Charlie Hebdo a publié dans un « esprit satirique » des dessins dans un registre humoristique sur le sujet des militaires récemment tombés en opération au Mali. Les mots sont ceux de M. Riss.

Satire, subst. fém.  cnrtl    Écrit dans lequel l'auteur fait ouvertement la critique d'une époque, d'une politique, d'une morale ou attaque certains personnages en s'en moquant     Par extension : Toute œuvre écrite, chantée, peinte, tout propos comportant une raillerie, une critique virulente.

La satire implique une critique sur un adversaire en  première forme d’un combat contre un ennemi.

La satire n’est jamais neutre. Elle est prise de position et jugement sur l’objet moqué, satirisé.

Humour,  subst. masc.     Forme d'esprit railleuse qui attire l'attention, avec détachement, sur les aspects plaisants ou insolites de la réalité.

Les dessins qui provoquent l’émoi sont donc des railleries attirant l’attention… en formulant une critique d’une morale ou de certains personnages, et plus encore de certaines institutions.

          

L 1 Charlie2

 L’objet de l’émoi

 

L’opinion s’émeut en désordre et l’Armée, comme un seul homme, s’émeut beaucoup.

Que dire, naïvement :

Formellement,

M. Riss a bien le droit de faire des dessins et de les publier dans un journal.

Les personnes qui sont émues par ces images ont le droit de dire à M. Riss ce qu’ils pensent des images et de leur auteur et diffuseur.

Un pas plus avant :

Le mot émotion surplombe ce préambule. Les images ou des propos provoquent des réactions émotionnelles que chacun peut ressentir et traduire en jugement de valeur sur l’auteur. L’Armée et bien des citoyens ressentent ces images comme une insulte, comme un crachat.

Cette émotion est légitime car M. Riss a quitté le domaine de l’humour (détachement, distance) pour entrer dans celui de l’analyse et de la critique d’une institution. Par cette démarche il ouvre un conflit avec celle qu’il stigmatise : l’Armée Française.

M. Riss qui assure une publication destinée à ses lecteurs peut se limiter à cette forme d’insulte somme toute gratuite et sans conséquence pour chercher ensuite d’autres sujets qu’il traitera avec la même dérision. Ce serait purement de la lâcheté.

Ou bien M. Riss persiste et signe.

Qu’a-t-il voulu dire précisément par « ses » dessins ? Qu’attaque-t-il ?

Le fait que la France dispose de Forces armées ?

Que les Forces Armées recrutent des soldats ?

Que la France intervienne au Mali dans un combat dont il mettrait en  cause la légitimité ?

Qu’il pense illégitime de conduire un combat armé contre le développement de l’islamisme militant dans le sahel ? De sa part cela serait un vrai trait d’humour.

Quand on frappe un adversaire on ne peut pas sortir du ring avec désinvolture au motif qu’on a bien le droit de rire de tout.

Car il est difficile de penser que qui que ce soit ait ri en voyant ces dessins. Au mieux le public aura reconnu un certain talent dans son métier à l’auteur.

Il est donc difficile de croire que M. Riss n’ait pas autre chose à dire que ces assez minables agressions à l’endroit des sentiments des autres…

C’est bien là le fond du problème : la Liberté s’arrête là où elle rencontre le domaine de liberté de l’Autre.

Entre citoyens, rien n’interdit et il est même essentiel qu’il en soit ainsi, d’opposer avec civilité et sans insulte des points de vue antagonistes.

Entre citoyens  rien n’oblige à vouloir discréditer les convictions intimes de l’Autre, ce qui est un irrespect de la personne.

On finit donc par parler politesse, civilité, respect, ce qui, il faut le reconnaître vaut mieux que insulte, crachat, impolitesse pour que la vie de tous avec tous soit la plus agréable possible.

Car n’en déplaise à M. Riss (qui ne refuse pas qu’on sache d’être sous protections policière de l’État) il a insulté les sentiments profonds d’un grand nombre de citoyens.

La frontière entre l’humour libératoire de Laurent Gera, qui au demeurant ne ménage guère ses sujets et l’insulte sur les convictions des personnes est ténue. C’est une ligne de crête et certains humoristes ont bien du mal à ne pas glisser dans la grossièreté, la vulgarité et le mauvais goût.

Ce sera la conclusion : ce qui est insupportable en fin de compte c’est la faute de goût.

3 décembre 2019

En relisant, une fois encore le papier, je l’ai trouvé plat, sans piment. Dans le calme de la nuit m’est venue une petite touche de dérision rissienne qui ajoutera cette pointe de piquant. 

M. Riss, en publiant ces dessins a ouvert une boite de pandore. Ont surgis dans les esprits des images et des textes et surgit l’idée de lui en faire part pour alimenter sa verve satirique et humoristique. 

Il a été blessé grièvement lors de l’attentat de Charlie Hebdo :

Un petit dessin : un bonhomme dans un lit d’hôpital avec un bandeau, Le prix de l’humour vient d’être décerné à...

Il a perdu des amis :

Un pendu sous sa potence avec une bulle : Charb avait la langue bien pendue…

Ils étaient tous réunis dans leur salle de rédaction.

Al Baghdadi assis avec sa kalach sur les genoux sermonnant une classe d’impétrants en terrorisme, déclarant dans sa bulle : À Charlie 12 morts, 5 blessés, ça ne va pas, je veux du rendement, pas de blessés, la munition coûte et Allah tient les cordons de la bourse. 

Il pourrait également recycler (c’est la mode) les dessins des cercueils des militaires du Mali en adaptant les textes à une sauce « attentat Charlie », Mort pour l’humour…. Mourir de rire….Satire dans la rédac….

Mais satiriste et humoriste comme il est, M. Riss aura déjà eu ces idées, du meilleurs goût, chacun en conviendra. D’ailleurs l’humour implique que l’auteur puisse en être l’objet. 

Si ce n’est pas le cas, ces illustrations suggérées montrent que M. Riss n’a pas l’exclusivité du bon goût.

4 décembre 2019