Quelle bonne idée, cette taxe carbone. Elle rendra le consommateur vertueux et contribuera à la réduction des émissions de ….Bla, bla, bla…

Si on parle des objets de consommation qu’on aimerait faire disparaitre du marché sans avoir le courage de les interdire, la taxe « à la consommation » peut servir de préliminaire (mais pas de substitut) à l’interdiction différée. Le tabac est l’exemple le plus clair.

En revanche lorsque le produit est consommé nécessairement  par un grand nombre et une grande variété de clients il convient de faire preuve de discernement dans le choix du point d’application de la taxe laquelle sera d’abord ressentie, même habillée de louables intentions, comme une peine, comme une taxe en plus et comme une manifestation d’inégalité, du fait de la variété des groupes de consommateurs.

Le prix du produit soumis à la taxe est dans l’instant comparé à son prix chez le voisin qui ne l’applique pas. Les frontaliers vont faire leurs emplettes au supermarché installé à l’emplacement de l’ancienne douane en même temps que s’organise et se pérennise un marché parallèle, ainsi à nouveau, le tabac et à un degré moindre les carburants, sans oublier l’alcool qui imbibe la société.

L’année écoulée est une brulante et brillante illustration de ce qu’il ne faut pas faire.

Il est d’ailleurs assez remarquable qu’à seulement un an d’intervalle nos très éclairés ministres d’on ne sait plus très bien quoi réédite le gag d’une augmentation de taxe sur le gazole en plein démarrage de troubles sociaux annoncés ajoutant sans surprise une petite cerise sur le gâteau des revendications. Les gilets jaunes ne leur avaient pas suffi, ils voulaient vérifier que les mêmes erreurs produisent les mêmes effets.

Ont été évoqués tabac, carburants, alcool comme produits pour lesquels la taxe d’oncle Pigou (1) provoquent ces trafic. Mais on n’oublie pas le cannabis et un degré plus avant toutes les drogues.

Une erreur qui se manifeste chez la plupart (2) des commentateurs avocats de la taxe carbone est de ne pas reconnaitre que cette taxe concerne non pas un produit, un élément de consommation dont il est possible de se passer sans mettre en cause l’ensemble du processus économique puis social puis politique dans son ensemble mais une matière première qui irrigue tous les circuits économiques.

On peut ne pas manger de Nutella, il est possible de ne pas boire régulièrement 4 Ricards avant chaque repas, il est souhaitable de ne pas fumer deux paquets de gitanes maïs par jour (3) mais il n’est pas possible de réduire, ni même contrôler le flux de l’énergie dans le monde comme il n’est pas possible de réduire la circulation sanguine dans le corps du promoteur de la taxe alors qu’il faudrait au contraire l’accroitre afin que son cerveau soit mieux irrigué et qu’il raisonne mieux.

On veut croire possible de réduire ce flux de l’énergie localement, France, Europe… en cachant le fait qu’une réduction observée des nuisances résulterait d’abord d’une baisse d’activité en général  et industrielle en premier lieu.

La taxe carbone locale intervient comme le coût de la main d’œuvre et son application conduit les industries et les productions à migrer vers les pays à faibles coûts d’énergie et de main-d’œuvre. Ce qui est de pure logique : la main-d’œuvre en matière de production industrielle et autre (agricole en particulier) n’est qu’une autre forme d’énergie.

La discussion pour savoir par quels mécanismes taxe Carbone et activité productive sont liées est complexe et déborde le cadre de ce papier mais personne ne peut nier qu’elles le sont.

 

Toute taxe carbone locale ou sectorielle sur des produits relevant du commerce mondial provoquera des transferts des activités de production vers des pays qui n’auront pas appliqués de taxes ou des modifications de consommation accompagnées des fraudes ainsi provoquées. Le libéralisme génère ses contraintes propres et la main invisible caresse qui elle veut.

Le seul point d’application d’une taxe carbone qui ne donne pas lieu à ces mouvements, à ces désordres  est situé  précisément à la sortie du puit de pétrole ou de gaz et sur le carreau de la mine de charbon. (4)

Le seul document qui entraine la création de la taxe est la facture du premier fournisseur au premier client. Ce premier producteur, inventeur du produit est le collecteur de la taxe.

Il suffit alors de rappeler à cette entité  la nécessité de transférer les sommes collectées à un organisme international, fonds souverain du carbone, ayant vocation à utiliser cette ressource pour atteindre les objectifs qui ont été définis à l’instauration de la taxe et agréés par tous les producteurs d’énergie.

