Ce papier est la première partie d'un papier sur les intrusions de l'état dans des professions libérales qui se passeraient parfaitement bien des complications introduites dans des domaines où le marché est la seule loi qui régisse l'activité des professionnels, une fois définies les règles premières d'hygiène et de sécurité des équipements: professions à risque nul. Ce qu'est l'enseignement du ski et cela devrait le rester.

L’enseignement du ski dans les stations de montagne est un des éléments de l’ensemble des prestations offertes aux touristes qui les fréquentent. A l’époque de l’essor de cette industrie quand l’état de pistes et la qualité du matériel rendaient difficile l’apprentissage de ce sport, cet élément avait une certaine importance et contribuait dans une large mesure à attacher et fidéliser la clientèle des stations. La chose est moins nette maintenant : les écoles de ski qui organisent cette activité servent d’abord à agrémenter l’offre des Tour-Opérateurs étrangers ; elles servent également de garderies d’enfants de sorte que les parents puissent aller skier tranquillement sans l’encombre de marmaille.

Le moniteur de ski doit donc avoir un certain don d’animateur et aimer s’occuper des enfants. Accessoirement il servira d’accompagnateur à des clients fortunés qui souhaitent être vu ‘au restaurant) avec leur moniteur qui devient là un signe parmi d’autres de l’importance social des clients ; enfin tout à fait exceptionnellement il se trouvera un amateur éclairé qui sollicitera des conseils pour franchir une étape dans la maîtrise de la technique.

Etre un bon skieur est nécessaire pour remplir ces fonctions. Sans plus. Le talent du contact, le respect de la clientèle, la gentillesse en un mot sont des qualités beaucoup plus importantes que l’excellence sportive et en particulier que des qualités de compétiteur et  de coureur. En effet il n’est pas certain que la perception que le skieur de haut-niveau a dans sa pratique lui permette mieux qu’à un skieur moins performant de comprendre les difficultés du débutant et de l’encourager sans incompréhension.  Il ne viendrait à l’idée de personne de confier l’apprentissage du calcul à un médaillé Field.

Dans ce cadre que dit le Libéral, que fait l’américain ? Dans une station récemment développée du Montana, le promoteur ou le conté ou l’état du Montana a prévu que dans le programme de développement s’installe des commerces et des services. Un M. Smith pense que il est intéressant d’organiser une école de ski : il achète ou loue un espace commercial, une boutique et il recrute des jeunes gens –bons skieurs- désireux d’exercer ce métier. Son activité débute et les efforts conjoints du patron-investisseur et des moniteurs portent leurs fruits. Les clients sont satisfaits de l’offre qui correspond à leur demande. Si l’adéquation décrite ici n’est pas satisfaite, M. Smith et ses moniteurs prennent acte de leur échec et convertissent l’établissement en se franchissant chez Pizza Hut. A aucun moment l’État fédéral ou l’État du Montana ne sont intervenus dans le projet de M. Smith. La qualité du travail de M. Smith et de ses moniteurs a été, au bout du compte le facteur décisif du succès ou de l’échec de l’entreprise.

En France… M. Renard (on l’appelle ainsi car il lui faut de la ruse pour pénétrer le maquis administratif aux portes duquel il se trouve) nourrit le même projet que M. Smith. Comme son homologue américain il souhaite ouvrir boutique et proposer un service à la clientèle de la station qu’il habite. La profession de moniteur existe de longue date –pas encore un siècle, mais presque : l’État a largement eu le temps (le loisir) d’y mettre sa marque, ce qu’il a fait dès que le besoin (la demande) s’est fait sentir. Décrire le système administratif, technocratique puis nécessairement bureaucratique impliqué dans cette action de l’État demande un livre : on y trouverait de la technique du ski (le célèbre planté de bâton du cinéma), du code du travail, de la psychologie à deux balles, de la pédagogie pour les nuls, de la formation des moniteurs, de l’école pour ce faire, du contrôle de la profession évidemment au niveau national, régional, départemental, des normes et prescriptions en tout genre, bref un inventaire des dérives administratives d’un pays qui tourne à vide. Mais comme, grâce à la diligence de l’État une profession nouvelle est née, elle se doit de rajouter en elle-même, de secréter une nouvelle couche organisationnelle qui l’isolera pour la protéger et faire valoir ses valeurs et ses intérêts : le Syndicat ! Comme dans d’autres domaines se noue alors une complicité faite d’intérêts bien compris saupoudrés d’antagonismes de façade qui résulte en la mise sur pied d’un système quasi-mafieux dont  les corporations, jurandes et  guildes des temps passés auraient admiré l’efficacité. Ce système est de surcroit injuste. Comme la sélection des Moniteurs se fait au plan national, elle repose sur l’existence d’un établissement qui agit en fonction des places dont il dispose, malthusianisme encouragé par le fameux Syndicat. Il convient de sélectionner les impétrants pour en limiter le nombre. Comme la sélection doit être « objective » le seul critère qu’on puisse retenir est celui de la compétition. Ce sont donc les jeunes sédiments du monde de la compétition de ski qui deviendront Moniteur. Un point positif : ils skient bien et il n’est pas illégitime qu’ils accèdent à ce marché s’ils le méritent. Ont-ils les qualités d’un moniteur de ski n’est plus la question puisque le système permet de nourrir quelques centaines (milliers ?) de fonctionnaires ou assimilés, et que le puits de la dette n’a pas de fond, comme chacun sait. Devant ce barnum institutionnel, M. Renard va donc se plier aux diverses réglementations et passe une certaine énergie à naviguer en évitant les écueils réglementaires. Et il risque de découvrir que les moniteurs qui exercent avec lui, de même que l’association-coopérative qu’il a créé connaissent un traitement fiscal différent de leurs voisins du syndicat du Ski Français.

Voilà, dans l’immédiat après-guerre, à une époque pendant laquelle la pensée collectiviste dominait la vie politique, et avant que la pratique du ski ne soit aussi répandue que celle du vélo, l’État s’est avec les meilleures intentions du monde (lesquelles ?) emparé du sujet au lieu de laisser opérer les forces du marché, transformant le monde du ski professionnel, qui n’est qu’un monde d’animateurs sportifs et presque totalement dépourvu d’implication sociale en un système complexe, inutile et susceptible de multiples dérives, avec in-fine comme résultat que le seul vrai critère qui doive entrer en ligne de compte pour la pratique de ce métier, c’est-à-dire la gentillesse et le goût du contact avec la clientèle soit radicalement sorti du paysage.

Que l’État s’occupe de sa place dans la construction européenne, ou simplement occupe sa place dans cette construction, ou qu’il s’emploie à réduire ses dépenses, ou qu’il veille à ce que Mme Lauvergeon fait dans son coin, mais surtout qu’il laisse les animateurs sportifs en paix et les vaches seront bien gardées !

Mai 2017

 

Mai 2017