Je suis engagé dans une opération de nettoyage de l'écran de mes nuits blanches sur lequel, me dit ma femme, une chatte ne retrouverait pas ses petits. Ici un exemple de nettoyage par "mise au carnet" de rigueur. Avec 15 mois de retard.

Cette petite mise au point répond à la question d'une de mes amies qui s'étonnait de l'usage courant et répété de l'expression qui fournit ici le titre, dans le but de la conforter sur la justesse de sa remarque et de l'in-justesse du vocable.

 

L’expression dûment assortie de son point final est depuis peu utilisée dans une de ces phrases répétées comme des mantras pour exalter on ne sait plus quelle vertu civique depuis longtemps oubliée.

L’expression choque. Il lui manque un objet.

Le partage suppose un objet dont on découpe des parts pour les distribuer. Ainsi, je partage la tarte.

On peut aussi découper le temps d’emploi de l’objet. Partager devient alors de la répartition de l’usage d’une facilité mise en commun : je partage (l’usage de) la voiture avec ma femme.

Mais le vocable implique dans un autre sens la mise en commun de l’objet : une idée, une opinion, sens dans le lequel il ne s’agit plus de couper des parts pour ne retenir que l’idée d’association, de mise en commun. Dans ce sens il s’agit de partage-participation. Je partage les valeurs républicaines avec… Il manque alors l’autre sujet, celui avec qui l’on partage. 

Dans l’une ou l’autre acception, on ne peut faire l’économie de l’objet : ce qui est partagé.

Dans le second sens, celui de l’association, on ne peut faire l’économie du sujet auquel on s’associe.

Le mot ensemble dans l’expression citée implique bien cette association : nous sommes ensemble pour partager… Quoi ? Il manque l’objet.

Mais « en même temps » il introduit une ambiguïté : nous sommes ensemble et nous partageons une tarte, chacun ayant sa part. Là encore il manque l’objet mais nous ne savons plus s’il y a découpage ou mise en commun.

Pour répondre à la question : l’expression est-elle correcte ? 

Elle n’est pas incorrecte mais l’auteur ne lui a pas donné de sens : elle traduit une intention sémantique qui reste inachevée.

On ne fera pas ici crédit à l’auteur de cette formule d’avoir réfléchi à tout cela. 

Pour illustrer et compléter le propos, ci-joint une version expurgée des exemples et référence de la définition du CNRTL relative au verbe "partager". Il s’agit d’un travail de grammairien.     Bien sûr, qui s'y frotte s'y pique.

 

Partager

I. − Emploi transitif

A. − Qqn partage qqc.

1. [Le complément d'objet désigne une chose concrète.] Diviser en parts, en lots, en portions. Partager en (plusieurs choses), à (qqn), entre (des pers.); partager un fruit; partager le butin, le gibier

− Partager qqc. en.Partager une terre en parcelles

− Partager qqc. à.Partager son bien aux pauvres

− Partager qqc. entre.Partager sa fortune entre ses enfants

2. Au figuré. Répartir. 

− Partager son temps, sa vie entre l'étude et les loisirs/se partager entre l'étude et les loisirs 

3. [Le sujet est souvent au pluriel.] Réserver, donner une partie de (quelque chose) (à quelqu'un) :

− Au figuré, familier. Partager le gâteau; partager la poire en deux.

B. − Qqn1partage qqc. (avec qqn2)

1. [Le complément désigne une chose abstraite] Avoir part (à quelque chose) en même temps que ou au même titre que d'autres. Partager le pouvoir, les responsabilités avec qqn. 

2. Prendre part à; posséder en commun avec quelqu'un. Partager le repas de qqn; partager la chambre, le lit, le logement de qqn; partager les soucis, le succès, le sort, la vie de qqn. 

.− Au figuré. S'associer en pensée à, s'intéresser à (une situation joyeuse ou douloureuse de quelqu'un).  Partager la joie, la douleur de qqn

3. En particulier.

♦ Partager (tel sentiment) de qqn. Avoir les mêmes sentiments que quelqu'un:

♦ Partager les idées, le point de vue, la façon de penser de qqn. Avoir les mêmes opinions que quelqu'un. 

♦ Faire partager. Communiquer:

C. − Qqn1partage avec qqn2.Donner une part (de ce qu'on possède à quelqu'un). 

Partager en frères; apprendre à partager

D. − Qqn/qqc. partage qqc.Diviser en parties distinctes, sans idée d'attribution.

Couper, fractionner, fragmenter.

a) [Le sujet désigne une pers.] Partager une troupe en deux corps, une pièce en deux parties:

− MAN. Partager les rênes.

b) [Le sujet désigne une chose] Constituer une limite entre des parties distinctes. Synon. départager, séparer.Raie qui partage des cheveux; fleuve qui partage une ville en deux; l'équateur partage le globe en deux hémisphères. ).

2. Diviser en partis opposés, voire hostiles (une société, un peuple, un groupe). 

II. – Emploi pronominal.

A. − passif. [Le sujet désigne une chose] Se diviser. Gâteau qui se partage facilement

− Au fig. Être perçu, ressenti en commun. 

B. − réciproque indirecte

1. Répartir entre soi; avoir quelque chose en commun. Se partager le butin, un héritage

2. Au figuré.

a) Prendre chacun une part active à. Se partager le pouvoir, les responsabilités

b) [Le sujet désigne une chose] Entrer chacun pour une part dans. Se partager les faveurs de qqn:

C. − réfléchi direct. Se partager entre l'étude et le loisir, entre le travail et sa famille. Partager son temps, sa vie entre... 

Ouf ! Mais l'avantage de mon copain CNRTL est qu'il n'oublie aucun détail de l'animal, du museau à la queue.

J'édite cette page de carnet et je lis que dans le cadre d'un "séminaire" organisé par notre nouveau Premier Ministre hier 11 juillet notre nouveau porte parole du nouveau gouvernement déclare : Il est important de se retrouver collectivement pour échanger.

Je ferai grâce au lecteur d'une autre page de carnet.  12 juillet  

Avril 2019