Cette nouvelle jérémiade est une suite à de précédents commentaires, Mensonge et délires politiques (23 novembre 2018)  et  Loi de transition énergétique pour la croissance de la dette (25 février 2019). Le rôle de la France et de son Président se revendiquant comme sauveurs de la planète me paraissait légèrement excessif et j’essayais en revenant aux chiffres de ramener l’ambition jupitérienne à de plus modestes proportions. Les Gilets Jaunes n’ont pas contribué à affaiblir la noble ambition. Le Grand débat, habilement débattu à confirmer la vocation de grand Écolo de notre Emmanuel. Un changement d’échelle s’imposait que les élections européennes lui ont offert sur un plateau. Le sujet est consensuel. C’est donc maintenant sur le cheval Europe que notre Président sauvera la planète. Il faut donc retourner aux chiffres.

 

Macron respire et l’Europe verdit, mais en vain.

 

 Une bonne chose de faite : les élections européennes sont derrière nous. Certains ont des raisons de se réjouir.

Marine Le Pen à l’évidence, qui transforme son électorat en une fondation solide pour un édifice qu’elle ne construira pas.

Macron qui stabilise son mouvement en parti de gouvernement au prix d’inflexions diverses et variées.

Les fillonojuppéistes (qu’on appelle maintenant la droite Trocadéro) ont cédé à la nécessité du vote utile. La personnalité de Wauquiez, les incertitudes de la position LR sur une vision de l’Europe, un excès de bondieuserie de la tête de liste (commentaires inopportuns sur l’affaire Lambert) et une faible confiance dans la représentativité du PPE au Parlement ont conduit cet électorat à participer au vote sanction qui devenait l’enjeu final de ce scrutin. On sauve le soldat Macron mais au-delà cette dérive apparait comme un ralliement.

Dans ce paysage le Républicains es parti et Mélenchon es qualité sont réduits aux miettes.

Mélenchon paye ses foucades, ses énervements, son isolement délibéré et accessoirement un excès de chavisme réellement anachronique.

À la suite du printemps Gilets Jaunes, Macron a mis la barre sur un cap écologie, machine toute, après avoir enfin compris qu’il fallait mettre la pédale douce sur la transition énergétique pour revenir à une vision plus simplement environnementale des préoccupations écolos.

Il devenait naturel que EELV récoltent les fruits de cette inflexion, l’électeur ne croyant pas à la conviction du Président et préférant l’original à la copie.

Cette poussée verte est sensible dans d’autres pays de l’UE et plus particulièrement en Allemagne.

La physionomie du Parlement reste à définir et dans les jours qui viennent se mesureront les rapports de force dans une Europe qui doit se redéfinir.

Cette Europe, sauce 2019 sera comme diraient les anglais « imprégnée » d’écologie. Grosse d’écologie.

Elle n’est plus la vierge soumise aux appétits du taureau américain ; elle endosse l’habit d’Athéna et infiniment vertueuse fera régner l’ordre écologique sur le monde.

Les chantiers sont nombreux et les solutions sont connus : on essaie d’éduquer le bon peuple pour qu’il soit moins négligent et on exporte « ailleurs » les pollutions et les emplois qui nous polluaient et nous fatiguaient.

Immanquablement surgit ensuite le problème de la consommation en énergie : comment résister à la tentation de la Taxe Carbone avec en toile de fond l’augmentation de la production électrique en dépit de la fermeture des centrales nucléaires, attitude qui ne concerne en gros que la France.

On revient à la question du poids de l’Europe dans le monde de l’énergie et plus précisément dans le monde des énergies fossiles. L’unité de compte est la Mtep. Pour le lecteur qui ne se nourrit pas régulièrement de ce genre de chiffre, on rappellera que la France consomme 140 Mtep par an, soit une douzaine de ces animaux par mois.

Au plan de la production mondiale

Prod et conso finale monde 2016

Pour l’Union européenne les volumes correspondant aux 13.764 et 9.555 de ce tableau se situent dans la fourchette 1.600 /1.000 Mtep soit environ 10 % du volume mondial. Au titre production des énergies carbonées, environ 350 Mtep concernent la queue de production des gisements anglais et hollandais de Mer du Nord et le charbon allemand et polonais.

