Dans un papier récent, PMA et GPA et tout le tralala 13 août 2019…. je me demandais pourquoi le Don du Sang pose tant de problème alors qu’on légifère pour qu’on puisse donner, échanger, prêter et/ou vendre les parties du corps qui servent à concevoir la vie. Vendre car le marché ouvert à nos portes, s’ouvrira davantage et ne se refermera que par l’arrêt de la demande. J’avais mis le préalable du Désir d’enfant « hors propos ». Il convient donc d’y revenir.

Dans un texte suivant je tentais d’expliquer comment la médecine en combattant l’infertilité avait été amenée, s’appuyant sur les développements de la génétique, à proposer comme relevant de sa compétence des procédés de fécondation qui n’ont plus vocation à guérir mais bien au-delà à satisfaire des désirs individuels mettant en cause des équilibres de sociétés. Le Cheval de Troie de la Médecine 1er septembre 2019

Donc des redites et comme à l’habitude, des questions tiennent lieu de conclusion.

Tout au long de ce texte on jongle avec le mot homme dans les sens du sapiens mâle ou femelle et celui de l’homme (mâle) du couple papa-maman. L’ambiguïté est dans le langage. Que le lecteur s’y retrouve est mon vœu le plus ardent.

 

Désir d’Enfant, ouvrez le ban

 

Désir d’enfant, sa conséquence, le Droit à l’enfant….Soit ! L’individu de la société liquide revendique des droits et sous le même vêtement s’exonère de ses devoirs.

Cela semble maintenant inscrit dans ce qu’on pourrait appeler « l’ordres des mœurs ».

La France s’agite. Pour retarder d’aborder les vrais problèmes, le Divin Enfant a trouvé astucieux de sortir ce pot de miel qui occupe l’opinion et permet de gagner/perdre le temps des réformes. Cela plait à la frange dite progressiste de son électorat au risque d’en mécontenter gravement une autre fraction …Soit !

Il en avait causé dans son programme. Alors ! Quelle bonne raison ; comme s’il avait été élu sur son programme ! « En même temps » qu’advient-il de la réduction de la  dépense publique.

Pot de miel ou os à ronger ?

 

Aucune évidence dans ce changement de paradigme social. Il ne repose que sur l’air du temps et le souci sans cesse augmenté de satisfaire des désirs individuels. De nos jours, le citoyen concerné par le problème PMA-GPA et conséquences ne vit pas aussi mal qu’il semble le ressentir, le croire, le manifester … Quant au citoyen qui vit mal, on peut douter que la PMA soit au cœur de ses préoccupations.

L’État peut légitimement entendre la voix de cette revendication sans oublier en légiférant qu’il touche aux fondements d’une structure sociale déjà tellement mise à mal d’autres manières. Sans oublier que sa première responsabilité est de mettre en œuvre les réformes visant à la revitalisation de tissus économiques moribonds aussi bien au plan agricole qu’industriel ; et non de repousser ces réformes au hasard d’échéances électorales incertaines.

Le Droit Nouveau (PMA, GPA et le marché neuf ou occase) entraine sa conséquence, sa projection sur le plancher des réalités : un Devoir.

Légiférer sur ce sujet le déplace du plan des mœurs (culture et assentiment social) au plan d’une obligation sociale et transforme un agrément civilisé en une norme collective formelle.

 

Droit-à, pour qui ?

D’abord un rappel : se trouvent sur notre belle planète bleue quelques dizaines de millions d’enfants abandonnés pour lesquels il ne serait pas immoral ou socialement insupportable de favoriser leur adoption par des personnes en Droit-de  au lieu de faire de celle-ci un parcours du combattant susceptible de refroidir les meilleures bonnes volontés.

Donc écartée l’adoption : le couple veut (et a droit-à) son enfant, bien à lui, fait  de ses propres mains.

Un consensus : les couples dits légitimes avec des gradations, couples « enregistrés », ou couples papa-maman auto déclarés, traditionnels en somme ; ainsi, tous les jeunes qui ne se marient qu’après la naissance des enfants, devenus ciment du couple.   Le Pacs en ajout de saveur ?

Pour eux toute la panoplie de la PMA, au-delà des traitements d’infertilité, est disponible au prix de contraintes destinées à en limiter des excès prévisibles.

