Courrier des lecteurs 6 nov 2019

On peut se promener dans le jardin des idées. Les faits, les réalités sont les rayons de soleil qui percent à travers le feuillage du quotidien et éclairent l’obscurité des croyances, des dénis, et des mensonges. 

Au hasard des conversations et des promenades, le Naïf et MAB admirent le jardin des idées et les fleurs qui s’y épanouissent. 

MAB demande :

L'hydrogène/source d'énergie a-t-il un avenir à court terme ?

Le Naïf :

N’oublions jamais de nous poser la question de savoir si nous parlons d’industrie et de production en quantité, en masse, ou si nous parlons des petites choses, des gadgets en somme, qui sont destinés à faciliter le quotidien ou encore à satisfaire des besoins isolés en des lieux que le progrès n’atteint que par étape. 

MAB :

Me dites-vous que l’hydrogène doive immédiatement être classé de la sorte dans le panier de la production en grand ou sur l’étagère des gadgets ?

Le Naïf :

Nous y reviendrons mais avant cela il nous faut relire la question, Hydrogène/source d’énergie. Elle reflète une première erreur : l’hydrogène n’est pas une source d’énergie. Il n’y a pas de mines d’hydrogène et on ne ramasse pas d’hydrogène en se promenant dans ce jardin.

L’hydrogène est un produit de l’activité humaine comme votre poste de télévision ou pour préciser les choses et entamer l’analogie comme l’électricité qui fait ronronner votre frigo. L’hydrogène est un agent de transport d’énergie et n’existe que si on le fabrique. C’est un artéfact.

MAB :

Comment le fabrique-t-on ?

Le Naïf :

Là encore, revenons au principe. Il faut le prendre où il se trouve. L’eau bien sûr et les hydrocarbures qu’on extrait des profondeurs. L’hydrogène est évidemment caché de bien d’autres manières, mais on finit toujours par revenir au méthane après avoir torturé tous les sels de la terre

Dans les deux cas, eau ou pétrole il faut casser une molécule, H2O ou CH4 du méthane.

H2O : Électrolyse pure et dure, travail d’une électricité pure et dure venue du grand panier du réseau électrique dans les pays qui ont un tel panier. Ceux qui n’en ont pas ont d’autres préoccupations que de causer hydrogène.

CH4 : Domaine du raffinage. Des unités « calculées pour » craqueront la molécule de méthane (ou d’autres hydrocarbures pas trop lourd) en consommant de l’énergie, isoleront le H2 en produisant en prime un CO2 résiduel qui rejoindra le ciel azur des écologistes. On est là dans le domaine des pétroliers ou de l’Air Liquide qui fourniront de l’hydrogène quand il le faudra où il le faudra. 

MAB :

Alors pourquoi parler d’hydrogène ?

Le Naïf :

Qui en parle ? Duflot, Hulot, Jadot, le « ot » final comme admission au club, comme idiot ou ballot ? On écrirait écolot !

Soyons sérieux : l’hydrogène est comme le chlore et quelques autres camarades, un des gaz les plus actifs de la chimie. En particulier il se combine instantanément à l’oxygène dans les flammes et les explosions d’une joie chimiquement pure. De plus, il se glisse partout et exige qu’on lui procure des habitats réellement étanches, ce qui est très compliqué, donc coûteux. Bref, pour un oui, pour un non, il fuit !

Enfin pour planter le dernier clou, l’hydrogène ne vous restituera quand vous l’utiliserez qu’une fraction assez modique de l’énergie gaspillée à le produire, le stocker, le transporter, le re-stocker pour le détail et enfin le distribuer. 

MAB :

Et alors comment s’en servir ? 

Le Naïf :

L’hydrogène est et restera un agent incontournable du raffinage et des industries chimiques. Ceci étant dit, on peut laisser courir son imagination et écrire de véritables romans dans lesquels notre gaz jouerait le rôle d’un héros aux pouvoirs enfin révélés. Un comble, je cite de mémoire : Combiné à de l’eau et du CO2, l’hydrogène peut aussi conduire à des alcanes, des hydrocarbures saturés, ce qu’on appelle des électro-carburants. C’est le futur du futur ! Ainsi, on peut, pour utiliser utilement l’hydrogène, le fabriquer à partir de naphta et ensuite fabriquer du naphta  avec l’hydrogène. Je sourirais si je n’avais pas découvert cette perle dans un papier d’un de mes anciens employeurs, à qui je reste Totalement dévoué. 

MBA :

Le naphta ?

Le Naïf :

Pardonnez, ma pédanterie, travers professionnel, disons les essences avec en particulier les fractions les plus légères de celles-ci.

MBA :

Mais enfin, les piles à hydrogène ! On dit qu’elles devraient équiper mon auto qui ne ferait plus de bruit, qui ne dégagerait plus de CO2 et que je pourrais recharger au Carrefour du supermarché avec une autonomie qui, de …ah ! Je ne m’en souviens plus.

Le Naïf :

Pas plus que vous n’en connaissez le prix. Revenons en arrière. Vous prenez du carburant, vous le manipulez de multiples manières et vous pensez qu’au bout du compte Carrefour ou Shell vous fourniront une camelote (explosive) dont le prix sera compétitif comparé au bon vieux diesel que votre Duster adore et qui reste le produit dont on est parti.

Les piles dont on rêve ne servent que si aucune énergie fossile ordinaire n’est disponible ; spécialement lorsque l’électricité n’a pas été en mesure de transporter et distribuer cette énergie fossile à son lieu d’utilisation. En gros, cela concerne les satellites et autres bizarreries spatiales.

MBA :

Mais alors, pourquoi nous montrer des images de bus circulant à la plus grande joie du chauffeur dans une riante cité ? Pourquoi nous faire croire à des fables  

Le Naïf :

Vous répondez vous-même à la question. Les idéologies reposent sur des fables et se nourrissent comme les rumeurs ou les dénis populaires de mensonges ou, en restant courtois, de vérités déformées et détournées. Une fraction de la population refuse la vaccination quand bien même il s’agit du progrès le plus  évident de la médecine depuis Esculape ; un quart des américains crient toujours que la terre a été créée en une semaine ; la classe politique croit ou fait semblant de croire que la taxe carbone va sauver la planète et que la France a une mission messianique à remplir pour y parvenir ; ou qu’on peut indéfiniment permettre aux français de produire moins que les gens d’autres nationalités sans accroitre indéfiniment la dette et effriter la crédibilité géopolitique du pays.

Alors l’hydrogène…pour répondre votre question  n’est pas une source d’énergie, n’a pas le moindre avenir et n’est qu’une de fables de l’écologie.

La seule vérité est que la production mondiale de charbon, de pétrole et de gaz, mesurée en émission de CO2 a augmenté de 2.7 % en 2018. Et laissons les perruches nous parler de transition énergétique.

MAB :

Vision bien sombre. J’oublie même le mot hydrogène…

Le Naif :

Pas du tout. Seulement il ne faut pas confondre et mélanger les expérimentations, les recherches et pourquoi pas les erreurs des tentatives d’utilisation d’un machin nouveau avec la nécessité pour le vaste monde de satisfaire aux besoins en énergie d’une population mondiale qui, en dépit des guerres, des épidémies et famines en tout genre augmente, elle aussi de 1 à 2 % par an.

 

6 novembre 2019