Quels sont ces objectifs ? Comment mettra-t-on en œuvre, après les avoir définis, les moyens nécessaires ? Comment fonctionnera cette banque du carbone ?

Rêver d’une unanimité mondiale sur ces principes et sur les réponses à ces questions  relève de l’utopie et du déni des réalités géopolitiques. 

Sans besoin d’analyse poussée, émettre  beaucoup moins de GES signifie:

Réserver les combustibles aux tâches que l’électrique ne sait pas effectuer. L’avion est le meilleur exemple et tout bêtement l’acier, le ciment et mille autre babioles produites avec de la chaleur.

Convertir à l’électrique tout ce qui peut l’être en plus de tout ce qui l’est déjà. Ce qui veut dire, qu’on le souhaite ou qu’on le déplore, accroitre la production nucléaire.                          Il s’agit en premier lieu du transport. Ce désir de conversion provoque l’immense flot de rêveries sur la voiture qui dit papa-maman et évite tous les accidents sauf ceux qu’elle crée.

Vaste programme et bien du courage à Sainte Greta et à ses affidés.

 

Une dernière remarque : Aucune mention n’est faite des Énergies Solaires et Éoliennes. Il y a à cela deux raisons, la première étant qu’elles ne peuvent qu’être marginales en quantité. La seconde est que cela donne des boutons à l’auteur de ce papier. Ces deux raisons sont liées.

Une autre dernière remarque : Un commentaire avisé, lu après rédaction de cet article est joint en annexe ainsi qu’à l’habitude. L’auteur, M. Gollier dit l’essentiel et en tout cas ne profère pas les sottises habituelles. Mais visiblement il ne conçoit ou ne comprend pas que l’Europe ne peut, à elle seule, constituer une plateforme suffisante pour l’instauration d’une taxe carbone européenne sauf à accentuer encore, s’il en est besoin les déséquilibres dans les coûts de production avec toutes les autres parties du monde. La Banque Centrale du Carbone dont il reconnait la nécessité financerait des acteurs économiques « dans un cadre prévisible sur le long terme ». Il ne peut pas ne pas revenir dans le flou et l’univers des bonnes intentions : Qui définit ce cadre sur le long terme et qui sera en capacité de sélectionner des projets « vertueux » ? 

La der de der des remarques : On a beaucoup utilisé le mot rêve ou rêverie. La faute n’en revient pas à l’auteur mais aux rêveurs.

 

  1. À ne pas confondre avec l’oncle Picsou, encore que…
  2. La majorité, pour ne pas dire tous.
  3. Souvenir d’un passé déjà lointain ; cela replace l’auteur dans une époque qui ignoraient ces questions.
  4. Le Carbone de la fabrication des éoliennes et des panneaux solaires sera mis à leur débit.

 

11 décembre 2019

 


Réchauffement climatique: Il faut fixer un prix universel du carbone

Christian Gollier : entretien avec  Bertille Bayart Le Figaro 6 décembre 2019

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LE FIGARO. - La COP25 est réunie à Madrid. Faut-il espérer que la lutte contre le changement climatique progresse?

Christian GOLLIER. -Ce qui est très encourageant, c’est le basculement récent du débat. Nous n’en sommes plus à nous convaincre de la réalité du changement climatique, mais à réfléchir à comment nous pouvons le combattre. Cette discussion-là n’est pas encore construite. Elle reste prisonnière d’un complet relativisme. Tout peut être dit, et tout se vaut. Les utopistes, d’un côté, et les collapsologues, de l’autre, s’en donnent à cœur joie…

Sans être ni l’un, ni l’autre, l’immense difficulté de l’exercice ne rend-elle pas pessimiste?

L’énergie fossile peu chère a été la base de notre prospérité depuis deux siècles. Or la lutte contre le réchauffement climatique implique d’y renoncer, alors même que les stocks sont encore abondants, et de basculer vers une énergie plus coûteuse, difficile à utiliser et aléatoire. Ces inconvénients des énergies renouvelables sont une réalité, du moins tant que le verrou technologique du stockage de l’électricité n’aura pas été levé, et il ne l’est pas du tout à ce jour. L’autre problème, c’est le prix. Produire 1 kilowatt/heure d’électricité au charbon coûte autour de 7 à 9 centimes, contre 14 centimes pour l’éolien, et 20 à 30 centimes pour le photovoltaïque en France. La transition énergétique ne sera pas heureuse. Elle sera attentatoire au pouvoir d’achat à court terme pour des bénéfices importants, mais éloignés. Et c’est pourquoi les politiques doivent prendre leurs responsabilités.

Ne le font-ils pas?