S’ouvre ainsi la Boite de pandore numéro 1, le traitement de l’infertilité. Sujet éminemment médical dans la première phase de la remise en ordre des appareils pour qu’ils marchent et que le rapport sexuel soit fructueux ; avant de devenir l’Assistance Médicale à la Procréation, en brouillant toutes les cartes, de la structure sociale (filiation), morale (culture et religion) et simplement économique (Sécu soc, prise en charge..). L’acte médical transforme un désir-droit, une revendication de légitimité discutée, en maladie à traiter pour la sauvegarde de l’individu atteint.

Boite de pandore numéro 2, des couples hors tradition, car homosexuels. Le souci de faire cesser l’exclusion de l’homosexualité est une démarche naturelle comme est naturelle l’homosexualité. L’homosexualité existe, le nombre des homosexuels est important. Rien ne justifie quelque forme d’exclusion ou de différenciation que ce soit et n’appelle aucun jugement moral ou civique et encore moins condamnation. Rien ne justifie que l’homosexualité exclue l’individu du cadre social. Est-il soumis au Désir d’enfant, pourquoi aurait-il perdu le droit afférent ?  Sauf infertilité rien ne s’oppose à ce qu’il trouve le/la partenaire compréhensif/ive avec laquelle il établira un contrat analogue à ceux des familles new-look évoquées ci-dessus. Ils n’ont donc le plus souvent aucun obstacle à passer par la case des moyens usuels avec des partenaires judicieusement choisi(e)s. Mais souvent, il semble qu’il préfère recourir au bricolage et au hasard ou tout au moins en revendique le droit. Le cas du couple, là où s’exprime cette demande,  est celui de deux personnes du même sexe qui chacun(e) peuvent avoir les enfants souhaités sauf à ne pas vouloir délibérément le faire « comme tout le monde ». L’homosexualité a aussi ses principes : à l’autre sexe point ne touchera. Il serait tentant de dire que c’est leur problème ! Alors, naturellement si l’on peut dire, il reste la GPA ! CQFD.

Boite de pandore numéro 3 : l’abolition du temps. Sperme et ovocyte, direct chez Picard, toujours disponibles, moyennant quelques précautions. On imagine que, à la façon des surgelés susnommés, il ne faut pas interrompre la chaine du froid. De plus, on comprend que dans les projets de loi chacun pourra réfrigérer comme il semble bon à la clientèle. Comment résister aux charmes des glaciaires privées ?

Alors, faire un gosse maintenant ou plus tard, aucun problème et en prime avec qui vous voulez, au moment propice, commode. Pouvoir faire des enfants de jeune en étant vieux, quelle souplesse jupitérienne ! Si vous ne vous en servez pas, vous pouvez en faire profiter un copain ou une copine, ou anonymement ou pas, n’importe qui si le besoin s’exprime car l’époque est à réduire et traquer les gaspillages. C’est écolo en diable.          Changement de ton, le pamphlet affleure

Boite de pandore  numéro 4 : la tentation de la Chimère. La biologie et la technologie biologique descendues jusque dans les replis et interstices du génome autorisent par alliances objectives des réalisations qui laissent le médecin tout occupé de guérison qu’il est, sur le bas-côté du chemin du progrès. Dans la création de la vie, tout devient possible ou du moins nous disent les gaffa-istes tout le deviendra. Des cellules ici, d’autres là, des ciseaux du génome au nom de sigle commercial, de nombreux essais, des déconvenues sans conséquences (veaux, vaches, couvées et ovocytes en rab…), des avancées prometteuses et le tour se jouera : fabriquer n’importe quoi de vivant à partir d’un réservoir inépuisable de pièces détachées rangées sur les étagères taxinomiques. Très raisonnablement et pour ne pas choquer les esprits figés dans une vision dépassée de la nature, le magicien savant se limitera aux mammifères dans une première phase, limitant ainsi son appétit de voir si un zest de végétal ou un rien de reptile ou de batracien n’ouvrirait pas de nouvelles portes. La Chimère des Anciens devient une formalité évidente.

 

Devoir pour qui ?

Une seule réponse, vous, moi, ma famille, la société toute entière et sa représentation tangible, l’État.

Devoir pour l’État est à peu de chose près synonyme de Dette. Encore une convergence étymologique !

Concrètement, cela signifie : protection sociale, sécu soc, hôpital et tout un tintouin réglementaire à élaborer, puis modifier, amender et in fine accommoder à la sauce judiciaire pour ajouter de l’épice à cette purée.

