J'ai une amie âgée de 40 ans, adoptée quasiment après sa naissance dans un pays lointain par un couple de professeurs d'une cité importante de province. Elle vécut son enfance en compagnie de trois autres enfants adoptés dans d'autres pays et tous les quatre sortis de conditions difficiles d'abandon et de détresse.

Cette amie me dit que sa vie de famille fut à tous égards, non pas exempte de tous les petites difficultés que connaissent toutes les familles mais en la comparant à celles des personnes qu'elle fréquenta elle me dit que l'affection qui régna dans leur clan lui fait mesurer chaque jour la chance et l'amour qui ont veillés sur leur fratrie. C'est en pensant à elle que je reviens sur ce sujet dramatiquement sali par une idéologie destructrice.

 

Crime contre Sapiens 

L'organisme soumis à des doses régulières d'un poison développe, dit-on, une tolérance qui le protégerait de doses plus importantes visant, par exemple à le tuer. Cela s'appelle la mithridatisation du nom d'un roi grec qui a craint toute sa vie un empoisonnement criminel et possiblement familial.

Cette accoutumance ne fonctionne pas pour moi qui suis par construction un Naïf certifié immune.

Sans doute cela explique que je ne m'habitue pas aux doses d'idéologie qui empoisonnent et polluent notre "environnement" médiatique, politique et in fine intellectuel pour autant que l'emploi de ce dernier attribut soit justifié.

La liste de ces idéologies polluantes est longue et croit chaque jour sur le terreau des manifs en tout genre et des banderoles qui les illustrent. C'est que la colère grogne dans les populations, repues assistées et désœuvrées qui s'opposent à tout ce qui leur rappelle l'existence de l'État qui les nourrit et donc implicitement aux citoyens du royaume, je veux dire les contribuables endosseurs de la dette.

Dans ces carnets, le sujet de l'écologie et l'usage fait du terme par des têtes d'œufs fut largement couvert et on ne peut rien ajouter sauf à remarquer que, enfin, le gouvernement après la sottise du benêt avec sa convention citoyenne en arrive à proposer des mesures d'économies ordinaires. 

Dans ces carnets à l'automne 2019 le sujet PMA-GPA donna lieu à plusieurs commentaires. Je les avais oubliés et j'y suis donc revenu. Tout y est et je n'y ajouterai rien. Le pire est prévu mais il restait l'espoir que revienne le sens commun.

PMA et GPA tout le tralala et le don du sang dans tout ça  13 08 2019 ; La médecine est un cheval de Troie (1) du 01 09 2019  et (2) du 25 09 2019 ; À cœur vaillant rien d'impossible du 29 09 2019.

Mais le pire va se produire, le Crime va se commettre dans l'indifférence d'une classe politique soumise à la parole d'une secte sous les yeux d'un Président que je n'ose plus qualifier et qui brasse du vent, comme une girouette inutile.

Toutes les armes du crime sont prêtes et affutées. Et tous les aspects de ce qui caractérise la sociabilité d'Homo Sapiens sont chirurgicalement extraits et jetés au panier. Adieu famille, nom, filiation et vive la chimère et l'embryon à usage multiple chez Picard à trois pour le prix de deux ou mieux chez Leroy Merlin qui fournit en plus le matériel de bricolage génétique. Chacun garantit que la chaine du froid n'a pas été interrompue. C'est une chance !

Le désir d'enfant qui s'est d'abord transformé en un droit à l'enfant est devenu un droit d'acquérir un enfant par tous les moyens que la main invisible propose sur le marché…. de détail.

Un petit pas en avant on passera à la création en série. Hitler frétille d'aise, son vieux rêve prend forme faute de prendre figure humaine.

Il y a peu dans ce carnet, (Crime contre la Nation et... du 2 juillet 2020) je définissais le Crime contre la Nation et le Crime contre l'État en m'appuyant sur deux affaires exemplaires à l'occasion desquelles Macron a commis ces deux crimes.

Je me souviens aussi des définitions proposées en leur temps pour le Génocide et le Crime contre l'Humanité qui depuis donnent la base juridique pour qualifier les comportements criminels, Hélas fréquent de chefs de guerre de toute dimension, de tyrans stables dans leurs exactions et de chef d'État à visée impériale qui élimine des fractions importante de leur population à des fins politiques, religieuses ou banalement de rejet ethnique.

Ici nous avons une autre dimension qui est la mise en cause et en grand péril de tout ce qui constitue depuis que Sapiens peuple notre terre les fondements de nos sociétés.a

Les constructions érigées sur ces fondations ont toujours été imparfaites, fragiles et comme on le dit souvent pleines du bruit et de la fureur des habitants, des exclus et des étrangers.

L'histoire, notre histoire est faite des évènements qui illustrent toujours dramatiquement l'éternelle difficulté que rencontre l'Homme à vivre en société.

