Mon parisien de père avait grandi sur les barrières, la barrière du trône pour être précis et parlait dans ses premières années de boulot les langues de corporations de l'époque. Etaient-elle encore usuelles ou faisaient-elle déjà parte d'un héritage ouvrier tendrement tombé dans l'oubli comme l'argot de ces années de l'immédiat après-guerre. Pour les gens d'avant, après-guerre veut dire 1918. Donc il les parlait et m'avait initié une quarantaine d'années plus tard aux charmes confidentiels du louchebem du javanais et bien sûr du verlan.

De nos jours on ne parle plus le verlan, à l'exception de rappeurs du meilleur genre, oblgado, mon prince, mais le Véran. C'est une langue nouvelle riche de trouvailles, qui enrichit les apports de la crise sanitaire.

En surplomb de tout autre jargonnage il y a la merveilleuse innovation linguistique de la "Distanciation sociale" qui en français usuel se traduit par "distance de 1 mètre". Voici ce que j'en disais le 21 mars, Mon Dieu, deux mois déjà, quelle horreur dirait ma voisine. Distanciation sociale ! La personne qui a pour la première fois utilisé cette expression mérite les palmes de…je ne sais quoi, c’est un truc à inventer, jargonnage prétentieux peut-être ?    "Distanciation rejoint les questionnements et autres problématiques dans ce travers qui consiste à utiliser un mot qui fait « élite cultivée qui cause » pour ne pas utiliser le mot du langage qui dit la chose. Ici on « distanciationne » pour ne pas dire : distance.   

Trop simple, pas assez cher mon fils.

Pas n’importe quelle distance ! Pas une distance de sécurité (sous-entendu sanitaire), pas une distance prophylactique ou hygiénique, pas encore une distance réglementaire, cela viendra, non! C’est une distance sociale. On est proche du génie et nous sommes aux confins de la poésie pure. Poésie engagée, quasi militante. Quelque esprit chagrin remarquera que le vocable risque d’être entendu différemment en particulier pour ce qu’il veut vraiment dire : les distances et différences sociales entre individus et celles entre groupes socialement homogènes.     Une distanciation sociale vous fait participer à un grand effort national, librement voulu, solidaire, fraternel (mais peut-être pas tout à fait égalitaire). C’est beau comme la Marianne. J’avoue que ça a une autre allure alors que moi j’aurais sottement dit : une distance de 1.50 m.       

Trop simple, pas assez cher mon fils."

Un autre joyau est la très auto délivrée et auto certifiée et auto datée "Attestation de déplacement dérogatoire". Ce pur bijou place le confiné dans une situation de dérogation de déplacement qu'il s'octroie et dont il confirme l'octroi.

Le Cluster est un de ces mots qui vous saute au visage. Oublié le foyer d'infection de Pasteur et de papa. Cluster vous a un petit air de type(sse) informé(e), dans le coup. Au-dessus de 5 vous êtes éligible au cluster ce qui en fait un article très souple, réutilisable sans usure.

Pas comme ces masques homologués, pas encore homologués, jetables et/ou lavables mais seulement 10 fois, ou plus si affinités ; jetables,  c'est n'importe où, kif kif le mégot. Véran pas content, faire les gros yeux.

La plage dynamique, tient très bien sa place. Émilie, sur France 3 vous sert la plage dynamique avec le petit air amusé de quelqu'une qui pense que le mot est assez drôle.

Les essais cliniques doivent être "randomisés", ça les rend plus costauds. Moi, j'aurais retenu "randomizés" prononcé randomaïzer; ça fait plus Harvard et moins Raoult.

Ah ! Les barrières. Comme pour tous les animaux il y a dimorphisme ; madame prescrit dans un esprit pédagogique (autre vocable très bien noté) et définit l'esprit des "mesures barrières" alors que monsieur concrétise, marque le but et dit le règlement, ce que sont les "gestes barrières" ; avec monsieur on est dans le concret et dans l'injonction. Pour les deux le respect s'impose, on doit respectez les mesures  et les gestes. Si l'habitude joue son rôle et diminue le niveau du respect, il reste en position de repli l'application : on applique les mesures ou les règles.                                                                                                                                              On devrait d'ailleurs dire : une distance respectable.

Il faut aussi respectez le confinement car il est notre salut. Digne de ce respect et très confortable pour les personnes disposant d'un jardin, n'ayant pas d'enfants en bas âge ni d'adolescents indociles, n'ayant pas à se préoccuper d'argent soit parce qu'ils sont retraités aisés ou installés dans un chômage dit partiel qu'ils souhaitent de longue durée. C'est le cas de votre serviteur naïf pour qui le confinement est objet de respect, comme il convient, tout comme les indous respectent la vache sacrée et les mahométans la parole du prophète. Mais une large fraction de la population ne jouis pas de ce confinement "classe confort" et on pourrait penser que réunir autoritairement des segments de la population vivant dans des conditions reconnues d'insalubrité, de promiscuité et d'inconfort ne constitue pas la meilleure réponse au problème posé et il est très surprenant que les quartiers dits sensibles n'aient pas réagi davantage à des mesures et des règles que naïvement je classerais du côté illégal de la légalité. Il se peut aussi qu'on n'ait pas cherché à vérifier leur niveau de respect de crainte d'interrompre les rodéos de motos. Et les violences faites aux femmes et aux enfants relèvent du dommage collatéral inévitable lorsqu'on est en guerre.