Concrètement cela veut dire : intégrer dans la société un « petit d’homme » sans filiation ou d’une filiation incertaine, voire aléatoire : état civil, droit de la transmission patrimoniale. Ces problèmes ont été résolus dans le cadre de l’adoption mais la PMA n’a plus la simplicité chirurgicale de celle-ci. L’enfant adopté est un enfant venu d’ailleurs avec lequel on ne peut avoir qu’un lien affectif. Alors que dans les bricolages considérés il s’agit d’établir, de conserver et plus ou moins d’officialiser au moins partiellement un lien génétique : Ton ventre, oui mais avec mon ovocyte ou ton sperme ou toute autre combinaison déjà décrite. 

Les commentaires sur le premier point sont rares : le coût des choses n’est plus jamais au programme du progressisme. L’État y pourvoira comme il vient d’être dit.

Les commentaires sur le second sujet sont abondants : la filiation et la préservation de la cellule familiale anthropologique, fondements de nos sociétés, sont considérées essentielles et Il faut tout mettre en œuvre pour…  bla bla bla…

Tous les commentaires ont en commun d’éviter soigneusement la mention de la sexualité comme le premier facteur du processus de fécondation. Touchante pudeur, cachez ce sein !

Et puis quoi, la cause est entendue, le dossier est plié, la machine est en marche, les textes seront adoptés et la PMA, locomotive de ce changement anthropologique sera mise sur les rails du progrès.

Vivement que le monde de la justice se prononce, qui n’est jamais en retard pour se substituer, en arbitre suprême et impartial à l’expression démocratique, lequel pour l’heure est toujours « représentée » par la Loi que dit la « représentation nationale ». L’ajout de ce piment juridique devient une habitude et nul doute qu’il n’introduise un nouveau parfum de progressisme à rebours des usages anciens.       Pour preuve le merveilleux exemple du jugement récent dans l’affaire des « décrocheurs ».

 

Retour sur l’origine de ce courant

Le désir d’enfant chez Sapiens mâle ne s’exprime que dans son instrument, le seul désir ressenti, la seule émotion immédiatement perçue : le désir sexuel, authentique outil de la fécondation.

Le mâle éprouve le besoin de copuler avec la femelle, nul ne peut formuler l’élan vital autrement. Il est tentant de chercher à transcender cette émotion animale, à la sublimer en toute autre variante de sentiments cueillis sur l’arbre du mot Amour. La littérature et la pensée philosophique débordent  de ces essais. Cueillir la pomme est un acte naturel au sens premier du terme devenu au fil du temps un engrenage dans la mécanique de la construction affective d’un couple et de la construction sociale.

Ainsi et ensuite le mâle peut évoquer l’enfant comme preuve d’amour-passion (nous voulons ensemble un enfant, gage de notre amour) ou encore lorsque cet enfant est du lignage, de la descendance (je fais un enfant, avec toi) pour me succéder, pour avoir un bras de plus à la ferme… ou bien simplement parce que tout le monde fait comme ça : c’est dans les mœurs. 

En va-t-il différemment pour la femelle ?

Qu’elle soit portée à jouer à la  poupée est une évidence alors que le jeune mâle se compare à ses rivaux et se prépare à la chasse et depuis longtemps à la guerre.  On ne peut nier cette composante en notant que jouer à la poupée n’est pas équivalent à fabriquer la poupée. L’évidence première est celle du désir de Poupée, de famille, de dinettes, de petits lits à border en image de la mère.

Ce sentiment, cette émotion n’est cependant pas le moteur immédiat des rapports mâle-femelle.

Comme le mâle, la femelle connait l’urgence sexuelle, atténuée peut-être ou moins violente, le plus souvent associée à des émotions d’autres registres. D’ailleurs la nymphomanie n’est pas une invention de la littérature et en conditions propices la femelle manifeste aisément ses désirs et satisfait ses besoins.

Comme il vient d’être dit, que la femelle ne ressente pas avec la même simplicité ce besoin sexuel n’est pas hors sujet car, par avance, dans le monde de ses émotions, elle transforme ou transfère ce désir primordial de faire l’amour en un désir pour le produit, pour l’enfant qui devient besoin, puis droit, puis Droit à…

Les deux composantes s’associent : le besoin de l’acte et sa conséquence.