Ici nous quittons la dimension de crimes que les hommes commettent entre eux, dans l'intimité de l'espèce même si souvent leur ampleur et leur férocité conduisent à douter de l'humanité des auteurs

 Ici nous sommes dans la mise en cause de l'Homme mis hors le cadre social autrement que comme un objet de désir immédiat et par une évolution que personne ne pourra stopper, de consommation d'un produit disponible sur commande au goût de la clientèle du désir d'achat. L'idée est que le sperme du mâle peut à loisir être produit, stocké et distribué à la demande ; et l'ovocyte de la femelle peut se donner, s'échanger et naturellement se stocker comme tout produit congelé. L'ovocyte  s'ajoute au catalogue du sperme mais avec une facilité d'échange accrue, entre femelle s'entend ! La main invisible se charge du reste, promotion, palettes de couleurs, de taille… Les incertitudes résultant de l'anonymat du donneur mâle disparaissent en requérant moyennant compensation à du sperme de qualité avec cotation et certification.

Avec le travail du mécanicien du génome travaillant au ciseau, on parviendra au produit parfait qui certainement, considérant les ingrédients de base pourra se reproduire avec un humain de tradition ou avec un autre presque-lui-même ou un autre modèle spécial. Après achat, si toutefois le propriétaire estime qu'il peut trouver mieux en montant en gamme il se défait de son premier achat.

Un marché de l'occasion sera à organiser.

On peut penser à une blague, mais on sait que tout cela s'est produit au pays de la liberté avec le commerce de l'adoption. America first !

Je qualifie ce désir de Fabriquer de l'Homme de Crime contre l'Espèce, de Crime contre Sapiens

 

Cette page de carnet fut écrite avant la dernière présentation de cette proposition scélérate ait été soumise à la Chambre hier 30 juillet et donc avant que les députés, enfin présents et le gouvernement enfin présent ne rejettent certaines modifications (bricolages) de la commission Touraine tout en conservant, en dépit du désaccord du gouvernement des mesures relatives à la levée de l'anonymat des donneurs de sperme.

Pour moi qui suis fondamentalement hostile au don de sperme les  mesures y afférant sont "of course" vide de sens.

Donc ce papier concerne davantage les intentions du sieur Touraine que le texte adopté. Cependant il est probable que le gouvernement demande une seconde délibération…

Mais amendée ou pas, votée ou pas la loi dans son ensemble relève bien du Crime contre Sapiens.

Finalement, comme je le fais souvent je rajoute une chronique, aujourd'hui de Bellamy, que j'ai trouvée claire et suffisamment précise pour que le lecteur saisisse l'ampleur du mal.

31 juillet 2020

 

François-Xavier Bellamy: «Bioéthique, une fuite en avant irresponsable»

TRIBUNE - Alors que la crise sanitaire a révélé les faiblesses de notre système de santé et que la priorité devrait être à la relance, l’examen en plein été du projet de loi bioéthique ne peut qu’être un choix idéologique, estime le philosophe et député européen*. Pourtant, ce texte mériterait un débat plus approfondi, tant il ouvre des possibilités vertigineuses, préparant l’arrivée de certaines formes d’eugénisme et même de gestation pour autrui

François-Xavier Bellamy.  Le Figaro  26 juillet

Pourquoi une telle accélération? Au lendemain d’une pandémie mondiale, à la veille d’une crise économique inouïe, l’Assemblée nationale se réunit cet été en session extraordinaire. Un texte examiné en priorité: l’ouverture de la «PMA pour toutes»… Il y a des urgences qui trahissent des obsessions idéologiques plutôt qu’elles ne répondent aux besoins vitaux de la société. Ce n’est, il est vrai, pas nouveau: depuis l’annonce de cette mesure en septembre 2017, le gouvernement aura mis beaucoup d’énergie pour dissimuler, à défaut de pouvoir les résoudre, les nombreux problèmes causés par cette réforme.

Agnès Buzyn consacrait ses efforts à la question de savoir «si un homme à l’état civil pourrait devenir mère», ou comment l’Assurance-maladie pourrait rembourser une prestation en l’absence de toute maladie. Pendant ce temps, l’hôpital public traversait une crise majeure, le même gouvernement déremboursait des médicaments pour soigner la maladie d’Alzheimer, et personne ne s’occupait du fait que nos derniers stocks stratégiques de masques étaient en train de pourrir, grignotés par des rongeurs. Quelques semaines plus tard, les infirmières allaient être contraintes de se bricoler des blouses de protection avec des sacs-poubelles ; c’est qu’au moment où la pandémie explosait en Chine, notre ministre de la Santé était trop occupée en commission spéciale à l’Assemblée nationale à démêler les nœuds inextricables que sa propre réforme causait. Des difficultés susceptibles de fragiliser toute l’architecture de notre droit de la santé et de la famille… Rappelons en effet que cette mesure, au bénéfice de quelques centaines de personnes par an, représente selon le dernier avis pourtant favorable du CCNE* «le risque d’une déstabilisation de tout le système bioéthique français».