Je m'égare.

Ce mot de confinement est un mot adapté à son usage. La chose est rare. On a ainsi évité la séquestration, l'incarcération, la captivité, l'enfermement, l'internement, la réclusion, mots relevant tous du pénal et du répressif; restaient la claustration et l'isolement, mots qui consommés avec modération, d'une voix douce auraient convenu mais il était important de trouver un vocable inhabituel légèrement débarrassé de ses origines pénales, enfin presque. De surcroit on dit que le mot est d'un usage courant au pays de Trump ; dès lors le choix s'impose, confinement. Et confinés nous sommes.

Faire remarquer que tout ce tintouin traduit le fait que les experts ont pensé copier habilement le modèle Wuhan, les tests en moins. Ah, les tests, autre graal toujours recherché, espéré et inaccessible. Il est mal élevé de penser que ce sont probablement les campagnes de dépistage et "l'isolement " sélectif qui ont évité les pertes importants que nous avons connues et que nous connaissons. Mais le stock de personnes âgées et vulnérables s'épuise et les tests arrivent parcimonieusement. Déconfinés nous devenons.

Je m'égare.

Le vocabulaire Véran comporte aussi ce qu'on appelle de nos jours des éléments de langage. D'une manière générale les éléments de langage sont le viatique nécessaire et surtout suffisant pour qu'un personnage s'exprimant en public ne dise rien sans dire quoique ce soit en ayant parlé suffisamment pour remplir le temps d'antenne ou d'hémicycle. Le vocabulaire des éléments de langage est limité et il est facile, même pour des esprits simples, de les mémoriser. L'ordre dans lequel ils sont disposés dans la phrase n'est pas important si aucun n'est oublié. Je pense que la méthode de la ribambelle est la plus efficace : les énoncer à la queue leu leu dans un ordre convenu facile à retenir. Cela évite de surcroit à l'homme politique de regarder subrepticement un petit papier ou le prompteur.

 " Il est important de regarder notre monde en face dans un esprit de…Solidarité, Valeurs de la République…et de Respect de l'environnent …vers plus de Justice sociale…"

Dans le Véran les formules sont plus simples et passent du statut d'éléments de langage à celui de slogan d'abord puis de mantra. Ne manque que le rouleau de prières que le passant fait tourner d'un geste dévot bien que familier.

Les personnages connus du monde de l'écologie sont les champions du genre et il importe de lire la dernière perle du meilleur d'entre eux, droit dans sa sottise.  Ref La Nef des  Fous du 21  mai

Vous protéger, c'est protéger les autres…Om mani padme hum…Allez en paix, me Frères…

Je m'égare.

Notre intérêt pour le Véran, sujet un peu tiré par les cheveux, s'est émoussé. Je profite de cette occasion pour faire remarquer à d'autres naïfs l'importance prise par les coiffeurs et les coiffeuses dans la reprise de l'activité économique du pays. Oublié Sandouville et les facéties du petit juge du Havre, tous les indicateurs sont au vert, les salons de coiffure ouvrent leurs portes, non sans avoir prévu les aménagements nécessaires à la garantie de la sécurité sanitaire des clients, aménagements qui, chacun le comprend entrainent (ou pas) une hausse du prix de la coupe et du shampoing. Vaste débat et retour fracassant à la vie productive de la Nation.

 

D'évoquer des phrases creuses ou des éléments de langage qui collent à la langue me conduit à régler son compte à un de ces non-sens sémantique et économique dont l'usage s'est répandu dans le discours public à la façon d'une infection virale contre laquelle n'existe pas de vaccin et dont la contagiosité est extrême.

Les malades ne le savent pas et propagent la maladie par cet usage intensif. La maladie est en fait gravissime car elle provoque des troubles difficilement curables. les médications usuelles, le bon sens, la connaissance des dossiers et de fait la connaissance tout court n'ont aucun effet curatif.

Les lecteurs familiers des carnets du Naïf ont bien évidemment compris que je parle de "La Transition Énergétique", mais aussi de "La Transition Écologique".

Chère Marquis marivaude la Demoiselle courtisée, que vos mots me sont aimables !

On comprend de suite que le propos est sérieux. Point de marivaudage, que du lourd !

Transition : une graduation dans le sens qui passe de "Passage d'état à un autre" à "Fait de passer graduellement d'un état à un autre" puis ensuite à "Degré ou état intermédiaire par lequel se fait le passage d'un état à un autre, d'un état de choses à un autre."

Bien, premier sens : rupture, la chose d'après est différente de la chose d'avant : le vase est brisé.

Mais ce changement peut prendre un certain temps, c'est dans le temps que réside le graduel, non dans la réalité du changement.