Le fait brut et brutal est  que l’homme « prend » la femelle et qu’il y pense ou non, qu’il le sache ou non, qu’il le veuille ou non la gestation advient. Le petit d’homme vient au monde. Il advient, à la fois Avenir et  Aventure. On dit aussi  le fruit du Hasard et de la Nécessité

Sapiens a utilisé les outils dont il est doté, besoin sexuel et organes génitaux, pour réaliser par l’acte de reproduction son premier artéfact, l’enfant. L’espèce poursuit sa course.

Les mécanismes par lesquels cette urgence sexuelle et la procréation qui en résulte se sont  inscrites dans  un programme de société sont très variés. Les ethnologues (ceux de l’époque quand d’autres sociétés existaient encore) nous ont appris que les sociétés élémentaires de faible nombre ne traitaient pas la sexualité et la procréation comme nos sociétés le font. Et pas davantage des sociétés plus larges qui se sont construites sur des dogmes religieux et sociaux différents de ceux imposés par les religions du livre. De fait la gamme des agencements qui ont organisé la relation de l’individu, en lui-même ou dans le groupe, à la procréation dans son ensemble, est un vaste catalogue. L’urgence sexuelle est naturelle ou réprimée, la « protection » est encouragée ou bannie, le désir d’enfant est individuel ou collectif, le Droit-à est nié, reconnu ou promu au rang de devoir, le Droit-à-ne-pas est laissé à l’initiative individuelle ou devient affaire d’état…

 

En particulier de nombreuses sociétés ont accepté une mise en commun de la femme ou de l’homme dans le groupe et  l’enfant comme un enfant du groupe et non comme une propriété de la mère, du père ou du couple-famille. De nombreuses sociétés n’ont sacralisé ni la procréation ni l’enfant lui-même. De nombreuses sociétés n’ont d’ailleurs pas du tout sacralisé la vie et il n’est nul besoin de plonger très avant dans le passé pour s’en persuader. Il  suffit de feuilleter le journal.

Une illustration des difficultés de l’acceptation sociale de ces mécanismes est le cas d’un droit longtemps refusés aux femmes qui est le Droit-à-ne-pas… avoir d’enfants. Quelle bataille pour que  soit reconnu le droit des femmes d’être maitresses de leur corps ! Dans les combats pour la contraception puis pour l’interruption de grossesse toutes les forces des conservatismes et des obscurantismes se sont déchainées jusqu’à une période récente. Avec en prime, comme par une alliance improbable les tabous anciens rejoignaient les impératifs du désir-droit à l’enfant. Comment vous devriez vouloir un enfant, vous y avez droit et vous n’en voulez pas ?    

 

La pensée de notre lieu et de notre époque est une construction sociale résultant de processus historiques. Elle apparait comme nécessaire et inéluctable mais il s’agit là d’un transfert de foi et de morale du monde religieux au monde qualifié de laïque mais de culture sociale et de mœurs inchangés.

Les sociétés d’homme ne sont pas des êtres simples. Sacré Sapiens ! 

 

Passage du Désir au Droit, puis au Droit-à

 

La Société fait face à deux phénomènes dont l’amplification fait retentir les clameurs.

 

Le premier d’entre eux échappe au contrôle et dire le contraire comme on entend est un déni de réalité, rien  qu’un vœu pieux. L’augmentation de la population mondiale, les guerres régionales et certainement les conséquences du réchauffement climatique, provoquent de vastes migrations « d’hommes inutiles » et de réfugiés qui sont ou deviennent de véritables résidus, d’authentiques déchets des systèmes politico-économiques dans lesquels ils n’ont plus de rôle ou simplement plus de place. Ils se mettent à flotter dans un monde qui, pour eux, a perdu son sens. Ils cherchent des sociétés  dont ils pensent, parfois et jusqu’à un certain point, qu’elles présentent des interstices où ils pourront se glisser. Inutile d’insister, lire le journal suffit. Ce n’est pas le propos ici mais il ne faut jamais en oublier l’importance au regard de sujets qui cependant s’emparent de l’espace public.

 L’autre phénomène concerne a contrario les sociétés nanties dans lesquelles l’exaspération de la liberté individuelle est associée à la déresponsabilisation de l’individu, à sa désocialisation. On atteint cette situation lorsque l’État a pris un tel poids dans la vie courante que l’individu « pris en charge » cesse d’être un citoyen pour n’être plus qu’un client de services collectifs garantis.

