Ce papier pour dire que comme certainement un grand nombre de mes concitoyens et néanmoins amis, le Naïf n’a pas vraiment compris les subtilités de la Réforme des Retraites et qu’il n’a pas succombé à son charme simplificateur. Alors pourquoi en parle-t-il ? La réponse est toute simple : ce papier avait été entamé en vue de clarifier les idées de son auteur. Il est devenu la démonstration qu’il n’y comprend toujours rien et qu’il patauge sur le sujet avec une naïveté provocatrice et outrancière.

Rédigé dans les derniers jours de décembre il n’est édité que presque trois semaines plus tard. Le Naïf respecte la trêve des confiseurs. "En même temps" se déroule la tragédie, digne de l'antique de l'Âge Pivot qui se transforme en âge de glace des relations syndicales.

 

Sonnez la retraite

 

Les lions ont chassé ; ils dévorent leur proie sous l’œil des charognards qui attendent les vestiges du festin royal. Le Naïf est comme le chacal qui s’approche craintivement de la carcasse pour en arracher quelques reliefs.

Ou bien :

La police des séries télévisées enquête. Tout le monde a des pattes bleues pour préserver l’intégrité de la scène de crime. Le légiste annonce au policier (en général une policière, parité oblige) que la victime est encore en vie mais qu’on ne saurait l’interroger vu son état. Le(a) journaliste naïf(ive) présent(e) sur les lieux participera t’il ou t’elle à l’enquête ? Le blessé survivra-t-il ?

Ou bien :

Était-ce possible que le Naïf ne mette pas son grain de sel dans le grand fourniment, dans la grande peinture naïve (elle aussi) dessinée sur le mur de l’École lors de dernière récré ?

École d’Administration ou Pension pour ados-qui-se-croient-surdoués.

Ne reculant devant aucun mauvais jeu de mot, le lecteur rétorquera : nous y pensions…  Pensions de retraite, naturellement.          Tout récemment, une nuance a été subtilement introduite par notre Manu national entre la pension des militaires et la retraite des retraités. Pour lui, dans ce distingo, retraite signifie montant de la pension alloué au retraités. En réalité, « effectivement » dit-on à la télé, la retraite est la situation résultant de la fin de la vie professionnelle pour les damnés de la terre ayant eu à travailler dans la France du dernier demi-siècle.  Donc pour Manu et, reconnaissons-le, dans la langue courante la retraite est devenu le montant de la pension. Bref !

Sans peur et sans reproche le Naïf se demande : c’est quoi, toute cette agitation ?

Elle est provoquée par la Réforme des Retraites.

De quel animal parle-t-on ?

La première et principale réponse est qu’il s’agit d’une promesse de campagne du candidat Macron et qu’en conséquence je suis par naïveté lié à cet objet administratif non identifié par les liens imprescriptibles de l’élection de mon représentant à l’Élysée. Ainsi soit-il.

La seconde réponse est qu’un torrent de justice sociale dévalera de la pyramide administrative nouvellement érigée et qu’il n’est pas temps de s’arrêter aux détails de ce flot « naturellement » bénéfique. C’est beau comme la pub de Rozana.

Les détails en question me seront communiqués en temps utile, autre variation de la notion du temps, qui s’ajoute au temps des regrets, au temps perdu, au temps libre devenu ministère et au temps passé de la belle époque.

Une partie importante est que la rupture flagrante d’égalité due aux régimes dits spéciaux, privilège des employés d’entreprises sous contrôle publique sera gommée et que chacun sera soumis à un même régime qui devient général….Général de Division, dirait l’auteur de mauvais bons mots. 

Plus ou moins gommée également la recherche de l’équilibre financier des systèmes, l’actuel et celui de la machine à point. 

Le discours continue de tourner en rond autour d’un triangle : montant des cotisations, temps de cotisations (de travail) et montant de la pension.

Comme on n’ose pas parler d’une baisse des pensions ni d’une augmentation du montant des cotisations, la seule variable est l’allongement du temps de travail, le déséquilibre résultant du vieillissement de la population.

