21 mars

Confinés nous sommes. Je vis avec une confineuse rigoureuse qui bien avant que les injonctions du Divin Enfant ne conduisent à la situation d’aujourd’hui nous avaient confinés « effectivement »….

Tiens, ça m’revient, hier dans la soirée et dans une émission toute corona, une dame très compétente et diserte sur son sujet, l’épidémiologie, a battu un record : elle a placé six fois le mot effect…dans la même phrase.   

Privilégiés et âgés nous sommes.

Ma confineuse de compagne qui avec l’intelligence concrète qui est un des nombreux éléments de son charme avait anticipé la chose et prévu assez pour un mois de siège. Question fruit et légumes frais il y aura rationnement puis pénurie. À ma suggestion timide de passer chez Biocoop ou d’aller au marché il me fut rétorqué sans laisser place à la négociation que dans le vocable confinement total le mot total signifiait, pour le possible délinquant que je pouvais devenir assignation à résidence.

Heureusement ma femme ne dispose pas de bracelet électronique et elle m’autorise tout l’espace de la maison et du jardin. Je m’approche des ifs qui nous séparent de la voisine en respectant une distance de 1.50 m.

Distanciation sociale ! La personne qui a pour la première fois utilisé cette expression mérite les palmes de…je ne sais quoi, c’est un truc à inventer, jargonnage prétentieux peut-être ?

Distanciation rejoint les questionnements et autres problématiques dans ce travers qui consiste à utiliser un mot qui fait « élite cultivée qui cause » pour ne pas utiliser le mot du langage qui dit la chose. Ici on « distanciationne » pour ne pas dire : distance.

Trop simple, pas assez cher mon fils.

Pas n’importe quelle distance ! Pas une distance de sécurité (sous-entendu sanitaire), pas une distance prophylactique ou hygiénique, pas encore une distance réglementaire, cela viendra, non, c’est une distance sociale. On est proche du génie et nous sommes aux confins de la poésie pure. Poésie engagée, quasi militante. Quelque esprit chagrin remarquera que le vocable risque d’être entendu différemment en particulier pour ce qu’il veut vraiment dire : les distances et différences sociales entre individus et celles entre groupes socialement homogènes.

Une distanciation sociale vous fait participer à un grand effort national, librement voulu, solidaire, fraternel (mais peut-être pas tout à fait égalitaire). C’est beau comme la Marianne. J’avoue que ça a une autre allure alors que moi j’aurais sottement dit : une distance de 1.50 m.

Trop simple, pas assez cher mon fils.

Confinés nous sommes.

Non pas relégués aux confins, à la limite, voire hors les murs, forbans, mais bien au contraire comme les sardines de la chanson mis en boite et confinés chez nous.

Restez chez vous devient la parole du croyant et mieux vaut obéir à la parole sinon la quête passera vous rappeler à l’ordre et vous soutirera 135 E pour les bonnes œuvres des acteurs de la lutte sacrée contre l’ennemi invisible. Combien de masques, si masque il y a, pour cette modique contribution ?

Confiner est un verbe à double sens : Tracer des limites et fixer quelqu’un étroitement à un lieu, dans ces limites, mais aussi lorsque ces limites sont définies, les atteindre, en être voisin. Ainsi nous pouvons dire, nous sommes confinés, c’est une incarcération et dans la même phrase ce confinement est aux confins du raisonnable.

Le verbe vient du mot pluriel confins : limites d’un territoire, à la frontière, à l’extrémité. Tout un autre vocabulaire dérive du mot latin « limes »et ces ceux mots courent ensemble dans notre langue.

 

Dans la communication du gouvernement le mot confinement acquiert progressivement la valeur d’un mot rituel, une sorte d’Inch Allah ou de mot de passe permettant aux initiés l’accès aux territoires consacrés.