Enfin dans le troisième sens, il s'agit toujours de passer "d'un  état à un autre" par des états intermédiaires, étapes, gradins d'un changement qui n'a pas vocation à s'interrompre. Les étapes ne deviennent pas en  elles-mêmes des fins.

Les transitions que j'vous cause, énergétique et écologique visent donc bien à faire passer leur objet-sujet d'un état antérieur à un état souhaité dont la nature doit être différente de la précédente.

Il faut d'entrée de jeu dire si l'échelle est mondiale ou si l'intérêt se focalise sur l''Europe et le cher et vieux pays.

Le Monde

Les transitions, l'une et l'autre sont de douces visions utopiques de bouleversements géopolitiques et on ne perçoit aucune cause qui les provoquerait. Le monde est de nos jours entre les mains d'une équipe de vrais mabouls pour lesquels les préoccupations des promoteurs d'idées généreuses que j'vous cause n'ont aucune importance pour leurs destins politiques et aucune signification car ils n'en perçoivent pas la portée ni l'intérêt. Je cite par ordre alphabétique Bolsonaro, l'homme qui semble vivre dans le déni de toute chose, Modi, fana des vaches  mais pas des mahométans, MBS la mégalo-marionnette du pétrole, Poutine à bout de souffle et à cours de roubles, Trump le clown démago et Oncle Xi qu'on dit fragilisé mais ça se voit pas.

Plus quelques second couteaux comme Dutertre assassin avéré, l'inimitable Kim Jong-un et Joko, l'Indonésien plus musulman que nature et ceux que j'oublie mais qui vous viendront à l'esprit. Mais je n'oublie pas Maduro, certainement concerné par le pétrole mais je crains assez peu par l'environnement.

Arrêtez-moi si j'écris une sottise, mais ces personnages ne prendraient en compte que des miettes des programmes de réduction des émissions de GES si ces attitudes leur offraient un avantage chez eux. Quant à l'énergie, ils consomment ce dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin ie tout le temps et dans tous les registres: charbon en tête, gaz si infrastructure et pétrole, représentant ainsi dans le monde à peu près l'essentiel de la production et une moitié de la consommation.

Le lecteur avisé cherchera à vérifier ces ordres de grandeur et il aura raison de la faire car ils sortent de mon chapeau mais il aura tort d'en contester les conclusions.

Et si ce même lecteur discerne une cause possible de changement, qu'il me le fasse savoir. 

l'Europe qui intervient au niveau de la dizaine de points pour la consommation et une petite poignée pour la production (charbon polonais et lignite Merkel) même en adjoignant par esprit de solidarité une Norvège à bout de réserve, n'est pas un acteur de ce jeu.

La France qui ne produit que la chaleur des centrales nucléaires et qui recueille l'énergie cinétique de l'eau du ciel n'intervient qu'au niveau du pourcent sur les deux tableaux avec en prime une de ces particularité appelée exception française : probablement pour un pays ayant encore des reliefs d'industrie un des taux d'émission de GES les plus bas du monde.

Donc dans cette pollution du langage qui salit tous les discours, du langage de l'épicier à celui du benêt en charge de contempler le chaos national, il y a d'abord un non-sens, puis une contrevérité, et pire un mensonge : le monde de l'énergie ne changera pas et les productions de GES ne diminueront pas.

Et ni l'Europe et encore moins la France n'y peuvent rien

Je ne vais pas importuner le lecteur en évoquant à nouveau cet autre contresens à succès de notre cher Hollande, qui échappe à la miterrandisation du fait de son entrée en Leonrda'isation. Je veux dire:

"L'inversion de la courbe du chômage" qui reste un joyau brillant des mille feux de la méconnaissance élémentaire du sens des mots.  Ref  Naufrage de la langue…de septembre 2016

Ce texte n'est qu'un rabâchage de multiples pages du carnet mais jamais écrites en partant du mot Transition, révélateur des confusions. Sur ce sujet, je ne m'égare pas, je retombe dans mes ornières.

 

Annexe illustrée  France 2018

Bilan 2019 

Le pétrole  (bleu) :  30% de l'achat d'énergie est utilisé, 5 %, comme kérosène des avions et 25 % pour la consommation des autos, tracteurs, camions et ce qui reste d'industrie.

Le gaz (gris) et le charbon (noir)  soit 17.5 % des achats dont 3 % produisent l'électricité de souplesse à EDF, la majeure fraction allant chauffer de maisons et… alimenter ce qui reste d'industrie.

La chaleur nucléaire part dans le ciel du seigneur, 80 % mais 20 % nous donnent "toute l'électricité" que nous consommons ce qui permet de comprendre l'urgence exprimée dans la PPE d'avril dernier de fermer 14 unités afin de réduire cette sécurité que nous ne méritons pas.

La statistique n'est pas assez fine pour faire apparaitre la quantité négligeable en apport d'énergie des solaire et d'éolien dans ce tableau résumé : ces 2 % sont englobés dans les 20 % des déchets ce qui à mes yeux est tout à légitime.

L'examen de cette image montre que pour les transitionneurs, il y a du pain sur la planche.

Je vous salue bien

 

28 mai 2020