Des petits cailloux dans le langage 

Pour quoi dire ? Pourquoi le dire ?

 Quelqu’un, très souvent une personne choisie avec le plus grand soin pour sa maitrise de la langue, nous dit : l’évènement qui se déroule devrait permettre de pouvoir provoquer telle conséquence…

Le Naïf est atteint d’une acuité sensorielle particulière car il entend ces choses-là et leur perception résonne dans sa tête.

La personne qui causait dans le poste avec son petit micro dans la main voulait dire : l’événement qui se déroule a telle conséquence, ou encore l’évènement aura des répercussions, ou encore l’évènement sera suivi de tels autres…

Trop simple, pas assez cher, mon fils, il faut pour d’obscures raisons insérer trois niveaux de doute dans le propos : devrait (ou pas) suivi de permettre (ou pas) et ensuite de pouvoir (ou pas) pour nous annoncer une conséquence dont l’auditeur a déjà compris qu’elle se réaliserait de toute façon.

Ainsi dans la lingua « du poste », à ne pas confondre avec une post langue, devoir, permettre  et pouvoir deviennent de nouveaux verbes auxiliaires destinés à nuancer la sécheresse de la langue ordinaire, la nôtre, et s’installent sur les ondes comme un autre de ces tics de langage qui, et j’en suis tout marri, résonnent dans ma tête.

On n’entend plus une seule phrase venant d’un présentateur patenté qui ne comporte sa petite faute personnelle.

Une autre remarque.

De nos jours le « pourquoi » qui marque le début d’une phrase est « en même temps » au gré de l’intonation du locuteur le début d’une explication : « pourquoi les haricots sont verts » ou le début d’une question : « pourquoi les haricots sont verts ? ». La forme interrogative est reléguée au musée des âmes chagrines qui ne participent aux merveilleux progrès de notre époque. Au panier, « pourquoi les haricots sont-ils vert ? ». La forme interrogative orale, toute exprimée dans l’intonation est passée dans l’usage écrit et pire dans l’oral sans intonation.

Et cette négligence affecte des présentateurs et présentatrices, chroniqueurs et chroniqueuses très présents et présentes sur les écrans de nos nuits blanches. Ouf !

Je ne poursuis pas avec l’emploi de « comment » qui donne lieu aux mêmes négligences.

Et je n’oublie pas toute les autre formes interrogatives : qui et à qui ; que ; quoi et à, de, avec, sur quoi; Où et d’où ; quand ; quel et variations et pour finir combien.

Heureusement il y a une bouée de sauvetage : « qu’est-ce-que… »

Mon pov’Naïf, toutes ces histoires « qu’est-ce que ça peut bien te faire, t’as rien à en cirer ! »

 

Ref : Façons de parler du 22 décembre

 

9 avril 2020