Ce mouvement trouve son origine dans la théorisation des sociologues et philosophes des années de l’après-guerre, qui découvrent, ô surprise, que la société assure sa fonction de protection et de moyen de production au prix de contraintes de tous ordres : au hasard des points de vue, le respect du Prince, l’obligation de pousser la charrue, d’élever ses enfants, d’aller « défendre la patrie » sans jamais oublier d’acquitter la taille et la dime.

Ces contraintes demandent libération, l’individu ne peut s’épanouir dans leur carcan.

Ce qui est théorie et analyse sociologique devient dogme puis principe pédagogique puis pensée ordinaire et dominante. Cela se traduit par un rejet grandissant des obligations de la citoyenneté et dans le même temps une augmentation des revendications à pouvoir faire ce que l’on a envie de faire, ce dont on a le désir. Le citoyen devient un individu de l’envie. Son désir à  se satisfaire l’éloigne de son besoin de satisfaire pour tous.      Normalement, rendu ici, un chroniqueur normal cite Kennedy.

Ainsi naissent les multiples Droits-à qui expriment la volonté de groupes d’individus ressentant le même désir de satisfaire ce désir dans le cadre collectif du corps social, avec son plein agrément et support.

CQFD : Ce Qui Fait Droit.

Ici il faut distinguer l’expression d’un désir nouveau ou nouvellement ressenti d’un besoin réel et peu entaché d’affect* mais la frontière est souvent floue ainsi qu’en témoignent certaines revendications syndicales. Par  exemple un pilote d’Air France trouve légitime son désir de gagner encore plus et un employé de telle société nationale trouve naturel de travailler encore moins.

*il faut suivre la mode

Ces multiples Droit-de et Droits-à se croisent et s’entrechoquent car pour la plupart ils vont à l’encontre d’un droit rival et adjacent. Le meilleur exemple est le conflit quotidien entre la liberté d’expression et le souci de ne pas heurter l’opinion de groupes  sur des sujets qui les impliquent. Parler d’immigration sans en évoquer les dangers, ne jamais reconnaitre de différence entre des groupes tout en mettant l’identité de celui auquel on appartient en valeur supérieure. En fait tout propos qui révèle un dysfonctionnement social quelconque est perçu comme l’agression d’un responsable éventuel et au-delà du groupe auquel il appartient : dire qu’un accident ferroviaire est dû à un défaut d’entretien de la voie, clairement imputable à la personne responsable est un tabou. Les morts de Bobigny sont les victimes de fâcheux concours de circonstance. Il ne faut pas heurter la sensibilité des cheminots. Et comme la justice a été saisie, vraiment bien longtemps plus tard.

Le désir d’enfant, qu’il soit lié au désir sexuel ou qu’il s’en soit peu à peu détaché, devient tout benoitement un droit dont il faudra  bien que s’accommode mon groupe : celui des contribuables par exemple, ou celui des catholiques, mahométans et autres croyants, ou celui des citoyens qui craignent les conséquences de l’octroi de ce don revendiqué.

Pure démonstration de l’entrée en anarchie par souci de trop bien faire dans le respect des désirs particuliers.

Car à l’extrémité de l’échelle et par disparition progressive d’un pouvoir exécutif toujours limité par quelque droit annexe s’installe le désordre, on a eu dit chienlit, bref l’anarchie par friction mutuelle et retour aux premiers âges de l’histoire humaine, le plus fort protégeant ses femelles, son clan, sa tribu…son groupe de co-désireux bénéficiant des mêmes Droits… Acquis en traitant par le mépris les droits d’autres groupes et  en s’exonérant des responsabilités associées à un contrat social. Acquis par le succès d’une hydre de  communautarismes multiformes.

 

L’édifice social « ordinaire » encore plus ou moins incarné dans la Nation est  comme une ile battue par des vagues qui érodent ses rivages.

On le répète : une de ces agressions est bien réelle et résulte de l’accroissement rapide de la  population mondiale. Les beaux discours, les promesses de développement ici ou là, dans tous les pays sans eau et  sans terres arables, n’altérerons pas cette croissance à court terme et n’empêcheront pas les mouvements de population qui en sont la conséquence. Le réchauffement  climatique, qu’il n’est plus temps de nier relève aussi de ces mouvements inéluctables et témoigne de notre impuissance à les enrayer.

