Un Ange est descendu parmi nous. Cet ange s’appelle Greta.

Les sceptiques auraient pu douter mais preuves et convictions s’accumulent ; on ne peut que rejoindre la cohorte (encore une foule) des croyants qui écoutent le Verbe, la Parole que nous adresse l’envoyée de la Déesse Écologie.

Greta n’a pas de famille, elle n’a pas été conçue, elle est pure révélation. Greta est dans ce domaine plus au point que la plupart de ses prédécesseurs qui furent encombrés d’antécédents qu’on ne savait comment traiter. Avec Greta, pas de Joseph, ni de Marie et pas davantage d’Amina jeune et malheureuse veuve d’un Abdullah de longtemps oublié.

Elle voit le jour le 20 aout 2018 et comme sortie des flots (certaines déesses s’en étaient fait une spécialité) elle sort de la grève…(1)

Sa fulgurance envahit l’espace et le monde se prosterne. Les princes s’agenouillent, les marchands reculent, et quittent le temple.

L’Ange devient Messie.

L’univers médiatique et la médiocratie politique communient.

Cette ferveur, état de sidération épiphanique nous ravit et nous comble : mieux que Hulot, la Chouette capricieuse (2), mieux que Royal éphémère novatrice en itude (3), mieux que Rugy pincé par ses crustacés, Greta nous dit comment sauver la planète.

Macron rayonne car la mission sera remplie mais il boude ; il aurait tellement voulu être le Sauveur. (4)

G 4 Greta1 (2)

Depuis le jour de la révélation je vivais dans la béatitude : presqu’un an de paix de l’âme et de confiance dans l’avenir de la planète c’est-à-dire de l’avenir de l’humanité sur la planète.

Et puis, patatra, au hasard d’un clic de trop sur le Web que depuis je maudis, j’ai découvert l’atroce réalité. En fait, un article sur Wikipedia et le nom et les professions de ses parents.

Greta n’est pas la vierge à nous envoyée par l’Écologie : elle a donc des parents, elle va « pour de vrai » à l’école au moins jusqu’à la grève et quelqu’un paye les tickets de train lorsqu’elle part prêcher dans le vaste monde (européen). Dans le même article on me confirme qu’elle se nourrit, vegannement of course.

Ses parents et elle forment, dit-on, une micro-secte familiale dans laquelle parenté et convictions conduisent à l’harmonie.

Je me remets de cette terrible déconvenue car j’ai l’espoir que quel qu’autre créature providentielle prendra le relais de notre Ange déchu(e) (5) qui reste néanmoins une digne postulante à la Sainteté Écologique. Les différentes formes d’autisme qui l’affectent ou la valorisent ont pour cette canonisation valeur de tickets d’entrée. En attendant un prix Nobel (mais de quoi ?) serait le minimum.

 

Les médias sortent de leur engourdissement et s’étonnent que le phénomène qu’ils ont contribué à « créer » prenne l’ampleur qu’il connait. Je mets ici le verbe créer en exergue car il est repris par Michel Richard dans un article paru dans Le Point (28 juillet) intitulé : Qui a « Créé » Greta Thunberg.

Il y décrit l’énervement de voir cette bulle médiatique prendre les proportions qu’elle a prise et « en même temps » défend les propos qu’elle tient. L’article est joint en annexe pour les lecteurs non-retraités qui n’auraient pas le loisir d’éplucher Le Point, point par point. (6)

Quant à la classe politique, elle se livre à son exercice favori, ce qu’elle fait le/de mieux : elle se divise et se déchire bruyamment entre pro et anti avec une alacrité que même les Gilets jaunes n’avaient pas suscitée.

Dans tous les espaces creux, dans le vide tout bruit résonne et s’amplifie.

Seulement voilà, Greta et ses parents mènent leur combat ou plutôt délivrent leur message dans les pays qui sont impuissants face au réchauffement climatique et n’y contribuent que très peu ; pays dans lesquels il est possible de tenir les propos qu’ils tiennent car les convictions y sont déjà présentes et la liberté de s’exprimer y est assurée. Greta a-t-elle demandé un entretien à MBS ou à Poutine ? A-t-elle cherché à s’exprimer auprès de l’hôte de la Maison Blanche ? Et quid du géant chinois ?

Il ne s’agit pas de lui en faire grief, mais prêcher auprès de convertis et de dirigeants européens qui n’en peuvent mais, est plus facile que de convertir les seuls vrais pollueurs de la planète. Plus facile et plus gratifiant.

Sur ce point M. Richard est muet, comme tous les commentateurs qui confondent Europe et Monde.

