On reparle de Notre Dame de Paris.

Le chantier de consolidation de la structure de NDDP va reprendre après un mois d’interruption. Il semble que le problème de la contamination par le plomb du toit ait été sous-estimé dans l’emballement des premières réactions : on se souvient, la course à qui donnera le plus de sous pour... avant que n'apparaissent les à-condition-que…. puis les oublis purs et simples. Mais les cinq ans du Divin Enfant tout de symboles vêtu, qui pourrait les oublier ?

Le plomb sous toutes ses formes, respirable, ingérable et buvable, collant comme du scotch, met en danger les ouvriers du chantier qui sont pourtant revêtus de ces combinaisons protectrices, armure du travailleur nucléaire, bête humaine de notre époque.

Comme dans tous les cas d’intoxications seuls des lavages (lavements ?) permettent de résoudre la  situation ingérable de ce plomb ingérable.* On fait aussi vite que le permet la réglementation du travail.

L’opération aura duré un mois. Il est temps qu’elle se termine car notre Édifice-symbole catho-touristico-national s’émiette par le haut. Des pierres tombent et ce danger accroit le risque couru par les travailleurs qui continueront de dégager l’intérieur de l’édifice ou qui en vérifie toujours la stabilité.          *On ne se lasse pas des facéties de notre langue.

Les commentaires fleurissent à nouveau et le catalogue de  tout ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire s’allonge de nouvelles suggestions. Il  serait fastidieux d’en dresser la liste. Mais on peut cependant citer l’idée émise de reconstruire NDPP comme un spectacle de longue durée, façon Ken Follet, vie du Moyen-âge et Disneytruc, dont les profits touristiques contribueraient pendant des dizaines d’années au financement du chantier-théâtre. L’ange de Reims en sourit d’aise.

Les responsables, les experts et les commentateurs se livrent en permanence à un jeu de l’oie de « qui fait quoi-qui fait quoi » expression qui reflète euphoniquement le volatil qui « coche les cases » d’un parcours fait de pièges successifs dont il sort par la parole du dé et le jeu du hasard.

Les instances concernées sont, là encore, tellement nombreuses « qu’il serait fastidieux d’en dresser la liste » et chacune émet des messages, des avis et mène les actions qui  sont immédiatement de son ressort. C’est leur façon de jouer.

Dans ces participants beaucoup se considèrent comme le patron du job comme dirait Trump. Le Ministre, le Général désigné, le Directeur de ceci et de cela et tel ou tel ancien responsable qui, oublieux(se) du vent de l’histoire pense qu’il-elle pourra rejouer le rôle de sa vie.

La confusion règne et le Divin Enfant devrait entre deux réformes fondamentales descendre de l’Olympe pour faire un peu de ménage et affirmer à nouveau que 5 ans, c’est le deal comme dirait Trump. On ne voudrait pas que la cathédrale suive le chemin du grand et beau mur…

L’optimisme –qui n’est pas chez le Naïf une tendance lourde- fera considérer que ce travail titanesque n’est pas à un mois près et qu’il vaut mieux prendre toutes les Précautions afin que…

Youpee, comme on dit au pays des Trump, le mot a été lâché. Le voile se déchire et une première manche du jeu a révélé son gagnant.

Et le vainqueur est … le Code du Travail. Il est le Verbe de la Précaution, absolument. Comment lui résister alors qu’il est armé des armes les plus puissantes en termes de textes règlementaires en matière d’horaire, de pénibilité, de sécurité… En fait, l’Inspection du Travail régit tout mouvement sur le chantier, sur tout chantier ; convenablement utilisé elle pourrait même, en toute simplicité, arrêter tout mouvement.

L’édifice s’éboule (nous dit-on) mais le plomb passe avant car il est plus simple et plus rassurant d’appliquer une réglementation que de mettre en adéquation une urgence et un risque en formulant et en acceptant ce risque pour satisfaire cette urgence.

Les pierres tombent : il n’est plus question de s’approcher des zones dangereuses…  Et puis, il fait bien chaud en ces mois d’été et de vacances.   On n’en  est pas au stade de l’échelle des cueilleurs de pommes mais la tentation est là.

Comparaison ici, est déraison.  Cependant comment ne pas évoquer les accidents nucléaires lors desquels l’impossible devait être et a été réalisé, au prix de mille sacrifices.

Déraison car NDDP n’est pas Tchernobyl et même si elle risque  de se casser la binette, notre Cathédrale ne provoquera pas une catastrophe nucléaire. Mais alors, faut-il en faire une icône de la Nation ? Et que vaut l’icône de la Nation dont on observe avec Précaution le possible écroulement ?

Le Naïf, comme l’inspecteur Bourrel des premiers âges de la télé, celui dont la première série a coïncidé exactement avec les vies présidentielles du Général et de Pompidou, se gratte le chef et profère le célèbre et certainement oublié : Bon Dieu…mais c’est bien sûr !

La réponse à la lancinante question de savoir qui dirige la reconstruction de Notre Dame, est là devant nous, limpide, cristalline. Elle est même inscrite dans la Constitution.

Le Patron de la Reconstruction est, roulements de tambours : Le Principe de Précaution.

La Fontaine aurait écrit une fable qu’il aurait intitulé : Les Animaux Malades de la Peur. Hélas, il n’avait pas notre Notre Dame à se mettre sous la  plume.

18 août 2019 

Aide-mémoire pour Naïfs : Charte de l’Environnement et Principe de Précaution.

En février 2005, le Parlement réuni en Congrès a inscrit dans la Constitution la Charte de l'environnement, installant par là même le principe de précaution (art. 5) au niveau le plus élevé de la hiérarchie des normes juridiques …

« Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d'attribution, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »   Wiki

On aurait pu dire :

En face du danger, en mesurer la proximité, ne pas prendre de risque et s’en éloigner s’il le faut.