Confinez-vous mes frères qui restez dans vos lieux pour sauver vos semblables et les protéger de votre pêché, de votre souillure. Dans ce rituel, sitôt franchi le seuil de l’espace initiatique des pratiques s’instaurent : sortir oui, mais pas trop, et pas trop loin et pas trop longtemps… Confinés vous êtes, cultivez-vous rattrapant tout ce temps que vous perdiez sans même le savoir en occupations qui ne visaient pas au salut de tous. Respectez les gestes de l’adoration et de la distanciation et telle la génuflexion ou comme le signe de croix n’oubliez pas de vous laver les mains : le bénitier est empli de liquide hydroalcoolique. Votre soumission à la règle est un pas vers le salut.

Ainsi, tout aussi progressivement le confinement devient, au-delà de la très fameuse précaution, une sorte de remède. C’est par application de la lotion confinement que disparaitra, là aussi très progressivement, le mal qui nous frappe.

Aucun péché d’orgueil, la secte des confinés a foi en la parole du Divin enfant.

Et l’OMS, le conseil d’État et les instances spécialement mises en place pour éclairer le Gouvernement délibèrent. 

En contrepoint, Confucius (ou bien son disciple Laffer) nous avait dit : trop de confinement tue le confinement.

 

23 mars

Bien qu’il ait déjà expliqué à la communauté scientifique et aux autorités compétentes ce qu’il fait  à La Timone, l’opinion officielle découvre qu’en France un médecin pense qu’il est important en face d’un malade, en premier lieu de diagnostiquer son affection puis  de prescrire des médicaments de la pharmacopée dont il a des raisons de penser qu’ils ont une valeur thérapeutique dans ce cas plutôt que d’attendre que l’état du patient s’aggrave suffisamment pour qu’on ne puisse plus le sauver. Ce point de vue est légitime car le médicament dont il pense qu’il agit est disponible, peu onéreux et sans effets secondaires indésirables. Cela suppose le dépistage et l’emploi des tests dont on nous dit qu’ils ne sont pas coûteux ni réellement complexes à mettre en œuvre.

Trop simple, pas assez cher mon fils. 

Les commentaires pleuvent, essentiellement : Oui, il l’a fait mais on ne peut rien en conclure car ce qu’il a fait n’a pas été fait comme il aurait fallu que nous le fassions, si nous l’avions fait. Mais nous allons le faire.

Mais aussi : l’échantillon et bien trop faible et on ne peut rien en conclure car le même personnage émettaient en 2013 des réserves sur le rôle qu’on faisait jouer au réchauffement climatique et ce qu’il dit est devenu illégitime.

Ces commentaires ne sont pas tous dénués de sens mais on peut comprendre et souhaiter qu’un médecin traite d’abord un patient comme un malade et non pas comme un échantillon d’une foule d’individus destinés à subir la pandémie, foule dans laquelle on assistera les plus fragiles en fin de vie.

Si la chloroquine n’a pas complètement l’efficacité que l’on espère il sera temps de reconnaître que c’est bien dommage mais que cela valait mieux que d’attendre en ayant suivi les chemins académiques.

Et ce d’autant plus que la Chine, la Corée…

Mais évidemment ces remarques viennent après une bataille initiale perdue, alors que l’épidémie en France fait désormais partie du peloton de tête de la course au record, devancée par l’Italie, l’Espagne et tout de même la Chine. Nul doute que le Royaume Uni, quoique brexité, ne rejoigne rapidement ce groupe de coureurs.

Une dernière remarque : le jargonnage coronvirusé auquel on ne peut échapper nous délivre, hélas provisoirement je le crains, du jargonnage écologique qui depuis plusieurs mois avait envahi complétement la parole collective. Mais nul doute que cet écolo -jargonnage réapparaisse lorsque le nouveau monde qui ne sera plus jamais comme avant émergera à l’aube des temps démondialisés, décapitalisés, désislamisés et démilitarisés.

Car enfin, scrogneugneu, il faudra toujours sauver la planète !

Aux dernières nouvelles, queue à La Timone pour le test de dépistage. Raoult élu personnalité de l’année et peut-être même personnalité préférée des Français. Que le Seigneur du Confinement veille sur lui et nous-autres pauvres confinés dans une bénédiction ample, urbi (La Timone) et orbi (nous-autres).