Ces 350 Mtep/an d’énergie fossile (pétrole, 70 ; gaz, 107 ; charbon, 150) représentant 7.2 M bl/j sont à mettre en regard des 100 M b/j de la production mondiale de pétrole…seulement.

Il faut remarquer la production de la Norvège n’est pas considérée dans ces volumes. Ce pays qui n’est pas membre de l’UE produit autant d’énergie primaire huile et gaz que celle-ci et n’en consomme pratiquement pas.

En simplifiant il ressort de cette très brève et imparfaite analyse que l’UE produit de 3 à 3.5 %  de l’énergie carbonée mondiale et consomme 10 % de l’énergie globale produite. Ces chiffres évoluent peu et ne peuvent que baisser car l’Europe est déjà engagée dans une réduction de production, par réduction des ressources, par des coûts de production excessifs dans l’économie mondialisée, et marginalement par la lutte contre le réchauffement climatique.

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Consommation énergie primaire monde 2017

Quelle belle courbe, pas courbe du tout, toute droite vers le haut et vers la droite. On cite « Connaissance des énergies » à qui l’on doit le graphique précédent.

Selon les prévisions de l’AIE, le mix énergétique mondial restera, en l’état des engagements actuels, largement dominé par les énergies fossiles dans les décennies à venir, malgré une croissance très rapide des énergies renouvelables. En 2017, les énergies fossiles ont encore compté pour 85,2% de la consommation mondiale d’énergie primaire selon les dernières données de BP. À cette « transition » très lente du système énergétique mondial se superpose la hausse quasi continue de la consommation mondiale d’énergie (+ 2,1% en 2017 selon l’AIE) et en particulier sous sa forme électrique. Pour faire face à cette croissance de la demande, l’Inde et l’Asie du Sud-Est prévoient notamment d’avoir encore massivement recours au charbon, qui a compté pour 38% de la production mondiale d’électricité en 2017. La consommation de cette énergie devrait encore augmenter en 2018, puis rester stable d’ici à 2023 selon les dernières estimations de l’AIE.

« Connaissance des énergies » est un organisme très bien élevé qui s’interdit de dire des méchancetés. Il fait donc encore référence à une transition qui n’existe que dans le vocabulaire des politiques européens. Ils ont fait croire aux populations qu’après les avoir sensibilisées sur le problème du changement climatique ils allaient mettre en œuvre des politiques de réduction des émissions de GES. Que le GIEC ait tort ou raison, qu’il pousse plus ou moins le bouchon n’a aucune importance dans cette affaire. Qu’il faille réduire l’emploi des énergies fossiles est hors sujet dans la mesure où personne ne le fait.

Le déni est qu’une politique dans ce domaine n’a de sens que si elle est mondiale et exercée par tous avec la même intensité.

D’ailleurs les mêmes qui souhaitent cette « transition » se gardent bien d’en évoquer les conséquences.

Les chiffres ont montré que l’Europe sur ce sujet (et probablement sur beaucoup d’autres) n’est plus un acteur et certainement pas un acteur du dérèglement climatique. En rappel d’une expression déjà utilisée : Elle est et sera certainement une victime de ce dérèglement, elle en est le témoin mais elle n’y peut rien, sinon en causer.

Tout ce que l’Europe peut faire dans ces domaines est de continuer à s’affaiblir dans une économie mondiale qui continue de croître et qu’aucune vision utopique d’une humanité nouvelle consommant moins et mieux n’embarrasse,.

 

30 mai 2019

 

Je m’aperçois à la relecture que j’ai omis de citer le nom de la si-touchante Greta Thunberg et que de la même manière inconséquente je n’ai pas évoqué les mouvements si-touchants des écoliers descendant  dans la rue pour manifester à l’instar de leurs ainés.

Que Trump, Poutine, Émir Machinchose, MBS et oncle Xi me pardonnent cet oubli.