Je note aussi la terrible discrétion de Papa et Maman Thunberg. J’ai cependant peine à croire qu’une gamine autiste et certes très délurée puisse se balader seule à travers le continent sans que des parents « normaux » s’en émeuvent. Sont-ils normaux ?

Un dernier sujet d’étonnement : il est remarquable que Greta nous vienne d’un pays qui contribue pour à peine 0.5 % de la consommation mondiale d’énergie, fraction dans laquelle seulement 30 % ont une origine carbonée ; par ailleurs l’électricité de ce beau pays est produite par 10 réacteurs nucléaires (36 %) et de nombreux barrages (36 %). Il se pourrait qu’il n’y ait pas dans le monde développé de pays plus « propre » et par là moins responsable du réchauffement.

Dans les propos de Greta, de nucléaire, point. Allons, tant mieux.

29 juillet 2019

  1.         Comment résister ?
  2.         On a parlé de compétition entre Johny et l’ex Ministre pour savoir qui a la plus grosse. Moto. Il s’agit évidemment d’une rumeur infondée et anachronique.
  3.         Hormis la béatitude.
  4.         Hésitation : ne matière de planète, est-on sauveur ou sauveteur ?
  5.         Je sais bien que les anges n’ont pas de sexe, mais avec l’écriture machin et les pensées modernes, on ne saurait être trop prudent.
  6.         Je concède : un peu de paresse et de facilité, mais respect des sources.

Article de Michel Richard : Qui a « créé » Greta Thunberg.  Le Point 27 juillet.

On a (presque) tout lu et (presque) tout écouté de ce qui a été écrit et dit sur la jeune Suédoise militante de la planète et des raisons qui pouvaient exister de la considérer avec des pincettes. Sujet médiatique, cette icône a inspiré ses contempteurs dénonçant en elle une suspecte prophétesse (en culotte courte) de malheur et d'apocalypse. Pour qui se prend-elle, elle qui ne connaît rien au climat, ferait mieux d'aller à l'école et se permet de donner des leçons à la Terre entière ? Comme si c'était de son âge ! À l'évidence, elle ne pouvait être que manipulée. Elle serait le triste symbole d'une époque médiatique régie par la seule émotion. Elle serait la triste figure (« cyborg », en rajoute Michel Onfray) portée aux nues par une société simpliste qui s'incline piteusement devant le discours du bien, fût-il benêt, et l'annonce d'un collapse planétaire, fût-elle précipitée.

Pourquoi l'inviter, la recevoir même à l'Élysée, lui ouvrir les portes de l'Assemblée nationale, jusqu'à, pour certains, lui promettre un prix Nobel ? Il y aurait dans cet excès d'honneurs tous les signes déprimants d'une époque devenue infantile, qui croit que la vérité sort de la bouche des enfants et qui s'en remet à eux comme un aveu de ce qu'elle ne sait plus ou n'ose plus faire : prendre ses responsabilités. Des adultes châtrés s'esbaudiraient donc devant son discours à la Petit Prince. Malheur à la planète dont la princesse est une enfant.

Porte-parole

Il y a sans doute une part de vrai dans ce procès qui lui est fait. On peut trouver agaçant qu'une ado de 16 ans délivre ses leçons, ukases et admonestations au monde adulte. Sa fraîcheur et sa blondeur ne justifient pas tout, n'est-ce pas ? On ferait mieux d'écouter les avis d'experts et de scientifiques plutôt que les homélies de la gamine. En effet.

Sauf que ladite gamine est plus maline que les indignés du combat qu'elle mène. Elle ne dit pas autre chose qu'eux, veillant à ne jamais s'ériger en experte de questions complexes, qu'elle reconnaît ne pas maîtriser. Qu'on ne l'écoute pas, elle, lui importe peu à condition que l'on écoute experts et scientifiques du climat, qu'on lise les rapports du Giec et que l'on agisse en proportion des menaces qu'ils annoncent depuis belle lurette.

Est-ce le cas ces 20 dernières années ? Les adultes, les responsables, les politiques, les électeurs eux-mêmes ont-ils pris les choses au sérieux depuis cette cruelle phrase prononcée en septembre 2002 par Jacques Chirac au Sommet de la Terre : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » ? Preuve que, dès alors, on savait ce vers quoi on allait, mais qu'on n'en a rien fait, ou si peu.

Pourquoi s'acharner sur Greta Thunberg ? C'est la créature qu'a enfantée un monde insouciant, inconscient ou suicidaire. Elle est ce que ce monde mérite. Elle n'existerait pas sans ceux qui s'en prennent à elle et qui, dans leur réquisitoire, à bien y regarder, font son procès pour mieux éviter le leur.