondes, glissantes et dissimulées sous les flaques. On essaie de les éviter en roulant tout à droite ou tout à gauche mais inévitablement on finit par revenir au centre et retomber dans les ornières. La voiture se pose sur son petit ventre tout mou et le voyage s’interrompt.

 

Il n’est guère commode de vouloir mener « en même temps » une politique qui repose sur un patchwork d’orientations contraires dont certaines relèvent de la lubie. Reprenons l’inventaire des mesures résultant d’une certaine lecture du Grand Débat que le Président demande au gouvernement de mettre en œuvre.

Relance économique assez classiques : des milliards à la consommation par le canal d’une redistribution visant à...et permettant de....

Relance d’un assistanat institutionnalisé rendu nécessaire par la taille de la population concernée et les perturbations sociales qui agitent celle-ci et « en même temps »...

Réduction de la dépense publique sans réduire les effectifs des fonctions publiques.

Ici, on n’est plus dans la comédie ; on est dans la farce.

Revitalisation des services publics englués dans leur inaction pour certains, usés par l’explosion de leur tâches ou entravés par la jungle administrative pour d’autres, par un judicieux redéploiement sur le territoire et de nécessaires simplifications.

Réduction de l’impôt sur le revenu par ajustement des deux premières tranches (14 et 30 %).

Suppression de la taxe d’habitation pour tous et…bientôt.

Retour à l’indexation des retraites sur l’inflation ; pour certains et plus tard.

Suppression de certaines niches fiscales bénéficiant aux entreprises. Lesquelles ?

Respect mollement affiché des impératifs budgétaires européens et oubli complet des impératifs budgétaires de bon sens. Par chance, ce sont les mêmes et les oublier revient à institutionnaliser la  dette et à traiter celle-ci comme un poste budgétaire ordinaire : comme une ressource.

Remettre la population au travail productif par des actions sur l’enseignement professionnel et l’apprentissage associé à une réforme des retraites et d’autres bricolages sur les jours fériés sans jamais citer explicitement la fonction publique.

Une évocation molle de : Restauration de l’autorité de l’État ; ce qu’on serait tenté de mettre en priorité absolue. 

Suppression de l’ENA.

Il ne manque que deux ou trois machins à caractère sociétal type PMA pour tous ou le contraire, la GPA à portée de toutes les bourses et la « fin de vie » toujours cachée en embuscade quelque part dans le clivage.

Un oubli sans doute.

Je ne retiens que deux ou trois éléments de ce flou artistiquement présenté.

Augmentation de la dépense publique d’une vingtaine de milliards ; on ne parle plus des dix milliards de janvier dernier : sont-ils dans la vingtaine ou s’y ajoutent-ils ?

Relative réduction de la pression fiscale et baisse des rentrées correspondantes.

Pas la moindre réduction prévisible de la dépense publique et statuquo pour la Fonction du même nom.

Inflexion-réduction sensible –au moins dans le discours- de la politique de soutien aux entreprises.

Dérapage budgétaire quasi programmé.

 

Tout par la dette. Hollande n’aurait pas fait mieux et il l’aurait fait sans Grand Débat.

La suppression de l’ENA rejoint dans l’arsenal des pitreries le coup de téléphone de Hollande à Léonarda pour lui demander de bien vouloir retourner à l’école.

 

Le Char de l’État sur la piste embourbée est définitivement retombé dans les ornières.

 

 01 mai 2019