L’image du char de l’État est périmée. Elle a déjà servi : Le char de l’État (2016) et Révélation et ornières (Mai 2019). Passons au Vaisseau de la Nation et regardons la foule qui constitue la cargaison et l’équipage de notre vaisseau. En commençant cette fablounette l’idée fut de partir de la place du village. Puis, changement de cap (déjà) et passage à l’image du bateau. Une esquive sur le troisième groupe qui ne fait pas foule puis attaque ad personam sur le Divin Enfant, attaque déloyale car il n’a pas la moindre chance de se défendre dans le cadre des propos du Naïf.  Évidemment comme à l’habitude, on sort ensuite de l’image par une pirouette et les inévitables questions. À noter que Greta, la petite sainte n’est pas mentionnée : il faut savoir résister aux addictions.

Bref, ce papier est lui aussi un peu à la godille. Heureusement il est bref. Mais il a été écrit, et cochon qui s’en dédit.

 

Valeurs Républicaines et Déesse Éco perdus en mer.

 

Une foule s’est rassemblée sur la place de la mairie. À jet de pierre, en face de l’église une autre foule. Les individus circulent entre ces foules et peuvent indifféremment se mêler à leurs concerts.

On y tient, dans l’une et dans l’autre des propos passionnés exprimant dans les deux cas des convictions profondément ancrées comme autant de professions de foi et de manifestations d’obédience.

Ce sont des rassemblements de croyants. La ferveur les habite. 

 

En face de l’église (ou bien est-ce un temple ?) sont les adorateurs de la Déesse Écologie. Leur tâche est  immense : c’est une Mission. Ils doivent sauver la Terre que les forces du capitalisme et d’un progrès dévoyé conduisent en ce moment même à l’état de planète morte.  Leur diagnostic est juste. Leur cause est indiscutable.        

Leurs préoccupations qu’ils espèrent traduire en  actions sont multiples car toute forme de vie est concernée par la destruction anthropique. Toute activité est néfaste et perturbe les équilibres naturels.

Mais leur foi est immense. La mesure en est donnée : ils recommandent une modification des façons de consommer, de ne pas consommer, de produire, de ne pas produire et même de se reproduire. Ils souhaitent que leurs préconisations soient imposées à tous car il n’y a plus un instant à perdre. On ne peut exclure qu’il faille contraindre le peuple à marcher droit.

Les adorateurs de la Déesse sont dans la Foi absolue et aucune réalité du monde qu’ils vont sauver ne peut entamer leurs convictions. Un contradicteur doit être brulé vif, lapidé, décapité et son corps jeté aux vautours de la pensée scientifique.

En somme, pour sauver le monde il faut en ignorer l’existence et inventer dans un curieux contresens une gnose sans connaissance.

 

Sur la place de la mairie sont réunis les Dévots des Valeurs.

S’y entendent dans la confusion les mots de la devise républicaine, Liberté, Égalité, Fraternité ainsi que bien d’autres vocables Droit (Droit à…), État de Droit (à bien distinguer de l’état du droit), Libéralisme, République, Morale républicaine, Séparation des Pouvoirs, Montesquieu, Tocqueville et même Renan, Nation, Communauté (à respecter ou à intégrer/assimiler), Rôle de l’État (toujours à accroître ou à limiter). Se glissent aussi dans cette cacophonie des expressions moins consensuelles : Patrimoine culturel, Respect de l’histoire et des traditions, Terroirs, Provinces, Frontières et Laïcité (Loi de… à conserver précieusement ou à refondre pour l’adapter aux exigences…). Et Système Représentatif, Référendum-à-tout-va, pour un oui, pour un non, c’est le cas de le dire… Contrôle des Élus, Décentralisation et bien d’autres choses encore.

Les Dévots des Valeurs peinent à définir les fondements d’une religion car ils sont dans un domaine dans lequel les mots ont déjà beaucoup servi et sont donc très usagés ; domaine encombré de multiples oppositions toujours imparfaitement résolues. On y patauge plus dans la majuscule que dans le contenu ou la définition.

Les Dévots des Valeurs sont dans la recherche d’une doctrine unificatrice qui permettrait enfin de définir une véritable mystique de ce qu’ils appellent « Les Valeurs » et ainsi  établir une vraie religion.

La doctrine ne s’élabore pas, ce qui autorise un usage multicarte du vocable, au-delà des clivages qualifiés de partisans. Gare aux exclusions,  elles sont quasi définitives : un mauvais usage du vocabulaire vous relègue dans le camp des infâmes, des salauds disait-on, du nauséabond dit-on maintenant.

Le point commun à ces deux foules qui se mélangent aisément est leur ignorance des sujets qui organisent le reste du monde, c’est-à-dire le Monde. Dans leur discours pas de problèmes financiers, monétaires, économiques, géopolitiques, pas de construction européenne sinon pour la rejeter. Pas davantage de strict bon sens, équilibre budgétaire, dette, relations internationales. Ils peuvent se réunir pour tenir des propos de café du commerce au bistro du village et échanger autour de verres de blanc leur platitudes entrecroisées.

 

Ces deux foules dans lesquelles on peut circuler librement (à l’exclusion des exclus) fournissent le gros des troupes de nos élus. Ils nous représentent et légifèrent en notre nom.

Il serait vain de chercher un troisième groupe. Les gens qui ont réfléchi sur les multiples problèmes auxquels nous sommes confrontés n’ont plus leur place dans le village. Experts, ingénieurs, scientifiques et savants et même économistes ne seront entendus que s’ils s’inscrivent dans une deux grandes forces et particulièrement si en dépit de leurs connaissances, ils sont aussi des adorateurs de la Déesse.

Pour ces personnages la dévotion aux Valeurs ne traduit pas la même implication que celle des vrais Dévots car leur préoccupations sont l’économie, l’industrie, l’énergie. Cependant il se pourrait que l’annonce des mesures prévues comme des « progrès » dans le domaine Bioéthique n’occasionne quelques cas de conscience et des arbitrages de Valeurs. 

 

Alors :

Dire et redire aux foules que le Monde est plus vaste que la France.

Dire et redire que la France ne peut exister dans ce monde qu’avec une certaine Puissance transformable en Énergie après un certain temps de Travail.

Alors parler dans le vide avec les Adorateurs de la Déesse et des Dévots d’on ne sait pas quoi ?

 

Au-dessus de ce condensé de foules où fleurissent bêtise et ignorance trône un très fragile, bien inexpérimenté et bien isolé Poupon de l’Olympe. Il n’est plus le Divin Enfant mais un Ado en quête de lui-même.

Il est le Capitaine du Vaisseau de l’État. Il se veut en Jupiter Navigator.

Il veut naviguer et a -plus ou moins bien- défini un cap.

La mer est forte, il doit réduire et amener certaines voiles. Il fait de grosses erreurs de navigation en pensant par exemple qu’il est possible de naviguer sans Énergie et sans Travail de l’équipage.

Il écoute quelques sirènes.

Il prend un gros coup de mer, les Gilets sont de sortie,  et depuis….

Il godille, pagaie (comme pagaille) et rame. Il tente de remettre son vaisseau sans équipage sur le cap promis lors de la mise à l’eau.

 

Nous sommes tous embarqués dans le même bateau, comme disait l’expression populaire.

Le vaisseau est-il désemparé ? Est-ce un bateau ivre ?

Question subsidiaire : comment et où chercher l’équipage suivant ?

Car de toute façon nous ne pouvons changer de Capitaine. Le vide des foules n’en offre aucun.

 

En Marche, Camarades.

 

24 juillet 2019