Les États occidentaux, singulièrement en Europe et en particulier en France, font certes beaucoup d’efforts. Mais ils se dispersent en réalité dans une multitude de micropolitiques: bonus automobiles, tarifs de rachats de l’électricité produite par les renouvelables, normes dans le bâtiment, etc. Il est intéressant d’évaluer chacune de ces mesures en termes de coût par tonne de CO2 évitée. C’est… instructif! Par exemple, l’État a subventionné à partir de 2010 les installations photovoltaïques sur les toitures des particuliers avec un tarif de rachat garanti (60 centimes le KWh). Ce surcoût, comparé aux 6 centimes le kWh nucléaire, s’élève à 1300 euros la tonne de CO2 évitée, payée par le consommateur. À titre de comparaison, substituer le charbon par le gaz ne coûterait que 30 euros la tonne.

Comment mettre plus de rationalité dans les choix?

Une stratégie efficace, ce serait de réaliser tous les efforts qui coûtent moins de 50 euros la tonne de CO2 évitée, qui est une estimation du dommage climatique. Comment y parvenir? Avec une seule mesure, simple. Il faut fixer un prix universel du carbone, de 50 euros la tonne de CO2. Ce signal-prix, c’est la seule façon de mettre en branle la myriade d’actions climatiques que l’État ne saura jamais planifier. Ce sera plus efficace que ces micropolitiques, car le mécanisme de prix du carbone organise la décentralisation efficace du processus de décision. Et ce sera plus acceptable que la coercition, attentatoire à la liberté individuelle.

Mais ce prix renchérit évidemment celui des carburants par exemple. C’est très exactement ce contre quoi les «gilets jaunes» s’étaient révoltés. N’est-ce pas utopique?

Non, si quelques conditions sont réunies. D’abord, ce prix fixé pour le carbone ne doit connaître aucune exception, pour qui que ce soit, ni pour quelque activité que ce soit. Ce qui avait poussé les «gilets jaunes» sur les ronds-points, c’est aussi de savoir qu’ils allaient payer leur essence quand le kérosène des avions restait exempté. Le prix du carbone, universel, a donc un gros avantage: il est «lobby-résistant»! Ensuite, il faut redistribuer le produit de cette taxe en surcompensant les ménages modestes et en finançant des politiques bénéficiant prioritairement à ceux-là, comme l’enseignement. Chaque Français émet en moyenne 6 tonnes de CO2 par an. Cela représente une facture de 300 euros. Enfin, ce prix n’est pas seulement économique. Il représente la valeur de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures. Ne nous trompons pas: il ne s’agit que d’un mécanisme qui vise à résoudre un problème qui est d’abord moral et politique.

Vous évoquez un prix à 50 euros la tonne qui rend l’idée acceptable. Mais pour s’approcher des objectifs de la COP21, et de la trajectoire à 2 degrés, certains estiment que le prix du carbone doit être fixé à plusieurs centaines d’euros! Cela change tout.

La valeur de 50 euros est en effet un point de départ, évidemment insuffisant pour parvenir à la neutralité carbone visée à l’horizon 2050. Dans une quinzaine d’années, ce prix aura été porté à 250 euros, et en 2050, à sans doute 400 euros. Ce qui est important, c’est que la trajectoire soit prévisible et transparente.

Le prix du carbone ne peut-il exister que s’il est mondial, ce qui rend son adoption très improbable?

Il faut réussir à le mettre en place à une échelle large. Autrement, cela crée deux problèmes. D’une part, il peut y avoir un effet de «passager clandestin», c’est-à-dire qu’un pays qui adopterait une taxe carbone supporterait tout l’effort alors que le bénéfice est au profit de toute l’humanité. D’autre part, il existe un risque de «fuite de carbone» ; on verrait les entreprises fortement émettrices déménager hors de la zone. Ce serait une double peine, puisque l’impact environnemental serait nul pour un prix élevé en termes d’emplois et d’activité. Il faut donc créer une large coalition. L’Europe est selon moi l’échelon minimum, et elle peut s’entendre sur un prix du carbone assorti d’une taxe carbone aux frontières et d’un abattement au bénéfice des exportateurs. Si le coût à rester à l’extérieur est élevé et si l’intérêt à en faire partie est substantiel, alors cela créera une incitation qui permettra d’élargir la coalition.

Qui serait garant du dispositif?

Il faut créer une banque centrale du carbone. C’est-à-dire une institution indépendante à laquelle sera démocratiquement confié le mandat de piloter le système. Comme pour la politique monétaire, une telle «banque» permettra de crédibiliser le système. Et les acteurs économiques pourront inscrire leurs investissements dans un cadre prévisible sur le long terme.