D’autres agressions, des vagues plus insidieuses résultent des mécontentements diffus qui s’expriment dans les populations nanties (les populations oubliées ont d’autres chats à fouetter) qui n’arrivent simplement plus à organiser leur société dans l’harmonie et le respect de chacun, victime de l’infinité complexité des systèmes justement destinés à garantir cette harmonie. S’ouvre l’univers des –ismes et des –phobes qui traduisent ce besoin de mise en commun d’une contestation et provoquent l’éclatement du corps social par exclusion mutuelle et par structuration de groupes en quête de Droit-à.

Le féminisme est l’archétype de ce type d’agression. Les fondements en sont infiniment légitimes et ne peuvent être discutés : la femelle de sapiens, la femme est un être humain, un homme qui « mérite » son existence aussi bien que le mâle de son espèce. En revenant à l’emploi usuel des mots, l’homme et la femme du couple tentent tout au long de leur vie de maintenir une relation dans laquelle la balance des poids de la vie soit équilibrée ou avec des déséquilibres consentis voire recherchés.

Il suffit de penser aux familles que chacun connait pour comprendre cette notion de recherche d’équilibre familial qui peut prendre des formes variées comme sont variés les sapiens pris un par un. 

Aller plus loin et vouloir nier les multiples différences du dimorphisme, lequel ici ne se limite pas aux caractères physiques mais ici inclue les différences émotionnelles, pourmettre en cause les fondations de l’édifice social qui repose toujours, qu’on le veuille ou non, sur le schéma anthropologique de la gardienne du tipi faisant les enfants puis s’en occupant et du chasseur courant derrière le bison.

Le progrès a été que cette conception de la cellule sociale élémentaire se fasse en visant à réduire cette sujétion de la femme à l’homme du couple avec reconnaissance de leur égalité dans leur tâche commune : vivre et travailler ensemble, faire des enfants ensemble et les élever ensemble jusqu’à en faire des citoyens.

Le but ultime de cette agression du féminisme revient à nier la nature de la femme-femelle pour en faire complètement un homme-mâle-femelle. Plus de différences ; d’aucune sorte !

Il s’agit alors du plus important travail de déconstruction social de notre époque. Avec une femme accomplie et totalement libérée, la famille devient un atelier où se réalise un contrat de fabrication suivi d’un SAV. En cas de non réalisation, on recourt au marché pour satisfaire l’envie. L’enfant est le produit dont on doit contractuellement assurer l’entretien pour une durée prévue par le législateur, contrat dans lequel l’État entérinant la chose prend rapidement le relais* : crèche, maternelle obligado dès 3 ans, EducNat et son fouillis et cerise sur le gâteau enseignement-sup-pour-tous-et pour rien. L’enfant chanceux aura en prime l’affection des contractants s’ils sont restés en relation contractuelle.

*Autre sujet, le Naïf radote et mélange tout. C’est comme ça et c’est aussi comme ça que fonctionne (!) un cerveau de naïf.

 

La société se déconstruit.

 

L’État doit-il entériner le constat de ces désirs et droits, les accompagner puis participer à la déconstruction de l’édifice social (la Nation par exemple) dont il a la charge à lui confiée par la majeure partie du démos ?

 

Ou doit-il garantir la solidité de cet édifice en s’attaquant aux causes profondes des mécontentements et en le protégeant de l’érosion des vagues ?

 

Le progressisme comme nous l’appréhendons en mesurant ses effets dans l’évocation du droit à l’enfant répond-il véritablement aux aspirations profondes de la population ?

 

Le Gilet Jaune, le chômeur, le migrant (toujours oubliable ou utilisable, c’est selon), le SDF produit made in France, l’instit sacrifié de la ZEP, le p’ti vieux à la très maigre retraite sont-ils profondément concernés par le désir d’enfant, le droit à l’enfant et les salades des personnes qui souhaitent que leurs particularités deviennent la norme ?

Le vote du citoyen doit-il devenir, au-delà du respect et de la reconnaissance auxquels ces personnes ont droit, un outil supplémentaire à déconstruire la société ?

 

Plus prosaïquement, l’électorat « progressiste » sensible aux charmes des avancées modernes en matière de procréation est-il plus important que l’électorat inquiet de cette « Marche » vers un marché de l’enfant ?

 

Le « en même temps » sur une ligne de crête finit par ressembler au trajet  d’un équilibriste sur une corde à laquelle il donne sans cesse des coups de couteau.

 

15 septembre 2019