Que voulez-vous : je suis accro à Greta ! Addiction avouée, à moitié pardonnée, il y a plus grave par exemple le besoin irrépressible de la manifestation du Samedi après-midi. Je parle de Greta comme si je lui adressais le reproche d’être ce qu’elle est. Il n’en est rien. Mon énervement concerne les tas de benêts qui sous étiquette verte diffusent à longueur de média des fadaises sur les très sérieux sujets de l’économie de l’énergie et des économies d’énergie. Je prends la décision, si j’évoque Greta à nouveau de laisser paraître la tendresse que j’éprouverais sans doute si je la rencontrais, car après tout il est difficile de ne pas s’inquiéter pour elle.

 

Greta réfléchit. Il est d’ailleurs rare qu’elle ne réfléchisse pas car le sauvetage de la planète ne se fera que dans une action mûrement réfléchie.

Elle vient d’apprendre qu’un certain Monsieur au nom de cirque a traversé la Manche en une vingtaine de minutes posé comme une idole inclinée sur un petit socle noir qu’il emporte  afin de s’ériger à nouveau en statue, son voyage initiatique terminé... Elle se dit qu’un de ses prédécesseurs qui marchait sur les flots aurait sans doute mis cinq à six heures pour faire ce trajet, en gros équivalent à un petit marathon. (1)

Greta se tient au courant et lit la presse. Tout ce qu’elle sait ne vient pas uniquement des commandements  de la Déesse Écologie.

C’est donc avec une surprise peinée qu’elle découvre dans la presse que la petite boite de l’homme volant est en réalité une machine. Seul un esprit malin a pu ainsi permettre une telle profanation. L’homme volant est le diable en personne.

La Déesse doit l’aider dans ces circonstances et guider sa parole sinon son action.

Pour ajouter à l’infamie la machine brule cette huile de pierre qui, chacun le sait, est la cause de tous nos maux terrestres. Elle marche « au » kérosène. (2)

Et pas qu’un peu : ces mêmes plumitifs lui disent qu’il faut environ 5 kilos de ce produit de l’enfer par minute de vol. Zapata, c’est son nom, emporte le combustible dans sa besace de pèlerin sous la forme d’un sac à dos de 50 kilos. Il peut donc faire la moitié de la traversée avant d’être contraint d’endosser un nouveau sac réservoir en s’arrêtant brièvement sur un bateau. 

Démoniaque.

Grâce soit rendue à la déesse, nombreux sont les croyants qui ont senti le soufre du péché (3) et ont fait entendre le verbe :

De kéro, pour sur l’eau faire le beau, point ne brulera.

Le Zapata ne veut pas compromettre toutes ses chances d’être admis au paradis des Âmes Écolos et promet d’utiliser un kéro vert, entièrement produit avec de l’huile de…colza, entièrement française et entièrement agréable à la Commission Européenne. (4)

Greta est aux États-Unis. Elle a été invitée (avec ses parents ?) par les nombreux organismes qui, puisant une force accrue dans son verbe, défendent la cause ou plutôt remplissent la Mission.

C’est donc sous la bannière étoilée qu’elle poursuit sa réflexion zapatounesque dont elle nous fera part prochainement. Il est regrettable qu’elle n’ait pas rencontré le Président pour évoquer avec lui le problème du kérosène infâme.

Allez en paix, mes frères.

  1. Moïse, plus avisé ou ne sachant pas marcher sur les flots aurait choisi l’ouverture de la mer comme Jéhovah le lui avait déjà prescrit. L’expérience n’a pas de prix et marcher à pied sec requiert moins d’habileté que marcher sur l’eau.
  2. Il faut défendre notre belle langue et nous ne pouvons qu’être surpris, comme Greta l’est sans doute, qu’un mot directement emprunté à l’anglais connaisse un tel usage. Enfin, en suédois ?
  3. Le kéro de Zapata a sans nul doute été correctement raffiné. Total s’y engage.
  4. Pour Zapata, cuvée spéciale sans huile de palme. Total s’y engage.

7 août 2019