J’ai découvert l’existence de deux objets linguistiques, des mots comme qui dirait, semblables en apparence mais sémantiquement fort différents. Il y a la responsabilité ordinaire, la vôtre, la mienne qui signifie que lorsque vous ou moi commettons un acte entrainant des conséquences –le plus souvent dommageables- vous et moi avons à en rendre compte, d’abord à nous-même, « je me sens responsable » ou à une autorité morale, civile ou pénale qui qualifiera cette responsabilité par une sanction appropriée. 

Mais dans un autre registre existent les responsabilités « à prendre ».

Elles sont mises dans un grand panier à responsabilités. Tous les personnages publics ont les leurs, à leur nom et ils peuvent s’en servir à leur convenance. Ces responsabilités sont inusables ; on peut les remettre dans le panier ou les garder en portefeuille, surtout les ministres. On trouve également dans le panier des responsabilités collectives qui sont à l’usage d’ensembles de gens regroupés par un intérêt commun, les syndicats, le gouvernement, les partis politiques. Elles sont encore plus inusables que celles des individus et peuvent être utilisées sans péremption.

Il existe une formule type et il est recommandé de s’y tenir : si….blablabbla… je prendrais mes responsabilités. Tous les interlocuteurs comprennent qu’on parle de responsabilités du panier, lesquelles comme les promesses n’ont valeur d’engagement ni pour celui qui les formule ni pour celui qui les reçoit.

Des confusions peuvent s’introduire et lorsque M. Machinchose, ministre du gouvernement nous dit : si cet évènement survient, je prendrais toutes mes responsabilités, il ne veut pas dire qu’il s’engage à quoi que ce soit. Le flou est dans le « toutes ». Il les a toutes utilisées. Quoi, il ne lui en reste plus ?  que fera-t-il s’il doit « engager » sa responsabilité ? En prendra-t-il encore une dans le panier ou utilisera-t-il sa vraie responsabilité, celle qu’il a par exemple dans l’obligation de respecter la loi en face de laquelle il est responsable. Nous annonce-t-il qui envisage le suicide ou l’abandon de la vie politique, ce qui est presque la même chose ?

Je me régale chaque fois que la prise de responsabilité revient comme un leitmotiv dans le discours de l’homme politique contrarié par l’adversité et chaque fois je m’interroge sur l’ampleur des conséquences de la détermination affichée. 

Bon, enfin, avec le 49.3 Édouard le Magnifique avait promis que si on lui cassait trop les bonbons il prendrait ses responsabilités. Na ! J’leur avais bien dit.

Sacré Philippe, quelle autorité ! Et sur quel beau sujet, pour quelle noble cause.

Un pas en avant dans le marécage fait avec une détermination qui ne faiblira pas.

 

1 mars 2020