Si on ne travaille pas davantage (plus longtemps) et si on ne cotise pas davantage, il ne restera qu’à baisser les pensions, après avoir pendant  quelque temps, « naturellement » glissé le déficit dans la dette.

Comme dans tous les triangles d’incertitude le résultat prévisible est qu’il faudra cotiser plus, travailler plus longtemps et accepter des pensions moins élevées. 

Muni de ce viatique* de principes et d’attentes, je me suis d’abord penché sur mon cas et celui de ma tendre épouse. La conclusion est que, au-delà de quelques rabotages subreptices type CSG, sauf importants changements dans le régime des reversions, nous n’étions pas réellement concernés par le schmilblick. Au demeurant, le serions-nous, qu’y pourrions-nous ? Voter FN à l’élection prochaine ?    * Viatique : Argent, provisions que l’on emporte pour voyager. J’emploie le mot car il s’agit d’un véritable voyage vers des terres inexplorées et visiblement pleines d’embuches.

Poursuivre la réforme de la façon dont elle a été introduite, puis présentée, puis floutée comme dans un film où des images pourraient heurter…, conduit à revenir à l’évocation de la cour d’École. Le lecteur note la majuscule ; il ne s’agit pas d’une cour d’école ordinaire, de quartier ou de village semblable à celles que vous et moi avons fréquentées. Ce qui autorise la comparaison est la puérilité et l’immaturité du comportement des élèves devenus anciens élèves devenus, l’un grand chef et les autres ses conseillers.

Deux points saillants :

Vouloir tout, d’un coup, tout de suite. En tout début de mandat et avant les conséquences de la persévérance sur la très sotte loi de la transition du bidule, i.e. écotaxe mal placée, gilets jaunes et troubles afférents, peut-être, avec un vrai projet, vraiment ficelé et bon à tirer.

Un vrai projet, voilà le vrai problème !  La retraite par répartition devient une retraite « à point ».

Le point est cotisé par moi pour moi et j’en percevrais un retour lorsque je cesserai de travailler/cotiser pour abonder mon compte de point. Ma pension calculée sur mes acquits ne sera donc pas puisée dans un bas de laine rempli par les cotisations de tous les travailleurs après mon départ en retraite mais dans un bas de laine portant mon nom à charge pour moi de le remplir. Je suis rassuré mon bas de laine sera accroché au râtelier des bas de laine  et « en même temps » les points des jeunes travailleurs rempliront les leurs en cotissant comme il convient.

Ai-je mal compris ? Tout mécanisme de répartition aurait-il disparu ou se trouve-t-il, tel un passager clandestin caché dans un « point » capitalisé ? Capitalisé dans la mise en commun de tous les bas de laine ?

Le point que j’ai acquis est-il mon point ou bien le point de tout le monde ?

La valeur d’achat du point : Delevoye nous dit qu’elle est fixe, 10 E.  La valeur du point au moment du calcul de la pension : le même suggère 0.55 E.

Pourquoi pas, mais cela parait un peu trop simple. On se demande pourquoi Arrco calcule chaque année un coût d’acquisition du point de retraite et sa valeur à échéance et au-delà…et pourquoi les suédois y introduisent un facteur de conjoncture économique.

Serait-on encore en phase d’élaboration du projet ?

On peut le croire en apprenant tous les jours qu’une nouvelle catégorie de cotisants émerge de la mer d’universalité promise dans les déclarations initiales. Il semble que le gouvernement soit en réalité (effectivement dit-on de nos jours) engagé dans un processus de pérennisation ou au mieux de mise en forme sous de nouveaux vocables des bazars, trucs et anomalies existantes.

Ce qui semble être pérennisé en premier lieu est le régime de retraite des agents des sociétés étatiques ou para étatiques qui sont les acteurs essentiels du désordre actuel. La fameuse règle du grand père ressemble furieusement à ce qu’on appelait naguère « renvoyer à la Saint Glin-Glin » ; pour un coût qui lui n’est renvoyé que sur la feuille d’impôt du contribuable et pour l’essentiel sur la dette. 

Mais comment se débrouiller pour qu’un régime universel s’accommode de multiples cas particuliers. Deux options : offrir des points « moins chers » ou accorder des ponts gratuits.