*Comité consultatif national d'éthique note du Naïf 

Il y a seulement trois ans, le même CCNE décrivait comme un «point de butée» le fait de «ne pas s’engager dans un processus qui organiserait l’absence de père, ou considérer (…) que l’on ignore encore aujourd’hui comment les sujets concernés vont se construire dans ces nouvelles situations». Mais que voulez-vous, au nom du désir de l’adulte, un point de butée, ça s’ignore, ça s’aplanit, ça s’efface. Et c’est de façon parfaitement cohérente que les députés de la majorité ont, au cœur de l’été, dans l’apathie et l’indifférence générale, supprimé ces mots de la loi: «Nul n’a le droit à l’enfant.» Vous souvenez-vous de ceux qui juraient leurs grands dieux, il y a quelques années, il y a quelques semaines encore, que jamais il n’y aurait de «droit à l’enfant»? Désormais la technique sera sommée de vous le fournir si vous ne voulez pas d’un père - et demain, pourquoi faire semblant de le nier, la mère deviendra à son tour superflue, aucune raison qu’elle échappe à l’égalité en marche, n’est-ce pas.

Car c’est au nom de l’égalité qu’on a martelé ce sophisme: si la PMA est ouverte aux couples hétérosexuels, elle doit l’être aussi aux couples homosexuels. Il faut le redire encore: la procréation n’était assistée par la médecine que parce qu’une infertilité biologique empêchait un couple hétérosexuel d’avoir un enfant. Désormais, on demande à la médecine d’intervenir hors de toute pathologie, non pour rétablir l’équilibre ordinaire des corps, mais pour s’en affranchir. Point de départ d’une logique qui ne peut que nous conduire à repousser bien d’autres «points de butée», au nom de l’alliance toute-puissante du désir et de la technique contre les limites naturelles de nos corps, et les frustrations qu’elles nous causent. Alors que le premier ministre nous veut «tous écologistes!», l’histoire retiendra que son gouvernement aura commencé par cette terrible contradiction…

«Tous écologistes», vraiment? Au lendemain d’une pandémie révélant le danger des maladies transmissibles entre espèces, la loi autorise la création d’embryons transgéniques ou chimériques, mêlant des cellules-souches humaines et animales. Elle assouplit les règles de recherche sur l’embryon humain, qui devient un matériau de laboratoire comme un autre. Elle ouvre la voie à la levée de l’anonymat du don de gamète, déstabilisant dans son principe tout le modèle français en matière de don d’organes. Le gouvernement, trop occupé par le remaniement, ayant déserté la commission spéciale, les députés de la majorité se sont affranchis des dernières précautions qu’ils s’étaient eux-mêmes imposés en première lecture, avec une légèreté sidérante. Ils ont rétabli le remboursement de la PMA par l’Assurance-maladie: le CCNE avait pourtant conditionné son avis favorable à l’interdiction de ce remboursement… Ils ont supprimé les mesures proposées par le Sénat pour contrer les fraudes en cas de GPA à l’étranger ; ils ont même adopté une technique apparentée, dite de la ROPA, qui permet à une femme de porter l’ovocyte d’une autre.

Plus terrible encore, sans doute: ils ont élargi la possibilité du tri sur les embryons via un DPI étendu aux maladies chromosomiques. Derrière l’abstraction de ces termes techniques, il y a un projet simple, demandé par le député Philippe Vigier il y a quelques semaines à la tribune de l’Assemblée: «Il faut traquer, je dis bien traquer, les embryons porteurs d’anomalie.» Agnès Buzyn elle-même s’y était opposée, dénonçant une «dérive eugénique claire» ; et plusieurs députés LREM, concernés comme parents ou comme soignants par le handicap, avaient exprimé leur désarroi devant cette revendication. Quelle société sommes-nous en train de construire? C’est tout notre rapport à nos corps, à la technique médicale, et à la condition humaine elle-même, qui est sur le point de changer. Pour tous… Tous éligibles au droit à l’enfant, produit sur commande, sélectionné et financé. Ou tous liés par une condition humaine imparfaite, tous porteurs d’anomalies et de défauts plus ou moins visibles, mais capables pourtant de reconnaître la valeur infinie de toute vie, et d’en prendre soin telle qu’elle est - tous écologistes, vraiment!

Alors que les Français sont légitimement préoccupés par les nouvelles du front sanitaire et économique, leurs représentants s’apprêtent à voter en leur nom l’entrée dans un autre monde - celui qui remplacera à terme, de l’aveu même du rapporteur de cette loi, l’engendrement naturel de l’enfant par la procréation technique et sa sélection organisée. Bien sûr, il est confortable de se laisser endormir par la fable du progrès souriant face à l’obscurantisme ronchon ; mais il n’est personne d’un peu sérieux qui ait suivi ces débats et qui ne mesure, quelle que soit la position, l’ampleur de ce qui est en jeu. Le CCNE reconnaît des «changements anthropologiques majeurs.» Le simple respect de la démocratie supposerait de laisser le débat reprendre normalement en septembre, pour permettre au moins aux Français de savoir ce que leurs élus veulent faire des voix qu’ils leur ont confiées.