Delevoye navigue entre ces deux lectures : points attribués sur la base du Smic : point minimum.    Dans le cas des naissances une majoration de la pension est prévue : « Chaque enfant donnera lieu désormais à l’attribution d’une majoration de 5% des points acquis par l’assuré ». Il s’agit de reconnaitre que les enfants perturbent la carrière des femmes, ce qui n’est pas faux !    Il est discret sur ce qui transformera les régimes spéciaux en régime particuliers : des points en plus ou des points moins chers ? Le sujet ne mérite pas qu’on s’y attarde, l’idée générale étant que le système universel (c’est son nom) ne s’appliquera qu’à la saint Glinglin… 

La grève se poursuit et il se trouve toujours des citoyens qui trouvent normal que des poignées de conducteurs de train et un grand nombre de conducteurs du métro paralysent impunément le pays. 

Mais pourquoi les grévistes se gêneraient-ils puisque tout est permis et que les français dans une large proportion soutiennent, nous dit-on, les revendications. Pour preuve l’extraordinaire indifférence de tous, pouvoir politique, syndicats, usagers, média et « naturellement » la justice, lorsque une poignée d’excités sûrs de leur impunité, prend l’initiative de couper le courant sur certains quartiers des villes, ce qui pour un Naïf ordinaire relève de l’acte criminel… 

Les naïfs qui avaient compris qu’un des objectifs de cette réforme était de mettre un terme au scandale social de ces régimes spéciaux n’avaient pas compris que la réforme interviendrait donc à la Saint Glin-Glin. Mais soyons rassurés, Manu est très ferme : il ira jusqu’au bout. Que Dieu lui prête vie !

Un des problèmes est que le « cotiseur » ou « souscripteur » ou simplement « travailleur percevant revenu » ne sait pas et par conséquent ne comprend pas comment se détermine la valeur du point à l’acquisition puis bien plus tard lorsque ce point détermine le montant de la pension.

Formulé différemment qui gère l’escarcelle dans laquelle sont accumulés, conservés puis redistribués les points ? Une caisse nationale des retraites pilotée par une AG en forme de salade russe assistée d’une assemblée de citoyens tirés au sort nous dit candidement le bon Delevoye.

Le vrai problème, je le répète, est qu’on ne perçoit pas comment il est possible de faire tenir les trois termes du fameux triangle dans une seule entité « ponctuelle », prisonnière dans le triangle. Sauf à expliquer que la valeur du point dépend du montant de l’escarcelle (résultant du trinôme « nombre de cotisants, temps de travail, montant du prélèvement sur salaire ») et du nombre de personnes souhaitant faire valoir leur droit à la retraite. Ce qui est une façon de tourner autour du triangle. Et dirait un esprit naïf de tourner autour du pot.

Au-delà des habillages de vocabulaire ce qu’on peut penser est que le système proposé consiste à remplacer dans les mécanismes actuels les durées de cotisation minimum en les ramenant du trimestre au mois ou pourquoi pas, au niveau de la journée œuvrée. Ai-je mal compris ? Le point serait quelque chose comme le pourcentage du salaire prélevé à l’unité de travail salarié. Ai-je mal compris ? 

Le désordre s’installe. Dans les pensées, la mienne en tout cas, et sur la place publique.

Maladresse et incertitude font que la lutte obscène des Syndicats des agents de la SNCF et de la RATP constitue l’ossature d’un rejet assez général de la réforme envisagée. En fait la nécessaire réforme des régimes spéciaux disparait dans un projet plus vaste, mal expliqué et visiblement incomplet.

Tout ce désordre est amplifié par le fait que d’un projet important, décisif politiquement et socialement, l’opinion, les français et même les médias et commentateurs éclairés ont fait un sujet cheval de bataille d’opposition globale au personnage incarnant une époque dans laquelle en dépit des réalités ils se sentent dépossédés et abandonnés.

Les analystes fournissent des foules d’explications sur ce désenchantement d’une population qui, au regard des chiffres et des comparaisons est une des mieux « loties » du monde.

Chaque lecteur de ce petit papier cherchera dans sa propre expérience les raisons profondes de ce désenchantement.

Voici ce que pourrait être une liste de ces raisons pour un Naïf macron sceptique. Elles sont toutes d’une façon ou d’une autre liées à des pertes de valeurs. Le mot valeur est bien galvaudé mais faute de mieux on fera avec, comme on dit, donc les valeurs républicaines. Le mot incapacité a été utilisé dans cette liste alors que dans une large proportion il s’agisse banalement d’indifférence, de méconnaissance, voire de mépris ou de crainte de la connaissance ou du déni des réalités.

Échec et discrédit de l’Enseignement Public* du Primaire jusqu’à l’Université et à la gabegie des Facultés de Lettres. Le mal est ancien. Le Président n’est pas responsable du désastre. Les efforts du Ministre en charge sont réels mais comment combattra-t-il le corporatisme et l’incivisme juvénile des élèves ?  *J’aime bien cette vieille expression qui qualifiait jadis le mammouth. 

Incapacité des gouvernements depuis 40 ou 50 ans à élaborer dans le cadre déjà bien défini de la mondialisation la moindre ébauche d’une politique industrielle et énergétique réaliste. Certains font commencer la chienlit avec 68 et ils n’ont pas tort alors que d’autre pensent que le mal ne s’est vraiment installé qu’en 81, et ils ont raison.

« En même temps », pour des raisons incompréhensibles, enlisement dans la dérive qualifiée d’écologique de la politique énergétique menée depuis une vingtaine d’année.   L’acme de la stupidité est écrit dans la loi depuis l’an de grâce 2000 sous le nom de loi NOME. Le pouvoir est-il à ce point inepte qu’il ne puisse définir son attitude en face du nucléaire ?

Refus de reconnaitre l’impossibilité de l’intégration des musulmans rigoristes, chariaphores, ne connaissant les lois de la République que par leur habileté à profiter des avantages qu’elles leurs offrent témoignant d’un entrisme toujours toléré et souvent encouragé.

Incapacité à lutter contre l’influence des puissances étrangères qui financent ces mouvances radicales qui forment chaque jour davantage l’ossature de l’Islam en France. 

Incapacité à lutter contre cette haine du travail qui sous-tend toute mesure de progrès social et tout discours social. 

Inexplicable culture de la repentance dans les audiences les plus inappropriées dont on sait qu’elles les percevront a priori comme signe de faiblesse.

Exhumer l’affaire Audin et transformer un passeur de valise du FLN en martyr national est l’archétype de ce contresens politique et historique ; ce qui n’exonère en rien les militaires. Ce qui les exonère pour l’essentiel est le fait que la vague d’attentats (314 morts et 917 blessés) a pris fin et qu’il nous est loisible jusqu’à la fin des temps de regretter (chacun dans son for intérieur) l’extrême brutalité de leurs méthodes.

 

Par charité, on oublie la tragique (dans ses conséquences) reculade de NDDL et toutes celles qui en découleront …   NDDL est la Léonarda de Manu. Avouons qu’elle a plus d’allure que la Léonarda de Hollande. 

La liste des cailloux dans la chaussure est maintenant trop longue pour qu’une seule chaussure y suffise. Chaque lecteur peut à son gré ajouter les cailloux de ses chaussures.  Avec tous ces cailloux comme le fit le petit poucet sera balisé le chemin qui conduira(it) à l’élection de la candidate d’un parti creux mais bien rempli.    

ref : Des cailloux dans ma chaussure de février 2018

 

22 décembre 2019   relu    3 janvier 2020    

 

Comme je le fais souvent j’ai eu envie de rajouter ici le seul texte qui à ce jour donne corps à cette réforme, c’est-à-dire des extraits du rapport Delevoye. Je ne le fais pas : cela pourrait donner l’impression que je cherche à discréditer une réforme que je n’arrive pas à juger et évaluer. Je n’en perçois que le report « à plus tard » des objectifs qu’elle vise. On ne peut que souhaiter qu’il existe quelque part une proposition construite sur laquelle s’appuient les interlocuteurs opposants et défenseurs pour qu’on soit bien certain qu’ils parlent tous de la même chose.